‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 137 sur 367 · ART DU XI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

ART DU XI* SIÈCLE

aux formes anciennes et traditionnelles un caractère assorti à ce génie. Mais quelque temps après le démembrement de l'empire de Charlemagne il se forma de nouveaux États, qui s'isolèrent et qui constituèrent un ensemble complet et indépendant, différant entre eux par degrés, selon le plus ou moins de mélange d'éléments étrangers, soit germains et romains, ou d'éléments entre lesquels il y avait quelque affinité, d'éléments germains purs. Le génie du peuple germanique avait atteint le degré nécessaire de développement pour pouvoir dominer sans contrainte les formes que la pensée faisait naître; il était en outre assez développé encore pour commencer à exercer une influence sensible sur les apparences créées par les beauxarts. Au xie siècle nous voyons une tendance nouvelle de l'art, résultant des préliminaires de cette autre phase de l'ordre social des peuples chrétiens et constituée par les rapports sociaux et populaires établis alors. On reprit en sous-œuvre, pour ainsi dire, et avec une nouvelle énergie, les formes qu'offrait l'art chrétien primitif; on les tran forma en un organisme plus vivant et plus élevé. La pensée cherchait une expression plus riche et plus convenable; le sentiment, une expression plus noble et plus digne, et surtout une manifestation plus indépendante et plus active dans ses résultats. Pour atteindre son but, chaque peuple s'y est pris d'une manière différente, selon les éléments divers dont il était composé, et selon les degrés de son intelligence et de ses sentiments intimes. Mais, malgré les nuances variées et nombreuses que nous remarquons chez les peuples des siècles dont nous parlons, nous rencontrons dans leurs arts des traits généraux et caractéristiques qui nous forcent de reconnaître que l'art occidental a été universel, progressif et simultané dans tous les pays où il fut exercé.

Il semblerait que l'art chrétien du temps de Charlemagne et du siècle qui l'a suivi, et même encore du commencement du xie siècle, n'a pu d'une manière complète s'affranchir des formes antiques corrompues. Le génie de la nouvelle société germanique ne pouvait encore manifester son existence que d'une manière à moitié barbare, mêlée d'expressions plus ou moins fantastiques. Vers la fin du xi° siècle cependant, l'architecture romane, ou à plein cintre, commença à se développer et à s'élever à une certaine originalité; elle s'est affranchie des formes anciennes, mais elle est encore sévère, massive, lourde, timide dans l'expression du sentiment de l'artiste. Au xir5 siècle elle arrive à être insensiblement plus indépendante et plus précise; elle

exprime dans ses œuvres une existence plus active et moins monotone de la société : souvent même elle s'est frayé avec une grande puissance une voie brillante et majestueuse.

L'architecture romane conserve le plan de l'ancienne basilique, un parallélogramme très-oblong. L'abside centrale à l'orient est constamment circulaire, ainsi que les deux autres absides latérales placées à l'extrémité orientale des collatéraux, et appuyées sur le mur de l'est des transsepts. 11 y a toujours trois nefs principales, rarement cinq. Le cœur est plus élevé que le reste de l'église ; et en dessous, il existe ordinairement une crypte ou chapelle souterraine. Au lieu du plafond et de la couverture de la basilique, on voit la voûte, formée de la moitié du cylindre, placée horizontalement au-dessus des nefs et du chœur.

Dans l'architecture romane, des piliers carrés, élevés jusqu'à la naissance de la voûte, remplacent les colonnes de la basilique. Ces piliers sont quelquefois simples, quelquefois ornés de moulures ou de colonnettes aux angles. Le centre des faces est orné aussi de demicolonnes couronnées, dans l'épaisseur d'une nef à l'autre, d'un chapiteau supportant les arcades qui séparent la nef principale des collatéraux. La demi-colonne, dans le collatéral, soutient un côlé de l'arc-doubleau de la voûte du bas côté. La demi-colonne, dans la nef, s'élève jusqu'à la naissance de la voûte principale, et soutient l'arcdoubleau qui divise la couverture voûtée de la nef centrale en plusieurs et en autant de travées qu'il y en a dans le vaisseau principal. L'architecture romane a deux systèmes de voûtes : celle en berceau, formée par la moitié du cercle et qui repose sur deux murs parallèles placés vis-à-vis l'un de l'autre; et celle en arête, formée de deux ellipses se croisant au centre et donnant naissance à quatre arêtes qui produisent une croix. Cette voûte a pour culées quatre points, dont deux sur chaque mur parallèle. Sur l'intersection du chœur et de la nef avec les transsepts s'élève, comme dans les monuments byzantins, une coupole presque toujours circulaire, mais quelquefois polygonale. La coupole, assise sur une parlie carrée, est soutenue dans les angles par un encorbellement nommé pendentif. Ce pendentif, souvent creux, a la figure d'une niche ; on en voit de beaux exemples à Saint-Michel dePavie, à Saint-Ambroise de Milan, à l'église de Monza, aux cathédrales de Parme et de Pise, à Notre-Dame d'Avignon et à Notre-Dame-de-Gràcc, à Arles. Cette sorte de pendentif ne ressemble nullement au pendentif byzantin, qui n'est qu'une portion de calotte

Page 1