‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 166 sur 367 · C XIII* JOSOC'AO XIV* SIÈCLE · texte numérisé non relu

C XIII* JOSOC'AO XIV* SIÈCLE

Nous arrivons à l'époque la plus remarquable du moyen âge, an • xm* siècle. L'autorité papale, la puissance sacerdotale, si fortes dans le siècle précédent, s'évanouirent au xme. Le christianisme se sécularisa ; l'amour et la charité qu'il prêchait se manifestèrent dans l'esprit d'association hors du clergé. Sur le trône se distinguent Philippe- Auguste et son petit-Gls Louis IX, Alphonse le Savant, roi de Léon et de Castille, surnommé le père des lettres; dans l'histoire et la poésie, Vincent de Beauvais, Guillaume de Lorris, Wolfram d'Eschenbach, Albert le Grand, Henri d'Ofterdingen, le Dante; dans les arts, Pierre deMontereau, Eudes de Montreuil, Jean de Chelles, Robert de Luzarches, Robert de Coucy* Arnolfo di Cambio, Erwin de Steinbach. C'est le xm* siècle qui éleva les colossales églises de Notre-Dame de Reims, d'Amiens, de Rouen, de Paris, de Strasbourg, de Florence, celles de Cologne, de Salisbury, de Burgos.

L'enthousiasme chevaleresque, surexcité par le sentiment et le culte de l'amour et par les poésies qu'ils inspiraient, était arrivé à son point culminant. Les hautes classes du sud-ouest de l'Europe furent pénétrées d'une disposition d'esprit qui les poussa à une action commune, » n'ayant aucun rapport avec la politique et le gouvernement temporel. Les occupations de prédilection de ce siècle consistaient en entreprises guerrières, en croisades brillantes en Orient et en Occident ; ces entreprises offraient de grands attraits par les aventures de tout genre qu'elles faisaient naître : mais en réalité elles ne furent d'aucun résultat social, sauf celui d'avoir découvert une partie de l'an-

tiquité et de l'avoir fait connaître à l'occident. Toutefois, l'enthousiasme qui avait conduit les chevaliers francs en grandes masses, depuis la fin du xi* siècle, en Orient, pour conquérir le Saint-Sépulcre, s'évanouit insensiblement au xiii** siècle ; le besoin d'aventures qui avait entraîné le monde occidental en Asie n'existait plus; les bras de l'homme commençaient à être utilisés d'une manière plus raisonnable.

La protection relative que le sacerdoce avait accordée à la foule ignorante pendant le temps qu'elle n'avait point encore conscience de ses droits et de sa force, et soumise qu'elle était aux mauvais traitements des puissants, dut cesser d'elle-même dès le commencement du xin* siècle ; le clergé avait perdu sa liberté, il s'était mis au service de la volonté autocrate de son chef spirituel dont les décisions, depuis le xn' siècle, s'étaient souvent substituées à celles rendues par les conciles; les chef6 supérieurs ecclésiastiques jugeaient d'une manière tout à fait arbitraire dans les affaires de l'esprit et du sentiment, ils opprimaient les consciences, et au xir siècle ces chefs , usèrent de moyens sévères et le plus souvent cruels pour frapper la libre pensée religieuse en France, en Allemagne et en Italie. Au xiir siècle donc, époque si éminemment révolutionnaire, l'empire moral de l'Église commence à décliner. Innocent III, caressant le rêve de Grégoire VII d'une domination universelle et absolue de l'Église, voit l'affaiblissement de la foi chrétienne. Copiant une folie de la décadence antique, le dédain des choses temporelles professé par les cyniques, avec Diogène en tête, Innocent 111 lance sur la société européenne des bataillons de moines mendiants et de frères prêcheurs: mais la tentative du pape reste infructueuse : la marche de la raison, en Occident, avec son incessant retour aux principes de son origine ariane, avec son développement progressif, poursuivit la voie dans laquelle elle entrait. Pour ceux qu'il ne pouvait ni ramener ni conserver au sein de l'Église, Innocent inventa une police secrète sacerdotale, une loi ecclésiastique des suspects, et pour couronner son œuvre il établit le plus terrible de tous les tribunaux criminels connus. Ylnquisilion. Le maintien doux, humble, pacifique de la religion chrétienne des trois premiers siècles s'était transformé en violences morales et matérielles exercées sur des hômmes qui ne faisaient que normalement usage de leur raison comme de leur intelligence. Mais l'esprit arran des immigrés par le nord-est, en Europe, s'était réveillé, la pensée marchait côte à côte avec l'esprit ; ainsi liés ils se

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