STYLE DU XIII- SIÈCLE
qu'ils offrent des colonnettes qui supportent les arcs-doubleaux et les nervures des voûtes latérales.
Nous allons passer maintenant à l'examen des arcs-doubleaux et des nervures. Dans l'architecture à plein cintre ces deux parties offraient un caractère de pesanteur; la largeur des arcs-doubleaux, semblable à celle des piliers, était formée par de larges bandes ou faces dénuées de tout ornement ou moulure. Dans quelques édilices cependant, qui font exception à la règle générale, on les trouve ornées de quelques profils; mais ils sont tellement faibles que l'intrados de l'arc-doubleau en est toujours la partie capitale et essentielle. Dans l'architecture à ogive au contraire, où les arcs-doubleaux, les nervures et les piliers se trouvent dans une liaison, une connexion immédiate, le système perpendiculaire des piliers leur est appliqué, et il s'y continue. Cela était disposé de manière, cependant, qu'en même temps le principe qui détermine la 4corde de l'arc, et qui lui donne la vie et le mouvement ainsi que la résistance contre le poids des parties qu'il a à soutenir, fût visible à l'œil et compréhensible à la raison. A l'opposé de celui à plein cintre, qui n'offre qu'une surface unie et monotone, l'intrados de l'arc à ogive contient dans sa forme principale des surfaces biaises et latérales, qui tendent à se réunir au centre ; ces surfaces secondaires ou latérales, correspondant aux parties qui composent les piliers, sont ornées de tores et de boudins; maisJes gorges qui existent entre ces derniers sont plus nombreuses, plus accusées, et produisent encore plus d'effet. La moulure principale du profil de l'arc, le tore, qui se trouve au milieu de l'en- ' semble, et qui en est l'expression la plus caractéristique, reçoit une apparence ovoïde. La composition la plus simple dans les moulures se montre aux croisées d'ogive des voûtes; la nervure principale, celle de l'arc-doubleau qui coupe la voûte transversalement, est déjà traitée d'une manière plus riche et plus recherchée. Une plus grande richesse et une plus grande diversité s'aperçoivent dans les arcs qui lient les piliers au rez-de-chaussée, et sur lesquels s'appuient les parties supérieures de la nef. Tandis que la variété la plus étendue est appliquée aux arcs et aux nervures des voûtes, et distingue toute la richesse de conception et d'imagination de l'architecte, l'apparence de ces arcs et de ces nervures indique de la manière la plus exacte le degré d'achèvement des diverses parties de l'œuvre.
Les lois qui ont servi à coordonner les diverses parties des arcs des voûtes apparaissent également dans la disposition de l'encadrement
des fenêtres; mais comme cet encadrement devait être encastré dans les parties massives de la muraille, et qu'il devait, pour ainsi dire, conserver à l'œil son effet entier, il fallait y déployer une plus grande force de conception ; c'est pour celle raison aussi que les tableaux et les embrasures avec leurs tores et leurs gorges embrassent une si grande étendue sur les parties où ils sont adaptés.
La voussure de cet encadrement des fenêtres, en harmonie parfaite avec les autres arcs, exprimant comme ceux-ci le principe de l'ascension, est également formée par l'ogive. Mais le grand espace vide de la fenêtre, sans décoration aucune, aurait produit un contraste choquant avec les autres parties ornées et subdivisées à l'infini. Afin d'éviter ce contraste désagréable, on y pratiqua des meneaux qui rappelaient même dans le vide les subdivisions infinies des surfaces.
Le système de ces meneaux forme un genre particulier d'architecture qui a même une signification toute spéciale et tout indépendante. Il se compose de fines colonnettes élancées, jointes à leur sommet par une ogive. Entre ces ogives secondaires et la grande ogive principale d'encadrement, on aperçoit des cercles et autres figures de diverses formes, qui lient le tout ensemble et lui donnent la plus grande solidité. Le degré de perfection des meneaux peut servir aussi à faire préjuger de la beauté du monument, eV leurs diverses combinaisons font deviner facilement encore l'époque de l'œuvre. Au-dessus des arcades du rez-de-chaussée de la nef, à l'intérieur, il y a presque toujours une vaste galerie qui s'élève sur les bas côtés. Cette galerie s'appelle triforium. Au-dessus du triforium, on aperçoit souvent, comme à Notre-Dame de Noyon, à Notre-Dame de Rouen, à Saint-Georges de Limbourg sur la Lahn, une plus petite galerie, haute environ de deux mètres, et qui règne sur tout le pourtour intérieur de l'église; elle coupe agréablement la surface pleine de l'espace entre le triforium et la claire-voie ou croisées supérieures.
Les 'portes ont un encadrement semblable à celui des fenêtres, mais beaucoup plus riche et plus varié. La partie biaise de l'extérieur prend un espace plus considérable, où l'architecte a placé une quantité de détails et de sculptures parmi lesquelles les figures dominent.
L'architecture des baies de fenêtres et de portes appartient aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Quant à l'extérieur plus particulièrement, les contre-forts attirent surtout l'attention. Ces contre-forts, dans leur apparence, leurs dimensions verticales, leurs proportions reci-