‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 284 sur 367 · Théodora et Marozia, par exemple; Jean X et Jeau XI · texte numérisé non relu

Théodora et Marozia, par exemple; Jean X et Jeau XI

de l'Italie, le clergé était plus corrompu que partout ailleurs. Les dignités ecclésiastiques conférées sans règle et sans droit, sans égard à l'aptitude morale ou scientifique, par les puissants, étaient considérées comme des bénéfices appartenant à la noblesse, et dont les possesseurs, continuant le genre de vie de leurs pairs temporels, s'adonnèrent à la sensualité la plus sauvage, passant leur vie au milieu des chiens, des faucons et avec des femmes suspectes. Quoique la discipline ecclésiastique des autres pays fût loin d'être sévère et exemplaire; l'état de l'Italie excita néanmoins l'indignation des ultramontains. Ratherius, Belge de naissance, évéque de Vérone, et qui lutta contre les abus existants, atteste que le sacerdoce « n'est nulle part, en Europe, aussi fortement méprisé qu'en Italie; il ne se distingue des laïques que par la tonsure et le costume ». L'archevêque d'Orléans disait, dans un concile tenu à Reims en 991, qu'il se trouvait à peine un prêtre parmi les ecclésiastiques romains qui eût appris à lire et à écrire; qu'on devrait chercher le chef de l'église en Belgique ou en Allemagne, où il y a encore des hommes pieux et distingués dans la doctrine. En l'année 1058, Pierre Damien prétendait publiquement que le pape nouvellement élu ne savait pas le premier mot des psaumes et encore moins interpréter un seul vers des homélies', et que le cardinal-prêtre qui l'avait sacré n'était point en état de lire correctement. Quelque exagérés peut-être que fussent ces reproches, ils prouvent qu'il y avait lieu de les faire et ils montrent en outre jusqu'où on en était alors arrivé en fait d'ignorance. Si telle était la situation intellectuelle et morale du clergé, il est facile de juger ce que devait être celle du reste de la population. Il s'ensuit aussi qu'antérieurement même à cette époque, les ténèbres les plus épaisses s'étendaient sur l'Italie, par le fait de la religion, qui doit cependant être le flambeau de l'humanité et qui le fut dans l'antiquité.

Aussi longtemps que la couronne impériale fut portée par Chartemagne, sa grande personnalité en fit le prince le plus puissant de l'Occident. Distingué en toutes choses, les lettres et les arts trouvèrent en lui un protecteur intelligent et zélé. I) n'en fut plus ainsi sous les princes de sa maison, ses successeurs, travaillés et affaiblis par l'Église. A son origine, la dignité impériale n'avaH été que

1. Il e*t prêt ù le reconnaître pour pape, - si unum non dicam puai mi ; se<l vel homilije qHi<lem vemictilum pene mihi valeat exponere — l'reshyter Ostienni*, qui utUmm •vllabatim nosset vel nnain pnginam rite percurrerc. «

personnelle; plus tard elle passa au prince le plus puissant de la chrétienté, à celui qui pouvait assurer la plus grande protection à l'évêque de Rome, dont la présence, dans ce temps d'ignorance, était indispensable à la cérémonie du couronnement. Tant que les Carlovingiens se trouvèrent dans cette position, le chef de leur race resta en possession de la couronne impériale. Lors des désordres et de la dissolution des empires sous les princes de cette famille, et lorsque l'Italie, devenue l'arène de luttes sauvages, changea continuellement de maîtres, l'empire tomba en partage aux rois bourguignons et aux ducs de Spolèle et de Krioul , qui étaient incapables de maintenir l'éclat de la ro\auté et l'ordre temporel, ainsi qu'auraient pu le faire les souverains germaniques ou français. Le pouvoir temporel, l'unique et vrai pouvoir, le seul utile, se serait perdu dans ces circonstances, si, à la mort de Béranger de Frioul , en 924. Olton I'r ne s'en fût saisi ; il fut couronné à Rome en 002, et depuis cette époque la couronne impériale fut portée par les rois germaniques; toutefois l'Italie devint le centre de tous les mouvements politiques; C'est alors aussi que la papauté, toujours indifférente aux arts et ennemie des sciences, s'éleva comme l'antagoniste du pouvoir temporel, dont les empereurs furent naturellement les soutiens. Le sacerdoce employa les moyens des premiers temps du christianisme pour assurer son extension : il n'y eut pour lui ni patrie, ni affection, ni peuple, ni princes; il ne reconnut que la pensée de Rome, et dans toute l'Europe s'éleva contre la puissance temporelle un pouvoir qui viola les tendances, les idées, les sentiments des divers peuples au sein desquels il faisait prévaloir cette pensée, d'abord avec humilité et ensuite avec hauteur, en ruinant les hiérarchies que l'ordonnance du monde exige pour son maintien régulier. Les arts s'engloutirent aussi dans cette catastrophe.

Au milieu de l'anarchie matérielle et de la barbarie intellectuelle qu'opéra la papauté, surtout en Italie, quelques traditions antiques échappèrent au sinistre état de choses que Grégoire VII aurait voulu amener au profit de ceux qui avaient ses aspirations. Utilisant ces traditions, les arts se relevèrent peu à peu, encouragés par les princes de la maison de Saxe et surtout par les Hohenstaufen dont nous avons déjà parlé '.

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