l'IuUrque, Vie Jt Marcellus, ch. xxi
jeux et les fêtes publiques devinrent une véritable plaie pour l'Italie et pour tous les pays dominés par les Romains et qui devaient se courber sous leur puissance ou conjurer enfin l'orage qui menaçait de fondre sur eux. Sous le consulat de L. £milius et Cn. Brebius, en 182, on décréta bien une loi qui fixait le maximum de la somme destinée aux jeux; mais l'édile Tibérius Sempronius n'en dépensa pas moins des sommes si considérables que les plaintes sur les exactions devinrent enfin générales. Quand plus tard le consul Fulvius voulut donner les jeux qu'il avait promis pendant la guerre avec les Celtibères, le sénat ordonna, pour éviter les abus, que Fulvius ne dépenserait pas plus d'argent que Fulvius Nobilior n'en avait employé pour ses jeux après les guerres d\Etolie. Tous ces faits eurent les conséquences les plus désastreuses; le peuple de la ville de Rome ne fut pas seul corrompu par les jeux et les distributions d'argent qu'on faisait fréquemment : mais l'agriculteur laborieux fut attiré à la ville, où il se corrompit dans l'oisiveté.
Le butin déposé par Paul Emile dans le trésor qui fut rapporté de la Macédoine, après le triomphe sur Persée, se montait à 30 millions de sesterces, 6,300,000 francs, sans comprendre les quatre cents énormes couronnes ou guirlandes en or massif que fournirent les villes grecques. Manlius fit aussi porter à son triomphe deux cents couronnes d'or, Flaminius cent vingt, et Pline dit qu'à cette époque les revenus publics de Rome étaient déjà si considérables, que, toutes dépenses faites, il restait dans le trésor 726,009 livres d'or et 92,000 livres d'argent non monnayé. Ensuite il y avait encore 775,000 livres provenant de recettes extraordinaires, et Pline ajoute qu'à partir de cette époque le peuple romain cessa de payer des contributions de guerre.
Nous nous sommes étendu sur la source des richesses dont les Romains profitèrent à un moment donné pour se livrer non à la culture des arts, mais uniquement pour créer des monuments d'une extrême magnificence de matériaux et d'ornementation. Toutes ces richesses furent enlevées à des nations auxquelles on fit des guerres injustes et sans motif.
Chez les Romains, l'art et la poésie furent assujettis au service de la cruauté et du meurtre, qui, pour divertir le peuple dominateur du monde occidental, furent suLstitués aux arts des Muses qui avaient charmé les Grecs et qui en avaient fait le peuple le plus aimable, le plus civilisé et le plus élégant qu'il y eut jannis sur la terre.
Les Romains acceptèrent seulement la civilisation qui leur vint de la Grèce comme une nécessité, comme une sorte d'exigence île la vie politique, et ensuite comme luxe et récréation, mais nullement comme une conséquence du développement de la culture nationale. L'existence artificielle et arbitraire que le Romain s'était faite au sein de ses esclaves lui suffisait; il était satisfait de cette vie toute matérielle et physiquement pratiquée au suprême degré.
On ne peut classer parmi les monuments essentiellement romains les édifices du temps de la royauté et des siècles qui la suivirent. Tous les édifices élevés pendant ces époques étaient encore étrusques; nous en avons parlé dans le chapitre sur l'architecture de PÉtrurie. Ne sont véritablement romains que les monuments élevés par les Romains après leur conquête de la Grèce. A partir de cette époque, l'architecture revêt un caractère particulier à la société italique, dominatrice de l'Occident. Ce ne fut pas le dorique sévère et élégant qu'ils imitèrent; cet ordre ne se pliait et ne convenait pas aux exigences de leur esprit fastueux. L'ordre ionique et surtout le corinthien, qui s'adaptaient mieux à leur goût pour une grandeur factice, furent pris comme ty pes. Nous avons vu précédemment que le corinthien était déjà un style dû à une époque de décadence, dans lequel le cachet et les règles du beau et du vrai ne sont pas aussi fortement inculquées que dans le dorique et dans l'ionique. La richesse de l'ornementation du corinthien était plus sympathique au goût d'un peuple moins difficile sur la qualité que sur la quantité. Avec la volute ionienne et les touffes de feuillages corinthiennes, les Romains créèrent un ordre bâtard, le composite, inconnu aux beaux temps de la Grèce. Le Romain emprunta donc, tailla, retrancha et ajouta surtout pour plier le corinthien à toutes ses volontés et à tous ses caprices de fantaisie.
Antérieurement aux rapports établis entre l'Italie et la Grèce, il est vraisemblable que l'architecture italique fut bornée aux cabanes ou huttes en bois, à la charpenterie, aux amas de terre et de pierre quelque peu informes, et que la construction réelle en pierre pratiquée selon des lois ne fut en usage qu'à la suite de la connaissance des outils dont les Grecs se servaient. Il est incontestable qu'à l'origine les Italiques apprirent de ces derniers l'usage et la connaissance du fer, la préparation du mortier (cal (e) x, calecarc, deyo>i£), de la machine (machina, |x7,yocvr4), de l'étalon (groma, corrompu de yvcipuuv, yvûpwt) ainsi que de la grille comme clôture (clathri x^f.Ôpov). Il s'en-
suit qu'il peut à peine être question d'une architecture italique originale, sauf la construction en bois de la maison primitive en dehors des modifications amenées par l'influence grecque. Car bon nombre de particularités de la maison italique primitive se perpétuèrent, particularités qui furent insensiblement perfectionnées avec le temps et qui réagirent ensuite sur la conception comme sur la construction des temples italiques.
11 est donc difficile de savoir si la tectonique nationale italique a pris sa naissance et son développement de son propre fonds indigène, car l'influence grecque a exercé son empire en Italie dès les temps les plus reculés, et avec une toute- puissance telle qu'elle anéantit les premiers éléments nationaux de l'architecture. La plus ancienne architecture italique qui nous soit connue n'a pas subi l'influence grecque à un moindre degré que la tectonique du siècle d'Auguste. Les tombeaux primitifs de Orae et d'Alsion, et probablement aussi le tombeau du même genre récemment découvert à Praneste, ont des couvertures absolument identiques à celles des trésors de Mykène et d'Orchoménos, c'est-à-dire des assises de pierres horizontales en encorbellement et terminées par une pierre unique, faisant fonction de clef de voûte. Une très-ancienne construction qui existe dans le mur d'enceinte de Tusculum est également couverte de la même manière. 11 en était de même, dans l'origine, de la fontaine nommée Tullianum, située au pied du Capitole, qui subsista dans cette forme jusqu'à ce qu'on en enlevât la partie supérieure pour construire l'édifice actuel. Nous en avons déjà parlé précédemment.
Les portes, bâties d'après le même système, sont semblables à Arpinum et à Mykône. L'émissaire du lac d'Albano avait la plus grande ressemblance avec celui du lac Kopaïs. Les murs d'enceinte, dits cyclopéens, se voient en Italie et principalement en Étrurie, dans l'Ombrie, le Latium et la Sabine; quant à leur disposition, ils appartiennent aux plus anciennes constructions de l'Italie, quoique la plus grande partie qui en existe encore aujourd'hui ait probablement été bâtie dans un âge postérieur, quelques-uns même avec certitude dans le vu* siècle de la fondation de la ville de Rome. Ainsi que les murs grecs, ils sont tantôt élevés en énormes blocs de pierre tout à fait bruts, sans aucune espèce de façon, tantôt en blocs rectangulaires par assises horizontales; d'autres enfin consistent en blocs polygonaux à plusieurs faces et juxtaposés entre eux. Ce fHrent sans doute les matériaux qui décidèrent en général du choix d'un de ces systèmes, comme