ARC A TARRAGONE
de Païenne, ne sont point arabes, mais du règne de Guillaume II ; car les bases des colonnes sont ornées de griffes, et le chapileau est une imitation de l'antique, faite dans un caractère occidental. Nous avons déjà dit précédemment que l'ogive arabe de la Sicile avait été introduite avec d'autres formes accidentelles dans l'architecture sicilienne et dans celle de l'Italie aux xne et xme siècles. On peut s'en convaincre par la comparaison des ogives employées dans les monuments de l'île
avec celles des édifices du midi et du centre de l'Italie. #
ESPAGNE
Vers l'année 710, les mahométans commencèrent leurs premières expéditions en Espagne. En 755, Abdérame, dernier rejeton de la famille des Ommiades, constitua le califat de Cordoue et s'affranchit du gou\ ornement central de Damas. Le plus ancien monument mahomélan de l'Espagne est la mosquée de Cordoue (capitale du nouveau califat), commencée par Abdérame Ier, en 786, continuée parllescham, agrandie et enrichie par Hakem 11 et Hescham II, en 965 et 988. Son plan présente un grand rectangle d'environ 162 mètres de longueur du nord au sud, sur 123 de l'est à l'ouest; au nord est une cour de 59 mètres de profondeur sur toute la longueur de la mosquée, qui est divisée en dix-neuf nefs du nord au sud, formées de colonnes et d'arcades : pour ce plan on avait par conséquent suivi la basilique antique. Trente-trois nefs plus petites coupaient de l'est à l'ouest les grandes nefs, formant ainsi un vaste quinconce de colonnes. La charpente du toit est apparente : du sol en dessous des poutres transversales, il n'y a que 8 mètres 80 centimètres d'élévation, et toutes les colonnes ont un peu plus de 3 mètres de hauteur; leur chapiteau est antique ou imité de l'antique. — 11 existe aujourd'hui un petit arc mahométan, encastré dans une partie du mur du cloître de la cathédrale de Tarragone, et qui peut servir à caractériser l'art mahométan en Espagne au milieu du xe siècle. Cet arc forme le fer à cheval; son ornementation est tout à fait romane et ses chapiteaux sont une grossière imitation du corinthien ; on trouve encore d'autres restes de l'architecture mahométane de celte époque à Tolède, dans l'église de Saint-Roman, dans la chapelle de « Cristo de la Luz » et dans la vieille porte de Bisagra, avec son arc en fer à cheval ; on en trouve également à Valence, à Barcelone, à Palma, dans l'île de Majorque ainsi qu'à Grenade. La Puerla del Sol à Tolède appartient
au commencement de cette époque. La seconde époque de l'architecture mahométane en Espagne commence au xie siècle et se termine au xine. La belle chapelle de Villa Viciosa, dans la mosquée de Cordoue, est de la fin du xic ou du commencement du xne siècle. Dans plusieurs parties de la cathédrale de Séville subsistent des restes de la grande mosquée, bàlie en 1195 par Yacoub-El-Mansour. Le grand minaret de cette mosquée est conservé et connu sous le nom de la Giralda, dont la partie arabe (du sol à la plate-forme) a 56" 50 d'élévation.
La troisième époque du style mahométan en Espagne commence au xiiie siècle et se termine' avec la fin de la domination des Arabes et des Mores. Nous ferons remarquer que cette architecture en Espagne a suivi dans son genre les vicissitudes de l'architecture romane et ogivale en Europe. Dans cette troisième époque l'ornementation des monuments arrive à une richesse et à une splendeur vraiment féeri-' ques. C'est 5 Grenade qu'on trouve les édifices les plus remarquables de cette époque. La citadelle de cette ville avait été fondée au milieu du xme siècle; elle fut surtout enrichie de nouveaux monuments au xiv* siècle. Il s'agit principalement du palais de l'Alhambra. La belle porte du Jugement qui conduit à ce palais a été élevée en 13/»8. L'Alhambra se compose de cours et de salles groupées autour. La plus grande de ces cours, celle de l'Alberca, du nord au sud de U\ mètres de longueur, de l'ouest à l'est de 22n75 de largeur, était ornée d'une pièce d'eau, alimentée par deux fontaines jaillissantes. Au nord est la tour de Comarès, qui renferme la salle des Ambassadeurs, précédée de la salle de la Barca ou Antisala. La salle des Ambassadeurs a environ 11 mètres en carré et 19 mètres d'élévation. A l'est et à l'ouest de la cour de l'Alberca étaient disposés symétriquement les deux corps de bâtiment les plus remarquables de ce palais. Celui de l'est est seul resté; il comprend la cour des Lions (longue de 36 mètres et large de 20), la salle des Deux-Sœurs, les salles et Patios voisins, la salle appelée de la Justice et celle des Abencerrages. Quant à l'autre partie principale, celle à l'ouest de la cour de l'Alberca, on n'en a qu'une description obscure et difficile à saisir complètement, par suite des reconstructions sans nombre de toute cette portion du palais, détruite peut-être dès le temps de Charles-Quint. Il n'en reste que les salles des archives, des couloirs ou vestibules qui conduisent au Patio dit de la mosquée. C'est sous Aboul Oualid, de 1309 à 1325, mais principalement pendant le règne d'Abou-Abd-Allah, surnommé Algany-Billah, de 1356 à 1391, que le palais de l'Alhambra parait avoir été décoré
de ses plus précieux ornements : c'est à ce prince qu'est due la cour des Lions, la sdlle des Ambassadeurs, etc. 11 nous reste à faire remarquer qu'il ne faut pas s'exagérer les dimensions de l'Alhambra. ce
L'Alcazar de Séville, qui existait dès le xme siècle, subit une restauration dans le style de l'Alhambra par le roi Don Pedro, de 1353 à 1364. \\ y a absence dans ce monument de tout chapiteau à vase, soit cubique, soit arrondi aux angles inférieurs, de tout chapiteau à coupoles en pendentifs moresques : partout le chapiteau est imité de l'antique.
L'islamisme a laissé de nombreux souvenirs de son architecture en Asie, à Iconium, à Nigdeh, à Ca?sarée, à Erzerouin, dans les environs de Bassora, à Nicée, à Brousse, à Erivan, à Selmas, à Sullanieh, à ïabris, à Ispahan, à Delhi, à Gour, à Sasseram, à Agra, à Fattehpour, à Allahabad, à Lucknow, à Fizabad : dans la presqu'île de l'Inde, à Bejapour, à Madoura et à Seringapatam.
Après la conquête de Constantinople par les Turcs, les sultans commencèrent à orner cette ville de monuments consacrés à leur culte. La mosquée d'Kioub fut élevée par Mahomet II, en 1458; la mosquée de Mahomet 11, bâtie par l'architecte grec Christodulos, fut terminée en H69; la mosquée de Bajazet II, commencée en 1498, ne fut achevée qu'en 15.05; celle de Selim Ier, remarquable par la simplicité *de son style et la grande dimension de sa coupole, fut terminée en 1526. Soliman II avait commencé une mosquée à Andrinople, qui fut achevée sous son successeur Selim II (il régnait de 1566 à 1574), sous la direction du célèbre architecte mahométan Sinan.