Pline, Hi$t. ni., ». xxxr, ch. xiv
des objets d'art, tels que peintures et statues, œuvres faites par les mains propres des plus grands maîtres, il dit à ceux auxquels il les conûait que, s'ils les laissaient perdre en route, ils seraient obligés d'en faire faire d'autres1. » Voilà certes une belle appréciation de l'art par un des chefs , Consul de cette singulière république. Si c'était là l'expression du sentiment d'une des sommités de la société romaine, quel devait être celui des autres classes du peuple romain, si fier d'avoir conquis vingt peuples dans leur décadence? Paterculus renchérit encore sur la barbarie de son concitoyen, lorsqu'il ajoute : a Je présume, Vicinius, que tu es convaincu comme moi qu'il aurait mieux valu, pour la patrie, que le prix des œuvres d'art de Corinthe fût resté içnoré, et que la simplicité d'autrefois et l'ignorance du beau auraient été plus salutaires à l'État que l'expérience et la sagesse actuelles dans ces sortes de choses. » Après Mummius, M. Scaurus rapporta de Sicyone un nombre considérable de peintures, dont il orna le magnifique théâtre dans lequel il donna des jeux au peuple. La guerre avec Mithridates (de 88 à 85) apporta de nouveaux trésors à Rome, pillés en Grèce par Sylla, qui n'épargna ni villes ni temples.
La prédilection des Romains pour les arts grecs, attira naturellement aussi leur attention sur les monuments d'architecture de la Grèce. C'est ce qui arriva du temps de Sylla. Vers le commencement du dernier siècle avant l'ère vulgaire, on abandonna, à Rome, l'architecture ancienne de cette ville, dont le caractère contrastait avec l'élégance grecque. La rusticité de l'architecture étrusque devait nécessairement trancher d'une manière choquante à côté des gracieuses et élégantes statues grecques. Le marbre remplaça le tuf calcaire et la tuile, en usage depuis si longtemps. Avant qu'il ne fût découvert en Italie, on alla chercher le marbre en Grèce. Pour élever de nouveaux monuments à Rome, on enleva des colonnes, des chapiteaux, des entablements aux temples de la Grèce d'Europe et d'Asie ; et si l'on trouve encore aujourd'hui des débris de quelque valeur à Rome, ils sont dus au goût et au sentiment délicat d'artistes grecs. Le premier temple à Rome, élevé en marbre, fut construit par Métellus, surnommé le Macédonien*. Ce monument est postérieur à l'année 148 avant l'ère vulgaire, qui est celle de la victoire remportée par Métellus .
1. Liv. i, ch. xm. — Tfte-Live, epi»t.,l. lii.— Pline, Mil. nat., 1. xxxiv, ch. vu.