‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 51 sur 367 · ORDRE COMPOSITE · texte numérisé non relu

ORDRE COMPOSITE

constamment lisses et sans ornement, furent ornés, dans l'architecture romaine, de simples feuilles et de feuillages.

Nous voyons l'ordre corinthien romain exécuté avec un assez bon goût au portique du Panthéon d'Agrippa et au portique d'Octavie. Nous en voyons encore d'autres exemples dans les colonnes existantes des temples de Jupiter Tonnant et de Jupiter Stator ; celles de ce dernier monument sont remarquables comme modèles de la colonne corinthienne dans l'accomplissement de toute sa richesse. Le chapiteau de ces colonnes mérite surtout notre attention à cause de ses proportions agréables, de l'exécution délicate de ses feuilles et de l'ellipse gracieuse de ses volutes, au centre et sous l'abaque'.

Mais on ne s'en tint pas à ces innovations. On voulut encore créer un nouveau style, et avec le fût, l'entablement et la base du moins ancien des ordres grecs, joints au mélange du chapiteau corinthien et du chapiteau ionique, on forma l'ordre composite, de fort mauvais goût comme on peut le penser, résultat d'un amalgame malheureux d'éléments beaux en eux-mêmes, mais impropres à s'allier ensemble. Dans le chapiteau composite, l'apparence générale du chapiteau corinthien est maintenue; en particulier, sa hauteur et les feuilles d'acanthe; mais on y fit entrer les volutes ioniennes, qui remplacèrent maladroitement la grâce et l'élégance de l'ellipse corinthienne. Au lieu de cette gracieuse et délicate courbe couronnant les colonnes élancées de l'antique lonie, les Romains, étrangers à l'élévation de l'art, composèrent une volute massive, lourde, écrasante, que quelques architectes modernes ont le malheur d'imiter quelquefois dans ce qu'ils appellent leurs créations. Selon nous, l'ordre composite devrait être rayé de l'enseignement de nos jeunes artistes, et à jamais de nos Vignoles d'architecture.

C'est aux colonnes d'un temple de Mylasa, dans la Carie, consacré à Auguste et à Rome, que nous apercevons, parmi les monuments qui nous restent de cette époque, les premiers chapiteaux composites5. A Rome même, on voit la colonne composite aux arcs de Titus et de Septime-Sévère'.

1. Desgodets, ch. x, pl. 2; ch. xi, pl. 1. — <S. Î. 2Btinlid>. «ritfc ufrcr aient., 3 vol. in 4, Dresde, 17B2-1786, toI. II, p. 43.

2. R. Pococke, A Dtscriplion of tht Eatt and tomt olher Covntriu, 1743, io-folio; — édit. allemande. 1771, 2* vol., p. 61, pl. 55, eu donne nne représentation. — Chaud- 1er, Tramtlt ii»to iua minor, 1775, ch. lvi.

3. Deagodet», la Édifice» antiques de hune, etc., ch. xvii-xvill.

Nous avons déjà parlé de plusieurs architectes romains : de Cossutius, qui travailla au temple de Jupiter Olympien à Athènes; de Caius et de Marcus Stallius , qui, conjointement avec Ménalippus, restaurèrent l'Odéon de Périklès. Caius Mutius éleva le temple de l'Honneur et de la Vertu, ordonné par Caius Marius. Cicéron nomme encore d'autres architectes romains, entre autres Cyrus1, qui mourut lors de l'assassinat de Clodius. Clautius est un autre architecte qui conçut les plans du temple que Cicéron voulait élever à sa fille Tullia'. Cicéron cite un troisième artiste, Chrysippe3, et un quatrième, Corumbus, qui parait avoir été un esclave affranchi de Balbus*.

Indépendamment des architectes praticiens à Rome, il y en avait d'autres qui s'occupaient, dans des écrits, de la théorie et des règles de leur art : Fufitius, que Vitruve cite particulièrement; Varron, qui écrivit un livre sur l'architecture; Publius Septimius, qui composa aussi deux livres sur cet art. Ces deux derniers artistes paraissent avoir été contemporains de Cicéron *.

L'époque brillante de l'architecture romaine n'a eu qu'une courte durée. Les règnes de Tibère et de Caligula sont insignifiants pour l'art. Claude agrandit Rome, orna le cirque, et lit ériger un arc en l'honneur de Tibère, non loin du théâtre de Pompée, qu'après un incendie il fit également rétablir. 11 acheva l'aqueduc commencé par Caligula, et en établit un nouveau qui reçut son nom, Aqua Claudia. Néron incendia Rome en l'année 6&, et quatre régions ou quartiers seulement furent sauvés. L'amphithéâtre en bois et un grand palais qu'il avait fait bâtir devinrent la proie des flammes. Après cet événement, il éleva des thermes magnifiques, agrandis dans la suite par Alexandre- Sévère. Mais parmi tous les travaux que Néron fit exécuter, il faut citer un palais, appelé le doré à cause de sa magnificence et de ses richesses. Sévérus et Céler en furent les architectes. Les règnes de Galba, d'Othon et de Vitellius, époques de troubles et de guerres civiles (pendant les années 68 et 69) sont nuls pour les arts.

Sous le règne des Flaviens reparut une époque brillante pour les arts à Rome. Les empereurs de cette race, hommes de mérite, économes, justes, méritèrent bien de la patrie par des institutions grandioses et utiles, qui contrastaient fortement avec les extrava-

1. Oratio pro Jfi/onr, ch. xvn. — Epist. ad Attlc, 2, 3; ad (Juint. frat., 2, 2.

2. Epist. ad Attic, xil, 17, 19, 36 et xill, H . — 3. Ibid., xm, 29. 4. Ibid , xiv, 3. — 5. Vitruve, 1. vu, préface.

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