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2. En se soumettant ù l'obéissance do l'évoque de ttome, le sacerdoce s'éloigna complètement de l'Etat; par le célibat, il renonça à la vie sociale
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comme des êtres fantasques, bizarres et athées, auxquels ou prêtait les actes les plus horribles, et sur les réunions desquels couraient les bruits les plus révoltants
Le moyen âge comprend une période d'environ mille ans entre la chute de l'empire d'Occident en 476 et la Renaissance au xvi« siècle. Son fait capital, c'est la rencontre de trois races différentes, luttant entre elles pour la possession et la domination du monde occidental : la race indo-germanique pure, les races latines ou romanes, et enfin la race arabe ou sémitique. Le moyen âge commence avec la grande migration des peuples du Nord et de l'Est; puis viennent l'établissement de l'empire d'Orient, les disputes religieuses, la séparation de l'église orthodoxe des sectes dissidentes, la naissance et la propagation de l'islamisme, la fondation du califat, la renaissance d'un empire d'Occident, la prépondérance de la hiérarchie papale, le schisme et la séparation des Églises grecque et latine. Pendant une période assez longue, il ne s'effectue pas de mouvements considérables parmi les trois races en présence, faute d'un point de contact réciproque. Les grands empires nouvellement constitués tombent en dissolution, ils se divisent en petits États séparés par le manque d'esprit d'unité; alors aussi se développent les bases et les éléments de leurs constitutions respectives. La puissance de l'Église romaine s'affermit, elle devient prépondérante, et de nouveaux peuples sont convertis au christianisme, soit par la force ou par lassitude, soit par sentiment. Ces événements conduisent jusqu'à l'année 1073. Sous Grégoire VII et à son instigation s'élève entre les trois races les trois civilisations possédant chacune sa constitution politico-religieuse, une lutte furieuse qui a pour objet la possession de la Palestine et de la ville de Constantinople. La politique en est le but, le fanatisme religieux en est le moyen. Alors arrivent les croisades, la lutte du pouvoir temporel régulier avec le pouvoir envahisseur de l'Église amenant les démêlés entre la hiérarchie ecclésiastique, la monarchie et la féodalité ; et enfin surviennent de nouvelles migrations de peuples occidentaux en Orient jusqu'en 1305. Pendant le xivfl siècle, les États européens cherchent à constituer un système unique de politique ; mais avec la constitution du pouvoir temporel commence la décadence du pouvoir de la papauté, ainsi que de son prestige. Le bas-empire et le califat disparaissent, de nouveaux États
1. Voyez entre autres : Euaëbe, Histoire ecclétiasliqut, 1. V, ch. i
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mahométans se constituent, et quand le croissant brille sur le dôme de Sainte-Sophie de Constantinople à la place de la croix, la Renaissance éclate, préparée qu'elle avait été par les croisades et le travail non interrompu de la raison au sein des peuples de l'Europe d'origine ariane.
Après la prise de Constantinople par les Turcs, en 1Z|53, l'esprit de la Grèce antique pénètre de nouveau dans la société occidentale de l'Europe; les lettres, les arts et les sciences laïques sont cultivés avec une nouvelle ardeur; l'imprimerie qui vient d'être inventée remplit le inonde des œuvres intellectuelles de l'antiquité grecque et romaine. Battu en brèche de toutes manières, le moyen âge succombe sous la réaction qui s'opère contre lui.
Ce qui caractérise surtout le moyen âge, c'est l'introduction de l'empire du sémilisme qui amena le règne de la force brutale et individuelle, le développement sans frein des passions, la recherche des aventures, l'enthousiasme irréfléchi et désordonné, le fanatisme grossier, la surexcitation subtilement spiritualisée des sens. Pendant le moyen âge, l'esprit est souvent surpris, il manque entièrement de jugement et de critique; le sentiment et l'imagination régnent en maîtres, la raison a disparu. La fantaisie engendre des créations auxquelles manquent la poésie rationnelle, véritable, l'ordre et le vraisemblable : le merveilleux y domine toujours. Toutes les créations de l'intelligence semblent vouloir naître à la vie , mais avortent toutes aussitôt. Cet effet était le produit de la prépondérance que l'Église avait accordée à l'esprit sémitique avec sa donnée neutre sur le principe premier. L'ignorance la plus profonde régnait au moyen âge : elle amena la barbarie que retrace l'histoire de cette époque. L'esprit se fourvoyait continuellement et traversait toutes- les phases possibles, à l'exception de celles qui naissent de la nature, de la raison et de la science combinées. Il se manisfesta un va-et-vient de tous les extrêmes, une foi aveugle en matière de religion, des extravagances déplorables ; une rigueur monacale alternait avec une frivolité sensuelle , un orgueil brutal avec une humilité craintive , il y avait constamment absence absolue de moralité réelle. Il n'en pouvait être autrement ; le peuple restait ignorant, il suffisait qu'il sût le credo et quelques enseignements de l'Église; les écoles n'étaient destinées qu'aux prêtres tjui avaient un profond mépris pour les sciences inutiles à l'exercice de leur sacerdoce. Les quelques doctrines que proclamait l'Église ne reposaient au fond que sur les passages des pères de l'Église. Au
moyen âge régnait une répugnance assez générale pour tout effort de l'esprit, un dédain pour toutes les études sur la nature et sur ses lois. Le semblant de philosophie qui existait était assujetti au service de la théologie.
Dans l'antiquité la science avait été profonde, puissante, utile à Tordre social : il n'en fut point ainsi au moyen âge. Dans les temps antiques, l'esprit s'épuisait pour ainsi dire dans l'observation de la vie extérieure, il s'épuisait dans les questions théologiques, morales et politiques; ce ne fut relativement que très-tard que l'esprit embrassa scientifiquement l'essence de l'homme. A l'origine du moyen âge, il a bien existé une sorte de science, au moins pour la forme, qui n'était point déduite de l'expérience pratique de la vie nationale, mais qui venait d'ailleurs. Celte science traditionnelle datait d'une époque antérieure. Elle ne s'identifiait nullement avec le peuple, elle n'était ni populaire ni pratique, mais au contraire d'une nature sèche, froide, qui ne répondait en aucune manière aux exigences du temps. Cette science était celle des Romains, mais non celle au temps de leur splendeur, mais bien celle des derniers siècles ou de la décadence romaine, alors que les sources de la création étaient taries, et où la science était enfin taillée et appropriée par les grammairiens et les rhéteurs pour l'usage de la chaire. De cette science abstraite et ténébreuse surgirent la scolastique et la dialectique1.
La foi religieuse était non consentie, mais imposée, elle était devenue une pure affaire de convention ; on ne recherchait même pas dans la raison humaine les principes propres à étayer jusqu'à un certain point les sentences ayant cours. A défaut d'éclaircissement rationnel on n'admettait que des subtilités de l'esprit en désordre. Les fortes têtes qui osaient raisonner avec indépendance, étaient odieusement persécutées. Les connaissances les plus élémentaires même des mathématiques amenaient sur leurs possesseurs le soupçon de magie : témoin le célèbre Herbert. Pendant le moyen Age, il existait une vénération superstitieuse pour les prêtres et les moines de tous les ordres. On croyait qu'on pouvait racheter les fautes commises au moyen de pénitences, de présents et d'aumônes. On se contentait des formes
t. çur une base ou piédestal, surmonté d'une statue tenant des balances, dans le (ampo Saiitu de l'ise, lartistc a représenté les sept art» libéraux en ba». relief On y voit une retire de vieille femme tenant un serpent dans chacune de ses mains l u mot indique que. Jean de Pise, qui est l'auteur de cette allégorie, a voulu figurer la dialectique : le mot Pilktica est écrit à coté. La représentation indique assez bien l'idée.
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extérieures du culte, et dans la religion il y avait au fond le matérialisme le plus grossier. Quant à la langue, jamais décadence ne fut plus forte et plus prompte que celle du latin au moyen âge.
Sur les ifnpérissables ruines politiques et intellectuelles de l'antiquité s'élevèrent en Europe les nouveaux États constitués par les races germaniques ; en Asie, la race arabe subjugue les nations qu'elle rencontre : elle envahit même une partie de l'Afrique où elle porte la désolation. Ces Hyksos modernes partout où ils se sont montrés détruisent la fertilité et les richesses de la terre. En Europe, la terre est négligée par les moines. Ce ne fut qu'après le règne de Charlemagne, qui avait remis l'ordre dans leschoses temporelles, ruinées antérieurement par le sacerdoce, que les moines réparèrent jusqu'à un certain point les effets de l'oisiveté de leurs prédécesseurs, en s'adonnant enfin à la culture et à l'amélioration du sol, pour ne pas périr par la famine.
Deux nouvelles religions, nées au sein de la race sémitique, arrivent à ne pouvoir s'accorder sur la domination des contrées qui constituèrent autrefois l'empire romain dans sa plus grande étendue. Elles suscitent parmi leurs croyants respectifs, en Orient et en Occident, une haine sans bornes, poussée jusqu'au fanatisme le plus exalté. 11 s'éleva alors entre eux une guerre à mort pour la possession et la prépondérance du pouvoir en Orient. Dans cette lutte sans résultat social périssent la plupart des monuments historiques de tout genre de l'antiquité, monuments à jamais regrettables et détruits de part et d'autre avec un vandalisme sans exemple. Mais telle est la puissance du génie de l'antiquité qu'au milieu de ces batailles entre croisés et Osmanlis, sur les ruines qu'ils accumulent survivait son souvenir et son irrésistible ascendant. La raison des peuples du Nord, d'origine ariane, se reconnaît dans les manifestations intellectuelles et matérielles de l'antiquité : elle se les approprie comme siennes, et malgré l'opposition apportée par les sentences en vigueur dans l'Eglise , les préliminaires d'une grande renaissance sociale sont rapportés et développés en Occident par les chevaliers et les esprits indépendants et supérieurs qui avaient survécu.
Il a fallu des siècles pour que l'esprit des races arianes germaniques se courbât jusqu'à un certain degré sous le joug d'une puissance dont il ne pouvait reconnaître la légitimité, puissance qui lui était antipathique de nature , parce que l'esprit germanique est positif, rationnel, ami de l'ordre. L'islamisme est conséquent avec lui-
même : il est né dans les déserts où l'homme avait les loisirs d'inventer, d'imaginer des rêveries qui brillent plus par la redondance des phrases, l'emphase et l'exagération des images, la sonorité de la langue, que par la vérité, le vraisemblable et l'utilité du fond, rêveries d'où la science et l'idéal possible restent à jamais exclus. Le christianisme, d'une origine identique, s'adressait en Europe à des peuples habitant des pays fertiles, riches, qui , à l'instar de l'activité divine incessante, demandaient un travail continuel, sédentaire, indispensable à ses habitants , dont la nature et toutes les aptitudes naturelles étaient portées au travail manuel et moral régulier. Au rebours des religions de l'antiquité et de celles des peuples européens, antérieures à leur conversion au christianisme, le sacerdoce, au moyen âge, prêchait le dédain de toutes les choses de ce monde et ne portait l'homme qu'à vivre dans l'espoir d'un avenir de béatitude dans le ciel. Sans la sagesse des chefs politiques qui eurent encore la force de maintenir les traditions nationales de leurs races sur l'ordre temporel , l'Occident serait devenu un vaste couvent peuplé de pieux fainéants. Mais la Providence en avisa autrement et ne fut pas de l'avis de Grégoire VII. Nous voyons donc au moyen âge se manifester avec puissance les indestructibles différences qui existent dans les races humaines et dont nous avons parlé au commencement de cet ouvrage. Leur antagonisme est éternel.
11 faudrait être de mauvaise foi ou ne pas connaître le moyen âge pour affirmer qu'il ait été complètement sans poésie. Mais la poésie de cette époque est due uniquement au génie et à l'imagination des peuples issus de race ariane, ou qui en imitèrent les créations. L'influence de l'orientalisme arabe inculqua aux arts et à la poésie du moyen âge l'invraisemblable, l'incomplet, le vague, la tristesse ou la monotonie. Les créations poétiques du moyen âge ne sont qu'essentiellement naïves, pittoresques et fantastiques : c'est là leur seul attrait. On avait fait du beau idéal quelque chose d'indéfini, d'infini, qu'on cherchait toujours en vain. Cet idéal, qui provenait de l'incomplète et de l'insuffisante idée qu'on se faisait de l'esprit de Dieu , a produit une foule de créations dont les dernières sont les plus pauvres et les moins attrayantes. Le beau idéal antique, l'opposé de celui du moyen âge, était concret, défini, fini : c'était la beauté et la noblesse de la plus haute perfection dans la nature, la beauté et la noblesse de l'âme et des formes du corps humain. Le moyen âge a essayé également de les employer; mais il n'a jamais su que les faire grimacer, même dans
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la représentation des sujets de sa plus haute vénération. Les écoles issues du moyen âge en sont encore à produire quelque œuvre égalant les figures des frontons , les Panathénées et les métopes du Parthénon d'Athènes.
Comment le beau aurait-il pu s'élever du sein d'un pareil ordre social? Les œuvres d'art* de tout genre des cinq cents ans qui précédèrent la Renaissance frappent et impressionnent peut-être davantage les âmes sensibles et mystiques, les esprits ignorants, que les hommes rationnels; elles frappent et impressionnent par l'étrangeté et le fantasque de leur forme; mais la réflexion amène bien vite le désillusionnement. Pourquoi? Parce qu'il manquait au moyen âge d'être savant pour être vrai; il ne fut qu'une longue et profonde imperfection, qu'une longue et profonde déception.
L'histoire de l'architecture au moyen âge se divise en plusieurs époques. La première, du ve siècle jusqu'à l'année 800, est celle pendant laquelle est encore imitée, tant bien que mal, l'architecture romaine. La société luttait et ne créait pas. Bien que l'antiquité n'aboutisse qu'au règne de Constantin , les éléments des civilisations grecque et romaine , les éléments sociaux des races germaniques, agissaient cependant simultanément, sans qu'aucun d'eux put assurer sa prépondérance , à cause de la désorganisation et de la perturbation sociales amenées en Occident ; la religion fut incapable de constituer par elle-même un semblant d'ordre temporel. Jusqu'à Charlemagne, la basilique romaine avec ses divers détails sert de type aux nouvelles églises qu'on construisait. Cet empereur fait faire une sorte d'évolution dans les arts. Sous son règne le plan des églises commence à se modifier : le goût retourne à une imitation moins incorrecte et moins barbare du romain antique. Mais après lui. le goût retombe en complète décadence, il participe de la barbarie générale qui s'étend sur tous les pays acquis au christianisme, dès le vr5 siècle. « Malheur à notre temps, dit déjà Grégoire de Tours, car l'étude des lettres a péri parmi nous, et l'on ne rencontre plus personne qui puisse mettre par écrit les événements présents. » Il mit ces paroles dans la bouche des grammairiens de son temps, parmi lesquels il manquait un homme assez savant pour retracer l'histoire soit en prose soit en vers
La seconde période de l'histoire de l'architecture au moyen âge,
1. Grégoire de Tour», Histoire Ha Franc», préface «lu livre l'r.
qui commence avec Charlemagne, finit avec les dernières années du xie siècle. Pendant ces trois siècles, on continue avec un sentiment barbare, inintelligent et un caractère sauvage, les plus mauvaises formes de la décadence romaine. Toutefois un commencement de renaissance se fait sentir chez les artistes, mais ne peut encore aboutir.
La troisième période de l'histoire de l'architecture au moyen âge comprend le xue siècle; elle offre surtout après la deuxième croisade (de 11 /j7 à 1149) une sorte de régénération, une application plus réfléchie et plus entendue des styles antiques.
Les croisés, frappés par les monuments grecs qu'ils virent en allant en Orient, en rapportèrent le souvenir en Occident. Au milieu du xu* siècle s'élève une nouvelle forme dans l'Architecture qui se mélange à l'arc en plein cintre. Cette nouvelle forme, ou nouveau détail, est l'arc curviligne et aigu au sommet, appelé ogive. On a nommé style de transition celui où l'on remarque l'emploi simultané du plein cintre et de l'ogive, et qui se prolonge pendant le premier quart du xuic siècle.
Sous Louis VIII (de 1223 à 1220) commence la quatrième période de l'architecture du moyen âge : il s'éleva un style où l'ogive couronne toutes les arcades, toutes les portes et les fenêtres; alors aussi a lieu l'application d'un système raisonné, où l'emploi des nombres et des figures géométriques est utilisé plutôt pour en faire une sorte de jeu qu'un système sévère et rationnel. L'architecture ogivale, avec ses éléments capricieux, arbitraires et de décadence, se maintient jusqu'au commencement du xve siècle, non sans avoir été sensiblement altérée et modifiée pendant les dernières soixante-dix années de son existence.
La cinquième période enfin commence au xve et aboutit au xvi« siècle. Dans celte période, la décadence du style est complète : l'arbitraire, la fantaisie, le caprice et la plus complète dégénérescence du goût y dominent.
La forme de deux catégories de monuments romains de la basse antiquité a servi de type aux édifices religieux du moyen âge. Ces monuments sont les basiliques et les grandes salles des bains. Les plus anciennes basiliques sont celles de Pompéi, d'Herculanum et celle nommée llpia dans le Forum de Trajan. Quant aux grandes salles thermales, nous citerons celles des bains de Dioclétien et de Caracalla. La basilique de Maxence, nommée temple de la Paix,
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offre aussi un exemple de ces vastes salles voulues des Romains*.
A la suite d'une élude assidue, prolongée, fatalement trop absolue aussi, des monuments du moyen âge, de tous les pays et de tous les genres, les esprits indépendants, sans parti pris, en sont arrivés à la conviction ferme et entière du vide et de l'inconséquence de l'architecture du moyen âge, et surtout de l'impossibilité, de l'inopportunité de son application dans les temps modernes. L'inconséquence de cette architecture leur était échappée, par les préoccupations diverses qui les absorbèrent dans le cours de leurs investigations archéologiques et historiques, entraînés qu'ils étaient par la nouveauté et le nombre des formes et des détails, par l'origine et l'âge de ces monuments, la témérité, l'imprudence, la hardiesse irréfléchie avec lesquelles ils avaient été conçus et exécutés; leur nouveauté empêcha d'en saisir la véritable essence et la valeur réelle. L'infinité de ces froides combinaisons et formes géométriques, capricieuses et sans raison d'être, qu'on voit dans l'architecture ogivale et plus particulièrement dans les meneaux des fenêtres, sont une manifestation des plus frappantes de l'introduction et du développement de l'esprit arabe au sein des races d'origine ariane de l'Europe. Ces combinaisons et ces formes ont l'inanimation des caractères de l'écriture dont les Arabes ont fait usage pour l'ornementation de leurs édifices. L'un et l'autre proviennent de la même source : l'incapacité d'animer par le sentiment du vrai et du beau les formes inorganiques. Plus un peuple a ce sentiment, plus il a le sentiment poétique, plus il a le sentiment des limites, des formes, des séparations, des mesures, de la distinction et des objets, de la variété et de la multiplicité ; plus il a aussi une imagination vive, fraîche, féconde, moins il a de symboles, moins il aime l'écriture; plus il aime la parole vivante, plus il connaît sa puissance et moins aime-t-il aussi les signes muets qui doivent en être une compensation. C'est pour cette raison que l'architecture des Grecs n'a point de symboles, de formes énigmatiques ; elle est l'architecture par excellence et la plus accomplie, réduit»' qu'elle est à sa plus simple expression. Les formes expriment avec la plus grande clarté, la plus logique conséquence , l'ensemble et l'articulation de son organisme. Elle n'a de décoratif que ses sculptures. Il n'en est point ainsi du style ogival : on ne peut eu abattre la décoration sans que l'édilice s'écroule. Celle décoration n'est donc pas
I. Yoyi'Z Rmutrks on Ihe ArchUrrturt <>f </ic MnUlf A'jei, rsprrially o( //a/y. Bv II. Willi». Caiiibri.ly»-, 1HJ5. l u vol. in-8.
rationnelle, conséquente et logique comme celle de l'architecture grecque. Dans le style ogival , la décoration est une chose de surface et non de musique dans sa constitution.
L'architecture du moyen âge est un prodige merveilleux , pour ainsi dire désespéré, d'efforts tentés par l'esprit arian du Nord, pour exprimer et rendre des conceptions qui lui étaient étrangères et même antipathiques dont il était tout au plus le traducteur. Les nerfs et les os des monuments du moyen âge appartiennent à la race du Nord, puisqu'ils sont gréco-romains; leur enveloppe extérieure, leur peau ou leur chemise sont exotiques, tout en adoptant pour leur exubérante ornementation la végétation indigène de nos forêts et de nos prés. Un grand poète a dit : « Le livre tuera l'édifice '. » La renaissance de l'esprit, des arts et de la science grecs, vulgarisés par l'imprimerie , a effectivement achevé de tuer l'esprit auquel sont dus les édifices des xme, xiv* et xv* siècles. Malgré les efforts que cet esprit tente pour renaître, il est frappé de mort depuis que l'Occident s'est réconcilié avec l'antiquité, trop longtemps négligée pour le malheur de l'art 3.
1. Notre-Dame de Paris, par V. Hugo. Paris, 1831, 1. V, ch. il.
2. Voyez, pour le développement de l'histoire du moyen âge, le second livre de notre ThéohQi» Cotmogonique. Pari», 1853. Page 281 et suivautes.
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