DÉCADENCE DE L'ART
enfin par cinq fenêtres au troisième étage ou rangée supérieure. Les arcs de l'est et de l'ouest sont restés vides, et la vue s'étend sans interruption de l'entrée principale jusqu'au maître-autel et à l'abside orientale. Dans les quatre pendentifs de la coupole on voit encore des chérubins de taille colossale et exécutés en mosaïque. Sur les archivoltes de ces quatre grandes arcades on aperçoit également eneore des mosaïques représentant la Vierge et les Saints. La grande coupole est éclairée par vingt-quatre fenêtres placées en contre-bas de sa naissance.
Sous le règne de Constantin furent bâties Sainte-Sophie l'ancienne, à Constantinople, l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem , de forme circulaire; des églises à Antioche, à Nicomédie, à Mambre, à Héliopolis en Phénicie. Hélène, l'impératrice mère, fit construire des églises à Bethléem et sur le mont des Oliviers *.
Plusieurs des successeurs de Constantin s'efforcèrent de suivre les volontés de ce prince en enrichissant la capitale de nouveaux monuments splendides, afin de la rendre toujours de plus en plus digne du séjour et du siège de l'empereur, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer plus haut. L'empereur Julien (mort en 363) n'empêcha pas l'édification de nouvelles églises chrétiennes. 11 eut seulement un retour vers le génie de l'antiquité ariane, et voulut aussi rebâtir le temple de Jérusalem. L'empereur en chargea l'architecte Alyppius d'Antioche; mais ce projet ne fut pas exécuté. Théodose (mort en 395) favorisa de nouveau l'architecture chrétienne. Arcadius (mort en &08) éleva des thermes, et, dans le voisinage du forum de Constantin, il jeta les fondements du Palatium Lausiacon , qui devait embrasser dans ses murs une collection précieuse de monuments historiques et d'objets d'art.
Pendant le v« siècle, des coups mortels furent portés aux beauxarts. Des hordes barbares envahirent l'empire, pénétrèrent jusqu'à la capitale et occupèrent encore toutes les provinces. En 409, les Visigoths, sous la conduite d'Alarich, prirent Rome, sans cependant mutiler les monuments. En 637, Genserich, roi des Vandales et de la secte des ariens, ordonna une persécution contre les catholiques africains. En M5, du temps du pape Léon, parut Attila le Hun, surnommé le Fléau de Dieu, qui mit en ruine une partie de Rome. En 676, du
1. Voyez la Fie dt Constantin, par Euséhc Pamphile, 1. m, ch. xxv à lviii; 1. iv, ch. xmii à i.x.
temps du pape Simplice 1er, Odoacre, chef desllérules, envahit encore l'Italie.
Si pendant le ve siècle un zèle ardent pour les arts n'embellit point l'empire et sa capitale de monuments nouveaux et remarquables, on s'efforça cependant de conserver autant que possible tous ceux qu'on avait reçus des générations passées. Les invasions, des guerres et des révolutions fréquentes dans l'intérieur, occasionnèrent plusieurs fois un temps d'arrêt dans les arts. La civilisation, qui était déjà auparavant en cours de destruction, disparut de plus en plus après l'invasion des Barbares; l'amour de l'art et de la science s'éteignit presque entièrement, et ce ne fut qu'à Byzance, dans quelques couvents, qu'il se conserva de faibles restes de la culture qui fut la gloire de la Grèce et de l'Italie. Lne race d'hommes plus robuste et plus barbare dans ses idées que les peuples qu'ils soumirent, prirent la place des vaincus; dans l'ouest de l'Europe, les Germains devinrent le peuple dominant, et les anciennes provinces de l'empire des Césars furent érigées en royaumes indépendants, détruits en partie quelque temps après leur fondation, ou réunis les uns aux autres, ou enfin, soutenant intacte leur indépendance, ils servirent à fonder des empires qui existent encore aujourd'hui. Rome et Constantinople ne furent cependant pas entièrement oubliées. Ces deux capitales restèrent comme des foyers d'où jaillirent les modèles d'art que d'autres peuples reproduisaient grossièrement chez eux.
Le despotisme et les disputes continuelles des sectes en Orient eurent une influence désastreuse sur le caractère du peuple. H n'y eut plus d'amour de la patrie; le changement continuel, fréquent, et quelquefois même si violent, du souverain de l'État, fit que les sujets n'avaient plus d'attachement pour lui. Le peuple s'abrutissait donc moralement, et il s'ensuivit une dépravation de mœurs dont l'exemple était souvent donné par la cour et son entourage. Plus le peuple était exclu de la participation aux affaires publiques, plus il se mêla, poussé par les moines, aux disputes et aux querelles religieuses, et le schisme en matière de religion divisa constamment l'État en plusieurs partis. Ce fut vainement que quelques empereurs, hommes de génie et de caractère énergique, cherchèrent à rétablir la bonne intelligence; loin de produire le bien, leurs efforts donnaient souvent lieu à de nouvelles divisions.
Les arts et les sciences étaient cultivés avec zèle par quelques hommes solitaires; mais le goût, se corrompant toujours de plus en
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plus, prenait une fausse direction : l'amour pour les disputes théologiques influa directement sur les arts et sur la littérature. Le poids que la constitution politique faisait peser sur l'agriculture, l'industrie et le commerce, leur devint funeste; ils souffrirent encore davantage par suite des guerres continuelles et des ravages qu'exerçaient dans un grand nombre de provinces des peuples barbares et sauvages. Les arts de la paix ne périrent toutefois jamais entièrement. Le luxe de la cour des empereurs d'Orient stimulait des artistes et des industriels, et quelques princes byzantins donnèrent un certain élan au commerce et aux manufactures. Favorisée par sa position géographique, Constantinople devint le grand entrepôt général de l'échange des marchandises de l'Orient et de l'Occident; car à celte ville finissait l'Asie et commençait l'Europe.
Après un siècle orageux reparurent enfin des temps plus heureux, • qui amenèrent des circonstances favorables, et par suite le développement des beaux-arts; lorsque enfin l'empereur Justinien saisit le sceptre de l'empire d'Orient, en 527. l'Architecture reçut une nouvelle et puissante impulsion. Si nous nous reportons au temps de Justinien, nous verrons une des époques les plus florissantes de l'empire de Byzance. Bélisaire et Narsès mirent l'Italie et la Sicile sous le sceptre de leur maître, ainsi que la partie de l'Afrique qui avait appartenu autrefois à l'empire romain, lis joignirent encore à leurs conquêtes la Sardaigne et la Corse, et anéantirent totalement par là la domination des Goths et des Vandales sur ces pays. Mais Justinien ne voulait pas seulement briller comme conquérant et comme législateur; il voulait encore acquérir le titre glorieux et immortel de protecteur des arts, en leur donnant un appui éclairé et puissant.
C'est ce qu'ilexécuta particulièrement à Constantinople en occupant et en recherchant de nouveau les artistes qui, pendant longtemps, avaient été enveloppés dans un oubli complet. La protection que Justinien donna aux arts, à l'architecture surtout, se manifesta d'abord par la construction de Sainte-Sophie, où elle apparut dans toute la splendeur et la magnificence dont elle était susceptible sous ce règne. Tous les efforts imaginables furent mis en œuvre pour élever un monument qui devait se présenter au monde dans toute sa majesté et orné dans sa disposition générale, ainsi que dans son exécution, de tout ce que l'art était capable d'inventer et de produire à cette époque. Justinien éieva encore des monuments religieux en Asie1, à Jérusalem