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FORTERESSES ORIENTALES ET OCCIDENTALES

de Kairouan (ix' s.) et, en Espagne, à

Merida, Cordoue et Santa Cnstina de

Lena (hg. 126. 192, 138— vi\ viii",

ix' et x" s.). Plus tard, soit simples,, soit

doubles, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des demi-coupoles ou des coupoles,

les cannelures rayonnantes deviendront

un motif classique des architectures

musulmane et chrétienne.

Ce qui vient d'être dit à propos des

voussures outrepassées et polylobées

s'applique au chapiteau-tailloir. Il apparaît dans les monuments antiques de la

Perse (fig.24, 26, 27, 32, 33, 35, 36) et de

la Palestine (Kasr Kharàneh, fig. 26) et il

persiste, depuis la Mésopotamie jusqu'en

France, dans les églises et dans les

mosquées construites au cours des trois

siècles qui suivirent l'hégire (fig. 99, 100,

104, 132, 215). Son importance tient à sa liaison avec les autres

thèmes empruntés aux arts de l'Iran.

Les relations constatées entre l'église et la mosquée primitives

furent encore plus étroites entre les forteresses orientales et occidentales.

En arrivant en Terre Sainte, les Croisés Ignoraient à ce point l'art des sièges qu'ils durent engager des ingénieurs chaldéens. On sait, en outre, que la réforme de l'architecture militaire du Moyen Age eut pour point de départ le célèbre château Gaillard (1197-1198). Or, ce château, construit par Richard Cœur de Lion à son retour de Palestine, est copié sur les châteaux des Croisés, qui sont eux-mêmes des imitations fidèles des forteresses sarrasines. Concurremment avec le château Gaillard, le château de Gand bâti dans les mêmes conditions et vers la même époque que la

F"lG. rp. — KOLBBET ES SaKHRA.

DÉAMBri.ATOlRE.

(('liclié C.ourlcUemdHl.)

ESPAGNE

place française et, peutêtre, les forteresses espagnoles construites sur le modèle des forteresses musulmanes aidèrent à la diffusion des méthodes orientales. Les Grecs et les Romains, qui n'atteignirent jamais à l'habileté et à la science des ingénieurs chaldéoperses, n'eurent aucune part dans cette évolution.

Quant aux Byzantins, ils bâtirent des fortifications correctes, mais ils s'étaient perfectionnés, dans l'art de tracer et de profiler les ouvrages défensifs, au contact des Asiatiques. Ils sont donc

FiG. 96. — Jérusalem. — Koubp.etes Sakiika ou Mosquée d'O.mar {vavi. ,i').

(Cliché Bonfih.)

FiG. 97. — Palais de Firouz-Abad.

Voussure en arc de cercle outrepassé.

[Portes intérieures ; voir fig. 20, 22.)

(Levé et dessin de l'anl'^ur.)

aussi hors de cause.

Ce serait sortir du cadre de ce travail que conduire plus avant une étude écrite pour servir d'introduction à l'histoire générale des arts de l'Espagne et du Portugal. Si elle était poursuivie dans tous les pays musulmans, on verrait combien y furent durables les effets de la pénétration réciproque des

deux grandes civilisations représentées par l'église et la mosquée. Certes, en terre chrétienne, les milieux traversés réagirent de toute la puissance de traditions encore vivantes ; les arts dont l'union s'était accomplie sous l'égide de la Perse n'y exercèrent pas moins une influence décisive. L'Espagne fut leur puissant intermédiaire. En le montrant, je mettrai le sceau aux recherches que j'entrepris il y a près d'un tiers de siècle.

Quand mes premières études parurent et que j'y révélai le rôle dévolu à la Perse dans l'élaboration de l'architecture occidentale du Moyen Age, le résultat en parut paradoxal. Depuis, un revirement s'est produit et, durant ces dernières années, nombreux sont les auteurs

ARCHiTECTURi: sicilip:nne

FiG. y8. — JÉRUSALEM. — KOUBBET

ES Sn.siLÉ {pari, a')- (Cliché Bonfils.)

qui ont puisé dans mes

travaux comme en un bien

commun. Je le constate

avec quelque fierté ; je ne

cacherai pas non plus la

satisfaction que j'éprouve

à le dire.

L'école de Sicile tient

dans le groupe oriental

une place analogue à

celle des écoles niudé-

jares, qui seront bientôt

étudiées. Elle participe

de l'art musulman apporté dans l'ile par les Fa-

timites d'origine persane,

dans la première moitié du ix' s. et de l'art que les Normands y

introduisirent en 1072, après la conquête qu'en fit Roger F'. Encore,

sous le règne de Roger II (1 I ll-l 154), un tiers de la population

était musulmane. A Palerme, la Martorana (xil*^ s.) présente la

coupole sur trompes perse (fig. 101) et l'ogive musulmane (fig. 102 ;

comp. fig. 74), et les chapiteaux du portail occidental procèdent des

mêmes modèles que les chapiteaux seldjoucides de quelques édifices de Konieh (Sirtcheh médressé, 1242 de J.-C.) ou voisins de cette ville (caravansérail de Soultan Khan, 1 229- 1278). La chapelle palatine ( 1 232) associe l'ogive musulmane et la coupole sur trompes perse à des plafonds a stalactites de pur style iranien et à des plafonds sur solives semblables à ceux de la mosquée de Cordoue ; mais la nef est celle d'une basilique (fig. 103).

Deux palais de Palerme, la Cuba et la Ziza, sont, eux aussi, d'un style étroitement appa-

FjGOQ.

Samahka.— Fenkike poi.vi.op.Kr..

(hessiii de l'auteur j

ESPAGNE

FlG.IOO. — RaCCA. — FEiNKTRAGE AVEUGLE, POLYLOBÉ.

(Cliché H. Viollet.)

rente au style persan.

Le plan de la salle centrale delà Cuba est, en effet, un décalque du plan B de Sarvistan ; celui de la Ziza se rapproche du plan A.

L'Italie méridionale, acquise de bonne heure aux arts byzantins, résista mieux que la Sicile à l'influence des arts musulmans. Cependant on peut citer de nombreux édifices où les formes islamiques triomphent, notamment la chapelle funéraire de Bohémond {']' 1111) à Canossa avec sa coupole établie sur plan carré et sa porte de bronze damasquinée d'argent, d'un caractère tout oriental.

En tant que construction, l'architecture lombarde elle-même, dont les origines ont été âprement débattues, semble également née d'un rameau détaché de l'arbre sicilien et greffé sur le vieux tronc classique. Que l'on considère d'anciennes églises telles que Saint- Amboiseet Saint-Nazaire de Milan, Saint-Michel-Majeur (fig. 105), Saint-Pierre in Ciel d'Oro de Pavie, la cathédrale de Parme (fig. 106), Saint- Abondio de Côme, jusqu'au palais dit de Théodoric à Ravenne (vill ou IX s.) et, dans tous ces édifices, l'on retrouvera les traits formels et des caractères indéniables de l'architecture iranosyrienne introduite en Sicile par les conquérants arabes :

coupoles sur trompes, coupoles octogonales nervées, colonnes cantonnées dans les angles des piles, chapiteaux-tailloirs (fig. 104; comp. fig. 24, 26, T ; „

^ oo irvrv\ 1- !''<'• i^*'- — Pali-rme. — Mortarana.

27, 33, 100), arcatures déco- thompks de ..a <;.)upo..e.

ratives des palais de Firouz- icuchc nroi-i.}

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