‹ Histoire générale de l'artChapitre 84 sur 222 · JAIME HUGUET. LUIS DALMAU · texte numérisé non relu

JAIME HUGUET. LUIS DALMAU

Jaime Huguet, à qui, parfois, ont été attribuées des peintures de Martorell, était au contraire un maître d'un tempérament calme, comme en témoigne le beau retable des Sanlos Médicos (San Miguel de Tarrasa). Il use encore des fonds d'or. Les diadèmes,

les bordures des vêtements, les auréoles sont également dorés et présentent même des reliefs qui favorisent Téclat du métal. Par ces côtés, il ressemble aux peintres du commencement du XV' s. ; toutefois, il l'emporte sur eux par la noblesse et l'expression des figures, la science du trait, la fraîcheur et le brillant du coloris.

Les peintres s'avançaient dans la voie où les avait engagés Martorell, quand l'auteur du triptyque de Belchite (Pro.

de Saragosse, 1439) et un grand artiste. Luis Dalmau, qui, à dater de 1 432, avait passé quelques années en Flandre, prirent une orientation nouvelle. Le 6 Juin 1443, le Conseil des Cent de Barcelone décidait FiG. 372. — Vierge de placer un retable sur l'autel de sa cha- Du Sommeil pelle et d'en confier l'exécution à Luis

(VIRGEN DEL RePOSO). Q^l^^U

(Cathédrale de béville.) ,,

(Cliché de routeur.) COmme

au meilleur et plus habile peintre qui se puisse trouver ". L'œuvre fut terminée en 1445 : Sub anno MCCCCXLV per Ludovicum Dalmau fui depiclum, lit-on sur la chaire de la Vierge. Telle est l'origine du célèbre retable Jes Conseillers {de los Concelleres). Le 8OUC1 de rendre la nature sans convention, le modelé et les qualités supérieures de la technique rappellent les œuvres des grands maîtres flamands. La Vierge serait flamande également par son attitude solennelle SI elle n'avait la grâce

FiG. 373. — Pedro MillAn.

Porte del Nacimiento.

(Cath, de Séville.) (Cliché de Vauteur.)

FiG. 374. — Pedro Millân. — Tête

d'évêque. (Porte del Bautismo,

cathédrale de Séville.)

(Cliché de Vauteur.)

ESPAGNE

plastique et le type des jeunes Catalanes (fig. 381). Il en est de même des chanteurs angéliques dont Dalmau emprunta l'idée au polyptyque de Gand exécuté par les frères Hubert et Jean Van Eyck, mais dont la chaude coloration rappelle le teint doré des filles de Barcelone (fig. 381, 382).

Dalmau ne recruta pas ses meilleurs élèves en Catalogne. La tradition qu'il avait interrompue s'y renoua sous l'égide d'une véritable dynastie de peintres, la dynastie des Vergôs, que Ton voit débuter vers 1434 avec Jaime et finir vers 1503 avec ses neveux ou ses fils, Jaime II, Rafaël et Pablo. On doit aux Vergôs de très beaux retables, parmi lesquels sont les retables de la confrérie des Revendedores de Barcelone, ceux du Condestable (M. de Antigùedades de Barcelone), de San Esteban (Rectoria de Granollers del Vallès), de San Vicente (fig. 383), de San A ntonio A bad (fig. 384), et l'on attribue à leur école un Saint Michel (pi. I) vainqueur du démon et quelques tableaux votifs (fig. 386). Dans ces peintures, les fonds d'or sont ornés de palmes estampées, et les nimbes des saints formés de cercles concentriques en relief. Cet emploi abusif de l'or était exigé par la clientèle des peintres. Seuls quelques rares artistes, tels que Dalmau et l'auteur du Saint Georges, avaient échappé à la contrainte. Il en résulte que les œuvres des Vergôs ont un caractère archaïque que démentent les qualités éminentes dont elles témoignent et que n'offrent plus celles de leurs jeunes contemporains. Le dernier artiste dont

l'iG. 375. — Pedro Mii.lAn.

Vierge. (Cathédrale de Séville.)

((Uiché de r auteur.)

Fit;. 37Ô. — Liis BoKRASsA.

VlKRGE DANS LA GLOIRK.

(Retublc de Tndos los Santos.

San Cu/^at del Vaim).

(Cliché Iiislitttt dlistudis

catalans.)

JAIME lACOMART

je citerai le nom est Jaime Serra, qui, en 1461, peignit pour le monastère du Santo Sepulcro de Saragosse le magnifique retable qu'il possède encore.

Ecole valencienne. — Dès les premières années du XI il s. le royaume de Valence eut une école de peinture qui, à l'exemple de l'école catalane, oscilla bientôt, elle aussi, entre l'Italie, la France et la Bourgogne (fig. 385). En vérité, sauf, peut-être, le triptyque de la Chartreuse de Porta Cœli (fin du XIV s., M. de Valence), il n'en sortit, d abord, aucune oeuvre saillante.

Quelques critiques pensent que ce serait à Valence que Starnina aurait demeuré à la fin du XIV s., au cours de son long voyage d'Espagne, et que Jean Van Eyck y serait venu aussi en 1 428. En ce cas, l'école de Valence leur devrait

peut-être ses premiers succès. Quoi qu'il en soit, le 27 octobre 1 440, le roi Alfonso V d'Aragon, retenu par le siège de Naples, ordonnait au bailli de Valence de lui envoyer le fils de Mestre Jaime Jacomart, dont le talent lui était signalé. Deux années plus tard, il commandait à cet artiste le retable de Santa Maria délia Pace de Naples. Ce travail et ceux que Jacomart Baçô entreprit à la suite le retinrent en Italie pendant près de onze ans. Quand il revint à Valence, en 1 45 1 , son talent était à l'apogée. Le Sud-Est de l'Espagne possède de Jacomart Baçô les retables de Caté (1460) et de Segorbe, ainsi que le triptyque

Fig. 377. — École de Borrassà.

Salomé.

(Retable de San Juan Bautista.)

(Musée des Aj-Is décoratifs, Paris.)

(Cliché Hachette.)

ESPAGNE

offert à la collégiale de Jâtiva par le cardinal Alphonse Borgia. La peinture de Jacomart est archaïque, surchargée d'or guiUoché, mais habile et savante. Le modelé est accusé sans ombres dures. Les bleus et les carmins ont des douceurs de velours ; les gris, une finesse de fourrure.

Malgré son long séjour en Italie, le maître avait gardé une prédilection pour l'école de Van Eyck, et il la montrait dans l'exécution des têtes de femme et des anges à chevelure mousseuse comme dans l'harmonie colorée de ses triptyques. Par le double aspect de son talent, il représente le stage flamand que traversèrent, à un degré plus ou moins prononcé, les écoles d'Espagne au cours de la seconde moitié du XV« s., et il

FiG. 378. — Saint Georges.

Heures du maréchal

de boucicaut.

FiG

Syç. — Benito Martorell.

Saint Georges.

(Collection Vidal Ferrer y Solcr,

liarcclone.}

(Cliché hisUliil d'I'itiludis catalans.)

apparaît comme le précurseur des peintres de la Renaissance valencienne.

Ecole castillane. — Les premiers noms qu'enregistre l'histoire de la peinture en Castille sont ceux d'artistes florentins. Si, en 1383, Juan F^ (1379- 1 390) n'y attira pas Starmna, comme on l'a cru jusqu'ici, du moins, sous le règne de Juan 11 (1407-1454), arrive Dello {sup., p. 184), à qui l'on doit, sans doute, le retable de la cathédrale Vieille de Salamanque et la fresque qui le couronne, de style giottesque très accusé (1445). Pourtant, les premières œuvres que l'école réclame sont de style catalan-siennois. Tel le tableau votif d'Enrique II (1369- 1 379) et de la reine Juana (fig. 388). Le merveilleux triptyque-reliquaire du monastère de Piedra, terminé en 1390, présente, même, des

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