TRIPTYQUE-RELIQUAIRE DE PIEÛRA
FiG. 38o. — BeiNito Martorell.
Consécration de Santo Aniano.
(Retable de San Marcos, basilique
de yianresa.)
(Cliché Institut d'Estiidis catalans.)
peintures de tradition nationale (hg. 389 a 391). En effet, si les douze scènes qui ornent l'extérieur des volets rappellent les tableaux catalans exécutes dans la manière des miniaturistes français de la fin du .\l\' s., les anges musiciens qui décorent l'intérieur ont les pieds poses sur des dallages de style muJéjar, portent sur leurs robes et sur les nimbe > des mscriptions décoratives, soit en caractères arabes, soit en caractères gothiques, et rappellent les anges du Commentaire de Beatus de la B. N. de Paris et ceux du retable de San Cugat del Vallès {sup.. p. 85, 183). Il est bien su que Luis Borrassa, l'auteur de ce retable, s'illustra au début du
w s. et que le reliquaire est daté de l'année 1 390. D'abord, je ne veux pas dire que les archanges soient de Borrassa ; puis il se pourrait que ces peintures, plus modernes que celles de l'extérieur, aient été ajoutées après coup. Mais je prétends, par exemple, restituer à l'Espagne un joyau artistique qui, dans son intégrité, lui appartient sans conteste, bien qu'on s'efforce de le lui disputer. Ce fut en 1428 que Jean Van Eyck accomplit en Espagne
et en Portugal un voyage demeuré célèbre, à la suite duquel Enrique IV (1434-1474) acheta de nombreux tableaux flamands. De ce nombre était un chef-d'œuvre : le Triomphe de V Eglise Fio. 38i. — Llis Dalmau. sur la Synagogue
(Retable des Conseillers.) /'IX/T i., d^ j \
,x, \, u K , A L, 1 ■ UVl. du rrado;,
(Musée des Beaux-Arts de Barcelone.) ,
(Cliché Institut dEstudis catalans.) donné aU COUVent
ESPAGNE
BS
in
FiG. 382. — École de Dalmau.
Couronnement de la Vierge.
(Musée du Prado.)
du Parral en 1454. A dater de
cette époque, les rapports artistiques, facilités du reste par les
liens de famille qui unissent les
maisons souveraines, deviennent
de plus en plus fréquents entre
la Castille, la Bourgogne et les
Flandres, et l'école castillane incline à son tour vers le Nord.
Parmi des peintres de la seconde
moitié du XV'^^ s., étaient le Maître
du monastère de la Sisla, dont
quelques œuvres reproduisent des
détails empruntés à l'architecture
mudéjare (fig. 392), Pedro Berru-
guete, Jorge Inglés, Fernando Gal-
legos, Juan Flamenco, Juan de
Borgoiïa.
On attribue au premier la Salutation Angélique, la Visitation (fig. 392), la Circoncision (fig. 393)
et la Mort de la Vierge.
UAuto de fe de Pedro Berruguete est une peinture chaude et
vigoureuse, avec des accents vénitiens très accusés (M. de Madrid).
Malheureusement, le dessin ne vaut pas la couleur ; puis, en dépit de leur caractère réaliste, les personnages se découpent avec sécheresse sur des fonds d'or ou d'argent.
Jorge Inglés est l'auteur du précieux retable que don Inigo Lopez de Mendoza, marquis de Santillana, commanda dans son testament ( 1 455) pour l'hôpital de Buitrago. L'artiste a représenté
Fig. 383. — Pablo Vergôs. — Ordination
DE SAINT Vincent.
(Retable de Saji Viceiite de Soria.)
(Musée des lieaux-Arts de Barcelone.)
(Cliché Institut d'Estudis catalans.)
FERNANDO CALLEGOS
FiG. 384. — Vergôs. San Antonio
Abad ExoRCiSTA. (l'ra^itieiit du
reUblc brûle avec /'«.'^'/ise de S.tii
Antonitien /pof;, Harcelmic.)
(Cliché Thomas.)
d'un côte le donateur agenouillé aux pieds de la Vierge et, vis-àvis, la marquise de Santillana accompagnée d'une demoiselle d'honneur. Douze anges volent audessus de ces deux portraits. Chacun d'eux porte sur un cartel une strophe d'un poème composé par Lôpez de Mendoza, qui, au cours des batailles où il combattit contre les Mores, montra que « la science némousse pas la lance, ni ne fait plier répée dans la main du vrai chevalier ». Les velours, les brocarts, le paysage que l'on aperçoit à travers les baies ont toutes les qualités des belles peintures flamandes. Quant aux portraits fermes et vigoureux, ils font songer aux œuvres de Roger van der Weyden.
Fernando Gallegos naquit à Salamanque, dans le second quart
du X\' s. Par son style, il se
rapproche beaucoup aussi de
Roger van der Weyden et de
Thierry Bouts. Comme il aime
a reproduire les costumes somptueux, les bottes tailladées, les
capes voyantes, les harnais de
guerre, il a été surnommé le
.Maître des Armures. Le Portement de la Croix (fig. 394) et
le retable de la cathédrale de
Zamora, termine en 1470, sont
de glorieuses peintures. L'œuvre
capitale de Gallegos semble
avoir été le triptyque de la
thédrale de Ciudad Rodrigo,
idi a ete vendu par fragments.
Juan Flamenco et Juan de
Borgona étaient sans doute origi-
1 !(,. 385. — EcoLii DE Valence.
(Retable de rAscension. Fragment.}
(Musée de Valence.)
(Cliché Lacoste.)
FiG. 386. — École
DES Vergôs. — SaintMichei..
(Coll. José Lri^iiro, Madrid.}
- ESPAGNE
naires du Nord. La Chartreuse de Miraflores possédait du premier une suite de tableaux relatifs à la vie et à la mort de samt Jean. Le second peignit à fresque, pour la cathédrale de Tolède, la Vie de la Vierge, la Prise d'Oran, des portraits d'archevêques, et collabora grandement à la polychromie du retable (/n/., p. 203). Les œuvres de Flamenco et de Juan de Borgoiïa remontent aux dernières années du XV s. et aux premières années du XVP s. Vers la fin de sa carrière, Juan de Borgoiïa s'éprit du style italien.
Antonio del Rincôn est le premier peintre castillan qui rompit avec les écoles du Nord. Né à Guadalajara, en 1446, il partit jeune pour l'Italie, étudia son art dans l'atelier de Domenico
Ghirlandajo et, à son retour, fut
nommé peintre de la cour. On lui
attribue les portraits de Ferdinand
et d'Isabelle (fîg. 395). En tout cas,
les Rois Catholiques en prière de-
vant la Vierge (vers 1491), un des
joyaux du Prado, sont d'une facture
trop parfaite pour être mis sous son
nom (fig. 396). La seule œuvre
authentique de Rincôn est la Vie
de la Vierge, à la représentation de
laquelle est consacré le retable de
Robledo. Le dessin est naïf, timide,
mais déjà souple et vrai.
Rincôn eut pour successeur dans
sa charge Francisco Chacon, qui fut
avant tout un censeur royal. Il devait
veiller à ce qu'aucun musulman ou Juif ne fût assez audacieux pour
peindre la figure du Sauveur, ni de sa glorieuse Mère, ni d'aucun
autre saint de notre religion (Lettre d'Isabelle, 20 Décembre 1480).
Fui. 387. — Saint Martin
i;t sainte Tiiècle.
(l'alais archiépiscopal, Sara^^osse.)
(Cliché Haiiser y Menel.)
RETABLES DE DAROCA
A côté des peintures dont l'attribution est certaine, il en est d'autres que l'on regrette de ne pouvoir classer. Au premier rang, se place un précieux retable de Daroca (fig. 397). Les figures de femme d une grâce étrange, le modelé sommaire, le trait délié
et le tracé des yeux rappellent le style des faïences et des manuscrits persans d'influence chinoise. Non moins digne de fixer l'attention, mais d'un caractère bien différent, est un Saint Dominique (fig. 398) provenant aussi de Daroca. Il dénote un tempérament puissant, et si, comme tout semble l'indiquer, il appartient à une école aragonaise-castillane, il en est le joyau. D'autre part, l'on rapprochera des œuvres catalanes quelques tableaux peints en Castille à la fin de la période gothique
Ecole navarraise. — La Navarre, si accueillante aux artistes français, offrit même l'hospitalité aux tisseurs de haute lisse qui exécutèrent les magnifiques tapisseries des châteaux d'Olete et de Tafala d'après les modèles de décorateurs parisiens : Colin Bataille et Jean Dourdin.
Ecole andalousc. — A Seville, les plus anciennes peintures sont de style français. La Virgen de la Anligua (Cathé.), la Virgen de Rocamadour (égl. San Lorenzo), la Virgen del Corral (egl. San lldefon- 8o) rentrent dans cette catégorie. Au même style, mais influencées déjà par l'art italien, appartiennent les peintures sur
Fig. 388. — École castillank.
Don ExRiQiE II et dona
Jl'ANA AfX PIEDS DE LA ViERGE.
(Coll. Roman Vicente, Saraffosse.} (Cliché /•;. ItertaiixJ
'^'^^^■^'^^^Jt' 4ff--tij^.}^
Fin. 38g. — Reliquaire de Piedra.
(Académie d'Histoire de Madrid.)
(CAiché Lacoste.)
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ESPAGNE
FiG.