TISSUS ET BRODERIES
FiG. 408. — Cai.ici; DE I. Arcu. Lopk
DE LlNA (SUp.,p. 1/3).
(lifflise de /.OHjifj;c'.s%
(Cliché llaiiscr y Mencl.j
selle plate qui fut offerte en 1400 à la reine Maria, femme du roi Martin (1395- 1410). Des mentions spéciales sont encore dues à des coquilles montées en nef de table (fig. 413), à une couronne et a une tasse dites de San Fernando (fig. 414, 415) et au grand triptyque d'argent (l m. 34 sur lm.90 environ) de Nossa Senhora da Oliveira de Guimaràes (Portugal), qui proviendrait du butin fait après la bataille d'Aljubarrota ( 1 385) et qui est, en tout cas, un magnifique spécimen de l'art espagnol (fig. 705). Tissus et broderies. — En même temps que les ivoires, les cuivres ouvrés, les manuscrits à peintures et les armes d'origine musulmane entraient dans les monastères et dans les palais, les étoffes et les broderies y pénétraient aussi. Les tissus qui ont été conservés, puis les reproductions qui se trouvent sur les miniatures et les tableaux montrent que les modèles orientaux furent copiés de bonne heure par les ateliers espagnols. Il en fut de même des broderies. Une très ancienne mitre du musée de Vich (n" 225 1 ) présente du moins une décoration empruntée — couleur et dessin — à des modèles de style sassanide. Sur le fond d'or des galons, s'enlèvent des cercles brodés en soie et en perles vertes, au centre desquels alternent des aigles aux ailes éployées et des croix brodées en perles bleu foncé. Toutefois, en raison des sujets qui convenaient aux broderies destinées aux églises, les artistes qui les composaient abandonnèrent de bonne heure le style mudéjar et se tournèrent vers la France, la Flandre et l'Italie. C'est ainsi qu'un devant
Fig. 409. — Calice de l'Ahch.
Dalmacio de Mur (sup., p. ijS).
(Église de Mnniesa Ternel.)
(Cliché Hauser y Menet.)
ESPA GNE
d'autel de la fin du XlV'' s. ou du début du XV*^ s., délicieusement brodé d'or et retouché au pinceau, représente des scènes empruntées à la vie et à la mort du Christ et porte l'inscription suivante : Gerî. Lapi. Rachmaiore. me. fccît. in. Florenlia. (M. de Vich, n"2050.) Les tapisseries de haute lisse se rattachent pour le dessin et la technique aux fabriques d'Arras. Telles sont les tapisseries francoflamandes de la Seo de Saragosse et de l'église del Pilar, dont quelques-unes remontent au milieu du XV*^ s. Enfin il faut chercher, parmi les peintres et les brodeurs brabançons installés à Barcelone, les maîtres des brodeurs catalans. Ils eurent notamment pour élèves les membres de la grande famille des Sardcni (xv^ et début du xvr s.), à qui l'on doit, sans doute, le célèbre devant d'autel du monastère de San Juan de las Abadesas (vers 1414, M. de Vich).
Sceaux et monnaies. — Souvent très beaux, très décoratifs, mais sans caractères artistiques particuliers.
Arts mineurs mudéjars. — Faïence.
— Les remparts et les églises de Tolède du côdice Vigilanus (976) comme
Xlncendie de Bahylone du Beatus (si/p., p. 85, 86 ; fig. 183) montrent que, dès le stage proto-mudéjar, les édifices espagnols
recevaient des revêtements en faïence de style persan {sup., p. 85, 86). La brique émaillée qui avait été introduite dans le Nord de l'Afrique, en Espagne et en Sicile, par les céramistes iraniens y subit les mêmes transformations que dans sa patrie d'origine. Elle fut employée seule ou combinée avec la brique mate, tantôt découpée pour former de véritables marqueteries, tantôt en plaques carrées. La k.alaa, des Beni Hammad (prov. de Constantine, milieu du
Fig. 410. — PereMorague.
CUSTODIA DE DaROCA.
(Église de Daroca.) (Cliché Ha user y Menet.)
Fig. 411. — (>iJSTOi)iA i)F, Daroca. (Revers.) (CAichù lia user }■ Menel.)
Fni. 412. — Rkiiqiairk.
ff,\i//i. de l\iwpi'liine.) (Cliché de r au leur.)
FAIESCES .1 REFLETS MÉTALLIQUES -
xr siècle, V. fig. 9), les mosquées de Tlemcen (prov. d'Oran), les monuments du Maroc, TAlcazar de Sévllle, l'Alhambra, la Seo de Saragosse, la cathédrale de Tarrazona en Espagne présentent toutes les variétés de revêtements.
L'Espagne n'emprunta pas seulement à la Perse la fabrication et l'usage des revêtements de faïence. Elle en reçut aussi l'art de donner à l'émail le lustre métallique (fig. 416). Ibn Batoutah, qui était venu de Tanger à Malaga vers 1 350, écrit dans ses relations de voyage : On fabrique dans cette ville la belle poterie dorée, qu'on exporte dans les pays les plus éloignés. " C'est à Malaga, sans doute, que fut fait le vase de l'Alhambra, dont la beauté atteint presque à celle des I^achis persans du Xlll^ s. (fig. 417). La reprise
de Malaga, en 1 487, n'mterrompit pas la fabrication. Les maîtres et les
ouvriers mores y restèrent et transmirent leurs procédés aux chrétiens. Le second centre de fabrication était Majorque, d'oii l'on exportait " des faïences si belles, écrit
César Scaliger, que les Italiens les
préféraient aux plus belles vaisselles
détain ". On les nommait majo-
lica après avoir changé r en l per
un certo vezzo di lingua ". Les
ateliers d'Inca, petite ville à l'intérieur de Majorque, dont le musée
de Cluny possède un plat du XV s.,
et ceux d'Iviça jouirent aussi d'une
grande réputation. Comme dans
ceux de Majorque, l'on y usait
d'ornements traditionnels de style
oriental et de caractères illisibles,
affectant la forme de lettres arabes.
Le lustre a la couleur rouge cuivré
des faïences persanes mal cuites. ^'^- f'^- -Nel ok table.
Les raiences a retlets métalliques (cnché iiauser y Menet.)
ESPAGNE
FiG. 414. — Couronne dite
DE SAINT Ferdinand. (Catli. de ScviUe.)
(Clichc Lacoste.)
du royaume de Valence, aussi anciennes que les précédentes, sont de beaucoup les moins rares. Elles ressemblent à celles de Malaga. Mais, au XV"^ s., pour les en distinguer, les maîtres céramistes y peignirent l'aigle de saint Jean, ou y écrivirent des versets empruntés à l'Evangile du même saint. Outre Valence, Biaz, Trayguera, Alaquaz et Manises, fabriquaient des poteries lustrées en si grand renom que le Pape et les cardinaux se disputaient leur possession.
Il ne faut pas oublier Séville, dont les ateliers, au xv^ et au XVl^ s., étaient encore dirigés par des musulmans ou des descendants de musulmans : Ali, Hamete, Mahomad, Médina, etc.
Menuiserie. — La porte de Daroca (fig.41 8) et les vantaux ornés d'étoiles à huit pointes et de croix de style persan rentrent dans cette catégorie. Ces derniers, composés de petits panneaux compris entre des traverses assemblées à mi-bois et des cadres puissants, ne diffèrent en rien des huisseries employées dans l'Asie et l'Afrique musulmanes. Le triptyque-reliquaire en bois peint et doré du monastère de Piedra lui fut donné par l'abbé don Martin de Ponce pour y enfermer une hostie miraculeuse. La menuiserie, traitée avec une extrême délicatesse, présente à la fois des arcades gothiques, une corniche en stalactites et des assemblages d'étoiles à huit pointes et de croix qui témoignent de la commune origine de l'architecte, du décorateur et du peintre des panneaux intérieurs (fig.
Revêtements métalliques.
— Les arts mudéjars réclament encore les portes à revêtement de bronze. A la cathédrale de Tolède,
Fig. 415. — Tasse dite de saint
Ferdinand. (Cathédrale de Sùville.)
(Cliché Lacoste.)