‹ Histoire générale de l'église de Toulouse (volume 2)Chapitre 5 sur 21 · III · texte numérisé non relu

III

9ë TBMrS limiJltDlàlUft.

* meot épuiâés, voulaiu Davoriser son zèle envers Dieu et » FEglise, nous lui accordons ponr le paiemeni de cett» » somme un déiai qui durera autant que nous le voudcoDs. > Quant au terme du passage, vous consulterez là^dessus » le mi et la ceine de France, et après avoir délibéré avec » les prélats et les barons qae vous jugerez à propos, et » avoir considéré toutes choses, vou3 nous renverrez leur » avis pour nous détemîner ensuite. »

Grégoire IX écrivit cette année j[dusieuiâ lettres, soit à divers prélats, soit k son légat Pierre de Colmieu, soit enio à Foulques évêque de Toulouse et à Tabbé de Grand-Selve, an sujet de Rapaond Vli. Nous apprenons par ces lettres que ce seigneur s était déjs^ séparé de Sancie son épouse; que le pape lui accorda la permission de prélever des im^ pots sur les vassaux, des églises pour pouvoir iaire honneur à ses engagements ; que le légat devait évoquer à son tribunal toutes les causes qu on pourrait intenter au comte sur les matièces du for ecclésiastique; q^» Raymond avait demandé au pape qu on donnât la séiiulture cbrétienne k son père, et (pi*il avait ordonné des infonnatiofis k ce sujet.

Après son voyage à la cour de France, Baymond se rendit dans ses états. Au mois de septembre, il fit la paix avec Gentulle comte d'Astacac, qui lui donna en fiefs le chàteaa

de Saiiil-Orens et la terre de Fimafcon en Agenais. W reçut aussi rhommage die Roger-Bernard, comte de Foi& pour le château de Saverduu ut le reste du cooité de FoiX jusqu'au Pas de la Barre a» ^ocèse de Toulouse.

A la même époque, i empereur Frédéric donna en fief à Raymond la terre de Lille, les viltes de Carpenlras et de

TEXPà IMËUMhDiAlUES. t»9

^ierrelatte, les comtés de Forcalquior et de Sisteion : c'est ce qui explique pourquoi le comte de Toulouse prenait dans ses actes le titre de comte de Provence. Ayaat été appelé par les Marseillais contre Raymond-fiéreuger qui assié^ geait leur ville, le 7 de novembre ces peuples lui donaèraat, eu reconoaissance de ses bons et loyaux services, toute la ville basse, pour en jouir pendant sa vie. L'interveution du comte de Toulouse dans les affaires que les Marseillais avaient à démêler avec le comte de Provence Raymond-fiérenger, détermina entre ces seigneurs une guerre' qui dura trois années entières.

Vers la Un de Tannée, Foulques confirma la relaxation ele réglise de Notre-Dame de Fanjaux que les dominicains avaient faite en faveur du monastère de Prouille. Après avoir assisté à la translation solennelle de ces religieux du couvent de Saint-Rome à celui de la paroisse de la Dau-

rade, il tiénit le nonyeau cimetière, et, le jour de Noël, il célébra les saints mystères dans l église dont il avait posé la première pierre. La pieuse colonie fut conduite au nou* veau couvent par Jean de Joannia, prieur de Saint-Rome. Pierre d'Albs était alors prieur de la Daurade.

Condors, comtesse de Comuiiuges, lit hommage a Tab*baye de Nizors d*une terre considérable placée sous le patronage de samt Etienne, premier martyr. Etienne gouvernait oetfe maison depuis plusieurs années. — L*aM}é de Graud-Selve, auquel avait écrit Grégoire IX au sujet du comte de Toulouse, était toujours Hélie Gnarin, qui en 1250 transigea avec ïàbbé du ^las-Garnier, Guillaume . Batior, relativement à tous les dommages que les deux abbayes avaient pu se causer réciproquement. — Les mo*

400 TEMPS IN'ÇKRMÉDIAIRES.

nastères n'étaient pas toujours d*accord entr*eax; ainsi nou» trouvons Pierre l", abbé de Bolbonne, et Maurin» abbé de Pamiers, en litige au sujet du tiers des biens immeubles que leâ religieux de Bolbonne recevaient de la part de ceux, qui choisissaient leur sépulture dans leur monastère , et sur lesquels les moiaes de Pamiers preteadaieut avoir des droits. Les religieux de Bonnefont et de Candeil furent pris pour arbitres. — Le prévôt de Saint-Etienne, Guillaume de Lauret, mourut cette même année 1230 ; il avait gouverné la prévôté pendant neul ans. 11 eut pour successeur dans cette dignité Guillaume des Âlains, et fut enseveli

• dans le cloître.

Au mois de janvier 1231, Grégoire IX écrivit au comte Raymond des lettres pour l'engager à payer à Tabbaye de Citeaux et aux autres monastères de cet ordre les sommes

^ auxquelles il s'était engage par le traité de Paris, lui déclarant qu'il avait chargé Tévéque de Touraay, son légat , de Ty conUaiiidre par la voie des censures ecclésiastiques. Cd prélat, qui se nommait Gautier de Marnis, cita Raymond à son tribunal , dans rt'gli.se de Pierre-Âlbe à Castelnaudary. Raymond y comparut, et promit de satisfaire à toutes les plaintes portées contre lui. "

Au mois de lévrier, il se rendit à Limoges. L'abbé de Saînt-Martîal rappela en pariage , avec le consentement de son chapitre, pour quelques villages du Rouergue. Divers actes nous prouvent quMl ne quitta pas le haut Languedoc durant le cours de cette année. Ainsi, il termina plusieurs différends quMl avait avec plusieurs abbayes, entr*autres ' avec les abbés de Montauban et de Gadlac. Par Tune de ces transactions, Raymond reconnatt tenir en fief des reli-

TEMPS IKTËKMÉDlAiRES. 401

gieux de Gaillac tout ce qu il possédait dans cette ville : par Tautre, il cède à Aurioli, abbé de Saiot-Tbéodard, le quatrième de la justice et des droits seigneuriaux de cette ville. 11 tenuina encore m différend qui existait entre Uélie prieur de Saint-Caprais et lui, devant Jourdain, abbé de Saint-Saturnin de Toulouse, qui avait été choisi pour médiateur.

Sur ces entrefaites, Grégoire IX écrivit au comte au sujet du meurtre d*un religieux de Fabbaye de Conques. Le pape déclare que Bernard comte de Comminges et ses vassaux ont arraché du saint autel un moîne sous-diacre ; quMls Tout blessé mortellement pendant qu'il embrassait Ja sainte eucharistie et le cmcifix; qu*ils Vont trauné hors de Téglise et pendu à un gibet ; qu'après que ce malheureux a été délivré par un ermite, il a été pendu de nouveau. Il prie le comte de punir sévèrement ce forfait. Raymond Vil s'empressa de donner satisfoction aux religieux de Conques : c'est ce que nous apprenons d une lettre que Vivian leur abbé lui écrivit. Le moine qui fut tué s'appelait Jean. Il parait que iiianche d'Hunaud de Lantar, comiesse de Comminges, notait pas étrangère à la perpétration de ce crime. L abbé de Conques pria Raymond de restituer à Bernard de Comminges les domaines dont il s'était emparé, probablement en punition de ce sacrilège.

A cette époque, Grhnoald , évèque de Comminges, fit consacrer par Amantius, archevêque d'Auch, la nouvelle église du monastère de la Lumière-Dieu ou de Fabas dans sua diocèse. Angélique était alors abbesse de cette maison qu'elle gouvernait depuis seize ans. Sous cette abbesse, Guillaume de Toges el Bernard de Montant devinrent les

402 TEMPS IMTBBMÉDlÀiftKS.

bienfaiteurs de Fabas. Peu de jours après, GrimoaU fit coa«

sacrer l'église de scm monastère de Sauve-Majeure par Ifàlemort, archevêque de Bordeaux, en présence des évôques d'Aûgoulème, d'Agen, de Saintes, et d un grand nombre d'autres prélats.

L'abbaye de Frédelas était toujours gouvernée par Maurin, qui acheta de Bérenger, abbé de Lagrasse, la terre 46 Juillac au diocèse de Toulouse.

i*évèque Foulques louchait au lerme de sa course. Feu de jours avant sa mort, il remit quelques charges à son chapitre. Sa fin fut asse«i agitée. Huoeurs gentilshemmes de son diocèse refusèrent de se dessaisir des dîmes inféodées, et les anciens seigneurs du château de Vei^ ne cessaient de lui faire la guerre. Iré jour de Noël 1231, il rendit son âme à Dieu, après vingt-sept ans d'épiscopait. Guillaume de Puylaurens exalte son zele à sac(iuiiter de tous les devoirs de sa charge : il reconstitua, dit-il, Tévêché de Toulouse, en faisant rentrer des mains des laïques les dîmes qui devaient enrichtr ses successeurs ; car, lors** qu'il prit possession de cet évêché, il ne trouva pour vivre que 100 sols toulousains. Son <3orps lut transporté ^ grande pompe au monastère de Grand-Selve et inhumé près du grand autel , à côté de Guillaume de Montpellier, n fut honoré à Grand-Selve comme un bienheureux. La plupart des auteurs modernes le dépeignent au contraire comme un homme de sang, d'un caractère fourbe et sans loyauté. — Foulques fut un homme profondément habde, et d'u^e très haute intelligence. H se déclara f ennemi des albigeois et de leurs fauteurs, et les poursuivit à outrance : de là, sa haine contre certains de ses pro[)re$ diocésains

fws imniÉDimcB. 403

qu'il sttpposatt eoiacèée <i'tiérésîe «et eontre là maison comtaile de Toulouse qm ii regardait coiame le soutien de Terreur. Guidé par flèèe trop ardeot, il a pu eans doute commettre des fautes, se jeter dans des entreprises qu une âme moins passionnée «urait évitées ; maïs on ne peut, sans injustice, lui refuser un dévouement sans bomes à la sainte oatse de la religieDi, un «courage, «ne intrépidité qu^aueune considération humaiae ne faisait fléchir, une étonnante activité pour corriger les ainis, sauvegarder la disci^ne et faire rentrer son Eglise dans ses droits.

Nous possédons, plusieurs ouvrages de Foulques ; ils se divisent en trois classes : les chants d'amour et les chants patriotiques, qui appartiennent k sa vie de troubadour, et quelques chants mystiques qu'il composa vers la fin de sa carrière (1). Nous possédons encore un cuneux inventaire de tous les omemènis pontHleaux 4e Foulques , où sont mentionnés les objets suivants : des tuniques, dee dalmatiques, des chasubMs, des chapes d*or et de diverses cou-

(4) Nous cilerous ici une strophe de ces dernier* chants :

Senher Dieos que naaqoelB de U Yeiige Hâria Per nos guérir de mor, e par restaurar via, B per destruir Efer quel diables teoia ;

E fos en orolz levatit D'espinas coronatz E de fel abeuraU. >

8'Miiii r! mercc vos cria Aquelz polilus onralz; Quel vostra pietalz Lor perdon lors pecatz.

Âmen, Dieus aissi sia I

104 TËUrS LNTERMËUlAUEé.

leurs, (Je riches coussins puui supporter le missel, des manaterges de couleur, des pales revêtues d*ôtoffes d'or, des, cordons de soie, des peignes d'ivoire, des cLiaudeliers de cristal, des bassins de porcelaine, des manches d*éventail, des coffres de pai laais , des essuie-mains d'étoffe floche, des crosses et des bâtons d'ivoire, des candélabres d'or et d'ivoire, des croix d'ivoire dans Tune desquelles est incluse une relique de la vraie croix, des encensoirs d'argent, des calices d'argent, des bassins d'argent, des chremières, des mitres, des crosses d'argent, etc.

A Foulques succéda frère Raymond du Falgar, provincial des dominicains, né au château de Miramont au diocèse de Toulouse. Il fut élu le 21 mars 1252 , et prit possession de son évèché le vingt-huitième jour du même mois. Son élection fut confirmée par l'évêque de Tournay, légat du saint-siége. Peu de jours après sa consécration, il opéra une transaction avec Durand, évêque d'Albi, au sujet des dîmes qu'ils avaient acquises sur les limites de leurs diocèses ; il s'accorda ensuite avec le chapitre de Saint-Etienne relatif ' vement à deux prébendes sur lesquelles il réclamait ses droits. Guillaume des Alains était encore prévôt de ce chapitre, et nous le trouvons mentionné dans une sentence qui fut portée entre les chanoines de Saînt-Etîenne et Jourdain abbé de Saint-Saturnin, au sujet des églises de Saml- Georges, de Pins et Justaret dans le Toulousain. Cest ici le dernier acte où il soit question de Jourdain, qui mourut à cette époqi]e avec une grande réputation de piété et de doctrine. 11 eut pour successeur Pierre de Malasaire, inquisiteur de la foi , qui ne garda Tabbaye que deux années.

TBIP6 imiMÉMAIBSS. 405

RaymoDâ do Falgar se montra aussi zélé que son prédécesseur contre les hérétiques ; il lit tous ses efforts pour «igager le comte de Toulouse à les poursuivre avec vigueur. Dans une seule nuit, ils prirent dix-neuf de ces sectaires tant hommes que femmes qui s'étaient cachés dans les montagnes. On distinguait paimi eux Payen, seigneur de la fiécède dans le Lauraguaîs. Quoique le comte fit tout ce qui dépendait de lui pour donner pleine salisfikction à VEglise, quelques prélatp lancèrent contre lui, v^ous divers prétextes, plusieurs sentences d'excommunication. Raymond s*en plaignit au pape, qui écrivit à Févéque de Tournay, son légat, pour l'engager à traiter Raymond Vn avec douceur et charité, et à empêcher les évéques de rien entreprendre contre lui. « Il faut, disait le pape, » Tarroser comme une jeune plante et le nourrir du lait » de VEglise. » C'était dans des termes aussi affectueux qu'il parlait de Raymond VU dans une lettre qu*il adressa à Louis IX et à la reine Blanche. Ceux-ci, de concert avec Fempereur Frédéric, avaient sdllipité le pape de restituer au comte de Toulouse les terres situées à la gauche du Rhône, c'est-à-dire le marquisat de Provence. Le pape proteste dans sa lettre de son affection toute paternelle pour Raymond, déclarant qu'il en référera sur l'objet de leur demande à son légat et à une assemblée d'évêques. Il écrit dans ce même sens au comte, lui disant que s'il avait usé à son égard de quelque sévérité, c'était pour le gagner comme un hls.

Pendant une grande partie de Tannée 1252, ce seigneur lit séjour à Toulouse ; il y reçut le chapitre et quelques habitants de Montauban, auxquels il accorda quelques pri-

406 vam imiHiDtàim.

viléges. Arnaud de fiaziége, ils de fiehraid de Varagne,

et Bertratid de Baziége son lils lui donnèrent lùie partie du lien de oe iieiiif et reçureol en éclMnge oe qa'H pessé* dail au château de Gardouch dans le Laura^uais. Cest ioi tm des plos aneieDS momitneiits qui attefteot la aoUesee de la maison des Varagne^ardouch. Raynioiid [tassa eosuite en AiteigeoiB, et fit tm accord avee Tevéque é!Jdtik an sujet de quelques domaines du pays. Au mois de septembre, il alla du côté de Bondeanx «i eut une entrefoe àvee Henri 111, roi d'Angleterre, qui avail passé la mer pour r^mer quelques infractions qu'ii poétMdait que Louis IX avait faites à la trêve conclue entr'eux. C est ce que nous apprenons d'une lettre qu*Henrï écrivit à remperour Frédéric.

Grégoire iX, qui soccupait activement à cette époi|ue de la canonisation de saint Dominique, nomma commissaires pour procéder aux informations Tancrède archidiacre de Bologne, Thomas prieur de Sainte-Mafie de Bénn, frère Parlmaîre chanoine de la Trinité. Arrivés à Toulouse pour conrateiioer le procès m cette ville, ils adreseèroit leurs lettres à Pierre abbé de Saint-Saturnin, à Raymoad-Donsl archidiacre de Saint-Etienne, et à Pons archidiacre de Saint- Saturnin. Ceux-ci leur répondirent en ces termes : « Hay- » mond Catalani prieur de Prooille, IHerre Agenn Mre M prêcheur, Raymond d'Aure prieur de Saint-Antonin, et » Raymond de Tillars cellerier du même monastère^ nous » ont remis les lettres apostoliques par lesquelles il nous » est ordonné de procéder à des recherches exactes sur la » vie de Dominique d Usma. iNous avons pris toutes les » informations nécessaires ea appelant les témoins et les

» îsmni déposer jundiquemenl, ^ nous tous adresseroos

» ce procès. »

Labbaye de GraiKtôelve était alors goiàTemée par Ar*

nauld Gailhaid, qui avdit succédé à Hélic. Ce fut entre ses sains que Tabbé éd Boltoone et fiertaud de Mpech passèrent un compromis. L'abbaye de Calers perdit, à cette époque, mu aiM^ GuiHaume qui l'aYait 4irigée pendant dix-s^t ans, de^Miis la mort de Jean I"'. — Maurin, abbé de Frédelas, commit cette sàéme aanée la garde du d^àteau de Pamiers a Roger-Bernard comte de Foix, et, de concert avec «e seigneur, acoorda plusiemrs privilèges à la ville de fttfûiers et confirma ses coutumes. *

Une haute et puissante dame du pays tooloasain, Aiscendte de Serrane, donna tous ses biens à Tabbaye de Lézat et se dévoua à Dieu dans cette abbaye, entre les mains de fier* nand de Sarranta qui en était abbé. Ce fait nous montre que les fammes se donnaient aux abbayes, vivant, soit dans DQ lieu séparé du monastère, soit dans leur propre maison, observant exactement toutes les règles, et portant sans doute quelque habit parttealier. On TOit ici f ori^ne ou du .moins le développement de cette institution connue sous le nom de Tiers^Orâre.

Les hospitaliers de Saint- Jean de Toulouse virent étendre leors domaines : en 1233, Vidal Robert leur céda tout ce qo il possédait dans ïhotmeur et la seigneurie de Guaridech. On suppose que ce personnage était seigneur de ce lieu qui est situé au nord>est de Toulouse, et qui depuis cette époque appartînt à Tordre de Malte. (Test ici le titre le pius ancien que nous possédions sur cette commanderie.

Pendant 4|u*od procédait à Toulouse aux informations

TBMFS INTBBHÉ0IAIBB8.

sur la saîDteté de Dominique, le tribunal de rinquisition

prenait une forme nouvelle. Grégoire IX ayaut appris que les hérétiques qui avaient abjuré leurs erreurs, y étaient de nouveau tombés, écrivit au roi pour qu*il avertît le comte de Toulouse de se tenir sur ses gardes. Considérant ensuite que les évêques étaieiu beaucoup trop occupés pour donner assez de temps à la recherche des hérétiques, il résolut (le confier cette recherche aux frères dominicains de Toulouse, il leur écrivit, au mois d'avril 1253, pour les nommer inqnisitetirs du royaum(î de France, les recommanda en cette qualité à tous les prélats du royaume, et principalement aux archevêques de Bourges, de Bordeaux, de Narbonne, d'Auch, de Vienne, d^Arles, d Aix et Embrun, et à leurs suffragants. Il adressa de semblables lettres aux comtes de Toulouse, de Foix, et à tous les vicomtes, barons, sénéchaux de France, ainsi qu'aux capitouls de Toulouse, les conjurant de favoriser par tous les moyens possibles la sainte inquisitian,

Coaiormément aux lettres pontiiicaies, 1 evèque de Tournay se rendit à Toulouse, y érigea ce tribunal, et nomma grands inquisiteurs deux religieux de i ordre de saint Dominique, frère Pierre Cellani et frère Guillaume Amaldi. Nous croyons nécessaire de reproduire ici un mémoire touchant les erreurs dès albigeois, les pénitences qo*on leur imposait, et la manière dont les inquisiteurs procédaient à leur interrogatoire.

Articles sur l^uels errent les hérétiques modernes.

« 1'' Us disent que le corps de Jésus-Christ n'est pas au > sacrement de Fautel, et qu'il n'y a que du pain. Tout

TEMPS IMEflMÉDUlBES. 409

» pi ètre qui est en étal de péché mortel ne peut pas con-

• sacrer. 3"* L'àme de l'homme n'est autre chose que le » sang. 4** La fornication n'est pas un péché. 5» Tous les

> hommes seront sauvés. 6** Personne n entrera au paradis » a^ant le jugement l"" A cause du délai du payement, » Tosure nest point un mal. S*" L'excommunication est

> une chimère. 9* Autant vaut se confesser k un laïque

> qu'à un prêtre. 10° La loi Judaïque est meilleure que la

> loi chrétienne. 11^ Ce n*est pas Dieu qui fait ce qui croît ' sur la terre, c'est la nature, l^** Le Fils de Dieu n'a pris

> en la Vierge qu'une chair fantastique. 13^ Les pâques,

• la pénitence et les coniessions n'ont été instituées par

• TEgilse que pour obtenir de Fargent des Mques. W Le » prêtre qui est en état de péché mortel ne peut absoudre

• personne. \^ Aucun é?éque ne peut accorder des indul-

• geoces. 16*^ Tous ceux qui sont nés d un légitime mariage

> seront sauvés. »

Pèlerinages majeurs.

< Le tombeau des SS? Apôtres, Saint- Jacques en Galice, » Saint-Thomas de Cantorbéry, les Trois Hois à Cologne. »

Pèlerinages mineurs,

« Plusieurs sanctuaires de la Vierge, parmi lesquels on

» distingue Boulogne-sur-Mer, Roc- Amadour, Le Puy, Chai- » très, Paris, Sainte-Madeleine en Provence, Saint-Gilles en •ho?ence, Saiat-Guilhem du Désert, Saint- Antoine de

• Vienne, Saint-Martial , Saint-Léonard du Limousin, Saintr

» bénis, Sainl-Luuis de France, Saint- Vincent de Castres.

HO TtHPS INTBBMtDlàIRBS.

InterrogcUoire des hérétiques.

« n faut d'abord avertir celui qui doit être examiné que^

> s*il se repent, il sera traité avec douceur. Sait-il quel est » Fobjet de 1 inquisitiou. — A-t-il entendu parier des lié-

> rétiques ou a-t-il assisté à leurs prêches. — A-t-il ajouté » foi k leurs discours ; a-t-il, avec rélleiion, cru à leui^ eu-

• seignement. — A-tril avoué ses premières faiblesses. — » A-t-ii connu les monitions que nous adressons aux héré- » tiques. — Croit-il qu*il y a des hérétiques dans sou pa3fs« » Connaît-il quelqu'un suspect d'hérésie. — Connaît-il quel- » qu*uû dans sou pays ou dans son lillage qui ait offert » asile aux hérétiques. — A-t-il reçu ou défendu un héré- » tique, et comment a-t-il appris qu*il Tétait. — Connaitpjl ■ quelque lieu de réunion des hérétiques ; y a-t-on prêché ; » qui a assisté à ces prêches ; de quoi a-ton parlé. — Ces » réunions ont-elles eu lieu de jour ou de nuit. — Qui est- » ce qui a prêché. — A-t-on pris quelque repas, et qn*a- » t-on mangé. — A-t-il mangé du pain béni par les héré- » tiqua&* — QuVt-on ai^octô à ceux qui étaient présents.

• S est-il confessé à un vaudois et a-t-il donné quelque chose » pour cette confession. — A441 aoabrassé uq hérétique » en signe d'union. — A-t-il dit, en le saluant, Benedicite. 9 Lui a-t-il fait des salutations profbndes. — L'hérétique

• lui a-t-il imposé quelque pénitence. — A-t-il fait quelque » legs ou donation aux hérétiques. — Sait-il si on a Êût » une collecte pour les hérétiques; a-t-il participé à cette » collecte ; sait-il ce qu'il a donné. — A-t-il été appelé à » rendre compte de sa foi. — A-t-il abjuré ou connaît-il

TBMM UfTUIliDUlilS. 414

» qae qaeiqa'aa l'ait £ût. -r- A-i-ii eu foi aux hérélkiaes,

» leur a-t-il servi de messager. — Qua-t-il choisi, la sus-

> pension ou le feu. — S'il a choisi le feu, pourquoi. — » A-t-il cru que les hérétiques fussent de bons hommes. — » A*t*ii eftlendu quelqu'un nm un ariicfe de foi.— Ës^

> la crainte de la mort, ou celle des gens de bien, ou la

• per&ua&ion qu'il a eue qu un autre râvélerait ou ne révé* » lerait pas (pi Fa porté h ces aTenx. — CkHBbîen d*an-

> nées a*i-il demeuré hérétique. — (jui lui a enseigné » rbérésie et qui Fa apprise avec lui. — - A*t-a conduit les » hérétiques d'un lieu à un autre, a-t-U couché avec eux.

• S*îl a dû] a prêté serment. — Savait-îl que ceux qui cé-*

• laient les hérétiques étaieai excommuniés.— A>t-il caché » des hérétiques. — Nous a-t-îl dit la vérité. — A-t-il appris » à quelqu'un à nous répondre, et lui-même ia-t-îi appris » de quelqu autre. — A-l-il pris la fnito pour cause d*hé" » résie, ou a-t-il engagé Uis autres k la prendre. — S*est^U » engagé avec tes hérétiques à ne rien révéler. (Il Ëuidra » l'interroger article par aiticie.) — A-t-ii rendu visite aux » hérétiques, et qui avaiHl avec eux. (U fout rinterroger

• sur ce qui a été dit touchant les sacrements, les serm^ts, . » les divins offices, les prières pour les morts, le sacrifice

• de la messe et les confréries.)

huerrogatmis pour les sortUégea.

» Coii^Hen de sortilèges connaît-il touchât les choses » ou les animausL perdus, le recel des voleurs, les maléfi* » ces la manière de contracter mariage.

• Vétatides âmes des morts renchanlemeiit des

44S TKÊK IMTBftMÉpUlBIS.

» fruits, des herbes, des lanières des habits, ie traitemeni

> des maladies, la cueillette des herbes le visage tourné » vers Torient, les pèlerinages et les messes. (Il iaut sur- » tout rioterroger sur les superstitions qui pourraient s*étre » gUssées au sujet des sacrements, du culte divin, des tem- » pleâ, des offrandes déposées sur Tautel pendant la lecture » de TEvangile, onze jours durant ; sur 1 eucharistie gardée, » le chrême et Fhuile volés, le baptême des images, la » bénédiction du pain et de Teau et les bénédictions uup- » tiales ; qui lui a appris toutes ces choses ; à qui a-t-11 » appris à deviner, à enchanter, et combien de lois. . . . ^

Interrrogatians aux juifs,

» Comment tappclles-tu, où es-tu né, où as-tu vécu.— » Tes parents sont-ils ou ont-ils été juifs. — Quels sont » leurs noms, picuom.^ ot ilomicile. — As-tu des IVcics ou 1 des sœurs ; quels sont leurs noms, prénoms et domicile. » Quels sont les alliés et leurs entants. — Quelqu'un de ta » Êimille est-il baptisé. — Ës-tu juif ou chrétien.— Quelle » e.>L la iiicilleure loi , et dans laquelle veux-tu mourir. — » Te crois-tu obligé de garder le serment fait sur la loi de » Moïse par la voix ou le pied de Dieu. — Quelle peine » inllige-t-on aux parjures. — Ta femme et tes eniants sont- » ils baptisés, Fes-tu toi-même , quel nom t'as-t-on donné. B A4-on baptisé d'autres personnes avec toi , quels sont » leurs noms et où sont-elles. — Es-tu revenu au judaïsme, » où, et. par qui. — Quand as-tu rejudaïsé, et où

> Combien de temps es-tu demeuré chrétien. — Tes-tu » confessé, as-tu communié. — Âs-tu admis tout le sym-

» bole.— T'e^tu marié depuis que tu es chrétien. — Corn*

» ment s'appelle la iemme. — 'As-tu des enfants , sont-ils » liaplisés. — Gonnais-tu quelque chrétien qui judaîse,et où.

■ As-tu engagé quelque cliiétien à judaïser. .... »

Telle est k longue série des questions qui fut dressée par les iaquisiteurs de Toulouse immédiatement après 1 érection du tribunal. Le respect que nous devons à nos lecteurs ne nous a pas permis de traduire ici certaines questions qui nous découvrent Texcès des désordres auxquels s'ahaadonnaieQt les albigeois. 11 est certain que, dans leurs assemblées, ils se livraient à d'indignes parodies des plus augustes mystères et à d'ineptes monstruosités. On ^ soumettait ceux qui devaient être admis k des épreuves, telles que la suspension et le feu» et ces épreuves offensaient à la fois la raison, la religion et la morale. Comme on le voit, Faction de Tinquisition s'exerçait non seulement sur rhérésîe, mais encore sur la magie, sur les chrétiens qui judaïsaient, ou sur les juifs qui, après avoir embrassé le christianisme, revenaient au judaïsme. La seule peine qu'iolligeaient les inquisiteurs, en dehors des pénitences canoniques, était la prison perpétuelle, ainsi qu*il conste d une lettre qu écrivit Grégoire IX à tous les suffragants de la* province de Narbonne : in perpetm careere detrudaiis. Cette peine avait été établie contre les hérétiques par l autorité des souverains et était devenue d'un usage universel.

Après la nomination des inquisiteurs, plusieurs hérétiques furent recherchés et pris à Toulouse^ on se saisit de leur chef nommé Vigouroux de Bouconne (Vigorosus de Bacouia), qui fut brûlé vif. Ces terribles exécutions parais-

iii. 8

444 mn IRTIMIliDUlEES.

saient être justifiées par les massacres dont se reodaient tous les jours coupables Ids albigeois. Ainsi, en Tannée 1233, trois dominicains de la maison de Toulouse furent tués k Cordes et leurs cadavres jetés dans un puits le jour du dimanche des Rameaux.. £n expiation de ce forfait, on cbanta depuis, tous les ans, la Passion du Sauveur auprès de cette citerne qui recelait ces corps mutilés.

Raymond du Falgar donna, à cette époque, une marque éclatante de son dévouement à son ordre eu jetant les fondements et posant la première pierre de la grande et maguiiique église des dumiuicains que nous admirons encore aujourd'hui. On commença dans le môme temps la construction du cloître du monastère et de toutes ses dépendances. L'histoire nous a conservé les noms des insignes bienÉaiteurs de cette mai^ull : l'évêque de Toulouse dunua quatre mille sols toulousains et au-delà, indépendamment des sommes aunutiles qu'il versait pour le vestiaire et la nourriture des religieux ; Pierre Martin^ de GaiUac ; Âuriol, marchand du bourg ; Guillaume de Venlouillac, viguier de Toulouse; Arnaud Barravi et Bernard de Foix, cédèrent soit des jaidiiis, soit des maisons pour favoriser les constructions nouvelles. La. bâtisse de Téglise fut commencée par la chapelle de Tabside dédiée à la Vierge et continuée dans la partie orientale jusqu au milieu de la nef.

Le nouveau couvent des dominicains reçut alors un hôte illustre dans la personne de Pierre Cendras, prieur du <xn]vent de Barcelonne, qui prêcha à Toulouse au milieu d'un grand concours de peuple et y opéra plusieurs guérisons miraculeuses. Ce couvent était alors gouverné par Pons de Saint-Gilies, dont les annales de Tordre font un

TKUPS imSRlrtDlilBBS. 415

magnifique éloge. Ce fat lui qui donna les plus grands

soins à reoseignemeut de la théologie à Toulouse, choisissant les plus habiles maîtres, appelant aux cours publics et uoui rissaut à .ses irais ua grand nombre de jeunes écoliers pour leur faciliter Fétude de la science sacrée. Aussi reçut-il avec une extrême joie les lettres que Grégoire IX écrivit cette année-là à Raymond Vit pour Forganisation de rUniversité de Toulouse.

Ces lettres portent la date du 30 avril 1235. Après avoir rappelé ce qui avait été Hait pour l'érection de l'Université à Toulouse et les statuts du comte, le pape confirme cette institution et lui accorde les mêmes privilèges qu'à celle de Paris; il ordonne aux habitants de fournir des maisons pour la demeure des écoliers, et veut que le prix eu soit réglé par quatre commissaires, deux clercs et deux laïques. « Nous voulons, dit le pape, que si quelque professeur, ou » écolier, ou clerc, et leur serviteur, se rend coupable de • quelque délit, il ne soit pas jugé par des juges séculiers... » et que les laïques soient tenus de répondre aux écoliers » ilevaitL le juge ecclésiastique d'après la coutume de l'Eglise » gaUicam (mundum imsuetudinemEcclmœ gaUicanœ). » Il place rUniversité de Toulouse sous la protection du comte, de ses barons et de ses baillis, et recommande à Raymond Vil de payer exactement l'honoraire auquel il s'était engagé par le traité de Paris.

Raymond était accusé d'une certaine négligence par rap-. port à ce traité, L'évéque de Toumay, dont le zèle contre les hérétiques était très ardent, l'appela devant le roi. Le légat se rendit à la cour accompagné de l'archevêque de Narbonne et de plusieurs évoques de la province, et en

116 mm INTIRMÉDUIIBS.

particulier de Raymond du Palgar. On tint, vers Tautomoe,

une assemblée à Melun, dans laquelle Tévêque de Touroay exposa tous les griefs qu'il avait contre le comte de Toulouse. Il fut décidé que l'évêque de Toulouse et un gentilhomme appelé Gilles de Flajac dresseraient des cahiers qui seraient présentés au comte. Après rassemblée de Melun, Raymond du Falgar et Gilles de Flajac, commissaires, sè rendirent à Toulouse, et remirent \ Raymond YII les cahiers déjà dressés. Le comte se détermina, conjointunent avec les commissaires, k dresser des statuts ou règlements qui forent publiés, vers le mois de mars 1233, dans une grande assemblée qui se tint au cloître de Saint-Etienne. Ces règlements, qui nous ont été conservés, sont d'une très grande étendue; ils ne font que reproduire en partie les constitutions du dernier concile de Toulouse touchant les hérétiques et leurs fauteurs. On y trouve cependant quelques particularités : il est défendu aux clercs de porter des couteaux-poignards, des épées ou des lances, à moins qu'on ne soit en temps de guerre, (nisi i&n^ timoré guerrœ); la profession religieuse y est clsurement désignée par les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance; le moine qui enfreint le vœu de pauvreté doit être jeté, après sa mort, dans le fumier. On s'occupa aussi du costume des chanoines, qui afiectaient un luxe extraordinaire de vêtements : leurs chapes, leurs manteaux, leurs tuniques, leurs chaussures doivent être de couleur brune ou noire ; les habits de soie sont déiendus ; il doit y avoir dans chaque monastère des écoles de grammaire.

11 est expressément ordonné que les cloîtres soient bien fermés et qu'on n'y introduise jamais des femmes ; que la

TSMPâ INTEMlÉOUliŒS. M7 •

lecture soît faite pendant le repas des moioes. On recommande le lavement iies> pieds aux. pauvres, une iois la seinaioe. ta simonie est frappée d*anathème. Ces règlements lûut meatiûa d un abus bien étrange qui s*était introduit dans quelques abbayes exemptes : il est dit que les moines, sons prétejLte de vendre leur vin, faisaient entrer des. hisr trions, des jongleurs, des joueurs d*osselets; ceux qui tombaient dans cet abus devaient être suspens de tout office. On publia aussi dans cette assemblée les ordonnances de Louis IX touchant les hérétiques et le maintien de la dîsdpline religieuse.

fiaymond Vil dressa, de son cote, des règlements parti- .coliers. Ces statuts sont divisés en trois classes : dans la première, le comte ordonne la recherche des hérétiques dans tous ses états, la destruction entière de tous les lieux de retraite des sectaires, la coniiscation des biens et de fortes amendes ; dans la seconde, il prend sous sa proteciiuu toutes les abbayes, et particulièrement celles de l'ordre de Citeaux; dans la troisième, il défend détablir de nouveaux péages et dexiger des droits d'aibergue sur les monastères, les granges et les biens des religieux.

Ces règlements publiés par Raymond Vil pioduisueot une heureuse impression sur l'esprit de Grégoire IX, qui écrivit k 1 uuiveisUé des maîtres et des écoliers de Toulouse pour leur accorder le privilège de régenter partout, et de jouir du icvudu de leurs bénéfices après avoir subi l'examen dans cette université. U chargea Tévéque de Narbonne et les évèques de Toulouse et de Carcassonne de 1 eiécntion de ces bulles. Cette école devenait tous les jours yhis célèbre et par les talents tes professeurs ^ par le

448 TBMPS INTBiMÉDUlRBS.

nombre des élèves. Jodocus Lovreotius (Jom Louvreins) y

enseignait alors avec la plus grande distinction le droit civil, il devint la souche de l'illustre maison de ee Dom, fut envoyé ambassadeur en Angleterre en 1243, et mourut en 1311 âgé de quatre-vingts ans, laissant un fils nommé Guillaume d Anne d £scalquens, sa femme.

Nous pensons que Raymond du Falgar était présent à la grande assemblée qui lut tenue au cloître de Saiiii-I^ticnne en 1233, quoique quelques auteurs' la placent k l'année suivante. Au mois de septembre, il se rendit a Tabbaye de Graud-Selve et y consacra un' autel à sainte Marie-Madeleine; il venait d'assister aux noces de deux seigneurs toulousains, Grimaud d'Ënuin et Guillemette. A cette époque il eut une contestation assez vive avec le chapitre de Saint- Satuinin ; il demandait le droit de procuration et réclamait la troisième partie des fruits de Tarchidiaconé de Villelongue. Le chapitre soutenait qu'en vertu des privilèges accordés à Tabbaye par les papes, les prétentions de Raymond du Falgar étaient injustes. Cette aiïaire lut portée au tribunal de Grégoire IX, qui nonmia pour juges les abbés de Graud-Selve et de Saint-Théodard. Ceux-ci envoyèrent une commission apostolique au prieur de la Daurade, à Feffet de citer 1 evéque devant les délégués du pape dans réglise de la Daurade. Nous ignorons Tissue de cette affaire.

Bernard d'Amilian gouvernait alors Tabbaye de Saint- Papoul ; il avait succédé à Pierre de Sainl4ïermain, qui avait été à ia tele de ce monastère pendant vingt ans. Bernard acquit la juridiction temporelle sur tout le territoire de Saint-Papoul des maïus d un seigneur qui le possédait alors et qui se nommait Jourdain de Roquefort, dont on ^

voyait le tombeau daos le cloître de Tabbaye. Cette cession fut approuvée par Raymond VÎI.

Au mois de janvier 1^34, le pape écrivit à son nouveau iégat, Jean de Burnin, archevêque de Vienne, qui avait succédé à levèque de Tournay, pour Texhorter à agir avec la plus grande douceur à Végard du comte de Toulouse. Grégoire déclare dans ses lettres que ce seigneur se montrait très dévot au saint-siége et fils spécial de TEglIse romaine. 11 défendit aux évéques de la province de Texcommunier aussi fecilement qu*ils le disaient et de jeter Finterdit sur ses terres. En même temps il écrivit au comte lui-môme au sujet du marquisat de Provence et du pays Venaissin dont celui-ci demandait la restitution : « Je sou- » haitends, lui disait le pape, vous accorder cette demande; » mais à cause des prétentions que plusieurs ont sur ce

• pays, et voulant rendre à chacun ce qui lui est dti, je » ne puis pour le présent vous donner une réponse posi- » tive. Du reste, poursuivez toujours avec zèle la défense » de la foi caiiioiique, et persévérez comme vous Tavez fait

• dans votre dévouement à TEglise romaine. *

Au mois de mars, Raymond se rendit à la cour du roi de France qui se trouvait à Lonis en Gatinois. Le but de son voyage était de remettre entre les mains de Louis et de la reine Blanche la décision de tous les différends qu'il avait avec Raymond Bérenger comte do Provence, et de se plaindre de ce que plusieurs ecclésiastiques avaient* acquis^ malgré lui, plusieurs fiefs dans sa mouvance. Le roi, désirant donner pleine satis£sMîtion au comte de Toulouse, écrivit en sa faveur aux prélats de la i>i ovince et leur ordonna de vider leurs mains de tous ces ûefs, avec défense d*en ac-

420 TBMPS MTBUliDIAltBS.

quérir de nouveaux sans sa pennission et celle du comte.

Louis IX fil plus encore , il éci ivit au pape : « Nous vous » avons prié de rendre le marquisat de Provence à notre » cher et féal cousin Rayuioiid comte de Toulouse, qui Fa » eu possédé autrefois ainsi que ses prédécesseurs, dans » la coniiaiice que cette restitution l'engagerait à garder la » paix de TËglise et à une plus grande fidélité envers nous. » Nous nous poiluii^ d autant plus volontiers k ieUérer » cette demande, que le comte n'a pour héritier qu'une » fille unique qui doit épouser, avec votre dispense, notre » cher frère. Cest pourquoi nous regarderons cette grâce » comme si elle nous était faite à nous-même. H est certain » d'ailleurs, ainsi que nous Tavons appris par le témoignage » des prélats du pays, ({ue le comte est fort attentif a re- » chercher et à punir les hérétiques. Nous vous prions » de plus de vouloir fécouter Êivorablement, pourTamour » de nous, dans toutes ses autres justes demandes. »

Ces lettres produisirent un heureux effet. Raymond se détermina à passer les Alpes, et alla à Rome réclamer son marquisat au pape, qui le lui rendit. On affirme que le comte de Toulouse se dévoua alors pour le service personnel de Grégoire qui avait été chassé de Rome par ses sujets, et que ce seigneur prit le commandement des troupes pontificales contre les Romains. De Rome, Raymond se rendit à Monteiiascone, et Ht hommage à l'empereui^ Frédéric du marquisat de Provence. Frédéric lui donna et confirma la terre de Venaimn pour lui et ses héritiers, et lui restitua le titre de marquis de Provence. Ainsi le comte de Toulouse rentra en possession de cette portion importante des domaines de ses ancêtres.

TEMPS INTBiMÂDUtUS. 4t4

Après que ce seigneur eut publié son édit contre les hérétiques, Jean de Burniû, archevêque de Vienne, assembla un concile à Beziers dans lequel on recommanda Texacte observation des dei uicis statuts de celui do Toulouse. Raymond du Falgar assista au coneile de fieziers qui se tint vers le mois d'avril. Ce prélat se rendit onbuite à Toulouse, où il célébra a^ec grande pompe la c^onisation de saint Dominique ; il offrit, a cette occasion, les saints mystères dans Téglise des frères prêcheurs, et assista au repas qui lui lut servi. On était sur le point de se mettre à table lorsqu'on vint annoncer au prieur^ Pons de Saint-Gilles» que les hérétiques étaient entrés dans une maison située dans un quartier voisin, où se trouvait une femme malade et à laquelle ils voulaient faire embrasser leurs erreurs. Cette temme était la belle-mère d'un poitevin nommé Borfier. L*évêque et quelques religieux se rendirent aussitôt auprès d'elle. Après Tavoir interrogée, on acquit la certitnde qu'elle était déjà pervertie dans la foi. Toutes les inslances pour la ramener devinrent inutiles* Raymond, ût alors appeler le viguier de Toulouse, qui la fit porter; couchée dans son lit, au pré du Comte, lieu des exécutions, et la livra auK flammes. On s'empara du poitevin son gendre et de Bernard Audric du lieu de Drémii (de tnto milio)^ qui, pour se sauver, découvrirent un grand nombre d'hérétiques.

Après cette exécution, Raymond du Falgar rentra dans son palais et ne voulut point prononcer le discours qu*il avait préparé. Le prieur Pons de Saint-Gilles prit sa place, et le soir, après Tofifice de None, il prononça en présence d'une foule immense l'éloge de saint Dommique, en commentant ces paroles : BUe s'est levé comme k feu, et sa

422 TEMPS INTEftMtelAtRBS.

pariHe était brûlante comme ta flamme. Les ioqui^iteur^

Pierre Cellan et Guillaume Arnaud, excités par le zèle de leur prieur, firent citer à leur tribunal tons ceux qui étaient suspects d'hérésie. Ce tribunal était dressé dans le cloître des dominicains» et là se trouvait Durand de Bars, Yîguier du comte de Toulouse. On conduisit liu hérétique nommé Jean. Comme, après sa condamnation, le viguier se disposait à le faire brûler le peuple s'ameuta et menaça lu magistrat et les inquisiteurs. Jean fut conduit alors dans les prisons de révêché, où on entreprit inutilement sa conversion. Ceux qui Favaient défendu jusqu'alors Tayant abandonné, il fut brftlé vif avec plusieurs autres que f on amena de Lavaur.

Raymond du Falgar confirma à cette époque la monastère de Prouille dans la possession de régiise de Bram que Foulques lui avait déjà cédée. 11 fit aussi une transaction avec Pierre d Albs, prieur de la Daurade, pour fixer les limites du territoire dixmaire de cette église. — L*abbaye du Mas-d'Azil était aiois gouveiuée par Etienne, qui , après une longue vacance de la dignité abbatiale dans cette maison, avait succédé à Laurent. Etienne, de concert avec un seigneur du pays, Guillaume Amilius, céda quelques terres k l'abbaye de Calers. 11 sortit de Tordre de saint Benott pour entrer dans celui de saint François. — Pons de Saint-Victor, abbé de Bolbonne, reçut au nombre des bienfaiteurs de son abbaye Galard de Boulane, qui lui céda quelques terres. 11 eut pour successeur Bernard d'Albars. — Bernard d'Amilian, abbé de Saint-Papoul, fut placé, au mois de décembre 1234, à la téte du muuastère de Camp- Rond par Vabbé de Moissac ; mais son élection ne fut pas

TUIPS lMTBIIIIÉIIUIliS3. 123

approuvée par révèque de Gironne. BerDard, croyant que

ce refus d'approbation venait de la i»ai l des moines, se rendit au monastère à la tôte dlune bande de cavaliers et de gens sans aveu, dans l'intention de le détruire, il lut alors excommunié par révèque de Gironne.

L'année 1255 fut signalée à Toulouse par les travaux de VInquisition. Vers les fêtes de Pâques, des dénonces contre les hérétiques furent portées en si grand nombre devant ce tribunal, qu il devint nécessaire d'augmenter le nombre des juges. On adjoignit dune aux dominicains plusieurs curés de la ville et des frères mineurs de saint François. Pons de Saint-Gilles, avec le secours du viguier de Toidouse, fit approcher plusieurs personnes, entr'autres Arnaud Domiuici, qui , se voyant menacé de mort, déclara qu'il connaissait un lieu où se tenaient cachés onze hérétiques. 11 mena alors Piene de Malal'a) re abbé de St-Saturnin et le viguier de Toulouse à un château appelé Cassers où ils prirent dix-sept hérétiques. Arnaud Duminici lut alors relaxé; mais tes £stuteurs de Thérésie exercèrent sur lui leur vengeance et le massacrèrent dans son lit en un lieu nommé Cautarez. Labbé de SaintrSaturnin et le viguier s'emparèrent aussi dans le bourg d'un chef liérélique. Pierre Guillaume deLort. lis allaient Tentrainer lorsque Raymond Roger, Pierre d'Ësquioat et quelques autres le délivrèrent. A cette nouvelle, les deux inquisiteurs de Toulouse qui se trouvaient dans I* Quercy et VAlbigeois revinrent en cette ville et citèrent plusieurs personnes, avec promesse de ne condamner à Texil, à la prison on à la confiscation des biens aucun de ceux qui feraient une coniession sincère. Les inquisiteurs avaient obtenu cette faveur du comte de Toulouse. Pour

424 TSIIVS IRTBIllÉDlàlUS.

répandre une plus graïidô terreur dans les âmes et im pius grand éloignement de rhérèâe, les inquisiteurs ûrmi eiàumer des cimetières catlioliques (cœm^erm sacris) ks eorps de ceux qui étaient morts dans Fhérésie. Ces cadavres décliariiés et mutilés furent traînés sur des claies dans les rues de la ville et ensuite livrés aux flammes.

Ces terribles exécutions mirent la ville entière en désordre. Les consuls se rendirent auprès du comte pour le supplier d'éloigner les inquisiteurs. N'ayant pas réussi, le comte s^adressa k Jean de Burnin, légat du pape, le cm^ulant de renvoyer au moins Pierre Cellan, qui autrefois faisait partie de la famille domestique de feu son père (de Curid) et qui maintenant se déclarait son ennemi. Cet inquisiteur, sur la demande de Raymond VU, fut donc envoyé à Caliors. Quant à Guillaume d'Arnaud son collègue, il fit citer à Toulouse douze hérétiques, qui refusèrent de comparaître et de rendie compte de leur foi; bien plus, ils se répandirent en terribles menaces contre Tinquisiteur. Voyant ensuite qu'ils étaient toujours Tobjet de sa poursuite, ils déterminèrent le comte à le chasser de la ville. Ces menaces n'altéièront point l'intrépidité d'Arnaud, et il continua toi^jours son inquisition. Alors les consuls se rendirent au couvent des dominicains, prirent par la main rinquisiteur et le conduisirent avec tous ses religieux à la tête du pont au-delà du fleuve; là, ils lui déclarèrent que sll voulait cesser ses poursuites, il pourrait restei' dans la cité avec les siens ; que, dans le cas contraire, il bllait à rinstant sortir des terres du comte de Toulouse.

Guillaume d*Amaud, ayant pris pour compagnon frère Giran, se rendit à Carcassonne, laissant en partant la com-

TIHP8 INTBBMiDIAiraS. 415

mission aux corés de Toulouse et au prévôt de Saint-

ËtieoDe de coûtiQuer Finquisition avec vigueur. Saus perdre de temps, les consuls envoyèrent Guillaume Yacquier et d'autres émissaires pendant la nuit pour se saisir du prévôt de Saint-Etienne et des curés de la ville, qui furent tous conduits à la maison commune. Au lever du soleil, ils les cbass^nt de Toulouse et portèrent un édit par lequel tout religieux ou ecclésiastique qui* ferait rinquisilion serait eondamné à mort et exécuté sans sursis. Des gardes lurent alors placés aux pûiles du palais épiscopal et du couvent des dominicains, avec défense expresse de faire passer, soit à Vévéque, soiL aux religieux, aucune espèce de vivres. Raymond du Falgar, pressé par la faim, fut obligé de quitter la ville. Quant aux dominicains, -ils ne vécurent, pendant trois semaines que dura la consigne, que du pain, des CBufs ou du fromage qu'on leur faisait passer par-dessus les murs du couvent et pendant la nuit.

De Carcassonne, Tintrépide Arnaud écrivit au prieur Pons de Sain^Gilles de désigner quatre dominicains qui citassent les hérétiques k comparaître devant son tribunal en cette ville. La commission était délicate. Sans hésiter, Pons de Saint-Gilles appela au son de la cloche tous ses religieux et leur ût part de Tordre qu'il avait reçu. Avec une éloquence surhumaine, il leur parla de la gloire du marbre, et leur dit que tous ceux qui désireraient laire partie du nouveau tribunal se prosternassent à terre. A TiDstant tous les corps, toutes les têtes s'inclinèrent. Quatre dominicains furent alors désignés, savoir : Raymond de Foix, Jean de Saint-Michel, Gui Navarre et Guillaume Pelisse qui nous a conservé cette intéressante histoire. Après

4M TBHK IMTBKlrtDUtBBS.

S être coofessés et avoir reçu la saiote obédience, ils se mi' rent à Toeuvre.

Us se rendireot aussitôt, au péril de leur vie, dans la maison du yieuxMauran, près de Tégiise de SaintpSaturnin pour y couxm.eûcer Tiaquisitiou. Là, ils lurent assaillis, chassés, battus, menacés de mort, et ils eussent infeilliblement péri sans rintervention de Pierre de Cussan, excellent catholique qui les protégea. A cette nouvelle, les consuls prirent le parti de les chasser de la ville plutôt que de les faire mourir. Les dominicains ayant eu connaissance de cette détermination, résolurent de confier à des maios amies leurs livres, leurs calices et leurs ornements. Le lendemain, après la messe conventuelle, le pneur les exhorta à la constance et leur dit de ne partir qu'à la troisième sommation. Us se rendirent ensuite au réfectoire pûui prendre leur repas : ils étaient au nombre de quarante, parmi lesquels on distinguait frère Laurent de Paris, dou^ Tellement arrivé pour enseigner la théologie, et un jeune toulousain nommé Raymond Thomas qui venait de pi eadre rhabit de saint Dominique.

Pendant qu lis étaient à table, les consuls arrivèrent au couvent, suivis de nombreux satelUtes. Le prieur, s*étant avancé, voulut expluiuer sa conduite. Tout devint inutile; au premier coup de cloche, les religieux sortirent du réfectoire et se rendirent à l'église en récitant, selon la règle, le psaume Miserere, De nouvelles explications furent alors données. Sur le refus que lii eut les consuls de les écouter, le prieur prit la croix et la châsse des reliques qui y était, attachée et su rendit avec tous les religieux ilans le cloître, où Ton tint séance pendant que les sateUites des consuls

TEMPS INTBUliDUlftBS. W

ravageaient le réfectoire, se livrant à de copieuses libations. Aussitôt Bernard Seignier, Raymond Rotger et Bernard de Miramont s'emparèrent du prieur et le traînèrent hors du clottre. Les religieux subirent le même sort. Lorsqu'ils furent parvenus à la porte extérieure, frère Laurent de Paris et frère Arnaud de Catelan se prosternèrent la &ce contre terre. Raymond Rotger, aidé par deux satellites, les prit alors par les pieds et la tête et les porta dans la rue. Tous les religieux furent obligés de sortir. La joie était peinte sur leur visage ; ils chantaient le Cr^, le Salve Regina et le Te Deum. On laissa les infirmes à Téglise de la Daurade, avec un vieillard décrépit, frère d*Albs, qui avait été chapeiaia de cette église.

Les chanoines de Saint-Etienne mirent à la disposition des dominicains leur maison de campagne de Braquevilie. La plupart des religieux se retirèrent dans plusieurs couvents de la province. Pons de Saint-Giiies s'établit au village de Portet, près de Toulouse, où il donna Fhabit à Guillaume de Saint' Gaudens qui avait professé la logique et la pliyâque avec la plus grande distinction à Montpellier.

Lévêque de Toulouse se rendit à Carcassonne, auprès de Tinquisiteur qui, le 10 novembre 1259, publia une sentence d'excommunication contre onze capilouls de Toulouse comme fauteurs des hérétiques. Les habitants de Narbonne ayant imité la conduite des Toulousains contre les inquisiteurs et les dominicains, Farchevêque de cette ville» Raymond du Falgar et Guillaume Arnaud comprirent Raymond VII dans Tanathème porté contre les capitouls. . Du reste, ce seigneur essuya à cette époque plusieurs antres sentences ^excommunication. Ainsi les commissaires

128 TEMPS liNTEUM&DlAlKbS.

da pape déclarèrent qu'il avait eacouru cette peine canoniqae pour avoir usé de quelques voies de faÀt contre ie piicui du Mas-d'Ageiiais, touchanl la seigneurie et la justice de ce lieu ; ils jetèrent Finterdit sur ses états et ordonnérent de cesse i la célébration des olliecs divins ijai lout où il se trouverait. Vers la fin de Tannée, Raymond se rendit à llagucuau on Alsace, où se trouvait l'empereur Frédéric, qui y fit eipédier deux chartes en sa laveur. Par la première, il donna de nouveau à Raymond l'investiture du comtat VenaissiQ et du marquisat de Provence, dont il lui défendit, peu de temps après, d'aliéner aucun domaine. Par la seconde, il lui donna pour vassaux les seigneurs de Lille, de Carpentras, du château d*Entraigues, et de plusieurs autres. On allirme, d après une ancienne chronique, que rempereur donna aussi à cette époque au comte de Toulouse la ville d'Arles et ses dépendances.

L*abbaye de Saint-Antonin de Pamiers avait toujours à sa tête Maurin, deuxième du nom, qui la gouvernait depuis sept années. Il a<iheta d*Hélie évêque d*Agen, sous la redevance d'une rente annuelle, tout ce que ce prélat possédait dans le territoire d'une église dédiée à sainte Foi de Serveiihas, Le chapitre de Saint-Saturnin perdit, cette année, Fun de ses membres les plus distingués dans la personne de Raymond de SelUs, chanoine de cette église et prieur de Saverdun, dont Tépitaphe nous a été conservée (1). 11 fut inhumé dans un caveau creuse dans ie

(4) NOUAS : ivmi : obut : bdvs :

SELLI8 : S&CBBIN» : PMOR : SiVAKOVNf : CUfOHIC : VBI : OtHIGBBGATIOms :

ANNO : luri : M : OC : m : V :

lACVT : 1 : PiMà : cistbbnha : aia : nv :

RBQV119CAT : IN : ?1GB ! AXBN.

cluitrc de l'abbaye, dans lequel fut élevée ia chapelle dédiée à Notre-Dame de Salut par les soins de Bernard de Gentiac, qui venait de succéder à Pierre Malafayre en qualité d'abbé de la basilique. Cette cbapelle fut destinée à recevoir la dépuuiiie mortelle des abbés de Saiût-Saturnîn.

Raymond VU se trouTait encore à Haguenau au mois de janvier 1236 puisqu'il fut présent à un diplôme que Frédéric donna en Ëiveur de l'évéque de Viviers, par lequel ce prince confirmait tous les privilèges que lui et ses prédécesseurs avaient accordés à l'église de cette ville. Nous ne croyons pas qu'il fût encore rentré dans ses états au mois de mars, époque à laquelle Grimoald, évéquede Ck>mmin' ges, lança contre ce seigneur une sentence d'excommunication dont voici la cause. Raymond fut accusé auprès du légat par Tabbé de Moîssac de s*étre rendu coupable de plusieurs usurpations touchant la seigneurie de cette ville. Le légat nomma Tévêque de Gomminges son commissaire pour terminer ce différend. Grimoald, après avoir signifié sa commls^on aux évéques de Toulouse^ d*A1bit de Rhodez, de Cahors et d'Agen, se rendit k Toulouse, et sur le refus qii*avait &it le comte de comparaître quoiqu*il eût été déjà cité plusieurs fois et que Gruuoaid eût chargé le prévôt de Saint-Etiennne de Tavertir, il lança contre lui la sentence le i(i mars. 11 adressa celte sentence aux évèques déjà nommés, leur enjoignant de la foire publier dans toute Fétendue de leurs diocèses.

Peu de jours après Texcommunication du comte de Toulouse, Raymond du Falgar, accompagné de quelques religieux dominicains, se rendit à Rome et porta plainte au

i)ape des excès dont il avait été la victime. Grégoire ac-

Hl. 9

430 TEMPS IMfiUMÉOlAïaSS.

cueillit 1 evêque avec bienveillance, et le 28 avril 1236 il écrivit à Raymond VII une lettre dans laquelle on trouve racontée en détail l'affaire des inquisiteurs de Toulouse. — « Ce que nous craignions, dit le pape, est arrivé. L*arche- » véque de Vienne et les prélats de sa légation nous ont » appris que votre viguier et les consuls de Toulouse ont » d abord formé des difficultés pour empêcher qu'on ne

> procédât contre les hérétiques, et fait plusieurs insultes » à Guillaume Arnaud, frère prêcheur, qui exerçait dans » cette ville avec beaucoup de zèle Toilice d^inquisiteur par » notre autorité et celle du mêroe archevêque ; qu'ils Tonl » chassé ensuite avec violence ; qû'ils ont défendu dans

• toute la ville et le faubourg à toute sorte de personnes » de vendre ou donner aucune chose à notre frère Févèque » de Toulouse et à son clergé, d'avoir aucune communica- » tion avec eux, de demeurer à leur service, et de faire » aucun présent ou aumône aux frères prêcheurs. De plus, » les consuls de Toulouse ont fait saisir par leurs gens,

» dans le temps que vous étiez dâus h ville, la madson dé - » Févéque qui y était actuellement malade, et lait prendre » ses chevaux et ses autres efléts ; ils ont blessé griève- » ment quelques chanoines ou clercs, soit dans l'église, soit

• dans leur doftre, soit enfin dans la maison épiscopale.

> Ils leur ont fait d'autres insultes, et ont mis des gardes » dans toutes les maisons ecclésiastiques pour empêcher » qu'on ne leur louruit les choses nécessaires à la vie. Ils » ont contraint Tévéque et ses clercs k sortir de la ville ; » ils ont delendu d'y prêcher publiquement et d'y entendre » la parole de Dieu. Tout cela a été fait par votre ordre, » comme ils rassurent. Vous qui étiez obligé, suivant le

TEMPS iM£AUlLOUIRE!i. 43i

» concile de Toulouse et le tiaité de Pai is, de protéger les » églises et les ecclésiastiqaes, de conserver leurs droits » et leurs lil>erlés, de concourir efficacement à la punition

> des hérétiques, de payer une certaine somme a ceux qui » se saisiraient de leurs personnes, do donner tous les ans » un honoraire aux madtres régents de Toulouse pendant ■ un temps fixé, et d aller servir outre-mer avec plusieurs

• baurgem et cAe&ati^s de. vos domaines : vous avez sup- » primé cet honoraire, ce qui a fait, dit-on, cesser les

> études.

Vous avez établi des formules injustes, contraires à » nos statuts et au droit, au sujet de Finquisition contre

• les hérétiques, que vous avez favorisés par là. Vous tra-

• versez cette recherche : vous permettez à plusieurs de » ceux qui étaient déjà condamnés d*habiter dans le pays, » et vous donnez retraite aux étrangers qui y viennent » chercher un asile; vous avez parmi vos conseillers ou » domestiques des gens suspects ou diffamés pour fait

• dliérésie; vous les avez promus aux offices publics; et » comme on a heu de le conjecturer par Texamen de vos

> faits, vous ne craignez pas de vous montrer fauteur des

> hérétiques, leur receleur et défenseur; et vous ne vous » mettez pas en peine de vous corriger, après en avoir été

• souvent averti. De là plusieurs enfants de perdition ont

• eu Faudace d*attenter à la vie de quelques prêtres et des » autres catholiques qui, par zèle pour la foi, poui suivaient » les hérétiques ; de Ik plusieurs ont abjuré la cathoUcité

• pour embrasser Terreur ; de là enfin d'autres ont causé

• des dommages considérables et fait divers outrages aux

• églises, aux ecclésiastiques et aux catholiques occupés k

\%t TEMPS IKTItailÉOUIlBS.

» Faiïaire de la foi ; et vous avez refusé d*eD faire justice, » après en avoir été requis plusieurs fois. I^os vénérable» » frères Tarchevêque de Narbonne, les évèques de Tou- » louse et de Carcassonne et ledit frère Guillaume, aérant » lancé plusieurs fois lexcommunication pour toutes ces » choses, tant de leur autorité que de la nôtre, soit contre » vous, soit contre lesdits consuls; et le même frère » Guillaume ayant ordonné aux prêtres des églises de Tou- » louse et aux frères mineurs de cette ville de publier les » dimanches et les fêtes cette sentence d*excommunication, » les consuls ont chassé violemment ceux qui se disposaient » à faire cette pubUcatioa : ils ont Caût de grandes menaces » aux frères miueurs pour Tavoir faite, et on en a battu

• quelques-uns jusqu^à effusion de sang.

» De plus, vous avez fait défendre publiquement de corn- » paraître devant Tinquisiteur, pour répondre sur la fol ou

• sur autre chose, sous peine de punition corporelle et de » confiscation de biens. Comme nous ne saurions passer » sous silence tant d'attentats commis au préjudice de la 9 foi, nous vous enjoignons de les corriger suivant Tordre

• du légat, et de les Usure réparer par les consuls de Tou- » louse et vos autres sujets, suivant le pouvoir qui vous » en a été donné; de ne pas différer davantage votre départ » pour le prochain voyage d'outre-mer avec les mêmes » bourgeois et chevaliers, et d*y servir pendant cinq ans, » conformément au traité de paix : sinon, nous ordooooDS » au légat de vous y contraindre, ainsi que les autres, par » les censures ecclésiastiques, et de faire publier tous les » dimanches et fêtes dans toutes les églises de sa légation, » au son des cloches et à cierges éteints, lesdites sentences

TBMPS UITBRHKDIIIRBS. 433

» tfexcommuDtcalion, jusqa^à ce que vous ayez tstit uDe » ^tiâfaction convenable. »

Cette lettre était accompagnée d'une recommandation expresse adressée au légat d'user de toutes les censures pour contraindre le comte de Toulouse d'obéir à ses ordres. Il ordonna ensuite le rélablissemenl de lUniversité de cette ville, qui sans doute avait interrompu ses cours publics par suite des désordres que les procédures des inquisiteurs avaient causées. Il prescrivît Fabolitlon de toutes les confréries qui avaient été instituées contre la liberté ecclésiastique, et défendit de donner les emplois publics aux hommes suspects d'héi'ésie. Le pape écrivit enfin au roi de France pour rengager à user de toute son autorité sur lé comte de Toulouse, afin de l'obliger à réparer le passé. « Achever, dit-il, ce que le roi votre père a heureusement » commencé dans le pays d'^Âlbigeois. Engagez le comte à • passer la mer au mois de mars prochain, pour aller ser* » vîr dansla terre ^aillLe, et envoyez Alphonse votre frère » prendre radministration du comté de Toulouse. » Grégoire IX donna la dispense à ce dernier [)oiir épouser Jeanne, fille du comte Raymond. Us avaient alors seize ans accomplis.

Le pape avait déjà ordonné à Raymond VU de rappeler-

à Toulouse les frères prêcheurs et de leur permettre de continuer leur office dlnquisiteurs. Conséquemment à ses ordres, le comte eut ci Carcassonne une conférence avec Tarchevèque de Vienne, à la suite de laquelle Raymond du Falgar et les dominicains furent rappelés vers la fête de saint Augustin. On donna alors pour coadjuteur à Guillaume Âruaud Jean de Netoya, provincial des frères mineurs; il se

434 TB«M IMTBIUlftDUlUB.

fit bientôt remplacer par frère Etienne de 8aint-Thil>éry.

'De Carcassonne, le comte revint k Toulouse et s'y trouvait le 11 août; il y reçut, dam la condamine camtale et dans sa tante, T hommage-lige de Raymond vicomte de Tui eiine, , qui reconnut tenir de lui et de ses prédécesseurs plusieurs

châteaux.

Dans Tannée 1236, Bernard, abbé du MasrGamier, assista à la visite que fit Raymond de Monlpezat, abbé de Moissac, du monastère &'Exieu^ et dressa <melques accords ^.vec Arnaud Gailhard, abbé de Grand-Selve. — Albert Aureilhe, abbé de Saint-Théodard, se trouvait aussi à la visite dont nous Tenons de parler. Cet abbé rappela aux saintes règles du désintéressement le chapelain de léglise de Saiat-Jac* quesà Montauban, qui avait reflisé de donner la sépulture à un pauvre dont la famille ne pouvait payer le$, frais exigés, n défiendit à ce chapelain de rien exiger à ravenir pour la sépulture des pauvres, et fixa la somme de sept deniers pour tous les autres. — Etienne, abbé de Bellepercbe, transigea, cette même année, avec un seigneur du pays, Bernard de La Motte, au sujet de plusieurs domaines qui avaient appartenu à Guillaume de Castelnau Barbe-de-Fer, L'abbayç de Bolbonne perdit alors son abbé, Pons de Saint-Victor, qui eut pour successeur Bernard d'Albars, qui donna Thabit religieux à un jeune seigneur nommé Ayols CAyoHumJ dont la famille nous est inconnue. Un seigneur du pays de Comminges appelé Pierre de Castel céda à Pierre, abbé de la Bénédiction - Dieu (Nizors), tous les biens qui provenaient de rhérédité d'Alamanda, son épouse, et qui étaient situés à rille-Jourdain. Gaueeran de La Tour se rendit aussi à celle époque le bienfaiteur de Tabbaye de Bonnefont.

TtMPS mrgwtoiAiMw. 435

Le tribaïuil 4P VUMlui^itioa a^yail jelé la tfnrreur ûsm losi esprits; et le comte de Toulouse, persuadé que les iiuiuiôir leurs lui élimolk w^mmeikmfM Imlilf».» écvi¥i4 au roi de Frapcti^puur le supplier d avertir le pape de reUrep ses pour Toics à ces treUgieux, GrôgoNre.IX^ ipQOhédasea femontrances, écrivit, au nî^?|s.de février: 1^57, àk rarchevéque de Vienne 3PQ l^épt y^nv avoir à do^uov' ces inqnifiiteursv Cet ordre ae. fut pas de sitôt exécuté, puisque nous trour TODS.loa grocédurAs do Guillaume Arnaud et de Fr. Etienne de Saiat-Thibéry conlre les hérétiques. Pendant qu'ils s'étaient rendus à. Mputaubap, arriva chez les dominicains k Toulouse uii cerUda Raymond Grossi^ toulousain, qui pendant vingt-deux ans avait snivi rerreor. Cot^bommo fut interrogé par les inquisiteurs, en présence de Pierre, prieur delà Daurade», o|b.dQ.maitro.Micolas de la mémo église. Sur

ses délcilions, on appela pluisieurs hérétiiiucs et oa leudit plusieurs s6qt€pie$,coiitrO)les vivânt^ odcunlFO les morts. Ceux-ci furent exhumés et leurs cadavres traînés au milieu des places publiqi^os, précédés d.ui^.meur, q^i» au sonde lat trompette, acclamait : Qui aytal fayraj, aytal périra. Ces cadavros foreiit brûlés dans le champ du C^mte», en prê^ sence du viguier de Toulouse ^ du peiiple qiui s'y élail. ^asr? semblé.

Le zèle redoula))le des inqui^teui» rencontra cependant (^Mj^iquje^ obstacles ; aya^t en condamné six bonuuyeg et six femmes, le viguier et les consuls refusèrent de les prendi:e. Irrités, de cette résistance,, les inquisiteui^s rendirent, d*aprës les imoseils de fiaymond du Falgar, de Beroard abbé du Ma^» du prévôt de Saiot-Ëtienne et du pneui* de la Daurade, une sentence, au mms.de juillet 1257, dans

136 TBHM INTBUÎtDUlKSS.

la cathédrale de Saint-Ëtienne» par laquelle ils excommii-

nièrent le viguier et les consuls.

L'éTôque de Toulouse yenait de recevoir du légat la commission de se rendre à Tabbaye de Lézat pour y faire La visite de cette maison. Ce fut alors qu*il sépara la mense abbatiale de la mense conventuelle. 11 fut aussi choisi pour arbitre dans un différend qui e&istait entre le comte Raymond et le chapitre d'Albi. Le prévAt de Saint-Etienne dont il est question dans la sentence d'excommunication, était Guillauuie de Gauzenche, que nous trouvons à cette époque en qualité de témoin dans un accord passé entre Raymond du Falgar cl Bernard de Genliac, abbé do Saint-Saturnin. Ce prévôt mourut au mois d'octobre.

Au mois de mai, Raymond VII se trouvait en Provence où il continuait la guerre en £skveur des Marseillais contre Raymond Rérenger qui, se trouvant pressé, se plaignîl au pape de la conduite du comte de Toulouse à son égard. Grégoire écrivit en effet à Louis IX pour Texhorter à empêcher Raymond de continuer la guerre de Provence. 11 se . plaignait dans ces lettres de ce que le comte n*était point exact à payer les honoraires des professeurs de lUniversité de Toulouse. Ayant écrit au comte lui-même pour l'engager à mettre bas les atomes, ce seigneur, touché des remontrances do pape, suspendit la guerre et envoya à Rome pour ambassadeui s quelques prélats et religieux de ses £tats aiiu d*assurer le pontife de son entière soumission à FEglise.

Vers la lin de Tannée 1237, le roi de France, sur les plaintes portées contre Tinquisition de Toulouse, donna des ordres pour la suspendre. Ce tribunal suprême ne rendit aucune sentence pendant quatre années, et Ton ne trouva

TKMV8 llRBUIÉDIÂIUSw 137

dans cet esfmce de temps que de simples passeports donnés par Guillaume Arnaud et Etienne de Saint-Thii)éry en b- ^eiirde cenx auxquels ils avaient imposé quelques pénitences.

Claude Leriche gouvernait alors le monastère de Prouille.

Elle est regardée comme la seconde prieure de cette maison, après Guillemette de Fanjaux que saint Dominique avait établie. Claude écrivit au pape que les religieux de saint Dominique ne voulaient plus se charger de la direction spirituelle de leur maison, sur ce que le chapitre général de rOrdre avait décidé que les religieux ne se chargeraient plus de la conduite des femmes. Le pape pi il la défense des dominicaines et écrivit au B. Jourdain de Saxe, ministre général, pour lui déclarer que sou intention était que Tordre continuât auprès des sœurs de Prouille Tœuvre de dévouement que saint Doniiiiique avait commencé. Nous apprenons, diaprés des lettres de Grégoire IX, qu'il y avait à Pi uuille un prieur et quatre religieux pour le service du prieuré.

Il existait dans le diocèse de Toulouse, et à très peu de distance de cette ville, un archiprétré appelé de Rieux (de rivis) où 'se ti ouvait une église dédiée à la Vierge et un château bâti sur les bords du ruisseau la Rize. Ce château appai Lciiciit à Gentille de Gensac, lille d'Aymar de Gensacet de Sybille d'Auterive. Gentille, qui avait épousé Raymond de Benque, céda à Raymond VII, du consentement de son époux, le château de Rieux et les domaines de Gonac, Rézenac et Montesquieu. Cest Ik le plus ancien monument que nous possédions de la ville de Rieux, qui fut plus tard érigé en évèché. Cette cession eut lieu au commencement

de l'année 1238, en présence de Guillaume Izarn, archiprétre de Rieux, et de Raym(»}d du Faigar. Ce prélai passa aussi un accord avec Arnaud d*Aragon, prieur de Castelsarrasin, et reçut daos sa ville épiscopale les religieux du ^QUir Carmel gui vinrent an mois de juillet y former uni éta^Ussemeut.

Cette saîete colonie, composée de six religieux, était con** duite par frère Guillaume dÀmsia^ toulousain. £Ue venait du Mont-Carmel, et portait avec elle une statua miraculeuse de la Sainte-Vierge. L évèque de Toulouse céda au;^ Cannes une portion de terrain située aup]:ès de I^oraU^re de . Férétra^ sur les bords du fleuve ; on construisit quelques cellules; la statue fut placée dans Toratoire de Férétra, oA elle attira bientôt un grand comcours d^ peuple à cause des prodiges sans nombre qui s y opérèrent. Cette statue devint célèbre, et au milieu des calan^tés publiques on la descendait de son piédestal pour la porter processionndlement d4QS les rues et les places publiques de la cité.

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