MOUT DE CE PHINCE, EN
Nous veiMKift de voir que Raymond VII avait envoyé à
Rome une célèbre ambassade. C^s ambassadeurs avaient ordre de demander au pape : 1*" l'absolution de TexcommiUr aioalioadontU était frappé; 2*» de permettre d'inhumer ei^ terre sainte le corps de Raymond Yl ; d'être dispensé du serment de passer outre mer. Grégoire IX, sollicité également par le roi de France, envoya l'évéque de Palestrine avec la commission expresse d'absoudre, le comte de Toulouse des censures qu'il avait encourues, et de le dispenser du serment de passer outre mer. Cette absolution sol^n- Qdle fat donnée au comte vers le mois de juin 1239*
Il venait de se réconcilier avec l'Eglise lorsqu'il eut à terminer un procës que les capitouls intentèrent à Pierred'Albs, . prieur de la Daurade, au sujet du passage du pont. Ces magistrats prétendaient avoir droit à une portion des reve- DUS. Le prieur affirmait, au contraire, que tous ces revenus loi appartenaient. Le comte nomma des juges qui décidèrent que les capitouls auraient part aux revenus, à la condition expresse que les réparations du pont demeureraient à leur charge. Pierre d Aibs dont il est ici question avait ua frère, ou du moins un parent du même nom, qui gouvernait
140 TEMPS U»BEMftl»14tUS.
alors Tabbaye da Mas-d Azil, et que nous trouvons sous l'année 1238 formant une alliance avec l'évêque de Couserans. Celui de Toulouse» Raymond du Falgar, ût une convention avec Raymond d'Aragon, prieur du monastère de M ODtlerrat, à laquelle assista en qualité de témoin GuiUauncie de Sarrenta, abbé de Lézat. Arnaud de Roger succéda, vers la lin de cette auuée» à Gmiiaume de Séguier dans le gouvernement de Tabbaye de Bohnefont. Nous le verrons bientôt élevé sur le biége de Gomminges.
Au conmiencement de Tannée suivante (1239), les professeurs de rUniversité de louiouse écrivirent à Gui, évoque de Sora au royaume de Naples, en ces termes : «Maître » Loup, maître Pierre de Montlaudier, mailre de Saintes, » agents procureurs et syndics de TUniversité des Maîtres de » Toulouse; maître Sicard, chanoine de Narbonne, maître » Arnaldi, arcbidiacrede Lantar, professeur en cette univer- » versité : à Gui, évêque de Sora, salut et révérence. Nous » vous bisons savoir que le comte de Toulouse nous a soldé » l'arriéré de notre salaire jusqu'à la concurrence de cinq » cent sols morlanais, ainsi que l'avait ordonné Votre Béati- » tude à Lavaur, en présence des i>arties intéressées. Ayez » la bonté d'écrire au comte que toute cette afiîsdre est » réglée.... » *
Ces lettres nous apprennent que Gui de Sora était à cette époque dans la province eu qualité de iegal du pape, et qu'il avait tenu une assemblée à Lavaur où il avait reçu les plaintes de rUniversitii de Toulouse, et que le comte avait, sur la demande du légat, cédé à toutes leurs demandes* Ce lé* gat renouvela en faveur de Raymond la sentence d'absolution relativement à rexcommunication dont il avait été
TBHPS INTfiRMÉDUlUtS^ 444
frappé au sujet de 1 abbaye de Moissac doûl il avait. usurpé quelques domaines. Le comte n*était pas le seul qui s'emparât des monastères, puisque Raymond du Falgar se vit obligé d^ordonner à tous les archidiacres et archiprétres de son diocèse de faire restituer, sous peine de censures, à Tabbaye de Bolbonne tous les biens qu'on lui avait enlevés. La facilité qu on avait de s'em[)arer des domaines de TEglise engagea Gomtors de Palmerio, abbesse de Saint- Laurent de Goujon, k demander à Pierre de Bordelles la confirmation de tontes les possessions du monastère situées auprès du château de Saugède.
Raymond VII se trouvait, au mois de février 1259, aux environs du Rhône, puisqu'il y reçut Aymar 11 duc de Valentinois en qualité de vassal pour plusieurs châteaux du Yivarais. 11 était à Orange au mois de mai; il reçut là Fhommage el le serment de fidélité de Guillaume évéque de Carpentras pour cette ville et le cliâteau de Malamort. Nous le trouvons ensuite à Rhodez, où révéque et le chapitre lui cédèrent quelques châteaux; plus tard, liMiilaud, où il confirma les coutumes de cette ville ; enfin à Gastelsarrasin» où il reçut rhommage de Beniaid de Durfoi t pour certains domaines du Querci. On assure qu'il réveilla alors les droits de ses ancêtres sur le diocèse de Lodève, et qu'il lit occuper en son nom une partie du domaine de Févéque. ' Au mois d'octobre, Raymond Vil se rendit à Montpellier où se trouvait Jacques, roi d'Aragon, qui y fit un assez long séjour. Ce fut dans cette entrevue qu'il renonça à toutes ses prétentions sur la seigneurie de Montpelher. D un autre côté, l'emperenr Frédéric, qui était très irrité contre Raymond Bérenger comte de Provence, disposa d'une partie de ses
Etats, ot entr autres du comté de Forcalquier, en faveur du eomte de Toulouse et de ses héritiers. Par ce diplôme qui porte la date du mois de décembre 1259, il lui oidonna de continuer la guerre contre Bérenger.
L abbaye d Eaunes était alors gouveriice par Guarin qui ayait succédé à Hugues II. Cet abbé fut choisi pour arbitre \vjlv Pierre de la Bénédiction-Dieu ou Nizors pour terminer un différend qui s était élevé entre Tabbé de Calers et de Bolbonne.
Obéissant aux ordres de Tempereur, Raymond VU partit de Toulouse dans les premiers jours de Tannée 1240, et déclara en partant qu*il tenait quitte Hoger-Bernard comte do Foix des engagements quil avait contractés vis-à-vis de labbé de Saint- Antonio de Pamiers. Ce dernier seigneur se présenta devant les inquisiteurs au mois de mars, et obtint l'absolution des censures dont Tavait frappé lévèque d'Urgel. Le passage du comte de Toulouse en Provence fut mar^ qué par d'éclatantes victoires ; il s'empara du pont de Bonpas sur la burance, prit une vingtaine de places tant en deçà qu'au delà du Rhône, et entr'autres le château de Trinquetaille âitué dans Tile de Camargue, assiégea Arles, et battit complètement les Français qui étaient venus au secours du comte de Provence. Après avoir levé le siège d'Arles par Tintervention du roi de France, il se rendit dans le Vens^sân , accepta la dignité de podestat ou de premier magistrat d'Àvighon, et la céda à Gautier, vicaire-général de remperetir pour la province d'Arles. D'Avignon, Raymond Vil arriva à Penautier, près de Carcassonne. Gudlaume d'Ul- Meio» sénéchal de cette ville, vint Yy joindre et lui fit part d'uue révolution qui veuail d'éclater dans le pays.
TKMVi) IMmiliDUlRBS. 443
Cette révolution, dont le but avoué était de soustraire les
peuples à l'obéissance da roi, avaii à sa tcte Tieiicavel, fils de feu Raymoad-R(^er, vicomte de Béziers. Après avoir traversé les Pyrénées, il forma une ligue avec les principaux seigneurs du pays et parut en armes dans les diocèses de Carcassonne et de Narbonne, où il s'empara de plusieurs places importantes. Les prélats et les seigneurs se retirèrent à son approche dans la cité de Carcassonne. Raymond du Falgar, évéque de Toulouse, s y rendit aussi avec Farchevéque de Narbonne. Du Falgar, qui était doué d*une rare éloquence, se rendait de temps à autre dans le bourg pour exhorter les peuples à se soumettre au roi. Quant au comte de Toulouse, il prit, comme on Ta dit, la route de sa capitaië, où il se trouvait au mois d*août puisqu'il y reçut rtiommage de Bernard et de Fortanier de Comminges.
Ces deux seigneurs étaient flis de Bernard de Comminges et de Blanche d'Hunaud de Lantar. Bernard eut cinq dis : Bernard, Fortanier, Ayraeri, Roger et Gaillard. Roger devint chanoine de Saint-Etienne, et Gaillard chanoine de Saint- Antomn de Pamiers. U eut deux filles, Braïde et Navarre, n choisit sa sépulture parmi les hospitaliers de Saint-Jean de Toulouse et leur légua son cheval de bataille et son armure.
Cependant Trencavel se ménageait des intelligences dans le bourg de Carcassonne. Du Falgar, qui observait avec soin toutes les menées secrètes du vicomte, assembla les bourgeois dans l'église de Notre-Dame, et ayant exposé le saint-sacrement et les saintes reliques, il les exhorta à demeurer fidèles au roi et leur fit prêter serment de fidélité à TEglise, ainsi qu'à ceux qui étaient dans la cité.
444 TBNPS IKTBRHEDlAiRES.
Le 8 septembre, on reçut des lettres de Louis IX qui annonçaient des secours; mais, dans la nuit, ceux qoi étaient d'intelligence avec Trencavel l'introduisirent dans le bourg. U se préparait à donner Tassant à la cité, lorsque l'arrivée de l'armée française le força à une prompte retraite vers le château de Montréal. Assiégé bientôt dans ce château, il ne dut qu*à la médiation du comte de Toulouse et de celui de Foix de pouvoir sortir avec armes et bagages. U repassa alors en Catalogue, où il fixa son séjour.
Après Texpédition de Trencavel, Raymond du Falgar, qui s'était montré plein de zèle pour les intérêts du roi de France, se rendit de la part du pape et de 1 archevêque de Vienne, son légat, à Tabbaye de Lézat. L'objet de cette mis- . sioû était de redresser et de corriger les desordres qui s'étaient introduits dans cette abbaye par la mauvaise administration de son abbé, Bernard de Sarrenta. Peut-être le siège apostolique avait-il été informé de ces désordres par Pierre d'Albs, prieur de la Daurade, qui à cette époque se trouvait à Rome.
Ce prieur s'y était rendu pour faire confirmer par le pape les privilèges de son église. Grégoire IX adressa d*abord une charte à labbé et aux religieux de Moissac, dans laquelle il déclarait que le village de Saint-Michel du Château, près de Toulouse, et l'église qui y était attachée avaient été cédés par Fabbé de Cluni au monastère de la Daurade pour rétablir le culte divin. Le pape confii ma ccLLe dernieie niaison dans la possession de ce lieu connu aujourd'hui sous le nom de Château Saint-Michel, et situé sur la rive gauche de la Garonne.
Dans une seconde charte, le pape confirma tous les pri-
tniK ISftlMlDl&làO.
Viléges qui avaient été accordés et les donatiODS faites à ce monastère. On trouve dans cette charte la nomenclature de toas les biens de la Daurade, qui sont : la juridiction temporelle snr le bourg de Saint-Cyprien et le cloître de Sainte-Marie; les chapelles de Saint-Michel» de Sainte- Marie de la Dalbade, de Saînt-Nieolas, de Saint-Pierre et Saint-Martin, de Sainte-Marie de Baragnon et de Saint- Jacques; les hospices de Sainte-Marie de la Grave, de Bernard Novart, de Saint-Jaques et de Baragnon avec toutes leurs dîmes et dépendances, ainsi que divers clos désignés par le pape; les églises de Sainte-Marie du port de Blagnac et de Saint'Michel de la Gonr-SeTerin. Grégoire désigne ensuite les biens situés dans le diocèse de Toulouse, savoir : Saint-Amans sur Muret, Saint-Saturnin de Belberault, Saint-£ieuthère ou Lotiuer de Montlaur, SaintrLoup, Sainte-Livrade, Saint-Julien de Villaudric, Saint-Sulpicede la Celle, Saint-Salvi près dAizonne, le monastère et le domaine du eh&teau Saint-Michel, Fraissinet près de Comebarneu, Saint-Avit de Fronton, Labége, et quelques autres. Le pape entre énsuite dans le détail de toutes les exemptions qu'il accorde au monastère touciiant la prolession religiensè et les sépultures. Cette charte porte la date de 1240, et est signée par huit cardinaux de la sainte Eglise romaine.
L'abbaye de Graiid-Selve reçut à la même époque des biens considérables, soit en leudes, sôit en péages, de la libéralité dun seigneur du pays, Amanieu de Libret. Raymond Bertier gouvernait ce monastère. Il mourut peu de temps après, puisque dans le chapitre général de Citeaux qui fut tenu cette année, Fab^é de Fontfroide fut élu pour Grand-
ni. 40
446 TDIffS INTUHtoMlBB».
Selve et qa il refusa celle digmlé, refus pour lequel il fut légèrement puni, ayant donné de très justes raisons pour se justifier.
On place dans Tannée 1240 la mort de Grimoald, évê-
que de Ck)mmiûges, qui fut iniiumé dans Téglise de Sauve- Majeure. 11 ent pour snceesseur Arnaud de Roger, fils de Bernard III comte de Couiminges et de Béatrix, troisième femme de ce seigneur. 11 était frère de Bernard IV. H avait été abbé de Bonneioal quand il fut élu évéque de liomminges.
Vers la ûn de cette année, liaymond VU résolut de faire un voyage à la cour de France. Avant son départ, le S décembre, il reçut Thommage de Pierre vicomte de Lautrec pour le cbâtean de la Bruguière dans le Toulousain. Nous ' trouvons dans cet acte les noms de quelques iamiiles seigneuriales du pays, tels que ceux de Montaigut, d*£scalquens, de Dieupentale et du Lac. Trois jours après, il donna le bail de la nouvelle monnaie de Toulouse pour être fabriquée du poids de dix-sept sols.
Intimement persuadé qu'il ne serait jamais en sûreté tant qu'il n*abandunnerâit pas le parti de l'empereur pour se ranger du côté du pape, il fit, au conmiencement de Tannée 1241, un traité avec le cardinal iégat Jacques, évêque de Paiestnne, et lui promit par serment d'obéir aux ordres du pape, de l'Eglise romaine et du légat, contre Frédéric et ceux qui soutenaient le vice de son élection. Cesi ce qae nous apprenons de la lettre suivante qu'écrivit, au mois de mars, Raymond VII étant à Clermont en Auvergne : — « A Roger-Bernard comte de Foix, à Arnaud Oïlion d'Au- « villars, aux consuls de Toulouse, d'Agen, de Montauban
TIÉI^ INTEBHÉDUinES. . 147
^ de Moissac, salut Nous tous feisous savoir que des » accords ont été passés entre le légat, évéque de Preaeste, » et nous ; qu*il a été conyeDU que vous préteriéz entre » ses mains le serment suivant : « Nous sommes garants » des engagements qu'a pris notre seigneur le comte, et » s'il venait à les en£reindre, nous appellerons coiUre lui * et ses successeurs l'indignation de la sainte lËfilse. > — » Nous vous enjoignons, ajoutait le comte, de prêter ce ser- > ment quand vous en serez requis par le légat. » Nous savons, d'un autre côté, qu'il s'engagea à se trouver avec révôque de Toulouse au concile que le pape avait convoqué à Rome contre Frédéric.
Arrivé à Montargis, Raymond y rencontra Louis IX, à qui il promit par serment, le 14 mars, comme à son seigneur-lige, de le servir envers et contre tous; de &ire la guerre aux ennemis de ce prince dans tout le pays d'Albigeois; de détruire tous les châteaux qu'il avait promis de détruire depuis la paix de Paris ; de démolir celui de Monségur, et de chasser de ses états les proscrits (feiditos). Pour montrer au roi la sincérité de ses serments et céder à son invitation ainsi qu'à celle du roi d'Angleterre et de ïiicliaid son frère, il fit alors sa paix avec Raymond Bérenger comte de Provence.
Son séjour à la cour dura peu ; accompagné de l'évéque de Toulouse, il prit la route de Marseille, dans le dessein de se rendre a Rome. A son passage à Lune), il y rencuutra Jacques, roi d'Aragon. Le 18 avril, ils firent un traité par lequel ils se liguèrent pour le soutien de la foi catholique. Le roi promit au comte d^agir puissamment auprès de la cour romaine pour obtenir en sa faveur l'absolution de
448 miPS imWftDiAIEBS.
toutes les sentences d'excommunication qu'il avait encoorues, et obtenir aussi la dispense nécessaire pour pouvoir épouser Sancie, fille du comte de Provence.
Le lendemain 19 avril, Raymond reconnut tenir en ûeC de Durand, évêque d*Albi, le château de Bonafous que Sicard dMaman tenait en M de lui-même. Parmi les signataires de cet acte, on trouve Gui Fulcodi^ que le comte employa dans diverses ailaires et qui devint pape sous le nom de Qément IV. Raymond du Falgar fût présent k l'entrevue du roi d'Aragon et du comte. S'étant avancé jusqu'à Beaucaîre, il y rencontra plusieurs prélats français qui, n'ayant pu sembarquer pour se rendre au concile et n'osant faire leur chemin par terre, rentraient ilans leurs diocèses. Faigar, plus courageux, poussa jusqu a Aix et se rendit à Marseille avec plusieurs prélats afin d'y attendre une occasion favorable pour le trajet. Le comte de Toulouse vint Fy joindre. Après avoir appris que la flotte de l'empereur occupait les côtes, ils se dirigèrent du côté du Rhône.
Le 30 mai, Raymond VII, étant à Cavaillon dans la chambre de lévéque, déclara à Jean, archevêque d'Arles, qu'il tenait de lui en fiefs Téglise d*Arles, le château de Beaucaire et la terre d'Argence. Au mois de juin, il était à MonipclUer, ou il eut une entrevue avec le roi d'Aragon. ^ Ce fàt dans cette entrevue mémorable, qui eut lieu le 5
juin, qu il fut question de la dissolution du niaiiage du comte de Toulouse et de Sancie d'Aragon. On arrêta que le comte de Provence engagerait cette princesse à demander çUe-même son divorce devant des juges délégués par le sainl-siége, et que dans le cas de refus il la ferait sortir
TEMPS INTERMÉDUIRES. 449
de ses états ou elle s*était retirée. On stipula ensuite que Rayuiûnd demanderait de son côté ce divorce, et donnerait à Sancie mille marcs d^argent et cent marcs de pension annudle. Lévéque de Toulouse signa ces accords.
Sancte, qui depuis longtemps vivait séparée de son époux, était la sœur du fameux Piene lOi d Aragon» et coDséquemment la tante de Jacques et do comte de Provence qui abandonnaient les intérêts de cette princesse. Raymond désirait ardemment divorcer avec elle, dans la pensée qu'il pourrait avoir des enfants d'une autre alliance et enlever ainsi une grande partie de la succession à ÂU phuuse, frère du roi et époux de Jeanne sa iiUe. Il fut demandé au pape des commissaires pour examiner les motife du divorce. Grégoire désigna Durand, évéque d Albi, et le prévôt de Saint-Salvi de la même ville. Les commissaires, le comte de Toulouse, Saucie d'Aragon, et plusieurs prélats se rendirent à Tile de la Vergne, entre Beaucaire et Tarascon. On évoqua des lomoins qui prouvèrent que Raymond VI avait tenu sur les fonds Sancie ; qu'ainsi son lils n'avait pu Tépouseï . Cette femme, interrogée à son tour, n opposa qu un profond silence à toutes les questions. Alors * les commissaires prononcèrent la nullité du mariage. Après cette assaoablée, Sancie se retira au château de Padernes dans le Venaissin, où elle mourut quelques années après (en 1^9).
Ce fut en vain que le comte de Toulouse pria Raymond du Falgar de se rendre à Tile de la Vergne, le prélat demeura à Beaucaire et ne voulut pas participer à la sentence du divorce : chose assez bizarre puisqu'il avait signé laccord de Montpellier où le divorce avait été résolu. Louis IX,
450 TKMi*à IKTE&MÉDUIEES.
Alphonse et Jeanne snrent beanconp de gré à ce prélat de n avoir pas assisté à rassemblée de la Vergue et lui en té^ moîgnèrent leur reconnaissance. D paraît que Raymond dn Falgar avait eu quelques doutes sur la validité des témoi-r gnages.
Après rassemblée de la Vergue, Raymond VII reçut à Lnnel lliommage de Roger IV comte de Foix, qui venait de succéder à son père Roger-Beruard. Ce dernier était mort à Bolbonne où il s'était retiré et où 0 avait pris lliabit religieux. Par son testament, il choisit sa sépulture à Bolbonne, institua pour son héritier Roger son fils, et fit plusieurs legs à diverses églises. lioger-Bemard fit biilier sa valeur pendant la guerre des albigeois, et ses vertus civiles et militaires lui méritèrent le surnom de Grand. 11 eut
Ermessinde, héritière de la vicomté de Gastelbon, Roger qui lui succéda et Ësclarmoûde qui épousa Raymond vicomte de Cardonne. D épousa en secondes noces Ennengarde de Narbonne, de laquelle il eut Cécile qui fut mariée à Alvare comte dTrgel.
Quelque temps après avoir reçu à Luael Thommage du comte de Foix, Raymond VII S0 rendit à Aix, et là, de concert avec le roi d'Aragon et le comte de Provence, il traita des moyens à prendre pour conclure son mariage avec Sancie, fille de ce dernier, il fut décidé qu'on demanderait au pape la dispense nécessaire, et qa*en attendant le roi d Ai agon épouserait Sancie par procuration : ce qui fut exécuté au mois d'août i^i , en présence de plusieurs prélats, et entr'autres de Raymond du Falgar évêque de Toulouse.
D'Aix le comte de Toulouse se rendit à Beaucaire. Ce
TBMPS INTEaMÉbiÂiBES. 454
fut dans cette ville qu'il confirma les coutumes et les pri- Til^es du lieu et du château de Buzet dans. le Toulousain et qu'il apprit la mort de Grégoire IX. Cette mort déconcerta tous ses projets de mariage avec Sancie de Provence. Il rentia de buite après dans sa capitale, et sy trouvait le 2 du mois de septembre puisqu'il y reçut Thommage de Raymond Jourdain, en présence de Bernard de Comminges. Ge seigneur était de la maison de Tille dônt Jourdain V était alors le chef.
Ne pouvant réaliser son projet de mariage avec Sancie de Provence, Raymond VII demanda la main de Constance, iille de Hugues de Lésignan comte de la Marche. Des vues, d'une haute politique déterminèrent le comte à cette demande. Comme il désirait recouvrer les domaines qu'il avait cédés au roi par le traité de Paris, il se hgua avec Hugues qui était assez mécontent de la cour de France. Hugues avait épousé ïsabeau comtesse d'Angoulême, mère de Henri roi d'Angleterre. Au mois d'octobre, ce dernier conclut avec le comte de la Marche une ligue offensive et défensive contre Louis IX. Le roi de Navarre, celui de Castîlle, celui d*AragoD et Trincavel entrèrent dans cette ligue, pour laquelle Raymond VU passa les Pyrénées parce que les deux derniers princes se trouvaient alors au-delà de ces montagnes. Le voyage du comte de Toulouse en Catalogne fut d'assez courte durée, puisqu*au mois de décembre il reçut Thommage de Bernard VU comte de Comminges pour les châteaux de Muret et de Samatan. Bernard VI mourut subitement à Lantar, le jour de S. André , et fut inhumé dans Tabbaye de Bonnefont. Il laissa un autre fils nommé Arnaud-Roger, dont nous parlerons plus tard.
45S naufs wtb&méuiaikes.
Dans ranaée 124i, le monasluic de la Daurade à Tou* I0U86 fut enrichi dm très graod nombm de reliciaee par les soins de Pierre d'Albs, son prieur, et les libéralités des églises de Saiate-Vivieaae, de Saint-ÂdrieD, de SaintnJeaB de Latran et de Saint-Paul. Des chartes authentiques nous ont conservé le long catalogue des reliques qui lurent alors cédées k ce monastère. Parmi ces reliques, nom trouvons celles de Sidrac» Mizac et Abdendgo, les enfants jetés dans la fournaise de Babylonne; des restes des doq pains que le Sauveur multiplia dans le désert ; des restes de la tunique du roi David et du bâton de saint Paul, etc. Pendant qne réglise de la Daurade s'enrichissait de nombreuses reliques, le prieuré de Lespinasse, qui était alors gouverné par une dame nommée Arsende, recevait quelques domaines d*un seigneur du pays, Guillaume d*Anoch. . Au mois de février 1242, Uaymond VU reçut Castelsarrasin Tbommage de Guillaume de Gourdon pour plasieurs domaines qu il pussédait dans les diocèses de Cahors et de Périgueux. 11 partit ensuite poui' TAgenais et tomba malade au château de Penne. La maladie lit des progrès si rapides, qu'on désespéra bientôt de sa vie. Le comte fit * alors appeler rofticial d'Agen, le curé du lieu, le chapelain du château, et leur demanda Fabsolution de r^communicaUuu qu il avait encourue pour plusieurs entreprises et usurpations exécutées contre les églises de Provence, contre réglise de Cavailiuu et son évêque, et celle du Mas d'Agenais* Le comte promit par serment d'obéir aux ordres de TEglise et d extirper l'hérésie. Alors rexcommunication fut levée, sur la parole que les médecins donnèrent qne le prince se trouvait k rextrémité. L'acte de rabsululiua uuus
TEMPS imniioiÂiftES. 453
apprend que le comtd avait alors quatre médecins auprès
de lui, et qu'il existait à Toulouse une école de médecine formée de professeurs et d*un régent nommé Loup Ispan.
Dès qu'il fut guéri, le comte revint à Toulouse. Au mois d*avril, ayant assemblé ses vassaux, il leur fit part du dessein quil avait formé de déclarer la guerre au roi de France, de concert avec le comte de la Marche et le roi d Angleterre, et leur demanda conseil et secours. Us furent d'avis qu'il fallait prendre les armes. Le comte de Foix énonça en ces termes son avis sur cette guerre : « Sachent » tous que nous Roger, par la grâce de Dieu comte de* » Foix et vicomte de Castelbon, étant requis par vous » Raymond, par la grâce de Dieu comte de Toulouse, » notre seigneur, de vous doauer conseil pour savoir si » vous ferez présentement la guerre avec vos alliés au roi » de France pour recouvrer vos domaines ; après avoir
• considéré très attentivement de combien de pays le roi
» vous a dépouillé et toutes les autres choses qui sont à » considérer dans cette afiaire, et voyant que le temps » approche, nous vous le conseilioas de boxme foi, ei nous » vous jurons sur les saints Evangiles que nous nous join* » drons à vous dans cette guerre comme à notre seigneur- » lige; que nous vous aiderons contre ledit roi, et que » nous vous défendrons de toutes nos forces. » Roger de Foix se trouvait à Toulouse lorsqu'il fit à Raymond cette protestation. L'évêque de celte ville profita de sa présence pour rengager à soutenir les moines de Bolbonne contre ceux de Lézat dans la possession de l'élise de Marens qu'il leur avait accordée.
Raymond VU se rendit peu de temps après au château
454 TEMPS iHTBIMÉDIAIllS.
de Penne dans FAgenais, et là il déclara à Arnaud évêqoe
d'Ageû, en présence de plusieurs seigneurs, que son inteution était de poursuivre Vhérésie, et qu'il désirait que révêque exerçât Tinquisition dans ses états ou par luimême ou par les frères mineurs ou prêcheurs, mais sous son autorité, s engageant k faire exécuter toutes les sentences qui pourraient être portées. Il paraît que le comte voyait avec peine que les inquisiteurs de Tordre de saint Dominique exerçassent l*înquisition dans ses domaines, en vertu de la commission de leur provincial ; il voulait que cette commission vint de l'autorité épiscopale, et c'est à cette condition qu'il consentit à ce que Bernard de Cancio et frère Jean, son compagnon, procédassent à llnquisition. Son intention était de poursuivre Tappel qu'il avait interjeté auprès du pape contre les dominicains. 11 supplia aussi
les évêques d*Albi, de Cahors et de Rhodez de ne pas employer ces religieux dans YoïUce d'inquisiteurs, mais plutôt les religieux de Citeaui et les franciscains.
Ces protestations du comte avaient été amenées par la reprise des procédures de la part des frères prêcheurs qui condamnèrent plusieurs hérétiques dans la province et firent exécuter leurs sentences avec une infléxible rigueur. Cette rigueur excessive irrita les esprits et devint la cause d'un affreux événement, — le massacre des inquisiteurs à Avignonet dans le Lauraguais.
Le château d'Avignonet, qui appartenait au comte de Touiouse, était alors occupé par Raymond d*Albro, bailli du comte. Il forma le dessein de £stire massacrer les inqui* siteurs qui s'étaient réunis k Avignonet avec leurs compagnons et leurs familiers : c'étaient frère Guillaume Arnaud
mn iRTiBiriDUiaBS. 466
de Montpellier, dominicam, et frère Ëtienne de Narbonne^
franciscain. Ils avaieut associé à leur mission Raymond Scriptar, nommé aussi de Costiran, chanoine de la cathédrale de Toulouse, archidiacre de Lézat ou de Villelongue, el le prienr d'Âvignonet, qui était religieux de Quse, non de Cluse en Piémont comme l a cru Thistorien du Languedoc, mais du prieuré de Quse situé à Montferrand près d'Avignonet. Là se trouvaicat aussi deux autres frères prêcheurs, Bernard de Roquefort et Garcias d*Aure du diocèse de Commingcs ; deux autres frères mineurs, frère Etienne et Raymond de Carbonier; Pierre d'Arnaud, notaire de l'Inquisition ; Beiutud, clerc de Raymoiid Scriptor, et deux autres clercs qu'on appelait les nonces (nuntit) ou appariteurs du tribunal, Fortanier et Aymar : en tout, douze personnes.
Les inquisiteurs prêchaient depuis plusieurs jours dans réglise paroissiale d'Avignonet, au milieu d'un gr^d concours de peuple, lorsque Raymond d'Alfaro députa Guillaume de Plaigne au château de Monségor, où se trouvaient réunis plusieurs chevaliers et servants d*armes commandés par Pierre de Mirepoix. L'histoire nous en a conservé les noms; c*étalent Alzieu de Massahrac, Guiraud et Raymond de Ravat, Bernard et Pierre de Saint-^Martin avec Barrau leur écuyer, Guillaume de TRle et Landric son écuyer, Roger et Pierre de Mirepoix avec Ferro leur écuyer, Walardox de Vîlarzel, Guillaume Aymar, Perrin de Pomars, Raymond de Corbeiras, Guillaume de Tornabois, Roger de Lissac, Gaillard d*Ot. Guillaume de Plaigne remit à Pierre de Mirepoix les lettres de Raymond d'Alfaro, dans lesquelles il lui bisait part du projet qull avait formé de mettre à mort
456 fBKK IlimMillUlUB.
les iaquisiteurs, et le pressait dans ce bat de se rendre â Avignonet avec tous ses gens.
Pierre de Mirepoix avertit ses cbevaliers dé se tenir prêts à le suivre pour une expédition importante. Ils se dingèrent donc vers AvigDonet. Sur le soir du jour de mai, s'étant arrêtés auprès de la forteresse de Saint-Martin, en un lieu appelé Génebrères, non loin de la forêt de Gaïac, Bernard de Saint-Martin fit apporter pendant la nuit du pain, du vin et des fromages à cette troupe. Bientôt Pierre de Mazeiroles, Pierre Viel, Jourdain de Vilari, Verscia servant de baliste avec un de ses compagnons, et d'autres hommes de Gaïac au nombre de vingtocinq, se joignirent à ceux de Monségur. Pierre de Mazeiroles, après s*6tre entretenu en particulier avec Pierre-Roger de Htrepoix, quitta la troupe pour se rendre à Avignonet s'assurer de quelques intelligences dans la ville. 11 mit dans le secret du complot Raymond de Golairan qui fit préparer dans sa maison les flambeaux nécessaires pour éclairer cette scèoe nocturne, un autre citoyen nommé Donat, et une trentaioe d'habitants.
Pierre Roger de Mirepoix, Jourdain de Vilari, Pierre Viel, les deux servants des batistes et les vingt^sinq hommes de Gaïac dont quelques-uns portaient des iiaches et d'autres armes, s'avancèrent alors jusqu'au château de Guillaume du Mans. Jean Aurmat, Guiraud de Râvat et Bernard de Saint-Martin vinrent les y joindre. Un jeuse chevalier vint dunner quelque avis k Bernard de Saiût- Martin et à Balaguier de Laurac. Par soite de cet avis, Bernard de Saint-Martin ordonna à Pierre Vital de choisir douzé servants armés de haches. Aussitôt celui-ci désigna
TUFS UnVBMiDIAIUS. 457
Skard de Pnyrerl, Goillamne d'£n-MartiD, Pierre d'Aure,
Guillaume Aymar et quelques autres de Gâïac. Après cela, Bernard de SaintrMartiD, fialagaier, Jourdain et les douze se mirent en marche ; tous les autres les suivirent jusqu'à la Maladrerie, près d'Avignonet. Alors Raymond de Golaîraa arriva, sortant du château dWvigQonet, et demanda si tout était prèl. Sur la réponse affînoative, toute la troupe s'approcha du chaleau. Golairan y rentra pour voir ce que faisaient les inquisiteurs qui s*y étaient retirés avec quel* ques catholiques ; mais il en ressortit bieulùt pour annoncer aux chevaliers que les inquisiteurs allaient se coucher. Alors lialaguier, Jourdan du Mans, Jourdan de Guiders, Guillaunie de Plaigne, Pierre Vital, Sicard de Puyvert, Guillaume d'En-Martin, Pierre d'Aure, el ceux qui étaient armés de haches, se présentèrent aux portes du château, qui leur lurent ouvertes par quelques habitants d'Avignonet, et tous ces gens armés pénétrèrent dans l'intérieur du château, où ils trouvèrent Raymond d'Alfaro, un écuyer qui avait servi les inquisiteurs et quinze hommes d'Avignonet armés de haches et de bâtons.
Cette bande, conduite par Raymond d'Ai£aro, se rend alors à la grande salle du comte de Toulouse, où se trou'* vaient les inquisiteurs et leurs familiers; les portes en sont brisées, et les assassins se jettent sur les inquisiteurs en les irappant à coups de haches, de lances et de couteaux. A cette nouvelle, les catholiques d*Avignonet se portent en foule au château au moment du massacre, et parviennent à dégager quelques-unes de ces nobles victimes et à les conduire ou plutôt à les tiainer jusque dans l'église paroissiale voisine du ch&teau, en chantan^ l'hymne Te Deum.
158 TKWS INfBBMteUlUS.
Mais les hérétiques, sans respecter la sainteté du lieu, se précipitent comme des furieux dans le temple et y achèyent le massacre en immolant à leur rage au pied des autels Guillaume de Montpellier et Etienne de Narbonne. Tous les autres avaient été tués dans Tintérieur du chàteau. Les deux huissiers Fortanîer et Aymar, qui étalent montés pour porter du secours k leurs maîtres, furent jetés par les fenêtres.
On raconte que Raymond d'Aliaro, qni pendant cettei horrible expédition portait un pourpoint blanc^ se vantait d'avoir, le premier, donné un coup de massue k 1 inquisi* teur. Chacun des assassins exposait, avec tout le calme de la rage assouvie, la manière dont il s était servi de ses ar* mes. Tout' fut ensuite pillé, meubles et papiers. On aura une idée de cette scène tragique quand on saura que l'un des assassins arracha la langue à Guillaume de Montpellier, et que Pierre de Mirepoix reprochât aux meurtriers de ae pas lui avoir apporté le crâne de cet inquisiteur dont il voulait faire une tasse dans ses festins.
L'Ofâce divin fut dès ce jour interrompu dans Féglise
d Avigiionet et rexercice du culte transporté dans une église dépendante de Tabbaye de Saint-Papoul. Llnterdit fut jeté sur 1 église paroissiale et demeura en vigueur pendant quarante années. Les corps des victimes furent recueillis avec soin et portés k Toulouse. Les frères prêcheurs furent ensevelis dans la grande église de leur ordre ; les frères mineurs, dans celle des Cordeliers. Raymond de Costiran et Bernard son derc furent inhumés dans le cloitre de la cathédrale de Saint-Etienne.
Après cet horrible massacre, Raymond d*Alfaro donna à
TBMPS INTEMÉOUIBIS. 459
Guillaume de Plagne le palefroi de Raymond Scriptor, alla
rejoindre ensuite ses conréderês, leiu' raconta tous les détails de Texpédition et les congédia. Il avait si bien pris ses mesures contre les inquisiteurs, que si le projet d'Avignonet n'avait pu être exécuté, il avait aposté entre Castelnaadary et Saint-iMartin vingt cavaliers en embuscade pour les tuer au passage.
Cet attentat produisit la plus vive impression sur tous les esprits. Les cardinaux de la sainte Eglise romaine» le ' siège étant vacant, écrivirent aux frères prêcheurs des lettres pour les consoler en ces termes : « Votre ordre^
• vous le savez, a été institué psir le saint père Dominique » à Toulouse pour faire fleurir les vertus, défendre la foi » et combattre rhérésie. Dans la crainte que vos cœurs ne
• fussent souillés par la poussière de la terre, vous vous » êtes placés sous le joug de la pauvreté. Le Seigneur » vous a donné une éloquence toute céleste. Pourquoi &ut- > il que de furieux hérétiques se soient élevés contre les » inquisiteurs et leurs associés? Certainement, en les pour-
• suivant par le glaive, ils ont contribué à leur gloire, car - » nous les regardons comme de véritables mrtyrs de
• Jésus-Christ ayant eu part à sa passion et à sa mort. » Les inquisiteur.^ d'Âvignonet furent invoqués après leur
mort, et plusieurs guérisons miraculeuses obtenues par leur intercession attestèrent leur sainteté. Au jour anniversaire de leur mort, les religieux de saint Dominique chantaient une messe en Thonneur de la sainte Trinité et une antienne à tous les martyrs devant la chapelle où reposait leur mortelle dépouille. Les ossements de Raymond Script&r et de Bernard, son clerc, furent transportés, au dix-
400 ram MTBuilDiàius.
septième siècle, dans ïvm des chapelles de la caUiédrale de SaiDt-Etienne dédiée à saint Alexis (aujourd'hui dédiée à saint François de Paule), où ils reposent encore de nos jours.
Nous croyons qae Raymond Scriptor appartenait à la même famUle do prévôt de Saint-Etienne, Raymond VEscr^ vain ou Escrivan, qui occupait alors cette dignité, il existait peot-être à la même époque un antre Raymond VEs* criirain qui n'avait de commun que le nom avec ces deux membres du clergé de Toulouse. Ce dernier passait pour troubadour et avait composé des chansons en langue provençale. On cite de Ini quelques pièces de poème d'une révoltante obscénité. Cest à tort que les historiens du Languedoc Tont confondu avec le martyr d*Avignonel.
Pendant qu un versait le sang des inquisiteurs dans ses états, le cmnte de Toulouse se trouvait le il juin en cette ville où il permettait aux juifs d aliéner quelques maisons qu'ils possédaienl ao centre de la ville, pour y bâtir an couvent de carmes. Nous avons déjà vu que ces rehgieux s'étaient fixés à Vextrémité du fanbourg Narbonnats, près de la chapelle de Notre-Uame de Férétra. On raconte que la Sainte-Vierge apparut en songe à un juif de Toulouse, et lui Oiduima de duoiier sa maison pour la ooiistruclioû du monastère. Quoi qu'il en soit de cette vision, il est toujours certain que plusieurs habitanls de Toulouse nommée Arnaud Prénayré des Puits-Clos, Arnaud Germier, Pierre Vaditeur, Arnaud Calvet etPelhé, achetèrent quelques malsons des jui& dans le quartier de Joutx-Aïgues, et y jetèrent les fondements du nouveau monastère et de la nouvelle église qui ne fut terminée que beaucoup plus tard.
TEMPS UlTEBXtOUlUS. 161
fiieDtôt après, le comte de Toulouse se trouva frappé
d'excommunication par l'archevêque de l^cirbonne; voici à quelle occasion. Amalric, vicomte de cette ville, de concert avec Raymond VII, Trencavel, et leurs alliés, porta la guerre dans les domaines du roi , aux environs de Narbonne. Leurs armes forent couronnées de succès. Amalric introduisit le comte de Toulouse dans cette ville et le reconnut pour son seigneur. L*archevéque fut obligé de se retirer à Beziers, et ce fut là qu'il rendit la sentence dans laquelle il déclara excommuniés tous les assassins des inquisiteurs d'Avignonet, et déclara en même temps que Pierre Ferrîer ayant excommunié le comte de Toulouse, il Feicommuniait de nouveau comme violateur de la paix et parjure envers TEglise et le roi de France. Le prince reprit alors le titre de duc de Narbouue.
De cette dernière ville il se rendit à Bordeaux, où se trouvait le roi d Angleterre, avec lequel il lit une ligue dont Ton des articles portait qulls ne feraient ni paix ni trêve avec le roi de France. Il continua ensuite ses expéditions, et au mois d*octobre il assiégea le château de Penne ea Agenais dont les Français s'étaient emparés.
Le roi de France chercha alors à détacher du parti de i\a)niuûd ses alliés; il gagna d'abord le comte do Foix, qui écrivit de Pamiers, le 5 octobre, une lettre au comte iie Toulouse dans laquelle il lui faisait part de sa deiniarche et cherchait à Texpliquer. Maurin abbé dé S'-Antonin et ceux de S*-Volusien et de Lézat certifièrent la vérité des assertions de Roger de Foix. Le comte de Toulouse était devaiu le chaicau de Penne lorsqu'il reçut le défi de Roger. U répondit aussitôt à ce prince et lui exprima son mécon-
462 TEMPS INTBRMÉDUiaEâ.
lentement de ce qu'il lavait abauUuuiié pour se ranger du côté de ses ennemis. « Souvenez-vous, lui disait-il, de ce » que vous m'avez dit plusieurs fois : que si je venais à • perdre mes domaines, vous ne vouliez pas conserver » les vôtres. Il le somme ensuite de remettre entre les 9 mains du viguier de Toulouse le château de Saverdon, » avec ordre aux seigneurs de ce château de lui rendre » hommage comme de fidèles vassaux. »
Raymond du Falgar, évêque de toulouse, prévoyait que la résistance qu*opposait le comte de Toulouse aux armes du roi serait funeste k ce seigneur : il usa donc de toute son influence sur son esprit pour rengager à demander la paix. Cédant a ses sollicitations, le comte chargea levêque de la négocier. Celui-ci partit pour la cour de France. Le roi lui fit bon accueil ; mais, trouvant que les propositions du comte de Toulouse n'étaient point acceptables, il refusa de continuer les négociations, et fit aussitôt partir Hugues évéque de Clermoat et imbert de Beaujeu avec un corps d'armée pour agir contre Raymond VII sur les frontières du Querci et attaquer ses domaines.
L*évéque rendit compte a^ ce seigneur de toute cette affaire, et l'engagea plus vivement que jamais à se soumettre sans conditions. Cest ce qu*enfin exécuta le comte. Le 20 octobre, il écrivit à Louis IX pour lui demander grâce, lui offrant d*aller le joindre sans dliférer. « Je vous pro- » mets, disait-il , de vous être invioiablement attacbé le » resté de mes jours, de vous servir fidèlement envers et » contre tous, de détendre et d'bonorer r£glise selon vos
> désirs, de protéger . la foi catholique, de purger le pays
> d hérétiques, de faire une justice sévère de ceux qui, à
TEMPS INTERMÉOlÂiaKS. 463
» iiûtie honte, ont tué les inquisiteurs. Que si, à Dieu ne » plaise ! vous ne jugez pas à propos de recevoir uotre » soumission et si vous refusez de nous donner la paix, • que Dieu juge entre nous et vous.... si , étant obligé de » nous défendre, il aiiive malgré nous qu'il y ait du >ang » répandu, et si tous les autres malheurs inséparables de » la guerre nous arrivent. » Il écrivit aussi k la reine Blanche, sa cousine, pour lui exprimer le désir ardent qu'il avait de se réconcilier avec le roi.
Le comte remit ces lettres à Raymond TEscrivan, prévôt de la cathédrale de Saint-Etienne, avec, ordre d'employer tous les moyens possibles pour conclure la paix. Ëscrivan arrive à la cour. La reine Blanche l'ayant beaucoup appuyé, le roi céda enlln k l'habileté du prévôt et aux instances de sa mère qui était très affectionnée à Raymond, son cousin germain. De suite après, le roi nomma Ferri Paté, maréchal de France, Jean de Gay et Guillatime de Limoges en qualité de commissaires pour aller recevoir dans les provinces les sûretés promises par Raymond Vif. Celui-ci joignit les commissaires près d'Alzonne, et on «fixa le jour où le comte se présenterait devant le roi à Lorris en GâUnois, pour y terminer sa réconciUatiou.
Raymond se rendit ensuite à Saint-Rome dans le Lauragnais, et le 22 décembre il promit solennellement aux trois commissaires d'observer dans son entier le traité de Paris, soit par rapport à 1 Eglise, soit par rapport au roi. Pour gage de sa parole, il céda à FFugues, évêque de ClermoDt, et à Imbert de Beaujeu le château de Saverdun et celui de Bram. R partit le 28 décembre pour se rendre à la cour, après avoir établi Sicard d'Alaman pour son licu-
464 TEMPS |»tkiîm£duires.
tenant dans le Toulousain, l'Albigeois, le Rouergue, le
Querci et l'Age nais.
Les abl>ayes du Toulousain ne nous offrent rien de remarquable pour Tannée 1:242. iMatthleu de Saint-Félix succéda à Arnaud de Brentaléon dans le gouvernement du monastère de Feuillants et le dirigea pendant quatre ans. Arnaud de Raymond d'Antissan fut nommé abbé de fionnefont , après en avoir été le piieur ; il succédait à Amaiid de Roger, évéque de Comminges. Nous trouvons à cette époque un seigneur, Pierre de Mauvcsin, en qualité de bienfaiteur de l'abbaye de Nizors dans la personne de l'abbé Pierre 1". *
Au mois de janvier 1245, le comte Raymond arriva à Lorris ; il y déclara, par des lettres scellées de son sceau, qu'il se soumettait , lui, ses états et ses alliés, à la miséricorde du roi, il promit ensuite de livrer plusieurs cbâteaux désignés dans l'acte, et par un engagement particuHer daté du 19 janvier il promit k la reine Blanche de purger, son pays d'hérétiques et de faire une recherche exacte de ces sectaires.
Roger de Foix se rendit aussi auprès du roi à Montargis et lui rendit hommage-lige pour tous les domaines qu'il tenait de Raymond. Par cette soumission, les comtes de Foix, qui dès le principe étaient hômmagers des comtes de Toulouse, devinrent vassaux immédiats de la couronne. Nous pensons que quelques différends étaient survenus entre ces deux seigneurs. Ce qui est certain, c'est qu'Arnaud de Marquefave, Guillaume Athon, son frère, Pons de Villeneuve, et i»lusieurs autres vassaux de Roger de Foix, s'étaient déclarés contre lui, quil les avait faits prisonniers,
TEMPS LNTERMÉDIAIIIES.
et qu il prumit au roi de les délivrer. Roger obtint aussi un ordre du roi qui enjoignait à Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, de lui remettre le château de Saverdua que ce prélat tenait en séquestre.
Raymond YII ne fut pas plutôt arrivé à Toulouse qu'il fit commencer les informations sur les meurtriers des inquisiteurs d'Avignonet et les fit pendre tous sans exception. Le 23 février, les consuls de Toulouse et des faubourgs prêtèrent serment , en sa présence et par son ordre, devant les commissaires du roi Jean Leclerc et Oudard de Villars. Ces commissaires firent prêter le même serment airx habitants de Toulouse âgés de quinze ans et au dessus. Ils parcoururent ensuite toiis les états du comte et reçurent partout le même serment.
A?ant de rentrer dans sa capitale, Raymond s*étaît arrêté à Augouléme, et c'est en cette ville qu'il liança solennellement Marguerite de la Marche; mais comme les futurs époux étaient parents du 3" au ^jj^e^ré, il fut décidé que le comte enverrait à Rome Pons d'Astoand, son chancelier, et Guillaume de Puylaurens, son aumônier, pour solliciter la dispense. Cette dispense n*arnva pas, en sorte qu'on ignore si le mariage fût réellement accompli.
Quelque temps après, Raymond se rendit à Beziers pour assister à un concile qui fut tenu dans le palais épiscopal de cette ville, et où se trouvèrent un grand nombre d*archevèques, d'évêques et d'abbés, parmi lesquels étaient Falgar, évêque de Toulouse, et Raymond FEscrivan, prévôt de Saint-Etienne. Le samedi après Pâques, 18 avril , Raymond fit en plein concile la déclaration suivante : * » Je, comte Raymond, déclare que frère Ferrier et fièrc
Mi6 TEMPS 1MK&XK0UIRB8.
» Guiihiuuie liayiuoud de roidre des frères prêcheurs, qui > prétendent avoir juridiction pour informer contre les hé- » rétiques dans mes états, ont rendu contre moi une sen- » tence d^excommunication, nonobstant et après Tappei » légitime que j'ai interjeté au baint-siége de leurs procé- 3» dures, soit par rapport à leufs personnes, soit par défaut » de juridiction; et que ceUe sentence m'a beaucoup dif- » lamé, quoique rendue contre le droit. Mais ayant lait » ma paix avec le roi de France, et étant dans une ferme » résolution de purger le pays d'hérétiques, comme j'y » suis obligé, de concert avec maître Guillaume, clerc, et » les autres ambassadeurs du roi ; et le différend que j'ai » avec les frères prêcheurs, ne pouvant être terminé à » cause de la vacance du siège apostolique : pour ne pas » retarder les affaires de rinquisition, et pour témoigner » mon zèle pour la loi, j'ollre, à la sollicitation des mêmes ^ ambassadeurs, à vous archevêques de Narbonne et d'Arles » qui êtes ici présents, ou si vous ne voulez pas procéder » tous seuls, conjointement à tous les évèques de Fassem- » blée, ou enfin à tous ceux que vous voudrez associer, de » m'en rapporter entièrement à votre décision, tant an » sujet de l'appel que j'ai interjeté que de la sentence des » frères prêcheurs qui m*excommunie : dans Tespérance » que vous me rendrez la justice que je mérite, que vous » aurez égard à ma personne et à ma réputation, et que » l'affaire de rinquisition aura un heureux succès. »
Deux jours après, Raymond somma les évêques de ses états ou d'exercer eux-mêmes l'inquisition ou de la bire exercer par des religieux de Tordre de Citeaux, de saint Dominique ou de saint François, avec promesse de les
TKVPS inmsspiAuis. 167
aider de tout son pouvoir dans cette recherche, de Caire
exécuter leurs senleoces pai ^^es sénéchaux, \iguiers et • autres baiiiis, de ponir les coupables et de confisquer leurs biens.
Le %% avril, il écrivit au roi pour lui marquer qu*il avait
travaillé de toutes ses forces a lui iaii e i émettre le château de Penne en Albigeois, mais que les chevaliers qui en étaient les iiiaitrcs rclusaiciit de lui obéir, à uioins que le roi ne promit par lettres-patentes de le lui rendre au bout de cinq ans. Il priait Louis IX de faire expédier ces lettres.
De fieziers, Raymond VU revint dans le Toulousain, et le 24 mai il contirma à Buzot les religieux du monastère de Tinel de Tordre de Grand-Mont , fondé par ses prédécesseurs, dans la possession de tous les biens qu'ils avaient acquis ; il se rendit ensuite du côté du Rhône, et le 29 juin il signa k Beaucaire une trêve avec le comte de Provence, grâce k la médiation de Tarchevéque d'Arles : ce qui semblerait indiquer qu'il avait formé le projet de recommencer la guerre avec ce seigneur. 11 profita de cette trêve pour faire un voyage en Italie.
Avant de partir, il laissa le gouvernement de ses états k Sicard d*Alaman qui , d'après ses ordres, remit aux seigneurs, chevaliers, consuls et bourgeois de Saverdun, le serment qu'ils avaient prêté à Raymond pendant la guerre contre le roi. Falgar, qui tenait ce château en séquestre, fiit obligé de le remettre au comte de Foiii, sur les ordres de Louis IX.
Raymond Vil joignit Tempereur Frédéric à Malfl dans la
Pouille, au mois de septembre 1243, et lit un assez long séjour à sa cour, d*où il alla de temps k autre prendre aux
468 TEMPS INTERMÉDUIEKS.
environs le plaisir de la chasse. 11 obtint alors de Frédéric la restitutioa du marquisat de Provence. Ayant appris la récente élection du pape Iiiiiocent IV et désirant se mettre bien dans son esprit, il lui envoya d abord faire ses soumissions. Ayant cru nécessaire à sa gloire de se rendre en personne à Rome, il arriva en cette ville après les fêtes de la Toussaint, et fit remettre au pape les lettres du roi de France qui sollicitait le pontife en sa faveur, louocent ne voulut point lui donner audience qu il n'eût été réconcilié à TEglise. Le comte promit alors par un acte authentique d'obéir à tous les ordres de l'Eglise. Après celte promesse, il reçut l'absolution le 2 décembre. Innocent lui ayant donné audience, il demanda la révocation de la censure que ]es inquisiteurs avaient portée contre lui. Le pape le renvoya à Tarchevéque de Bari, qui lui donna rabsolulion. Nous trouvons tous ces détails dans un bref qu Innocent IV adressa au comte de Toulouse, et dans lequel il lui déclare que voulant prendre les intérêts de sa gloire et de son salut, il le regarde comme un bon et loyal catholique, et casse la sentence que les inquisiteurs Ferrier et Raimondi de l'ordre des frères prêcheurs avaient portée contre lui.
Dans le cours de cette année, Bernard Gentiac, abbé de Saint-Saturnin, reçut la commission de Zoen, archevêque d'Avignon, de se rendre au monastère d'Ëxieu pour y Mre une enquête au sujet de Télection de Bernard Jordan en qualité d'abbé de cette maison, élection qui lut aanuice rannée suivante. — L*abbaye de Calers fut gouvernée k cette époque par Pierre de Menebac, qui avait succédé à Bernard Hugonis, qui eut lui-même pour successeur Armengaire. La terre do Sainte-Livrado dans le Toulousain avait alors
TSHPS l2STBUIÉmiIBS. 469
poar selgDears Marqaesie'et son fils Marcadier, qui rendireot hommage, pour les doinaines qu'ils possédaient en ce lieu, à Bertrand abbé de la €baise*Diea , en présence d^Al^-
fonse, abbé de Saint-Théodard. Le siège épiscopal de Comminges était encore occupé par Arnaud-Roger, qui fut témoin d'un accord passé, cette mémo année, entre Pierre de Saint-Béat et ses frères d'une part, et Bernard comte de Commingcs de lautre. Péregrin fut appelé, à la même époque, au gouYernement de Tabbaye de Nizors et la dirigea pendant plusieurs années.
Nous avons laissé Raymond VU à Rome, auprès du pape, qui, le 1" janvier 1244, éciivii au roi de France pour lui apprendre qu*il avait £ait un très gracieux accueil à ce seigneur, se félicitant (Yen avoir agi de la sorte parce que ce comte, qui tenait un des premiers rangs parmi les princes du monde, pouvait être très utile à l'Eglise. Dès ce moment. Innocent IV vécut en bonne intelligence avec le comte de Toulouse. Ce pontife, en témoignage de sa sincère réconciliation avec lui, ordonna à tous les archevêques et évêques de France de publier dans leurs diocèses l'absolution donnée à Raymond. Conséquemment à ces ordres, Pierre, archevêque de Narbonne, déclara au mois de mars liaymond absous de toutes les sentences que lui ou ses prédécesseurs avaient portées contre sa personne.
Lorsque Raymond .VII se disposait k renlier dans ses états, l'inquisition, qui, comme on Ta déjà vu, avait été suspendue dans la province, reprit son cours et s'exerça sans aucune difiDcnlté, soit de la part du comte, soit de la part des évoques. 11 faut observer que les frères prêcheurs avaient prié le pape de les déchai ger de l'office d'inquisiteurs, à
470 TEMPS INTBimtoUlBES.
cause des obstacles sans nombre qu'Us rencontraient dans
l'exercice de leur charge. Innocent IV ue voulut point les décharger de cet important olUce, et ordonna au provincial i des frères prêcheurs de renouveler rinquisition dans le J diocèse de Toulouse.
D'après cet ordre émané du siège apostolique, les inquisiteurs r^mmencèrent leurs procédures; et afin de les régulaiiser, ils adressèrent plusieurs^ questions au concile de , Narbonne qui fut tenu à cette époque. Les évèques assemblés répondirent à ces questions en dressant viagt-neuf canons dans lesquels on indique les pénitences qui doirent être imposées aux hérétiques, et où Ton déclare que les relaps seront remis au bras séculier pour recevoir les châtiments qu'ils méritent.
Après le concile de Narbonne, les inquisiteurs procédèrent à la recherche des hérétiques dans toute la province. Les registres de l'inquisition de Toulouse nous ont con* serve les interrogatoires de plusieurs hérétiques ou fauteuil * d'hérésie. On trouve dans ces interrogatoires des détails assez curieux sur les dogmes et les cérémonies de la secte albigeoise* Ainsi, au mois de mars 1244, Pons de Carbooel du Faget, au diocèse de Toulouse, déclara qu'un cerlaio ■ Bernard Fresel, hérétique, prêchait pubUquement l'hérésie à Auriac, en plein air, et que tous les habitants assistaient à ses prédications; que son père et sa mère étaient hérétiques; que lui-même avait mangé avec eux, qu'il les avait adorés en lléchissant le genou par trois lois et disant Bénédicité et puis ces mots : Priez Dieu pour ce pauvre pè* cheur. Au mois de mai, Bérenger d'Avelanet, du diocèse de Toulouse, déclara que dans sa jeunesse, étant à Fan-
TEMPS UrrBBMftDUlBES.
jeaui, U j avait vu Guillabart de Castres dogmatisaQt et tenant des asseniblées ; il nomma on très grand nombre de personnes illustres qu'il avait vues assister à ces réunions et adorer les hérétiques, entr^antres, plusieurs femmes de la plus haute noblesse. Il raconta comment ces lemmes furent reçues dans la secte par un p» majeur de Toulouse. D abord les postulantes promirent de ne manger ni viandes, ni œufs, ni fromage ; elles s'engagèrent de ne pas jurer ni luôniir, ni à se livrer à aucune impudicité pendant toute leur vie, à ne jamais abandonner la secte des hérétiques. Après cela, elles récitèrent Toraison dominicale à la façon des^ hérétiques ; on leur ifnposa les mains, et sur la téte le livre des prières; la cérémonie se termina par un grand nombre de génuflexions et prostrations, et par le baiser d6 la bouche que les nouvelles aUiiiées l egurent et donnèrent.
Ce qui restait d'hérétiques dans le Toulousain s*était retiré au château de Monsegur, près de Mirepoix. Ce château avait eu d*abord des seigneurs particuliers, qui forent dé* pusscdés par Simon de Montfort, qui Tavait cédé à Gui Levis, maréchal de son armée. Il avait été repris par Roger de Mirepoix et Raymond de Pérelo, héritiers des seigneurs, primitif. Ceux-ci en avaient fait Tasile des proscrits et des hérétiques. La tranquillité du pays demandait qu'on s emparât de cette place qui passait pour imprenable. Au mois lie mars 1244, l'archevêque de Narbonne, Durand évêque d'Âlbi, Raymond de Capendu, et quelques autres seigneurs, levèrent des troupes et Tattaquèrent. Celte place lut vigou- • reusement défendue; mais elle fut obligée de céder aux efforts des catiioliques. Les assiégés ayant demandé à capituler, on leur accorda la vie sauve, à condition qu'ils livre-
raient aux vainqueurs 200 hérétiques revêtus ou pailaiu, tant hommes qae femmes, entre lesquels était Martia leur évêque. On exhorta d abord ces sectaires à se convertir. Sor leur refus, ou traça une enceinte au pied de la montagne ; après avoir fait dresser un immense bûcher au milieu, on les précipita dans les flammes et ils furent brûlés vifs. Esclarmonde, fille de Raymond de Pérelo, se trouva dans le nombre des morts. Le château de Monségur fut rendu à Gui, maréchal de Mirepoix, qui en fit hommage au roi Tannée suivante.
Raymond VU demeura en Italie jusqu'à l'automne, et puis rentra dans ses états. Il se rendit d'abord à Narbonne, où, de concert avec le comte Amalric, il fit réparation éclatante à Pierre Amelii, archevêque de cette ville, qu'il eo avait chassé deux ans auparavant. On vit alors Raymond Vff et Amalric servant d'écuyers à l'archevêque, à pied et saps manteau, conduisant son cheval par la bride depuis le couvent des Cordeliers jusqu'au palais épiscopal, où ce prélat leur donna Tabsolution.
De Narbonne, le comte se rendit à Toulouse. A peine était-il rentré dans sa capitale, que Segnis, veuve de Centulle comte d'Astarac, y arriva avec son fils. Le 13 novembre, elle mit tous les domaines qui avaient appartenu à son époux sous la protection et le vasselage de Raymond, qui reçut aussi Thommage du jeune Centulle en prenant les mains de ce seigneur dans les siennes. Les témoins de cette cession furent Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, Raymond 1 Ëscrivan, prévôt de Saint-Ëlienne, Martin abbé de Lombez, Athon archidiacre de Villelongue, qui avait succédé dans cette dignité ii Raymond Scriptor, Roger de Coni-
TEMPS lM£aMÉDlAi&ES. 473
iritoges, les seigneurs de Mauléon, Raymond de Benquc, fieroard de Montaigut, Bartraûd de TUle, Bernard de Marestan, Sicard de Miremont, Roger de Nocr (Noë), Pierre de ViUemur, Béreager, viguier de Toulouse, et A. d'£scalquens.
Après la cession du comté dAstarac, Pierre de Tolosa, au nom de Raymond, se rendit en Gascogne, à Caslelnau de Barbarens, à Masseube, à Durban, à Montcassin, à Simorre, et là, plantant lelendard du comte sur les tours et les portes, il Ut acclamer sa domination par le cri de Toulouse! Toulouse! A la môme époque, Bernard VI comte de Comminges, d'après le conseil d'Arnaud-Roger, évêque de ce pays, se rendit vassal de Raymond VII pour tout ce qu'il possédait dans les comtés de Comminges et de Couserans. L*acte fut passé dans le château Naii)onnais, an mois de noYembre, en présence de révéque de Toulouse, de ceint de Comminges, de Roger de Mauléon abbé de FEscaladieu, de Roger comte de Pailhas, d'Amalric de Narbonue, de W. de Barbazan, de Sicard de Hiramont, et de plusieurs autres seigneurs.
On ylt alors arriver à Toulouse une célèbre ambassade composée dAymar de Bressieux, Humbert de Seysses et Aymar de Compeys. Ils venaient, au nom d*Âmé IV duc de Savoie, demander en mariage Cécile, petite nièce de Raymond. Cette jeune princesse était fîlle de Barrai seigneur de Baux et de Sybiile d'Anduze. Celle-ci était liile de Pierre Bermond d'Anduze et de Constance, sœur du comte de Toulouse. Ce dernier accepta la demande du comte de Savoie, et promit de donner én dot à sa nièce six mille livres monnaie de Vienne ; il olîrit pour ses cautions révè-
474 TEMPS INTERMÉDliiaES.
que de Tuuiuasc, Duiaiid d'Albi, les évoques do Cahors et de Rodez, les comtes de Cooiimnges, et plusieurs autres seigneurs. De son côté, le comle de Savoie constitua à Cécile de Baux, pour son augment, mille marcs d*argent sur les villes de Chambéry et de Montmeillan. Cet acte fut passé au château Narbonnais et la cérémonie des noces eut lieu le 18 décembre.
A son retour dltalie, le comte Raymond tint à Toulouse une cour plénière, vers les fêtes de Noël, et y créa deux cents chevaliers, parmi lesquels on distinguait Bernard comte de Comminges et Jourdain de Tille qui possédait quelques terres assez près de Toulouse, puisque à cette époque il fonda une église au lieu de Mondomille et y établit un prêtre pour la desservir.
Kaymond se rendit eii>uite dans l'Albigeois, suivi des évêques de Toulouse et d'Âlbi, et de plusieurs autres seigneurs. Il se trouvait à Toulouse au commencement de Tannée 1245 et ea partit vers la fin de février pour se rendre à la cour de France. Pendant le carême, il ariiva jusqu'à Lyon où se trouvait le pape Innocent IV, revint en^ suite dans sa capitale, et chargea Sicard de Montaut de sommer le comte de FoIk d avoir à lui rendre le pays situé en deçà du Pas de la Barre compris dan» le diocèse de Toulouse. Cette sommation aurait infailliblement ranimé la guerre entre ces deux seigneurs si le roi n'avait évoqué raf£aire.
Le pape avait convoqué à Lyon, un concile qui s'ouvrit vers la fin du mois de juiu. Raymond VII s'y trouva ainsi que révêque de Toulouse. Le comle de Provence s'y rendit aussi. Ce fut en présence du pape qu'on agita la question
TfiMPS UiTERMÉOUi&Ëâ. 475
du mariage .da comte de Toulouse et de Béatiix, ûlle de Raymond Bérenger, princesse d'une rare beauté. Cette alliance ne pouvait être contiactée qu autant qu on annulerait le mariage de Raymond avec Marguerite de la Marcbe. Le cardinal Octavien fut chargé d examiner les causes de nullité. Ayant prouvé que Raymond VII et Mai^uerite étaient parents du troisième au quatrième degré, le mariage fut déclaré nul. On avait besoin d'une dispense pour contracter la nouvelle alliance projetée, et dans la terme certitude où étaient les parties intéressées de Tobtenir, Raymond et Bérenger rentrèrent dans leurs états. La mort inattendue de ce dernier prince fit écbouer le projet du comte de Toulouse : le pape n'accorda pas la dispense, et Béatrix épousa Cbarles, frère de Saint-Louis et fils de la reine Blanche, qui, dans cette circonstance, abandonna la caose de son cousin germain.
Baymond du Falgar, qui avait assisté au concile de Lyon, se rendit en 1245 le bienfàiteur du monastère de Prouillè en lui cédant les dîmes des lieux de Gratelause, de Lasserre, de Rodes et de Saint-Martin. L^abbaye de Grandbeive vit alors à sa téte Odon de Ciiâteau-Raoul de Beziers, qoi brilla dans son temps par sa science tbéologique et qui fut créé chancelier de l'Eglise de Pans, innocent IV le fit ^car&ial et évôque de Tusculum. Il eut pour successeur à Grand-Selve Pierre-Raymond, qui reçut en faveur de son moiiastère plusieurs donations de la libéralité de Geraud d'Aimaguac. — Le monastère de la Capelle vil dans la même année deux de ses abbés descendre dans la tombe : c'était Raymond I^^ et Othon de Vico.
Zoen, archevêque d'Avignon, remplissait toujours les
476 TIHFS UiTUXÉDlAlBBS.
foDctioas de légat dans la proyince puisqa*il donna la commission à Maurin, abbé de Saint- Antonin, de forcer par tontes les peines eanoniqnes réyéqiie dn Falgar de rendre à Tabbaye de BolboDoe certaines églises dont ce prélat s'était emparé. Maarin jonissait d'un assez grand crédit a cette époque, car il fut aussi délégué par Taulunté du saintsiége à Teffet de prendre des informations sur réfection d'un abbé intrus daus le monastère de Camp -Rond. Celui de Lézat était toujours gouverné par Pierre d*Albs, qui céda en 1245, à Arnaud de Belfagc, le prieuré de Montesquieu, à la condition expresse qu il reconstruirait Féglise et les bâtiments qui étaient tombés en ruines. C'est ici i uu des plus anciens monaments que nous possédions sur ce prieuré dont l'origine nous est inconnue.
L*abbaye de Saint-Théodard reçut à cette époque la visite de Guillaume de Guilhac abbé de la Cbaise-Dieu, qui y fit d'excellents règlements pour le maiptien de la discipline monastique : ce qui paraîtrait indiquer que certains relâchements s étaient introduits dans cette maison. Ce relâchement provti liait peut-être des grands biens que possédaient les monastères. Ainsi, an mois de mars, Napardahalie, fille de Bernard d'Arcouibat et veuve de Ra} mund- Arnaud de Pressac, céda à Etienne abbé de fielleperche les honneurs d'Embrèze et d'Artigal ; Pierre de iMassamunt lui céda aussi les terres de Colures et de PardeUhan.
Raymond d'Atignac II abbé de Saint-Papuul succéda, vers ce même temps, à Bernard d'Amilian. On le trouve dans une charte relative à l'abbaye de Montoulieu.
Le comte de Toulouse cherchait, tous les jours, à rentrer dans la possession de ses anciens domaines et appelait
ses vassaux à lui rendre foi et hommage ; ainsi nous apprenons qae Bernard de Morestan se déclara vassal du comte, m présence de Mai lui abbé de Saïuic-Marie de Lumbez. Nous voyous aussi Signis comtesse douairière d'Astarac et Odou vicoûite de Lumagiie lui céder, le 25 mars 1240, en présence de Bernard comte de Comminges et de maître Guillaume de l'uylaurens, son chapelain, tous les droits qu'ils avaient sur le comté de Fezensac. Pendant le mois d'avril, le comte parcourut ses domaines du Rouergue et de TAlbigeois pour y recevoir les hommages des divers sei^ gneurs.
Raymond résolut alors de se rendre en pèlerinage à Saint*
Jacques de Compostclle, selon la coutume du temps. On croit que la dévotion ne fut ici que le prétex^d de ce voyage, etquil désuaii t uutracter une nouvelle alliance avec quelque princesse du cùté des Pyrénées. €e qu'il y a de certain, c est qu'au moment où le comte entendait la messe dans Téglise de Saint-Jacques, on vit entrer une dame d'une haute naissance et que le bruit se répandit qu'il lavail épousée. Le 12 juillet, il était revenu de son voyage et se trouvait k Fanjaux lorsque Raymond du Falgar céda à Catherine de Salds, prieure de Prouille, Téglise de SaintiMartin située près de celle de Sainte-Marie, pour être incorporée et reconstruite dans renceinle du monastère.
L'évôque de Toulouse venait d'assister au concile de Beziers lorsqu il fit cette donation à ProuiUe. Ce concile se tiut au mois d'avril ; on y dressa quarante-six canons qui regardent Textirpation de Thérésie et Tobservation de la paix. Cè fut à Beziers que Raymond du Falgar et les autres évèques écrivirent au pape pour rengager, dans Tintétu n
478 ' • TEMPS làNTERMÉOUia£S.
rêt de la religion et le salut des âmes, à favoriser les sainte
trayauK des inquisiteurs ; ils font un grand éloge des frères
prêcheurs, et se plaignent de ce que plusieurs hérétiques obtenaient à Rome des lettres des pénitenciers du siège apostolique par lesquelles ils éludaient les châtiments portes contre eux. Il paraît que plusieurs évèques ennemis de la sainte inquisiiiou avaient di'lendu aux in(|lll^iteurs l'entrée de leurs diocèses, puisque Raymond du Falgar avertit, de la part du pape, Tarchevèque de Narbonne et levéque de Reziers d'empêcher, par le moyen des censures ecclésiastiques, les métropohtains de Vienne, Arles, Aix, Auch, Bordeaux et Bourges, ainsi que plusieurs autres évêques, d'interdire Ventrée de leur ville aux frères prêcheurs.
Dans Tabsence de Raymond du Falgar, Ârnaud-Roger, évêque de Comminges, se rendit dans le Toulousain pour y consacrer plusieurs églises, entr'autres, celle du lieu de Lavemose dédiée k saint Pierre. Cette église, construite dans le style bysantin, venait d être terminée : ce qui ferait supposer que la pai tie de l'abside est beaucoup plus ancienne que le reste de Tédifice. La consécration solennelle eut lieu le 27 avril 124G, en présence d'un nombreux clergé et d un concours immense de peuple. — Arnaud- Roger céda à Molineric, abbesse de Favas, les dîmes de Gusad et de Caseneuve, après avoir consacré Téglise de Lavei'nose, et donna une preuve éclatante de son désintéressement en cédant à perpétuité, à ses successeurs dans le siège do Comminges, la terre de Saint-Frajou qu'il tenait de ses ancêtres.
Quoiqu absent de son diocèse, Raymond du Falgar n'oubliait pas les intérêts de sa ville épiscopale. Pendant son
séjour à Lyon, il avait obtenu du pape Innocent IV une balle en laveur de runiversité de Toulouse, dans le but de donner aux études une organisation nouvelle et durable. Cette bulle reçut son ex.écution en 1^46. Elle était conçue en ces termes : « Innocent évêque, à nos cbers fils tous
> les maîtres cl écoliers de la ville de Toulouse, : salut et
> bénédiction apostolique. — Il existe donc en votre cité » qui est comme la maison de David une i'ouiaïue Jaillis- » santé de science et de vie, aux eaux de laquelle ceux qui
• ont soif voui se désaltérer, puisant avec joie dans les
* sources du Sauveur afin qu*avec Rachel ils puissent y » Datire boire les chameaux, c'est-à-dire les pécheurs coiii trefaits par leurs crimes, et que ces hommes qui ont » passé leur vie entière au sqin des ténèbres y reçoivent » quelque adoucissement à leurs maux. » Le pape déclare easuite que le chancelier de l'université de Toulouse sera créé en présence de Tévéque, du conseil de la cité, et de deux proiesseui s des écoles pubUques ; qu'il prêtera serment de n^admettre à la licence que des sujets dignes de ce titre. k dater de la demattde en licence^ pendant trois mois on prendra toutes les informations possibles auprès de qui de droit toiicliaiit l'idonéité du candidat. Les professeurs en théologie et en discrets prétercmt serment, en commençant leurs cours, d'observer lidèlenient toutes les règles prescrites.
Le chancelier doit garder exactement le secret sur ce qui se passera au sein de l'Université. Il examinera ceux qui se
présenteront pour enseigner la physique ■ et les arts libéraux. Tout doit être réglé sur l'heure et la durée des leçons et des coiilérences (legendi et dispuiaudi), sur le
18a - ^ TEMPS IMTUOrtDUIRBS.
costume qui doit être adopté, les sépultures, les exsuoaeiis du baccalauréat, le prix des logements et de la nourriture. Le pape veut que, si ou méprise les statuts de lUDiversité, eu qu'on se livre à de criminelles exactions par rapport aux écoliers, ou à des voies de fait contre les professeurs, les leçons soient suspendues jusqu'à nouvel ordre.
L'évêque de TouLouse doit seul veiller k i exécution des statuts de lUniversité, et c*èst dans ses prisons et non dans eelles du chauceiier que doivent être enfermés les coupables, lies vacances d'été ne doivent pas s^étendre au-delà d'un mois, il est déieodu aux écoliers de parcourir la ville en armes et d*y exciter du tumulte. Les professeurs ne doivent iulroduii e daus leurs cours que des livres qui aient été approuvés par le concile provincial. On doit éviter, dans l étude de la théologie, tous ces raisouiiemeuts inutiles qu^emploient ceux qui se disent philosophes. On ne doit discuter que sur des questions qui trouvent leur sûiuUon dans les livres tbéologiques on les écrits des SS. Pères. U est défendu d employer la langue vulgaire dans les études. Si quelque écolier vient à mourir ab-intestat, ses biens seront placés sous la sauvegarde de l évèque et.de Tun des maîtres ; sa fàmille doit ôtre avertie ; et si, dans un temps donné, les héritiers ou natui:eis ou institués ne se présentent pas, ces biens seroni employés pour le plus grand bien spirituel du défunt.
Le pape écrivit encore au comte, aux capitouls, et aux habitants de Toulouse, pour les engager k défendre les privilèges de rUniversité, et les féliciter de tout ce qu ils avaient déjà fait pour elle. U écrivit enân k Raymond du Falgar pour lui recommander les écoliers pauvres et mal-
TBVFS INTBIMÉDUIRES. 181
benreiix, appelant $ar jux toute la sollicitude de sa charité. Nous apprenous de ces lettres qu'il existait à cette époque, hors des murs de Toulouse, des hos{Hces ou hôtelleries daus lesquelles on recevait les pauvres écoliers. Ces asiles ont donné lieu plus tard à la création des collèges des boursiers.
L*nsag6 qui s'était depuis longtemps établi dans les monastères de donner des lettres d'agrégation à de hauts seigneurs, s*était perpétué jusqu'à Tépoque que nous par-
courons, imisque, vers la lin de Tannée 1240, (iuillaume de Balbs, abbé du Mas-d'Ââl, rendit Roger comte de Foix participant de tous les biens spirituels de son abbaye, à condition qull en prendrait la défense. Ce seigneur reçut alors rbemmage d'Arnaud de Coiaminges en qualité de vassal.
Le roi de France avait projeté le voyage d'outrc-mer; mais craignant que pendant son absence le comte de Toulouse ne causât quelque trouble dans ses états, il le manda à sa cour. Raymond y arriva au mois de mars de Tannée 1247. Le roi et la reine Blanche lui liront très gracieux accueil et le pressèrent de se croiser. H ne s*y détermina qu'avec peine, parce que 1 ai gent lui manquait. On lui promit de lui restituer le duché de Narbonne, et de lui donner trente mille livres pour fournir à la dépense. Le pape, ravi de ce que le comte s'était croisé, ordonna à son légat de lui remettre de sa part deux mille marcs sterling quand il serait arrivé en terre sainte. De son côté, Raymond écrivit 'au pape pour lui témoigner le désir ardent qu il avait de bannir k jamais Terreur de ses états.
De retour k Toulouse, le comte eiigagca ses barons, ses
Î82 TEMPS IMKIUISDlàtai^.
ehevaliers ai ses bourgeois à se croiser. Il fit éqiùper une flotte et se disposa à partir. Il voulut, avant de quitter la France, rendre un dernier devoir ;i la mémoire de son père Raymond VI : c'est ce qui Tavait déterminé k écrire au pape pour soiiiciter de lui 1 absolution du corps de ce. prince. Innocent IV, accédant aux désirs du comte, adressa la bulle suivante à Guillaume évèque de Lodève, à Fr. Raymond de Caneio, et k Fr. Guillaume de Brives, cordelier, inquisiteurs à Toulouse : « i^oUe très cher fils le » comte Raymond nous a exposé que son père étant mort » sous lanathème de l'excommunication, et son corps ayant >» été jusqu'k ce jour privé de sépulture, il avait obtenu » des lettres de notre prédécesseur Grégoire qui avait duuué > commission k Févêque d*Âlbi et k Fabbé de Grand-Selve » de procéder au.\ iiilui mations. Ceux-ci n ayant point ac- » compli leur mandat, nous vous ordonnons de Cure une » recherche exacte de la vérité sur les articles qui seront » proposés et deu informer le siège apostolique. »
Coiiiui iVitunenl à ces ordres, les commissaires se réunirent dans la maison do Temple, en présence des évèques de Rodez et d'Albi, de Jean de Clagarède, chanoine de Nîmes, de Bérenger de BentuUe, de Guillaume Bertrandi, chaiiuiiie de Lodève, de Jean Auriol, chanoine de Rodez, d^Amauri vicomte de Narbonoe, et de Raymond Gaucelin vicomte de Liiiitl. Le comte de Toulouse présenta douze articles sur lesquels devaient porter les dépositions des témoins; il communiqua aussi le testament de son père dans lequel il donnait des marques non équivoques de sa catholicité. Cent témoins lurent entendus, parmi lesquels on distinguait Raymond Escrivan, prévôt de Saint-Ëtienoe,
TëJUPS INTERMÉDlAlREâ. ISS-
Ues chanoiûes de cette église, le recteur tic baiiit-Pierre des Cuisines, tin religiem de Tordre de Grand-Mont, des hospitaliers de 8aiut-Jean, soit de la maison de Toulouse, soit de celle de Guaridech, des religieuses de la Grâce-*Dîeu de Tordre de Fontevrault, i'abbé de Calers, la prieure de Lespinasse, le sacriste de Belleperche, Sicard de Miramont, uobie chevalier, Bibilienne de Marqueiave, prieure de Longage (de kmgâ die) et un grand nombre d'autres personnages de distinction. Uaudition de ces témoins dura pendant tout le mois de juillet. Les commissaires envoyèrent au pape le résultat de leurs informations ; de sou côté, Raymond députa vers le pape à Lyon un fondé de pouvoirs pour solliciter la sentence d'absolution.
Le procureur du comte confia le soin de cette importante affaire à un prélat de la cour romaine, qui lui déclara que la sentence serait obtenue si le roi recommandait les intérêts de Raymond à Innocent IV. U ne fut pas difficile d'obtenir de Louis IX les lettres qu'on sollicitait. Mais le procureur ne tai da pas à s apercevoir que ce prélat, qui s'était déjà fait livrer une somme d*argebt assez forte, avait disposé toutes choses sans le cousentemeat du pape, qui ne trouva pas sufiisantes les informations qu*on avait déjà faites. Le comte de Toulouse, ayant appris ce resulUit, défendit à son procureur de passer outre.
Cependant, le 19 novembre 1247, le p lin; fait expédier une nouvelle commission à Tarchevéque d'Auch et aux évêques du jPuy et de Lod^^ve. Le pontife parle des démarches que le comte de Toulouse avait faites pour obtenir à son père les honneurs de la sépulture, et rappelle la mission qui avait été donnée par Grégoire son prédécesseur k
fSS TEMPS UlTKiUlÉDUtaE».
d^auii es pi élab de taire une enquête sérieuse sur la manière dont Raymond VI avait quitté la vie. H accuse réception des * dépositions des témoins ; mais il déclare qu'il ne peut encore donner droit à ta requête k cause de quelques débuts dans les formes. £n conséquence, il charge ces nouveaux commissaires de s*assurer pair tous les moyens possibles de k vérité des Daits, et de faire inhumer le corps en terre sainte.
On ignore quel fut le résultat de cette commission pontificale ; ce qn*il y a de certain, c*est que le corps de Raymond VI demeura toujours sans sépulture, enlermé dans un cercueil de pierre, hors de Téglise des cbeTaJiers de Malte, et que roii montrait la tête du prince comme objet de curiosité. Ainsi Raymond VII ne put jamais réussir à contracter un nouveau mariage ni à procurer à son père les honneurs d*une sépulture chrétienne.
Vers le mois d'août il lit un second voyage en Jispagne, peut-être pour chercher à contracter quelqu*autre alliance. Avant son départ, il voulut témoigner Tliorreur que lui avait inspirée le meurtre des inquisiteurs à Avignonet : il écrivit dos lettres à tous les consuls et juges de ses états dans lesquelles il ordonna à tous ses sujets d'assister aux prédications des dominicains et des frères mineurs partout où ces religieux: porteraient la parole divine.
Les inquisiteurs Bernard de Cancio et Jean de Saint- Pierre, sous la protection du comte de Toulouse et de Rayniuiid du Falgar, firent à cette époque une recherche exacte des hérétiques en cette ville. Ils en ramenèrent plusieurs an seiii de l'Eglise et en condamnèrent beaucoup d*autres à la prison perpétuelle. On appelait en languO vulgaire ces
TEKPS mTEEMÉDUIUBS.
condamués les Emmurats: — c'est sans doute de ce nom qu*oii appela la prison de rioquisilion les Ham^Mwrm, nom qui a été conservé jusqu'à ce jour.
L^évêcpie de Toulouse confirma, cette année, à Jean abbé de la Capelette, la donation des églises de Meiran, de Saint- Jean de Bontés, de Rastiniac et d^HâoierViUe, que Foulques avait cédées à ce monastère sous la rente de trois livres de cire. Cet acte fut signé par Raymond Escrivan, préTèt . de Saint-Etienne. — L'abbaye de Grand-St h c fut enricbie, à cette époque, par les libéralités d'Otbon de Terride, pendant que Hugues de Valbs s'engageait à défendre l'abbaye de Lézat contre ses injustes agresseurs. Cet engagement fut pris entre les mains de Pierre de Daibs, qui obtint du pape Innocent IV le privilège d'user des ornements pontificaux dans la célébiaiion des saints mystères. — Cet illustre abbé se montra toujours plein de sagesse et de prudence. 11 fit réunir en un seul livre toutes les chartes relatives à l abbaye, et gouverna cette maison jusqu'à l'année iSM.
Alphonse abbé de Saint-Tbéodard fit, cette année, des règlements par lesquels il fut statué qu'on n'exigerait, pour les sépultures dans le cimetière de son monastère, que ce qui aurait été réglé par le testament du défunt. Il termina aussi quelque différend (lui existait enlie Bertrand de Mon* taigut, camérier de Saint-Tbéodard et prieur de Castelsarrasin, frère Raymond de la Bruguière, maître recteur de la maison de Ville-Dieu, et les frères de cet hospice.
Guillaume de Corossèies, abbé de (^.iuion, eut pour successeur, en 1^7, Peytavit, dont le nom se trouve dans quelques Charles de cette époque. Bernard irAlbars, abbé de Bolbonne, mourut vers ce même temps, il fut remplacé
i8G T£Mt*S INTËBHÉOUIUES.
par Béienger III, qui reçut au nombre des religieux un seigneur de la maison de Poix nommé Raymond qui » à
cette occasion, domià tous ses domaines à ce monastère.
L'absence du comte de Toulouse ne fut pas de longue durée puisque nous le retrouvons, au mois de décembre 1247, à Lavaur. Âu commencement de Tannée suivante, il flt ses préparalils pour le voyage d outre-mer, assembla les habitants dans le pakuis conmun, et déclara que le consulat de Toulouse appartenait en propre à leur commune et qu'elle avait Tautonté d'élire, tous les ans, ses consuls au nombre de vingt-quatre, douze de la cité et autant du fau- . bourg.
Désirant donner au pape de nouvelles garanties de son zèle, il lui écrivit pour le prévenir quun grand nombre d'hérétiques étrangers s'étaient introduits dans ses états, et le pria de donner des ordres pour en faire la recherche. Innocent IV acquiesça promptement aux -désirs du comte : il écrivit d'abord à l'évèque d'Albi , lui permettant de délivrer de prison, du conseil des inquisiteurs, les hérétiques qui y étaient renfermés et qui donnaient de véritables marques de pénitence, à condition qu'on leur imposerait des satisfactions convenables. Il commit ensuite i evéque d'Agen par des lettres qui portent la date du 29 avril i248, et lui ordonna d'informer dans les terres du comte Râ) mond, avec le conseil des inquisiteurs des lieux et des diocèses, et en observant les formalités prescrites, li permit , k la prière de Raymond, à ceux des sujets de ce prince qui n'étaient retenus en prison que pour un temps ou qui n'étaient condamnés qu'à porter des croix pour crime d'hérésie, de se croiser et de marcher au secours de la terre
TEMPS UiTBBHâOUIBBS. 487
sainte. Il permit même à ce prélat, ou à son déiaut à rarehevéque d'Àoch, de faire grâce k ceux qui , étant condamnés k une prison perpétuelle et ayant donné des marques d'un sincère repentir, se croiseraient. Nous apprenons, dfes lettres que le pape écrivit aux inquisiteurs de la province de Narbonne, que quelques hérétiques s'étaient saisis des registres de 1 inquisition et qu ils les avaient brûlés au sortir d'une assemblée, après avoir .tué le clerc ou le curseur du saint tribunal.
Raymond se trouvait à Toulouse au mois de juin i248, puisqu'il y passa un accord dans le château Narbonnais avec Durand, évéque d'Albi, et Sicard d^Alaman, son cbancelier, au sujet de la monnaie d Albî. li lut stipulé que le comte et ses successeurs auraient le tiers de cette monnaie, révêque un autre tiers, et Sicard un autre tiers. On trouve dans cet acte que la monnaie d'Âlbi, dite des Ramondins, se fabriquait à Castehiau de Bonafos, qui était un iief appartenant à Sicard , sous la mouvance du comte de Toulouse.
Raymond, ayant appris que le rui était ai rivé à Aiguësmortes, se rendit auprès de lui. £n passant à Sauran dans le Minervois, il échangea, le 6 août , avec Bérenger et Gautier de Saint-Jean, les terres que Pierre Amelii avait possédées à Montaigut contre la iurleresse de la Bastide-de- Beauvoir et une vigne située entre cette forteresse et la ville de l'isle. C'est ici le plus ancien niofuiment que nous possédions sur cette dernière cité qui fut bâtie au treizième siècle, sur les ruines du château de Montaigut en Albigeois.
Le comte arriva à Aiguesmortes vers la mi-août et y conféra avec le roi, qui s embarqua le 25. 11 se rendit ensuite a Marseille, dans le dessein de s'embarquer aussi sur
48S TEMPS IMbUMElilAlHKS.
ua grand vaisseau qu'il a\ ut fait équiper à ses frais. Se trouTuit à risie dans le Vwaissin, il jr confirma les priviiéges de la ville de (iaiilac. La saison se trouvant trop avancée, il remit son départ à Tannée suivante, du cmoiseil des seigneurs qui i accompagnaient, et quitta les bords ou Rhône pour se rendre dans le Ronergue.
Il existait à cette époque un l élcbi c hùiutal situé dans le territoire de Montauban et dont Tadmimstration dépendait de révêque de Toulouse. Au aïoycn-âge, les prélats avaieul m général le gouvernement direct de tous les asiles de bienfaisance. Raymond du Falgai ooiiiia la direction de cet hôpital à un chapelain nommé Guillaume Tustan, qui {M^èta serment à levêque en qaalilc de icudataire.
Maurin gouvernait toujours Tabbaye de Saint-Ântonin de Pamiers, et se monUail plein de zèle pour les inlérèls matériels dé sa maison. £n 1248, il Ut un accord avec Tabbé de Bolbonne, d'après Taibitrage de celui de Bonnefont, et reçut d'Arnaud de Castlard foi et hommage pour le village cl la forteresse de ce nom, que ce seigneur déclara avoir reçus en ûef des tenants de Tabbaye. — Celle de Calers reçut aussi plusieurs domaines des libéralités d'Arlaud- Guillâiume de Beaumont. Ces domaines étaient situés à Mornac. Cotte donation se lit entre les mains de Raymond de Fortanier, qui gouverna cette maison jusques à Tannée suivante.
£q attendant Tépoque de son départ projeté, le comte
Raymonji, an commencement de l'année 1249, parcourut ses domaines. A la lin du mois de janvier, il se trouvait a Agen, ensuite à Verdun-sur-Garonne, et le 11 avril à Toulouse, où il reçut l'hommage d lzarn Jourdain et de
vam uniBxiDuiRBs. W
Bernard , ûls de feu Bertrand Jourdain. Ces deux irères étant moi'ts sans postérité, Jourdain IV seigneur de Tllle- Jourdain, leur cousin germain» leur succéda dans la seipeurie de Launac et dans la portion de la vicomte de Gimoéz, dont ils avaient hérité de Bertrand leur père. Le comte se rendit ensuite à Logrono en Castille, où il eut une conférence avec Finliant Aifonse, iiis du roi de cette province. U y séjourna pendant (foinze jours, sans doute pour cause de maladie, car, étant rentré dans ses états, il y fat attaqué vers le mois de mai d'une infirmité assez grave. Nous le rencontrons, le 10 juin, à Agen, où il reçut Fhommage d*Aniaad Garsias du Fossat pour divers châteaux deTAgeuais.
Le fils de Simon de Montfturt duc de Leycestre gouvernait alors la Gascogne au nom du roi d'Angleterre. U avait eotrepris une expédition dans le pays contre les vassaux du eomte de Toulouse, et avait Mt prisonnier Geraud d*Armagnac, Fun d*entr*eux. Arnaud Athôn yicomte de Lomagne s'était jeté dans son parti. Le comte, justement irrité de celte fiiloDîe, le somma à Agen de lui remettre le château d'ÂuviUar et de £aire rendre la liberté a Geraud d'Armagnac. Le vicomte reftisa d'obéir, ce qui n'empêcha pas son suzerain de se saisir de tous les domaines qu'Arnaud Athun possédait dans TAgenais.
n y avait à Agen un assez grand nombre d'hérétiques ; quelque^nns se convertirent à la foi chrétienne, quelques autres, au noo^lu^ de vingt-quatre, résistèrent à toutes les sollicitations. Raymond les fit paraître devant lui et employa d'abord tous les moyens de persuasion pour les en- Hager à renoncer à leurs, coupables erreurs. N'ayant pu
490 mn INTKBliDUlIBS.
les gagQer, il les coiidamoa à mori « c est-à-dire à être brûlés. La sentence fut exécutée.
Dans le cours de 1 année iWèy Raymond du Falgar céda tous ses droits sur Téglise de Sainte-Marie de Broms et toutes ses dîmes à Molinerie, abbesse de Fabas, ainsi que les dîmes de Saint-Martin de Loogue-Selve, à la charge de la part des religieuses de ce couvent de payer à révéque une rente annuelle de deux livres de cire et de poivre. Cet accord fut approuvé par iiaymond Ëschvan, prévôt de Saint- Etienne. Il confirma aussi Fabbaye de Montoulieu dans la possession de diverses églises. Nous le trouvons choisi pour arbitre dans un différend qui existait entre le vicomte de Narbonne et Tarchevéque de cette ville. Non seulement Falgar se montra plein de zèle pour les intérêts de son Eglise^ mais encore pour, ceux de sa famiiie, car il adressa des lettres de remercîment à Tabbé de Lagrasse au sujet de quelques services que ce dernier avait rendus à Guiilaume du Falgar, son neveu.
Arnaud Garsias» quatrième du nom» succédait vers ce même temps à Matthieu de Saint^^élix dans le goùTenie* ment de Tabbaye de Feuillants.
Un scandale, toujours alBigeant pour la religion, eut lieu dans le Toulousain entre les abbés de deux célèbres abbayes, celle de Saint-Antonin de Ramiers et celle de Bolbonne. Ces abbés, Maurin de Pamiers et Berenger 111 de Bolbonne, eurent cette année-là un bien grave différend au sujet du domaine de Boiirepos. La discussion devint si vive que non seulement les deux champions s*accablërent d'injures, mais se battirent violemment, à tel point que liérenger fut grièvement blessé. Ce différend ne put être apaisé que
TSMPft INTBBMimiftBS. 191
par 1 iiiterviiutiûn du comte de Foix, de i abbé de Pieigiiaii et de celui de Saint-Saturam de Toulouse.
Uae éclatante lumière brillait alors à Touiuu:>e daus Tordre des frères prêcheurs : c'était le frère Maurice, que nos annales nous représentent comme un orateur très éloquent et un célèbre controyersîste. Il était né à Toulouse d*une illustre famille, et avait embrassé assez jeune la règle de saint Dominique. On raconte que, passant un jour à Âlbi et demeurant chez les cordeliers de cette ville, ces religieux lai dirent qu'ils souffraient beaucoup de la disette d*eau. Aussitôt il se mit eu prière, et une source abondante jaillit sous ses pas. Il mourut peu de jours après qu*il eut opéré ce prodige, et fut inhumé dans léglise des cordeliers d'Albi, où un grand nombre de guérisons miraculeuses s'opérèrent sur son tombeau.
Tordre de saint Dominique comptai^ encore dans ses rangs un autre émment personnage à Toulouse : c était frère Raymond de Cancio, inquisiteur de la foi , dont nous avons déjà parlé au sujet des informations sur la mort de Raymond VI. D fut le fondateur du couvent des dominicains d Agen , où il mourut en 1260. Sa mort et sa gloire furent révélées à un religieux de son ordre par une vision céleste.
Après lauto-da-fé dAgen, Raymond Vil partit pour aller joindre sa fille Jeanne et son gendre Alfonse à Aiguesmortes où ils devaieiil s embarquer. Il prit congé d'eux et partit I>our Milhand en Rouergue, qui devait être le terme de sa course. La, il fut tout-à-coup attaqué d'une lièvre ardente, ce qui ne Fempécha pas cependant de continuer sa route. Arrivé à Tris, près de Rodez, il fut obligé de s'arrêter. Prévenu de sa mort prochaine, il fit alors appeler un saint
492 TKMPS UilSEMiDUlAES.
ermite du pays, Guillaume Albarouiei , et lui lit uoe cou- Cession générale de sa vie. L*évâque d*AU)i loi administra le saiut viatique, qu il reçut dans les seutimeuts de la plus haute piété. Dès quil apprit que le saint-sacrement était entré dans son palais, il se leva, alla au devant de son Dieu, et communia à genoux sur le pavé de sa chambre. Les évêques de Toulouse, d'Agen, de Cahors elde Rodez, ses principaux vassaux et tes consuls de Toulouse, se ren- (lirent à Tris. Leur avis était de le faire transporter à Toulouse, mais il voulut qu'on le portât à Milbaud, où il fit , le 23 septembre, le leslaiiu ul >uivant : "
« Au nom de la sainte et indivisible Trinité, ainsi soit-il. Telle est ma volonté dernière : « Je, lia} inijnd, par la grâce • de Dieu comte de Toulouse, marquis de Provence, fils de » la reine Jeanne, étant sain d'esprit , je fais ici mon tes- » tament , révoquant tous les autres. Je choisis ma sépul- » ture à Fontevrault, où reposent Henri roi d'Angleterre, ' m mon aïeul, le roi Richard mon oncle, la reine Jeanne » ma mère, aux pieds de laquelle je veux être inhumé. » J'entends que toutes mes injustices de quelque nature » qu'elles puissent être soient réparées. Je laisse dix mille » marcs sterhng pour le repos de mcm âme, ainsi répar- » ties : cinq mille à Fontevrault, auquel je laisse aussi mes n vases d'or et d'argent, mes parures, mes anneaux et mes » diamants ; quarante marcs au muuastère de Lespinasse » du même ordre ; cent marcs à celui de l^agairae ; cent » marcs k celui de Longage ; cent marcs k celui de Sainte- » Croix ; cent marcs à celui de Sainl-Laurent de Gefijon ; » cent marcs à celui de Fabas ou l'Oraison-Dieu ; cent » marcs au prieuré de Prouille ; cent marcs au monastère
tins niTBiafDuiMB* 193
• de Sainte-Marie da Bosqnet au diocèse de Trois<;bâteaux;
> ceot marcs à celui de Saint- André de Vaisoa.
• Je laisse, de plus, pareille somme à l'ontm de Saintm Etienne de Toulouse ; pareille somme à l'œuvre de 1 église » deGrand-Selve ; pareille somme à Fabbaye de Feuillants;
• cent mai es à celle d*Eauûes ; cent marcs à celle de Bonne- » Combe. Indépendanunent de cette somme de dix mille » marcs, je laisse encore k Fontevrault tous mes bœufs,
• vaches, Inrebis et bêtes de somme qui se trouveront dans » mes granges et bergeries. Je laisse aussi cent marcs à » YcBuwe de Téglise de Belleperche* Quant à ce qui res- » tera sur les. dix mille marcs, mes exécuteurs testamen-
> taires en disposeront k leur gré pour le bien de mon
> saint.
> Jinstitue pour mon héritière et légataire universelle
• Jeanne, ma iiile, épouse de noble Alfonse comte de Poi-
> tiers. J'ordonne que toutes mes dettes soient exactement
• payées sur les bien$ que je laisserai à lexclusion de dix
> mille marcs, et cela sans aucuns frais de justice. J'ac- ^» corde à tous mes barons et chevaliers, à tous les posses-
> seurs des églises et monastères, à toutes les riUes, aux
• châteaux et villages de nos domaines, la contirmation de
> leurs privilèges et libertés ; défendant qu'on les vexe Ja- » mais au sujet des tailles ou exactions que ma volonté, et
> non la justice, leur avait imposées.
» J ordonne que notre cher et fidèle serviteur Sicard
• d'Âlaman gouverne nos états, en perçoive les revenus en
» êtabhssaut des officiers sulïisanls, et qu il acquitte toutes ♦
• DOS dettes et nos legs avec le secours des commissaires
• que je nommerai, jusquà ce que ma bile entre en pos-
» session de mes domaines. 4e nomme mes exécuteurs » testameotaires les évèques de Toulouse, d Ageu, d'Albi, » de Cahors, de Rodez, de Carpentras et de Cavaillon ; les » nobles seigneurs comte de Commioges, Sicard d'Alamau, » et quatre citoyens de Toulouse, au choix de ces derniers, » les chargeant d'exécuter avec toute l'exactitude possible » mes dernières volontés. *
Le lendemain, Raymond ajouta un codicille à ce testament. Il y déclara que, s'il guérissait de son infirmité, il accomplirait le voyage d*outre-mer ; et s'il ne pouvait pas l'accomplir, il Toulait que son héritière envoyât en Terre- Sainte cinquante milices. 11 ordonna de rendre au pape les sommes qu*îl avait reçues du vingtième sur les Inens ecclésiastiques, les legs et le rachat des vœux ; il prescrivit enfin à son héritière de rendre m roi de France et k la reine sa mère Targent reçu pour son passage au-delà des mers.
Après avoir fait tontes ses dispositions et recommandé de rendre au pape tout l'argent qu'il en avait reçu pour ^combattre les ennemis de TEglise, Raymond reçut Textrémeo^ction, et expira le 27 septembre 1249, à l'âge de cinquante-deux ans. Son corps, embaumé et déposé dans un ^ cercueil précieux, lut apporté avec pompe, par Albi, Gaillao et Rabastens, jusqu'à Toalouse, où furent célébrées ses fu^ nérailles avec une incroyable magnificence, au milieu des larmes de tous les habitants. De Toulouse, son corps fot transporté en bâteau au monastère de Paradis en Agenais, où il demeura en dépôt jusiju'aii printemps de l'année suivante. De là il fut porté à Fontevrault, où il fut inhumé dans le choeur des religieuses, aux pieds de Jeanne d'Angleterre, sa more.
mm ncTBKMimmBS. 195
ToQS le peuples soumis à la domination de Raymond VII
donnèrent de justes regrets à sa mémoire. Il était plein de douceur et de générosité, magnifique dans ses manières, et se faisait remarquer par ,1a droiture de son esprit. Il jouit dans son siècle de la réputation d*un grand capitaine, et il signala sa valeur soit pour recouvrer le patrimoine de ses ancêtres, soit pour poursuivre les différentes guerres qu'il eut à soutenir. On ne jeta jamais aucun soupçon sur sa catholicité, et sur la fin de sa vie il poursuivit les hérétiques avec une étonnante vigueur. Il eut beaucoup à souffrir de la part de quelques évéques qui, pour des intérêts purement temporels, le chargèrent d'excommunications : ce qui obligea le pape de modérer leur zèle et de prendre sa défense. Grégoire IX et Innocent IV Ihonorèrent de leur amitié et de leur confiance.
D'irrécusables monuments attestent sa grande libéralité envers les églises et les monastères; il n*en existait aucun dans ses vastes états qui n eût re(;u des marques de sa munificence. II se montra très jaloux de son autorité, et admimstra ses domaines avec une constante et exacte vigilance. A sa mort, Raymond Vil possédait i*> le comté de Toulouse qu'il tenait de ses ancêtres, à la réserve du comté de Foix et des terres de Mirepoix, sur lesquels il prétendait exercer les droits de souveraineté ; â"* la partie de l'Albigeois située à la droite du Tarn, le Rouergue et le Querci ; 3" l'Agenais, qui avait été donné en dot à Jeanne d'Angleterre, sa mère ; â,"* le marquisat de Provence ; la vicomté de Marseille, que les habitants lui avaient cédée ; 6" enfin la suzeraineté sur les comtés de Comminges, d'Astarac et de Fezensac, et sur le œinic de Diois.
996 niFS nmttiitDuiiBS»
Tels étaient les domaiaes que- Raymond Vil transmit à
Jeanne, sa lille et son unique héritière, femme d'Âlfonse «comte de Poitiers et frère du roi.