LIVRE XX VIL
DEPUIS LA MORT DE RAYMOND VU, EN 1^9, JUSQU A LA REUNION^ DU GOMTB DB TOULOUSE A LA COURONNE^ EN iS7l.
A peine Raymond eut-ii rendu le dernier soupir que Guillaume de Pian, sénéchal du roi à Carcassonne, partit pour la cour aân d'avertir de la mort de Raymond la reine Blanche et recevoir ses ordres. Alphonse et Jeanne étaient partis pour FOrient. La reine lit expédier aussitôt des lettres, datées du mois d'octobre 1249, qu'elle adressa à ses chers du chapitre, c'est-à-dire aux consuls ou capitouls de Toulouse.
« Blanche, par la grâce de Dieu reine des Français, à » ses chers du chapitre et les probes-hommes de la ville » et du faubourg de Toulouse, salut et dilecUon. — Nous » avons appris avec une extrême douleur la mort de notre » cher cousin le comte Raymond. Vous u ignorez pas que » ses états sont tombés au pouvoir d'Alfonse, notre fils » bien-aimé, époux de Jeanne, sa noble fille. £n consé- • qoence, nous vous ordonnons d*obéir et prêter serment » à Gui, à Hervé de Chevreuse, et k Philippe, trésorier de » Saint-Hilaire de Poitiers et chancelier de notre fils, que » nous avons iiummés commissaires pour prendre posses- » sion des états du comte. »
TEUPS I^TEBMÉDlilBES.
Les commisscuros porteurs de ces lettics, étant arrivés h Toulouse, se rendipent, le 1*' décembre 1^49, au château Narbonnais, et firent prêter aux consuls, pniicipaux vassaux, et autres seigueurs, serment de fidélité à Alfonse, à Jeanne sa fille, et k leurs enfants. On trouve dans cet acte, qui est d'une grande étendue, les noms de toutes les plus illustres familles du Toulousain (1), et la véritable source de leur noblesse. Ce serment fut pr^ en présence de Farchevêque de Narbonne, des évêques de Toulouse, d'Agen, de Comminges, du prévôt de Saint-Ëtienne, d*Amaury vicomte de Narbonne, de Pons d'Astoand, chancelier d AUonse, de Guy Foucaud, de maitœ Guillaume de Puylaurens, de Guillaume Izam, arcbiprétre de Bieux, de Guillaume de Pian, sénéchal de Carcassonne, et de Pierre des Ydsins.
Le jeudi 6 décembre, les consuls et tout le peuple de Toulouse s'étant assemblés, les commissaires déléguèrent, pour gouverner le pays au nom d'AUbnse, Sicard Aiaoïan, et détermioèrent la forme du serment que e^ui-d devmt
(4) Yoid ces noms : Bernard de Gominiiig^, Sieaid de Montant, Jooi^ dain de ruie, Bertrand de Pailhès, Sicard Alaman, Bernard de Montai-
gut, les d'Astarac, Bernard de Beaumont, Rayaiuiid d Alfar, Izaru de Saint-Paul, Pons de Villemur, Jourdain de Lanla, Bernard de Miremont, Pierre de SaiiU-Semiii, Arnaud de MarqueÉave, Pons de Noë, Guasbert de Puylaurens, Bernard de Villeneuve-Caraman, Bernard de Montesquieu, Olric de Rieuton, Arnaud du Falgar, frère de révêque de Toulouse, ^ Guiltonme de Baredge, lourdain de BalnsteDS, Bernard de Foueand, Auger d'Avelane, Bernard de Saint-Amans, Guillaume de TOèle, Ârybert de Dieupentale, Guillaume de Roquefort, Bertrand de Bessières, Raymond de Roqueville, Alon Je Francarville, Guillaume de Seysscs; Aymeric de Hoaix, Adliémar de Catlielan, Pons Duranti, et un très grand nombre d'autres.
TBHfS iNTBBMtMAtae». 199"
pièter aux iiabilaots de conserver toutes leurs libertés, coulâmes et franchises. Sicard prêta donc ce serment en présence de Tarchevéque de Narbonne et de Févéque de ToQlouâe, qui attestèrent quMls avalent vu la formule originale de cet acte envoyé par la reine*
Le lendemain 7 décembre, les commissaires reçurent a Toulouse le serment de Hugues comte de Aode^ ; à Verdun,, celui de plusieurs seigneurs du Rouergue; et à Moissac. celui de plusieurs barons, du Querci et de l'Albigeois : en sorte que tout le pays se soumit à Alfonse.
A peine ce prince eut-il appris la mort de Raymond, son beatf'-père, qu'il songea a repasser en France pour prendre possession de ses nouveaux états ; mais ayant été fait prisonnier le 5 avril 1250, il ne put arriver en Provence qu^an^ mpis de juin. S'étant rendu à Beaucaire avec Jeanne sa femme, il y reçut, en présence de Févêque de Toulouse, le serment de fidélité de quelques-uns de ses vassaux, entr*autres, de Bernard comte de Comminges, des vicomtes (iti Lautrec, de Jourdain de Seissac et de Jourdcan de
ryie.
Raymond du Fâdgar quitta Beaucaire où il se trouvait avec Alfonse, et quelques actes nous apprennent qu*il était dans son diocèse dans Tannée 1!250 puisqu il accorda aux moines de Grand-Selve Tautorisation d*ériger des oratoires et des chapelles dans toutes leurs formes, et d*y célébrer les offices divins. 11 donna aussi son approbation à une tiansactiou que Raymond Escrivan, pievùt de Saint- Ettemie, avait passée avec le viguier de la ville au sujet des limites de la juridiction de TEglise de Touiuuse. On inarqua ces limites de trois croix. Cet acte nous révèle le
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pouvoir temporel des Eglises, qui exerçaient à cette époque une certaine juridiction sur une portion du territoire.
L'abbaye de Graud-Selve voyait s'élever en ce temps-là les murs de sa nouvelle église, pour laquelle Raymond W avait donné une somme d'argent assez considérable. Nous ignorons Tépoque précise où fut commencé cet édifice, qui était d une grai\de étendue et dans le style ogival. Les travaux de construction furent poussés avec vigueur sous le gouvernement de Pierre Raymond et poursuivis encore très . activement par son successeur Richard, dont nous trouvons le nom dans un accord qu'il passa avec Bernard et Montaria Gautier au sujet d'un fief nommé Arçumbad.
En 4250, s'ouvte la série des abbesses de TOraison-Dieu. Raymond VII, avant sa mort, avait donné de grands biens à cette maison, qui avait alors à sa tête Marie de Benque, première abbesse. EUe reçut aussi des marques éclatantes de la munificence du comte de Commiages.
L'abbaye de Feuillants était alors gouvernée par Théobald ni, qui avait succédé à Arnaud Garsias; et celle de Calers l'était par Raymond de Bajula, qui reçut de Morin abbé de Saiot-Aui uiin quelques maisons dans la ville de Pamiers. En ce même temps le monastère de Saint-Papoal perdait Ua)mond d'Atthinac sou abbé, à qui on donnait pour successeur Guiraud IL
Aliouse et Jeaniic, apros avuii lait quelque séjour en Provence, se rendirent à Toulouse et y firent leur entrée solennelle le î25 mai 1251. Le dimanche suivant, le comte fit assembler tous les habitants dans la maison de ville, et jura en leur présence de les maintenir dans Tui^age de leurs libertés et de leurs franchises. Le 28 mai, il assembla vingt
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célèbres jurisconsultes pour leur soumettre le testament de Raymond VII et son codicille. Les docteurs crurent reconnaître dans le premier acte des causes de nuiUlé, et déclarèrent que le codicille seul ûemX être exécuté, au moins pour les legs pies. Ces legs ne lurent cependant acquittés qu*en partie ; il y eut des accommodements aTOC certaines abbayes, entr'autres, avec Fontevrault, Grand-Selve et Bdleperche.
Aifonse et Jeanne ne firent pas un très long séjour à Toulouse. Le 30 mai 1251 , Alphonse donna k Verdun-sur- Garonne une charte en faveur de Tabbaye de Grand-Selve ; puis il parcourut ses domaines pour recevoir le seiment de ses vassaux et confirmer les anciennes coutumes. Le comte et la comtesse se retirèrent ensuite au château de Vinceones, et ne revinrent dans la province que sur la fin de leur vie. Ils partagèrent leurs vastes domaines en quatre grandes sénéchaussées : la première lut celle de Toulouse; la seconde, celle de FAgenais et du Querci ; la troisième, celle du Kouergue, et la quatrième celle de Provence.
Aifonse, avant son départ, avait refusé de rendre homluage à Raymond du Falgar, évéque de Toulouse, qui se contenta de Thommage offert seulement par son sénéchal. Cétévèque fut, à cette époque, choisi pour arbitre suprême dans le différend qui existait entre Farchevéque de Narhonne et le vicomte de cette ville ; mais il ne put le conduire k bonne fin. Il reçut une bulle dlnnocent IV par laquelle le pape plaçait sous sa protection les religieux de saint Doiiiinique et le tribunal de Tinquisition.
L*abbaye de Calers était alors gouvernée par Etienne 111, avait succédé à Raymond Bajols, et qui fit, en 1251,.
toi TKMPS IMEEUIEDUIHES.
une transaction avec l'abbé de Lézat. L'bistoire n'en désigne pas Tobjet.
Gilles, abbé de Belleperche, qui avait succédé à Laurent, passa daos la même année un traité avec Bernard d'AsUfort touchant les limites d'un lieu nommé Larazel.
Bérenger 111 gou?emait labbaye de Bolbonne. Les comtes de Foix en étaient regardés comme les fondateurs, puisqu'il obtint alors du chapitre général de son ordre Tautorisalion de célébrer un service anniversaire pour le repos de Fâme de ces puissants seigneurs. 11 miourut en 1^51, et eut pour successeur Adhémar.
L'abbaye de Sorèze perdit aussi, vers ce même temps, Pierre de Pierrelale, son abbé. 11 eut pour successeur Pierre de Goust.
Raymond d'Antissan, abbé de Bonnefont, mourut cette même année* 11 avait reçu pour son monastère de grands biens des libéralités de Bernard de Comminges, qui coniirma toutes les donations que ses prédécesseurs avaient faites à son abbaye. Il eut pour successeur Raymond VII (Arnaud d'Osson). Un certain Guillaume lui disputa la possession de l'abbaye, mais sans succès. Sous le gouvernement de Raymond, le chevalier Adhémar de Punctis embrassa la vie monastique k Bonnefont.
Quoiqu absent de ses états, le comte Alfonse ne s'occupait pas avec moins d'ardeur du bien de ses sujets. Il envoya pour commissaires à Toulouse, vers Tannée 1^5^, Jean de Maisons, maître Gui Fulcodi , Pierre Bernardi, frère Jean de Castelnau et frère Phihppe de Tordre des frères mineurs, avec mission expresse de réformer tous les abus. Ce fat à Toccasion de ces commissaires que les évêques de Tou-
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ioase, d Âgen , d Albi et d6 Carpentras adrassèreot des let* très très pressantes aux frères prêcheurs pour les engager à exercer ToUdce d'iûquisiteurs dans leurs diocèses^ après qu'ito auraient été désignés nominatiyement par Gui Fulcodi et Jean de Maisons. Ces lettres sont datées de Riom en Auvergne.
Au retour de Riom , Raymond du Falgar se rendit à Grand-Selve pour y consacrer la nouvelle église. Il fut assisté dans cette cérémonie par Gailhard, évéque de Lectoure, et Nicolas de Conserans. Après cette consécration , il se rendit à Montaubau, et assista à une assemblée dans Féglise de SaintnJacques, où les commissaires d*Alfonâ6 dressèrent divers statuts contre les hérétiques et les excommuniés.
Vers la ûn de 1252, ce dernier prince fut aUeml d une attaque de paralysie. Se voyant dans un danger imminent, il ât vœu de revenir dans la Terre-Sainte et de reprendre la croix. Il ne put cependant exécuter de si tôt sa promesse. £q attendant , il envoya plusieurs seigneurs de ses domaines en Palestine et fit lever plusieurs subsides pour cette expédition.
n était toujours au château de Vincennes avec Jeanne ,
sa femme, lor;^qu*au mois de mai 1255 il lit un accord avec Etienne, abbé deClairvaux, touchant les sommes.qu*il leur' devait au nom de son père. Il assigna aux religieux de cette abbaye cent quatre livres parisis de rente sur la prévôté de La Kociaeile, pour l'entretien de vingt étudiants en théologie de cette maison dans le collège Saint-Bernard à Paris, puis il se prépara à effectuer son voyage. Innocent IV, pour seconder son zèle, lui accorda : l** trois mille marcs
S04 TBHF8 umuiiDiAiRn.
d'argent sur les restitutions des usures et des biens mal
acquis qui seraient faites dans le royaume de France, les comtés de Toulouse, Poitiers, Provence et Bretagne; 2* les l achats que devaieut payer ceux qui , s étant croisés pour laTerre^nte, ne pourraient ensuite exécuter leurs vœux; 5" les legs faits en général pour la Terre-Sainte. Alionsc ne profita pas de ces concessions : plusieurs obstacles s'opposèrent à son départ.
Au mois de mai , Tarcbevéque de Narbonne et les évéques de Beziers, de Lodève et d'Agde, réunis à Beziers, écrivirent au comte Alfonse touchant un bruit qui s'était répandu — quMî aUait faire restituer aux plus proches parents des hérétiques les biens qui avaient été confisqués sur ces derniers ; ils lui montraient les dangers auxquels rexposerait une semblable démarche, et rengageaient à abandonner ce projet. Nous lisons dans cette lettre que. Raymond du Falgar, évéque de Toulouse, avait déjà écrit au comte sur ce même sujet.
Au mois de juillet, il fit un bail nouveau au sujet delà monnaie qui devait être battue à Toulouse ; ce bail fiit passé entre le comte, Arnaud Bonaidi d'Albi et Bernard de Croisse. Vers la même époque, il envoya des députés à Fabbesse de Fontevrault pour réclamer les vases d'or et d'argent et les autres joyaux que son père avait laissés à ce monastère. Labbesse lui écrivit, par ces mêmes députés, qu'elle accédait à ces demandes moyennant une rente annuelle qu'il payerait k Tabbaye. 11 fit avec Gilles, abbé de Belleperche, d'autres accords touchant certaines églises de sa dépendance, accords qui furent approuvés par Raymond du Falgar.
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Noas trottvoDs aassi plusieurs seigneurs du pays toulousain en qualité d'insignes bienfaiteurs de quelques monastères : ainsi, Adhémar de Villeneuve céda ses domaines à l'abbaye de Saint-Papoul et y embrassa la vie religieuse. Etienne Ul, abbé de Calers, reçut des marques de libéralité d'Ayral de Blancheroche et de Fabre de Bîrac. Deux ûisde Bertrand de Tille entrèrent dans Tabbaye de Nizors, dont Jacques était abbé, et y apportèrent de grands biens.
Dans les premiers mois de Tan 1254, les commissaires â*Alfonse, Jean de Maisons, Gui Fulcodi , Pierre Bemardi, irère Jean de Casteinau, et frère Philippe de Tordre des frères mineurs, publièrent à Toulouse les règlements qu'ils avaient dressés pour la réiorme de quelques abus : 1* Les sénéchaux obligeront, par la saisie des biens ou par l'emprisonnement à Tégard des pauvres, tous œux qui, au mépris des censures ecclésiastiques, seront demeurés plus d'un an excommuniés, à rentrer dans le sein de TËglise , & moins qu'ils n'aient appelé de la sentence qui les excommunie ou qu ils n'aient été excommuniés pour les dîmes. 2"* n est défendu aux juifs de construire de nouvelles synagogues et de sortir de leurs maisons le vendredi saint 9* Les sénéchaux ne donneront pas des bailliages à des clercs, et révoqueront ceux auxquels ils en ont donné aiin de les empêcher de se dissiper, ils ne mettront pas non piuà dans ces charges ceux qui sont suspects d'hérésie. 4'' n est dtfendu aux sénéchaux, sur les plaintes des barons et des chevaliers du pays, de construire de nouvelles basiidei sans l'exprès consentement du comte. 5^ On réglera la juridiction des baiihs, et il leur est ordonné de se tenir dans les bornes qui leur furent prescrites par ce prince
S06 f BUS nmaiioiAïus.
lorsqu'il alla dans la pays, Eùàn on marque de quelle manière les officiers dn comte doiyent agir dans kt confis- . cation des biens des héréliques et pour la restitution des dots des femmes calboliqaes tent les oiaris avaient été condamnés pour crime d hérésie.
Ces règlements étaient à peine publiés que les Anglais, qui, par les ordres d'Henri 111, avaient passé la mer pour punir les Gascons de leur révolte, s'approchèrent de Toulouse et commirent quelques excès dans les terres du comte Alfonse. Celui-ci en porta plainte au roi, qui s^engagea» pour réparer ces dommages, à payer 7258 livres de Bordeaux, qu'Alfonse chargea Hugues d*Ards, son sénéchal, de répartir entre ses sujets.
Alfonse, ayant k se plaindre des capîionls de Toulouse, envoya, en 1255 « deux commissaires dans cette ville, — Guillaume de Rossand, chanoine de Paris, et Philipi^ , d'Ëauboone, chevalier. Ceux-ci assemblèrent les capiU)uls dans la maison commune, et représentèrent de la part du comte que plusieurs coutumes introduites étaieul contraires a réquité. Les capitouls coavoquèrait alors, le S jm, une assemblée générale des habitants, à laquelle assistèrent les étéques de Toulouse et de Couserans, les abbés de SaînA- Sernin et de Sorèze, le prévôt de la cathédrale, les deux nouveaux inquisiteurs et plusieurs autres religieai, Skaid d Alamand et Pons d Astoand. Il fut décidé dans cette assenMée qa'on eoutinuerait d*obfierver les etmiwms jusqu'à Tarrivée d'Alfonse ; on députa eu même temps des fqndés de pouvoirs au prince pour le suppUer de maintenir ces coutumes,
Alfonse répondit qu*ii désirait conserver ces privilèges,
niips WTBBViDimsg. S07
et ordonna à ses commissaires de lui envoyer les articles
(les anciens usages des Toulousains, promettant de régler toute cette affaire. Ces articles furent envoyés, mais sans résultat : car, le dimanche après la Saint-Nicolas 1255, il rendit une ordonnance au château de Vincennes dans laquelle il se plaignait des entreprises qu'on avait faites contre son autorité et dressa des règlements contraires aux usages. Cette ordonnance fut notifiée aux consuls et habitants de Toulouse par Ëtienne de Bagnols, chanoine de Reims, Philippe d'Eaubonne et Pierre Bernard!. Il déclara aussi qu'il voulait rentrer dans le droit dont avait joui son prédécesseur de nommer les consuls de la ville. Ce droit pouvait être contesté, car il est certain que Raymond son père avait laissé aux habitants la liberté délire leurs conseillers municipaux. Les commissaires, après avoir notifié cette ordonnance, firent plusieurs règlements concernant la justice de la cour du viguier, les avocats, les huissiers, et les notaires.
On trouve les noms des capitouls de cette époque dansles accords que passèrent entr*eiix, Fannée précédente, Raymond du Falgar, évéque de Toulouse, et Bertrand de Montalgut, prieur de la Daurade,' au sofet de la permutation de quelques égfises : c'étaient Guillaume de Septène, Bertrand de Palais, Guillaume de Rouaix, Raymond Baranbon, Guillauuie Saurine, Bertrand Peytavit, Bérenger de Portel, Pons de GaiHac et Vital de Fumel. L*évéque et le prieur mient choisi pour arbitres Guillaume Isarn, archiprêlre de Rieux, et Guillaume Rotberti , jurisconsulte. Bertrand de Muataigut confirma en même tQmps la cession des moulins du Bazacle, récemment construits. Il obtint aussi du pape
SOS TEMPS INTIBHiDIAIlBS.'
lonoceot IV plusieurs indulgences pour son église par uoe bulle donnée dans la ville d*Asslse. — Bertrand de Montaigut gouverna encore pendant quelques années le prieuré de la Daurade, et eut pour successeur Bernard de Genîés.
Nous avons observé que les deux nouveaux inquisiteurs se trouvèrent à rassemblée générale des habitants de Toulouse : c était îiegmald de Carnot et Jean de Petra, lua et Tautre dominicains. Les évôques de Rodez, de Toulouse, d'Albi et de Cahors, assemblés à GaiUac en Albigeois, leui adressèrent des lettres pour les autoriser à publier des indulgences dans leurs diocèses, k y exercer la sainte inquisition, et a y réconcilier les pécheurs à l'Eglise.
lies inquisiteurs contribuèrent puissamment à la construction de la nouvelle et belle église de Saint-Elan de Lavaur, dont les fondements furent jetés en 1255, d après Tacte ainsi conçu :
« Faisons savoir à tous que Raymond Calvet, Pierre de » Marlhac, Guillaume Peyroler, et plusieurs autres habi- » tanls de Lavaur, ont promis à F. Reginald de Carnot et » F. Jean de Petra, inquisiteurs, quils emploieraient tons « leurs soins à la construction d'une grande église qui put » contenir tous les habitants de Lavaur, construction qui » doit être commencée dans l'espace de cinq ans. Les dits 9 inquisiteurs ont permis d'employer à la construction de » cette église tout l'argent qu'on pourra retenir de la com- » mutation des pénitences ou pèlerinages imposés (on ex* » cepte les pèlerinages qui doivent être faits à Saint-Etieune » et à Saint-Saturnin de Toulouse). Les inquisiteurs déda- » rent qu'ils ont ainsi réglé les choses à la prière d'Hugues • d'Arcis, sénéchal de Toulouse, d'Odars de Pouhs, viguier
nm IHTBEH&DIAIBIS. iKOd
» de Toulouse, ei avec le couseatement de 1 évéque de cette » vilie et de plusieurs autres prélats. »
Cest aiasi que tôt construite la grande et magmlique é^ise de Saîfit-Elaii ou ^in de Lavaur, sous le règne d'AMoiise et le poutifioat de Baymoad du Falgar» par les soÎDS des DoUes habitants mentionnés dans Faete. Cet édi- Uce religieux, un des plus beaui du Midi , appartient à l'architectune gothique.
itayipond du Faigai^ confirma, à cette époque, Tabbaye du Has-Gamier dans b possession de plusieurs églises dont les noms suivent : Verdun, Caniac ou Savenez, Aucauvilie» Mauvm, BoiviUe, Seîl, Osmont, Gcmas, Margastand, Brive- Castes Bourret, baml-tassian, Signan, Monibequi, Saint- Asert, Montbartier.
Nous UrouYous, au même temps, l evéque de Toulouse au ceneile qui fut tenn à Beziers le 8 des ides die mai, et dans lequel furent promulgués les sUiuts que Saint^Louis avait dressés pour la réforme des Biœars du etergé et du peuple dans ia Gaule Narbonnaise. Raymond du Falgar perdit, cette même année, Raymond £scrivan^ prévôt de Saint-Etienne, qui lut enseveli au cbapilrc avec une épitaphe. Il eut pour snccesseur dans la prévôté Bertrand de rille*iourdaîn, qui commença sa charge par Tachât de plusieurs terres en faveur de FégUse cathédrale.
L'année précédente, Pierre de Dalbs abbé de Lézal était mort dans ce monastère. Cet abbé, Fun des plus illustres qui aient gouverné cette maison, eut pour successeur, en Geraud de Villeneuve. On trouve te nom de ce dernier dans une sentence qu Adémar de Burnos. moine de Léssat, et Bernard, prieur de Poyvert, rendirent en &veur
S40 TEMPS INTEaMÉUUIEBd.
de Lézat cuiiU e. k niuiiastLM i' de la Grâce-Dieu, au sujet de ' qaelque hommage pour certaines terres. Gieraud de Villeneuve fit aussi quelques transactions avec Etienne abbé de Calers. Ce dernier moarat en 1255, et eut pour successeur Raymond d'Aisac, qui gouverna Calers pendant quatre années et reçut de grands biens pour son abbaye de la libéralité de liernard do (iliaurac.
L'abbaye de Saint-Théodard était alors gouvernée par Pierre de Bermond, chapelain du pape Alexandre IV, qui lui accorda la permission d'user des ornements ponti0caux dans la célébration des sacrés mystères.
Gilles de Bellepercbe reçut à cette époque, de Guillaume éveque d'Agen. plusieurs églises désignées dans la charte de cession ; il mourut en 1255, et eut pour successeur Simon. C'était alors chose assez commune que la cession «t permutation des églises entre les évêcbés et les monastères ; ainsi, en la même année, Raymond du Falgar échangea quelques églises avec Pierre de Goust, abbé de Sorèze, pendant que l'abbé de Nizors, Guillaume de Ar, recevait «en qualité de frère Gailbard de Benque.
Alfonse comte de Toulouse désirait toujours partir pour k terre sainte. Alin do lui faciliter cette expédition, le pape Alexandre IV rendit en 1256 une ordonnance qui prescrivait à tous ceux qui avaient pris la croix dans les comtés de Toulouse et de Prôvence, et qui n'avaient pu faire le voyage, de lui en payer le racbat.^ Avant son départ, Alfonse présenta au rot son frère un mémoire dans lequel il lui adressait plusieurs demandes, entr autres, celle de lui rendre les Ms du comté de Foix ; de lui garantir la vl: comté de Milhaud contre les prétentions du roi d'Aragon;
HRPS INTBiHÉDUlRBS. 111
4e loi céder rhommagc du seigneur de Mirepoix ; et enfin de lui permettre de lever dans le comté de Toulouse et ses autres domaines les legs bits pour la Terre-Sainte.
Nous ignorons pour quels motifs Alfonse n'eiécula pas son projet de Toyage d*outre-mer; il demeura au château de Ymcenaes, où il donna plusieurs chartes en 1:^50. On trouve dans Tune d'elles que Bernard seigneur de Montesquieu était alors mmuré pour cause d'hérésie ; ses biens avaient été confisqués et donnés, en échange contre la'ville de Baziége, à Pierre de Montbrun par Etienne de Bagnols et Philippe d*Eauhonne. Il fit ensuite le bail de la monnaie de Toulouse pour trois ans sous certaines conditions, avec promesse de n*en pas^bire fabriquer aOleurs dans cet espace de temps.
Âlfonse reçut k cette époque rhommage de Nicolas, évéque de Couserans, qui reconnut tenir en fief honoré de œ prince fat ville de Couserans et quelques autres châteaux. A ce sujet, le comte de Toulouse écrivit à son sénéchal de prendre sous sa sauvegarde et protection spéciale Févéque et son chapitre.
Cette même année, mourut à Toifiouse Pierre Cellani , ce noble toulousain qui avait donné à saint Dominique sa maison située près du château Narbonnais. Le saint fondateur l'avait envoyé à Paris, où il prêcha avec beaucoup de zèle et de succès, el de là à Limoges pour y fonder un couvent de son ordre qu'il gouverna avec une extrême sagesse. Après avoir rempli une longue et gloriense carrière dans remploi d inquisiteur de la foi et de prieur de son ordre, il mourut dans un âge très avancé, laissant après lui la réputation d'un homme éminent en sainteté.
mX TOIVS INTHHtDUnn.
Peu de tenps après sa mort, èut Ueu le chapitre général des dominicains à Toulouse, dans lequel un dressa plusieurs staluls relatifs à la diadptiDe intérieiire de Tordre.
Il fut prescrit à ses meuibres de ue monter à cheval que brsqu^uœ nécessité pressante Texigerait ; on rcoommanda aussi la plus grande simplicité dans la construction des monaslères.
Ce fut à cette époque que la maison des seigneurs de riUeJourdain choisit sa sëpidtore 1^ Grand-SelYe. Nous troavons, en effet, un testament de Raymond Jourdain de Tille, Jis d'Odoo de Terridev par lequel H chmA Téglise d6 œ monastère pour le iicu de sa sépulture ; lui laisse, à titre d'auntoe, sou cheval et $on umSn avec son harnache-^ ment complet, son lit avec ses courlincs et son ciel ; ordonne (jue Ton vende ses porcs, et que le prix en soit donné à un certain donzeau pour frais du voyage que ce dernier doit Cùre, à la place du testateur, à SainVJacques en Galice. Il donne aussi à Garde Garcias et à Bernard, ses frères^ le^omaiae de Garrhao et sa chaussure de 1er (oaUgas ferreas) ; à Bertrand son fils, les maisons qu'il possède dans le faubourg Saint-Gypnen de Toulouse ; lait renirer Helys, sa mère, dans la possession de ses anciens domaines ; cède à Odon de Terride sûa neveu, fils 4'Alpaïs sa sœur et de Bernard d'Astafort son époux, le château de Thil et le hourg de Brets, «t nooime Aiduuxl ahbé de Orand-Selve son exécuteur testamentaire.
Maurin, abhé de Saiol-Aatonin de Pamiers, touchait au terme de sa carrière. En 1256, il fit quelques transactions avec Adémai^ abbé de lk)lbonne, et reçut Tinvestiture du château et de la ville de Pamiers ainsi que de Tîle qui était
TEMI» UfTfiiaitOllUUCS. 24^
au-iiôià de 1 Ariége, par la cession que lui eu lit Roger IV comte de Poix et Philippe sa femme. Maurin reçut le ser* meut du comte ei lui confia la garde de ces doenaiues ; il mourut peu de temps après, et eut pour successeur Goil^ laume IV.
A cette même époque le comte de Poix fut frappé d*in- . terdit par Sauche il^orlao, abbé de Saint-Vc^osien, qui aYail à se plaindre, ainsi que ses ehanoiiies, d*injiistes Texations de la part de ce seigneur. Morlan afait succédé, dans cette abbaye, k Gmllaome-Athon de Durban. Pendant qne Roger IV vexait les chanoines do Saint- Yolusien, il prêtait sa protection à Geraufd de Villeneuve abbé de Lezat, an sujet des lieis de Lezat et de Sauveterre. Cet abbé eut aussi quelques démêlés avec Raymond du Falgar concernant la bénédiction abbatiale, dont révéque voulait se réserver le droit. Ce diifSrend fat terminé par Tentremise de Tarelievéque de Narbonne.
Âlfonse donna de nouvelles preuves de son zèle ccmtre les hérétiques dans une ordonnance qu il lit dresser à Vincenoes, au mois de mars 12S7. il y déclara que ceux qni seraient désormais élevés à la dignité de sénéchal, de consul ou de vignier dans son comté de Toulouse et les pays voisins, seraient obligés de prêter serment entre les mains des inquisiteurs de la foi, qu*ils poursuivraient les hérétiques et les feraient emprisonner.
Le serment que le sénéchal de Toulouse devait prêter aux inquisiteurs n'empêcha pas celui qui se trouvait alors en charge de se porter à de violentes extrémités contre rabbé de Mas-Garnier et son monastère. L abbé de Cluse s'était rendu au Mas pour visiter cette maison, et y avait
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fait d*excelleDts règlements qui avaient été acceptés par Raymond de Septëne. Toutefois, an affreux scandale y eut lieu. Un moine appelé Arnaud de Chartrouse, qui avait été convainca de plusieurs crimes, ayant été chassé du monastère, eut recours à l évèque de Toulouse, qui ordonna à Raymond de Septène abbé du Mas de le reccToir de nouveau dans ce couveul. Sur son refus, Raymond du FaJgai invita Pierre de Landreville» sénéchal de Toulouse, à prêter main-forte à ce moine. Laudreville arriva bientôt au Mas à la téte de gens armés, s*empara du monastère, en chassa Raymond, malUaiia même les religieux, et livra le Mas au pillage* Léyôque poussa si bin la yengeanœ, qu*H destitua Raymond et nomma un autre abbé à sa place. La victime de ce brigandage, Raymond de Septène, mourut peu d*années après. Celui qu'on avait nommé au gouvernement de rabbaye s'appelait Vital d*Aspaon, lequel causa tant de dommages à celte abbaye qu'on se vit plus tard forcé de lui enlever sa charge.
Si, d'un côté, l'on voyait des seigneurs et des prélats porter atteinte aux droits sacrés des monastères, (te Tautre des hommes riches et puissants leur domiaient de vastes d(Mnaines ; ainsi, en 1257, Pons de VlUemur dota de plusieurs terres labbaye de Lezat; Pierre Bermond abbé de Saint-Théodard céda à Pierre de Castillon et à quelques autres seigneurs le port du Perget, qui devait être situé sans doute sur le Tara. Cest à cette époque que Guillaume Roberli abbé de Bolbonne confirma le pariage de la ville de Mazèresv qui avait été établi par Roger IV comte de Foix.
L'année 1258 offrit aux habitants de Toulouse une so-
nuis tNTBftaÉDIAIftB». S 15^
lennîté digne de leur piété. Depuis la translation da corps
de saiot Saturma dans ia basilique ej^upérienae, au v*" siècle, cette vénérable dépouille reposait dans une crypte immédiatement placée au-dessus de Tautel actuel du chœur, avec les saints évêques de Toulouse et d'autres reliques. Cette crypte existe eucore, et occupe la partie basse de ce qu'on nomme vulgairemenl les cmmuœ des corps saims^ On y descendait par deux degrés parallèles placés, non derrièrd, mais bien sur le devant des marchés qui conduisaieut au sanctuaire. L'autel n a jamais existé sous la calotte qoe surmonte la tour du clocher. Ces degrés furent, eu 1258, remplacés pai^ les deux chapelles où reposent aujourd'hui la relique de la sainte Epine et celles de saint Jacques le Mâjeur. Cette crypte ancienne présentait, à drcttte et à gauche, quatre sacéUum où reposaient les cercueils de pierre qui renfermaient les diverses reliques. Âu niveau du sanctuaire et derrière Fautel, s*élevait le presbyterium qui, par des issues pratiquées eiili e les piliers quadrangulaires de Tabside, donnait entrée sur le déambulatoire autour, duquel sont rangées les chapelles actuelles- — 11 importe de bien fixer ici la position des lieux et des choses. Le chœur des chanoines n était pas, au treizième siècle, où il est aujourd'hui, mais bien derrière Fautel actuel et à la place qu'occupe de nos jours, la crypte nouvelle. Ce fut, en effet, devant le presbytmum ou le chœur des chanoines que fut trouvé le corps de saint Saturnin, dans la crypte ancienne sous Fautel : inventum fuU corptis sancti Satumini in capile ejusdem ecclesiœ, ante chorum canonieorum. Cest ce passage mal interprété qui a fait supposer gratuitement qu'il existait un souterram au des-
S46 Tsm ufRuiBuiBn.
sous du clocher. Ce clocher existait évidemment avant Félévation des reliques de saint Satomin, pfaîsqoe noos possédons on poids de la ville de Toulouse appelé qmrwrm qui porte la date précise de Tan et qui présente la forme exacte du clocher tel qu il est aujourd'hui. Nous pens6n$ que les quatre énormes piHers qui supportent cette helle tour et les grands arcs qui les couronnent, appartiennent k répoque de la reconstmetion entière de rédilice par Pierre Hoger et Saint-Raymond, au onzième siècle; et nous croyons que Bernard de Gentiac, qui commença à gouverner Tabbaye en 1232, ht construire la superbe imv avant de procéder à Félévation du corps de saint Saturnin.
Bernard de Gentiac fit exécuter de grands traVafix dans rintérieur de la basilique, en vue de cette élévatiOD sc^en^ nelle. Le presbyterium fut d'abord transporté en avant de la coupole ; à sa place, et à la suite de la crypte ancienne, il fit jeter une voûte assez élevée dans le style gothique, qui était depuis longtemps connue — prœparatd crypté cum teHudine; — il fit abattre le mur qui séparait Tancienne crypte d'une partie du presbyterium : en sorte que Ton put, comme on le voif aujourd'hui, descendre de la crypte nouvelle à celle qui existait déjà. 11 fit percer le mur d*enceinte de la nouvelle par de grandes ouvertures destinées a la libre circulation du jour et de la lumière, et fit enfin pratiquer deux entrées principales qui partaient du déambulatoire de iabside.
^ Quand ces travaux furent exécutés, il invita Raymond
du Falgar évèque de Toulouse et tout le clergé séculier et régulier de la ville à se rendre k Saint-Saturnin au joor
mm INTBniftDIAIRBS. 247
îndiqaé (le 6 s^tembre iS58), pour procéder à Télévation du cercueil de pierre qui renfermait le corps da saint martyr. A cette cérémoiiie se trooYèrent donc réanis Ray^ moud du Falgar, évôque de Toulouse; Bernard de Genliac, abbé de Saint-SatomlQ ; Bertrand de rilte-ioardain, prévôt de Saint-Etienne; Pierre de Landreville, sénéchal de Toulouse; te tigoier, les consuls ou capitools, Pr. Pons éb Saint-Gilles, prieur des dominicains, et uu peuple immense. Cette eérémome commença par une procession solennelle dans laquelle furent portées les reliques de Saint-Satumni, qu'on avait sans doute extraites momentanément du cercueil de pierre. Le dais ou baldaquin sous lequel ces religues étaient {lacées fut porté par deux chanoines de la basilique et deux religieux de saint Dominique* Après la procession et la messe pontificale, les reliques furent mon^ trées au peuple et renfermées dans leur ancien tombeau, qui fut élevé sur la {^ate-forme au-dessus de la nouvelle crypte. On lit dans d anciennes chroniques que Raymond du Falgar avait ordonné trois jours de jeûne pour que le ciel indiquât le lieu où reposait en terre le corps du saint martyr. Ge ne fut point là le motif de la pénitence imposée, car on n'ignorait pas où était le tombeau de ^aint Salurnin, puisque, près de deux cents ans auparavant (1085), Izam s'était réserve la clef de ce tombeau.
Fr. Pons de Gilles, prieur des dominicains, dont nous venons de parler, était un homme puissant en œuvres et 6n paroles ; il fut inquisiteur à Toulouse, et mourut queUques années après à Brives. Sa sainteté fut attestée par des plages. L'ordre de saint Dominique reçut à cette époque une marque éclatante de la libéralité de Jourdain de Saissac,
M TSHPS uminÉMAiu».
de la iamille des comtes de Clermont-Lodève, qui donna
au monastère de Prouille Timmeose forêt de Ramundem, Âlfonse comte de Toulouse confirma cette donation et céda aussi uae partie de cette forêt.
Au nûiieu des splendides cérémonies qui avaient lieu à Toulouse pour lelévation du corps de son premier apôtre, le roi de Fraftce et celui d'Aragon terminèrent les longs différends qu eurent ces deux cours au ^ujel de la possession réciproque de quelques provinces* Par cet accord, Jacques dAragOQ céda les droits qu'il prétendait avoir sur Toulouse et son comté au roi de France. Quoique ces droits aient été regardés comme entièrement chimériques par quelques historiens, néanmoins cet accord termina les luttes incesaautes que faisaient naître les prétentions royales sur certains domaines.
Nous avons vu plus haut que Guillaume Roberli, abbé de fiolbonne, avait ratifié le pariage de la ville de Mazères établi par Roger IV comte de Foix. Cet abbé échangea, en 1298, les dîmes de ce lieu avec celles des églises de Sainte- Jean de Craon et de Saint-Michel de Montant, et termina, l'année suivante, un différend qu'il avait avec Bertrand abbé de Saint-Pai^ul.
Le monastère des dames de Prouille reçut, cette môme année, la visite de Humbert de Romanis, maître général des dominicains, qui y dressa plusieurs statuts touchant la discipline monastique et la gestion des biens du prieuré. Catherine de Sales était alors prieure de Prouille ; elle avait succédé à Claude Hiche. Catherine gouverna cette maison jusqu*à la fin du treizième siècle, et parvint à une extrême vieillesse.
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An commencemeot de Tannée 1259, révêque de Gahors
et les consuls de cette ville, ayant eu un procès assez important an sujet de la peine à infliger à un homicide, Raymond du Falgar parvint à terminer ce différend. Dans le même temps Bertrand de Fille- Jourdain, prévôt de Saint- Etienne, se rendit à Paris pour tâcher de concilier plusieurs membres de sa bmille an sujet de Théritagê de Raymond J ourdain, leur aïeul. — Richard abbé de Grand-Selve qui, Vannée précédente, avait fait quelques transactions avec Barthélémi abbé de Gimont, mourut à cette époque, et eut pour successeur Pons, troisième du nom. Celui-ci n'est couDu dans nos annales que par un accord qu'il passa, le 17 avril 1259, avec Simon abbé de Belleperche.
Les religieux de saint Dominique perdirent à Toulouse, en Tannée 1260, Ton des membres les plus distingués de leur ordre, — Bernard de Traverse. 11 avait pris l'habit religieax au couvent de Saint-Rome, et prêcha avec un éclataiiL succès dans toute la pioviace de Toulouse. Ayant été envoyé en Catalogne, il y fut lâchement assassiné par les juifs. Son corps fut placé dans la cathédrale d Urgel, sous un superbe mausolée. L'on dit que sa sainteté fut attestée par plusieurs miracles. ,
Il y avait près de trente ans que Foulques avait jeté les' fondements de la nouvelle église des dominicains à Toulouse. Cet édifice avait été continué jusqu'en 1260 sans mtciiuption, lorsque l'abbé de Moissac et le recteur de la Daurade élevèrent des prétentions sur la propriété de certaines maisons quon avait été obligé de démolir pour achever TégUse. Les dominicains eurent recours au pape Alexandre IV, qui, par un bref en date de cette aiiuée,
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s'efforça d'arrêter ce procès. Kayiuuiid du Falgar prolita de cette ocedsion poor approuver la fondation el ta eonstruction de la nouvelle église, et donna 4000 sois toulousains à cet effet, n tnstitoa en même' temps nne redevance annueile d'étoffe pour habiller vingt religieux. Les libéralités de révéque de Toulouse envers Tordre de saint I>ominl<|ae sont coDsiguéesdans un maudemeut qu il adressa aux tldèles de son Eglise. Ceet là qn*il raconte Thistoire de la- fondation du nouveau temple par Foulques, ainsi que la bénédiction dn cimetière ; c*est là encore qoll cennble d'éloges cet ordre apostolique, et qu'il emploie pour l'élever les plus belles comparaisons bibliques. H approuva en même temps la cession que Pierre de Bermoud, abbé de Sainl- Tbéodard, fit à Albert abbé de la Case-Dieu du prieuré de Yiilamur, Nous ignorons s'il est ici question de Viliemuf sur le Tarn ou de Vielmur en Albigeois.
LËglise de Commiuges était toujours gouvernée par Arnaud-Roger, qui reçut, peu de temps avant sa mort, des marques eclatautes de la libéralité de Geraud d Orbessao. Ce seigneur légua tous ses biens k Féglise de Comminges ainsi que les églises de Saint-Julien et de Saint-Paul de Bouillac. Arpaud-Roger fonda aussi quelques prébendes do bas chœur au chapitre de Saint-Gaudens. Nous apprenons, d*uu testament qu'il fit à Toccasion d*un voyage entrepris vers Montpellier, quel était son équipage : il était composé de quatre mulets et de deux palefirois ; il dépensait par Jour 25 sols tournois. 11 laissa un mulet au sacristain de Maguelonne, 60 sols à son médecin, et âOOO sols au chapitre général de Citeaux pour qu*on fît un service pour le repos de son âme. Dans son testament» il nomme toutes
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les abbayes de la province qui deviennenl ses légataires, et
en parliculier celle de Bonnefont, dont il avait eie leligieux ei dans laquelle il Mt une fondation pour le repos de son âme. L on croit qu Araaud-Roger donna, en 12G0, la démission de son siège, et qu'il mourut peu de temps après, li oui pour successeur Geraud d'Audiraii.
Le chapitre de Saint-ËUenne de Toulouse comptait aloiis au nombre de ses chanoines Bertrand de Miramont, abbé de âaînte*Marie de LoaùmL, lequel fut eboisi pour arbitre dans un différend qui existait entre l'évèquc, le prévôt et le cbapitre de Toulouse d'une part, et Poûs abbé de Grand- Sel ve et i^es religieux d'autre part, au sujet des dîmes à percevoir sur les domaines et les églises dépendant de cette abbaye au diocèse de Toulouse.
A peine Raymond du Falgar eut41 dirimé ce procès, qa*il ratifia la donation que Foulques avait Éaite de Téglise de Sainte-Marie de Fanjeaux en &veur du monastère de ProuiUe. 11 confirma aussi , à la même époque, la, cession ^e Guillaume de Spata ût de sa personne et de celle de ses chevaliers à l'ordre de Oteaux en s'affiliant à l'abbaye de Feuillants. Il règne quelque obscurité sur 1 origine de ces chevaliers : le nom du fondateur varie dans nos chroniques ; c'est tantôt Guillaume de Spata, et tantôt Guillaiime ou Raymond de Marra. Il paraît que ce seigneur avaût institué en Gascogne, peu de temps auparavant , un ordre religieux et militaire k Tinstar de celui de Malte ; que cet eidiB renfermait des frères et des ^urs ; qu'il s'était un peu relâché de sa ferveur primilive ; et que le fondateur, 6u Taffî^nt à Tabbaye de Feuillants, vcHjlut lui imposer des rè(^s plus sévbres.
t%% Tom nmiHiiiiàius.
L*ordre des chevaliers du Temple à Toulouse était alors gouverné par Ronsolin de Fos, avee lequel Bertrand de rille-Jourdaio, prévôt de Samt-Etieooe, passa uii accord . en 1261 touchant les dîmes des biens des Templiers dans la province.
Guillaume, abbé de Saint- Antonin, reçut le serment de Kûger IV comte de Foix au sujet du château et de la ville de Pftmlers. Ce seigneur Favait déjà prêté une première fois à Maurin, prédécesseur de Guillaume. Aoger, de temps à autre, faisait maîn-basse sur les revenus des abbayes de ses états, puisqu en 1261 nous trouvons qu'Arnaud abbé de Saint-Volusien et ce prince choisirent pour arbitre Tarchevéque de Narbonne au sujet des usurpations du comte.
Guillaume de St-Esperce gouvernait Vabbaye de Calers, et reçut au nombre des bienfaiteurs de sa maison Guillaume de Napres, qui lui laissa tous ses vastes domaines.
Nous avons vu que Geraud d*Audiran occupait le siège dé Comminges. Bernard d^Orbessan, du consentement de sa femme, vendit k Tévéque, en 1261, le lieu où fut construite à Saint-Frajou la maison épiscopale; il lui céda aussi tous ses autres domaines situés entre la Save et le Touge.
Du château de Vincennes, le comte Alfonse et la comtesse Jeanne se rendirent à JNogent-l Erembert ; ils y reçurent Gui de Séverac, Tun de leurs vassaux du Rouergue, qui venait porter plainte contre les vexations dont on accnsait Vivien, évêque de Rodez. De Nogênt, ils allèrent à Long-Pont , et y fixèrent pendant quelque temps leur résidence. On venait de trouver à Orzals en Rouergne une mme d'argent dont Âliouse, d un côté, et Hugues comte de Rodez et les seigneurs du pays, de Fantre, se disputaient la
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propriété. Au commencement de Tannée 1262, ce différend
fut plaidé devant Raoul de Gonesse, trésorier de Saint- HUaire de Poitiers et vice-gérant d'Alfonse. Baoul consulta Raymond du Falgar, Sicard d'Alaman, Pons d'Astuaud, Odon de Mootonier, clerc du comte, et sur leur avis refasa d'entériner une requête que Hugues lui présenta. Il remit à terminer cette affaire devant les commissaires d*Alfonse, au prochain parlement. Le comte de Rodez en appela de cette décision au comte de Toulouse. — Nous suivrons plus iaid cette ailaire.
Quelques dévots habitants de cette ville, guidés par le sentiment d*une vive piété, se réunirent pour former entr'eux une espèce de société ou frérie, se tracèrent des règles, et prirent un costume particulier sous le nom de frères de la pénitence. C'est là , à ce que nous croyons, rorigine de ces sociétés de pénitents qui se répandirent en France aux xvii'' et xvni' siècles, et qui existent eucure de nos jours. Les frères de la pénitence demandèrent à Raymond du Falgar la permission de construire une église à leur usage. Cette permistion leur fut accordée, et ils bâtirent cette église hors les ^ murs de la ville, du côté de la basilique de Saint-Saturnin. Cette frérie fut dissoute trois ans apiès son établissement.
Pons, troisième du nom, abbé de Grand-Selve, mourut en 1262 dans son monastère. Il eut pour successeur Bernard de Bac. A peine celui-ci avait-il pris les rênes de son gouvernement, qu il eut à soutenir plusieurs procès ; Tun, contre Yves abbé de Quny, sur la possession de quelques églises ; l'autre, contre Hélie Aucher, prieur de la Règle.
Hi TtMVS imiEllANAlW.
Guillaume de Pios, prieur du Mas-d Àgeuaiâ, fui choisi pour arbitre de ce deraier différend.
A cette époque, Tabbaye de Sorèze perdii aussi Pierre de Goust, son abbé, qui fol appelé au gouT^nement de celle de Lagraese, et eut pour successeur à boi^ze Bernard de St-Gemès, sur lequel nos annales ne produisent anenn iiût.
L'année 1263 vit mourir Baymond-Uoger IV. Se seutaot près de sa fin, il se fit transporter à Bolbonne, et le jour de saint Mathia^» il y rendit son âme à liieu, dans raj[^tement de Guillaume Roberti , abbé du monastère, en présence de tous les religieux, des abbés de Bardoaue, de Calers, du Mas-d*Âzil et de Lezat. Après avoir fait une confession générale de sa vie, il lit son testament et voulut qu'après sa mort on le revêtit de Thabit de Gteaui. Ses fujiérailles lurent célébrées av^ une grande magoiiicence. L'arebevécfue d'Auch, Amanieu d'Amagnac, qui avait été chanoine de Toulouse, Raymond du Falgar, Gerand4*Audi* ran évéqoe de Gomirâges, y assistèrent. Ce dernier mourut peu de temps après k Coudom et £ut inbumé dans Téglise de Satnte^^atbarine.
A son retour de Bolbonne, Raymond du Falgar donna une espèce de constitution dans laquelle se trouvait rapportée une bulle qu Innocent IV lui avait depuis loi^tenips adressée, et dans laquelle le pape lui ordonnait de né pas souilru^ qu'on inquiétât les inquisiteurs dans rex;ercipe de leur charge. Les expressions d^mt se sert le pape pourraient peut-être jeter quelque joudr sur les accusations duigées contre Févégue de Toulouse, accusations dont nous parleroiis bientôt. Ce prélat donna, à cette époque, aux frères et sœurs de ProuiUe, Téglise dé S^-Saturnin de rille.
TEMPS INTEaUEDUIftBS. i%S
Le siège apostolique se montrait toujours plein de bien- Teillaoce ^ur Tordre de saint Dominique, puisqu*eo Tannée 1263 Urbain IV, par une bulle qu'il adresse au prieur et Bxa religieux de cet ordre à Toulouse, s'efforce, contrai^ i ement aux prétentions de l'abbé de Moissac et du prieur de la I^urade, de les maintenir dans la possession des terres où se trouvaienl bâtis et leur couvent et leur église. Urbain IV rendit aussi une autre bulle en &veur des religieux de Calers, dans laquelle il frappait d excommunication tous ceux qui oseraient troubler les moines de cette maison dans la perception de leurs fruits et dans la possession de lears biens. Cette buUe fut adressée à Tarebevéque de Narbonne et à ses suffragants.
Bernard de Gentiac, abbé de Saint-Saturnin, touchait au terme de sa carrière. Peu de temps avant sa mort, il avait cédé en fief à noble Bertrand de Marestan la moitié du bourg et du château de Luberville. Il fut enseveli sous raolel de la chapelle de Notre-Dame-de-Salut, située dans le cloître de Saini-Saluraia, et eut pour successeur Arnaud de Villemur.
Bernard de Génies, pi leur de la Daurade, lit don à l'hospice Saint-Jacques â*une vaste prairie située à Textréoiité do pont. Ce fut sur cet emplacement que l'on construisil drrers bâtiments destinés à recevoir les pauvres malades. Cet hospice prit dès-lors de rapides accroissements et devint le plus important de toute la ville. Ën mémoire* de ce bienfait , les religieux de la Daurade devaient célébrer, tous les ans, la fête de saint Jacques dans cet hospice. Leur présence dans celle solennité étiiit aussi regaidée comme un acte de leur haute juridiction.
T£MPS IMTfiBMÉDlAiaBS.
Pierre de Bermoud gouvernait encore l'abUye de Saial-
Théodard, et nous le reDcontrons, en 1263, en qualité de témoin lors du serment que Bertrand de iiiom abl)é de Gaillac prêta entre liBS mains de Bernard de Combret, évéqne d^Albi.
L'abbaye de Beilepercfie avait à sa tète Guillanme de
Jaufre, noble seigneur du Péngord, qui obtint d'Arnaud- Odon vicomte de Lomagne la faculté de construire des bourgs et villages sur les terres que Tabbaye avait acquises dans les territoires de Lomagne, d*Agen et de Toulouse. Ce tut sous son gouvernement que se termina la nouvelle église du monastère, qui fut solennellement consacrée. A cette occasion, le pape Clément lY accorda de grandes indulgences à ceux qui assisteraient à cette cérémonie ou qui visiteraient cette église.
L'affaire des mines tfOrzals, dont nous avons déjà parlé, fut reprise en 1264. Odon de Moutomer se rendit, à cet effet , à Toulouse, et y réunit une espèce de parkment dans lequel se trouvaient Sicard d'Alaman,Pons d'Astoand, Pierre vicomte de Lautrec, les sénéchaux de Toulouse et du Rouergue, le viguier de Toulouse, et plusieurs jurisconsultes. Odon de Montonier se borna à déclarer que le trésorier de Sainl-Hilaire de Poitiers avait simplement admis la requête du comte de Rodez. Cette affaire fut terminée, Tannée suivante, par une transaction passée entre le comte de Toulouse et celui de Rodez et par laquelle le tiers de la mine d'Orzals devait appartenir à Alionse. On a cru voir dans cette assemblée Torigine du parlement de Languedoc; mais nous ne pensons pas que ce qu'on a depuis appelé pariement puisse être fixé à cette époque.
TEMPS INTfi&MÊDUiaBS. 2S7
Alloiise voulait toujours partir pour la Terre-Sainte : aussi demanda-^t-il au pape Urbain IV la coofinnatioD des grâces qa^bmocent IV lui avait déjà accordées. Urbain lui écrivit pour le prier de changer son vœu» et au lieu d'exécuter son voyage d*outre-mer, de venir en Italie lui prêter le secours de ses annes contre Mainfroi, roi de Sicile. Mais le comte persista dans sou premier projet.
Geraod d^Armagnac, son irassal, s*étant révolté contre lui, il ordonna aussitôt à Pierre de Landreville, sénéchal de Toulouse, d*assemMer la noblesse et de déclarer la guerre à ce seigneur. Le sénéchal entra bientôt sur les terres de Geraad, les ravagea, fit un grand nombre de prisonniers, et le força à demander la paix et a lui donner des otages. A cette nouvelle, Alfonse qui ne voulait pas pousser les choses à lextrême envers son vassal, manda à Landreville de prendre toutes les assurances nécessaires auprès de Ceraud et de Pmcellc sa mère, et, sur leur promesse d'ester à droU devant sa cour, de lui rendre les ôtages et les domaines saisis. Le sénéchal exécuta ces ordres. Geraud fut condamné à payer à Alfonse quinze cents livres tournois pour les frais de guerre. Ce seigneur se rendit à Toulouse auprès du sénéchal, et par des accords ultérieurs devint quitte à l'égard d' Alfonse pour quatre cent cinquante livres de Morlas.
Une effroyable tempête s'était depuis quelque temps formée sur la tête de Raymond du Faigar, évéque de Toulouse. On vit arriver successivement en cette ville Maurin <u:chevêque de Narbonne, Bérenger de Frédol évéque de Magnelonne» et le prieur de Nérac, de Tordre de saint Benoit; ils se présentaient en qualité de commissaires d'Ur-
218 TEMPS INTËaMÉOiAlR£â.
bain IV pour procéder à des informations juridiques sur la conduite de Haymond do Falgar. Leur premier soin, en arrivant Ii Toulouse, fut d'instruire Alfonse de l'objet de leur mission dans ses états. L'archevêque de Narbonoe le lit m ces termes : ,
« Âu plus sérénissime et au plus débonnaire des phûces » Alfonse «omte de Poitiers et de Toulouse, Manrin arche- » veque de Narbonne : salut et accroissement de grâce et » d'honneur.
• Le pontife suprême qui exerce dans l'Eglise de Dieu » xin souverain pouvoir a entendu arriver jusqu'à lui les » cris de l'infamie : il a appris que Raymond évèque de » Toulouse, au mépris de ta dignité pontificale, avait antre- » fois mené et menait encore une vie horriblement dis- » solue (enormiter dissolntam). Il nous a donné la com- 9 mission ainsi qu'à nos collègues de faire une exacte » inquisition contre cet évêque, ordonnant que ee prélat, » les préposés et les baillis fournissent à nous et à nos ser- » vîtenrs tout cé qnî serait nécessaire k notre entretien > pendant la durée de l'enquête. Sur le refus qu'il ont fait » d^obtempérer à ses ordres, nous les avons excommuniés. » Ils ont méprisé notre sentence ; c'est ce qui nous a dé- » terminé â*écrire au pape pour le supplier de yonloir » presser l'exécution de son ordonnance. Le pape nous a
* répondu que, dans le désir qu*il avait de voir consommer » cette ailaire, il allait écrire à votre Sérénité pour que » vous ordonniez an sénéchal, au viguier et aux baillis, de » nous fournir, sur les biens de l'évèché, les fonds néces- » saires à notre entretien pendant la durée de Fenquéte.
• Nous possédons encore des lettres pontificales directe-
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» ment adressées aux capitouls et autres oUiciers de vos > états aux mêmes fins. Nous ne doutons pas, sérénissime » prince, que vous aaccédiez à toutes les demandes. Vos- » ancêtres ont toujours été très dévoués au siège aposto- » lique, et le pape est assuré que vous marcherez sur leurs » traces. »
Ces lelties luieiiL adressées au comte par Mauiiu, vers le mois d*avril 1264. Nous apprenons par elles que Taccusalioïi dirigée coutrc levéque de Toulouse était extrêmement grave et intentée principalement contre ses mœurs ; que les commissaires avaient à celte époque commencé leurs informations, et que les capitouls, les baillis et autresofticicrs s étaient ranges du côté de révoque.
Au mois d'avril Farchevêque de Narbonne écrivit de nouveau au comte pour se plaindre des excès dont s'étaient rendus coupables les partisans de Tévéque contre les commissaires. Cette seconde lettre nous apprend que ces commissaires étaient logés dans le cloître de Saint-Etienne : ce qui nous moiUie qu'au treizième siècle il existait des appartements destinés aux chanoines de la cathédrale et qui dépendaient de Féglise. Beiaud dAnduze, à ia tète d'une troupe de soldats armés, vint un jour attaquer les commissaires jusque dans leur logis, en lai.^ant entendre ces cris terribles ; A mort! à mort/ à mort! Qu'aucun n'échappe! Beraud d'Anduze et sa troupe lurent repoussés par les gens de l'archevêque. L*écuyer de ce prélat conduisaiit un jour à Tabreuvoir son cheval, les mutins voulurent s'en emparer. L'écuyer fit résistance ; mais il lut frappé si violemment à la tète qu il expira peu de jours après. La terreur que d'Auduze et ses soldats inspirèrent aux commis-
230 mivs imiMÉAiàtiiBt
saires fut si grande, que leurs gens n'osbrent pas même sortir pour acheter les aUiaeats sur les marchés publics.
Mauria se plaignant encore dans cette lettre de la conduite des officiers du comte, et lui demandait une éclatante réparation pour la mort de son écnyer et les excès commis contre sa personne.
Urbain IV écriTit, de son côté, an comte Alfonse deux lettres consécutives. Dans la première, ou trouve ce pas- S£^e mémorable qui montre Vétonnante gravité des accusations dirigées contre Raymond du Falgar : « La fumée » dés crimes et des forfaits s*écbappant de la fange dans » laquelle s'est vautré Tévêque de Toulouse, au péril de » son âme et au scandale de son peuple, par une vie yo- » luptueuse, est montée Jusqu'à nous. » Le pape nous apprend ici que Raymond avait été cité à comparaître devant les commissaires, qu'il s'y était refusé, et qull avait quitté Toulouse malgré leur défense. Le reste de la lettre a trait aux frais d'entretien sur les biens de révèché.
La seconde lettre du pape à Alfonse nous apprend que, dans l'absence de l'évéque, les gens des commissaire^ pontificaux s*étaient fait raison à eux-mêmes en pillant et dévastant les biens de TEgiise de Toulouse. U parait que le parti des commissaires s'était grossi d*une foulé de brigands et de gens sans aveu qui, sous le spécieux prétexte d*aider les inquisiteurs, dévastaient les maisons et les fermes des clercs de l'Eglise et des laïques partisans de l'évéque. Ces excès allèrent si loin, que le pape se vit forcé de prendre la défense de ces biens. Le but de la seconde lettre n*est autre que d'engager Alphonse à réprimer ^ â punir ces brigandages.
TBIPS iMERMÉDIAlILES. 23iw
Tout-à-coup cette aflaire prit uae lace Duuveiie. Alfome écrivit au sénéctial de Landreville la lettre suivante : « Le » pape nous a écrit pour nous engager k lourmr, sur les » fonds de févéché, à l'entretien des commissaires et de » leurs gens. Nous avons appris, d un autre côté, que le » vénérable évéque, pour des causes très plausibles (pro- » bahilibus catms), avait récusé ces inquisiteurs et en avait » appelé an saint-siége. Cest pourquoi vous examinerez » avec le conseU d'hommes habiles et impartiaux, et avec » toute la maturité possible, si les ordres du pape doivent .» être exécutés ; de même que, si le vicaire et les ofllciaux » de révéque requis par vous donnent de bonnes raisons » pour qu'on ne se serve pas des biens de 1 evèché pouc
• les frais de la commission, vous suspendrez la saisie de-
• ce temporel, en vous excusant auprès des commissaires. » Instruisfô-moi de toute cette affaire. Donné à Rampillon,, » le samedi avant les Rameaux. »
Conformément à cette lettre d'Alfonse, Landreviile con^ voqua une grande assemblée de jurisconsultes et de canonistes pour examiner la question. B. Saisset, chancelier de 1 Eglise de Toulouse, prit la parole et montra que toutes les lettres apostoliques étaient entachées d*uue foule de défauts de lorme, ce qui rendait leur authenticité suspecte : qu'elles contenaient des &its matériellement faax, puisqu'il était constant que l évêque s était présenté par ses procureurs devant ses commissaires; que, du reste, le prélat s'était pourvu en cour de ttome, et que déjà on lui avait donné pour se défendre un juge ou auditeur. 11 conclut au rejet de la demande des subsides, et menaça d'excomuiunier Landreviile s'il passait outre. Le sénéchal, suivi de Guii-
9t3S / TBIDS umuulDiàiittw
lanme d^Ëscalquens, Ueatenant du vigoiBr, des chanoioes
de la calhedrale, des capitouls et des principaux citoyens, se rendit au logis des commissaires et interjeta appel au pape contre toutes les lettres prétendues apostoliques et contre tout ce que FaroherAque de Narbonne pourrait entreprendre au préjudice de TEglise et des habitants de Toulouse. Cette démarche du sénéchal intimida les oommissaires, qui se virent obligés de se retirer, résolus cependant à se Tenger plus tard de leur débite.
Ra} uiuud du Falgar étant allé plaider bun procès à Rome, le pape Urbain IV lui donna Tabsolution de la sentence d'excommunication portée contre lui par laiciievéque. Il revint alors dans son diocèse pour y être de nouveau excommunié, comme nous le dirons bientôt.
Pendant que Taibire de Raymond du Falgar agitait tous les esprits, de nombreux miracles s'opéraient h Toulouse dans la chapelle des religieux carmes, à Vextrémité da faubourg Saint-Michel. La vérité de ces prodiges fut attestée à Toulouse par Raymond de Saint-Martin, évéque d^Aire, par des lettres tesiiniuniaies qui portent la date du commencement d*octobre de Fan 1264. . Ce fut sans doute la graadcui de ces prodiges qui inspira aux habitants de Toulouse le désir de posséder les religieux carmes dans Fenceiuie de la ville. Pour opérer cette translation, il était nécessaire d'obtenir Tautorisation du si^ apostolique. A cet effet, les capitouls Arnaud de Gritens archidiacre de ViUemur et offîcial de l'évéque, Raymond de Saint-Martia évèque d'Aire, l'abbé du monastère de la Gràce-Dieu de l'ordre des prémontrés, frère Guillaume maître du Temple et chapelain du pape, le maître de l'ordre de Jérusalem,
TEMPS iNTfiaM£OIAia£S. 233
adressèrent une supplique an siège apostolique. Le pape accorda la traD8latio&. C est dans le bref de Clément IV que nous troinrons les noms des habitants ^de Toulouse qui afibetërant plusieurs maisons au quartier des juifs» pour y jeter les toudements du nouveau monastère. Ces habitants étaient Arnaud Vascon, Frenier de Puits*Clos, Arnaud Germar, Piene Vaditor, Arnaud Calvet et Teilhier.
Ge 6it donc au milieu du treizième siède que fut bâti le nouveau couvent des Carmes, et qu*on jeta les fondements de la belle église gothique que nous avons pu admirer dans notre enfance et qui est aujourd'hui détruite. La construction de ce temple excita la fureur des juifs. Il existe une ancienne légende sur cette église que nous rapportons ici, sous toutes réserves. U est dit qu*un nommé Vignes, tils d'un viguier de Toulouse, se rendit au nouveau couvent, menaçant de le livrer aux flammes. Aidé par ses satellites, il fit tendre des chaînes devant la porte du monastère, et retint ainsi captifs les religieux pendant trois jours. Au troisième jour, qui était celui de la Transfiguration, au moment où, à TofiBce des vêpres, on cb^taii ces
lauts Polem iu îerrâerit semen ejus, les portes s*QUvrirent
d'elles-mêmes. A la vérité, la légende rapporte que quelques religieux étaient parvenus à s'échapper du couvent et étaient allés cbercber main-forte. On ajoute que Vignes fut cuiidamné à avoir la tête tranchée, et que son visage devînt hideux et difforme. Toucbé de repentir, il obtint sa grâce et lit bâtir à ses frais le beau portail de 1 eghse qui était orné d'an 4rës grand nombre de statnes de saints. Une procession annuelle perpétua chez les carmes le souvenir de cet événement.
S34 TEMPS IMTEIHÉDIAIEK.
Roger-Bernard comte de Foix avait succédé à son père.
S*étant rendu à Pamiers peu de temps après, il remit k Tabbé et aux iseligieux de Saint-Ântonin le château et tous les droits que son père avait possédés dans cette ville. Cette cession eut lieu en présence de Tarehevêque d*Auch et de Raymond du Falgar ; elle fut provoquée par le syndic du monastère et par Aziuiar qui en était le eeUérier. Guillaume, qui était alors abbé de S^-Antonin, ratifia un écbange de deux maisons entre le roi de France et Robert de Sorbonne. Il est donc à supposer que Fabbaye avait quelques droits sur ces inuaaeubles.
En cette même année 1264, Tabbaye de Calers perdit son abbé, Guillaume de Saint-Esperce, qui eut pour successeur Bernard du Bosc.
Celle de Has-Gamier allait voir enfin se terminer le différend qui existait entre elle et Haymoad du Falgar. Nous avons parlé plus haut des excès commis par LandreviUe contre ce mouastère, excès qu avait provoqués Févêque de Toulouse. Les religieux du Mas en avaient appelé au comte Alfonse, qui nomma le chevalier Pierre de Montléard et maître Barthélémy d*Orléans, chanoine d*Angoulème, pour procéder à une enquête sur les lieux. Ils firent citer le sénéchal, lequel refusa de comparaître ; ils le condamnèrent alors par contumace à rendre à Fabbaye du Mas ce qu*H en avait enlevé et qu*on estimait à mille livres toulousames. A la suite de cette condamnation, Raymond du Falgar se réconcilia avec Fabbaye, puisqu*il consentit à Féleclion d'Alalion, qui fut créé abbé du Mas après Fexpalsion de Vital. Hugues Mascaron, abbé de Sainte-Marie de tombez, signa les accords de la paix conclue.
T£JilPâ LNTËHMEUlÂl&ES.
L'évêque de Toulouse ne vit pas arriver de sitôt le terme des persécutions dont il était Vobjet dans son diocèse. Pea après son retour de Rome, il fut de nouveau excommunié par l*arche?équ6 de Narbonne. Raymond revint à R6me dans le cours de l'année 1265 pour porter ses plaintes à dément ly, qui écrivit à rarchevôqne pour le réprimander sévèrement de sa conduite. Raymond lut de nouveau absous. Au mois de septembre, le pape prit ouvertement la défense du prélat, et manda aux commissaires inquisiteurs que ce dernier se plaignait de ce qu*OQ ne voulait recevoir que quelques témoins pour sa défense, tandis qu*on en avait entendu un très grand nombre contre lui ; le pape déclara ensuite que, n'y ayant pas de promoteur dans cette affaire, Févéque pourrait réunir ceux des témoins qu'il jugerait a propos, et qu'il lui permettait d'en produire jusqu'à cent. 11 ordonna aux commissaires d*entendre autant de témuini qu'il serait nécessaire, et accorda qu'on pût prolonger la procédure autant de temps qu'il faudrait pour la pleine justification de Févêque.
L'histoire ne nous apprend rien de plus sur cette grave affaire, dont il y a tout lieu de croire que liaymoiid du Falgar sortit victorieux. Nous n'avons rien trouvé dans sa vie de religieux et de pontife qui pùl justilier les accusations dont il fut l'objet. L'irrégularité des procédures ouvertes contre lui uL la facilité avec laquelle il fut absous par deux pontifes, paraissent indiquer la fitusseté de tous ces crimes. Ces accusations mensongères ne s'expliquent que trop par le zèle que ce prélat déploya pour l'extirpation de l'hérésie et la répression des désordres qui régnaient dans son clergé. Nous possédons une autorisation
136 > TKMPS INTBBHÉDIAIRBS.
qu*U accorda aux caiMiouls de poursuivre tous les clercs qui
se seraicat reutlus coupablus de quelques crimes. Ce qui prouve eufio la fausseté de ces imputations, c'est <{u*il reçut plus tard des témoignages d'e»lime de la part du siège apostolique, et qu'il coutiDua d'exercer avec honneur soo ministère Jusqu a sa mui i.
Clément IV se montra pMn de bienveillance à légard de Tordre de saint Dominique à Toulouse, auquel avait appartenu Raymond du Falgar ; il accorda plusieurs privilèges et indulgences |l ces religieux dans le cours de ranaée iÀdô. Vers cette époque Ait solennellement consacrée la grande et spiendide église des dominicains, puisque le pape accorda de grandes indulgences pour le jour de cette consécratioa et son anniversaire. L'histoire ne nous dit pas quels furent les prélats consécrateurs.
Labbayc de Grand-Selve était toujours gouvernée par Bernard de Bac> qui fit en 1265 un accord avec Pierre de Bouër, maître de 1 hospice de Jean de Jérusalem de Brugale. Celle de Lezat perdit Geraud de Villeneuve, son abbé, qui eut pour successeur Pierre de Binhac, dont nous trouvons le nom dans un acte par lequel il cède eu fief quelques fonds de terre. Celui-ci gouverna pendant très peu de temps cette maison. Aculée lui succéda.
Guillaume de Jaufre de Saint-Théudard donna, à cette époque, des statuts et coutumes aux habitants de Larazet. Comme il leur portait le plus grand intérêt, il obtint d'Arnaud ûthon vicomte de Lomagne rexemption de plusieurs droits de péage, liefs et autres, qu'ils payaient au château d'Auvillar.
Le comte Allonsu ne peidait pas de vue son voyage en
Terre^lnte. An commencement de Tannée 1266, il envoya
au pape Jean de Nanteuil et Guiscard son clerc pour lui demander la permission de lever un décime sur le clergé de ses étals. Le pape se coûtenta de lui donner des espérances et le pressa d'exécuter son projet. Pour fournir aux frais de l'expédition, le prince fit demander un don gratuit aux Toulousains. Ceux-ci lui écrivirent, par Pierre et Raymond de Castelnau, des lettres très louangeuses pour répondre à sa demande et lui exprimer le désir qu*on avait de le voir à Toulouse. Après avoir reçu ces lettres, Alfonse envoya en cette ville deux commissaires, Pons dlAstoand et Odon de Moutonnier, pour Caire justice à tous ceux qui avaient quelques plaintes à former contre lui. Ces commissaires parcoururent plusieurs contrées et restituèrent plusieurs domaines.
(]harles comte d'Anjou et de Provence, frère d'Alfonse, était entré en Italie, sur la demande du pape, pour faire la conquête de la Lombardie et des royaumes de Naples et de Sicile sur Mainfroi, ûls naturel de Frédéric II. 11 fut suivi dans cette expédition par plusieurs seigneurs du Toulousain, entr*autres, par Gui Ifl de Levis, maréchal de Mirepoix, et Jourdain IV, seigneur de l'Ille-Jourdain. Celui-ci, étant arrivé à Pérouse le %9 janvier 1266, y fit son testament. Avant son départ, il avait laissé radministialioii de de tous ses domaines à Bertrand son frère, prévôt de la cathédrale de Saint-Etienne.
La seigneurie de Villemur était alors occupée par Bertrand de Mailhao, qui, au nom de ses neveux Hugues et Bertrand, rendit foi et hommage à Pierre de Bermond, abbé de Saint-Théodard. Celui-ci mourut peu de temps
S38 Tnm imiiibuun.
après, et eut pour successeur Bernard de Malemori. L^élec*
tion de CCI abbc causa de giands troubles dans ce monastère. Les moiues de Saiot-Théodard avaient été excommuniés par le pape a cause du refus qu'ils avaienL lail de payer certaines dîmes à Charles d'Anjou, nouveau roi de ^cile. Ne pouvant ainsi procéder d'eux-mêmes a l'élection de leur abbé, Jean aumônier de leur maison fut député au pape. Clément nomma alors Bernard de MalemorL Mais Albert abbé de la Cbaise-Dieu, de qui dépendait Saint-Théodard. prétendant que la nomination lui appartenait malgré le recours au pape, nomma de son chef Pierre d'Arnaud, Xm de ses moines. Celui-ci, à la tète d'une cohorte armée, se rend à SaiaMhéodard, escalade les murs, brise les portes et s'empare du couvent. Instruit de ces excès, Clément IV releva Malemort de l'excommunication lancée contre lui, et manda aux abbés de Moissac et de Beaulieu ainsi qu'a Tarchidiacre de Cahors d'excommunier ces sacrilèges iisurpateurs. Bernard demeura, par ce &it, paisible possesseur du monastère.
Bertrand de Miramont, qui avait succédé à Geraud d'Audiran, gouvernait alors 1 Eglise de Comminges. £n 1266, il fit quelques conventions avec Vital, prieur de SaintrLaarent, au sujet des dîmes de cette paroisse. Bernard d'Orbessan lui rendit tous les biens qu'il possédait à Saint-Frajou. D'anciennes chroniques rapportent que ce pr^, s'âant rendu k Sarrancolin pour apaiser une dispute entré deax ■ compétiteurs à ce prieuré, y fut assailli par les familiers d'Arnaud de MonUkucon qui prétendait au prieuré, contre Sans Orne de Viec. On assure qu'il fut délivré par les habitants de la ville.
TBHPS UlTBMlfolÂIBBB.
Toulouse avait donné naissance à un personnage assez cé-
lèbre, le nommé Michel de Tholosa. Il était noa seulement très versé dans la philosophie et rastronomie, mais très recommandable aussi par sa piété. Attaché à FËglise de Narbonne, il y devmt archidiacre, et composa un écrit sur les droits et prérogatives des aicliidiacres. Cet ouvrage déplot beaucoup k Tarchevéque, qui Texcommunia et le dépouilla de son bénéfice. Michel alla à Rome en appeler au pape, qui le releva de rexconuuunication et le rétablit dans sa dignité, tout en approuvant son livre. Comme Michel s'était livré à Tétude de Tastronomie, il avait renfermé dans son livre plusieurs prophéties. L'histoire nous apprend que cet archidiacre parvint a la dignité de vice-chancelier de l'Eglise romaine, et qu eu 1267 le roi de France lui accorda la liberté de Mre voiturer à Toulouse le sel de ses Sâhnes, principal revenu de son archidiaconé.
Âu mois de mai de Tannée 1367, Âlfonse écrivit de Rampillon à son sénéchal de Toulouse pour faire lever incessamment le fanage dans sa sénéchaussée et en taire remettre le produit au Temple, k Paris ; il chargea aussi Pons d*Astoand et Sicard d'Alaman de lui procurer, par toutes les voies possibles, autant d'argent qu'il se pourrait pour les frais de son armement et passage en Terre-Sainte, car le pape le pressait beaucoup d'exécuter ce voyage et lui avait même adressé à ce sujet plusieurs lettres où il lui promettait de l'aider de tout son pouvoir.
La ville de Toulouse s'abonna, pour le fouage, avec Alfonse, qui écrivit en même temps aux consuls et aux habitants qu'il prorogeait le paiement des 600Q Uvres tournois qu'ils lui avaient promis ; puis il donna à ses officiers des
S40 mps nmasiDiàiiEs.
ordres pour le gouTemement de ses états* Noas trooTons
dans une de ses lettres, adressée de Long-Pont au viguier de Toulouse, Tordre de dissoudre la confrérie de Notre- Dame du Mont-Carmel, nouvellement établie, et qui ne comptait pas moins de cinq mille personnes de l'un et de l'autre sexe. H [Kiiiît que ces confrères étaient un peu turbulents, car il fut nécessaire de les mettre à la raison. H inaadait aussi à ses commissaires de veiller avec soin sur â*autres confréries qui pouTaienI compromettre la tranquillité pulilique.
Raymond du Falgar n'était point à Toulouse quand arrivèrent ces lettres d'Alfonse, puisque, sur le bruit qui courut de la mort de ce prélat, le viguier usurpa les biens de révéché, sous le prétexte du droit de régale, F.'official de Toulouse excommunia le viguier, et Clément IV manda à levéque de Deziers de confirmer cette sentence. Ces faits nous apprennent que Févèque de Toulouse gouvernait en paix son Eglise, qu'il y exerçait son autorité, et que le saintsiége prit sa défense. En même temps le pape chargea Bertrand de l'Ille, prévôt de Saint-Etienne, de terminer un différend qui s'était élevé entre le comte de Foix et Tabbé de Saint- VolusicD.
L'abbaye de Saint-Antonin de Pamiers avait alors à sa tête Bernard Saissct, ûls de Raymond Saisset chevalier cl seigneur de Saint-Aignan an diocèse de Toulouse. On croit quil avait été chancelier de Raymond du Falgar. Un an après avoir succédé à Guillaume IV dans le gonveruemeot de labbaye, il eut un différend avec le comte de Foix, et refusa, pour le dirimer, la médiation de Gaston vicomte de Béarn.
TSMPS INTERMKUUiaES. S&l
L'abbaye des cistercieunes 4e Valuègre au pays de Rieux, et dont nous avons raconté la fondation au commencement du treizième siècle, était à celte époque gouvernée par Mabile 11\ qui prit en 1267 la direction du monastère. Elle succédait à Mabile r% sa parente, qui en avait été abbesse pendant trente-sept ans. Mabile II gouverna Fabbaye pendant dîK aus, et trois ans après sa mort Valuègre passa sous le gouvernement de firaïdie.
Alfonse coutinua, dans Tannée 1268, ses préparatifs pour son voyage d*outre*mer. Il crut devoir faire d'abondantes aumônes aux maisons religieuses établies à Toulouse ou dans les environs, puisqu'il ordonna à son sénéchal de donner trente livres tournois aux frères prêcheurs et autant aux frères mineurs, une somme proportionnée aux frères des Sacs, aux frères de la Trinité, aux frères des Capistres, aux frères de Saint-Augustin, aux sœurs MinqreUes de Toulouse, aux religieuses de l'Oraison-Dieu, de Bagnols en Lauraguais, et de Lespinasse. Les ordres du Sac, de la Trinité et des Capistres étaient de simples confréries laïques qui avaient un oratoire et un lieu d'assemblée en commun; les frères de Saint-Augustin étaient les religieux croisiers ou de Saint-Orens qui s'étaient établis alors près de la porte Pozonville ; les Miuorettes suivaient la règle de saint François.
Pendant qu il faisait distribuer des aumônes aux couvents, le comte Alfonse imposa une capitation sur tous les juifi de ses domaines. Leurs biens furent évalués à la somme de 2333 livres tournois. De plus, les juifs de Toulouse durent financer 3300 livres tournois. 11 ordoniia ensuite à ses commissaires de lever la queste et la taille sur les
T8IIP5 IKTBimtoUIBSS.
hommes de corps et les hommes de caseiage du comté de Toulouse. Les différentes villes de ses domaines lui donnéreat d abondants subsides, et Toulouse plus que toutes les antres.
11 était juste queu compensation de ces subsides, les Toulousains demandassent au comte quelques concessions: c est ce qui les détermina à lui adresser uu mémoire» divisé en quinze articles, concernant leurs libertés, leurs prmiéges, radministratioQ de la justice et la police ; ils demandaient , entr'autres choses, qu*on rédigeât enfin les coûtâmes de Toulouse Jusqu'alors assez mdétermiuées. Daprès les ordres du comte, Sicard d'Alaman réunit les habitants, et leurs désirs sur tous ces points ayant été clairemeot exprimés, les quinze articles furent approuvés par Alfonse. Frère Philippe de Tordre des mineurs ayant été envoyé au l)ape pour lui réclamer les secours promis, Clément IV répondit qu'il ne pouvait rien mander de précis jusquau retour d*un légat qu*ll avait député en Allemagne.
Au mois de juillet 1268, les consuls et la communauté de Psamiers formèrent une grande assemblée dans laquelle ils accordèrent à Bernard Saisset, abbé de Saint-Antonio, Tautorisation pleine et entière de céder ou d*aliéner le domaine ou partie du domaine de Pamiers au roi ou à tout autre prince. Usant de ce pouvoir, Saisset céda le droit d*hommes d'armes et de chevauchée au roi de France et à ses héritiers. Saisset se montra le zélé défenseur des habitants de Pamiers, puisqu'il porta plainte k cette époque contre le comte de Foix au sujet de certaines Injures dont ceux-ci avaient été victimes de la part du comte. En 1269, la ville de Pamiers reçut les enfants de saint
TEMPS LNTenUÊUlAIRES. ^43
Dominique ; le cmivent fut fondé par Arnaud Seguier, religieux de ToulotiBe. Raymond du Falgar se rendit en cette ville pour célébrer la première messe dans Téglise du nouveau monastère et y bénit le cimetière des frères. Arnaud Seguier ne gouverna pas longtemps la maison de Pamiers ; il fut bientôt après nommé prieur de Prouille^ et gouverna pendant vingt-neuf ans ce prieuré. Sous son gouvernement, la grande église de Prouille fut construite ; la première pièrre ftit posée par Gui de Levis, maréchal de Mirepoix. Dix-sept ans furent employés à la construction de Tédifice. Amand bâtît aussi Féglise de S'-Martin pour les frères de Prouille, et celle de Sainte-Marie de Fanjaux. Après avoir augmenté considérablement les bâtiments du monastère et ravoir environné de hautes murailles, il mourut à Prouille plein de jours et de mérites.
Âu moment du départ du comte Ailonse, les habitants de Toulouse voulurent cimenter leur union. A cet effet, on convoqua dans le palais commun une grande assemblée qui , se tint en 1269, et voici quel en fut Tobjet. La ville était alors divisée en deux parties distinctes, la cité et le bourg. La première occupait le territoire où sont aujonrd*hni situés la Daurade, le Pont- Vieux, la Dalbade, la Pierre et Saint- Geraud, Saint-Etienne, et Saint-Rome. On voit que cette partie de la cité renfermait six circonscriptions. La seconde occupait le territoire de Saint-Pierre des Cuisines, de Laseroses, d'Arnaud-Bernard, de Pouzonville, de Matabiau et de Ville-Neuve : encore six circonscriptions. Avant Tépoque où nous sommes parvenus dans notre histoire, chacune de ces parties de la ville avait ses charges, ses revenus, son trésor et ses trésoriers. 11 résultait de cette division
t44 TSHVS INTElUttolAlllES.
des procès, des querelles^ qui compromettaient la tran-
quillilé publique : il lut ilunc résolu dans cette assemblée qu'à lavenlr ceux de la cité et du bourg feraient cause commune pour les charges, les revenus et les rentes, et qu'il n'y aurait qu'un seul trésorier. A cette assemblée se trouvèrent les douze capitouls, Guillaume de Parade, Bernard de Traget, Arnaud de Guy, Pierre Nègre, Guillaume de Vendine, Arnaud de Bonin, poui la cité; Pons d'Avignon, Guillaume Gascon, Pons Gascon, Jean Bequîn, Arnaud de Ramondi, et Guillaume Robert, pour le bourg. Tous les religieux existant alors à Toulouse s'y trouvaient également : on y distinguait quatre Fr. prêcheurs, Raymond Dupont, Raymond Gautier, Raymond de Comminges, Raymond Baranhon: six Fr. mineurs, Arnaud de Marcille, Arnaud d'Arcis, Hugues de Gorder, Guillaume Andric, Guillaume de Molan, Raymond Rainaud ; quatre de Tordre de Citeaux, Guillaume Vital, Pierre Rauset, Pierre Sobaque, Bernard Esperonier; cinq de l'ordre du Carmel, Laurent de Figeac, Raymond de Gaillac, Raymond de Vigan, Guillaume Hortolan, Pierre de Villeneuve, Geraud de Sidole ; de l'ordre de ja Mère^e-Dieu, Pierre de Damiac^ Pierre Michel, Bernard d'Ulrao, Pons de Gragnague; de Tordre de la Pénitence, Bernard de Lauran, Guillaume Pause, Jean d*Alnîchan, Guillaume Hortolan ; de Tordre de Sainte-Croix, Pierre Foltaud, Guillabert, Simon, Pierre de Vieuxfort; de Tordre de saint Augustin, Jacques de Montsalvi, Pierre Robert, Minon, Pierre de Milhars ; de Tordre de Sainte-Eulalie, Guillaume Urset, Guillaume Vital, Pons de Muret, Raymond de Castagnac.
On voit, par les ordres religieux dont il est foit mention
ici, qae déjà les augastios sétaieDl établis à Toulouse, ainsi que les moines de la Merci ou de Saiate-Eulalie, dont le couvent était situé près âe la porte Aroaud-Beroard. Les religieux de Sainte-Croix sont ceux de Saml-Orens; quant à ceux de Notre-Dame et de la Pénitence, il a été impossible d*en suivre la trace.
An treizième siècle, il y< avait donc à Toulouse douze^ capitouls, six pour la cité et six pour le bourg. La cité setrouvant {dos tard beaucoup plus peuplée que le bourg, on en choisit huit pour la cité et quatre puui le bourg. En 1346, on réunit ces deux parties de ville sous renceinter des mômes murailles, dont on voit encore quelques restes. £n 1389, le roi Charles VI ordonna que les capitoulats de Toulouse seraient réduits au nombre de quatre ; ce qui Ut réduire à ce nombre les douze parties de la ville, sous lès dénominations suivantes : 1" le capitouiat de la Daurade, Saint-Pierre, Saint-Martin et le Pont-Vieux; le capitouiat de la Daibade, Saint-Baithélemy, la Pierre et Saint-Geraud ; S** le capitouiat de Saint-Etienne, de Saint-Rome et de Saint-Pierre des Cuisines ; 4^ le capitouiat de Saint-Saturnin et de Saint-Saturam^du Taur. En 139â, Charles VI porta le nombre des capitouls à six d'abord, et ensuite à huit ; en 1400, ce nombre revint à douze ; enfin, en 1438, ce nombre fut llxé à huit, nombre qui a été maintenu jusqu'à la révolution française*
La ville reçut alors une division nouvelle; elle tut partagée en huit régions ou capitoulats : 1"* le capitouiat de la Daurade, Saint-Pieri e et Saint-Martin (la chapelle de Saint- Pierre et Saint-Martin qui donna le nom à cette partie de ville était située à la lue Sainte-Ursule); — 2*' le Pont-
846 rtMBê iUTBAMÉDlÂlUS.
Vieux (SaiiU-Cyprien), — 5' la Dalbade; — 4** Sainl- Barthélemy (la chapeiie.de Saint-Barthéiemy qoi a domié son nom à cette autre parlic était située à la place qui porte le Dom de ce saint; — ^ Saint-Pierre et Saint-Geraod • (le quartier de la Pierre où était située la chapelle de Saint- Geraud); —6'' Saint-Etienne et SainMU)me; — 7"" Saint- Pierre-des-Cuisines et Saint-Juiiea (la chapelle de SaiQt- Jolien était située derrière le parc actuel de rartillerie, à la place qui porte ce nom ; — S" Saint-Saturum et le Taur.
Âlfonse et la comtesse Jeanne se trouvaient à Saint- Jeau-d'Augeiy au mois de mars 1269, puis(j[u'ils y domièrent une charte par laquelle il cédèrent à Fabbé et au dut- • pitre de Saint-Saturiim do ioulouse toutes les redevances du château de Vacquiers et ses dépendances, ainsi que les rentes en blé ou en argent quils prélevaient sur le château de Saintr<Seniés et les fermes de Gratentourt, de la Bastide de Saint-Sernin et celle d'Arnaud Benoit, habitant de Toulouse.
Setant rendus k Tuuiuusc vers le commencement de Tannée 1270, ils y demeurèrent jusqu'aux premiers jours de mai ; et après des affranchissements en £aveur des serfs de cette ville, ils partirent pour Aymargues près d'Aiguës- Mortes, où ils liront leur testament.
Celui de Jeanne est daté d'Aymargues, le lundi veille de la Saint- Jean -Baptiste de Tan 1270. Elle choisit sa sépulture dans Tabbaye des religieuses de Notre-Dame de Gerci au diocèse de Paris, de Tordre de saint Augustin, des frères de SaintrVictor de Paris, qu'elle avait fondée avec le comte son mari. Elle lègue lu somme de dix mille marcs d'argent en œuvres pies, et donne sur cette somme cinq
mille livres tournois à la même abbaye de Gerci, outre ses
vases d'or et d argent. Elle veut que le reste soit distribué à Tabbaye de Footevrault, où le comte son père était inliuiiic, à divers monastères de ccL ordre ou de celui de Oteaux ; à tous les couvents de Tordre des mineurs et de celui des prêcheurs situés dans ses duaiaines; a plusieurs autres maisons religieuses qu'elle nomme, mais surtout à un monastère de iilles de Tordre de Ctleaux, duat elle ordonne la fondation dans ses domaines, et auquel elle lègue la ville de Lille en Albigeois. Elle ordonne aussi de pren^ dre sur cette somme les legs qu'elle fait à ses domestiques,, parmi lesquels elle fait mention de trois de ses chapelains, de son physicien ou médecin, etc. Ëlle nomme pour ses exécuteurs testamentaires : dans les domaines qui lui étaient propres, Bernard comte de Comminges, Âmalric vicomte de Narbonne, et Sicard d'Alaman; et en France, Guillaume de Vaugrigneuse, sous-doyen de Téglise de Chartres, Jean deNanteuil, et Pierre chambellan du roi, avec tous les évèques de ses états, chacun dans son diocèse. £Ue lègue à Guillaume d*Ânduze, son cousin, et à ses successeurs, le village de Soal dans le Toulousain ; k Bernard d'Ânduze, frère de ce dernier, le château de Montcuq dans le Querci ; à Sicard d'Alaman, celui de Rabasteos en Albigeois ; à Philippe et à Gaueerande filles de fiofuev de la Voûte, ses^ cousines, cinq cents Uvres tournois à chacune pour se marier ; à Gaueerande, fille d*Amalric vicomte de Narbonne, sa comms le château de Lille dans le pays Venaissin ; à Marguerite sœur de la même Gaueerande de Narbonne, la ville de Cavaiilon ; k Guillaume de Narbonne, clerc, leur frère, les châteaux de Bonils et de Cabrîères ; à Sicard
248 TBMfs imuiiDUiutt.
d*Alaman» fils du mémo Sicard et de feue Béàtrii de Lau-
Irec, le château de Cayliis en Querci, pour se niancr avec Gaillarde, iiHe de Bertrand vicomte de Bruniquel, sa msine; et enfin à Charles roi de Sicile, comte de Provence et d'Anjou, et à ses enfants, tout le pays Venaissin, quel qu'il soit, excepté les domaines dont elle disposait par ce testament. Elle nomme pour héritière universelle de tous ses domaines situés en Agenais, en Querci, en Albigeois et en Rouergue, Philippe, sa cousine, tille de feu Arnaud* Othon vicomte de Lomagne et de Marie d'Anduse sa femme qui était actuellement remariée avec Archambaud comte de Périgord. Elle lui lègue, de plus, tons ses bijonx, avec ordre à ses exécuteurs testamentaires de la marier comme ils jugeront à propos. Enfin elle donne au comte Alfonse son mari la jouissance de tous ses biens, jusqu'à ce que Philippe de Lomagne, son héritière, soit parvenue k Fâge nubile. Telle est la dernière disposition de la comtesse « Jeanne de Toulouse ; mais elle ne fut pas exécutée selon les intentions de cette princesse.
Le testament â*A)fonse est daté en généra) du mois de juin de Tan 1270, et écrit en français. 11 institue pour ses héritiers ceux qui devaient Fêtre par droit ou par coutume, et lait des legs pieux ou des fondations en faveur de toutes les églises les plus célèbres du royaume, et de la
piupail des couvents des divers ordres qui y étaient établis : en sorte que Tacte est extrêmement long, n exerce aussi sa libéralité envers ses officiers et ses domestiques, et lègue trois mille livres tournois de ses meubles à h comtesse Jeanne, sa femme. Il ordonne à ses exécuteurs testamentaires de racheter les pèlerinages qu'il avait voilés
TEMPS INTE&MÉDLLIEBS. 249
à Saint-Jacques de Composlelle, à Notre-Dame de Roc- Amadoar, à Motre-Dame de Boulogne, à Saint-£loi de Noyon, et à divers autres lieux de dévotion, supposé qu'il ne pût pas les accomplir Im-méme. 11 veut que ce qu'il a pris du mariage du fils du vicomte de Poiignac avec la demoiselle de Saint-Bonnet, soit rendu, et nomme pour ses exécuteurs testamentaires maîtres Guillaume de Vaugrigneuse, sous-doyen de Téglise de Chartres, six autres ecclésiasliques^ monseigneur Pierre le chambellan chevalin, deux frères mineurs, et frère Jean de Vannes de Tordre de la Trinité. Enfin il aflranchit tous ses serfs et leurs en&nts, quelque part qu*ils soient, et abandonne toutes les dîmes qu'il tient en sa main en faveur des heux ou des personnes auxquels elles devaient appartenir.
Nous apprenons d'un acte qu'Alfonse rendit à Aymargues, que les Toulousains avaient fait un don gratuit à leur prince poui sud passage en Terre-Sainte. Avant de prendre la mer, il adressa des lettres-patentes à Tinquisiteur de Toulouse par lesquelles il déclare que tous ses sujets doivent répondre de leur foi devant son tribunal, et peuvent y être poursuivis pour crime d'hérésie, de magie, de parjure, et de sortilège. Après avoir donné le gouvernement de ses états k Sicard d'Alaman, il s'embarqua, dans le mois de juillet, avec la comtesse, et alla joindre le roi à Cagliari en Sardaigne.
Rayniond du Palgar, évéque de Toulouse, touchait au terme de sa longue carrière. La veille de la féte de saint Matthieu 1270, il confirma Tabbé de Pamiers dans Tadministration des monastères que les religieux civaient confiée à ce dernier, tant au spirituel qu'au temporel. Un différend
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s*étant élevé entre les carmes et le chapitre de Saint- EUeaoe, au sujet de la construction de leur nouvelle église, ce fut loi qui le termina, et qui accorda à ces religieux la permission de faire bénir cette église et leur cimetière par qui ils voudraient : ce qui montre que cet édifice était alors achevé (1).
Le 19 optobre, Falgar mourut dans m âge assez avancé et dans la 59"^ année de son épiscopat. 11 fut inhumé à i extrémité du cbœur de Téglise des dominicains.
Ce grand évéque, Tun des plus illustres qui aient jamais occupé le siège de Toulouse, était profondément versé dans la science théologique et prêchait avec une rare éloquence. Il se montra^toujours Fintrépide défenseur des droits de son Eglise, et en augmenta beaucoup les vastes domaines. Ennemi déclaré des hérétiques et des mauvais clercs, il les poursuivit avec une certaine force, mêlée cependant à beaucoup de douceur. Ces derniers, par un esprit de vengeance que n explique que trop Toubli des devoirs les plus sacrés, jetèrent à profusion d*odienses calomnies sur sa brillante renommée, car il est impossible d'appliquer à un autre Raymond qui gouvernai^Eglise de Toulouse sous
(1) L'église des Grands-Carmes était jjrando et belle ; elle avait la forme d'un T. La porte d'entrée était placée à la tète du T, et offrait à l œil l'autel principal et le ctitinir, (jui formaient la ligne principale. A droite et à gauche de la porte d'entrée, se développait la grande ne^ ornée dans tout le pourtour de douze chapelles latérales ; à gauche en entrant, se tnmvait le grand escalier qui conduisait à la chapelle de Motre-Dame de Hont-Garmel, placée en dehors de l'édifice principal et surmontée d'un (\ôme. L'architecture de l'église était gothique. Elle a été complètement deii uile ainsi que le couvent en 1808 et 1809. ,Ils occupaient le terrain où a tracée la grande place qui porte le nom de place des Carmes.
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le pape (Jarbain 11 les accusations dont il fut Tobjet. 11
composa plusieurs ouvrages qui ne sont pas veaus jusqu'à nous.
Le lendemain de sa mort, 20, octobre 1270, Berlraud de riUe, prévôt de Téglise catbédrale, fut élu pour lui succcdoi il Funanimité des suffrages. Son élection t'uL cunliimée par rarchevôque de Narbonue. Ordonné prêtre et sacré évéque le jour de saint Thomas, il officia pontUicalcmcot dans sa cathédrale le jour de Noël. 11 était fils de Jourdain II et dlndie, tille naturelle de Raymond V.
Peu de temps après Télection de Bertrand de TUle, Guillaume de Jaufre abbé de Saint-Théodard reçut en hommage, de Raymond de Durfort seigneur de Clermont-Soubiran, les terres d'Argnagnac et de Donzac.
Bernard de Benque gouvernait alors Tabbaye de Nizors ; il avait succédé à Bernard de la Tour. Nous trouvons le nom de cet abbé dans une transaction qu'il passa k cette époque avec Bertrand de Miremont, évéque de Comminges. Nous pensons que Bernard de Benque était le frère de la comtesse de ce nom qui était alors abbesse de Favas en Comminges.
Après la mort de Saint-Louis, Alfonse et Jeanne de Toulouse passèrent Thiver en Sicile; ils se trouvaient à Messine au mois de mai 1271, où ils s'embarquèrent pour ' ntalie. Une fois débarqués, ils se rendirent au château de Cometo en Toscane, où ils furent Fun et l'autre atteints d'une indisposition subite. S'étant fait transporter a Savonne, Alphonse ajouta un codicille h. son testament par lequel il choisissait sa sépulture à Saint-Uenis. 11 mourut à Savonne le vendredi après V Assomption, et la comtesse
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Jeanne le mardi suivant. Les circonstances de leur mort
sont diversement racontées, car un auteur contemporain affîrme qu'ils moururent au faubourg Saint-Pierre d'Arena près de Gènes, et que les clievaliers de leur suite inhumèrent dans la cathédrale de Gênes sa chair et' ses intestins.
Le corps d'Alfonse fut transporté à Saint-Denis, et son cœur à Maubuisson. Jeanne fut enterrée dans Tabbaye de Gerci en Brie, au diocèse de Pans. On y voyait son tombeau au milieu du chœur ; sa statue y était couchée enveloppée d'un grand manteau , la tête coiffée d'une guimpe, couverte d*un voile, et ceinte d'une couronne royale.
Ainsi moururent, sans postérité, à l'âge de cinquante et un ans, Alfonse comte de Poitiers et Jeanne comtesse de Toulouse. Philippe lU recueillit toute leur succession et gouverna le comté de Toulouse en qualité de souverain particulier, et non comme roi de France. A la mort de Jeanne, ses domaines comprenaient l*" le comté de Toulouse divisé en sept bailliages et gouverné par un sénéchal ;
le Rouergue; S» la partie de r Albigeois située sur la droite du Tarn ; 4« TAgenais ; 5" le Querci ; 6** le marquisat de Provence.
Alfonse fut ua prince chaste, très pieux, plein de droiture, et ne manqua pas de valeur ; il se montra très charitable et généreux envers les pauvres et les établissements religieux de ses domaines. Dans une seule année, il distribua huit cent quatre-vingt-fiuinze livres tournois en aumônes. La comtesse Jeanne était à peu près du mèm caractère que son époux. Ils ûrent réparer a Toulouse les murailles du château Narbonnais et y firent bâtir une tour nouvelle. Ils tirent construire aussi dans le Toulousain plu-
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sieurs villes ou bourgs qu on appela bastides, tels que Villefranche, Calmont, Salle, le Fousseret, Gimont, Saint- Sulpice et Palamiai.
Grâce à la vigilance, à la piété et surtout à la fermeté du comte AlfoQse, Thérésie des albigeois, qui depuis longues années avait causé tant de malheurs dans le Toulousain, iiit complètement éteinte ; les hérétiques a osèrent plus se montrer et se virent obligés de chercher leur salut dans la fuite. Ce prince dépensa plus de vingt n\iUe livres pour les frais de rinqnisition.
Dans la comtesse Jeanne s éteignit cette illustre maison des comtes héréditaires de Toulouse qui, depuis Frédelon, comptait seize souverains. Cest a cette maison si puissante que Toulouse doit toute sa gloire, ses lois, ses coutumes, ses libertés.