LIVRE XXVIIL
DEPUIS LA REUNION DU COMTE DE TOULOUSE A LA COURONNE, VS 1271, JUSQUA LGPISCOPAT DE PIËllRE DË LA CHAPELLE, EN
Dans le cours de Tannée 1271, Bertrand de l'Ilie évêqae
de Toulouse, sur la demande de son chapitre et d Olivier prieur de Noër, accorda à Guinard Engilberi clerc de Gessérac la chapellenie de Saint-Martin de INoër avec ses dépendances. Nous le trouTons, à cette époque, en qualité d ai bitre entre Maui in archevêque de Narbonne et son chapitre, au sujet de la construction de la cathédrale ; on te voit encore recevoir le serment du sacriste et de larchidiacre de cette métropole au sujet du droit de monnaie, et il fut présent aussi à rhomaiage que les consuls de Toulouse rendirent au roi entre les mains de Guillaume de Cohardon.
Ce chevalier avait reçu de Philippe le Hardi la commission de faire garder en son nom le comté de Toulouse et ses dépendances. Cohardon, s*étant adjoint Jean de Cé-
ranis, se rendit à Toulouse et convoqua, le 16 septembre, une grande assemblée au château Narbonnais. 11 demanda aussi aux consuls le serment de fidélité au roi. Ce serment fat prêté, à la réserve des droits de leur consulat, de la
justice criminelle, des péages, des leudes, et des autres
TEMPS liNItiRMËUiAUiES.
privilèges et coutumes. On voyait k celte assemblée Bertrand de VUie^ Vabbé de Moissac, Philippe de Boissi séoéchal du Rouergue, Bertrand vicomte de Lautrec, Sicaid d*Alamaa vigaier de Toalouse, les cbeyaliers Raymond de Lescure et Gautier de Vaiagne. Le lendemain, Cohardon rôiinii les habitants de la ville et reçut le même serment de fidélité envers le roi de France.
Ce prince fut sur le point d'être dépossédé du comté de Toulou.se par les armes de Pierre iiilaiu d'Aiagou. Celui-ci réunit une grande armée et attira à lui la noblesse des états de son père. Il lui aurait été facile de semparet du comté si le roi d'Âragon, pour des raisons politiques, nV vait aiiété son expédition.
Cette tentative de Tinfant détermina le roi de France a donner des ordres très pressants au sénéchal de (arcassonne d aller prendre possession du comté de Toulouse. Cet officier partit le 5 octobre 1^71 et arriva en cette ville, accompagné de Barthélémy du Puy ; il y trouva Jean de Céranis, Henri de Gaudonvilliers, et maître Nicolas de VerneaiL 11 fut statué que le conunissaire royal, après avoir fait signifier sa mission, mettrait sous la main du roi le comté ; qu'on dresserait un inventaire de tous les actes conservés au château de Penne et de tous les meubles gardés au château de Buzet dans le Toulousain ; qu'il parcourrait tout le pays pour y recevoir le serment de fidélité des seigneurs tant des villes que des châteaux, et qu on établirait partout le bon ordre.
Cette ordonnance lut exécutée le jeudi 8 octobre. Le commissaire convoqua dans le cloître des frères prêcheurs les consuls de la ville, Slcard dAlaman, les principaux ha-
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bitants Bernard de Commioges, Jourdain de 1 lUe, Arnaud de Marquefave; et plusieurs autres barons et nobles, afin de leur faire prêter sermept au roi. Ce serment fut prêté par . les habitants, a^ec toute réserve pour leurs libertés et franchises.
GohardOQ parcourut ensuite les différents bailliages du
Toulousain, Verdun, Belleperche, Caslelsarrasin, Moissac, Villemur et Bozet , mettant partout sous la main du roi les châteaux et villages. Ce commissaire ayant été obligé de s*absenter, le roi envoya dans le comté Florent de Varen* nés, amiral de France, et Guillaume de Neuville, chanoine de Chartres, qui parcoururent également le pays pour achever de le mettre en la possession du roi.
L*abbaye de Mas-Garnier était alors gouvernée par Guillaume d'Alahon. Cet abbé reçut en 1271 foi et hommage de Pierre Jourdain, qui lui céda à ce titre les terres de Beaupré et de Belcastel. Arnauid se trouvait alors à la tête de Tabbaye de Saint-Volusien. Roger comte de Foix s'étant emparé de la mense abbatiale, l'abbé le dénonça aussitôt à Rertrand de Tille, qui le menaça de re&communication. L'abbaye de Feuillants perdit à cette époque Arnaud Gardas, son abbé, qui eut pour successeur Âdémar de Francoii. Celui-ci ne demeura en place qu une seule année. Peytavit, prieur de Camon, mourut aussi en ce même temps. Après lui , ce prieuré fui gouverné par Pons de Villars. Arnaud de Hontaigut abbé de Sorèze reçut en cette même année 1271 foi et hommage de la part de Pierre de Castelnau. L'abbaye de Bonnefont , sous le gouvernement de Guillaume-Loup d'Osson, échangea quelques terres avec le damoiseau Arnaud d'Aulon. jBernard était alors comte
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de GoaiuiiDges. Ce seigneur conlirma plusieurs duiiaUoas en ikyeiir du monastère de la Lumière-Dim ou Fabas et d6 la comtesse de Beoque qui en était abi}esse.
L^anuée 127â s*ouYre dans nos annales par la construction du grand chœur de l'église métropolitaine, qui est due aux libéralités de Bertrand de Tille. Voici les travaux que cet illustre prélat lit exécuter dans son église. Il jeta, derrière la nef bâtie par Baymond VI, et qui existe encore, les fondements d'une nouvelle église qu'il commença par l abside, le chœur, et les chapelles du pourtour au nombre de quatorze. Cette construction splendide lut poussée jusqu a la naissance des Toûtes, qui fîirent provisoirement remplacées par un piaiond de bois ; il détruisit ensuite Tautel qui terminait la grande nef, éleva un mur au-dessus du grand arceau de la net le plus voii^in de Fancien autel ; relia Fédifice ancien à Tédifice nouveau; éleva ensuite devant le chœur deux chapelles aujourd iiui déii uites et qui servaient à l'office paroissial. Le nouveau chœur fut réservé à Févêque et au chapitre. Dans Fidée de Bertrand de Tille, la nef actuelle devait être entièrement détruite, et Fou devait en construire une nouvelle en prolongeant dans la même forme et dans le même axe les piliers, le déambulatoire et les chapelles jusqu'à la giaude place.
Le prélat mirichit son église de magnifiques ornements, de splendides reliquaires, d'un grand nombre de vases d'or et d'argent d'un prix inestimable ; il y établit douze prébendiers et huit hcbdoaiadiers pour le service divin, introduisit Fordre le plus parfoit dans les revenus de son évêché, et m lit confirmer les possessions par le pape Grégoire X.
Nous venons de voir que le comte de Foix s'était emparé m n
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de la mense abbatiale de Saint- Volasien : il se rendit ainsi coupable d'une action téméraire qui attira sur lui les armes du roi de France. Le château de Sompuy au diocèse d*Auch avait alors pour seigneur Geraud de Casaubon. Geraud V comte d* Armagnac prétendait que ce château était de sa mouvance, et vint lattaquer. Casaubon, dans une sortie qu*il opéra pour repousser son adversaire, tua Arnaud- Bernard frère du comle d'Armagnac et de Tarcbevéque d*Auch. Désirant tirer une vengeance éclatante de cette mort , d*Armagnac appela à son secours Roger-Bernard 111 comte de Fois, son beau-frère. Celui-ci $*avança vers le cbàleau de Sompuy, résolu de le ruiner de fond en comble. Réduit à l'extrémité, Casaubon se plaça sous la sauvegarde du roi , auquel il remit ses domaines entre les mains du sénéchal de Toulouse. Cette royale protection 'n*empécfaa pas d Armagnac et le comte de Foix de poursuivre leurs desseins : Sompuy fut pris d*assaut , livré au feu et au pillage, et les babitants massacrés. Casaubon ne dut son salut qu'à la fuite.
Irrité de cet attentat, le roi de France résolut de se venger : c'est ce qui le détermina à se rendre dans la province. Il partit de Paris au mois de février 1272, arriva à Poitiers le 9, se rendit à Angoulème, à La Rochelle et à Saintes, où il séjourna jusqu'à Pâques. Après avoir ordonné à ses troupes de s'assembler à Tours le 8 de mai, il partit de Saintes et se rendit à Marmande en Ageuais. Toutes ses troupes étant réunies, il se dirigea vers Toulouse et y fit son entrée soienaeiiê le 25 mai. Il était accompagné par Tarcbevêque de Sens, les évéques de Paris, de Troyes, de Beauvais, de Nevers, de Chalons, de Coutances et d Avranches. Ou )
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Toyait aussi le duc de Bretagne, le comte de Flandre, le comte de Boalogoe, le comte de Rodez, les comtes de Pontliieu et de Blois avec leurs banuerets, écuyers, arbalétriers et gens d*armes.
Le roi passa huit jours à Toulouse. Ce fut pendant son séjour que Bertrand de Lille plaida devant lui la cause de ses propres vassaux, prélendant qu'ils eUient exempts de porter les armes pour le roi de France. 11 parait qu'il perdit sa cause, car un grand nombre de Toulousains et de seigneurs de la province suivirent le roi du côté des Pyrénées. Parmi ces seigneurs, on distinguait Guillaume de Honestier, Jourdain de Rochefort , Beraud de Mercoeur, et Hugues d'Arpajon, suivis de leurs damoiseaux.
A rapproche du roi, le comte de Foii eut recours à la protection de Jacques roi d'Aragon. Celui-ci alla à la rencontre de Philippe, qu'il joignit le l'^ juin à l'abbaye de Bolbonne. Olric gouvernait alors cette maison ; il y donna une splendide hospitalité aux deux rois de France et d'Aragon , au duc d'Alençon frère du roi, et à Gaston vicomte de Béam, beau-père de Roger de Foix. Gaston demanda grâce pour son geadia, et le jour de l'Ascension on traita de la paix. Mais les articles qui avaient été dressés ne fureat point acceptés par le comte de Foix, qui se rctiia dans son château. Sur ce refus, l'armée royale s*avança vers cette forteresse, le 3 juin, et dévasta le pays peudant que le roi s'était arrêté à Pamiers. Le château de Foix paraissant imprenable, Philippe-le-Hardi ne trouva d'autre moyen pour s'en emparer que de faire tadier les rochers. Ce travail fut exécuté avec une rapidité incroyable. A cette vue, le comte, cédant aux conseils de ses amis, demanda grâce
t60 TIMPS INTBMlfOUlRBS.
et merci se rendit auprès du roi. Philippe le fit lier
et garrotter et l'eavoya prisonnier dans la cité de Carcassonne. Après cette expédition, le roi de France rentra dans
ses états.
Manrln, archevêque de Narbonne, étant mort après avoir
jeté les fondements de la splendide métrupolo dédiée aux saints Jast et Pasteur, les chanoines de cette église élurent pour lui suaéder Pierre de Moubiun, leur confrère. Bertrand de riUe, évéque de Toulouse, de concert avec les autres évêques de la province , écrivit aux cardinaux réunis à Viterbe et au pape Grégoire X pour les prier de renvoyer incessamment le nouvel élu à son église. Nous retrouvons Bertrand au concile qui fut tenu au commencement d'octobre à Narbonoc. Les décrets de celle assemblée ne sont pas venus jusqu'à nous.
Les abbayes du Toulousain présentent peu de faits dignes d'intérêt dans Tannée 127^. Arnaud Garcias succéda à Ademar de Francon dans le gouvernement de celle de Feuillants, et le prieuré de Camon fut dirigé par Pons de Villars.
Au commencement de 1 année 1275, Philippe le Hardi envoya Foulques de Laon, archidiacre de Ponthieu, et Thomas de Paris, chanoine de Rouen, dans le Toulousain, afin de constater les droits du prince. Gilles Gamelin, chanoine de Meaux, fut désigné pour exercer les fonctions de procureur général dans cette commission. Celui-ci cita aa tribunal des commissaires Sicard d'Alaman, accusé d'avoir usurpé certains biens du comté de Toulouse, et de s*étre emparé de Tor, de l'argent , des joyaux, du trésor et des chevaux d*Alfonse et de Jeanne. Sicard offrit ses défenses ;
mais il tomba dangereusemeDt malade et fit son testament.
11 légua vingt mille suis tournois eu œuvres pies, savoir : pour la constmction de FégUse de Saint-Etienne, à laquelle travaillait Bertrand de Ville; pour les religieuses de la Salvetat près de Buzet ; pour Téglise de Saint-Solptce, et la construction du pont sur l'Agout. Ce chevalier avait été marié trois fois. Il eut de sa première femme (Plûiippia) deux iilles, Alix et Cécile ; de la seconde femme (Béatrix de Laotrec) il eut un fils, Sicard d'Alaman, et une fille nommée Agnès ; de la troisième femme (Béatrix de UuciUon), il eut une ûUe dont le nom nous est resté inconnu. Baymond d'Alaman chanoine de Uudcz fut son iils naturel. Il nomma pour ses exécuteurs testamentaires Beniaid vicomte de Lautrec son beau-frère, le prieur des jacobins, et le gardien des frères mineurs de Toulouse ; il choisit sa sépulture dans le couvent des frères prêcheurs de cette ville.
Aux iétes de PciUecùte de cette uniiée, le roi tint à Paris UB paiiement dans lequel il fut grandement question des affaires du Toulousain. Il y fut d'abord statué que plusieurs lecalités du diocèse de Toulouse qui dépendaient de la sénéchaussée d'Agen ressortiraient de celle de Toulouse. On y traita ensuite la question des fiefs. Les commissaires du roi voulaient déposséder les Toulousains de certains fiefs ; alors les consuls portèrent plainte au roi contre cette usurpation. Ce prince ordonna que les fiefs héréditaires ou échus par mariage seraient maintenus, ainsi que ceux qu'on avait acquis depuis vingt ans , promit ensuite de rendie justice sur k comulat, c'est-à-dire sur la nomination des capitouls, et confirma tous les privilèges établis.
S6S TEMPS IMTBBMÉDUIAIS»
Quelques auteurs ont prétendu qu'il se tint à cette époque une assemblée eu parlement dans l abl^aye de la Paix ou de la Sagne (Sorëze), à laquelle présida Laocelot d'Orgemont, grand et premier maître, et où se trouvèrent les conseillers clercs de Grolhet, Matthieu de Vabres, Bernard de Monestier et Oïlion de Panassac, ainsi que les seigneurs de Montégut» Rodolphe de Mauvesin, Ëverard de Vêtus, Imbert de Combevis. Nous trouvons un jurisconsulte célèbre, D. Miramont , qui y exerçait loffîce de i]trocureur du roi , et Jean de Romcure celui de secrétaire. Les commissaires du roi à Toulouse avaient demandé la solution de certaines difficultés : aussi le prince dressa-t-il plusieurs articles qui avaient rapport aux excommuniés, au paiement des dîmes, et à divers privilèges des clercs mariés ou non mariés.
Afin d*assurer k sa cathédrale la possession des biens dont il Favait enrichie, Bertrand de illie ût conûrmer par une bulle du pape ces donations, et céda au trésorier de son égUse le lieu û!Arnaid. Vital de Vacquiers^ était alors prévôt de Saint-Etienne et avait succédé dans la prévôté à Bertrand de i lile. li ût aussi approuver la fondation des douze prébendes qui avait été feite par ce prélat.
L'abbaye de Grand-Selve reçut à celte époque un nouveau lustre de la commission spéciale dont fut honoré Gaufridi» son abbé. Alfonse roi de Castille avait établi un ordre religieux et militaire semblable à celui de Calatrava, sous le titre de Notre-Dame d'Espagne. Cet ordre était destiûé à combattre les Sarrasins. Il fonda quatre monastères dans le royaume de Murcic, et ordonna que trois d'eatr*eux seraient soumis à celui de Carthagène. 11 voulut que ce nouvel ordre
TEMPS IRTBKMfiDlâlBBS.
fût placé SOUS la dépendance de Giteaux. A cet effet, il envoya un député à l'abbé général, qui ordonna à Gaufridi abbé de Grand-Selve d*établir un prieur à Carthagène et de recevoir à la profession des clercs el des laïques. lAibbé de Grand-Selve devait confirmer à perpétuité Télection de Tabbé de Cai Ihagène.
Arnaud Garcias, abbé de Feuillants, traita de Tachât de quelques terres et lit plusieurs transactions avec la famille de Bavidan.
La succession de Jeanne comtesse de Toulouse donna lieu à un arrêt célèbre, rendu en 1274 par le parlement de Paris. Cette princesse avait fait héritière des domaines dont elle croyait pouvoir disposer, Philippia de Lomagne, sa cousine. Gui comte de Saint-Pol, tuteur de Philippia, demanda à être reçu , au nom de sa pupille, à foi et hommage des terres et seigneuries que la comtesse lui avait laissées. Gui lut renvoyé de sa demande. Philippia épousa plus tard Ëlie Talleyrand comte de Périgord, à qui elle apporta des domaines considérables, entr autres les comtés de Lomagne et tf AuviUar.
Le pape Grégoire X excita, à cette époque, le zèle des inquisiteurs, qui firent subir plusieurs interrogatoires touchant la vaudoisie à un grand nombre de personnes. Les dépositions de ces hérétiques nous apprennent (jue plusieurs d'entr'eux s^étaient réiugiés en Lombardie et étaient rentrés dans le pays ; qu'ils parcouraient deux k deux la . province pour y faire des prosélytes. Ces dépositions nous révèlent encore les noms de deux évêques hérétiques de Toulouse, Vivian et Bernard Ohba. Ces sectateurs de l hérésie vaudoise ne reconnaissaient que révangile de saint
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Jean, espéraient le salut des auges rebelles, et rejetaient le culte des images.
Les inquisiteurs jugeaient aussi du crime de magie et de sorcellerie, et c*est peutétre à cette époqae que fou doit rapporter un l'ait assez singulier, dont les circonstances nous ont été conservées par le chroniqueur Bardio. Cet auteur affirme que le chevalier Pierre de Voisins, accompagné de ses assesseurs, avait parcouru sa sénéchaussée et y avait condamné au dernier supplice plusieurs sorciers, entr*autres une femme nommée Angèle, âgée de 60 ans, du lieu de Labarthe. Cette femme déclara qu'elle a?aît eu plusieurs fois un commerce charnel avec un démon et que de ce commerce était survenu un monstre qui avait la tôte d'un loup, une queue de serpent, et le reste du corps d m homme; elle affirma qu*eUe avait nourri pendant deux nuées ce monstre avec de la chair d*en£ants égorgés ; qu'après ce terme le monstre avait disparu et qu'elle ne Favait plus revu, il n'y a qu une seule diMculté à opposer à ce récit : c'est que Pierre de Voisins, sénéchal de Toulouse, ne Tétait déjà plus en 1254, et qu en 1274 ou il était mort depuis longtemps.
Labbé de Moissac eut alors quelques démêlés avec révêque de Toulouse Bertrand de ITUe, au sujet de Tabbaye de Lézat ; ils choisirent pour arbitre Bernard de Montmirail. Ce prélat fit aus^ des transactions avec Bernard abbé de Saint-Théodard et ses rehgieux, au sujet des églises, bénéfices, dîmes et prémices que cmxrci possédaient dans le diocèse de Toulouse. Ces transactions lui donnèrent la facilité d'acquérir de nouveaux domaines pour sou Eglise. L abbé de Saint-Théodard, avec lequel l evéque
mm nmuoiiDiiiM». S$5
de Toulouse fit ces transactions diverses, était Bernard de
Malemort. U cherchait depuis ioiigtemps à secouer le joug de ràbbaye de la Case-IMeu ; mais il perdit son procès, et fut coudamué à prêter foi et obéissance à Tabbé de ce
monastère.
Guillaume de Jauhre, abbé de Belieperche, reçut un diplôme de Philippe le Hardi par lequel ce prince confirmait toutes les acquisitions faites par ce monastère.
TEglise de Toulouse vit en 1275 élever un de ses enfants à la dignité épiscopale : c était Bernard de Languisei, originaire du pays de; Nimes et qui avait occupé la charge darchidiacre du Lauraguais au diocèse de Toulouse. U fut fait archevêque d*Arles et ensuite cardinàl-évèque de Porto.
Bertrand de riUe assista, cette année, en qualité de témoin au mariage de Jacques InÊtnt d*Aragan avec Esclarmonde, fille de Roger et sœur de Roger-Bernard comtes de Poix, pendant que le roi de France envo]^t Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Toulouse, en Navarre, pour y soutenir les intérêts de la reine Jeanne. Eustache partit à la tète des milices de sa sénéchaussée et s'empara de diverses places, entr'autres, d'une partie de la ville de Pampelune. Roger-Bernard comte de Foix seconda beaucoup le roi de France dans cette guerre : c*est ce qui détermina ce prince à lui restituer les châteaux de Foix, de Lordat, de Montgrenîer, et plusieurs autres forteresses.
L'abbaye de Saint-Laurent de Goujon était alors gouvernée par Martine de Blanquefort, qui avait succédé àCôntors de Pahnire. Martine ne gouverna cette maison que très peu d*années, puisqu'on 1278 nous tronvcms à la téte de cette abbaye Longrue d'Aroche.
S66 Tsm MTttiiimiin.
Pons Dupoy, qui gouvernait depuis dix ans Fabbaye
d'Kauiics, fut choisi vu \iT,) [umv arbitre dans un différend qu*ayaient les abbés de Bolbonne et de Calers.
L*abbaye de SaïutrYolusieii de Foix avait alors pour abbé Guillaume II, dont nous trouvons le nom dans un grand nombre d actes, avec Bertrand de TlUe et iabbé du Masd'Azil.
Feuillants était alors gouverné par Auger IV. Un chevalier du pays nommé Roger d*Aspel avait donné de très vastes domaines k cette abbaye. Âuger, pour éviter toute contestation de la part des héritiers de ce seigneur, eut le soiu d'en faire confirmer la possession en 1^75. 11 mourut à cette époque, et eut pour successeur Jean de Bologne.
Bernard de Maiemort abbé de Saint-Théodard nétait pas moins zélé pour les intérêts de sa maison, car il eut le soin, en ce même temps, de faire confirmer par PbiUppe le Hardi la transaction qu'il avait fait approuver quelqoes années auparavant par le comte Alfonse. Il régla aussi avec les capitouls de Toulouse tout ce qui re(;ardait la levée des dîmes auxquelles avait droit son monastère sur plusieurs lieux désignés dans les actes.
Bolbonne avait perdu Olric, son abbé. Après sa mort, cette maison fut gouvernée par Bernard de Saqaart, auquel Guillaume de la maison de Foix ûi un don considérable pour son monastère.
Loup dOsson abbé de Bonnelont mourut en 1275, et eut pour successeur Âuger de la Tour, qui ne nous est connu dans Thistoire que par un pariage du lieu de Mouhan fait entre Philippe le Hardi et Tabbé de la Bénédiction-Dieu.
TEMPS INTSBKiDIàlUtS. 267
Les habitants de la proYince avaient porté leurs plaintes au roi de France contre plusieurs ofâciers de justice : c'est ce qui détennina Philippe à envoyer deux commissaires k Toulouse, en 1277, pour prendre des informations au sujet de ces plaintes. Ces commissaires étaient Pierre, doyen de Saint-Martin de Tours, et le chevalier Simon de Cubi- Us, Ceux-ci rendirent une ordonnance pour la réformation de la justice, après en avoir conféré avec Bertrand de rnie, évèque de Toulouse, le comte de Comminges, les abbés de Hoissac et de Bellepercbe. Cette ordonnance nous a été indiquée par Catel. Les grandes qualités de Bertrand de i lUe le faisaient choisir pour arbitre dans les différends que les seigneurs avaient entr*eux ; ainsi Tévévéque et le comte de Rodez le prièrent de régler les articles d*un accommodement qu'ils avaient besoin de ménager. Cet évêque reçut à Toulouse les ambassadeurs que le nouveau pape venait de nommer pour négocier la paix entre le roi de Castille et le roi de France. Cette ville avait été choisie pour le lieu du congrès. Ces ambassadeurs étaient trois : Geraud, Jérôme et Jean, cardinaux de la cour romaine. Le roi de Castille ne voulut point envoyer des députés, sous le spécieux prétexte que Toulouse appartenait à Philippe le Hardi.
Le monastère de la Daurade k Toulouse ayant perdu GaQhard de Montrabier, son prieur, on lui donna pour successeur Bertrand de Montaigut, que Ton regarde comme le neveu d*un autre religieux du même nom qui avait dirigé cette maison quelques années auparavant.
n faut supposer qu'il fut tenu en 1277 un synode provincial à Toulouse, où devait assister le clergé régulier et
S68 Tim iimsBMiMiius.
séculier, puisque Guillaume d'Alahou abbé de M as-Garuîer
s*excusa de ne [louvoir s*y rendre.
Nous avons déjà tu que les moines de SainUThéodard cherchaient toujours à décliner la juridiction de ceux de la Case-Dieu ; cependant, sur de nouvelles représentations de de ces dciniers, Bernard de Maiemort abbé de Saint-Théodard promit foi et hommage à Albert abbé de la Case- Dieu.
Au commencement de Tannée 1278, Toulouse devint le
lliéâlre d'une tenible exécution capitale. Un certain Perrot , catholique de naissance, avait abjuré sa région pour embrasser le judaïsme. Cet homme étant mort, les juifs donnèrent à son corps la sépulture dans leur cimetière, situé près du château Narbonnais. Jean de Fronlheu, doffiinicain , remplissait alors les lonctions d'inquisiteur à Toulouse k la place de Tinquisiteur titulaire, alors absent. Ayant appris cet événement, Jean de Frontlieu intenta un procès criminel aux juifs et à Isaac Malem qui avait reçu Fabjuration de Perrol. L'afiEaire fut renvoyée devant les capilouls, qui condamnèrent Malem à éire brûlé vif avec le cadavre de Perrot. La sentence fut exécutée.
La liaunille de rnie-iourdaîn avait donné un chanoine à la cathédrale de Saint-Etienne ; c'était Jourdain de rille. H paraît que ce seigneur avait été reçu à celte dignité dans son bas âge et n'avait point embrassé l'état ecclésiastique. La question était de savoir s*il était obligé d*observer les statuts du chapitre. L évéque de Toulouse chargea Arnaud de Villemur abbé de Saint-Semin d'examiner Faibire, et l'abbé décida que le seigneur de l'iUe n était point tenu d'observer les statuts.
TUFS IMn&MÉDUlUBS. 169
Longrue d Aroche gouvernait Tabbaye de Saiût-Laureot de Goojoo, et passa, à celte époque, un accord avec Âma- Bieu n archevêque d'Auch. — La moitié du château de Mazères ayait été cédée par Bérenger, qui en était seigneur, à Rc^er comte de Foix, puisque en 1278 nous trouvons Bernard Saquart abbé de Bdbonne confirmant la possession de ce château à Roger-Bernard, fils de ce seigneur.
Les officiers du roi usurpaient sans cesse sur les droits et les privilèges des monastères et des prélats : c'est ce qui détermina Pierre de Moatbrun archévèque de Narbonne à convoquer un concile à Béziers, le 4 mai 1279, auquel assista Bertrand évéque de Toulouse. Ce fut dans cette assemblée que ce prélat fut député à la cour de France a?ec rarchevéque de Narbonne pour y défendre les libertés de son Eglise. Gilles damelin, chanoine de Meaux, procureur du prince dans la province, avait intenté plusieurs procès à révêque touchant le domaine temporel de TéTè* cbé. Bertrand de Tille termina ces différends ; et le roi, par une charte datée de lHôpital près Corbeil, au mois de septembre 1^79, reconnut tous les droits que les évêques de Toulouse avaient sur plusieurs seigneuries, entr'autres, celles de Verfeil, du Bourg Saint-Bernard et de Castebnaureu. Le roi fit aussi Fabandon de toutes les ju&ices sur le château de Baima que Bertrand de TUle venait de construire. Par réciprocité, Févêque de Toulouse céda au roi ihommage entier des châteaux de Saint-Jory et de Montgiscard. Ce prélat, à son retour de la cour de France, fit une transaction avec Richard abbé de Gimont au sujet du patronage des élises dépendant de son monastère et qui étaient situées dans le diocèse de Toulouse.
Le roi Philippe le Hardi donna, au mois d août 1279, uae charte en bveur de Tabbaye de Grand-Selve, par
laquelle il confirmait ce monastère dans la possession de . ses biens.
Geraud comte d'Aniicigiiac avait pris les armes contre Ëustache de Beaumarchais, sénéchal de Toulouse. Celui-ci loi livra bataille, le fit prisonnier, et Temmena en France, où le comte demeura deux ans enfermé dans le château de Péronne. Eustache fut aidé dans cette expédition par le connétable Imbert de Beaujeu, que le roi avait envoyé dans le Toulousain pour y faire la reconnaissance de ses droits contre les usurpations que Sicard d*Alaman avait faites dans les domaines du feu comte Âlfonse. Le ffls de Sicard, qui portait le titre de damoiseau, sétait accordé devant Guillaume abbé de Bellepercbe, Pierre doyen de Samt-Martin de Tours, et Jean de Putiolo chanoine de de Chartres, commissaires qu*on avait députés pour juger cette afiaire. Le roi confirma cet accord, et céda au jeune Sicard d*Âlaman la ville de Saint-Sulpice dans le Toulousain et les châteaux de Casteinau et de Bonnatous en Albigeois. Nous apprenons par cet accord que la Ëunîlle d*Alaman était demeurée en possession de l'or, de l'argent, des bijoux et des chevaux des comtes Raymond VH, d*Alfonse son gendre, et de la comtesse Jeanne. Le jeune Sicard mourut sans postérité, et la plus grande partie de ses biens passèrent dans la maison des comtes de Lautrec.
Nous avons déjà vu que les religieux du Mont-Carmel sétaient établis depuis quelque temps dans Tintérieur de la ville, sur la paroisse de Saint-Ëtienne. Us avaient élevé dans Tintérieur de leur cloître une chapelle dédiée à Notre-
TBMFS IKTBRMÉOlAfRBS. tlï
Dame de 1 Espérance, et où se faisaient journelleuient de grands miracles. Comme le peuple s'y portait en foule, cela excita les réclamations du chapitre de la cathédrale. On ne pat apaiser les chanoines que par un engagement qae prirent les reUgieux de payer par annuités, dans .la durée de cinq ans, une somme de quinze mille sols toulousains.
Un nouveau monastère se [undail ù cette époque dans le Toulousain , ou du moins était reconstruit et agrandi : c'était celui de la Gi âcc-Dieu. 11 dut tout son éclat et ses richesses à Cicard de Miramont et à Honoris de Durohort son épouse. Celte illxistre dame, du vivant de son époux, embrassa Fétat religieux à la Grâce-Dieu. Cette maison avait été primitivement occupée par des moines bernardins qui se rendirent à Bolbonne. Honoris mourut au mois d'avril 1280 : c'est ce qui conste de son épiiaphe que Ton voit encore gravée sur son tombeau de marbre blanc orné de sculptures en feuille d'acanthe. Au milieu paraît Técussoû des croisés, et sur le couvercle on aperçoit un armoriai poi laut un lion grimpant (1). Au mois de septembre mourut Cicard de Miramont. Son tombeau est encore dans TégUse de la Grâce-Dieu, où il est représenté armé de pied en cap, comme les chevaliers, avec son épiiaphe (2).
(4) ANNO on. 4S80, DIB 43 KàL. APML. OBIIT
BU H<mOIT8 VE DUBO-HOICI VXOllS CtGâSDI
DE MIBAMONTE MILITIS, CljJUS AMXA HKQUIES. IN PAGE. AMEN.
(I) ANNO GHBIST. 42S0 PBIDIS NON. SBfTEM. OBIIT NOBIUS
m GIGiEOI» DE Kn&HOIfTB PBO GUICB ANIMi PATBft AVE.
Le couvent de la Grâoe-Diea M, pliutard, cédé aux dames de
%li TBXPS IMTERMÉDlAIREâ.
Philippe le Hardi ([oiuia, au lauis de janvier 1280, des lettr6s datées de Pans dans lesquelles il expose < qne, » voulant épargner les travaux cl les dépenses de ses sujets » des sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne, Périgord , » Rouergue, Querci et Beaucairo, il envoie dans le Toulon- » saio des gens de son conseil , savoir : maître Pierre ar- » chidiacre de ^Saintes, Thibaud doyen de Bayeux, et Pierre » doyen de Saint-Martin de Tours, pour s> trouver eu » personne dans l'octave de Pâques, afin d'y entendre et • d*y juger suivant le droit et Téquité les demandes et les » requêtes des susdits sujets pour lesquelles ils avaient » recours à lui-même. .» Ën conséquence, deux des trois commissaires se rendirent à Toulouse et y tinrent une assemblée que plusieurs auteurs ont prise pour un parlement, mais qui cependant n'avait pas la forme de ces corps judiciaires. Les vice-gérants du roi rendirent plusieurs arrêts touchant quelques prétentions des seigneurs de la province sur certains domaines, et Bernard du Saisset abijé de Saint- Antonln adressa une requête à rassemblée de Toulouse pour que le sénéchal de Carcassonne fût obhgé U aller tenir ses assises à Pamiers. D renouvela aussi pour neuf ans,
FontcNTault. Il est aujourd Imi romplèlement détruit. L'église existe encore, et sert pour les ofiices de la paroisse. Elle était dédiée a siiiiit Jean-Baptiste. Il existe près du village une fontaine dédiée aussi à ce saint» et qoe l'on dit être miraculeuse. La dernière abbesse de la Giâce- Dlen fat Marguerite de LassaUe de Horessac» ' qui voulut , avant de mourir, voir les ruines de son monastère, et qui expira à la Grke en prononçant ces paroles i Jnte, Domine, speravi : non ûonfundairmœUft' num. A la révolution française, on ouvrit les deux tombeaux et on y trouva plusieurs tôtes : ce qui fait supposer qu'on y avait placé les corps des enfants des seigneurs de Miramont avec ceux de leurs pères.
TBHPB tHTBtMADl&tUS. tJZ
a?eG le roi , le parJage pour le château de Famiers et ses
forteresses. Ce prince prit en conséquence Tabbaye et le château de Pamiers sous sa sauvegarde.
Philippe vint , cette année, à Toulouse, et voici à quelle oeeasiou : il était toujours en guerre avec le roi de Castilie au sujet de lexclusion à sa courunne que ce dernier avait donnée aux deux princes ses petîts-ûls. Sur les iostances du pape, les deux rois consentirent à un accommodement, et fixèrent une entrevue qui devait avoir lieu en Gascogne» Philippe s avaiit^a jusqii à Mont-de-Marsan et Alfonse jusqu'à fiayonne ; de là, les deux rois traitèrent à Dax, par leurs commissaires. Philippe proiita de cette circonstance pom Yoir Pierre d'Aragon avec lequel il avait besoin de traiter de plusieurs affaires, et lui donna rendez-vous à Toulouse, au mois d'octobre. Ces deux princes s'y trouvèrent à cette époque, ainsi que Jacques de Majorque, frère du roi d'Aragon. Ils s'adressèrent des demandes réciproques, qui ne forent pas accordées. On croit que le but principal de cette entrevue avait pour objet le comte de Foix, qui était alors prisonnier dn roi d^Aragon.
Roger-Bernard, de concert avec les comtes d'Urgel et dePailhas, ainsi que divers auti^es seigneurs catalans, ayant formé une ligue contre ce prince, celui-ci marcba contre Farmée du comte de Poix et le força de se retirer au château de Balaguer près d^Urgei. Le siège de ce château lut entrepris le 24 juin 1280. Aussitôt Raymond de Marqueiàve, Ësquieu de Mirepoix, et une quarantaine de chevaliers du Toulousain, se jetèrent dans la place; mais ils se virent ohhgés de capituler, et devinrent tous prisonniers du roi d*Aragon, qui envoya le comte de Foix au château de
tli mm Mtsurtouiiis.
Siurana et dispersa les aatres dans la Catalogne^ Pierrè
d'Aragon désira de voir le roi de France à Toulouse aik de l'empêcher de donoer sa protection à son captif.
Guillaume .d'Alahun abbé de Mas-Garnier proiiia de la présence du roi de France à Toulouse pour placer son monastère sous la sauvegarde du monarque. Les religieui de cette abbaye étaient très-portés à la révolte; c'est ce qui détermina Guillaume à faire entrer le roi dans l'administration et le gouvernement de Fabbaye. Cette innovation se perpétua longtemps au Mas-Garnier.
Bernard de Saisset abbé de Saint-Antonin donna, vers cette époque, des règlements aux juifs de sa dépendance; il leur^ accorda la permission de foire leur résidence à Pamiers, et les autorisa à ne porter sur leurs habits, pour marque distinctive, qu'une petite roue tracée avec du fil.
Guillaume Robert! succéda, en 1280, à Bernard du Bosc dans le gouvernement de l'abbaye de Calers. Ce fut sous cet abbé que Raymond-Atou d'Auterive cboisit sa sépulture d^s régUse de cette maison.
Bernard de Maiemort était toujours à la téte de Tabbaye de S^Tbéodard. Après avoir eu, cette année-lk, un différend assez vif avec les cai mes qui s'étaient établis à Montaubao, il leur accorda la permission de construire un couvent dans i intérieur des murs, dy étabhr un cimetière tant pour eux que pour les habitants, à condition que le tiers des recettes reviendrait à Fabbaye.
L'université de Toulouse jetait alors un certain éclat par la renommée qu'avait acquise François Accurse, célèbre jurisconsulte, qui avait d'abord professé a Bologne. Sur les instances d'Edouaid 1" roi d Angleterre, il vint en
tUrS INTEtltDlàlBftS. fli
France et se fixa à Touioase, où ses savantes leçons
euieut un grand succès. On raconte que Jacques dô Ravenne Tint inco^mto se mêler à ses auditeurs. Un jour qu Accurse expliquait la loi sur les intérêts, Jacques lui lit des objections si sérieuses que, ne pouvant trouver de solution, le professeur fut obligé davouer que l'écolier en savait plus que le maître» n quitta Toulouse en et revint à Bologne, où il mourut quaiaiite ans plus tard: ce qui laisse à supposer qn*il était assez jeune quand il professait à Toulouse.
Uannée 1281 fut marquée dans cette ville par un déplorable événement. Il existait quatic ponts qui reliaient la rive droite à la rive gauche du fleuve : l"" le pont neuf, qui allait de la Daurade à Thospice de Saint-Jacques ; 2*" le pont vieux, qui allait de la halle aux poissons à Saint- Cypriea; celui qui commençait au port de Bidou ; i le pont de Comminges, près du château Narbonnais. Tous ces ponts étaient construits en bois. La veille de l^Âscension, on faisait tous les ans une procession en bàteau sur le fleuve; cette cérémonie attirait un grand nombre de curieux. Le 11 mai, le pont vieux s*afiaissa tout-à^soup sous le poids (les spectateurs, et deux cents personnes périrent au milieu des flots.
Bertrand de l'ille était alors à Toulouse, puisque, du consentement de Bernard de Montaigut abbé de Moissac, il unit 1 église de Saint-Martin de Cultur au prieuré de Sérignac. Il assista aussi à raccord que fit Vital de Yac^ quieis pi evôLdc Saiul-Etienne, par lequel ce dernier donna aux juifs de Toulouse rautorisation de transporter leui' cimetière près de la porte de Muiiluulieu.
276 TEMPS INTBBlIÉDUlftlS.
L'abbaye de Saiot-Volusiea de Foi& était alors gouvernée parAthon^quiayai^ succédé à GuiHaume II. Nous apprenons des chroûiques de cette époque que plusieurs religieux du Mas-d'Azil, 8*étant révoltés contre âuillaume de Pierre leur abbé, furent condamués k la prison. Cesl à ce sujet que Guillaume s'excusa de ne pouvoir se rendre au condle de Beziers dont nous avons parlé, dans la crainte que les moines qui s'étaient échappés de leur prison ne lui tendissent des embûches sur la route quil avait à suivre pour y arriver.
Bonhomme, qui avait succédé à Jean de Bologne daas le gouvernement de Tabbaye de Fenillants, fit en 1281 une transaction avec un seigneur nommé Bernard de Seysse$, en présence de Sicard de Barte abbé de Sainte^Marie de Lombez. — Bernard de Malemort abbé de baint-Théodard vit, dans cette année, toutes les possessions de son monastère confirmées par Raymond évéque de Cabors.>- Guillaume Jauffre abbé de Belleperche fit aussi une transaction avec le damoiseau Arnaud de Blémont, ûls du chevalier d'Escori)on, au sujet d'une portion du territoire de Pomaret en Lomagae.
Imbert avait été élu abbé de Bolbonne après la mort de Bernard de Saquart. Il fit part d un différend que Gilles, Tun des commissaires du roi dans la province, avait suscité à Marguerite comtesse de Foix., au sujet de la jundiction du lieu de Mazères dont il partageait le paHage avec la maison de Foi&. — L'abbaye de Sorèze perdit aussi, en 1282, Bernard II son abbé, qui n'est connu dans l'histoire que par la libéralité de Baymond Pons qui lui céda quelques terres dont le revenu devait être employé à entretenir
lEMFS IMEBMEDIAIOES. 277
pendant le carême une lampe dans réglise d« monastère. 11 eut pour successeur Pierre-Philippe d Auriac.
Au mois de février 1285, Bertrand de Fille et les autres évêques de la province écrivirent à. Philippe le Hardi en faveur de Tarchevêque élu de Narbonne. Bertrand de Fille et Vital Vacquiers prévôt de la cathédrale ayant eu un différend avec Guillaume Gaufridi abbé de Belleperchc, au sujet de plusieurs églises, ce différend fut dirimé par Fabbé de Mas-Garnier.
Le roi de France, qui s^était avancé vers les frontières de la Catalogne pour les mettre en sûreté contre les eiih eprises du roi d* Aragon, se rendit à Toulouse au mois de juillet, et y reçut F hommage de Pons de Saint-Just évêque de Beziers pour la baronie d'Hierle située dans les diocèses de Nîmes, de Lodcve, et de Maguelonne. Pendant son séjour à Toulouse, il donna des ordres pour l'agrandissement du château Narbonnais, qui s'étendit alors depuis les bords du fleuve jusqu à la prison des Hauts-Murats, le cimetière des juifs qui se trouvait sur ce terrain ayant été transporté ailleurs, comme nous Favons déjà observé.
De Toulouse, le roi se rendit à Carcassonne, où, d'après certaine chronique, il avait déjà fait tenir une assemblée présidée par Pierre d'Arablay ayant pour assesseurs des évéques, abbés et barons, et devant laquelle fat cité Eustache de Beaumarchais sénéchal de Toulouse, qui fut absous de toutes les accusations intentées contre lui. Philippe revint bientôt après à Toulouse, où il fut accompagné par Jaques roi de Majorque, seigneur de Montpelher. Ce fut alors que les consuls de Toulouse présentèrent à son approbation les coutumes de cette ville, que le roi approuva
f78 TUM omMiMàiBn.
à Nimés« au mois d^octobre 1283. Ces coutumes étaient
éparses dans plusieurs registres sans ordre : le roi coûlia ]eur rédaction à Bertrand de Montaigut abbé de Moissac» Ym des plus célèbres juiisconsultes de son temps, k Eustache . de Beaumarcbais, et à Etienne de Mortel jugemage. Ceux-ci divisèreat ces coutumes en quatre parties. La prèmiëre traite des formalités de justice; la seconde, des dettes; la troisième, des dots ; et la quatrième, des fiefs. La plupart de ces coutumes sont conformes au droit romain. Quelques années plus ^rd, un auteur anonyme ajouta à ces coutumes un assez long commentaire dans lequel il examine la signification du mot capitoul donnée aux consuls de Toulouse» qu'il croit dériver du mot capiu^^ mais qui probablement yieul du mot capitulum, chapitre ou conseil de Tille,
Le roi établit pour lieutenants dans le T(miousain Foulques de Laon» archidiacre de Ponthieu, et Thomas de Paris, chanoine de Reims. Nous trouvons leurs noms dans des lettres qu'ils donnèrent à Ëustache de Beaumarchais pour confirmer le privilège que le comte Alphonse avait accordé aux habitants de Toulouse de ne payer qu'un denier toulousain de péage pour chaque saumée de poisson qu'on apporterait de la mer en cette ville.
Talhafer abbé de Nizors céda au monarque français une partie du territoire de Monban, du consentement d Auger de la Tour abbé de Bonnefont, qui mourut peu de temps après et eut pour successeur Guillaume Lupi.— Gaufridi de Grand-Selve obtint à cette époque des lettres de sauvegarde, en faveur de son monastère, de la part d'Elie de Talleyrand vicomte de Lomagne et d'Auvillar. il
TEMPS hNTËllUÉDiAlHES.
fit aussi une transaction, par la voie de son procureur fondé et de ses religieux, avec Raymond Garsias abbé de la Capelle, au sujet du territoire de Tircapel. Garsias mourut peu de temps après cet accord, et eut pour successeur Arnaud-Guillaume de Corduno, qui gouverna la Capelle jusqu'à la ûn de ce siècle.
Bertrand d'Auriac abbé de Calers, qui avait succédé à Guillaume Roberti, fit encore quelques accords avec Bertrand de TÎHe. Ce prélat traita en 1284 avec les habitants de Lavaur au sujet du neuvième des dîmes et prémices de certaines denrées qu'il prélevait sur leur territoire. Dans cette affaire, les deux parties prirent pour arbitre Pierre de Bui lis abbé de Liiuibez, qui était aussi chanoine de Toulouse, et Bernard de Latour abbé de Saint- Papoul.
Guillaume de Jauffre abbé de Bellepercbe, régla dans le
même temps ce que devaient payer les habitants de certaines paroisses de son abbaye pour les funérailles et Vadministration des sacrements de baptême et de mariage. (On voit ici Tantique usage du casuel paroissial.) Jl transigea aussi sur quelques péages avec Bertrand de Durfort baron de Clermont, et après avoir gouverné Tabbaye de Belleperche jusqu'aux dernières années du treizième siècle, il devint, évèque de Bazas.
Bernard de Saisset abbé de Saint-Antonin reçut du roi de France la commission de faire quelques accords aveo Roger-Bernard comte de Foix sur certain^ droits établis dans la ville de Pamiers. Ce fait donne à supposer que ce dernier seigneur avait été rendu à la liberté par le roi d'Af agonit qu il était rentré dans ses états, puisque le 9 juiu
2S0 TUIP& UiTARM&DUilIft.
iWk il se trouvait à Vaiîlhes, où il permit, à la prière de Braiûsseade de Cardomie sa mère, à Braidie abbesse de Valaère, de Tordre de Citeaux, d'acquérir quelques ûe(s, et fit hommage eu mâme temps à Amelias abbé de L&Eat
pour le pariage de ce lieu.
De grands préparatifs se faisaient en France pOfor la guerre d Aragon. Aux fêtes de Pâques 1285, le roi se mit en marche vers Toulouse, et j arriva le 19 avril, smi de la reine et des dames de la cour, des princes Philippe et Charles ses fils, de Jean Cholet légat du pape, et de la principale noblesse française. De Toulouse, il se rendit h Avignonet, puis à Carcassonne, où il laissa Marie de Brabant sa femme et les autres dames. Le 1" de mai, il lit son entrée à Narbonne. Son armée se composait de vingt mille cavaliers et dé cent mille fantabsins; sa flotte comptait cent cinquante galères. Le sénéchal de Touloiise joignit Tannée à la tête de la noblesse de sa sénéchaussée, et fut dé^iulé à Jacques roi de Majorque pour Tattirer, contre son propre frère d'Aragon, dans le parti de rinlippe. Il réussit dans ce projet. Le récit de la guerre des' rois de France et d'Aragon n'appartient pas à notre histoire ; nous dirons seulement que le passage des Pyrénées fut ménagé à Philippe par Tabbé et les religieux du monastère de Sureda, qui étaient nés dans le Toulousain ; que cette expédition ne fat pas heureuse, et que le roi de France mourut à Perpignan, au mois d'octobre l!2ë5.
Au mois de juin précédent, une Importante assemblée se tint dans le monastère de Saint-baturnin de Toulouse. Bertrand Gaufridi abbé de Grand-Selve avait étaUi depuis quelques années un collège de théologie sous le nom de
«PS OCnUÉDIAlUB. S84
SaiQtrBemard, près de la basilique, n déaira faire cons-
U'uire une église à côte de ce collège; à cet eiïet, il adressa une defiiande à Aroand de ViUenrar abbé de Saint-Satarnin, qui accorda, avec le consentement du chapitre, Féreclion de cette église, à certaines conditions très étendues el qui sont spécifiées dans l acté qui fut dressé k cette occasion. La position de Toratoire est déterminée : elle doit s^étendre sur la rue qui conduit du lieu appelé Posomilairo (PouzonfiUe) jusqu'à Matabeuf (Matatovm). il importe d'obsenrer que cet acte est iuuuiib à l'appi obation de Vévêque de Toulouse. Parmi les noms des cbanoines de Saim-Satumin qui assislèi eut à cette assemblée, on trouve Raymond de Saint- Loup, Vital àes Martyrs prieur de Martres, ftapiond Aton prieur de Calment, et de Pruliac pi leur de Blagnac.
Ce fut à cette époque que Bertrand de TlUe, sentant arriver sa fin, fit son testament au château de Balma. Cet acte aatbentique nous montre la magnificence et les immenses richesses de ce prélat. Il laissa : l*» une somme considérable pour terminer les plaques d'argent qui recouvraient le haut gradin et le devant de Tautel du cbœur. Ces plaques présentaient des images ^de saints ; deux mille livres pour la construction d*une chapelle à saint Simon et à saint Jude, apôtres; 3'' six cents livres pour la fondation de messes au jour de Fanniversaire de sa mort; 4* ses ornements pontificaux et toutes ses tapisseries à son é^se; 9* sa belle mitre, sa crosse, son bel anneau, sa cbape blanche brodée d'oiseaux à son successeur; ô"" mille caUces d'argent ou de vermeil qui doivent être distribués aux églises et monastères de la province; 7" quatorze cents livres de rente annuelle pour armer six che*
282 TBHFS UflBEXÉDUlRBS.
valiers; 8** diverses sommes h. tuus les couvents, abbayes, maisons religieuses, églises de Toulouse et de la province; 9** cinq cents livres à chaque maison des chevaliers du Temple et des hospitaliers de Saint^ean; 10^ des legs particuliers aux églises de Ville-Jourdain, Narbonne, Beziers, Carcassonne, Hagnelonne, Montpellier, Lodève, Uzès, Albi, Cahors, Elne, Agen et Comininges; 1 !" enfin plusieurs prébendes ou chapellenies fondées à TlUe, à Montaigut, à Mondonville, à Notre-Dame de GravesoUe.
Sa maison était composée de douze chapelains, quatre damoiseaux, douze écuyers, trois courriers, fauconniers, cuisiniers, gens de service. Il avait trois grandes bibliothèques, une pour le droit civil, Vautre pour le droit canonique, la troisième pour la théologie. Trois médecins étaient attachés à sa personne, n déclara dans son testament que tous ceux auxquels les. guerres de sa famille avaient causé quelques dommages, devaient être payés sur ses biens ; il voulut qu après sa mort on habillât mille pauvres, et qu on mariât de simples et honnêtes filles aux dépens de sa suc^ cession. 11 institua pour ses exécuteurs testamentaires Var* chèvêque de Narbonne, Bernard comte de Comminges, Vital de Vacquiers prévôt de sa cathédrale, son frère Jourdain de nile, et le fils de ce seigneur.
Après avoir tracé ses dispositions dernières, Bertrand de rnie-Jourdain mourut dans les derniers jours de janvier 1286. Ce prélat a était pas moins illustre par sa piété et sa doctrine que par sa haute naissance. Il gouverna TEglise de Toulouse pendant dix-huit ans. Nous avons parlé plus haut de tout ce qu*il fit pour, la construction du chœur de sa cathédrale et Vornementation de ses autels. 11 fut le premier
TEMPS ntTBUfiOUIEBS. 283
évèqae de Toulouse inhumé dans Féglise de Saint-Etienne. Ses exécuteurs testamentaires lui élevèreni, dans le sanc* tuaire, au côté de révangile, ûn magnifique tombeau d*aîrain supporté par quatre lions. Ce mausolée fut détruit dans raffreux incendie qui dévora le chœur de la cathédrale, an
commencement du dix-septième siècle.
Hugues Mascaron, chanoine de Saint-Etienne et abbé de Lombers, fut élu pour successeur à Bertrand de TlUe. Mascaron était déjà évêque au mois de mars, puisque, à cette date, il opéra un échange avec iBertrand de Fodoas, écuyer. Le lundi avant le jour des Cendres, il fit un accord avec le roi Philippe le Bel au sujet du serment que ce prince exigeait pour les biens temporels de TEglise de Toulouse. Le roi lui donna un sursis, sur la promesse que lit l evèque de lui payer 4,000 livres tournois. Vers la fin de mars, il rendit hommage. à Tarchevêque de Narbonne, et approuva la fondation du collège de Saint-Bernard auprès duquel Bertrand de Grand-Selve venait de faire construire une cha^ pelle pour les étudiants en théologie. Cette construction avait été ikite avec le consentement d'Arnaud de Viliemur abbé de Saint-Saturnin.
Dans le cours de Tannée 1286, il se tint à Saint-Ëtienne une assemblée générale du- chapitre de cette église; elle fut présidée par le prévôt Vidal de Vacquiers, qui y dressa des statuts pour régler la discipline de cette église. Ces statuts, les plus anciens peut-être dont il soit fait mention dans l'histoire, ne sont pas venus jusqu'à nous.
Baymond Âton gouvernait alors Tabbaye de Mas-d*AziL Il approuva les coutumes que les consuls de cette ville avaient dressées pour les habitants : ce qui semblerait
Së4 TBVn INTBMrtDUIRIS.
lodiquer que les abbés de ce monastère exerçaient quelque juridiction temporelle eu ce lieu.
Bertrand II de Mirèmont, évéqne de Comminges, mourat en cette année. Ce siège demeura longtemps vacant. On place aprte loi Arnaud Mascaron, cbanoine de Saint- Etienne de Toulouse, vers Tannée 1294. 11 paraît que son Section ne fat pas approuvée, car vers ce même temps on nomma un autre évéque, comme nCus le verrons en son lieu.
Las anciennes chroniques rapportent qu'en i année 1286 mourut k Toulouse, en odeur de sainteté, une fille d'illustre naissance nommée Jeanne « que I on croit avoir appartenu à la maison comtale. Elle avait fondé un institut connu sous le nom de tiers-ordre de la Glorieuse Vierge Marie. Elle fut ensevelie dans la nouvelle église des Grands-Carmes, dans une chapelle dédiée à saint Martial. Nous ignorons quel est le tiers-ordre dont il est ici question. A la vérité, un monastère de cisterciennes s'établit à Toulouse sous le pontificat de Bertrand de mie, au fan- , bourg Saint-Cyprien. Jeanne aurait-elle été la fondatrice de ce nouvel institut ? Nous parlerons, au seizième siècle, de rinvention du corps de cette sainte hlle et du culte qui lui a été rendu.
Phihppe le Bel n'avait que dix-sept ans quand il succéda à son père. France était alors en guerre avec FAragon, et le roi d'Angleterre intervint pour rétabUr la paix entre les deux royaumes. Le pape ne demeura pas étranger a cet événement, car au commencement de Tannée 1287 il envoya deux légats qui passèrent k Toulouse et se rendirent à Bordeaux. La paix ne put être conclue; cest ce qui déter-
TEMPS l^TËaMbUiAlEES. 285
imiia Philippe à envoyer Robert duc de liuurgogiie et Uaoul de Ciermont connétable de France pour agir dans la province contre le roi d'Aragon. Ils doiiaèi eiiL commission au sénéchal et au yignier de Toulouse de se transporter dans les bastides royales du pays pour faire restituer les biens qui pouTaient avoir été usurpés sur les seigneurs ecclésiastiques cl laïques depuis l'union du comté à la couronne.
Vers la lin de Tannée précédente, était mort dans Tabbaye de Sorèze un seigneur nommé Lancelot d'Orgemont qui, dans âon testament en faveur de cette abbaye, se qualifie de grand et premier maître du parlement de Langue dOc. Ce document paraîtrait indiquer qu'un parlement existait à Toulouse à cette époque; mais nous pensons que ce mot indique seulement des assemblées tenues dans les provinces, à certaines époques, au nom du roi, par ses lieutenants. Il est certain, en eijOet, qu en 1^7 une assemblée de cette nature eut lieu à Toulouse ; elle ftit présidée par Bertrand de Montaigut abbé de Moissac, maître Laurent de Voisins chefcier de Chartres, et maître Jean de Nausone chanoine de Laon. On rendit, dans cette assemblée, trente^euf arrêts pour la seule viguerie de Toulouse. 11 s'en tint encore une autre un peu plus tard, à laquelle se trouva Pierre de La Chapelle chanoine de Paris, et enfin une troisième à la fête de saint Martin. 11 est très important d*ob8erver que les lieutenants ou commissaires du roi tinrent, pendant plusieurs années, de pareilles assemblées à Toulouse et dans la province.
Le cinq des calendes de juillet, Mascarua évêque de Tou- , loQse ordonna au recteur de Sainte-Gabelle de restituer aux moines de Vabbaye de Bolbonne le huitième des dîmes
S86 nOIM IMTBMIÉOlilfeBS.
du liea d'Arbouville qu*il tenait en séquestre. Nous apprenons de ce document que Sainte-Gabelle ou Gavelle dépendait toujours des domaines temporels de l'évêché.
L'abbaye de Saint-Laurent de Goujon avait alors à sa tête Alasacie des Rosses, qui avait succédé à Longrue d'Aroche. . Elle gouvcMia cette maison jusquen l'année 150j.
Gailhard de Miramont fut nommé, en 1287, prieur du monastère de la Daui ade à Toulouse et le dirigea jusqu'en
Celle année, mourut à Grand-Selve Bertrand Gaufridi qui avait été abbé de ce monastère pendant dix-huit ans. — Amauri de Brassioles fut élu abbé de Calers par la mort de Bertrand d'Auriac. 11 n'est connu dans Ihistoire que par une transaction qu*il fil avec les consuls et les habitants de Pamiers.
Sicard de Bartes, chanoiue de Toulouse et abbé de Sainte- Marie de Lombez, mourut à cette époque. Ce monastère dépendait du chapitre de Saint-Etienne. 11 eut pour successeur Piiefort de Rabastens.
Le 29 janvier 1288, le roi ordonna aux sénéchaux de son royaume de publier qu'il n'y avait aucune trêve entre le roi d'Aragon et lui. Les commissaires de Philippe exécutèrent à Toulouse les ordres du monarque. Dans de nouvelles séances qu*ils tinrent en cette ville, vers les fêtes de Pentecôte, ils condamnèrent le comte d'Astarac à réparer les dommages qu'il avait causés à Tabbaye de Simorre, et rendirent un arrêt contre les consuls de Toulouse qui avaient violé le droit d'asile en enlevant un criminel de Toratoire de Nazareth, où il s'était réfugié. Voici conmient ils s'expriment :
• Bernard, par la miséricorde de Dieu abbé de Moissac, Laurent de Voisin, Pierre de La Chapelle chanoine de Paris, les clercs de notre seigneur le roi de France tenant pour le roi le parlement à Toulouse, au viguier de Toulouse salut. Nous vous envoyons un certain arrêt que nous avons dressé, et dont la teneur suit : « Â tous Ténérables gens tenant le » parlement du roi à Toulouse, signilie le chapitre de Saint-
• Etienne qu'un certain homme s'étant réfugié à Féglise < » de Nazareth, et les députés des cuusuls de Toulouse l'en B ayant retiré par force, conduit à la maison de ville, et les » consuls l'ayant interrogé et mis à la question au préju-
> dice des droits de cette église, les consuls ayant relaxé ■ cet homme sur la demande du chapitre, et Fayant fait » reconduire à Nazareth et là garder à vue, le chapitre de-
• mande que Ton n'enfreigne jamais les immunités de cette » église : sur quoi le chapitre requiert qu'on lui rende sur » cela bonne justice ; le parlement ordonne qu*on garde
• iimmunité de cette égUse, qu'on en éloigne les gardes,
• et qu'on permette à ce malfaiteur de se reposer, manger
• et dormir; et défendons quon lui enlève les aliments.
> Le viguier de Toulouse est chargé de l*exécution du pré-
> sent arrêt. — Donné à Toulouse, le samedi après Foc- » tave de Pentecôte. »
Cest là un des plus anciens monuments indiquant Texis-^ lence de cette chapelle qui dépendait du chafutre de Sainte Etienne. Elle était alors bâtie hors des murs, et ne iut construite au lien qu'elle occupe aujourd'hui qu'an seizième siècle.
L'abbé de Moissac, Laurent de Voisin et Jean Nausone
tinrent encore, dans le courant de tannée 1288, d autres
288 TKMPâ lNTi&aMÉDiAUl£&
séances qui eurent pour objet ceriaiues alMres de ia province.
Vers ce même temps, iMascarou transigea avec le procarear du monastère de Narbonne au sujet du territoire de Faisinals qu'ils possédaient par iudivis. 11 obtint du pape Nicolas IV rautorisatioQ de conférer les cures de son diocèse qui n'étaient point possédées par les prêtres. Sous son pontificat, les pénitents connus à Toulouse sous la dénomination de Béguins, du nom d'un marchand de cette Tille qui les avait fondés, embrassèrent la règle de saint François d'Assise sous le nom de lierçaires, et s'établirent non loin du couïent des dominicains (à la rue Pargaminières).
Comme la guerre existait toujours entre les rois de France et d'Aragon, Philippe nomma, pour la continuer et commander dans la province, Simon de Melun maré- ^ ctaal de France et Enstache de Beaumarchais sénéchal de Toulouse. La noblesse du pays alla servir sous leurs ordres. Cependant, à la sollicitation du pape, les négoda- Uons furent reprises au mois de mars 1290. Le poniiie envoya, à cet effet, en France les cardinaux Benoit Gajetan et Gérard de Parme, et après bien des négociations la paix fut conclue entre ces princes.
Ce fut à cette époque que Roger-Bernard comte de Foix succéda dans la vîcomté de Béam à Gaston de Moncade son beau-pere. Celui-ci avait eu quatre ûlles de Mathe de Mastas comtesse de Bigorre et vicomtesse de Marsan : l** Constance, qui épousa successivement Henri prince d'Angleterre et Alfonse infant d'Aragon, dont elle n*eot point d'enfants ; Marguerite, qui épousa Roger-Bernard,
tSHPS INTBRSitDUIftES. 289
et qui eut eu dot le Nébouzan dont la ville de Saint*
Gaudens est la capitale ; 5^ Malhe, femme de Géraud comte d'Armagnac; 4'' Guillaumette, qui, après la mort de son père, épousa Pierre, fils de Pierre lîl roi dWragcn. Gaston, D'ayant que des filles et Constance son aînée n'ayant point dcQfants, résolut de laisser sa succession a iMaiguerile comtesse de Foix, Il lui fit donc une donation solennelle de ses bians, et en fit dresser l'acte sur lavis d Arnaud Novelli, professeur en droit et officiai de Toulouse. Constance et Guillaumette adhérèrent à cet acte ; mais la comtesse d'Armagnac refusa de donner son consentement : c'est ce qui donna lieu à la longue guerre qui divisa les maisons de Foi& et d'Armagnac. Le comte de Foîx prit toutes les mesures nécessaires pour s'assurer la jouissance de la ylcomté de Béarn. Le 11 mai 1290, il écrivit au roi d Angleterre, lui promettant de lui rendre homuiage du fiéarn au nom de la comtesse sa femme.
Roger-Bernard continuait à faire des entreprises sur l'autorité royale ; il maltraita, tua ou emprisonna divers ser-^ geiils loyaux que le sénéchal de Toulouse avait envoyés pour la garde des biens de l'abbaye de Calers situés dans les dépendances de la bastide de Gaillac, dans le Toulousain (Gaillac-Toulza), et donna retraite à plusieurs proscrits. Sur ces faits, le roi ordonna a Simon lirisetête sénéchal de Carcassonne de citer le comte à comparaître au prochain parlement de Toulouse. Effrayé de ces menaees, le comte chercha à se réconcilier avec te roi, mais son pardon ne lui fut accordé qu'à certaines conditions.
Le parlement ou commission royale fut tenu en 1290 par Bernard abbé de Moissac, Laurent de Voisins sacriste do ru 49
S90 TEMPS INTBMitDUItBS.
Chartres, Pierre de La Chapelle chanoine de Paris, Gilles
Camélia chanoiue de Meaux, Pierre de Biagoac, et le chevalier Jean de Penne. Ils rendirent un arrêt contre les sergents des capitouls qui avaient jeté dans les fers Eltric de Castelpers, au mépris des privilèges des nohles, et envoyèrent aussi au roi une information qu ils avaient faite en son nom louchant des acquisitions que les carmes avaient opérées pour l'agrandisse ment de leur couvent.
Mascaron évéque de Toulouse eut, cette même année, un différend avec l abbé de Cluni au sujet de la juridiction du monastère de Lézat, et assista au serment que Févêque d'Elne prêta au chapitre de Nai bonne. Dans le même temps, Vital de Vacquiers prévôt de Saint-Etienne tint une grande assciiililée capitulaire dans laquelle on décida que les chanoines devaient restituer tout ce quils avaient pris sous la foi d'autrui. Le prévôt mourut peu de temps après cette assemblée, et (ut inhumé dans le cloître, avec une épitaphe. Il eut pour successeur dans la prévôté Arnaud-Roger . de Comminges.
L'église de la Daurade à Toulouse était gouvernée par Gaillard de Miramont, qui céda quelques biens à Auger du Falgarabbé de Bonnefont. Il obtint, laniiée suivante, du pape Nicolas IV des indulgences pour ceux qui visiteraient son éghse aux jours des fêtes de la Sainte- Vierge.
Adrémar de Pins fut créé, en 1290, abbé d^Ëaunes à la place de Bertrand de Maraso. Il avait été syndic de ce monastère.
L*an 1291, H se tint à Toulouse plusieurs parlements. Les arrêts qui nous ont été conservés nous apprennent les noms des divers membres qui les composaient : c*étaient
TEMPS l.NTEaMÉDUlRBS. 294
Airaeric abbé de Sorèze, Pierre de Montréal de Laon, Guillaume de Taluca d'Orléans, Jean Dufour de Paris, Gilbert de Rainpio, Izam de Valans, Michel de Buscaroube. L'un de ces arrêts avait pour objet Félectioii d*un juif, Germain Rubeu, à la dignité de consul de Toulouse. Cette élection fut annulée par le parlement, comme contraire aux règlements en vigueur.
Arnaud-Roger de Commînges prévôt de Saint-Etienne, dont nous venons de parler, fut institué exécuteur testamentaire de sa sœur Mascaronne comtesse de Rodez. Sa place lui fut disputée par Guillaume de Mandagot, qui venait d*ôfre nommé évèqne : c*est ce qui obligea le prévôt à partir pour Rome, où il plaida sa cause auprès du pape, qui le confirma dans sa charge. Pendant ce procès, Hugues Mascaron évêque de Toulouse ayant cédé quelques églises dépendantes de la prévôté, plainte fut portée au pape, qui désigna le prieur de Cassand, Géraud évêque d*Arras, Lnnard de Ferrentine archidiacre de Langres; pour opérer la restiluliuii de ces églises. Ces commissaires délièrent les abbés du Faget de Passan pour traiter de cette affaire, qui ne fut conclue que cinq ans plus lard.
Pierre Alforici abbé de Grand-Selve et Ëustache de Beaumarchais sénéchal de Toulouse venaient de ionder la ville de Grenade sur Garonne. Le premier soin des fondateurs fut de donner des privdéges et des coutumes aux nouveaux habitants. Le sénéchal les publia en présence de Béraud Sancii juge de Rieux et de Barthélemi de Lagarde juge d*Atbigeois. Le 11 mai , Philippe le Bel approuva ces privilèges et coutumes, dont voici quelques articles : 1* R est permis aux habitants de marier leurs filles où ils voudront,
292 TEHPS IKTERUÉDUmES.
et d*élever leurs fils dans Fétat ecclésiastique. ^ Les habitants ne peuvent être mis à la question. On imposera des amendes à ceux qui laisseront entrer des bétes dans les prés et vignes» ou qui entreront eux-mêmes dans la propriété d'autrui ; à ceux qui ne feront pas le poids, aux vendeurs qui frauderont dans le commerce. Ces amendes doivent être payées au roi et à Tabbé de Grand-Selve. 4* Si quelqu'un meurt sans héritiers, ses biens, après un délai déterminé, passeront au roi et à Tabbé. 5* Tout débiteur qui n'aura pas payé sa dette dans quinze jours, payera une amende au roi et à Tabbé. Tout homme surpris en adultère sera proiiiené par la ville, et payera une amende au roi et à Tabbé^ L*abbé de Grand-Selve, en qualité de seigneur, convint de posséder la nouvelle ville en pariâge avec le roi.
La ville de Grenade avait autrefois une ceinture de hautes murailles flanquée de quatre tours principales, dont une était penchée comme la luui de Pise ; une autre tour qu'on appelait de la Porte de Toulouse servait de prison ; une troisième portait le nom de intir de Save, et la quatrième celui de tour de Verdun. Plusieurs communautés religieuses, telles que les capucins et les dames ursuliiies, s'y établirent successivement. La grande et belle église qui existe aujourd'hui fut bàlie par les soins des abbés de Grand- Selve, quelque temps après la fondation de la viUe. Mie était desservie par des consorcistes, un archipêtre et trois vicaires.
La magnifique église des dominicains de Toulouse, dont Raymond du Falgar avait jeté les fondements, fut entièrement terminée en 1291, par les soins et les libéralités de
Raymond d lkuiaud, prieur du monaslèru. l.a première messe y fut célébrée, le jour de la Puiiticatioa de la Vierge, par Bertrand de MontaigLit abbé de Moissac.
L'abbaye de Belleperche perdit à cette époqae Guillaume de Jauffre son abbc, qui fut promu à Tevêché de Bazas. Il ne jouit pas longtemps de son évéché, et mourut peu de de temps après son élection. Ou Tinbuma dans l eglise de Belleperche, auprès de Tautel principal* Son successeur dans l'abbaye fut Gautier de Clarens, abbé du Périgord.
£a 1^92, Mascaron évêque de Toulouse défendit à son officiai d'excommunier à l'avenir les moines de Citeaux et de les citer à son tribunal. Cétait un abus qu'il fallait promptement réprimer, et qui ne pouvait qu'exciter des querelles continuelles entre le clergé régulier et le clej gé séculier. L*année suivante, les inquisiteurs de la foi à Toulouse se rendirent au parlement qui fut convoqué a Montpellier et présidé par Alphonse de Rouaïra, chambellan du roi de France. L'objet de cette assemblée était de corriger aussi quelques abus. Nous trouvons le nom de févéque de Toulouse dans la concession que Cenlulie comte d'Ârmagnac fit de ce comté a Bernard son fils.
Au commencement de l'année 1294, le roi envoya dans la province Raoul de Clermont seigneur de Nesle, connétable de France, à cause de la guerre qu'il devait déclarer aux Anglais. Ceux-ci s*étaîent portés à quelques excès contre les sujets du roi de France, ce qui détermina ce dernier à repousser l'attaque par les armes. Philippe .fit donc partir son connétable, avec ordre de se saisir du duché d'Aquitaine et des autres domaines soumis aux Anglais. Le connétable arriva à Toulouse au mois de janvier, et donna com-
tH TEMPS IXTKBMÉOIAIRBS.
mission aux abbés de Belleperche et de Graad-Solve, à Raymond Amelius de Pemie et GaiUaumed'AbaQ chevaliers, à Etienne Morel et Sicard de Lavaur clercs du roi, daller à Saint-Macaire en qualité d^ambassadeurs signifier à Jean de Saint-Jean, lieutenant du roi d'Angleterre en Aquitaine, la saisie de ce duché, et le sommer de le lui remettre.
Les ambassadeurs quittèrent Toulouse, suivis de leurs notaires et de plusieurs seigneurs du pays. Les abbés avaient emmené avec eux quatre religieux. L'abbé de Belleperche porta la parole, et somma Jean de Saint-Jean de restituer le duclié d'Aquitaine. Celui-ci refusa de reconnaître leur autorité, et les commissaires revinrent à Toulouse.
En leur absence, le connétable lit divers règlements pour la police de cette ville. Le 13 de janvier, il rendit une ordonnance touchant l'exercice de la justice que l'cvéque de Toulouse avait sur les clercs, et défendit à^révéque de tenir à sa solde des gens armés, soit clercs, soit laïques, pour la recherche des clercs de son diocèse qui avaient commis quelques délits. Nous apprenons de divers autres actes dn connétable que, pour fourmr aux armements tendant i soumettre au roi le duché d' Aquitaine, il imposa un subside de six sols tournois par feu.
Malgré les oppositions du lieutenant du roi d'Angleterre, il ne fut pas difficile au connétable de s'emparer de l'Aquitaine : les Anglais hvraient eux-mêmes leurs places. Hais Edouard n'approuva pas la conduite de ses officiers, et résolut d'employer tous les moyens possibieù pour ressaisir cette province. Après avoir sollicité l'ai* liance de plusieurs princes, il se disposa à passer la mer. En attendant, il nomma son neveu Jean de Bre*
T£MPâ LNTEEitÉOUiEEâ. 295
iagne pour commander en Aquitaine en son nom, et lui doDDa pleio pouvoir de traiter avec le comte de Foix tliii de Tattirer dans son parti. Ce seigneur demeura fidèle au roi de France. La guerre éclata alors entre Philippe le Bel el le roi d'Angleterre; mais le pape ût luu^ ses efforts pour en arrêter le cours, et envoya k ces princes les cardinaux d'Albano et de Palestrine, dont la mission devait avoir pour but les négociations de la paix» ou tout au moins une suspension d'armes.
Les efforts du pontife ne furent pas couronnés de succès. Au mois de déceiubie 1294, les Anglais, conduits par le duc de Bretagne, débarquèrent à Temboucbure de la Garonne et s'emparèrent de plusieurs places situées sur les bords du fleuve. Le l*' janvier 1295, Bayonne fut soumis à leurs armes ; mais Charles comte de Valois, étant . venu au secours du connétable, reprit quelques-unes de ces villes.
Nous toucbons dans notre bistoire à Tépoque de Térection de Tévêché de Pamiers, qui eut lieu en 1296. Bonilace VUl, dans sa bulle, expose les motifs qui le déterminèrent à démembrer le diocèse de .Toulouse : c'était son étendue, la difûcuilé où se trouvait Févéque de veiller au salut d*un aussi nombreux troupeau, les richesses de cet évêcbé, qui pouvaient sufiire à Fentretien de plusieurs prélats, et le projet de cette érection déjà formé par Qément iV. 11 assigna au iutur évêque de Pamiers sept mille livres tournois de rente sur Févéché de Toulouse, et partagea ce diocèse par une ligne transversale depuis le lieu de Grépiac d*un côté jusques à la Garonne, et de Tautre ]usqu à la rivière de i Agout : en sorte que le nouveau dio-
S96 TBMM wmiiiDuius.
cèse fut formé de la partie méridionale de celoi de Toulouse.
A peine Hugues Mascaron évéque de cette ville eut-i!
appris rérection de révêché de Pamiers, quil se rendit à Rome pour y mettre obstacle. Tout en sauvegardant sa
bulle, le pape, par égard pour Tévêque de Toulouse, différa la nomination du nouvel évêque ; mais il ne tarda pas à réaliser ses projets, car Mascaron monnit a Rome le 6 décembre 1296, après avoir gouverné FEglise de Toulouse pendant onze années. Son corps fui transporté, quelque temps après sa mort, à Toulouse, et Inhumé dans la grande église des Dominicains, auprès de Tantel principal, au côté de révangtle. Ce prélat, recommandal>le par sa piété, avait élé élevé an sacerdoce pai* les soins de Uaymond du Falgar, dont il était parent ; il appartenait à une illustre îàmille qui tiiait son nom du lieu de Lamasquère, et exerçait des droits seigneuriauiL sur Auterive, le Vernet, Beaumont, SaiiiLc-Gabellc, Miremont, et autres lieux. Lorsqu'on construisit le splendide mausolée de saint Thomas d*Aquin, le corps de Hugues fut exhumé et transporté auprès des balustres de fer qui séparaient le chœur de la nef de Téglise.
Après la mort de Hugues de Mascaron, le pape réserva la nomination de révêché de Toulouse, et y appela Louis, deuxième iils de Charles 11 roi de Sicile, qui a était alors âgé que de vingt-deux ans.
Ce jeune seigneur était né à Brignolies, eu 1274; il était fils de Charles II duc d'Anjou, prince de Salerne, comte de Provence et roi de Sicile , et de Marie princesse de Hongrie. Il fut confié par son père , pour son éducation, aux
TBIIfS INTBEMÉDUUIES. t97
religieux franciscains, et eut pour maiti es dans les sciences humaines Richard de Midleton, docteur de FuDiversité de Paris, Guillaume de Fulgaria, Pons de Carbonnel, etc. On loi donna pour gouyerneur GuiUaome de Monier gentilhomme provençal, et pour précepteur Jacques d'Euse ou d^Ossat. Louis fit des progrès rapides dans la science et la piété, et dès son bas âge il montra un indicible attrait pour les saintes austérités de la pénitence. Un événement inattendu vint le jeter dans les fers.
Pierre roi d* Aragon n*avait jamais renoncé à ses prétentions sur le royaume de Naples : c'est ce qui le porta à préparer une nombreuse flotte et à venir attaquer cette ville. Charles d'Anjou, aïeul de notre >aint, se mit en état de défense. Le prince de Salerne son (ils vint à son secours et livra le combat aux Aragonais; mais la trahison du comte d'Acerra le livra à Roger Doria, chef des troupes ennemies, et il fut conduit prisonnier à Messine. Là, le prince de Salerne fut condamné, par les ordres de Constance, épouse du roi d'Aragon, à avoir la téte tranchée. Heureusement pour lui, que la sœur de cette princesse était retenue prisonnière à Naples, et qu*on préféra la liberté de la captive à la mort du royal captif. Le prince eut donc la vie sauve, et fut envoyé pnsonnier en Aragon. Pendant qu'il était dans les fers, Charles 1*"' mourut, et lui laissa sa couronne. Pour adoucir les horreurs de sa prison, il demanda et obtint qu'on conduisit auprès de lui ses deux enfants Louis et Robert. Ces jeunes princes se rendirent donc à Barceionne.
Touché des malheurs du nouveau roi de Sicile, le pape Nicolas IV traita auprès d'Alfonse roi d'Aragon, qui venait
t9B TIHPS UlTSliMÉDUiaKS.
de su€Géder à son père, de la délivrance de Charles II ; OD stipula des condilious, dont la principale garantie fui qae les trois enfants du captif, Louis, Robert et Raymond-
Bérenger, demeureraient en otage auprès d^Alfonse. Ces illustres prisonniers furent renfermés dans le fort Montca-
thaD. Louis avait quatorze ans à cette époque, et sa captivité dura sept ans. n partageait son temps entre la prière et l'étude, et devint pour ses frères et les seigneurs qui 1 accompagnaient un modèle dinaltérable patience. Sa grande consolatiuii était de converser sur les choses spirituelles avec deux religieux de saint François qui partageaient sa captivité. Elle n'était pas cependant si étroite qu'il ne pût, de temps à autre, sortir du fort et exercer dans les hôpitaux de Bar* celonne son inépuisable charité. Servir les pauvres k genoux, laver les pieds aux lépreux, catéchiser les ignorants, c'étaient là les continuelles occupations de sa vie.
La providence, qui voulait le retirer du siècle, ménagea un accident qui pouvait avoir pour lui les suites les plus funestes, mais qui ne servit qu*à lui Mre connaître la voie dans laquelle il devait marcher. Un jour qu'il prenait, avee ses frères, le divertissement de la chasse, le cheval qu il montait s'abattit et roula trois fois sur lui. On le crut mort ; mais instantanément il se releva, sans aucune blesr sure. Cet événement lui fit comprendre qiul n était pas fait pour la profession des armes. Des réflexions sérieuses sur la fragilité de ia vie humaine achevèrent de le dégoûter de toutes les choses de la terre.
Les conditions qui avaient été imposées au roi de Sicile n'étaient pas d'une facile exécution ; aussi la guerre deniinua-t-elle entre ce priace et Alfonse. Ce dernier, pour se
dédommager de quelques revers, lit transporter ses prisouniers du fort Montcathan au château de Sura. Là, une maladie cruelle occasionée par de fréquents vonussements de saDg» mit les jours de Louis eu péril ; il vint à une telle exrémité, qu'à Barcelonne ou crut qu ii était mort. Ayant obtenu une guérison inespérée, il fit vœu d*embrasser la pauvreté évaagélique dans Tordre de saint François d'Assise. Le jour de la Pentecôte 1295, il descendit dans la chapeUe du château de Sura, et y renouvela ses engagements au pied des autels. Dans le dessein de se revêtir au plus tôt de rhabit religieux, il voulut prendre la Cuite et se retirer en Allemagne ; mais son directeur, le P. Pons de Carbonnel, Ton détourna, en lui recommandant d'attendre les moments marqués par la providence. Tout en déférant aux ordres de son directeur, Louis ne laissa pas que d écrire au souverain pontife pour lui demander la faveur de recevoir la tonsure. Le pape Célestin V lui répondit en ces termes : « A notre enfant bîen-aimé Louis, fils de notre » cher enlant en Jésus-Christ Charles roi de Sicile. — » Comme vous souhaitez d*entrer dans Fétat ecclésiastique » pour vous y consacrer au service du Seigneur, à votre » prière nous avons écrit depuis peu à notre cher fils le » F. François d'Apt, de Tordre des mineurs, pour qu'il » permette de vous conférer la tonsure et tous les ordres » mineurs dans la phson où les ennemis de l'Eglise vous ' » tiennent en ôtage. — Donné à Sahnone, le]8 des ides » d octobre 1294, de notre pontificat Tan.l. »
A cette bulle, le pape en joignit une autre peu de temps après : « La grandeur de votre naissance, disait le pontife , » la profondeur de votre doctrine, la pureté de vos mœurs.
300 TBM» INTBEMÊOUUSS.
» la réuûiûQ des autres vertus qui bniient en vous, sout • les véritables motib qui nous ont déterminé à mettre » TEgiise de Lyoo sous votre conduite. » Cette nomination n*eut point de suite, à cause de Fabdicatton du souveraîn pontiflcat que lit Céiestin V.
Enfin la guerre cessa entre Charles roi de Sicile et le roi d*Àragon ; un traité de paix lut conclu entre le preunei et Jacques II, qui avait succédé à AUbnse son frère. Poar faire cette paix durable^ il fut décidé qua Blanche, deuxième fille de Charles, serait donnée en mariage à Jacques 11, et que les enfants du roi de Naples recouvreraient la liberté. Les noces furent cflébrées avec une royale magnificence, le i*' novembre 1295. Louis et ses frères y assistèrent. Ce prince était alors dans sa vingt-et-unième année; il était d'une taille élevée et d un visage agréable ; une douce majesté était répandue sur toute sa personne ; sa rare modestie attirait les regards de toute la cour. Jacques II en fut si épris, qu'il lui proposa sa sœur Yolande pour épouse. Louis résista à toutes les sollicitations des deux cours, et demeura inébranlable dans ses résolutions.
En revenant des noces de sa sœur, Louis s arrêta à Montpellier pour demander Thabit de saint François au provincial des FF. mineurs. Celui-ci ne crut point devoir accéder à ses désirs avant qu'il n'eût obtenu le consentement du roi son père. De Montpellier, Louis se rendit à Saint-Maximin pour y vénérer des reliques que l'on disait être celles de sainte Marie-Madeleine. 11 accompagna ensuite son père jusqu'à Florence, où la reine sa mère vint rejoindre son royal époux. 11 refusa d'embrasser cette princesse : ce qui fait supposer qu'il avait déjà reçu à ctiUe époque la ton-
TIMP8 INTBBMtollUIS. 301
sure et les ordres mineurs. Notre jeune prince vint k Home avec toute la cour. Bonîface VIII témoigna la joie la plus vive à le voir. On lui permit d exercer le ministère de la prédication, et tous les habitants de Rome admirèrent son éloquence et les saintes ardeurs de son zèle.
Dans le dessein de couronner son sacrifice, il pria le pape de lui servir de médiateur auprès du roi son père pour qu'il eût enfin la liberté d'entrer dans les ordres sacrés ; en même temps, par un acte solennel, il renonça k tous ses droits sur les états de son père et les ti^nsféra à son frère Robert. 11 reçut bientôt après Tordre du sous-diaconat des mains du pape, qui le nomma son chapelain. Arrivé a Naples, Louis se retira au château de TOEuf pour se préparer à recevoir le diaconat et le sacerdoce. Ces deux ordres lui furent conférés par Tarchevéque de Naples, dans réglisede FF. mineurs conventuels, en décembre 1295.
Peu de jours après son élévation au sacerdoce, Boniface Vin le nomma à révêché de Toulouse. A cette nouvelle, le jeune prince se rendit a Rome pour conjurer le pape de renoncer à ses projets. Inutiles efforts, il fallut céder aux ordres du pontife suprême, mais k une seule condition : c'est que le nouvel évèquc prendrait l'habit de saint François et ferait profession dans cet ordre. Cette condition étant acceptée, Louis se rendit au couvent {ÏÀra- Cœli et y prit rhabît du saint ordre, entre les mains de Jean de Mur qui en était général, en présence du pape, du roi son père et de toute la cour romame, la veille de Noël. Le 27 décembre, il fut préconisé évéque de Toulouse, et sacré par le pape le 50 du même mois, n'étant âgé que de vingt et un ans dix mois.
302 TEMT8 INTBBMfolAtftIft.
Le nouvel élu devait, selon 1 usage, prononcer un discours dans la basilique des SS. Apôtres, en présence du pape et des cardinaujL. H sortit du couvent d'Ara-Cceli, et traversa Rome nu-piods, vétu d'un habit grossier, et accompagné des cardinaux Matthieu d'Aqua-Spprta et de Jacques d'Anagnie. Son discours k la basilique fut prononcé au miUeu d'une ibuie immense; ii prêcha avec beaucoup d*é1oquence sur le néant des grandeurs humaines. Louis ne pensa plus désormais qu'à se rendre dans son diocèse, reftisa pour son voyage un corlége digne de son rang et de sa qualité d'évéque, et ne voulut être accompagné que de quelques religieux de son ordre. Etant arrivé à Sienne, il alla loger chez les frères mineurs, et laissa dans leur bibliothèque une bible qu'il avait enrichie luimême d'élégantes miniatures. A Florence, le clergé, la noblesse et le peuple vinrent au-devant de lui. Un somptueux appartement lui ayant été préparé au couvent de Sainte-Croix, il fit enlever tous les meubles et les riches tentures, et coucha à terre sur son manteau. Quand. Louis eut été canonisé, on changea cette chambre en une magnifique chapelle, et sa statue en bronze fut placée sur la porte du couvent.
Quand le saint évêque entra en France, Draguignan et
Brignolles le reçurent tour à tour. 11 opéra dans sa patrie un éclatant miracle par la guéhson inespérée d'un habitant de Brignolles appelé Pierre Scarasson. Dès qu'on eut appris à Toulouse qa*il s'approchait des murs de la ville, le peuple sortit en foule pour aller le recevoir ; il entra dans la capitale de son diocèse au miheu des transports de Tailégrcsse publique. On ne pouvait jamais se lasser d'ad-
TBMPâ U«TBRMÉD1A1RBS. 303
mirer la douceur de son maintien, la distiûction de ses manières, une si grande noblesse jointe à une aussi touchante simplicité. Ou raconte que, le jour même de son entrée, sa seule présence cmiTertit un pécheur endurci qui avait vieilli depuis bien des années dans le crime.
La vie que ce saint évêque menait à Toulouse tenait du prodige; il visitait avec le plus grand soin les hôpitaux et les prisons, répandant de toutes parts des consolations et des aumônes. Tous les jours il nourrissait vingt-cinq pauvres et lavait les pieds à deux d*entr*eux. Son palais présentait le tableau de la pauvreté religieuse ; il n'employait à sa table que de la vaisselle de bois. Ayant été obligé d'accompagner a Pai is le roi son père, il alla descendre au couvéQt de son ordre, et vers la fin du carême de Tan iâ97 il habilla à ses frais cent pauvres. Ce fut à Paris qu'il triompha des solhcitations que lui fit subir une princesse de la cour de France, et ce beau trait de sa vie a été chanté par les poètes. Apôtre in£atigabie, il parcourut» à la prière des évêques, la Catalogne et TAragon, afin d'exhorter les peuples k la pénitence par ses éloquentes prédications où respirait le zèle le plus ardent. Se trouvant à Barcelonne le S5 juillet 1397, il lit la consécration de l'église de Saint-Nicolas appartenant aux FF. mineurs; à Montpellier, il se fit entendre dans plusieurs prédications, où il opéra les conversions les plus éclatantes et même plusieurs miracles sur un grand nombre d'inlirmes. li forma alors le projet de se démettre de son évêché ; mais cette résolution ne reçut pas son exécution k cause de la nomination du nouvel évéque de Pamiers : c'étaût Bernard de Saisseti, abbé de Saint-Antonin. Alors fut consommé le démembrement du diocèse de Tou-
304 TEMPS INTERHÉDiAiRSS.
louse, et c*est à cette époque que se termine, dans notre plan, rhistoire de cette partie da Touionsain qai forma depuis un diocèse particulier. Ceux qui désireraient connaître la suite des faits relatifs à cette province, pourront consulter les divers auteurs qui en ont traité.
Toulouse ne devait pas jouir longtemps de son saint évêque. Louis, qui se sentail de jour en jour plus daltrait pour la solitude, quitta son diocèse vers la fin de juillet 1297, célébra la fête de sainte iMarthe à Tarascon, le 29, et prêctia son panégyrique dans Téglise qui lui est dédiée. Le 3 août il se trouvait à Brignolies. Ne s'étant pas rendu au couvent de son ordre parce que Charles 11 son père était alors en cette ville, le prince lui ordonna d'aller habiter le château où il faisait sa résidence. Le saint évéque obéit. Son état inspira bientôt de justes inquiétudes, son corps dépérissait tous les jours : le 4 août, il fut atteint d'une fièvre violente. Un secret avertissement du ciel vint le prévenir qu il touchait .au terme de sa carrière. Une prière continuelle et la participation aux sacrés mystères lui servirent de préparation à la mort. Le 19 août, il rendit sa belle âme à Dieu, à Fâge de vingt-trois ans et demi. Les divers historiens qui ont écrit sa vie nous ont tracé son portrait : « Il avait le visage et le corps d*une beauté rare : » les lis et les roses étaient semés sur sa face ; il avait les
> cheveux blonds et crêpés, les yeux gros et éclatants, le » nez aquilia et un peu allongé, la bouche assez gmnde » et toujours vermeille, l'aspect grave et doux, les mem- >» bres bien proportionnés et forts, et toutes les perfections » du corps étaient comme les rayons de son âme tout
> angélique. »
TKMPS IliTBRltoUlBBS. 30S
Après ropératioQ de rembanmement, ses ossements fa-
reût lictiisportés à Marseille. Ainsi lavait-il ordumie dàns le testament qjiïû dressa le joar de sa mort, et dont nous rappoi tous ici les principales dispositions : « Il choisit sa sépui- » tare dans Tégiise des franciscains de Marseille; il distribue » ses diverses chapelles entre les couvents de Toulouse,
• HarseiUe et Aix ; il laisse ses livres, parmi lesquels il » désigne trois bibles, la Somme de saint Thomas et les » Fleurs des Saints à quelques amis; ses anneaux et autres » joyaux au roi et à la reine. Il veut que ses biens soient » partagés entre les couvents des frères mineurs de Ton- » louse, de Marseille, d'AIx, de Sainte-Qaire d* Assise et » des frères prêcheurs de Saint-Maximin. 11 donne ses » livres d*heares canoniales au couvent de Draguignan,
* et à celui de BrignoUes un de ses ornements pontificaux» > Il nomme ensuite ses exécuteurs testamentaires. » Cet acte porte la date du 19 août 1297.
Arnaud-Roger fils du comte de Comminges, le prévôt de Samt-Etienne, se trouvait à iiome k 1 époque de la mort du saint évéque de Toulouse. Il fat élu pour lui succéder* Boniliace Ylil coniirma son élection et le sacra lui-méme le dimanche lABtare (31 mars 1298). Arnaud de Ck)mminges partit pour aller prendre possession de son évéché, mais il mourut en route, à Orviette. Son corps fut porté dans Té-^ glise des cordeliers de Samatan, qui fut détruite dans le seizième siècle. Bonifoce Vlil, qui s'était réservé la nomiiictiiun à rarchevêché de Toulouse, désigna, pour succéder à Arnaud de Gomminges^ I^ierre de La Chapelle Taillefer« qu'il transféra du siège de Carcassonne.
Hispan de Saihis, qai avait succédé à Arnaud de Com-*
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mioges daos la prévôté de Saiat-EtieoQe, s*éiait emparé, à ce litre, de tous les meubles, livres, vases d'or et d'argent da dernier titulaire ; mais Pons Blanchart, syndic du chapitre , en appela au souverain pontife par des lettres qui portent la date du %i octobre 1299. — Jacques» cardinal-prêtre du titre de Saint-Clément, succéda dans le prieuré de la Daurade à Gailhard de Miramont. U ne gouverna pas longtemps ce prieuré, puisqu^en i298 nous trouvons que Raymond Bernard d'Apremont obtint des capitouls une déclaration aulhenli((ue par laquelle il fut reconnu que le prieur et les religieu^L de la Daurade étaient propriétairei» du fleuve de Garonne depuis Saint-Hilaire jusqu'au château de Saint-Michel. Bernard d'Apremont s était emparé du prieuré en dehors de la juridiction de l'abbé de Moissac. Celui-ci, le regardant comme un intrus, le frappa d'eicommunication, lui ordonna de rentrer dans Tabbaye de ce lieu, et ût fulminer en même temps cette sentence hors des portes du monastère. Bernard refusa de Taccepter: mais il se vit cependant obligé de céder à Forage, puisque nous trouvons qu'en 1300 il fut expulsé de la Daurade et eut pour successeur Ëmilien de la Cbastenairaye, prieur majeur de Moissac.
La guerrre contre les Anglais continuait toujours eu Gascogne. Le roi nomma alors le sénéchal de Toulouse, Guichard de Marziac, capitaine et gouverneur de Gascogne et de tout le duché d'Aquitaine. Ce sénéchal fut accusé par l'archidiacre d'Auch et le vidame d'Amiens, réformateurs de la sénéchaussée de Toulouse, d'avoir prévariqué dans sa charge, de concert avec Hugues et Dalmace ses frères. On le dépouilla de sa dignité , et le roi ordonna de se saisir
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de ses biens. Biaise Lujd, sénéchal d'Agenais, lui succéda dans la place de sénéchal. Quelques aânées plus tard, Guichard fut rétabli daus la possession de ses biens, à la prière do pape, qui slntéressait à ce chevalièr.
Vers ce même temps, le roi accorda divers privilèges aux habitaots de Toulouse. Il défendit à ses commissaires d*o-bliger les habitants de celte ville de vider leurs mains des biens qu'ils avaient acquis des nobles ; abolit dans tout le pa^s toute servitude de corps ou de casetage, qail changea en un cens annuel de douze deniers tournois pour chaque setérée de terre; accorda à tous les habitants une pleine liberté et ingénuité, et défendit d*exiger aucun fouage pour le temps passé.
Pierre de La Chapelle, évéque de Toulouse, envoya en 1299 des députés au concile de Beziers que l'archevêque de Narbonne avait convoqué pour régler quelques différends survenus entre ce pi élat et Amalric vicomte de cette dernière ville. L*année suivante, il consentit à ce que Pierre évêque de Carcassonne lût sacré hors de la province.
L'abbaye d*Eannes était gouvernée, à la fin du treizième siècle, par Bci uard de Magra, (jui avait succédé à Adrémar de Pins ; celle de la Capelle avait pour abbé Sancius, qui la dirigea pendant quinze années. Labbaye de Lezat et celle du Ma&<l Azil nappartenant plus au diocèse actuel de Toulouse, leur histoire ne doit pas trouver place dans celle que nous écrivons. Du reste, les laits qui se rattachent à toutes les abbayes depuis le quatorzième siècle jusqu au jour de leur destruction, présentent peu dintérét ; nne nomenclature stérUe des abbés qui tes ont gouvernées, des actes déchange, de t'oudatiun, de vente, d'acquisition
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de domaines, de présentation d'hommages, de redevances, tels seul à peu près les événements qui , pour ces abbayes» occupent la durée des siècles. Il suffira désormais de fixer lepoque de la mort de chacun des ai>bés, et d luijliquer sommairement les faits qui se rattachent à leuf gouvemement.
Bertrand de Got, noble aquitain, fils du chevalier Be-
raud de Viliaudian et d'ide de Blanquefort, avait succédé à Bertrand de Miramont sur le siège de Gomminges. il était chanoine archidiacre de Bordeaux. En 1299, il lit au ciiàteau d*Âlan une transaction avec Auger de Foucaut abbé de Bonnefont, fonda quatre prébendes dans sa cathédrale, et accorda aux religieuses de Fabas plusieurs terres et dons pour les soulager dans leur misère. C'est dans ces actes qu'il désigne Bertrand de Miramont comme son prédécesseur immédiat : ce qui indique que l'élection d'Ai uaud de Mascaron, chanoine de Saint-Etienne de Toulouse, pour leveché de Comminges, fut Rgaidée comme non "avenue. £n 1300, Bertrand de Got fiit transféré au siège de Bordeaux, et en 1505, parvenu au souverain pontificat, il prit le nom de Clément V.
Le treizième siècle, dont nous venons de retracer Tbistoire relativement à notre Eglise et à notre cité, s'ouvrit sous le gouvernement de Raymond Vf et par Tépiscopat de Raymond de Rabastens. On vit apparaître dès les premières années de ce siècle la grande et douce figare de snnt Dominique, Tiustiitutiou de sou ordre, ses apostoliques travaux. La guerre contre les albigeois et les malheurs qn^elle attira sur la maison comtaie de Toulouse, l'extinction de cette maison dans la personne de Jeanne fille de Ray-
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moDd VU, soqt évidemiOQpt les iaits les plus saillants 4ei ce siècle. Le tribunal de l'inquisition, malgré quelques rigoeurs qu'oo lui ^ reproi^ées, contribua puissammeiit a sauvegarder la foi des peuples, et à arrêter les progrès toujours menaçants, d'une hérésie qui étail anti-religieuse et anti-sociale. Le relâclieoient des mœurs et de la disicipline dans le dergé fut heureusement arrêté par le célèbre concile de Latran, et TinstitutiQu de plusieurs ordres religieux, tels que les frères prêcheurs et mineurs, les trinitaires, les carmes, les augustins, lesmerçaires...., fut le puissant auxiliaire de FEglise. L'excommunication devint une arme redoutable ; malheureusement, elle lui quelquefois emiiloyée par les prélats pour conserver et augmenter les privilèges et les biens temporels de leurs Eglises ; au^si , les papes S0 virentrils obligés de corriger ces abus.
Un usage contre lequel on ne saurait assez s élever s était iatroduît, à cette époque, dans les grandes bmilles : les pères disposaient de la destinée de leurs enfants, et ordonnaient k ceux qu'ils avaient désignés d'avÂnce d'entrer dans rétat ecclésiastique ou religieux, moyennant une certaine somme donnée.
On a vu que la maison cumtale de Toulouse était la pins considérable du pays de France, et contrebalançait rautorité royale. Le traité de 1229, entre Saint-Louis et Raymond VII réunit & la - couronne tous les domaines qu elle possédait, domaines qui furent, plus tard, partagés en deux grandes sénéchaussées, celle de Beaucaire et celle de Carca^sonne. Les sénéchaux avaient une grande autorité dans le pays ; ils étaient cependant soumis aux commissaires réformateurs que le roi envoyait de temps à autre dans
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la province. Aux deux sénéchaussées déjà existantes , on
ajouta celle de Rouergue et de Toulouse ou d'Albigeois. Ce fut de ces sénéchaussées réunies que fut tonné le Lanpedoc, appelé âuparavaDt Provence. Le royaume iiit ainsi partagé en deux parties bien distinctes, la France proprement dite et la Provence ou Languedoc. Les peuples de cette partie du royaume parlaient, dans le treizième siècle, la langue provençale à peu près comme le peuple la parle encore aujourd'hui^
Les lois romaines furent cunstamment observées à Toulouse pendant ce siècle ; elles y étaient publiquement enseignées dans Tuniversité de cette ville, dont nous avons tracé 1 origine, quoique encore inCorme. Indépendamment des lois romaines, chaque pays avait ses usages, ses privilèges et ses coutumes. Les crimes et les délits y pétaient diversement punis. La distinction des hommes libres et serfs, des nobles et bourgecHs, ainsi que celle des manants et vilains, était à peu près la même qu*aux siècles précédents. 11 faut cependant observer qu on distinguait alors deux sortes de serfs, les serfis de corps et les serÊ de corps et de caselage. Les seigneurs avaient droit sur la personne des premiers, en quelque lieu qu*ils lussent ; les autres, outre la servitude personnelle, étaient tenus d'habiter dans les domaines du seigneur, de lui payer certaines redevances, et de cultiver ses domaines.
Les juifs devinrent assez puissants dans la province, au treizième siècle, par la tolérance et les concessions beaucoup trop grandes que leur firent les comtes de Toulouse et les autres seigneurs, sous le prétexte de favoriser le commerce dans leurs états ; ils les admirent mémo aux
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charges pobliqaes, condescendance qui deyint funeste.
Les comtes de Toulouse, jusqu a la reuinou de leurs domaines à la couronne, se maintinrent dans le droit de frapper monnaie. Le soi toulousain valait deux sols melgoriens. On croit que ces sols toulousains étaient les mêmes que ceux appelés rfujmofidins dans plusieurs chartes.
Les études forent beaucoup plus florissantes dans ce siècle que daus les temps antérieurs. La médecine fut enseignée avec éclat à Toulouse, ainsi que la théologie scolasliqae, le droit civil et canonique, les arts libéraux et la grammaire. L*histoire y était aussi en honneur, et Guillaume de Puylaurens, chapelain de Raymond Vil, passe pour un assez bon chroniqueur. Nous ne pouvons en dire autant de Pierre de Vaux-Sernay, le trop crédule historien de la croisade contre les albigeois et Tennemi déclaré de la maison cuailale de Toulouse. La poésie provençale fot aussi cultivée avec gloire dans cette période séculaire, et nous avons parlé de plusieurs poètes qni composèrent diverses pièces de vers en provençal.