LIVRE XXIX
DEPUIS LÊPISCOPAT DE PIERRE DE LA CHAPELLE, EN 1501, JUSQU A L* ÉLÉVATION AU CARDINALAT DE RAYMOND DE CANILLÂC ARCHEVÊQUE DE TOlJLOUSB, EN 1350*
Aa commencemeDt da qaatorzièoie siècte, Boniface VIB
et Philippe le Bel eurent dt^ luiigs démêlés devenus fameux dans rhistoire. I^un côté, les oliciers du monarque cber* chaient k dépouiller 1 église de Maguelonne du comté de Melgoeit: de Tantre, Amalric vieomte de Narbonne usnr* paît les droits de Tarchevêque de cette ville : cest ce qui détermina le pape à écrire au roi pour te prier de feire cesser les poursuites contre Magueloone, et de remédier aux usurpations d*Amalric. 11 déclara au prince que» s*il refusait d'obtempérer à ses désirs, il saurait employer son autorité. Bonilace demandait» en outre, la délivrance du ' comte de Flandres, que Philippe retenait dans les fers pour crible de félonie.
Le roi de France ne paraissait pas disposé à faire droit aux exigences du pontife. Ce fut alors que Bernard Saisseti, nouvel évêque de Pamiers, vint, de la part du pape, sommer le prince de délivrer le comte de Flandres, le menaçant, en cas de refus, de jeter Finterdit sur le royaume. Ce prélat, par de sourdes menées, ne cessait d'agir dans la province contre Fautorité royale. Pierre de La Chapelle
nm imuÉDuius. 343
évêque de Toulouse se erut obligé de le dénoneer au roi, qoi nomma Richard iSeveu, aichîdiacre de Uzieu&, et Jeaa seigneur de Pequigny pour bire des informatioDS sur la ca&doite de Saisseti. Le 51 mai loOi, on procéda à raudition de plusieurs témoins, parmi lesquels ou distinguait f évêque de Toulouse, Tabbé de Saint-Papoul et les seigneurs du pays. Pierre de La Chapelle déelara que le comte de Foix lui avait assuré que Saisseti lui avait proposé de Êûre soulever la province en sa faveur contre le roi.
Dès que l'évêque de Pamiers eut connaissance de cette procédure, il forma le projet de se»rendre k Rome ; mais le vidame d Amiens ne lui laissa pas le temps de Texécuter : 3 se rendit à Pamiers pendant la ouit, fit lever Févéque de .son lit, le cita à comparaîtie devant le roi dans un mois, mit tous ses biens sous la matu du prince, et eiùmena avec
lui à Toulouse les cliapelains et les domesliquos du prélat. Celni-â avait confié ses intérêts à TaU^é du Ifas-d'Azil. L abbé rencontra à Orléans rarcbevêque de Narbonne, et lui dit que révéque de Pamiers renvoyait à la cour pour solliciter du roi la permission de se rendre k Rome. L'arcbevéque alla trouver alors Philippe à Qiateauneuf-sur- Loire, et plaida si bien la cause de Févêque de Pamiers que ie prince déclara qu'il verrait avec plaisir sa justification ; U ordonna même qu*oii rendît la liberté à ses gens et que ses lÀem fusseut dégagés. Peu de temps après, l évèque de Pamiers composa un mémoire dans lequel il exposait toue ses grïe£s contre le vidame d'Amiens, et y déclarait que tontes" ces choses avaient été faîtes à rinstigatloQ de l'évéque de Toulouse pour l'empêcher de faire le voyage à la cour de Rome et d y rien proposer contre lui,
344 mm iMTBuiiouiiis.'
, Néanmoins lévèque de Pamiers s.était mis en chemin pour répondre & la citation. Il s*arréta quelque temps à Toulouse, où Jean de Burias, maître des arbalétriers, lui signifia Tordre de partir pour la coùr. Il partît donc accompagné de Jean de Burias, du sénéchal de Toulouse, et de deux sergents royaux. G*est avec cette escorte qu*il arriva à Senlis et parut au conseil du roi, le ^4 octobre. Pierre Flotte, chancelier, donna alors lecture des che6 d accusation dirigés contre Tévéque. On Taccusa, en particulier, de $*étre donné divers mouvements pour faire révolter le comte de Comminges contre le roi, lui promettant qu'il serait bien reçu des Toulousains, et lui insinuant Texpulsion de l'évêque de cette ville, qui était tout dévoué au roi, comme moyen de succès. On lui reprocha d'avoir fait parvenir au comte de Comminges une lettre qu'il écrivait au pape, et où il y avait plusieurs fitusses accusations contre l'évéque de Toulouse ; enfin d'avoir dit qu'il fallait engager les consuls et les' habitants de cette ville k écrire au pape pour le faire déposer de son siège et y mettre un de ses amis à sa place. Lévèque chercha à se Justifier : ce qui ne l empêcha pas d'être confié a la garde de l-archevéque de Narbonne.
• Au milieu des démêlés de l'évôque de Pamiers et du roi, frère Foulques de Saint-Georges, rehgieux jacobin, exerçait à Toulouse la fonction de grand inquisiteur. Les prélats, les ecclésiastiques, les comtes, barons et notables du pays, portèrent plainte au roi contrées personnage, qui, d'après eux, se livrait à des violences inouïes, faisait souffrir d'horribles tourments à ceux qu'il retenait prisonniers, et subornait les témoins. Pour réformer ces abus, le roi
TMK IHnEKtDliliSS. 345
adressa des lettres qui portent la date de 1 Sût à l'évêque
de Toulouse, à l'inquisiteur et au sénéchal. Il y expose les diversés plaintes qull ayait reçues contre Foulques, et déclare 1" qu il voulait que la pi isun de Toulouse appelée les Hauts-Murats -, et qui avait été construite dans son fonds pour y renfermer ceui qui étaient accusés d'hérésie, continuât à servir k cet usage ; ^ qu*on y établît pour geô* lier celui qui serait choisi par l evéque de Toulouse, ou, à son dé&ut, par le sénéchal de cette ville , et que ce geôlier exécutai les ordres de l'inquisiteur; 5* que ce dernier ne fit emprisonner personne sans en avoir aupara-. vant délibéré avec l'évôque ; 4*» qu'il détendait à ses officiers d'obéir à févèque et à Tinquisiteur de Toulouse, à moins qu'ils n'agissent de concert ; car, ajoute-t-il, « nous » ne saurions supporter que la vie et la mort de nos sujets > soient livrées à l'arbitraire ou a la fantaisie d'une seule » personne, peut-être peu instruite et conduite par la pas* » sion. » ^ Le roi porta ses plaintes aux jacobins de Paris sur la conduite de Foulques, et les pria de le destituer de sa charge. Une assemblée fut tenue alors aux jacobins de Paris pour examiner cette aâaire; on y décida que Foulques aurait pour adjoint un religieux de son ordre, et qu*il demeurerait en place jusqu'à ce que les procès qu'il avait commencés fussent terminés. Pierre de La Chapelle approuva ce tempérament. Cela lui attira de graves reproches de la part du roi, qui écrivit aussi à frère Guillaume son chapelain pour l'engager à prier le provincial des jacobins à Changer ce décret. Nous verrons bientôt que Foulques fut destitué.
346 TtM» mmBÉoiiuis.
Au mois de Juia, mourut à Toulouse Saocius de Narana,
abbé de Saint-Saturnin, qui fut enseveli dans la chapelle de Notre-Dame 4e Salut. 11 eut pour successeur Raymond Aton, qui devint le fondateur d'un ordre de cbanoinesses sous riuvocation du premier évéque de Toulouse.
Le monastère de Bolbonne reçut, cette année 1501, la dépouille mortelle de Roger-Bernard comte de Foix, mort à Tarascon sur TAriége. Arnaud Guillelmi abbé de Roibonne présida à la cérémonie de ses obsèques. 11 eut pour successeur Gaston son fils, premiep du nom.
Plusieurs abus s'étaient glissés dans la nomination des eapîtouls de Toulouse : c'est ce qui détermina Richard Neveo et le vidame d'Amiens, commissaires du roi dans la province, a dresser des règlements à ce sujet, lesquels forent depuis Mèiement ub^rvés. lis composèrent aussi plu* sîeurs statuts très utiles au bien public, que le vigoier de Toulouse jura à son tour de garder.
Le 9 décembre 1301, le pape donna une bulle par la^ quelle il convoquait tous les arcbevéques, évéques, députés des cbapitres des cathédrales, docteurs en théologie, eo droit canonique et civil du royaume de France, pour le i« novembre de l^nnée suivante : dans le dessein, disait4i, de mettre des bornes k lautorité que le roi s arrogeait sur les affidres eoclésiastiques du royaume. Bonilace chargea Jacques de Normans son notaire et archidiacre de Narbonne d*aUer à la cour de France en qualité de légat, pour lui pui ter la bulle dont on vient de parler. On conçoit que ce légat fut très mal reçu. Le roi, indigné, fit publiquement brûler ces lettres à Paris, le 12 février 1302 ; il fit défense à tous ses sujets de sortir du royaume et d'en-
TEMPS I1ITBR11S0UMB8. 317
voyer de l'argent en pays étranger. Il écrivit au sénéchal de Toulouse pour faire signifier cette défense aui pairs, comtes, barons, archevêques et évèques de la sénéchaussée, et couToqua enfin des ôtats-généraux pour recoToir leur avis sur cette afiaire.
Toulouse envoya ses députés à ces états, qui s^ouvrirent le 10 avril 1302, dans la cathédr^iie de Paris. Là, en présence du roi, Pierre Flotte exposa les prétentions et les entreprises de Boniface, au sujet du temporel du roi. La noblesse et le tiers-état se montrèrent favorables à Tauton lé royale ; quant au clergé, son parti ne fut pas aussi tranché, et il pria Philippe de lui laisser la liberté de se rendre au concile de Rome, liberté que le roi refusa. Le pape, de son côté, menaça le roi de le déposer, et déclara déchus de leurs dignités les prélats qui ne se rendraient pas au concile.
La position des évèques français deyenait très embarrassante, menacés qu'ils étaient par les deux puissances. Nous apprenons, toutelbîs, que quatre archevêques et trente-cinq évéques (parmi lesquels se trouvaient Pierre de La Chapelle de Toulouse et Bernard Smsseti de Pamiers) se rendirent a Rome au concile. Le roi fit saisir leur temporel. Quant à révéque de Pamiers, son affiure fut plus qu'oubliée, au milieu du diiïérend des deux cours : il resta constamment à Rome jusqu'au terme de cette ^pute, revint ensuite en France, reçut son pardon, et rentra dans son diocèse, qu*il gouverna jusqu'à sa mort. •
Le 9 mai 1302, Philippe le Bel rendit uue ordonnance adressée aux sénéchaux de Toulouse, Carcassonne et Beau- Caire, en faveur des églises et des ecclésiastiques de ces
349 TBHM IKTBftiltDUlUS.
séDéchaussées et de leur juridicUou. Il y est dit, eatr'aulres articles, que les clercs noD mariés ne seront pa3 tenus aux tailles perSiOuneiles, à raisou de leurs meubles. La même année, il adressa nne autre ordonnance à ces mêmes personnages pour leur ordonner de prêter main forte, et de fournir Vai gent et les autres choses nécessaires à la vie à Tinquisiteur de la foi, Guillaume de Monêres, dont il reod un excellent témoignage. Il veut qu*on résenre toujours i les haïUS'Murats pour ia prison des hérétiques.
A la mi-septembre, le roi envoya des commissaires dans les sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne et Beaucai/e, avec pouvoir de donner la liberté auœ hommes de c&rps, et d*anobhr les bourgeois, moyennant hnances, pour la guerre de Flandres. Cest ainsi que Philippe le Bel créa dans le Toulousain et les autres parties méridionales de France une nouvelle noblesse, beaucoup de bourgeois et roturiers ayant pris alors la ceinture militaire et se titrant de g£î<tilshommes.
Hispan de' Saihis prévôt de Saulnt-Etienne mourut à cette époque, et fut inhumé dans le chœur delà cathédrale, avec une épltaphe. Sa mort sema la division dans le chapitre : une partie des chanomes nomma OUvier de Eeziers, une autre Pilefort de Rabastens; la discorde dura dix ans. Enfin raOaire fut portée devant le pape, qui trancha la difficulté en nommant à la prévôté Garsias Arnaud de Garlenx, chanoine d*Auch, son chapelain, qui se trouvait alors à Londres auprès du nonce du siège apostolique.
Nous avons déjà dit que Raymond Aton abbé de Saint- Saturnin avait fondé un ordre de chanoinesses. En iSOO, Vital rehgieux franciscain prêchait à Toulouse ; quelques femmes qui menaient une vie assez déréglée furent toa-
TEMPS IMEOMÊmàlftBS. 349
cbées de la grâce par ses prédications, et résolurent de se retirer du monde et de vivre en communauté. Elles demandèrent aux chaiioiiics de Saint-Satui iiia un lieu dans la paroisse du Taur où elles pussent se retirer. Ce territoire leur tut accordé, et elles y construisirent un petit monastère. Ces femmes devinrent dlUustres pénitentes. Leur nombre augmentait tous les jours, les vertus que Ion pratiquait dans cet asile faisaient le sujet de l'édification publique : c'est ce qui détermina Raymond Âton à augmenter leur monastère, et, sur lavis de plusieurs docteurs éclairés, de leur donner un habit de chanoinesses, en leur imposant les statuts du chapitre abbatial et le nom de Stiint-Scaurnin, Sibile de Sainte-Rame fut élue première prieure, et gouverna cette maison pendant près de douze années.
Philippe le Bel ayant appris la tenue du concile de Rome, convoqua, de son côté, les prélats et les barons du royaume pour une assemblée, qui se tint au Louvre le 12 mars 1303. Guillaume de Nogaret, chevaUer, vénérable professeur en lois, Y accusa Boniface VIII d'hérésie, de simonie, de corruption dans les moeurs, dlntrusion dans la papauté, et demanda sa déposition dans un concile général. Le pape envoya néanmoins à la cour le cardinal Lemoine, son légat, pour négocier un accommodement, et demander au roi de lever la défense qu*il avait faite aux prélats de se rendre à Rome, le menaçant, en cas de refus, d'agir contre iui spirituellement et tempor^lement. Le roi n'ayant pas satisfait aux demandes du légat, Boniiace excommunia Philippe le 13 avril, et donna ordre à Lemoine de citer à Rome tous les évêques français, sous peine de déposition.
PhiUppe convoqua les états-généraux, qui se tinrent au
320 TEMPS IMTBaMËOUlEBS.
Louvre, le 13 juiu. Guiilaume de Pia^iaii, seigneur dcVézenobre au diocèse d'Uzès, prit la parole, et se r^t l'accusateur de Bouilace. Il parla du futur concile, et demanda sur ce point Vavis du roi et de rassemblée. Les prélats qui étaient présents se retirèrent. Le roi , après avoir admis rappel , déclara qu'il se rendrait au concile, et requit les évêques d y concoum de tout leur pouvoir. Cinq archevêques, vingt^deui évêques et plusieurs abbés qui étaient présents promirent leur concours, tout en déclarant quils ne voulaient pas être partie contre le pape^ Le roi fit saisir le temporel des évêques qui étaient à Hume et envoya plusieurs commissaires dans les provinces, pour fàire part de ce qui venait de se passer dans rassemblée et requérir le clergé, la noblesse et le tiers-état d'adbérer à l'appel inte^ jeté. Pierre de Latillac, chanoine de Paris, fut envoyé à cet effet dans la ville et le diocèse de Toulouse. L*umversité de cette ville adhéra a l'appel.
L'indignation du pape était au comble : il lança plusieurs bulles contre le monarque, et délia ses sujets du sermeut de fidélité. Philippe envoya alors secrètement en Italie Guillaume de Nogaret el quelques autres chevaliers pour tâcher de s'emparer de la personne du pape et le ccmduire à Lyon, où le concile devait se tenir. Aidé par les seigneurs de la maison Qolonna, assez mécontents du pape, Nogaret réunit à ses chevaliers un petit corps de troupes et s'empara, le 7 septembre, de la ville d'Ânagni, où fioniface s'était retiré au sein de sa lamille. Nogaret et Siarra-Colonna pénétrèrent dans l'appartement du pape, l'accablèrent de reproches, et s'abaissèrent , dit-on, jusqu'à le happer ; ils lui donnèrent des gardes et pillèrent son palais.
TSXFS UfTSEH&DUiAKS. 311
Les liaLitaiits d'Anagni qui avaient livré le pape, s'étaut repentis de lear trahison, chassèrent Nogaret et ^ troupes. Le pape reviot à Rome, et mourut dans cette ville le 11 octobre. Cette mort termina les différends entre les
ûm\ cours.
Nogaret fut grandement récompensé de ses services. —
Né à Saint-Félix de Caraman, près de Toulouse, dune famille honnête, il s'était adonné h Tétade des lois, devint professeur à runiversilé de Montpellier, et fut créé quelque temps après juge-nu^e de Beaucaire et de Nimes. Le roi l'auublit, le créa chevalier, et augmenta de beaucoup ses revenus. Quelques années plus tard, il fat promu à la charge de chancelier de France, q\ï\\ exerça jusqu'à sa mort, arrivée en 1513. il établit deux branches de sa famille; rainée demeura dans le diocèse de Toulouse, et c'est d'elle que descendirent les ducs d'Ëpemon du nom de Nogaret ; Tauti e se lixa dans le diocèse de INîmes.
Philippe le Bel forma le projet de se rendre à Toulouse pour diverses affaires. S'il faut ajouter foi au récit de Bardin, chroniqueur du quinzième siècle. Gaucher de Chalillon, connétable de France, prévint l'arrivée du monarque et se rendit en cette ville le 8 décembre 1303, où il fut reçu avec beaucoup de pompe par Tévêque, la noblesse et le peuple. D'après lui, les étatsrgéuéraux s'étant assemblés an couvent des jacobins, chaque ordre adressa au roi ses demandes sur divers abus, que le prince s eûorça de corriger en accédant à leurs représentations. Philippe le Bel arriva à Toulouse le jour de Noël, accompagne de Jeanne de Navarre sa femme et de ses trois fils Louis, Philippe et Charles ; il demt^ura un mois entier dans cette ville. Le iif
32) mm WTBKHftDUIMS.
chroniqueur prétend qu'on dressa une vaste salle richemeDt
décorée sur la place Saint-Etienne, où le roi parut entouré .des princes et princesses sur un trône étincelani, et que dans cette audience royale, qui eut lieu le 10 janvier, on lui demanda le rétablissement du parlement de Toulouse. Il donne le nom de tous les magistrats qui composèrent cette nouvelle cour de justice ; il décrit les costumes divers dans les plus minutieux détails, la prestation du serment, les émoluioents que devaient avoir les membres de ce parlement ; il rapporte les discours du chancelier et du roi de France ; il £ait commencer à cette assemblée ses premiè< res séances au Château-Narbonnais ; Pierre de Cherchemonl est même désigné conune premier président et Jacques de Saint-Bonnet pour second.
Les assertions du chroniqueur ont été regardées comme apocryphes, au moins dans la plus grande partie du récit; cependant nous croyons à Térection d*une simple cour de justice qui n'avait rien de commun avec le parlement du Languedoc institué réellement un siècle plus tardy mais qui paraissait avoir une forme un peu plus régulière que les assemblées précédentes.
Pendant le séjour de la reine Jeanne de Navarre à Toulouse, le prieur de la Daurade, ËmiUen de laChastenéraye, donna k Gillemine Daydé et à ses religieuses l'hôpital de Saint-Jacques le Vieux pour y servir les pauvres. 11 fut stipulé dans la charte de cession que Télection de la Supérieure appartiendrait de droit au prieur, lequel aurait la faculté de la révoquer et de renvoyer les sœurs si elles n'accomplissaient pas les conditions voulues. Nous apprenons de cette charte que cet hôpital était situé dans le
TBKPS INTERMÉDIAIRES.
iaubôurg Saiiit-Cyprieii et sur la paroisse Saint-Nicolas ; qu i! possédait plusieurs maisons et jardins, ainsi qu'une chapelle pour le service des pauvres ; que la cession l'ut Mie aux instantes prières de Jeanne de Navarre. La charte nous rapporte aussi le nom de vingt-six religieuses qui formaient cette communauté. Le prieur de la Daurade élut pour supérieure Guillemine Daydé , qui fit vœu d'obéissance, ainsi que ses sœurs, entre les mains d'Ëmilien. Nous serions portés à croire que ces reUgietises appartenaient à Tordre de Citeaux^ et qu^elies étaient déjà établies depuis longtemps près de la porte SainfrCyprien. • Le vendredi après i Epiphanie 1304^ le roi accorda des lettres pour engager Edouard, roi d'Angleterre, à donner main-levée aux religieux de Tabbaye de Grand-Selve des effets que le connétable de Bordeaux leur avait saisis. Le 13 janvier, il rendit aussi une ordonnance pour arrêter le zèle un peu trop ardent des inquisiteurs. Le vidame d'Amiens commença par s'assurer des prisons de TinquisitiOD, d*oi!i il délivra plusieurs personnes qui y étaient détenues, et iit arrêter quelques ministres du saïut tribunal. La conduite du commissaire royal excita naturellement le peuple contre les inquisiteurs, qui furent partout poursuivis et maltraités. On vit alors quelques religieux mineurs, conduits par Bernard Délicieux, l'un de leurs frères, raviver dans leurs sermons la haine des peuples contre les inquisiteurs. Ceux-ci portèrent les choses à Textréme en excommuniant les commissaires royaux, qui en appelèrent au pape. Les choses en étaient à ce point lorsque le roi publia rordonnance dont nous venons de parler, il y ûé* clare qu'il n'est venu dans la province que pour rétablir
324 TUPS IHTBUIÉIIlilU». •
l'ordre et la tranquillité depuis longtemps troublés par
toutes ces procédures ; qu il a pus conseil de Guillaume Pétri, provincial des frères prêcheurs, et de plnsieurs autres personnes constituées en dignité tant ecclésiastique que séculière, et qu'il a nommé des commissaires pour visiter les prisonniers de l'inquisition. 11 déclare encore qu*en agissant ainsi, il entend que l'office d'inqnisitear soit plus efficacement exercé ; il ordonne 1" que les commissaires et inquisiteurs visiteront les détenus ; 2* que les prisons seront établies pour la garde, et nun puur la peine des prisonniers ; que les évêques diocésains pourront leur faire leur procès, et qu*il n'y aura aucune sentence rendue.
Le vidame d*Amieas, tia[)pe d'excommuiucalîon par les inquisiteurs, se rendit à Pérouse auprès de Benoît XI pour en appeler do cotte sentence, et fut remplacé k Toulouse ^n qualité de réformateur par Pierre d'Atillan, chanoine de Paris. De leur côté» Bernard de Castanet évêque d'Albi, Gaufrid de Âlbusiis inquisiteur de Carcassonne, et Guillaume de Morières inquisiteur de Toulouse, se rendirent auprès du pape pour y soutenir leur sentence, lean de Pecquigny le vidame voulut assister à la messe pontificale que le pape célébra à Pérouse» le 17 mai ; mais Benoit XI Vayant aperçu de dessus son trône, dit tout haut k Pierre de Brayde son maréchal , qui l'assistait : « Allez chasser ce paterin de Véglise tandis qu'an y célèbre Voffiee divin > : ce qui fut exécuté. Feu de temps après, Benoit XI mourut. Jean de Pecquigny et l'inquisiteur de Toulouse Guillaume de Morières le suivirent de près au tombeau. La mort mit ainsi un terme à ces différends.
TEMPâ INTËBMÉDIÀUIES. 32a
Le lui crut nécessaire de parcourir la province pour rassurer les esprits qui se trouvaieut agités à cause de la levée des subsides pour la guerre de Flandres. Quelques historiens s'accordent à dire qu'il calma cette agitation par sa bonté et sa munificence. Avant de quitter Toulouse, il attribua aux consuls ou capitouls de cette ville la connais-
sance de tous les crimes commis dans la cité, les foubourgs et la viguerie, k Texception des monastères, des personnes ecclésiastiques, des nobles qui n*étaient pas habitants, de Toulouse, et des officiers du roi, avec pouvoir de juger ces affaires en présence du viguier, auquel il réservait Texécution des sentences. 11 accorda divers privilèges aux habitants de Toulouse en récompense de leur * fidélité, régla le devoir et le pouvoir des officiers de la ville de Toulouse dans radministration de la justice, et attribua au sénéchal la connaissance des contestations entre le viguier et les capitouls. Le roi partit de Toulouse le 2S janvier. Après son départ, on s'occupa activement dans la province de la levée des subsides nécesssaires à la guerre de Flandres, pour laquelle Philippe convoqua toute la noblesse du royaume.
Toulouse se trouva dans une position tout exceptionnelle pour cette guerre : une grande famine exerçait alors ses ravages dans la contrée. Les paysans, i)ressés par la misère, y arrivèrent au nombre de vingt mille. La faim est une mauvaise conseillère. Les capitouls voulant les renvoyer, ceux-ci menacèrent de livrer la ville au pillage. On prit alors des mesures pour arrêter le mal : on dressa une liste de tous les pauvres, avec l'indication de leur domicile ; les clercs et les bénéliciers furent chargés de nourrir
326 nMH wmatDiAiu».
ceux dont ils étaient fruits-prenants. Ainsi fut-il réglé pour
les justiciers et consuls des villes et villages. On nomma les capitouls Pnybuscan, de Saint-Paul 6t de GameviUe pour distribuer les secours, et Geoffroy de Pompadour fut désigné pour inspecter la distribution. Tous les jours, les pauvres recevaient une livre et demie de pain et une portion. Malgré ces précautions, la morts^ité fut grande, et on compta jusquà sept mille personnes qui périrent victimes du fléau.
Benoit XI étant mort le 6 juillet ,1504, les cardinaux s*assemblèrent à Péroose, et le 5 juin de Tannée suivanite élurent, pour lui succéder, Bertrand de Got, arcbevéque de Bordeaux et ancien évéque de Comminges, qui prit le nom de Clément V. Ce pape résolut de fixer sa résidence en deçà des monts, et ordonna aux cardinaux de se trouver à Lyon, où il voulait se faire couronner. U partit de Bordeaux vers la fin d*août 1305, passa à Agen, se rendit à Toulouse dans le courant de septembre, où il ne resta que peu de jours, continua sa route par Beziers, Montpellier, Saussan, Vauvert , Saint-Gilles, JNimes, Bagnols, et arriva à Lyon, où il fut couronné le 14 novembre, en présence de Pbilippe-le-Bei , du roi de Majorque, et de plusieurs princes et seigneurs. Le 15 décembre, il fit \m promotion de dix cardinaux, parmi lesquels se trouva Pieue de La Chapell&-Taillefer, évôque de Toulouse, qa*ii nomma évèque de Palestrina. Uévécbé de Toulouse devenant ainsi vacant, il s*en réserva la nomination, et vers les fêtes de Noël désigna pour ce siège Gaillard de Pressac, fils de sa sœur. Quant à Pierre de La Chapelle, il mourut dans sa patrie, en 1512. bon corps fut placé dans uq
TVHPS iIITB1IMtotitaB8. 327
splendide tombeau décoré tfane magnifique épîlaphe. U
gouverna pendant sept ans TEglise de Toulouse, et fut le premier éYéque de cette ville promu au cardinalat. U prit le nom de cardinal de Piénesle. Le pape lui confia la direction de l'affaire des Templiers, et le chargea de rétablir Tordre parmi les mineurs conventuels. Gaillard de Pressac, qui lui succéda » était né à Trabes, diocèse de
Bazas.
Le monastère de Saint-Laurent de Goujon perdit , en 1305, Aiasacie des Uosses, son abbesse, qui avait gouverné cette maison pendant près de cinq années. Gancione de La Eocbe lut, après elle, élevée à la dignité abbatiale, de sacriste qu'elle était. Plein de zèle pour la gloire de son Eglise, Emilien de la Cbastenéraye, prieur de la Daurade, fit enfermer toutes les reliques que possédait son monastère dans des cbàsses d or et d'argent, rendant participants de toutes les oeuvres pies qui se pratiquaient dans son ordre ceux qui voudraient coopérer à la décoration de ces châsses. Il veilla avec le plus grand soin sur les intérêts matériels de sa maison. Plusieurs fois ce prieur porta ses plaintes à Philippe-le-Bel contre les officiers qui usurpaient ses domaines : c'est ce qui Ut que le prince publia en laveur de la Daurade une charte où il confirmait le prieur dans Texercice de sa juridiction sur le territoire qu'on appelait le CloUre de l'église.
Au mois d'avril 1306, Qément V, se trouvant à Issoudnn , donna deux bulles en fàveur de Funiversité de Toulouse ; par Vune, il défendait d'appeler en jugement hors de la ville les écoliers de l'université, et par Fautre il approuvait Tusage où elle était de faire chanter, tous les
3Î8 im mmiÉDUius.
dimanches, une messe ea rhonneor de la Vierge dans
leglise des frères prêcheurs. Des indulgences étaient accordées à ceux qui y assistaient pendant TAvent et le
Carême.
Le roi désirait ardemment d'entrer en pariage de la plupart des domaines possédés par les seigneurs ecclésiasti- ^es et séculiers de son royaume, soit pour agrandir son autorité , soit pour diminuer celle de ces seigneurs : c'est ce qui le détermina à échanger la moitié de la yicomté de Lautrec, possédée alors par Bertrand III , contre la baronie de Caraman dans la sénéchaussée de Toulouse, qu*k . cette occasion le roi éleva à ce titre. Cet échange eut lieu te 6 mai 1506. Ainsi la branche aînée des vicomtes de Lautrec quitta ce nom pour prendre celui de Carmaing ou Caraman. Mais Bertrand III vendit , quelques années plus tard, la baronie ou vicomté de Caraman à Arnaud Deux, frère de Jean XXU, et mourut sans laisser d héritier.
Philippe s*occupa, à cette époque, d*une affiûre beaucoup plus sérieuse, nous voulons parler de Texpulsion des juifs du royaume. A cet effet, il donna une commission secrète à Jean de Saint- Just, chantre de TEglise d'Albi , a Guillaume de Nogaret, et au sénéchal de Toulouse, de faire arrêter tous les juifs : ce qui fut exécuté le 22 juillet. On confisqua leurs biens au profit du roi. Ces commissaires mirent à leur place, dans la sénéchaussée de Toulouse, trois bourgeois de cette ville, parmi lesquels était Raymond d'Izalguier, avec pouvoir de vendre les biens des juifs. On vendit en effet, à Toulouse, quelques maisons appartenant à ces reUgionnaires, et nous apprenons de ces actes qu'ils avaient ouvert dans cette ville une école pnbhque.
TBHPS UnBBHiDUlBBS. 3S9
Pendant qu*on chassait les juits du royaume, on condam*
nait au supplice du feu ceux qui proféraient des propos impies ; ainsi, au mois de janvier 1506, un certain Pierre Cosvin, qui avait attaqué le pape et porté atteinte à la divinité de sa puissance spirituelle, fut interrogé par Tinquisiteur. Son affaire ayant été évoquée par le parlement, on le condamna au feu. La sentence fut exécutée sur la place Saint-Etienne. Cosvin eut le bonheur, avant de mourir, de reconnaître ses erreurs.
. L^église de Saînt-Etienne, devant laquelle ce malheureux subit son terrible châtiment, était alors Tobjet de Tattention particulière des chelis du diocèse: on se proposait, disait-on, de continuer Tœuvre commencée par Bertrand de risle, c*est**à-dire de terminer le chœur, peut-être môme de construire la nef sur le même plan, puisque les vicaires-généraux , en Tabsence de Févêque, rendirent une or* donnance pour mviter tous les archiprétres et curés du diocèse à engager par tous les moyens possibles les fidèles à donner des fonds aûn de continuer les constructions commencées. Le pape avait donné des indulgences à tous ceux, qui contribueraient à cette œuvre.
Ce fut du Toulousain que partit, en 1507, la condamnation de Tordre trop célèbre des Templiers. D*après Arnaud Augier de Beziers, un bourgeois de cette ville appelé Squin de Florian et un templier apostat avaient été mis en prison pour certains crimes par les officiers du roi dans un château du diocèse de Toulouse. D'après Tusage du temps, ils se confessèrent Ym à l'autre. Squin découvrit par là les crimes des templiers, et fit savoir au roi qu'il avait des choses importantes à lui communiquer. Philippe rappela à
330 TEMPS IHTEUlAlMAIISS.
Paris, et Squin découvrit au prince tout ce qu*il avait appris. Des arrestations partielles eurent lieu, et les interrogatoires confirmèrent les assertions de Squin. Le paiie et le roi se rencontrèrent à Poitiers au mois de mai, et celui-ci agit fortement sur fesprit du pontife pour obtenir la punition des coupables. Uément V eut de la peine à ajouter foi à toutes les inbmies dont Tordre des Templiers était accusé.
Pendant que le roi était à Poitiers, il adressa de cette ville, le 4* de mai , des lettres au sénéchal de Toulouse pour lui défendre de connaître des causes entre les barons de«la sénéchaussée où il s'agirait du gage du duel, mais de les renvoyer à la cour du roi , à Paris. De Poitiers, Philippe le Bel se rendit à l'abbaye de Maubuisson ; ce fut là qu*il ût expédier à Henri de la Celle et à Oudarde de Maubuisson des lettres dans lesquelles il donnait le détail de tous les crimes reprochés aux templiers, et déclarait que sa volonté royale était qu'on arrêtât tous les templiers dans tout le royaume et qu'on les tînt sous bonne garde.
Le secret fut si bien gardé par tous les officiers du roi à qui de semblables ordres avaient été donnés, que le 13 octobre 1307 tous les templiers du royaume furent arrêtés. Les interrogatoires eurent lieu pendant les mois d'octobre et de novembre. Les uns avouèrent les crimes dont ils étaient accusés, et qui outrageaient à la fois la religion et la nature ; les autres n*en avouèrent qu'une partie. Le roi ayant eu une nouvelle conférence avec le pape, il fut résolu qu'un concile général serait convoqué à Vienne sur le Rhône pour examiner l'affaire des templiers. Alors Qément V députa chaque évéque de la cbré-
tnn utmiiâouiBis. 394
lieDté pour procéder à Texamen attentif d'one cause si
grave. Cette commission pontificale fut remplie dans tous les diocèses : il y eut des ayenx et des dénégations sor plusieurs chefs d'accusation. Quant aux biens des templiers, le roi et le pape nommèrent des administrateurs. * Parmi ceux qui fuicut désignés par le roi, on trouve Bernard Barrans de Toulouse. Les templiers furent condamnés au concile de Vienne, leur ordre supprimé, et leurs biens cédés aus. hospitaliers de Saint-Jean (1).
Le parlement ou corps de haute justice de Toulouse perdit à cette époque Jacques de Saint-Bonnet , son second président, qui fut inhumé au cimetière de la Daurade. Ses confrères fondèrent un annuaire de messes pour le repos de son âme, et lui donnèrent pour successeur Dieudonné de Lestang , qui lui-méme fut remplacé par André de Nogaret, docteur ès4ois , le roi Fayant anobli à cet effet. Au mois d'août, Jean de Roussy, chambellan du roi, vint à Toulouse pour convoquer les états-généraux du Languedoc. Les évèques et les députés de la province refusèrent d'y assister. Ce refus contraria beaucoup le souverain. Nous ne rapportons ici ce fait que sur la foi du chroniqueur Bardin, car 11 est impossible d*en trouver aucune trace dans nos annales.
L*abbaye de Cirand-Selve était alors gouvernée par Bertrand de Bruaval , qui ht une transaction, au sujet des
(4) La maifion du T^ple, à Toulouse, était située dans la rue qui a longtemps porté ee nom et qui est aujourd'hui désignée sons celui de la Fonderie. Cette maison devint plus tard l'hôtel de Tézan , occupé de nos jours par le couvent dé la YIntatbn.
332 TEMPS INTBBMÉOlàiaBS.
dîmes perçues par sa maison, avec les consuis de la ville
de Cologne en Gascogne. — Celle de Lezat avait alors i>uur abbé Guillaume Huoaud de Lantar, qui reçut eu 1307 Tabjuralion d'une illustre daiiie de la contrée, nommée Slé- - pbame de Prauda. Ce fut cet abbé qui fit la découverte des reliques de saint Antoine, en présence de Guillaume de Pressac, évéque de Toulouse, de Raymond Attou abbé de Saint- Saturnin , d Amauri de L»i e^soUes abbé de Calers, de Bernard de M agra abbé d'Ëaunes, de Pilefort de Rabastens abbé de Lombez, cl de plusieurs autres. L'abbaye de Sainl- Théodard perdit à cette époque Astorge, son abbé, qui avait succédé à Bernard de Malamort. Cet abbé se montra trèsHSbaritable envers les pauvres et créa une rente annuelle pour la nourriture de treize mendiants; il lit construiicà ses frais au monastère de la Case-Dieu, d'où il était sorti, une chapelle en l'honneur de saint Benoît et lui assigna des revenus. Son successeur fut Bertrand IHî Puy, qui était aussi moine de la Case-Dieu , car c'était toujours cette der- Bière maison qui donnait des abbés à Saiat-Tbéodard.
Jeanne de Navarre épouse de Philippe le Bel était morte en ce temps-là, puisque l'histoire nous apprend que le roi adressa des lettres particulières à Arnaud de Guilhem > abbé de Bolbonne, pour qu'on fît des prières pour le repos de râme de cette princesse dans ce monastère : ce qui porta Arnaud à fonder un anniversaire à cette intentioi}, ayec le consentement des cent seize religieux qui faisaient alors fleurir à Boibuuue la discipUne monastique. Nous trouvons dans nos annales qu^en J307 Arpaud de Guilhem condamna les habitants de Mazères à faire la garde autour de cette ville pendant la nuit. Il faut supposer qu'une sur-
TBMfê UiTEaU^DlAIRIS. 333
prise avait été tentée par quelque seigneur contre cette Tille qui dépendait de Tabbaye de Bolbonne.
Albertine avait succédé à Orpaie de La Tour dans le gOQTem^nent do prieoré de Prouille. Elle reçut, en 1307, plusieurs biens des libéralités de Roger de La Tour, coseigneur du château de Montauriol, qui laissa des fonds pour qu'après sa mort on entretînt à Pruuille un prêtre qni dît tous les jours la messe pour le repos de son âme, de celle de Véziate sa sœur, épouse d'Amêlius de Longchamp, et de ses autres parents. Cette noble Emilie s'était montrée toujours généreuse envers cette maison et lui avait donné plusieurs abbesses et religieuses. Albertine laissa, à sa mort, le gouvernement de Prouille à Uaymonde de Gomme, fille de très-sainte vie. Ce prieuré était alors dans toute sa splendeur et renfermait cent soixante filles. Jean de Véralles, général des dominicains, avait fixé ce nombre, qui auparavant n était que de cent.
Sorèze avait perdu depuis quelque temps Raymond de Pons, son abbé, qui n'est connu dans nos annales que pour avoir fondé un certain revenu pour Tentretien d'une lampe qui devait brûler pendant tout le carême devant le Saint- Sacrem^t. il eut pour successeur Pierre-Pbilippe d'Auriac.
L*année 1508 ramena le pape Clément V à Toulouse. Il partit de Poitiers au mois d'août, dans la résolution d'aller fixer son siège à Avignon ; passa avec toute sa cour à Bordeaux, à Agen, et arriva à Toulouse après la mi-décembre, suivi de neuf cardinaux. Il y fut reçu avec une grande ntagnificence. Tous les ordres sécubers et réguliers allèrent le recevoir processionneUement avec les croix et les bannières. On voyait à ce cortège le viguier de Toulouse, accomr
334 TB»S URBlMtDUItlS. ,
pagQé de cent serrants d'armes ; le sénéchal et toute la
noblesse ; les capitouls, à ijicd , portaient le dais sous lequel s'avançait le pape monté sur une mule richement caparaçonnée ; sous le dais marchaient à pied quatre gentilshommes familiers du pape ; à côlé et en dehors du dais marchaient à cheval les seigneurs de Vivoniic, de Muepoix, d*Ârchiac, de Mornay, de Barbazan, de Rahastens ; venait ensuite le parlement ou cour de justice. On se rendit en cet ordre à Saint-Etienne, où le Te Deum fut chanté; de là à Févêché, où le pape sur son trône admit tous les ordres au^sement de pied et prononça quelques paroles. Le jour de Noël , il officia pontilicalemciU dans 1 église cathédrale, à Tautel du chœur récemment élevé par Bertrand de risle. Qément V duniia à Toulouse plusieurs bulles .touchant Taffaire des tempUers. Le 50 décembre, il conunit l'abbé de Cruas au diocèse de Viviers pour aller laiormer contre eux en Allemagne. Le lendemain, il donna une bulle contre les iaux-monna} cuis du royaume.
Avant de suivre le pontife dans son voyage, nous rapporterons ici certains faits qui se passèrent dans le diocèse de Toulouse^ en 1308. Le prieuré de la Daurade avait toujours pour le gouverner Emilien de la Chastenéraye, qui, plein de zèle pour les intérêts de son ËgUse, força RaymoDd Beniardi de SainLe-Aitliémie, recteur de leglise paroissiale de Saint-Nicolas, autrefois Saint-Cyprien, k payer certains revenus dont cette église était redevable au monastère de la Daurade. Ce prieur mourut bientôt après, et eut pour successeur Bonafous de Durfort, prieur de Pomiers. — Bertrand Du Puy, abbé de SaintrThéodard , reçut à Toulouse, pendant le séjour du pape, la qualité de légat pour
Digilized by Googl(
TniPS INTERHÊDIAIBES. 335
ritalie afin d'y pacifier quelques proTinees. Son bailli , le
damoiseau Bertrand de Mailhac, lui ayant rendu quelques services, il lui céda en viager les dtines du lieu de Saint- Cyr près de Beaumout, sous la reate annuelle d une hémine de froment — Nous avons jusqu'ici passé sous silence le prieuré de Touget, situé autrelois dans la province ecclésiastique de Toulouse, parce que Tépoque de sa fondation ainsi que son histoire nous sont compièLement inconnues. On sait seulement que ce prieuré, placé sous Finvocation de saiul Martin , était auparavant une ancienne abbaye, car on trouva au milieu des ruines une colonne sur laquelle on lisait qu'Azemar Dofas avait reconstruit l'église en 1287. n paraît que cet abbé gouverna cette maison pendant un grand nombre d'aimées, puisqu'on le trouve en 1267 faisant une transaction avec Fabbé de Grand-Selve au sujet tic la paroisse de Saïut-Germier. C'est tout ce que nous avons pu découvrir sur ce prieuré qui , à Tépoque de l'érection de l'évêché de Lombez, dont nous parlerons plus bas, fut compris dans le nouveau diocèse. Il était situé non loin du lieu de Touget , dont il portait le nom. Il n en reste aujourd'hui que quelques ruines.
Le pape se trouvait encore à Toulouse au commencement de l'année 1309, puisque, le jour de TEpiphanie 6 . janvier, il accorda aux capitouls un induit par lequel il leur permettait de nommer à quelques places canoniales et monacales dans tous les chapitres et monastères du Tonlousain. L'acte authentique que l'annaliste de Toulouse nous a conservé rapporte que les capitouls exercèrent aussitôt le droit qui leur avait été cédé par le pape. Clément partit de Toulouse le 6 janvier et se rendit & Saint-Ber-
336 T£IU»3 U(TSRJléOUifl£S.
irand de Comminges dont il avait été évéque, en passant par Tabbaye de JLezat, où il fut reçu par Hooaud de Lantar avec beaucoup de magnificence.
Le 16 janvier 1309, il fit à Saint-fiertrand la translatioo solennelle du coips de ce sa^nt, qu il pla^a dans une châsse très riche dont il fit hommage à son patron. On vit à celte cérémonie cinq cardinaux, les archevLijues de RoueD et d*Ânch , les évéqnes de Toulouse, Albi , Magueloime, Aire, Tarbes, et Comminges ; les abbés de Nizors, lionnefond , r£scale*Dieu, Simorre, Fontfroide, et un immense concours de clergé, de noblesse et de [^euiilo. Les reliques diï saint furent placées sur Tautel de Notre-Dame. Le pape portait à la cérémonie une chape de brocard d'or enrichie de médaillons où était représentée la Passion du Sauveur. Il laissa cet ornement à Saint-liertiand, et on l'y yoit encore aujourd'hui. A l'occasion de cette translation, il institua une féte annuelle au 16 janvier, une autre au 2 mai , en mémoire de Tapparilion du saint ; et lors du jubilé il accorda de grandes indulgences à ceux qui contribueraient à la construction de la nouvelle éghse dont Adémar de Saint-Pastor, chanoine sacristain, avait posé la première pierre en 1304.
Boson de Sahgnac était évéque de Comminges à 1 époque de la translation dont nous venons de parler. Il avait été précédemment archidiacre de Médoc dans le Bordelais. Ce prélat donna au monastère de Prouille une portion de terre située auprès de l église de Saint-Romain à Toulouse ; il réduisit à treize le nombre des prébendes canoniales de son église, et fit une donation au monastère de Sainte-Croix de Bordeaux des dîmes du lieu de Bellefage dans son dio-
TEM^S titmMibiàliipJ. 2^37
€èse. L*abbé de Boonefont était alors Raymond de Saint*^
Paul, qui reçut foi et hommage de Bernard comte de Comminges pour le lieu de TEstelle, où ils avaient, d*nn commun accord, établi un consul. Labbaye de la Bénédiction-Dieo on Nizors avait à cette époque à sa téte Arnaud de Falgar, qui avait succtiié à Tailhafer. En ce même temps mourut, dans son monastère de Fabas, Rubéa de Comminges, lille du comte de ce nom, qui m élail abbesse ; elle avait succédé à Comtors de Benque.
De Saint-Bertrand le pape se rendit à Gaudiés, d*où il écrivit au roi, le 17 janvier, au sujet des templiers. De Gaudiés, il vint au monastère de Prouille et y arriva le 29. Le lendemain, il entra dans le cloître des religieuses, suivi du cardinal Du Prat évêque d*Ostie, de quatre autres cardî- Daux, de Tarcbevêque de Rouen et de Tevêque de Tou^ louse , ses neveux. Raymonde de Gayonne était alors prieure de cette maison. L'année même de la visite de Oément Y; Prouille devint la proie des flammes. Une pieuse légende rapporte que Ton vit des anges sous la forme bumatne éteindre le feu : ce qui porta le P. Adaïbert, provincial de Toulouse, qui était présent, à ordonner qu il serait bit désormais, à perpétuité, à matines et il vêpres de roffice canonial, mémoire des SS. Anges.
Clément V se rendit enfin à Avignon, où il fixa son sé'» jour. Quant à Gaillard de Pressac, évéque de Toulouse, il rendit, au mois de juin tS09, une sentence contre les hérétiques du Toulousain, de concert avec Bernard de la Guyonie, qui, à cette époque, fut créé inquisiteur général de la province et devint plus tard évéque de Lodève. Ce dominicain composa un livre qui n*est point venu jusqu'à
33i» TEMPS IKTEMÉOUtUS.
nous, et qui avait pour titre : De la Pratique de l'Inquid'tùm. L*ordre de saint Dominique, à Toulouse, ayait alors k sa téte les prieurs les plus recomiuaudables par leur science et leur piété : c*était d*aborâ Ytier de Campighac, irère Loup de Boyonne, sous lequel fut célébré le second chapitre général des Frères Prêcheurs, Guillaume de Ânhapis, et Bertrand de Roqueville. Chacun de ces prieurs augmenta le couvent des dominicains par les constructions successives du cloître, des salles capitulaires, des infirmeries et de la bibliothèque.
S'il laut ajouter foi au chruiuqueur Bardin, le chevalier Pons de Boissac aurait été condamné au dernier supplice pour avoir parcouru tout le pays afin deugager les habitants à ne point payer au roi les subsides. Pris, à Lavaur et jeti; en [irison au mois de mars iôlU, il fut traîné sur la claie dans plusieurs rues et places de la cité, et conduit sur la place du Salin, lieu de Texécution. Âu mon[ieût où le bourreau allait le pendre, trois cents hommes bien armés vinrent le délivrer ; de là, ces hommes se portèrent sur plusieurs édifices publics et particuliers et les pillèrent. Les capilouls i)ai'Yinrcnl avec peine à arrêter le désordre. Les membres de la haute cour furent obligés de se retirer à Vcrfeil, et de la à Montaubau. Peu à peu la tranquillité se rétabUt à Toulouse après qu*on eut pendu Jean de Bonamour, chef de la révolte, et qu'on eut fait aussi leur procès à Lerat et Pagarel, capitouls, comme ayant participé à ce coup de main. L*archevêque d'Auch fut accusé d'avoir donné asile à ces derniers.
Ce qinl y a de beaucoup plus certain que ces détails du chroniqueur, cest qu'il tomba, en 13i0, une si grande
TEMPS INTBRUADIAIRBS. iàâf)
quantité de pluie dans le Toulousain qo^elle causa une disette générale qui lut suivie d une ailreuse mortalité. La population fut décimée.
La ville de Lyon s*étant révoltée contre Philippe-le-Bel, ce prince envoya le roi de Navarre son fils à la tête d'une armée. Le sénéchal de Toulouse ayant siguiUé Tordre de se mettre en armes pour cette expédition, le comte de Cornminges, Raymond et Arnaud de Marqueiave, Bertrand de Noé, et un grand nombre d*autres seigneurs du pays, se rendirent à la guerre, qui fut terminée par la soumission de la cité rebelle.
n paraît que les habitants de Carbonne dans le Toulousain se rendirent alors coupables de quelques sacrilèges, puisque Gaillard de Pressac leur en donna Fabsolutiou solennelle. Ce prélat céda aux religieux augustins, en 1310, une antique chapelle de Notre-Dame de Pitié située dans la paroisse Saint-Etienne, auprès de laquelle ils s*établireht. Leur couvent était primitivement situé près de la porte Matabiau, Ce fut par les soins de Bertrand de'Nontferran, ' provincial, et de Pierre Mansy, prieur, que le pape donna une bulle pour opérer la translation de la maison. Cétte bulle fut présentée à l evêque de Toulouse, qui consentit au changement. Les grands angustins s'établirent donc alors dans la paroisse Saint-Etienne. (Leur couvent est aujourdliui occupé par le musée des tableaux et des statues.)
Nous trouvons dans nos annales un £ait assez singulier. Vers la fin de février 1310, Gùillaume des Bordes, évêque de Lectoure, fit déposer, par les mains de Vital de Bramevache, chanoine de Saint-Gaudens, quatre mille livres tournois qui furent renfermées dans un coiïre du dortoir des
34(^ TKMfô INTSftlIlillUi&K:».
(lomioicaiDS de Toulouse. Cette somme était contenue ùm vingt sacs, dont dix-huit étaient scellés du sceau do questeur-cardinal camérier du pape. Guillaume des Bordes avait un frère nommé Bertrand qui fut évêque d'Albi et plus tard camérier de. Clément V. Nous .pensons que ce trésor provenait de restitutions faites à ce prélat an sujet de plusieurs usur|»ations de biens ecdésiastiques dans soa diocèse. Il fut fait cardinal, dit-on, au titre de Saint-Jean et Saint-Paul, et après avoir été chanoine de Lectoure.
Le concile de Vienne, où fut terminée TaflEaire des templiers, fut ouvert le IG octobre ioli et ne finit que le 6 mai de Tannée suivante. Gaillard de Pressac assista à ce concile. Ce prélat reçut, en 1312, une bulle de Clément V, d^tée de janvier, par laquelle le pape lui transmettait ainsi qu à la mense épiscopale (>00 livres de revenu sur les péages de Castelnaudary, d'Avignonet, du port de Belleperche, à condition qu'on assignerait pareille somme sur les dimesile Gastelsarrasin pour les églises collégiales de Sainte-Marie, d'Urista et de Villandraud, que Pressac avait fondées.
Cette même année, le pape créa cardinaux, plusieurs ec-
désiastiques qui avaient exercé leur ministère dans le Toulousain. Le premier fut Guillaume de Mandagot, qui avait disputé la prévôté de Saint^Etienne à Arnaud de Commioges. 11 fut créé archevêque d'Embrun et d'Aix, et eoûQ évéque de Palestrina. Cétait un homme profondément versé dans Tun et lautre droit; il travailla au sexte des décrétales et composa plusieurs traités sur la discipline ecclésiastique. Le second cardinal fut Arnaud Novelli, abbé de Fontfroide, . né à Saverdun près de Toulouse, oncle par sa sœur de
TIHP8 INTBMIÉDlilUS. 344
Jacques Fonraier qui fut pape sous le nom de Beuoit Xil. NoTelli était professeur k ruiuvcrsité de Toulouse et oflieial de cette ville. Ayant embrassé Fétat monastique à Bolbonne, il devint abbé de Fontfroide et vice-chancelier de r£glise romaine.
Le concile de Vienue lança un décret pour défendre aux inquisiteurs d*agir sans le concert des évèques diocésains. Ce décret purie, dans le corps du droit, le titre de la ClévmHne^ MtiUarum, Aussitôt les inquisiteurs de Toulouse et de Caicassonne publièrent un long mémoire au pape pour le Usure révoquer, affirmant qu'il retarderait les procédures de rinquisiUon. Mais ce mémoire ne produisit aucun eflét et le décret fut maintenu.
D'après Bardiu le chroniqueur, Toulouse lut privée en tSiS de ce quMl appette' son Parlement : les magistrats qui le composaient reçurent oidre de se rendre à Poissy, où siégeait celui de Paris. Le roi, qui s'occupait alors de la levée des subsides pour la guerre de Flandi es, ordonna à ses grands sénéchaux de convoquer à Arras tous les gens d'armes pour le jour de sainte Madeleine (1315). D'après les ordres du prince, Jean de Blainville, sénéchal de Toulouse» convoqua sa sénéchaussée.
Gaillard de Pressac s'occupa, en 1315, à régler quelques affaires de son diocèse ; ainsi il accorda k son chapitre le pouvoir de nommer lui-même ses syndics ; il visita les reUgieux de Bolbonae dans la grange de iTémesaïgues, et leur déclara qu'il respecterait toujours leurs privilèges. L'archevêque de Narbonne prétendait avoir le dioit de visiter les clercs du diocèse de Toulouse ; Gaillard de Lober jan, prévôt de Saint-Etienne, présenta à ce sujel une
ut iwfs immaiÉDuiiis.
requête à révéque de Toulouse, mais oos auoaies ue nous parlent pas de Tissue de cette affaire. Ce prélat se rendit aussi à Graad-Selve, où se trouvait Bouilace de Durtort, prieur de la Daurade, qui reçut des mains de TéTêque des lettres par lesquelles celui-ci déclarait que le prieuré de Belberaud (mllis Beràldi) dépendait de la Daurade.
£n 1314, le roi convoqua les, états généraux du royaume pour fournir aux frais de Texpédition de Flandres. Ces états s^oqvrirent au mois d août. Le lundi après la féte de rAssomption, on tiul à Toulouse, pour ce même objet, une assemblée composée des trois ordres. La chambre ecclédastique fut présidée par Amanieu d*Annagnac, archevêque d'Auch et Bernard de Farges de Narbonne; celle des nobles le fût par Bernard de Mercier, connétable de Champagne, et Aymeri vicomte deNarbonoe; celle du tiers-état le fut par Guillaume du Moulin et Aymeri de Castelnau^ capitouls. Cette assemblée se montra peu iavorable aux projets du roi et refiisa les trois cent mille livres pour les subsides.
Sur ces entrefoites, Clément V mourut au château de
Roquemaure, dans le diocèse d'Avignon, le 20 avril. 11 eut pour successeur, deux ans après sa mort, le cardinal Jacques dEnsc (le Cahors, qui prit le nom de Jean XXll. Qément V fut bientôt suivi au tombeau par Pbilippe-le-Bel, qui muutut à Fontainebleau le 29 novembre 1514. Son fils aîné, qui prit le nom de Louis le Hutin^ lui succéda. Ce prince, à son avènement au trône, lit prêter serment de iidélitéàtous ses sujets: Jean de Blainville reçut, en 1315, celui des habitants de Toulouse. Louis rendit une urduuuauce par laquelle il coulirma tous les privilèges de la province
fWÊn iMTnmBDiMABft. 343
et CD accorda de nouveaux. Il est dit dans cet acte que nul
consul capitoul ou décurion de Toulouse, ou ses eufanls, ne pourra être appliqué à la question, si ce n*est pour le crime de lèse-majesté ou pour tout autre giaiid ciime. Ces condescendances pour la province ne Tempéchèrent pas • d'ordonner au sénéchal de Toulouse de faire payer les acaptes et arrière-acaptes qui lui étaient dus, et qui montaient à dix mille tournois. A la demande des nobles et du peuple de la sénéchaussée de Toulouse, il ordonna qu'on n'évoquerait plus au parlement de Paris les causes des particuliers, mais qu'elles seraient terminées par le sénéchal ; il reiulit encore plusieurs autres ordonnances pour remédier à certains abus qui lui avaient ^é dénoncés. Ce prince mourut à Vinceones le 8 juin 1316, el no laissa qu'une iille. Clémence sa femme était enceinte au moment de sa mort. Le 15 novembre, elle donna le jour à un prince qui lut nommé Jean ; il ne vécut que peu de jours. Philippe son oncle, qu'on surnomma le Long, lui succéda.
Gaillard de Pressac, évèque de Toulouse, touchait au . terme de son épiscopat ; il fat prié à cette époque par le roi d'Angleterre de conférer un bénéiice convenable à l'un de ses serviteurs. Les dépenses de ce prélat était excessives. Le pape, qui était instruit de ces prodigalités, avait nommé Arnaud de Verdale, chanoine de la collégiale de Mirepoix, pour liquider ses nombreuses dettes. Plusieurs motifs déterminèrent alors Jean XXII à ériger le siège de Toulouse en métropole. La bulle derection est du ^5 juin 1317. Gaillard de Pressac fut dê|)osé de cet évéché et nommé k celui de liiez en Provence, qu'il naccepta pas. Il mourut à Avignon quelques années après (1527). Jean de Com-
344 nm» nmuiteiiiisai
miDges, évêque de Magoelonoe, fat éhi preuiier aretieTéque
de Toulouse. Quatre sulïragants furcat donnés à la liuuvelie métropole» le pape ayant érigé en évéchés les abbayes de Saint-Théodard, de Saint-Papoul, de Lombez , et le prieuré de Aieux. Le 7 jaillet, le pape écrivit aux consuls et au peuple de Toulouse pour leur faire part des raisons qui Tavaient engagé à ériger leur ville en archevêché, et à partager son diocèse en plusieurs autres. Les nouveaux évèqaes furent ; pour Rieux, Guillaume de Brutia, doyea de Téglise de Bourges ; pour Montanban, Bertrand Da Puy, dernier abbé de Saint-Ibéodaid ; pour Saint-Papoui, Bernard de La Tour, dernier abbé du monastère de ce nom ; pour Lombez, Arnaud-Boger de Comminges, dernier abbé ' de Saint6*Marie de ce nom. Le pape assigna an nouvel archevêque dix mille livres tournois de rente, et cinq mille à chacun des nouveaux suffragants, à prendre sur les revenus de larchevèché de Toulouse et sur les meoses abbatiales des anciennes abbayes.
Le i6 septembre 1317, le pape érigea deux nouveaux évéchés en démembrant encore le diocèse de Toulouse: celui de Lavaur, dont il ât R(^r d'Ârmagoac premier évéqœ, et celui de Mirepoix, pour lequel il nomma Raymond Atton abbé de Saint-Saturnin de Toulouse. 11 institua en outre diverses collégiales dans tout le Toulousain : celles de risie-Jourdain et de Saint-Féiii de Caraman.
Jean XXII s'occupa vers ce même temps de la canonisation de saint Louis, évêque de Toulouse, dont nous avons déjà rapporté la mort. Des miracles éclatants étaient luus les jours opérés k son tombeau. Sur les instances des archevêques d'Arles, d'Embrun, et des évéques de M
TUIM IMIlUIÉDIAlUf. 34S
Proveoee, Bonifiause VUi avait eommeocé tes premières in*
lui aialions ; Clément V les continua, et désigna à cet effet Gui , évéque de Saintes, et Raymond, évéque de Lectoiire. Ces lulormations furent termiaces le 7 avril 13i7, jour auquel lean XXli publia la bulle de la canonisation du saiot évéque de Toulouse, qui fuir adressée à tous les évéqnes de FEgUse universelle. Le pape y ôotm un abrégé de la vie de Louis d'Anjou, rapporte la résurrection de six morts attribuée à son intercession ainâ que plusieurs autres prodiges, et termine ainsi cette bulle : « Que le Seigneur
• notre Dieu soit béni d'avoir donné une couronne si brii- » lante à son serviteur ! que les habitants du ciel applau-
• dissent, en i*ecevant parmi eux cet astre plus édatant
> que le soleil 1 Que les royaumes de France, de Sicile et « de Ifongrie fessent retentir des chants d'allégresse, en » voyant sortir de leur sein cette ileur si pure, ce fruit si
> exquis et si mûr pour le banquet sacré du souverain » Monarque des cieux ! Que la ville de Toulouse se félicite » d'avoir été gouvernée par un si digne pasteur, et d'être » protégée par un intercesseur si puissant auprès de Dieu! ^ Que Marseille se glorifie de posséder les dépouilles de ce
• saint corps ! Que Tordre de saint François éclate en ac- 9 tiens de grâces, et qu*il représente sans cesse au Très- » Haut les mérites d'un enfant si illustre i »
Le pape fixa sa fête au i9 août. Le 9 avril, il écrivit àb reine de Sicde, mère du saint, la lettre suivante :
« Quel triomphe pour vous, notre chère Fille, lui ditîl, » quel sujet de joie d'avoir mis au monde un iils dont la » protection vous soutient auprès de Dieu , et dont la gloire
• vous rend infiniment respectable aux yeux des hommes t
346 TEMPS IMTBBXÉDUIMS.
» Ce 'fils, c*est le saîDt évèque de Toulouse, que Dieu, tou- » jours magnifique dans ses dons, honore sur la terre de » la grâce des miracles, et quil couronne dans la gloire » d'un diadème immortel. En considération de s^ s mérites, » et de ravis de tous les prélats de notre Cour, Nous ve- » mm de le mettre solennellement au iioiiil)re des Saints. » Rendez donc des actions de grâces à 0ieu, notre ebère >» Fille, de l'heureuse fécundité qu'il vous a donnée ; mab » profitez en même temp^ des exemples de votre bienheu- » reux lils ; courez à l'odeur de ses parfums ; adonnez- » TOUS, comme lui , à la pratique des bonnes œuvres. S'il » était encore au monde et qu'un malheureux sort l'eût » condamné à l'exil , la tendresse maternelle vous donne- » lait assez de courage pour le suivre : avec quel empres- » sèment ne devez-vous donc pas marcher sur ses traces
» pour arriver au i(jyaume qu'il possède ! »
Le monde catholique se partagea ses sacrées reliques. Nous nous bornerons ici à consigner que les cordeliers de Toulouse possédaient son caUce d'or, une de ses dalmatiques dont les orfrois étaient semés de perles, son manteau, sa tunique, et quelques autres vêtements. (Tous ces objets vénérables ont été dispersés k la première révolution.)
L'érection de l'évéché de Toulouse en métropole nous force à terminer ici Vhistoire des abbayes de Saint-Théodarti et de Belleperche, de Saint-Papoui et du prieuré de Prouille, du MasHl*Azîl et de Lezat, du prieuré de Camos et de l'abbaye de Sorèze. Nous nous occuperons cepen- . dant encore des abbayes de Feuillants et de Calers, parce que ieur teriitoire est aujourd'hui dans le diocèse de Toulouse, comme aussi de Fabbaye de Bolbonne.
Philippe lo Long ayant résolu de venir lui-même dans la proTiDce, écrivit à tous les seigneurs du pays de se trouver a iuuiuuse puur l'oclave de Noël 1518, pour y déiibcier sur plusieurs points d'importance ; il ordonna encore aqx villes de la province d'envoyer des députés dans le même but. Ces ordres nous indiquent qu*il avait formé le projet de convoquer les états-généraux à Toulouse pour Tannée suivante.' Hais il ne put entrepirendre son voyage, et désigna i évèque de Laon et le comte de Forez pour présider rassemblée de Toulouse ; il y joignit ensuite le seigneur de Sully. Ces trois conïmissaires vinrent k Toulouse pour y lever les subsides, et nous possédons plusieurs actes datés du mois de mars 1519 desquels il conste que plusieurs communautés religieuses prêtèrent au roî des sommes considérables. Ces commissaires se trouvaient k Buzet au mois de novembre, et y acceptèrent Toffre que les consuls de Carcassonne iireat au roi de liuit mille tournois. La .noblesse du pays se rendit à Arras pour la guerre de Flandres.
Les commissairies du roi trouvèrent à Toulouse les évéques de la province pour un synode qu'avait convoqué Jean de Conuninges. L'objet de cette assemblée ecclésiastique, dont cependant les actes ne sont pas venus juâqu'k nous » élait de donner aux évéques voisins ou à leurs vicairesgénéraux et aux coqamissaires de rarchevèque d'Auch (le siège étant vacant) la faculté de faire jugefr leurs sujets à Toulouse : cest ce qui fut décidé k ce synode, qui se tint au mois de juin. Le 7 septembre, Jean de Commlnges, se trouvant au château de Vallègue, publia cette décision.
Guillaun» de Brutia n'occupa que très peu de temps
34ft TKHK iNmiUtoutiBS»
révéché dd Rieux, donl il lut le premier titulaire ; Piteforl
de Rabaslens lui succéda. Il avait d'abord été nommé évêque de Léou eu Ëspague. Ayant assisté au synode dont nous venons de parler, il envoya, conformément à ses décrets, des hommes probes et édairés pour juger les héré* tiques do son dîocùso. 11 l'ut créé plus tard cardinal au titre de Sainte-Ânastasie, et mourut en 1322. On lui donne pour successeur Bertrand de rilcioi L, qui n'occupa le siège que quelques mois et qui fut . remplacé par Bertrand de Orouilhac.
Pierre Letessier arait succédé à Raymond Âtton dans la
dignité abbatiale de Saint-Satuinm a Toulouse. II était ne à Saint-Antonin en Rouergoe, et se trouvait prieur des chanoines de cette collégiale quand il fut créé abbé. Cet homme âninent se vit élevé à la dignité de vice-chancelier de l'Eglise romaine, après avoir rempli plusieurs légations, n fut créé «cardinal au titre de Sain^Etienne du mont CobHus, et eut pour successeur à Saint-Salurnin Amélius de Lautrec, de Tillustre bmille de ce nom.
Il existait à Toulouse, en Tannée 1319, un grand nomïm d^hérétiqnes renfermés dans les prisons publiques ; on se mit eu devoir de les juger. En conséquence, le 50 septembre, nne imposante assemblée eut lieu dans la cathédrale de Saint-Etienne pour procéder à ce qu'on appelait alors Sermon pubUc, Acte de foi, et en Espagne Aufo da [t. Les registres de l'inquisition de Toulouse, qui nous donnât les détails de cette cérémonie, renferment les opérations du saint tribunal depuis Tan 1507 jusqu'à Tannée i3i3« Ces registres ont été publiés par Philippe de Limborch. Nous y trouvons plusieurs Sermons publics qui pré-
vmH ummitouiBtt. 349
cédèrent celui de la préseote année ; ceux du dimanche
de la Trinité 1509,— du dimanche de la Passion 1310, — de la fôte de saint George, — do dimanche avant TAscension 1312, — du second dimanche de carême de lola. Tons ces actes de foi se ressemblent, et en (Mmni Texposé fidèle de celui qui nous occupe, il sera facile de se former une idée de tous les autres. Il importe d'abord de désigner les membres principaux de la célèbre assemblée de 1519 : Bernard Guidonis ou de La Guyonie et Jean de Beaone, dominicains inquisiteurs de la foi en France par commission apostolique (le premier, fondé de pouvoirs pour les évêques de Cahors, de Saint-Papuul et de MontauLan); Pierre Piscis, chanoine de Mirepoix, au nom de Tarchevèque de Toulouse ; Fr. Rotger de Aset , cordelier ; maître Auger de Pozols, officiai d'Auch ; Henri de Altor, au nom des vic^res généraux et du chapitre d'Auch (le siège étant vacant); Ylier de Broisse, chanoine d*Angoulôme, au nom de Beraud évêque d'Albi ; Vital de Prinbac, chanoine et piévôt; Bernard Armann, chanoine archidiacre ; Guillaume Rocher, ofiiclal, au nom de Pilefort, évêquede Rieux.
i*" Lecture fut alors donnée des lettres de Jean de Com* , minges, par lesquelles il octroie tous les pouvoirs nécessaires au jugement des hérétiques. Ces lettres portent la date du 7 septembre, au château de Vallègue. Ensuite fumt lues les commissions spéciales des trois évéques sus^ nommés. Le sénéctial de Toulouse, les officiers du roi et les capitouls prêtèrent le serment d*usage. Après le smnent on désigna par leurs noms vingt personnes présentes à qui Ton permit de quitter la croix. Sur ces vingt hérétiques, oû comptait dix femmes.
350 niiFs nmiBHiDi&tBBS.
S** On lot les noms de cinquante-six emmurés, auxquels
on fit grâce de la prison, à couditiun de porter des croix sur leurs habits, de foire divers pèlerinages, et d'accomplir d*autres œuvres pies, avec privation de tout, office public. Les croix qu1is devaient porter étaient au nombre de deux, et elles devaient être cousues sur le devant et sur le derrière de leurs habits, entre les épaules. Ils étaient obligés de les porter sur tous leurs iiabits, excepté sur la ' chemise, et elles devaient être de feutre (de fiUro)^ de couleur jaune. La branche perpendiculaire avait deux palmes de long, et la transversale une palme et demie ; leur largeur était do trois doigts. Ceux qui étaient coiulaiiinés à les porter étaient tenus de les refaire toutes les fois qu*elles se declii raient. Les inquisiteurs et les grands-vicaires déclarèrent qu'ils se réservaient le pouvoir d'augmenter ou de diminuer ces pénitences quand ils le jugeraient à propos, et ils firent la même déclaration pour les peines qu'ils imposèrent aux autres accusés. Ils reçurent ensuite labjuration de ces cinquante-six personnes, et ils leur donnèrent l'absolution de rexcommunication dont elles avaient été frappées.
Ils enjoignirent à quatre hommes et à une femme qui avaient fréquenté les hérétiques de faire quelques pe* lerinages, sans les assujettir à porter des croix comme les autres, et on leur donna Tabsolution après qu'on eut lu publiquement les fautes dont ils étaient coupables.
4"* Ils condamnèrent vingt hommes ou femmes à porter des croix de la manière qu'on Ta déjà expliqué après qu'on eut lu publiquement leur confession, dans laquelle ils s'ac* cusaient d*avoir favorisé ou fréquenté les hérétiques ou les
TSItfê WTBMiltDUIBia. 3Ô4
vaudois, d^avoir participé à leurs cérémonies, etc. On leur imposa diverses pénitences, et de plus des pèlerinages qu'ils devaient commencer dans trois mois à Notre-Dame de Roc- Amadour, du Puy en Vêlai , de Vauvert au diocèse de Nîmes, et des Tables de Montpellier ; k Saint-Guillem du Désert, Saint-Gilles en Provence, Saint-Pierre de Montmajour, Sainte-Marthe de Tarascon, Sainte-Magdeleine de St- Haximin en Provence et Saint-Antoine en ^ennois ; à Saint- Martial de Limoges et k Saint-Léonard en Limousin ; k Saint-Denis en France et à Saint-Louis de Poissi ; à Notre- Dame de Chartres, k Saint-Severin de Bordeaux, k Saint- Paul de Narbonne, et enfin à Saint-Vincent de Castres. Avant rimposition de ces pénitences, les accusés abjurèrent leurs erreurs, promirent d*obéir a VEglise, et reçurent FabsolulioQ de re^communication dont ils étaient liés. Les inquisiteurs enjoignirent à quelques-uns de ces accusés qui étaient plus coupables que les autres, de porter des doubles croix.
5** On lut la conlession de viugl-scpt hommes ou femmes qui avaient &vorisé plus particulièrement les hérétiques ou les vaudois, ou qui avaient été initiés dans leurs mystères, et celle d*ttn juif couYerti, relaps. On publia ensuite la sentence (jui les condamnait k une prison perpétuelle, où ils devaient faire pénitence au pain et à Teau. Quelques-uns de ceux-ci , comme plus coupai furent ccNddamnés a être resserrés plus étroitement et k avoir les fers aux pieds et aux mains. On leur doima Tabsolution de la sentence parce qu'ils avaient abjuré leurs erreurs. Les inquisiteurs et les c ommissaires se réservèrent d'abréger ou d'augmenter cette prine dans la suite.
352 TIMPS INTBEMÉOUiftlS.
G** On lut la confession qu'avaient faite neuf accusés, bommes ou femmes, déjà morts, qui , suivant leurs fautes, auraient dû être renfermés dans une prison perpétuelle s*ils avaient vécu, excepté un , qii*on aurait abandonné an bras séculier. Tous leurs biens furent confisqués.
7* On publia la confession et la sentence d'un antre accusé qui était mort croyant des hérétiques ; on déclara que ses biens étaient confisqués, et que, s1l eût été encore en vie et qu'il eût refusé de se convertir, on Taurait aban* donné au bras séculier.
8"* On publia une autre sentence d'un homme mort fauteur des hérétiques : on ordonna que ses ossements seraient exhumés sans cependant être brûlés, et que ses biens seraient confisqués.
9"* On lut une autre sentence contre un homme marié qui disait la messe et prétendait consacrer sans avoir M ordonné, et contre une femme relapse, morts Tun et l'autre dans rimpénitence. On ordonna que leurs ossements seraient déterrés et brûlés.
10* On lut la confession et la sentence d*iin prêtre bourguignon qui avait embrassé l'hérésie des vaudois et était relaps. H fut condamné k être dégradé, et abandonné ensuite au bras séculier. On lui permit seulement, en cas qu'il fût repentant, de recevoir les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie.
i 1* On lut les informations qui avaient été faites contre quatorze hérétiques fauteurs d'hérétiques ou relaps, fugi* tifs, tant hommes que femmes. Ils furent tous condamnés par contumace comme hérétiques.
12'' On prononça une sentence contre deux vaudois on
pamres de Lffon^ relaps, et on les abaudonoa au bras séculier.
t3« ËDûn ûû abaadoQQa aussi au bras séculier, pour être brûlé vif , un accusé qui , après avoir été convaincu d'hérésie eu jugemeat> soit par sa propre confession, soit par témoins, avait rétracté ensuite sa confession, prétendant qu'il l'avait faite par la force des tourments qu'on lui avait M souflrïr, et avait déclaré qu'il ne voulait ni se défendre aise purger. On lui donna cepeudan^uinze jours pour se reconnaître, et on déclara qu'en cas qui! avouât son crime dans cet intervalle, on ne le condamnait qu'à une phson perpétuelle.
Ainsi ûnit cette longue et humiliante cérémonie. (1) A la suite de Fauto-da-fé dont nous venons de parler^ le registre de l'Inquisition de Toulouse rapporte la sentence qui fut rendue contre le frère Bernard Délicieux de Tordre de saint François, dont il faut rapidement raconter 1 histoire. Il naquit à Montpellier et embrassa la règle des mineurs. A cette époque, Pierre-Jean d'Olive, du même ordre, y avait opéré une division sous le prétexte d'une plus grande austérité de vie ; il attira à sa suite cent vingt rdigieux de la commune observance, et en particulier Délicieux. Ceux-ci parvinrent à chasser les cordeliers de Narbonne et de fieziers, prirent un habit différent, de forme très étroite, et nommèrent leur supérieur de leur autorité privée. Le pjrovincial et le général de l'ordre essayèrent en vain de les i amener : quelques-uns se rendirent, mais
(4) LYMftOftCB, Hist. de l'Inquis., pag. 208 et suiv.
lit 93
32^4 TiHPB ummiDuiftcs.
soixante-trois persistèrent dans leurs idées, et de ce nombre était Bernard Délicieux. Le pape, informé de ces désordres, les fit citer à son tribunal, en 1317. Soixante y comparurent, coiiduiis par Délicieux. Jean XXJl leur ordonna de revenir à obéissance. Plusieurs obéirent, et vingt-cinq demeurèrent obslinéû. Sur ce dermer nombre, quatre, dont Fun était de Toulouse, convaincus d*ayoir enseigné diverses erreurs qu'ils avaient puisées dans un commentaire de Jean-Pierre d*01ive sur TApocalypse, furent abandonnés au bras séculier et brûlés vifs en 1318.
Bernard Délicieux, qui était du nombre des vingt-cinq, fut mib un piisoii par ordre du pape, qui, pai' une bulle datée du 16 juillet 1319, renvoya le jugement de cette affaire à Tarchevéque de Toulouse et aux évoques de Pamiers et de Saint-Papoul. Ces prélats se réunirent à Castelnaudary et ensuite à Carcassonne ; mais Jeau de Comminges n'ayant pu suivre les deux autres dans cette ville, ils s'adjoignirent les évéques de Castres et d'Alet. Les diverses procédures montrèrent que Bernard Délicieux s*était rendu coupable 1** d'avoir soulevé quelques villes contre les inquisiteurs de la foi ; d'avoir pris la défense, dans ses discours, de plusieurs personnes convaincues ou sus^ pectes d'hérésie ; 3<' d'avoir déclaré en présence du roi, à Toulouse, que si saint Pierre et saint Paul revenaient à la vie, ils seraient très-probablement déférés an tribunal de l'Inquisition ; d'avoir retaidé l'exercice de ce tribunal en supposant des faussetés insignes ; 5* d'avoir comploté avec les habitants de Carcassonne et d'Albi de céder ces villes à Ferdinand inÊint de Majorque ; d'avoir lu an livre de nécromancie et de 1 avoir apostillé. L'accusation
TEMPS INTEUMÉDIAIUES. 3:>>
d'empoisonnement du pape Benoît XI dirigée contre Déli* cieux fut écartée. Les juges le condâmaèrent à passer le reste de ses jours dans une prison, au pain et k Teau et les fers aux pieds. La cérémonie de la dégradation fut iaite m marché public de Carcassonne, au milieu d*nne foule innombrable.; ensuite Bernard fut jeté dans la prison de cette ville appelé le Mur éiroit, mais il fut dispensé, k cause de son grand âge et de ses intlrmités, des fers et de là diète. Les gens du roi appelèrent a minima de cette sentence et ûrent appel au pape, qui coniirma le jugement, avec défense de le mitiger, et ordonna qu*on enlevât au prisonnier Tbabit de saint François qu'il portait encore, de temps après, ce religieux mourut dans les fers.
Par commission apostolique, Jean de Comminges, archevêque de Toulouse, condamna et dégrada Jean Philibert , prêtre du diocèse de Besançon, accusé d*avoir prêché l'hé- Pésîe des vaudois dans la province d'Auch. Nous trouvons dans le registre de rinquisilion de Toulouse le détail exact de toutes les cérémonies observées pour les dégradations sacerdotales. Ce même Uvre rapporte plusieurs actes ie foi qui furent faits, soit à Toulouse, soit dans la province, dans les années suivantes.
En Bernard Guidonis fut nommé à révêché de Thui en GaUce, et ensuite à celui de Lodève. Nous devons feire connaître ici ce fameux inquisiteur qui exerça cette haute fonction à Toulouse depuis l an 1307 jusqu à Tannée 13^, et qui, dans cet intervalle, condamna à diverses peines six cent trente-sept hérétiques albigeois, vaudois^ juife relaps, béguins et apostoliques, dont les noms nous ont été conservés dans le registre déjà cité. 11 lit aussi
3Ô6 TUin WTSaHBDUIBEa.
brûler, en 1319, deux charretées d'exemplaires du taliuud, à cause des impiétés qoe renfemiaienl ees volumes contre notre seigneur Jéâu^^-Christ et la sainte vierge Marie.
Bernard de la Goyonle était â*ODe famille noble da Limousin. Entré dans Tordre de saint Dominique, il y partagea son temps entre la prière et Vétnde. Il s*est rendu célèbre dans son ordre par les nombreux ouvrages qu*il a
composés, et dont la plupart sont encore mannscrîts et déposes à la bibltotbeque de la ville de Toulouse, provenant sans donte de celle des dominicains où ils étaient primitivement conservés. On le reconnaît pour auteur d uo catéchisme, de rHistoire des Pontifes de Rome, des Comtes de Toulouse, des principaux Conciles, des Evoques de Toulouse, des vies d*un grand nombre de sdnts et de pieuses légendes, de 1 histoire des fondations des couvents de saint Dominique, et d*nn grand nombre de sermons. L'onvrage le plus célèbre de Bernard de la Guyonie est celui qui a pour titre : De Origine Prancmm. Cet écrivain, d'ailleurs si fécond, ne se fait point remarquer par la sévérité de sa critique. Ses ouvrages sont presque oubliés aujourd'hui. H mourut à Lodève en 1331, et fut inhumé dans le couvent des dominicains de Limoges.
Plusieurs personnes de i un et Tautre sexe t étaient alors laissé séduire dans la province de Toulouse par les fausses interprétations apocalyptiques du frère Jean d'Olive ; elles prenaient les noms de béguins ou beguards et de fiviricelles. Ces hommes et ces femmes croyaient que Tantéchiist allait apparaître en 1325, et s'élevaient avec force contre TEglise romaine, qu'ils appelaient l'Eglise charnelle. Un grand nombre de ces béguins furent livrés aux fliumnes
TBMrS WTIftMÉDUttlS. 357
dans la province. Depuis, ces exéeutioDs devinrent beaucoup plus râl es, et peu à peu, dans la première moitié du quatorzième siècle, toutes les sectes hérétiques qui pendant tant d'années avaient infecté la province s'éteignirent, grâce au zèle éclairé des évèques et à Faotive vigilance des inquisiteurs de ia foi.
Toutefois, à la place des hérétiques, la province se vit alors inondée par les pastoureaux. On appelait ainsi des bergers, pâtres et paysans (hommes et femmes) qui paru-» rcnt tout-à-coup en France en 1320. Les vagabonds, les brigands, les malikiteurs et gens sans aveu s'associèrent aux pastoureaux sous prétexte d'aller en terre sainte ia. iléUvier du joog des infidèles. Ces aventuriers commirent de grands désordres, et en voulaient beaucoup aux juifs quils exr terminaient sans pitié. Ils s'avancèrent vers Toulouse au nombre d'environ cinq cents, et allèrent demander un asile au gouverneur du château de Verdun-sur-Garonne. Les juifs, à leur approche, s'étaient réfugiés daos.une tour élevée. Les pastoureaux les assiégèrent. Les juifs se défendirent avec valeur ; mm les premiers ayant mis le feu à la porte de la tour et la fumée étouffant les juifs, ceux-ci prirent la résolution extrême de se tuer les uns les autres plutôt que de se rendre. Le plus fort d'entr eux coupa la gorge à tous les autres ; cinq cents juife tombèrent sous ses coups. Après cette terrible exécution, il se retira au camp des pastoureaux et demanda le baptême. Les brigands n'écoutèrent pas sa prière : il fut massacré.
De Verdun, les pastoureaux se dirigèrent vers Toulouse. Grâce à la viie populace qui les favorisait, ils pénétrèrent dans la cité, y égorgèrent tous les juifs, el s'emparèrent de
358 TDiK imantouiUB.
tours biens. Us formèrent ensuite te projet daiier dans le
Bas-Languedoc et de s'embarquer sur la Méditerranée. Le pape tremblait déjà dans Avignon lorsque Âymeri de Gros» sénéchal de Carcassonne, ayant réuni une armée, les arrêta dans leur marcbe» en prit le plus grand nombre, le& fit pendre, et dissipa tout le reste. Le roi envoya, en 15^, des commissaires dans les sénécbaussées de la province pour informer sur te meurtre des juifs, le pillage de leurs biens et la prise de leurs forteresses. Oi^ condamna à de fortes amendes ceux qui avaient favorisé tes brigandages des pastoureaux. Cette année fut encore signalée par te supplice qu*on fit subir a plusieurs lépreux accusés d'avoir empoisonne les fontaines publiques. Ceux qui échap^ pèrent au bilicher furent renfermés dans des maladreries pour le reste de leurs jours.
Chartes IV succéda à son frère Philippe-Ie-Long, mort le ù janvier 1322. Le nouveau roi , désirant s attirer la bienveillance du pape, donna des rentes à la iamille du pontife ; il eLabiit ces rentes en faveur du chevalier Pierre d'Ëuse, frère de Jean XXil, et de Pierre de Lavic et Arnaud de 1 i iau, ses neveux. Les leircs sur lesquelles ces rentes fiirent étabhes, étaient Saint-Félix dans le Lauraguais, Montaigu, (^iiUaonl et Viilemur. Philippe ayant fait condamner les juifs du royaume à une amende de cent cinquante mille francs, ceux du Languedoc furent taxés quai aalo-sept mille livres parisis, et ceux de la sénéchaussée de Toulouse en particuher à doux iiiille livres. Le nouveau roi, pour l'acquit de cette amende^ nomma des commissaires à la vente des biens des juifs. A Toulouse, Uauiiond d Izalguicr acheta leur cimelière et une partie de leurs maisons.
TSMPS UiTCCVÊDlilBES. 3S9
Le pape Jean XXli approuva à celte époque la fondation
qui avait étc l'aile du monastère des chuuuiuesses de Saiul- Saturnîn par Raymond Alton ; il adressa à ces filles une bulle dans laquelle il exaltail la >aiiiteté de cette œuvre et les plaçait sous rautorité immédiate de Tabbé de Saint- Saturnin. On sait que cette maison se faisait remarquer par les hautes vertus de celles qui rhabitaient, et qu'elle comptait trente-sept religieuses professes. Quelques années plus tard (15:27), le pape érigea ce monastère en abbaye. Sybille de Saint-Rome a toujours été regardée comme la première prieure de cette maison. Son prieurat dura douze ans. Après elle, Navarre de Maurand gouveraa ce monastère ; Gaussiane, qui lui succéda, en fut la première abbesse.
Le dimanche dans Toctave de la Nativité de la Sainte- Vierge, on fil à Toulouse, dans Téglise de Saint-Etienne, un solennel auto-da-fé où présida Jean de Iktmminges par ses commissaires. On y conduisit de ia prison des Emmurau quarante et une personnes, hommes et femmes, accusées d*héré8ie, et qui y furent condamnées à diverses peines. Ce fut le dernier acte de foi célébré à Toulouse.
Jean de Trie était à cette époque sénéchal de cette ville. 11 reçut, au mois de septembre 1323, des lettres de Charles IV, par lesquelles ce prince lui annonçait qu'il avait formé le projet de se rendre en cette ville au commencement de Tannée suivante, et lui mandait de faire toutes les proviMous nécessaires de bouche, de bois et de cire. En attendant Tarrivée du monarque, les troubadours de Toulouse iasUtuèrent les jeux du gai savoir.