LIVRE XV
DEPUIS LA MORT DE RAYMOND DE SAINT-GILLES EN li05 JUSQUA^ PELERINAGE D ALPHONSE JOURDAIN EN GALICE EN 1125.
On a vu, dans le siècle précédent, l'origine de Tillustr^ maison de Foix, qui descendait de celle de Carcassonne ps^^ Bernard fils de Roger, qui possédait ce dernier comté. Ber^ nard est donc regardé comme la source de cette famille -
Bernard I?% comte de Foix, eut un fils nommé Roger qu::^ devint, après lui, comte sous le nom de Roger P'. Gelui-cfii étant mort sans enfants, son frère, nommé Pierre, gouvernai le pays; il est donc le troisième comte. Pierre eut deux::: fils, Roger et Bernard. Roger II, quatrième comte , succéda— à son père. On croit qu'il commença a gouverner ce pays vers la fin du xi* siècle. Il est loué par tous les historiens pour sa piété. « Ce fut lui, disent les vieilles chroniques, » qui fit translater le corps de monsieur saint Antoine de » Lezat, et pourta lui-même les ossements en son manteau, » devant toute la procession, au monastère du dit Lezat. » Il se montra libéral envers l'Eglise, et en l'an 1104 il avait cédé plusieurs domaines a l'abbaye de Saint- Volusien , dans la personne d'Hector de Mazernes, abbé de cette maison. Hector eut pour successeur Roger, du même nom que le comte, dont les exemples exerçaient une heureuse influence dans la province, puisque nous trouvons un seigneur nommé Benoît qui , d'accord avec Florence son épouse.
donnèrent à Saint-Volusien une chapelle dite de Saint- Sauveur.
Une charte qui porte la date de 1105 vient nous apprendre que le comté de Toulouse était alors occupé par Bertrand et qu'Izarn vivait encore. Dans cette charte, Hugues, chapelain du siège de Compostelle, cède à Tabbé de Lézat et à ses successeurs le lieu de La Salvetat de Saint-Jacques , ainsi nommé parce qu'il relevait sans doute de cet évêché d'Espagne. Hugi;ies déclare qu'il fait cette donation par l'autorité de l'évêque de Compostelle : ce qui paraît montrer que le nom de cardinalis qu'il prend signifie le principal chapelain de cette église, et non, comme on l'a cru, un cardinal de l'EgUse romaine. L'abbé de Lézat, entre les mains duquel Hugues fit cette donation, était Geraud H. Izarn, évêque de Toulouse, reçut cette charte, et le comte Bertrand était présent quand elle fut dressée. Geraud chercha à établir la réforme dans le monastère de Saint-Pierre de la Cour, qui n'était alors qu'une abbaye de peu d'importance (abbatiolam). Voyant qu'il ne pouvait réussir dans ses projets, il la céda à Asquilin ou Astilguin, abbé de Moissac, à perpétuité. Odon de Béjeras gouverna, après lui, l'abbaye de Lézîit. Il se fit un devoir d'instruire, par des lettres qui portent la date de l'an 1105, le pape Pascal II des motife qui avaient déterminé son prédécesseur à prendre cette mesure à l'égard de la maison de la Cour.
Ce même pontife accorda à Arnaud Raymundi , prévôt de Saint-Etienne, une bulle datée du jour des ides de novembre. Cette bulle avait pour objet de donner une autorité nouvelle à la réforme qu'Izarn avait déjà étabUe. Cette circonstance nous montre que cet évéque était mort à cette
432 TKMPS IMTBRMÉDIAIKBS.
époque. Le mouvement réformateur qu^il avait imprimé à son diocèse eut les plus heureux résultats ; il sut allier la fermeté à la prudence, et a la grandeur des maux- opposer de salutaires remèdes. Il trouva un puissant auxiliaire dans le comte Guillaume lY, qui entrait dans tous ses projets. En lui se trouvaient réunis la noblesse de la naissance^ la connaissance éclairée de son siècle, le désir ardent de ré-^ tablir partout la discipline de FEglise et rhonnèteté des mœurs. Les chroniques contemporaines nous affirment qu'un déplorable relâchement s'était introduit dans le clergé qui desservait les trois églises de Toulouse, les setdes qui alors étaient consacrées au culte public, Saint-Etienne, Notre-Dame de la Daurade et Saint-Saturnin. Pa^rmi les membres de ce clergé, quelques-uns désiraient la réforme, quelques autres la redoutaient. Izarn se montra vigoureux à la poursuivre, et quoiqu'il parût toujours jaloux des droits de son Eglise, il sut cependant quelquefois en faire le sacrifice à la demande du pontife suprême. Ce fut à ses grandes libéralités que la cathédrale dût ses immenses richesses ; il la combla de biens et Tenrichit de vases sacrés du plus grand prix et de splendides ornements.
Le monastère de la Daurade dépendait alors de Tabbaye de Cluny ; le pape Pascal II écrivit en sa faveur à Hugues, à l'occasion du cimetière de cette église. La question des sépultures avait, à cette époque, une très haute gravité : l'inhumation des morts apportait avec elle d'abondantes offrandes, et devenait ainsi, pour les églises, une source de richesses. Le pape rappelle dans ses lettres qu'Urbain H avait déjà accordé ce cimetière à cette église et l'avait fait consacrer par l'évêque ; il confirme ensuite cette conces-
TBMPS INTERMÉDIAIRES. • 433
sion, et défend de s'opposer à ce qu'on donne la sépulture aux personnes séculières qui voudraient la choisir dans ce dntetière ; il veut qu'on restitue les offrandes usurpées, et confirme enfin toutes les possessions de ce monastère. Ces lettres portent la date de Tannée 1 105.
Les savants auteurs de la Gaule chrétienne rapportent qu'en cette même année, un seigneur nommé Guarmond donna à Seguin, abbé de Lézat, les églises de Saint-Vincent ai de Saint-Béat au diocèse de Comminges, avec quelques vignes adjacentes, et que cette donation eut lieu en présence dô saint Bertrand. Il y a ici une erreur manifeste : ce fait D*est consigné dans aucune Vie du saint , et d*après ces auteurs eux-mâmes, Seguin abbé de Lézat était mort quelques années avant cette donation. Nous avons déjà parlé du prieuré de Saint^Béat, qui ; au siècle précédent, avait été jdacé sous la dépendance de cette abbaye.
Izam eut pour successeur dans Févêché de Toulouse Raymond Dupuy, surnommé Âmélius. Sa patrie est inconnue, n était abbé de Saint- Volusien et prieur de Frédelas lorsqu'il fut promu à la dignité épiscc^ale. Peu de temps après son élection, il se rendit au château de Puylaurens , accompagné d'Arnaud Raymundi, prévôt de Saint-Etienne, de Bernard archidiacre de Puylaurens, de Pierre abbé de S<H*èze, et de quelques-uns de ses religieux. Ces derniers désiraient transférer une église dédiée à saint Martin, et aillée, de Tomadors, auprès du château de Puylaurens ; Fabbé de Sorèze et ses moines désignèrent le Ueu où ils vondalent que cette église fût construite. Amélius bénit le Iteu. Ce qui montre que Févêque de Toulouse avait qudques droits sur cette terre, c'est qu'il déclare que les moines
434 * TEKPS UtTBBMÉDIAIRBS.
qui desserviraient cette nouvelle église dépendraient du chapitre de Saint-Etienne. Conséquemment à cet accord, les moines de Sorèze envoyèrent un religieux nommé Pons de Vaure et un chapelain nommé Bernard Pons pour commencer cet établissement.
Amélius, de retour à Toulouse, apprit que le paq;)e Pascal II se rendait en France, où il arriva vers la fin de Tannée 1106. Il célébra les fêtes de Noël à Cluny et y séjourna jusqu'au mois de février de Tannée suivante; ce fui à Privas qu'il confirma la juridiction de Tarchevèque de Narbonne sur tous ses suffragants. Toulouse est désignée dans la bulle comme devant être soumise à cette antique métropole. Cette décision solennelle du pape semblerait indiquer que les évéques de la seconde Narbonnaise avaient peut-être tenté de décliner cette juridiction. A cette époque, Narbonne avait beaucoup perdu de son ancienne splendeur, et Toulouse la surpassait en étendue et en importance 'commerciale, religieuse et littéraire.
L'évêque Amélius devint, en 1107, Tarbitre et le juge d'un différend entre Richard, nouvel archevêque de Narbonne, et Bernard Aton, vicomte de Beziers et de Carcassonne. Ce seigneur possédait dans sa vicomte plusieurs domaines dépendapt de Téglise de Narbonne, pour lesquels il devait hommage à Tarchevèque. Il était de son intérêt d'étendre cet hommage et conséquemment de placer le plus de terres possible en sa possession immédiate. Cet intérêt le porta à comprendre dans son hommage le lieu de Capestan. L'archevêque s'y opposa, et grâce à la médiation d' Amélius, le vicomte se désista de sa demande : il fit hommage à Richard , et lui prêta serment de fidélité contre tous,
TBHPS IMTEaMÉDUIRES. 135
excepté contre le comte de Toulouse et contre Alphonse fils de Raymond de Saint-Gilles. Le comte dont il est ici question ne peut être que Bertrand, qui , depuis la mort de son père et le départ de Guillaume de Poitiers, son compétiteur, gouvernait en paix ses états. Il vit alors arriver à Toulouse son jeune frère, qui y fut conduit par Guillaume de Montpellier. Alphonse était âgé de quatre ans et ne pouvait qu'exciter le plus vif intérêt : aussi , Bertrand l'accueiltit-il avec plaisir. On affirme qu'il lui céda, k cette époque, le comté deRouergue, dont Alphonse porta d'abord le titre. Roger II, comte de Foix, avait quitté la Syrie au commencement du xn"" siècle. Les historiens du Languedoc se sont trompés (fjiiand ils ont avancé que ce seigneur revint dans ses terres avec le jeune Alphonse, car nous avons produit un acte de 1104 qui montre qu'il était alors dans son comté de Foix. Il y était encore en 1108, puisque nous possédons une charte dans laquelle il fait la restitution de quelques terres à l'abbaye de Satnte-Marie d'Alet. Il nomme dans cet acte son fils Roger, Guillaume prieur de Saint- Volusien, et Izarn prieur de Frédelas.
Le 3 août 1108, mourut le roi Philippe P' ; Louis VI dit le Gros, son fils, lui succéda. Bertrand, comte de Toulouse, désirant suivre les exemples de Raymond de Saint-Gilles son père, résolut d'aller dans la Terre-Sainte et disposa tout pour son départ. Il fut accompagné par Raymond comte de Melgueil, son cousin germain, et par Almodis, mère de
celui-ci , étant la sœur de Raymond de Saint-Gilles. Le comte de Melgueil avait une sœur nommée Adèle qui avait épousé un seigneur nommé Pierre du Puy ; Amélius, évéque de Toulouse, était frère de ce dernier, et se trouvait
436 TEMPS INTBRMÉDIilRBS.
ainsi allié avec le comte de Melgueil et Pons son frère qui devint abbé de Cluny.
Au moment où le comte Bertrand quittait ses états, un seigneur du pays toulousain, nommé Bertrand Odon de Saint- Martyre ou Martory, restitua les dîmes et prémices qo' avait usurpées à une église dédiée à saint Martin. Cette c
fut faite sous le pontificat d'Amélius, Bertrand étant comt^:» de Toulouse, et porte la date de l'année 1 109. Nous ignorons^ si le seigneur dont il est ici question possédait le château ou la ville de Saint-Martory dont il semble porter le nom. En partant pour FOrient, Bertrand laissa ses états à Alphonse, son jeune frère, et emmena avec lui Pons son fils, âgé de douze ans, et Hélène de Bourgogne sa femme, n fit équiper une flotte à Saint-Gilles, où il donna rendezvous à toute la noblesse de ses états, embarqua ses troupes sur 40 galères, mit à, la voile au mois de mars et se rendit à Pise, où il fut joint par une flotte génoise et pisane. H débarqua à Amaroth, près de Constantinople. L'empereur Alexis, prévenu de son arrivée, lui envoya une ambassade solennelle pour le prier de se rendre à sa cour. Bertrand arriva à Constantinople auprès d'Alexis, qui lui fit des présents magnifiques. Le comte se dirigea ensuite vers Constantinople, où se trouvait Tancrède. L'entrevue de ces deux seigneurs fut d'abord pleine de politesse ; mais, sur le refus que fit Bertrand d'aider Tancrède dans le siège de Mamistra, celui-ci défendit qu'on donnât des vivres à ses troupes. Le comte de Toulouse dirigea alors son armée vers Tortose, qui lui ouvrit ses portes. Ayant fait demander à Guillaume Jourdain le mont Pèlerin qui avait appartenu à son père et qui avait reçu son dernier soupir, sa demande fut repous-
niMPS IMTBBMÉDUIftBS. 437
sée. Sans s'airêter à ce l'efus, Bertrs^d mit le siège devant Tripoli et envoya deux ambassadeurs à Baudouin pour se plaindre des injustices de Guillaume et de Tancrëde. Le roi de Jérusalem écrivit à ces seigneurs, les pressa, au nom de TEglise, de rendre les places usurpées, et promit en même temps de secoprir Bertrand. Celui-ci commença par attaquer Giblet, qui fut obligé de se rendre. Tripoli ne put résister aux efforts des armes combinées de Baudouin, de Bertrand, de Tancrède et de Guillaume Jourdain. Ces deux gagneurs avaient cédé aux menaces du roi de Jérusalem et s'étaient réconciliés avec le comte de Toulouse ; toutes les places forent restituées, et la bonne intelligence s'établit. Bertrand prit alors le titre de comte de Tripoli, qu'il transmit à ses descendants.
Pour récompenser les Génois de leur concours, il céda & la cathédrale de Saint-Laurent de Gènes Giblet et une partie de Tripoli. Il déclare dans cette charte de 1109 qu'il îaàt cette donation en présence de Baudouin, roi de Jérusalem. Peu de jours après la prise de Tripoli , Guillaume Jourdain mourut par suite d'un coup violent qu'il avait reçu dans quelque querelle d'écuyer. Ce prince ne laissant point de postérité, Bertrand, d'après les accords qui avaient été faits, succéda à tous ses domaines. Au mois de mai 1110, il s'empara de la ville de Béryte, et accompagna Baudouin à JéFOsalem vers la fête de la Pentecôte. Ptolémaïde et Sidon se rendirent à ses armes. Fatigué presque de ses victoires, il alla se reposer quelque temps à Tripoli.
Sur ces entrefaites, le cardinal Richard, évêque d'Albano rt légat du saint-siége, arriva à Toulouse pour y tenir un condle. On commença d'abord par y citer l'abbé du Mas-
438 TBMPS INTBAMÂDUIRES.
Garnier, qui était accusé de vouloir se soustraire à l'obéissance qu'il devait a celui de Moissac. L'abbé du Mas refusa de se soumettre : c'est ce qui détermina Richard à écrire, après le concile, une lettre à Amélius pour le prier de jeter l'interdit sur cette abbaye. Les religieux du Mas eurent alors recours à l'abbé de Quse en Piémont, duquel ils prétendaient dépendre, et appelèrent de la sentence d'Âmélius au pape Pascal IL L'abbé de Moissac ne voulut point sacrifier ses droits, et de son côté il sollicita la protection de l'abbé de Quny, qui envoya sur cette discussion un mémoire au pape, qui décida la question en faveur de l'abbaye de Moissac. Lorsque le cardinal-légat eut quitté. Toulouse, il se vit obligé de rappeler à Amélius que le concile de cette ville avait adopté les décrets que Pascal II avait fait recevoir par celui de Troyes, touchant les dîmes, les oblations, et les autres biens ecclésiastiques possédés par les laïques. D'après cette lettre, il paraît certain que quelques seigneurs s'étaient emparés des biens de la cathédrale, puisque le légat ordonne à l'évêque de lancer l'excommunication contre ces usurpateurs, et de faire exécuter en toute rigueur les décrets des conciles. Ce concile est le septième de Toulouse. Dans la crainte d'encourir ces excommunications, Geraud, ministre ou prieur des hospitaliers de Saint-Jean, rendit, par les conseils d'Amélius, dans la personne de Radulfe prieur de la Daurade, l'église de la Dalbade dont on s'était injustement emparé. La restitution de cette église est faite à Pons, abbé de Cluny, et à Asquillin, abbé de Moissac. L'assemblée dans laquelle eut lieu cette restitution se tint dans le cloître de l'église de Saint-Saturnin, en 1110; elle fut très nombreuse ; on y distinguait Amélius évêque, Ar-
TEMPS INTBBHÉDIÀIRBS. 439
naud Raymundi prévôt de Saint-Etienne, les archidiacres Aicard et Bertrand, Radulfe prieur de la Daurade, Hugues de Conques, Raymond Bernadi, Raymond Guillelmi, Arnaud de Durfort, moines, Odon abbé de Lézat, et plusieurs autres. Dans la même année, Amélius céda à Quny Téglise de Sainte-Cîolombe située dans son diocèse, près de la rivière de l'Hers ; il déclare qu'il fait cette donation à cause des liens de parenté et d'amitié qui l'unissent à Pons, abbé de ce monastère.
Au mois de mars , Tévêque de Toulouse se trouva en qualité de juge ou arbitre dans un plaid tenu a Narbonne entre Richard, archevêque de cette ville, et Bernard de Canet et Rémi son frère. Bernard Aton vicomte de Béziers, Raymond évoque de Carcassonne et plusieurs barons y assistèrent. Ces seigneurs déclinaient la souveraineté temporelle de l'archevêque sur le village de Canet : on leur montra que cette terre relevait de l'église des saints Just et Pasteur. Ayant cédé à la vérité des allégations , ils reconnurent l'archevêque de Narbonne pour leur seigneur. Le vicomte de Béziers possédait quelques terres dans le Toulousain ; nous voyons , en effet , qu'en l'an 1111 il fit un accord avec Roger II, comte de Foix, par lequel, en cas qu'il vint à mourir lui et ses enfants, il laissait à Roger et à ses descendants tous les biens qu'il possédait dans le Toulousain.
Au mois de janvier de cette année , et le dix-huitième jour, Roger II comte de Foix donna un témoignage éclatant de sa piété dans la translation des reliques de saint Volusien. Ces reliques reposaient dans une antique église de Saint-Nazaire qui tombait en ruines ; l'état de cette égUse
440 TSHPS INTERMÉDIAIRES.
nécessita cette translation. À cet effet, le comte de Foix ap pela Âmélius évoque de Toulouse , Raymond de Barbasbro un grand nombre de seigneurs et une foule de peuple. Le corps de saiqt Yolusien fut porté prooçssiounell^aiw dans la chapelle de Notre-Dame de Mon^^ausi, pr&s de Foix, que Ton croit avoir été construite au temps de Cbarlemagne. Les anciennes chroniques rapportent qu'un gmnd nombre de miracles furent opérés à cette occasion par rin^ tercession du saint. Pendant que le comte de Foix honcKaît ainsi par sa piété les reUques de saint Yolusien , il était encore sous Tanathème porté contre lui par les papes Urbain II et Pascal II à cause de Tusurpation dont il s'était rendu coupable en retenant injustement plusieurs t>i^s ecclésiastiques, entr'autres, ceux qui avaient appartenu à l'abbaye de Saint-Antonin.
Touché enfin d'un repentir sincère, il résolut de réparer ses injustices; c'est ce qu'il fit un dimanche du mois de juin, en restituant à cette abbaye tous ses biens. Il déclare 1** que Roger son oncle et lui se sont rendus coupables de beaucoup d'injustices envers l'abbaye de Saint-Antonin et le lieu nommé Frédelas qui en dépendait ; f" qu'il a été frappé d'excommunication par deux pape$ et le cardinal Gautier, qui l'a fulminée ; 3** en conséquence, il rend au prieur Izarn et à. ses successeurs le lieu de Frédelas, le château de Pamiers, et l'abbaye de Saint-Antonin ; il se désiste de tous les mauvais mages qu'il exigeait dans ces lieux ; il veut, au contraire, que l'abbé conserve ceux qui étaient étaWis en sa faveur, tels que leudes ou péages, fiefs et frais de justice; 4° il déclare Amélius, évêque de Toulouse, défenseur naturel de ces privil^es, et veut que, si
quelqu'un les enfreint, il soit excommunié par Févêque comme il Ta été lui-mètne par les papes; S"" il s'engage à donner annuellement, le jour, de la fête de saint Ântonin, tin demi^muid de pur froment, une mesure de yin pur, une Tache grasse et quatre porcs, ou, à leur place, quatre sols toulousains.
Izam, prieur du monastère, par le conseil d'Âmélius et de Raymond de Barbastro enfant de Saint-^An* tonin, confie la garde du château de Pamiers et du lieu de Frédelas et de Tabbaye au comte Roger; il lui accorde la moitié de la justice, excepté celle des clercs^ et plusieurs autres droits* De son côté, Roger promet par serment d'être toujours fidèle à ses engagements. R plaça cette charte sur le corps de saint Ântonin. Âmélius évêque de Toulouse^ Raymond de Barbastro, le prieur Izam et tous les chanoines , Guillaume de Villemur et plusieurs autres furent té^ moins de cet accord. Cet acte est le plus ancien monument où il soit parlé de Pamiers. On pense que Roger II avait Êtit bâtir ce château à son retour de la Terre-Saintç , et qu'il lui donna le nom A'Apamea, yille de Syrie, d'où on prétend qu'il rapporta les reliques de saint Antonin, martyr de cette cité. Ces faits n'ont cependant pas à nos yeux une entière certitude , car on donne à la ville de Pamiers une autre étymologie , celle du mot Pams, qui , en langue du pays, signifie quartier; et quant aux reliques de saint Antonin, qui est le martyr d'Aquitaine, elles se trouvaient dans l'abbaye de ce nom à Frédelas, avant le comte Roger II. n existait dans le Toulousain une noble famille de Noër ou de Nûë, dont l'un des membres les plus distingués donna en 1111, au mois de juillet, l'exemple d'un parfait renon-
mt TEMPS INTEUIÊDIÂIRBS.
cernent. Ud seigneur de cette famille, Amaud-Pons d^^ Noër, devenu veuf, se présenta à Odon, abbé de Lézat,^ pour être reçu dans son monastère ; il apportait, pou payer son entrée en religion, les décimes et prémices d lieu de Saint-Gassien. Il fit cette donation du consentemen de ses fils Roger, Bernard et Izam, et de Tévêque de Toulouse Emilius : ce qui prouve que ce prélat exerçait sur ce territoire quelque souveraineté temporelle. Cette charte fut dressée, Guillaume étant comte de Toulouse. D ne peut être ici question que de Guillaume IX , dont Tautorité était encore reconnue en cet endroit, quoiqu'il eût depuis quelque temps abandonné le comté de cette ville. Le lieu de Saint-Cassien est encore connu sous ce nom, et existe entre Muret et Noë.
La même année, Âmélius, dont la fortune était considérable, donna aux moines de Tabbaye de Conques en Rouergue une montagne au sommet de laquelle on avait jeté les fondements d'une nouvelle église de Sainte-Foi.
Nous avons laissé Bertrand comte de Toulouse à Tripoli. Son alliance avec Tancrède ne fut pas de longue durée. Celui-ci forma le projet d'assiéger Tortose sur le comte Bertrand ; il prit, en effet, cette ville et en donna le gouvernement à Guillaume, fils naturel du duc de Normandie. Bertrand se montra plein de magnanimité à l'égard de Tancrède, car une armée de cent mille Turcs s'étant portée sur Antioche, Bertrand se mit en marche pour secourir cette ville avec ses troupes et celles de Baudouin et de l'évêque d'Albara ; il défit complètement les Turcs, le 29 septembre 1111. Peu de temps après, l'empereur Alexis ayant déclaré la guerre à Tancrède, celui-ci implora le
TEMPS INTERMÉDIAIRES. i43
secours de Bertrand, qui lui promit de se rendre à ses ordres ; mais la mort vint arrêter ses projets. Le comte de Toulouse mourut, en effet, le 11 avril 1112, à Tripoli, à rage de 46 ans. Il laissa un fils nommé Pons qu*il avait eu d'Hélène de Bourgogne sa seconde femme, lequel succéda au titre et aux domaines de son père en Orient, tandis qu'Alphonse Jourdain jouissait du reste des domaines de la maison de Toulouse en Occident. Le seul motif de la religion engagea le fils de Raymond de Saint-Gilles à marcher sur les traces de son père ; comme lui, il abandonna tous ses états pour aller combattre les ennemis du nom chrétien, et mourut en héros sur la terre étrangère.
On regarde communément Bertrand comme le fondateur du grand-prieuré de Saint-Gilles, de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem ou de Malte. Cet ordre avait été établi, au milieu du siècle précédent, par quelques marchands d'Amalfi au royaume de Naples, qui construisirent un hôpital à Jérusalem, près du saint sépulcre, et une égUse sqppelée Sainte-Marie la Latine pour les pèlerins et les pauvres. Après la prise de Jérusalem, les princes croisés enrichirent cet hôpital de leurs libéralités. Gérard fut nommé principal hospitaUer de cette maison ; il fit construire une nouvelle égUse dédiée à saint Jean-Baptiste, et augmenta beaucoup les premiers bâtiments. Désirant donner de la stabilité à cet ordre naissant, il engagea ses frères à faire des vœux et leur donna un habit religieux.
Puisque Bertrand comte de Toulouse fonda le grandprieuré de Saint-Gilles, on peut conclure qu'il envoya ces chevaliers à Toulouse, capitale de ses états, et nous avons va qu'on avait fondé une maison de cet ordre en cette
444 TEMPS INTBRMÉDIAIBES.
ville ; que les hospitaliers s*étaient établis près d'un oratoire dédié à saint Rémi , dépendant de Téglise de la Dalbade ; qu ils s'étaient emparés de cette église , et que Gérard oti €eraud fut obligé de la restituer au prieur de la Daurade^ On sait que cet ordre fut approuvé par Pascal II, en 1113; qu'il prit des accroissements rapides; qu'en 1121, Raymond du Puy, qui avait succédé à Gérard, lui donna des staittfta^ et engagea les hospitaliers dans la profession des armes; que l'ordre fut divisé en provinces ou langues; que la langue de Provence fut la première de l'ordre, et que les grandsprieurés de Saint-Gilles et de Toulouse furent les plus aiH ciens de la langue de Provence.
L'une des plus grandes foires de la maison comtale des Raymonds, c'est d'avoir donné naissance à cet ordire si celèbre de Malte dont, par son zèle et ses libéralités, elle dota la chrétienté. Raymond de Saint-€^es et Bertrand son fils ont acquis des droits impérissables à la reconnaissance de la religion par la protection qu'ils accordèrent à cet ordrô naissant et le mouvement que Bertrand lui imprima ^ Europe. Pons son fils, comte de Tripoli, s'allia avec Tancrède, prince d'Antioche. Celui-ci, se voyant près de mourir, appela Pons à sa cour et lui conseilla d'épouser, après sa mort, Cécile sa femme, fille naturelle du roi Philippe P. La mort de Tancrède arriva le 16 décembre 1112, et le mariage s'accomplit.
Vers cette époque, les religieux de Cluny écrivirent une très longue lettre au pape Pascal II, dans laquelle ils eipo^ sent, en prenant les choses au principe, tous les griefs dont s'étaient rendus coupables les moines du Mas-Garnier contre l'abbaye de Lézat, leurs révoltes, leurs soumissions peu
TBHPS 1NT£HHÉDI\IRES. 14S'
sincères, les plaintes qu'avaient portées aussi contr eux les religieux de Moissac ; il est dit dans ces lettres que Richard érêque d'Albano et légat du saint-siége avait cité les moines de Moissac et ceux du Mas a comparaître devant Amélius évêque de Toulouse, et que, ces derniers n'ayant point obéi, Uévêque avait reçu Tordre de les excommunier : ce qui avait été exécuté.
Non seulement Tabbaye de Moissac eut à se plaindre des moines du Mas-Garnier, mais elle ne trouva pas d'abord un protecteur dans Alphonse Jourdain. Ce comte était alors très jeune et sans expérience ; il était entouré d'un grand nombre de seigneurs qui, ayant vu avec peine les biens de TEglise échapper à leur cupidité, engagèrent facilement Alphonse à rétablir les choses sur l'ancien pied. Ce jeune comte céda à leurs instances, et rétablit dans plusieurs monastères, et entr'autres a Moissac, les abbés chevaliers ou séculiers, véritables oppresseurs de la religion dans ses domaines. Les abbés des divers monastères furent justement effrayés de ces tendances. L'abbé de Sorèze Pierre II se montra, en particulier, plein de zèle pour la défense de ses biens et pour en acquérir de nouveaux; ainsi, en 1112, im seigneur du pays toulousain nommé Arnaud Izarn , du consentement d'Aldiarde sa femme et d*Aton Bonfils , son bean-frère, céda à l'abbé de Sorèze la terre allodiale qu'il possédait près de l'église de Nogaret. La cession se fit avec le consentement de l'évêque Amélius qui, l'année suivante, assista en qualité de témoin, k la donation faite de l'église de la Caplade aux religieux d'Alet.
On entendit raconter à Toulouse les exploits du jeune prince de Tripoli, fils de Bertrand et petit^ils de Raymond