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leurs troupes au nombre de vingt mille hommes , portant tous des palmes dans leurs mains en signe de victoire. Raymond , qui avait fait vœu de ne plus retourner dans sa patrie , s'arrêta à Laodicée avec une partie de ses troupes et y fit un assez long séjour. C'est dans cette ville qu'il reçut , au mois de novembre, Baudouin prince d'Edesse, qui allait voir son frère Godefroi à Jérusalem ; il l'accompagna en cette ville, d'où il écrivit, avec le roi et le légat du saintsiége, une lettre au pape Pascal II pour lui apprendre le succès de la croisade.
Le bruit de ces exploits excita une grande émulation parmi les seigneurs qui n'avaient point fait partie de la première expédition ; plusieurs résolurent alors de passer en Orient , et Guillaume de Poitiers fut de ce nombre. Il se trouvait encore à Toulouse en 1099, puisque Philippia sa femme y donna le jour à deux enfants, le premier appelé Guillaume et le second Raymond. Une charte de donation , faite à l'abbaye de Lézat en Tannée 1100, nous montre qu'au mois de juin Bertrand occupait le comté de Toulouse et qu'Izarn en était encore évêque. Cette donation, qui consistait en certains droits sur quelques églises, fut faite par Amalvi de Santac et ses enfants ; il y est déclaré qu'Amalvi doit se faire moine à Lézat. La charte est signée par Guillaume-Bernard de Marquefave. Nous trouvons un nouveau témoignage de la présence du comte Bertrand à Toulouse à cette époque, dans une autre charte par laquelle une grande famille du pays toulousain cède au monastère de Sainte-Foi de Conques une égUse qu'elle possédait. Les donateurs déclarent qu'ils agissent par les conseils de l'évêque Izarn et du comte Bertrand.
Guillaume de Poitiers abandonna donc le cotnté de Toulouse, après ravoir possédé pendant trois ans, et le laissa au légitime héritier de Raymond de Saint-Gilles, Guillaume quitta-t-il cette principauté volontairement , ou bien se vit-il expulsé par Bertrand, qui avait conservé un grand nombre de partisans?... Cest ce qu'il est difficile de déterminer. Il paraît qu'il aurait reçu quelque somme d'argent de Raymond eti dédommagement des droits qu'il prétendait avoir sur le comté, du chef de PhiUppia sa femme. Guillaume prit la croix à Limoges avec un grand nombre de ses vassaux, en HOO.
Les vexations que Bertrand avait fait supporter aux chanoines de Saint-Saturnin avaient été la cause de son expulsion ; aussi , son premier ^oin fut de réparer ses torts envers cette église. Par une charte d^ttée de la même année, il confirme la donation, faite à Saint-Saturnin par Philippia et Guillaume, du lieu de Blagnac et de ses dépendances ; il prend sous sa protection l'église, et la, déclare libre de toute redevance ; il prend aussi sous sa défense les chanoines et tous leurs serfs. Cette charte est signée de Bertram archevêque de Narbonne, de Guillaume Jourdain comte de Cerdagne : ce qui montre qu'ils avaient soutenu les droits du fils de Raymond. Munion était alors abbé de ce chapitre, et avait succédé à Pierre I". Bertrand prend dans cet acte le titre de comte de Toulouse, de Rodez et d'Albi.
Raymond de Saint-Gilles continuait toujours en Orient le cours de ses exploits; il prit, en 1100, Maraclée et Valenia, voisines de Laodicée ; il s'approcha d'Antarados ou Tortose , qui lui ouvrit ses portes , et s'avança ensuite vers Tripoli , dont il résolut d'entreprendre le siège. Ayant pris
446 TEMPS INTERMÉDIÀIKES.
position sur les hauteurs du Liban qui dominaient la ville, il y construisit un château ou forteresse pour arrêter les secours que Tripoli pouvait recevoir, et nomma ce château le mont Pèlerin , parce qu'il avait été bâti par les pèlerins ou croisés. De ce point, il dirigea ses attaques contre Tripoli, et dans Fespoir de s'en emparer, il nomma un évêque latin pour cette ville : ce fut Arbert, abbé de la Chaise-Dieu^ qui se trouvait à la croisade. De leur côté, les Tripolitains attaquaient le mont Pèlerin , mais sans succès. Sur ces entrefaites, le 18 juillet 1100, mourut Godefroi , roi de Jérusalem. Les principaux des croisés offrirent de nouveau la couronne à Raymond de Saint-Gilles, qui la refusa encore, et partit pour Gonstantinople, laissant au château Pèlerin la comtesse Elvire et sa famille.
C'est dans cette ville qu'il apprit l'élection de Baudouin, frère de Godefroi, en qualité de roi de Jérusalem, élection qui eut lieu le 18 octobre. A cet avènement se termine, dans notre histoire , le onzième siècle, que nous devons maintenant apprécier.
De grands abus s'introduisirent a cette époque. Les chefs des maisons comtales et ducales, sous le spécieux prétexte de protéger l'Eglise, s'emparèrent de ses biens; sous les titres de chevaliers, d'avoués, d'abbés séculiers, ils exer-çaient une véritable tyrannie sur les évêchés et les abbayes, et se rendaient maîtres de toutes les élections. En général, on n'élevait aux hautes dignités de l'Eglise que des membres de ces grandes familles que leur position a l'égard des chefs rendait trop faibles et trop complaisants ; les seigneurs exigeaient de fortes sommes des titulaires, et on ne voyait de toute part qu'un honteux trafic. Au mépris des titres
TEMPS LNTEaMÉUUIRES. 117
propriété les plus authentiques en faveur de FEglise, on vendait, on cédait par testament les évêchés et les 3,bbayes, et les femmes même n'étaient pas exclues de ce oommerce. On conçoit qu'avec cet état de choses, le luxe, la mondanité et Foubli des plus saintes règles aient pu dominer dans l'un et l'autre clergé.
Dieu plaça cependant le remède a côté du mal : dans la
réunion de plusieurs conciles, qui frappèrent d'anathème
les usurpateurs des biens de l'Eglise; dans l'élection de
l'immortel Grégoire VU, qui, en procurant la liberté des
sufifrages, rendit à l'Eglise son indépendance ; dans le soin
que prit le siège apostolique de ne feire relever que de sa
puissance un grand nombre d'abbayes, afin de les soustraire
au bras séculier. Les monastères de Cluny, de Saint-Victor
de Marseille et de Saint-Pons de Tomières, où la disciplino
régulière était fidèlement obsenée, contribuèrent beaucoup
au maintien de la religion.
Les évêques étaient, comme on Ta vu, presque tous de haute et grande race, et alliés par les liens du sang aux seigneurs temporels : ils jouissaient donc de la double considération du rang et du caractère ; ils assistaient aux plaids, où leur voix était toujours prépondérante. Il est très peu de chartes du moyen-âge dans lesqueUes on ne trouve leur nom comme une sanction reUgieuse donnée à ces actes publics. Nous pouvons rappeler ici une assemblée tenue à Toulouse, au commencement du onzième siècle, dans laquelle Raymond P% évêque de cette ville, semble agir comme seigneur temporel, d'un commun accord avec le comte Guillaume ; c'est entre les mains de l'évêque que Donat de Caraman renonce, pour lui et ses successeurs,
448 TEMPS LMEBMÉDUillES.
à certains abus qui s'étaient introduits dans un marché public. Avant Grégoire VII , les évêques ne prenaient pas le titre de seigneurs des lieux dont ils avaient le domaine, par déférence peut-être pour les grands vassaux dont ils étaient parents pour la plupart ; mais, depuis te coups d'autorité frappés par Grégoire, ils possédèrent leurs domaines en alleu. Lépiscopat faisait, de temps à autre, de grands efforts pour secouer le joug qui lui avait été imposé par les seigneurs ; et dès qull fut libre, non seulement il voulut exercer son autorité sur les clercs des diocèses, mais encore sur les vassaux des églises, repoussant avec énergie l'opposition des anciens oppresseurs. Ainsi, en 1090, les évêques de Maguelonne obligèrent les seigneurs de Montpellier à les laisser jouir en toute liberté de leur juridiction temporelle, et faire exercer la justice par leurs propres officiers; ainsi encore, les archevêques de Narbonne conservèrent la justice sur tous les laïques qui demeuraient dans l'étendue de leurs domaines.
Les évêques, au moyen-âge, prenaient les armes et allaient en guerre ; ils endossaient bravement le casque et la cuirasse. Toulouse vit son évêque Kerre, premier du nom, partir pour une expédition contre les Sarrasins, attaquer cinq cents Maures et les mettre en déroute.
Pendant le onzième siècle, le siège de Toulouse fut occupé par huit évêques : Raymond, Pierre Roger, Bernard II, Hugues II, Arnoul, Durand de Dôme et Izam. Les deux derniers devinrent célèbres. Les chapitres de la Daurade, de Saint-Saturnin et de Saint-Etienne embrassèrent la réforme. L'église cathédrale fut restaurée par les soins d'Izarn, celle de Saint-Saturnin terminée et consacrée
par le pape UAain II. Plusieurs personnages éminents en sainteté brillèrent dans la province de Toulouse à cette époque : Izarn, abbé de Saint-Victor de Marseille ; Bérenger, religieux du monastère de Saint- Papoul ; Durand de Dôme, dont la sainteté fut, dit-on, autorisée par des miracles; saint Bertrand, évêque de Gomminges, et saint Raymond, chanoine de Saint-Saturnin.
Quatre conciles furent tenus à Toulouse dans cette période séculaire ; celui de 1056 nous a laissé des règles de tliscipline pleines de sagesse. Six comtes occupèrent la principauté de Toulouse : Guillaume 111 dit Taillefer ; PoDS III, son fils ; Guillaume FV, qui fut loué par les papes ; Raymond de Saint-Gilles, si fameux dans nos annales; Bertrand son fils; Guillaume de Poitiers, et sa femme Philippia.
L'autorité royale fut presque effacée par celle des grands vassaux , qui possédaient , eux seuls , le domaine direct et utile de la province; ils exerçaient un pouvoir presque despotique, exigeant divers droits de leurs peuples, levant des troupes, vengeant leurs querelles par les armes, portant la désolation sur les terres de leurs voisins. Quelques particuliers d'un certain rang imitèrent les grands vassaux, construisirent des châteaux pour se défendre et se déclarèrent des guerres continuelles, en sorte que le commerce était souvent interrompu et qu'il y avait peu de sécurité sur les routes mal gardées. Les hauts seigneurs faisaient aussi battre monnaie, et l'on- trouve à cette époque des sols Tolosains de Saint-Gilles, des sols Hugonais ou de Hugues de Rouergue, des sols Narbonnais , des sols Melgoriens ou de Melgueil, des sols du Puy, et quelques autres.
Les grands vassaux étaient les ducs, comtes, marquis, et même les vicomtes; venaient ensuite les nobles, gens pos^ sédant des fiefs, ou riches et puissants. Ceux qui fisâsaieat profession des armes ou qui étaient obligés par leurs fiefs au service, s'appelaient en général milites. Ce nom devici^'^ presque exclusif aux nobles, qui combattaient toujours ^ cheval, armés de casques, de cuirasses et de cottes d'armes ^ de là, la qualification de chevaliers et Torigine de Yordre la chevalerie. Les hommes de guerre qui n'étaient poin nobles s'appelaient simplement pedites, et combattaient avec=^ des flèches.
n est donc certain qu'au xi« siècle il y avait des nobles, et des gens qui ne l'étaient pas. Cependant cette distinction n'est pas toujours facile à saisir dans lés chartes et les diplo^ mes; car, à l'exception des grands vassaux, ces nobles ne prirent d'abord aucun titre, et l'on ne peut les distinguer que par le rang qu'ils occupent dans l'ordre des signatures; L'usage des noms propres ne devint assez répandu que vers le miUeu de ce siècle. Ces noms étaient pris, en général, de ceux des châteaux ou domaines seigneuriaux, et ce qui mit beaucoup de confusion dans les familles, c'est qu'un grand nombre de roturiers prenaient les noms des villes et châteaux où ils étaient nés.
Il existait en Languedoc, au xi* siècle, trois ordres bien distincts, — le clergé, la noblesse, et la bourgeoisie, laquelle était composée des notables de la cité. On appelait ces bourgeois hons'hommes. Ces personnes étaient désignées sous le nom de libres, pour les distinguer des serfs, occupés à la culture des terres et au service domestique. Les seigneurs possesseurs de vastes domaines donnaient une portion de
leurs terres en fief à certaines conditions ; ces conditions constituaient les droits féodaux, qui obligeaient le vassal au service militaire , à loger le seigneur et à le défrayer avec tous les gens de sa suite. On appela cette obligation (Ubergms. Indépendamment des biens tenus en fisf, il y avait une portion du territoire qui était tenue en alleu, c'est-à-dire libre en général de 4oute espèce de redevance. Tel était l'ordre de la loi romaine qui fut suivie en Langue^ doc dans le moyen-âge. On trouvait, néanmoins, la loi visigothique en vigueur dans quelques parties de la province ; mais elle fut bientôt effacée par le Code des Empereurs romains , et ne conserva plus son action qu'au-delà des Pyrénées.
La justice se rendait dans les assemblées, qu'on appelait les grands et les petits plaids; là, se trouvaient ordinairor snent réunis les comtes, vicomtes, évoques, abbés et autres seigneurs, et quelquefois même des femmes. Les officiers chargés de rendre la justice au nom des grands vassaux s'appelaient viguiers ou vicaires; ces charges furent inféodées, et c'est ce qui forma les vigueries.
La langue latine était . à cette époque en usage dans la France entière pour les actes puWics ; quoique encore assez altérée, elle l'était cependant beaucoup moins qu'au siècle précédent. Il existait aussi une langue vulgaire qui prit le nom de langue romane ; il paraît que dans le xi* siècle elle était commune à tous les pays de France. Plus tard, cette langue romane s'épura, et devint, pour les peuples situés à la droite de la Loire, la langue française, tandis qu'elle demeura à peu près ce qu'elle était pour les provinces mé-r ridionales : ce fut la langue provençale. On lui donna ce
422 TEMPS LMERXÉDI AIRES.
nom, parce qu'alors on appelait Provençaux ou Provinciaux, les peuples du midi, tels que les Bourguignons; les Auvergnats, les Gascons, les Provençaux proprement dits et les Aquitains. Ainsi, on nomma poëtës provençaux, non seulement ceux qui étaient originaires de Provence, mais encore ceux qui appartenaient aux divers peuples que nous venons de désigner. Cette qualification de Provençaux donnée aux habitants du Midi vient évidemment du comte de Saint-Gilles : comme il exerçait sa domination sur la Provence et le Languedoc, on donna par extension ce noiû à tous ses sujets.
Vers le carême de Tan 1101 , Raymond vit arriver k Constantinople une nouvelle armée de croisés, sous la conduite de l'archevêque de Milan et de plusieurs seigneurs lombards. Ces soldats, mal disciplinés, commirent de grands excès sur les terres de l'empire. Alexis , pour les punir et les arrêter, leur refusa des vivres. Ce refus excita leur vengeance : ils vinrent assiéger l'empereur jusque dans son propre palais. Le comte de Saint-Gilles parvint a les calmer ; il ifiénagea la paix des principaux chefs avec Alexis. Ces troupes réunies formaient une armée de cinquante mille chevaux et de cent mille fantassins. Raymond, en ayant accepté le commandement , se rendit à Nicomédie. La ville d'Ancyre, capitale de la Galatie, tomba au pouvoir des croisés ; ceux-ci traversèrent ensuite le fleuve Halys pour attaquer Gangres, qui fit une vigoureuse résistance. Le comte de Toulouse fit de nouveaux prodiges de valeur dans cette expédition aventureuse ; mais son grand courage ne put empêcher l'armée chrétienne d'éprouver des pertes considérables dans une bataille rangée qui fut livrée au com-
jtkieDcement du mois d'août, et dans laquelle lel^ croisés laissèrent quarante mille hommes hors de combat.
Quelques historiens prétendent qu'après cette sanglante iDataille, qui fut livrée dans les déserts de la Paphlagonie, naymond de Saint-Gilles abandonna pendant la nuit les croisés, n'emmenant avec lui que les troupes impériales et les siennes ; ils avancent que le prince avait conduit exprès l^armée dans les défilés de ces montagnes pour la livrer âans <léfeDse aux infidèles ; qu'il avait reçu des sommes d'argent des gouverneurs des villes pour éloigner l'armée de leur voisinage : ainsi ils l'accusent de trahison et d'avarice. La
fuite précipitée de Raymond n'est pas aussi certaine qd'cm le croit ; et d'irrécusables témoignages prouvent qu'il s'étsut fortement opposé au passage des troupes dans ces contrées si difficiles a traverser ; que sa fuite doit être exclusivement attribuée à la défaite des chrétiens par les Sarrasins, puis^ que Anne Gomnène, dans son Alexiade, déclare formellement qu'il arriva à Constantinople avec le peu de chevaliers qui avaient pu échapper. Quant à l'argent qu'il tira des gouverneurs des villes, on peut croire qu'il les fit rançonner pour procurer par ce moyen des vivres à ses troupes.
Au commencement du xn« siècle, vivait à Toulouse un' homme éminent en sainteté, saint Raymond, abbé de la basilique de Saint-Saturnin. Il était issu d'une très noble famille dans la baronnie de Durban, sur les confins des diocèses de Toulouse et de Comminges. Il suivit d'abord le parti des armes, selon l'usage établi. Dégoûté du monde, il se retira, encore jeune, dans Fabbaye de Frédelas (Pamiers), dont il devint chanoine, et se livra dans ce monastère à l'étude et a la pratique de toutes les vertus.
4S4 TEMPS INTERHÉUUIRES.
L*éclat de sa sainteté le rendit célèbre, et les chanoines de Saint-Saturnin l'élurent pour leur abbé. Obligé de traverser les Pyrénées pour les affaires de son abbaye, il fat élu évoque de Barbastro et de Rota dans TÂndalousie, deux églises que le pape avait unies. Lorsque Raymond se retira à Frédelas, cette abbaye suivait la règle de saint Augustin et avait Âmélius pour prieur. Ce dernier possédait en même temps celle de Saint- Volusien de Foix. C'est ce qui conste d'une charte dans laquelle on rappelle tous les privilèges et immunités accordés par Bertrand comte de Toulouse à la basilique de Saint-Saturnin. Cette charte ne fait que renouveler ce qui avait été déjà accordé par la précédente. Elle est signée du comte Bertrand, d' Amélius, de Jourdan, et de Bernard, prieur de Montsalvi. La date n'est point indiquée; on la croit de Tannée HOl. Saint Raymond avait succédé, en qualité d'abbé de Saint-Saturnin, à Munion, dont Fépitaphe nous a été conservée (1). Cette épitaphe fait l'éloge de l'humilité de Munion et de l'honnêteté de ses mœurs. La signature d'Izarn ne se trouve pas dans la charte du comte Bertrand; il était, à cette époque, absent de sa ville épiscopale, et se trouvait auprès de Bertrand, archevêque de Narbonne; il assista en qualité de témoin à l'acte par
(i) Munio vir clarus in moribus ordine carus, Jure Deo placuit qui sibi displicuit.
Non fuit incestus dùm vixit, vixit honestus. Qui sibi displicuit, hinc prior ipse fuit. Nulli parcebat, zelum deitatis habebat. Hoc jacet in tumulo cognitus hoc titulo : Octobris mensis discessit ab orbe kalendis , Sub quinte deno, sicut opinor ego.
lequel ce prélat soumit l'abbaye d'Aniane à celle de Saint- Pons de Tomières.
De Constantinople, Raymond de. Saint-Gilles désira retourner en Syrie. Alexis lui donna ses galères, et le combla, à son départ, de nouveaux bienfaits. Il fut poussé par une tempête vers la ville de Tharn en Cilicie qui était au pouvoir de Tancrède, son ennemi déclaré. Celui-ci, dès qu'il eût appris son arrivée, le fit conduire à Antioche, s'emparia de ses trésors et l'enferma dans une étroite prison. Mais les comtes de Blois et de Bourgogne, les ducs d'Aquitaine et de Bavière, l'évêque de Barcelonne et plusieurs autres seigneurs se plaignirent à Tancrède de la conduite qu'il tenait à l'égard de Raymond, et exigèrent sa délivrance. Elle leur fut accordée. Le comte de Toulouse fut alors élii pour chef de tous ces princes. S' étant mis en marche, il soumit à ses armes la ville d'Antarados ou Tortose, qui avait été reprise par les infidèles ; il fit fortifier cette ville , et se rendit ensuite au mont Pèlerin, où il trouva la comtesse Elvire. Il nourrissait toujours le désir de reprendre Tripoli : c'est ce qui le détermina à harceler la garnison de cette ville et à la mettre à contribution.
Pendant que ces hauts faits se passaient en Orient, tout était calme au pays toulousain. Arnaud Raymundi occupait toujours la prévôté de Saint-Etienne : il est question de lui dans la donation qui fut faite, en 1102, au chapitre de la cathédrale, d'une église appelée Saint^Jean del Fraîssé. Nous trouvons à cette même époque le nom de l'évêque de Toulouse dans plusieurs chartes qui regardent l'abbaye de Lézat. Ce monastère était alors gouverné par Geraud, deuxième du nom* Il avait succédé à Seguin , qui s'était
4â6 TEMPS LXTBRMÉDIAIIBS.
montré plein de zèle pour faire rentrer Fabbaye dans la possession de ses biens ; c'est lui qui avait déterminé un seigneur nommé Amalvi a restituer une portion de Féglise nommée Sentas.
L'année 1103 s'ouyrit par un acte éclatant de la piété de Raymond de Saint-Gilles : au mois de janvier, il céda par im acte authentique la moitié de la ville de Giblet à Fabbaye de Saint-Victor de Marseille. Giblet était située entre Tripoli et Beryte, sur les bords de la mer; elle était environnée de hautes murailles et défendue par de fortes tours. Le cardinal Richard était abbé de Saint- Victor à cette époque. Le donateur nomme dans cet acte Guillaume comte d'Auvergne, Bernard vicomte de Béziers, Aicard de Marseille et Bérenger de Nîmes ; il y prend le titre de comte de Saint- Gilles, marquis de Provence, prince de la milice chrétienne sur le chemin de Jérusalem. La charte est datée du mont Pèlerin situé vis-à-vis de Tripoli (ville dont il faisait alors le blocus). Ce fut dans ce château que la comtesse Elvire donna au vieux Raymond un enfant que Ton nomma Alphonse, du nom du roi de Castille son aïeul, et Jourdain, parce qu'il avait été baptisé dans ce fleuve.
Pierre, évêque de Pampelune, du consentement de Sanche, roi d'Aragon, avait donné aux chanoines de Saint- Saturnin une petite église (ecclesiolam), Pierre, fils de Sanche, voulait reprendre cette église. Les chanoines en appelèrent au pape Pascal II, qui écrivit au roi d'Aragon pour lui déclarer que l'église de Saint-Saturnin étant placée sous l'autorité immédiate du siège apostolique, il ne pouvait se rendre coupable de cette usurpation sans appeler sur sa tête les foudres de Rome. Cette lettre est datée de Fan 11 03.
Le comte de Saint-Gilles, au commencement de Tannée livante, se rendit maître de Giblet, dont il avait fait déjà )inmage à l'abbaye de Saint-Victor. Il était déterminé à ntlnuer le siège de Tripoli ; mais, guidé par sa prudence, conclut une trêve avec Jes habitants. Cette trêve ne fut s de très longue durée, car ayant surpris un homme
Tripoli qui s'était rendu au château Pèlerin avec un •ignard pour l'assassiner, il rompit la trêve, et reparut vant cette ville qu'il voulait réduire avant sa mort. Epuisé r les fatigues du siège, il sentit approcher sa fin ; on était >rs au mois de janvier de l'année 1105. Il avait déjà fait s dispositions testamentaires avant ^de partir pour la croide ; il voulut cependant ajouter à son testament un codile, expression de ses dernières volontés. Il y prend le re seul de comte de Saint- Gilles; il déclare 1** que, pour parer les torts que ses pères ou lui ont pu commettre »ntre la sainte église d'Arles, il restitue à cette église la rre et le pays d'Argence situés le long du Rhône, et ormne à ses fils de suivre son exemple ; 2^ il rend à cette [lise, et à Gibelin son vénérable archevêque, le lieu des jurches et ses dépendances ; 3*» il restitue à la même église quart des châteaux d'Albaron et de Fos que ses ancêtres
lui avaient injustement possédés ; ^'^ il donne encore le aart des pâturages, des leudes et des péages de la ville Arles; 5*» il conjure Bertrand son fils et tous ses amis de )parer toutes les injustices qui auraient pu être commises l'égard de cette égUse, en mémoire des bienfaits qu'ils at reçus de lui. Ce codicille nous apprend quels étaient les »gaeurs présents à cet acte : on y voit la signature Aymin,. évêque de Toulon, d'Aicard de Marseille, de
\tS TEMPS INTERMÉDIàlEES.
Raymond de Baux, de Decan de Posquières, de Bertrand de Porcelet , de Guillaume d'Aruc , de Pons de Fos , de Rostang de Port, de Gaufred de Pêne, et d'un grand nombre d'autres ; on prit aussi la main d'Alphonse et on la dirigea pour lui faire confirmer le codicille de son père. La comtesse Elvire le signa après tous les autres.
Raymond vécut encore un mois, principalement occupé du salut de son âme. Il avait déjà nommé général de toutes ses troupes Guillaume Jourdain son neveu, à qui il laissa le gouvernement de toutes les places qu'il avait conquises ; il ordonna ensuite a Arbert , moine de la Chaise-Dieu, qu'il avait nommé évoque de TripoU , de rapporter à ce monastère la tasse de saint Robert, relique précieuse qui ne l'avait jamais quitté ; enfin, le dernier jour de février 1105, il mou^ rut à Mont-Pélerin, plein de jours et de mérites, et fut inhumé dans ce château.
Les historiens nous le représentent comme une homme juste et craignant Dieu, plein de foi et de constance. Sa piété seule le porta a abandonner ses vastes états pour aller au-delà des mers conquérir le tombeau du Sauveur. Il fut presque toujours victorieux, et les revers qu'il pût éprouver ne firent que montrer la grandeur de son âme. La résistance qu'il opposa à tous ses amis qui le pressaient de revenir en Europe après cette expédition , témoigne de sa religion : car il avait fait vœu de mourir en Orient , et ce vœu, il voulut l'accompUr en héros chrétien. Il fut le plus puissant et aussi le plus capable de tous les chefs des croisés ; le premier en tout , il se montrait doux comme un agneau avec les petits et les humbles, terrible comme un lion au milieu des combats. D'après le témoignage d'Anne
Ck>maëne, il se fit surtout remarquer par la pureté de seâ mœurs. Son désintéressement est au-dessus de tout éloge, puisqu'il refusa deux fois la couronne de Jérusalem. Ray-^ mond de Saint-Gilles avait un air noble et un port majestueux, que relevait encore la belle- et blanche chevelure dont sa tête était ornée, n avait épousé successivement trois femmes, dont il eut plusieurs fils et filles. Bertrand était du premier lit et Alphonse du troisième. Raymond était âgé d'environ soixante-quatre ans lorsqu'il mourut. Toulouse s'est toujours montrée heureuse et fière d'avoir eu au nombre de ses comtes cet invicible héros, ce Nestor de la pre^ miëre croisade.