‹ Histoire générale de l'Église de Toulouse (volume 3)Chapitre 13 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

178 TEMPS INTERHÉDIillES.

Des poésies du comte Guillaume nous passons à Tabbaye de Grand-Selve. Ce monastère était alors gouyerné par Bertrand premier du nom, qui avait succédé à Etienne. Bertrand reçut en 1128 une donation de Guillaume Skard, seigneur du pays. Ce seigneur institua une fondation pour le repos de Famé de son frère, que les moines de Grand- Selve avaient inhumé dans leur église, avec la permission d*Âmélius et après d'instantes prières, car ce dernier avait été excommunié : on ignore pour quel motif.

Un nouveau monastère s'élevait dans le Toulousain : c'était Tabbaye de Bolbonne, de Tordre de Citaux. Elle eut pour fondateurs, ou du moins pour premiers bien£ai-. teurs, Roger III comte de Foix, à qui appartenait la forêt de Bolbonne qu'il céda aux religieux pour la constmctiûn du monastère, le seigneur de Saillac, Izam de Verfeil, et Jourdain de l'Isle. Cette célèbre abbaye devint, par la suite» la mère de plusieurs autres. Dominique en est regardé comme le premier abbé. Le comte de Foix dont il est ici question avait succédé à son père Roger II, et posséda par indivis le comté avec ses frères. Il fit un accord avec Bernard-Atton vicomte de Béziers, sa femme et ses enfants, au sujet des anciennes prétentions de la maison de Foix sur les domaines de la branche aînée de la maison de Carcassonne; il s'obligea par cet accord à ne vendre ou céder à d'autres qu'à Bemard-Atton et à ses enfants les domaines qu'il possédait dans le comté de Toulouse, de Conuninges et de Carcassonne. II avait épousé, du vivant de son père, Chimène, fille de Bérenger, comte de Barcelonne. Vers la fin de Vannée 1129, il restitua à l'abbaye de Saint- Antonin de Frédelas plusieurs biens qu'il avait usurpés, et renonça

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à divers usages qui s'y étaient introduits ; il fit cette répa • ralioD en présence d'Amélius, évêque de Toulouse. Le comte de Foix reçut, à cette époque, Thommage du châteao de Montant de la part de Bernard de Beaumont, du château de Perles et du château de Mirepoix de la part de Roger, seigneur de ce lieu.

D'accord avec le comte de Foix, Alphonse Jourdain promit par serment aux fils de Bernard-Atton de les laisser jouir en paix de leurs villes, bourgs et châteaux, et de ne leur causer aucun dommage, à moins . qu'ils ne se fissent entr'eux la guerre. Ces trois princes avaient perdu leur père, qui mourût à Nîmes au commencement de Fannée 1130. Le premier, Roger, fut vicomte de Carcassonne, de Razës et d'Albi, et prit le titre de Roger de Béziers ; le second, Raymond Trinquavel, fut vicomte de Béziers et d'Agde; le troisième, Bernard-Atton, devint vicomte de Nîmes.

De grands troubles agitaient alors TEglise universelle. Après la mort du pape Honoré II, une partie des cardinaux âut Innocent II, et Vautre le cardinal Pierre de Léon, qui prit le nom d'Anaclet IL A* Rome, le parti de ce dernier remporta : ce qui obligea Innocent de se réfugier en France. R envoya des ambassadeurs au roi Louis-le-6ros et aux grande vassaux du royaume; Anaclet suivit son exemple, et députa aussi des légats en France. Ce royaume se déclara bientôt en faveur d'Innocent, qui assembla un concile à Germent, où il frappa d'anathème Pierre de Léon et ses fauteurs. Amélius, évéque de Toulouse, envoya au concile Aicard, prévôt de Saint-Etienne. Il se présentait avec le dessein de revendiquer les droits de son église sur

180 TEMPS INTERMÉDUIltES.

celle de la Daurade, qui lui ayaient été enlevés par Darand de Dôme abbé de ^loissac et les violeuces du comte Guillaume. 11 rappelait dans sa plainte qu au temps dlzarn, les clercs de Saint-Etienne, ayant voulu, le jour de Noël, prendre possession de la Daurade , avaient été chassés par les moines : ce qui n'empêcha pas les premiers de s'emparer des ornements et des livres qui leur appartenaient. Aicard, cédant aux conseils du vénérable archevêque d'Auch Guillaume d'Andozile, ne porta pas cette affaire au concile; il se contenta de la communiquer k Pierre le Vénérable,^ abbé de Quny, sous Fautorité duquel étaient placés et le prieuré de la Daurade et Tabbaye de Moissac. Il écrivit alors à Tabbé de ce monastère, lui recommandant d'arrêter par tous les moyens possibles les plaintes du prévôt et du chapitre de Saint-Etienne, en rendant k chacun bonne et loyale justice.

De retour a Toulouse, Aicard rendit une sentence d*absolution a Tégard d'un seigneur nommé Bernard. Ce seigneur avait fait pendre un clerc dans ses domaines : on ignore pour quel motif. Il faut cependant supposer que ce clerc ne méritait pas ce châtiment, puisque l'évêque Amélius condamna ce seigneur a sept ans d'exil. Nous trouvons ici une nouvelle preuve du pouvoir temporel des évêques au moyen-âge; car de quel droit AméUus aurait-il exilé un homme sur lequel il n'aurait exercé aucune souveraineté ? — Bernard montra un grand repentir de son crime et en demanda l'absolution. Elle lui fut accordée par Aicard, a condition qu'il céderait au chapitre de Saint-Etienne FégUse de Villette, Ce n'était point ici une simonie; c'était une pénitence imposée à Bernard.

Amélius donna cette année (1130), aux hospitaliers de Jérusalem, une église appelée de Lasalle et située dans le Toulousain. Aicard souscrivit à cette donation. L'évêque de T'oulouse se montra généreux à l'égard de l'abbaye de drand-Selve, à laquelle il céda, dans la personne de Bertrand P', son abbé, l'église de Ricanello avec toutes ses dépendances. Pierre, évêque de Couserans, assista en qualité témoin à cette donation. Le monastère de Saint-Pierre la Cour reçut en même temps des marques de la piété Guillaume de Bessengs et de Marie son épouse, qui lui <lonnèrent l'église de Viviers et la quatrième partie des v^venus d'une autre église dédiée à saint Saturnin. Ces sicfaes seigneurs avaient un fils nommé Odon , qui désira «mbrasser la vie religieuse dans cette maison, et ce fut à <^tte occasion que Guillaume fit toutes ces largesses.

D'après l'examen attentif des divers monuments histo- -Tiques de cette époque, nous regardons comme des faits inexacts la guerre que Guillaume X comte de Poitiers aurait laite en 1150 à Alphonse Jourdain, au sujet des prétentions de la maison de Poitiers sur le comté de cette ville ; la présence d'Alphonse au siège de Bayonne, entrepris par le roi de Castille contre Guillaume; le combat singulier du comte Alphonse et de Pierre Lara, seigneur espagnol qui y fut tué. n est en effet certain qu'au mois de mai 1130, Alphonse Jourdain était à Toulouse, puisqu'il y tint un plaid touchant l'abbaye de Moissac. Roger, abbé de ce monastère, et tous les bourgeois de Moissac se rendirent à Toulouse, ainsi que Bertrand de Brulemont, abbé séculier de ce Ueu. II. revendiquait en sa faveur l'égUse et certains droits que l'abbé et les bourgeois prétendaient ne point lui

182 TEMPS wtbrmédIàiibs.

appartenir. L'affaire fat plaidée avec chaleur de part et d'autre, et le comte trancha la question en faveur de Fabbaye. Parmi les témoins, on trouve Cervian vicomte de Gaossade, Rostain de Posquiëres, Bertrand de Yillemur, Armand de Durfort,

Nous prouvons encore la présence d'Alphonse Jourdain dans ses états par un autre plaid qu'il tint à Montpdlier en 1131, au sujet d'un différend qui s'était élevé entre Bermond évêque de Béziers et les vicomtes Roger et Raymond Trincavel. Bermond se plaignait de ce que les vicomtes exerçaient la justice dans les faubourgs et y exigeaient des droits qui ne leur appartenaient pas. Le comte de Toqlouse condamna les deux firëres à laisser l'évéque jouir paisiblement du domaine épiscopal et de l'exercice de tous ses droits. Ces droits consistaient , en partie , dans la défi^ise de vendre d'autre vin que celui de l'évéque pendant tout le mois d'août, de s'emparer des lits des morts, et d'exiger que les bourgeois suivissent l'évéque dans toutes ses expéditions.

Pendant qu'Alphonse Jourdain tenait ces plaids k Toulouse et a Montpellier, son neveu Pons, comte de Tripoli, remplissait l'Orient du bruit de ses exploits. Beaudouin II, roi de Jérusalem, mourut au mois d'août 1131, et laissa deux filles. L'aînée épousa Foulques, duc d'Anjou, qui succéda à son père sur le trône de Jérusalem. Alix, la seconde, se maria avec Boëmond, prince d'Antioche, qni perdit bientôt la vie, laissant une fille nommée Constance. Alix, ne pouvant se résoudre à abandonner la principauté d'Antioche aux tuteurs de sa fille, résolut de s'en empa-. rer et se ligua avec le comte de Tripoli. Foulques, averti

TEMPS IdiTERMÉOUIRES. 183

da ces projeis, se rendit à Ântioebè pour vQiiler aux intérêts àa sa nièce et de sa pupille. Pons lai refusa le passage sur ses états : ce qui fit éclater la gueire .entre Les deux beaux-frères. Elle ne fut pas longtemps iqdécise r Foulques réduisit Pons à prendre la fuite. Us se réconcilièrent cependant, et Pons se trouvant, quelque temps après, assiégé dans le château de Montferrant par le prince d'Alep, Foulques vint le délivrer : ce qui ne Tempêcha pas de tomber plus tard, comme nous le verrons, au pouvoir des infidèles, qui le firent mourir.

Tranquille au sein de ses états, Roger III comte de Foix s'occupait à doter sa famille. Il avait une fille nommée Braidimène, qu'il maria a Guillaume d'Âlin. Au mois de mars llSl, il lui donna le fief de Vindms, les droite qu'il avait sur le château de Lordat, et le bourg d'Artigat près du château de Pstmiers. L'année suivante, le comte Alphonse fit un accord avec Roger de Carcassonne touchant l'évéché d'Albi et l'élection de l'évêque. Alphonse donna Albi en fief à Roger, excepté la justice qui appartenait à l'évêque. L'accord fut passé par l'entremise d'Elzéar de Castries et Bernard de Canet, barons du comte de Carcassonne, et soumis à l'évêque Amélius et à Humbert évéque d'Albi.

Alphonse se trouva engagé à cette époque dans un différend avec Guillaume de Montpellier. Ce seigneur était beau-frère de Bernard IV comte de Mdgaeil qui , sentant arriver sa fin, avait voulu au commencement de l'année 1192 faire profes^on de la vie monastique entre les miains de l'abbé de Saint-Chaflre en Velay, venu ajiiprès de lui pour la recevoir. Il ordonna xju'après sa mort son corps fût porjté à Saint-Châffre, et qu'on payât au monastère la somme de

184 TBMPS INTBBMtDlAIlBS.

cinq mille sols melgorieDs et une rente annuelle de cent sols, n mourut peu de jours après, et laissa, de GuiUemette de Montpellier sa femme, une fille unique nommée Béatrix, âgée de huit ans. D*aprës la volonté du père, Guillaume de Montpellier prit le gouvernement du comté de Melgueil; mais Alphonse s'y opposa sous divers prétextes. Une guerre devenait imminente entre ces deux seigneurs si Fentremise de plusieurs personnages n'avait arrêté les projets d'Alphonse. Un accord fut alors passé entre ces deux princes touchant le comté de Melgueil, dont les principales conditions furent que, si Béatrix se mariait par leurs conseils, ils lui restitueraient tout son domaine ; que, s'ils ne pouvaient pas s'accorder sur l'époux à donner à Béatrix, l'archevêque de Narbonne fixerait le choix avec le comte de Rodez; enfin que, si Béatrix venait à mourir avant son mariage, le château et la monnaie de Melgueil appartiendraient à Alphonse.

Au mois de mars de la même année, deux nobles seigneurs du pays toulousain, Bernard et Pierre de La Plajole frères, donnèrent à Fabbaye de Sorèze et à Arnaud de Villaborais qui en était abbé tout ce qu'ils possédaient dans le cimetière de l'église de Saint-Saturnin de Brouil et dans la chapellenie de la même église. En retour, les religieux de Sorèze offrirent aux donateurs cinq sols toulousains.

Saint Bertrand avait eu pour successeur Roger de Nur sur le siège de Comminges. Ce prélat était déjà évêque en 1132, puisque nous possédons l'histoire de la translation des reliques de saint Béat, à laquelle il présida cette même année. 11 vint donc à Saint-Béat, y consacra un autel en Thonneur de saint Etienne, et fit l'élévation solennelle des

corps de saint Béât et de saint Privât au milieu d*uo grand concours de peuple. A cette occasion, Guarmond, seigneur du lieu, et ses enfants, firent cession de la terre de Saint- £éat à l'église, entre les mains de Févêque de Comminges. Le comte Alphonse Jourdain quitta Toulouse en l'année 4135, et se rendit en Provence à l'abbaye de Saint-André sur le Rhône, dont il confirma les donations, entr'autres, «elle du Puy d'Audaon et du village voisin qui porte aujour- ^*hui le nom de Villeneuve-lès-Avignon. 11 se montra très £rrité contre Guillaume de Montpellier, qui avait manqué à ses engagements envers lui. Ce prince, en effet, chercha Si marier Béatrix avec Bérenger Raymond comte de Provence, frère de Raymond Bérenger IV comte de Barcelonne, jeune prince de dix-huit ans. A cette occasion, ces deux seigneurs firent entr'eux des conventions qui ne plurent pas à Alphonse, ce qui détermina ce dernier a leur déclarer la guerre. 11 occupa donc le pays avec ses troupes, €t tenta d'intercepter les passages qui aboutissaient aux états de Guillaume de Montpellier. Cest ce que nous indique un passage d'une lettre qu'écrivit Hugues, archevêque de Rouen et légat du pape, à l'abbé de la Chaise-Dieu. Voici à quelle occasion. Bernard, évêque d'Agde, avait cédé une première fois, vers la fin du xi" siècle, à l'abbaye de Saint-Thibéry, l'église de Bessan située dans son diocèse. Quelques années après, par une rétrocession, il donna cette église à l'abbaye de la Chaise-Dieu, et mourut. On conçoit qu'il y eut désaccord et éeiongues contestations entre ces deux abbayes. Le pape, obligé d'intervenir, chargea son légat Hugues de Rouen de terminer cette affaire. Conformément aux ordres du pape, le légat avait assigné

486 TEMPS IRTBtMÉDIAIiBS.

une assemblée dëvèques à Montpellier, devant laquée il appela les abbés de Saint-Thibéry et de la Chaise-IHeu. Celui-ci s'excusa, et c'est dans la lettre que Hugues lai écri- Yit pour combattre ses excuses, que le légat ayance « qu'il s'était exposé beaucoup plus lui-même pour obâr au pape,' devant passer au milieu d'ennemis et des embûches qu'Alphonse lui avait dressées en plusieurs endroits. » Il est à présumer qu'Alphonse redoutait la présence du légat à

Montpellier, dans la pensée que celui-ci pourrait favoriser les conventions de Guillaume et du comte de Provence qui lui étaient contraires.

Le pape écrivit, à cette époque, a l'évêque de Toolouse au sujet de l'abbaye de Grand-Selve, en ces termes : • Nous avons appris que l'abbé et les religieux de Grand-Selve ne voulaient pas se soumettre à l'abbaye de Cadouin. Si cda est vrai , employez toute votre autorité pour les soumettare ; et s'ils n'obéissent pas, traitez-les comme des rebelles. » --- L'histoire ne nous apprend rien sur les suites de cette mission délicate donnée par Innocent II à AméUus. Cet état de trouble dans lequel se trouvait l'abbaye de Grand-Sdve n'empêchait pas les seigneurs du pays de lui donner de grands biens ; ainsi , en l'an 1133, elle reçut des terres considérables de la libéralité d'un seigneur nommé Matfred. Pour reconnaître sa générosité, les reUgieux le rendirent participant de toutes les prières et bonnes œuvres qui se faisaient dans le monastère. On voit ici l'origine des lettres d'agrégation que les abbayes Uvraient à des seigneurs séculiers, en récompense de leurs loyaux services.

Les obstacles que mettait le comte Alphonse au passage du légat du psq;)e furent levés par un événement qui venait

TEMPS INTBRMÉDUlilES. 487

d*arriyer en Espagne. Alphonse I^% roi d*Aragon, assiégea

sur les Maures la Tille de Fraga, en 1133. Il appela à son

secours plusieurs seigneurs français, entr'autres, Gentulle

comte de Bigorre, Gaston vicomte de Béam, et Aimery vi-

c^omte de Narbonne. La bataille entre Tannée chrétienne

^t les infidèles eut lieu le 17 juillet 1134; les chrétiens y

furent défaits , les seigneurs que nous venons de nommer

perdirent la vie, et le roi d'Aragon eut beaucoup de peine

se sauver par une fuite précipitée. Aimery II vicomte de

DNarbonne, qui mourut à la bataille de Fraga, laissa deux

i^Slles de deux femmes qu'il avait eues, Ermengarde et £r-

miessinde. Dès qu'Alphonse de Toulouse eut appris la mort

^3lu vicomte de Narbonne, il s'empara de ses états, soit par

<3roit de suzeraineté et pour protéger les jeunes vicomtesses,

sxnt plutôt pour unir cette vicomte à ses domaines. Il la

SS'i^d^ jusqu'en 1143, et nous avons un acte daté de 1139

€jm prouve qu*il la possédait à cette époque, puisqu'il est

dit qu'il donna en fief les moulins d'Habunian situés dans

le domaine d'Aimery II.

Après s'être emparé de la vicomte de Narbonne, Alphonse

traTersa les Pyrénées et se rendit à Saragosse avec Raymond

ifiéreDger comte de Barcelonne, Roger III comte de Poix,

£rmeiigaud comte d'Urgel, Miron comte de Pailhas, et

plusieurs autres seigneurs. Voici quelle fut l'occasion de ce

"voyage. Le roi d'Aragon n'avait pu survivre â sa défaite et

était mort le 7 septembre 1134. N'ayant point d'en&nts, il

laissa la Navarre et i' Aragon, qui composaient son royaume,

aux chevaliers du Temple. Les peuples n'eurent aucun égard

a ces dispositions et s'assemblèrent pour élire un roi. N'ayant

pu s'accorder, les Navarrais élurent Garcias IV à Pampelune,

488 TEMPS LNTBRMÉDIAlftES.

et les Âragooais Ramire, frère d* Alphonse, a Jaca. Celui-ci était moine de Saint-Pons de Thomières et prêtre ; on le tira de son abbaye, et on le conduisit pour le couronner à Huesca. On l'obligea alors k se marier. Après avoir obtenu les dispenses nécessaires d'Innocent II, Ramire épousa Agnès, sœur de Guillaume comte de Poitiers, dont il eut une fille nommé Urraque qui , ayant épousé plus tard le comte de Barcelonne, fit passer T Aragon dans les états de ce seigneur. Alphonse VII, roi de Castille, prétendit alors que l'élection de Ramire était nulle et voulut s'emparer de l'Aragon. Ayant déclaré la guerre au nouveau monarque, il se rendit maître de plusieurs places, et entr'autres de Saragosse. Ce fut dans cette ville que le comte de Toulouse et les autres seigneurs parvinrent à faire signer aux deux adversaires un traité de paix, à certaines conditions rapportées par les chroniques. Le roi de Castille, heureux de ce traité, combla les seigneurs français de présents magnifiques, et Alphonse Jourdain revint dans ses états avec plusieurs chevaux d'un grand prix, un vase d'or du poids de trente marcs et de riches bijoux. Du reste, le voyage d'Alphonse à Saragosse détermina la paix qu'il fit alors avec le comte de Barcelonne, et le 18 septembre il fit serment à ce seigneur d'être toujours pour lui un fidèle et loyal alUé, et de le servir contre tous les princes du monde, excepté contre le roi de Castille.

Pendant ces expéditions des seigneurs français au-delà des Pyrénées où les grands partageaient entr'eux des royaumes, le diocèse de Toulouse vit un grand exemple de renoncement donné par un soigneur de ce pays : Raymond Geraud se retira dans l'abbaye de Saint-Théodard et s'y revêtit de

rhabit moDâcal. Il possédait plusieurs terres au-delà du fleuve du Tarn, entr'autres, celles du Fossat, et les donna à ee monastère. Son fils Amélius confirma cette donation, qui fut faite en H 34, en présence de Guillaume évêque de Caliors. Quant à Amélius, évêque de Toulouse, il confirma de son côté la donation de l'église de Sainte-Colombe d'AmlK)lag, qui fut faite à la même époque au monastère de Lézat. Ce prélat allait perdre bientôt le prévôt Aicard , qui touchait au terme de sa longue carrière. Aicard reçut, en 1136, CiuUlaume de Lager au nombre des chanoines de sa cathédrale. Ce seigneur, donna, à cette occasion , au chapitre de Saint-Etienne Téglise de son nom et toutes ses dépendances. Le prévôt signa cet acte, et mourut peu de temps après, au mois de septembre. Il avait gardé la prévôté de Saint-Etienne pendant dix-sept ans, et eut pour successeur Bernard premier du nom, surnommé Bonhomme.

Le prieuré de la Daurade était alors gouverné par Raymond deuxième du nom. 11 fut, en 1135, choisi pour arbitre, avec Guillaume d'Andoufielle, archevêque d'Auch, pour terminer un différend qui s'était élevé entre Vivian évêque de Lectoure et Guillaume abbé de Moissac , au sujet d'une église dédiée à saint Qair. Nous ne connaissons pas l'issue de cette intervention. Guillaume d'Andoufielle dont il est ici question avait été évêque de Lectoure avant sa promotion à la métropole auscitaine ; il était neveu de saint Bertrand de Comminges, avait pris rang parmi les chanoines de Saint-Etienne de Toulouse, et était passé de ce chapitre sur le siège de Lectoure. C'était un prélat distingué non seulement par sa naissance, mais encore par sa piété et sa rare prudence.

490 TEMPS INTBRMÉD1A1ES8.

Le successeur de saiut Bertrand sur le siège de Gomminges^ Roger de Nur, dont nous avons déjà parlé, favorisa la fondation de Fabbaye de Bonnefont, de Fordce de Citaux. Excités par les sentiments de la piété la plus vive, Flandrine, veuve de Gaufred seigneur de Môntpezat, et ses fils Bernard, Guillaume et Tortaner, cédèrent, en 1136, à Vaucher abbé de Morimond, le lieu de Bonnefont pour y construire un monastère. Plusieurs autres seigneurs de la même famille et des familles voisines cédèrent des bois et des terres à cette fondation. Le moine Basin, accompagné de quelques religieux, se rendit de Morimont à Boûn^ont. Bs construisirent d'abord une maison avec des branches d'arbres et des ceps de vigne, et ne vécurent pendant quelque temps que des herbes des champs. Bs se virent forcés de quitter ces lieux sauvages, et Bernard abbé d'Ëscaledieu leur donna le lieu de Justaret dans TAstarach, où ils se v&Dr dirent ; mais, vaincus par les prières de Roger de Nur, ils revinrent a leurs premières cabanes, qui à peine s'élevaient k hauteur d'homme. Ce prélat exhorta si puissamment les fondateurs et les riches seigneurs d'alentour, qu'enfin Flandrine dame de Môntpezat et ses enfants leur cédèrent la terre de Saint-Canet. Les autres seigneurs suivirent leur exemple, et les cisterciens de Bonnefont purent enfin construire un oratoire et un monastère. Cette maison devint plus tard la mère de beaucoup d'autres, soit en France, soit en Espagne, et les comtes de Comminges la. choisirent pour le heu de l6ur sépulture.

Sur les rives de la Garonne, dans le Toulousain, s'élevait encore un autre monastère, celui de Belleperche. Il eut pour fondateurs les seigneurs de Castelmairan, toparques

d*Arcombaat. Il est difficile de connaître quels furent les premiers moines qui l'habitèrent ; on croit qu'ils vinrent de Tabbaye de Grand-Selve, et que plus tard ils se donnèrent à saint Bernard abbé de Glairvaux. Aymar est regardé comme leur premier abbé» Ce monastère fut bâti avec une grande magnificence; l'église ne le cédait à aucune basilique. Elle ^ut pour bienfaiteurs les comtes de Toulouse, les vicomtes ^e Lomagne, les seigneurs de l'isle- Jourdain, de RoqueloTt^ et plusieurs autres.

Pendant que l'ordre de saint Benoit établissait ces menas- 'tëres, les chevs^ers de Jérusalem s'étendaient dans la province; ainsi, en 1136, Roger comte de Foix et Chimène son épouse doJDinërent à cette milice, dans la personne des chevaliers Arnaud de Bedos et Raymond de Gaure, le lieu de ^ogarède à titre de franc-alleu, pour y établir une commanderie sous le nom de Villedieu. Cette donation se fit' entre les mains d'Amélius évêque de Toulouse, qui en devint le gfltfant. Les donateurs y ajoutèrent un jardin qui avait appartenu à Guillaume de Toulouse, et toutes ses dépendances. La commanderie de Villedieu était une des plus ^anciennes du Midi.

Le mouvement religieux ne se manifestait pas seulement par la fondation des monastères, mais encore par le dévouement, qui portait les femmes elles-mêmes à se retirer du monde et à se consacrer à Dieu ; ainsi Bernard Bonhomme, prévôt de Saint-Etienne, reçut en qualité de chanoinesse de cette église Béliarde, qui était fille d'un puissant seigneur nommé Jean Ugbald. On distinguait deux sortes de chanoinesses, les régulières et les séculières; les premières suivaient en général la règle de saint Augustin et sont res-

tées inconnues dans Féglise jusqu'au ix'' siècle. Elles renonçaient à toute propriété, et vivaient en commun. Les sécur lières ne vivaient pas ordinairement en commun, ne formaient point de vœux proprements dits, n'étaient astreintes qu'à la récitation de Tofflce divin, et portaient un habit particulier ; elles possédaient des prébendes dans les chapitres. Nous ignorons à quel ordre de chanoinesses appartenait Béliarde. Nous serions portés à croire qu'il existait alors près de la cathédrale de Saint-Etienne quelque établissement régulier destiné à des chanoinesses de la première classe. Les expressions de la chronique paraissent l'indiquer.

L'année suivante (H37), le prévôt Bernard Bonhomme écrivit au pape Innocent II pour le prier de vouloir bien confirmer les statuts qu'Izarn avait donnés au chapitre de Saint-Etienne. Le 15 des calendes de mars, le pape lui adressa une bulle dans laquelle il accédait à sa demande. Cette démarche du prévôt paraîtrait indiquer que le chapitre de la cathédrale commençait à se relâcher de la régularité primitive que la réforme avait établie dans son sein.

L'abbaye de Lézat perdit alors Guillaume d'Espel, son abbé. Il eut pour successeur Guillaume de Ravat. Ce monastère reçut en même temps un témoignage éclatant de la Ubéralité d'Améhus, qui lui céda l'église de Saint -Cysi. C'est ici le plus ancien monument que noiis trouvions dans notre histoire sur ce saint martyr. D'après les traditions locales, ce saint était un des compagnons de saint Vidian, et fut blessé avec lui dans la fameuse bataille qui eut heu, au vn* siècle, entre les chrétiens et les Sarrasins, dans la plaine d'Angonia qui prit plus tard le nom de Martres-

TEMPS LNTERMÉDIÀIRES. 193

Cysi, après avoir été blessé, se relira auprès d'une fontaine .appelée Anagasie et y fut martyrisé. Les chrétiens bâtirent ^an oratoire sur son tombeau, non loin d'un bourg qui pK)rtait le nom de Rieux, situé sur la Rize, et qui dépeuplait do FEglise de Toulouse. C'est cet oratoire qu'AméUus c^éda à l'abbaye de Lézat. Il renfermait à cette époque les x^eliques du saint, qui ne furent transportées que beaucoup plus tard à la nouvelle cathédrale de Rieux.

Cette même année, expirait sur la terre étrangère Pons <sointe de Tripoli, l'illustre petit-fils de Raymond de Saint - Cailles. Bezauge, prince de la milice de Damas, fit une sou- <3aine irruption dans ses états. Le comte, pour repousser C5e redoutable adversaire, appela à son secours les Syriens -du mont Liban. Ceux-ci , qui étaient d'accord avec ses ennemis, lui persuadèrent de livrer bataille à Bezauge ; au milieu du combat , ils le trahirent et le livrèrent aux infidèles, qui lui firent subir les plus horribles tourments. Il laissa deux fils de sa femme Cécile : Raymond , qui lui succéda dans le comté de Tripoli, et Philippe.

Alphonse Jourdain apprit la mort de son neveu au moment où il se disposait d'aller à Limoges pour y vénérer les i:ieliqaes de l'apôtre saint Martial, auquel il avait une particulière dévotion. Il arriva dans cette ville vers la fin de juin, ^t y rencontra, sans s'y attendre, le roi Louis-le-Jeune qui se rendait à Bordeaux pour y épouser Eléonore, fille de Cîuillaume X comte de Poitiers. Ce dernier prince, que saint Bernard avait réconcilié avec l'Eglise, venait de mourir à Saint-Jacques en Galice, où il s'était rendu en pèlerinage. 11 était âgé de 38 ans, avait été marié deux fois, et n'avait eu que deux filles du premier lit : Eléonore, qui hérita de

494 TEMPS INTBRMÉDIAIKES.

ses domaines, et Alix , qui épousa le comte de Vermandois. Alphonse n'accompagna pas le roi aux splendides fêtes de ses noces. Eléonore était sa proche parente, et il redoutait que cette nouvelle reine de France ne fît revivre les andennes prétentions de la maison de, Poitiers sur le comté de de Toulouse. Il revint donc dans la capitale de ses étals. Au mois de janvier 1138, il s'unit de nouveau avec les trois vicomtes fils de Bernard- Aton, Roger, Trincavel, et Bernard ; il leur lit le serment solennel de ne jamais rien entreprendre ou permettre qu'on entreprît rien contre leurs personnes et leurs domaines, s'engageant à les défendre contre tous. Cest dans cet acte qu'il parle pour la première < fois de Raymond son fils, qui n'était alors âgé que de c quatre ans.

Il était important que le comte Alphonse vécût en bonne ^ intelligence avec ces princes, car Roger recevait foi et hom- — mage de plusieurs seigneurs du Toulousain. Il se qualifiait -=3 a cette époque du titre de comte de Carcassonne et de Razès ^^ et vicomte d'Ambialet, et reçut vers ce même temps les -= hommages des seigneurs d'Hautpoul, de Cabarès, de Lavaor, de Saint-Félix, du Caylar, de Lauraguais, de Roquefort, de Termes, d'Auriac, et de Penne. Le comte de Toulouse voulut encore se concilier l'affection du clergé de cette ville en renonçant pour lui et ses successeurs à un usage depuis longtemps établi par lequel les comtes s'emparaient de la dépouille de Févêque après sa mort. Ainsi, un jour de dimanche, Alphonse se rendit avec toute sa cour à l'église cathédrale, accompagné de Bernard comte de Gomminges, de Roger III comte de Foix, de Sicard de Lauraguais, de Raymond d'Hauterive, de Bernard de Montant, et de plu-

ûeurs autres seigneurs ; là , à l'évangile de la messe matuinale, en présence de Févêque Amélius et de tout son clergé, l renonça à la dépouille de Févêque de Toulouse. Nous pouvons dans cet acte le nom des grands dignitaires du hapitre : Bernard Bonhomme, prévôt; Maurin, archidiacre; Licard , écolâtre, et Bernard de Justiniac , second archiiacre.

Les anciennes chroniques nous rapportent que Bertrand e Comminges, dont il est question dans cet acte, entra, à ette époque, en possession de la seigneurie de Martres. Un vènement déplorable enteva cette seigneurie à ses anciens ossesseurs. Dans une dispute que le seigneur et le consul e cette ville eurent ensemble en présence du comte de k>inminges, le premier attenta à la vie du second, et se vit bligé de prendre la fuile. Bernard de Comminges donna lors une partie du territoire de Martres à Fabbaye de onnefont qui venait d'être fondée, et dont il était peut-être assî l'un des fondateurs.

Le comte Alphonse reçut à son tour foi et hommage de

t part de Galburge, fille d'Etienne du Vemet. Cette dame

t Adelaïs sa fille lui cédèrent le château du Vemet, qui

taàt one terre allodiale, avec toutes ses dépendances; le omte accepta cette donation et leur en laissa la jouis-

auQce, à titre de fief. Ces sortes de transactions établissaient

es redevances et des droits seigneuriaux ; et lorsque, par

i mort ou les donations des titulaires, ces droits étaient

cqois aux monastères, ils pouvaient procurer quelques ri-

îbessesàces maisons quand les abbés voulaient les aliéner.

tinsi, en 1138, Guillaume I"^, deuxième abbé de Frédelas,

céda à un seigneur nommé Pierre Aton tous les droits que

496 TEMPS INTERMÉDIàlRBS.

ce monastère avait sur une boucherie que Roger de Montaut possédait k titre de feudataire de Fabbaye.

Le monastèie do Saint-Antoine de Lézat se trouva, en 1139, exposé à toutes les insultes et les déprédations des habitants du pays et des étrangers, qui y commirent les -^ plus grands exc&s. Guillaume en était alors abbé. Pour remédier à tous ces maux, il assembla les seigneurs plus puissants du voisinage : Roger comte de Foix, Bernard comte de Comminges, Willelmi de Benque, Attoni d'Hauterive, Bernard de Beaumont, Arnaud de MarqueCsLve, Bernard de Montant. Après leur avoir exposé Fétat de soi monastère et du bourg qui en dépendait, il fut statué qu*ontfrx: i entourerait ce lieu de murailles, et qu'on y élèverait une^^ j< forteresse pour le défendre. Roger comte de Foix et les^«i autres seigneurs prirent tour à tour la parole et renoncé — ^rent à tous les droits qu'ils pouvaient avoir sur Tabbayes- ^» afin de faciliter l'exécution de ce projet. Cette assemblées^ -^ fut tenue au mois d'avril, en présence d'Amélius.

Peu de jours après, ce prélat mourut à Toulouse, aprè^ ^s trente-trois ans d'épiscopat. Il faut moins louer en lui lai^-^ noblesse de la naissance et l'immensité des richesses que le^^ ® soin qu'il prit pour favoriser les fondations des divers établissements religieux dans son diocèse. Il assista à synodes et à un célèbre concile qui se tinrent à Toulouse;^ ^'* il vit s'élever dans son diocèse l'ordre de Fontevrault, le^^-^

prieuré de Saint- Antoine , les célèbres abbayes de Grand ^'

Selve, de Belleperche et de Bolbonne; il offrit un asile^^-^ aux nobles chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem, et devinlP'-*' le bienfaiteur de l'abbaye de Conques en Rouergue. Sincè-'^^^ rement attaché au comte Alphonse, il l'accompagna dan^ ^

TBMPS IPlTEaUÉDlÂiRES. 197

$as pèlerinages, et entra dans toutes ses vues pour le bien le la religion. Àmélius eut pour successeur sur le siège de Toulofuse Raymond de Lautrec.

Raymond Willelmi, abbé de Saint-Saturnin, suivit de rès près Févêque de Toulouse au tombeau ; il mourut au Dois d'août, après avoir gouverné cette abbaye pendant ic^-trois ans, et eut pour successeur Hugues, premier du lom.

A peu près à la même époque où se tint l'assemblée de Ijézat dont nous venons de parler, le comte Alphonse, par me donation qui porte la date du mois de mars 1139, céda i Pierre Monetier et à ses descendants quelques moulins jue Geraud de la Condonie tenait en fief, et qui étaient âtués au lieu d'Habunian. Le comte, dans cet acte, nomme $es baïles Guache et Pierre de Tolosa. Ce dernier appartenait à Tune de ces familles demi-nobles et demi-bourgeoises qui prenaient le nom de la ville où elles fixaient leur résidence, mais qui n'avaient aucun rapport avec la maison comtale de Toulouse.

n existait autrefois dans le Toulousain une terre allodiale noinmée Murel ou Muret; au x® siècle, elle était possédée par des seigneurs particuliers, dont l'un, Radvenus, fit donation à Adasius , abbé de Lézat , de cette terre et d'une église qui y avait été fondée en l'honneur de saint Germier. Au même siècle , cette donation fut confirmée par Raymond I**, comte de Rouergue, qui sans doute avait succédé aux descendants de Radvenus. De la maison de Rouergue, la terre de Muret passa à celle de Béziers. L'un des seigneurs feudataires de cette maison éleva, au confluent de la Louge et de la Garonne, une tour ou château (castru^n

198 TEMPS INTBIMÉDIAIKU.

Murelli) que Bernard- Aton, au commencement du xii* sië cle, donna à Roger, son fils afné. Le fondateur de ce cM teau est désigné sous le nom de Pierre Raymundi de Murel Ce château était possédé en 1139 par Godefroi, dont la fill

et Tunique héritière, nommée Dias, épousa Bernard comtc^ae de Comminges. Celui-ci eut trois fils et une fille de dame : Bernard de Comminges, du nom de son père, Ro ger, Odon de Samatan, et Bemarde. Il donna celle-ci ei mariage à Roger de Béziers, avec les châteaux de Ilsle e^ ^t de Caselas. Godefroi donna aussi le château de Muret à sa^^ petite-fille, à condition que, si Roger son époux mourailV t

sans enfants, ce château appartiendrait aux ConmiiDges

Cest ce qui arriva.

Dias, comtesse de Comminges, faisait des vers en languegn) romane. On lui attribue une chanson assez gracieuse o elle se plaint de ses maux et semble accuser son de quelque infidélité.

Raymond deLautrec, évêque de Toulouse, appartenait S la famille de ce nom. Au commencement de son épiscopat il écrivit à Giscard d'Aimery, prieur du grand-prieuré d Saint-Gilles, au sujet d une transaction passée à Toulousea^^ entre Guillaume prieur de Sainte-Marie et Bernard recteur' — ^ de l'église de Saint-Remi. Cette transaction avait pour objet ^' ^ l'église de la Dalbade, qui sans doute à cette époque fut ce- — " dée aux chevaliers de Saint- Jean. Le prieur de Saint-Gilles répondit à Raymond de Lautrec qu'il latiflait pleinement cette transaction. Les lettres sont datées de l'année 1140.

Alphonse Jourdain n'était point a. Toulouse lorsque ces lettres arrivèrent à révêque ; il venait d'entreprendre un second pèlerinage à Saint- Jacques de Compostelle. En ce

TEMPS IMTERHÉDIAIRES. 199

temps, Alphonse VII, roi de Castille, se mit en armes contre le roi de Navarre Gardas FV qu'il voulait obliger à devenir son vassal, et attaqua Pampelune ; mais il fut vaincu. Il rassmnbla alors de nouvelles troupes, et établit son quartiergénéral à Najara. Cest dans cette ville que le comte Alphonse rencontra son cousin le roi de Castille. Alphonse s'efforça de faire suspendre les hostilités jusqu'à son retour de Galice, et fut assez heureux pour établir entre les deux princes une paix solide que cimenta le mariage de Sanche,* fils du roi de Castille, avec Blanche, fille du roi de Navarre.

En l'absence du comte Alphonse, Raymond deLautrec se. rendit à Narbonne, où l'archevêque Arnaud avait convoqué on concile. L'assemblée se tint dans la cathédrale. Adalgaire, évêque d'Elne (Perpignan), fit un tableau saisissant des calamités dont les Sarrasins accablaient son diocèse ; ils avaient fait un grand nombre de captifs, et l'évêque demandait des secours pour les racheter. Il fut arrêté dans ce concile qu'on ferait une quête dans la province. De retour à Toulouse, Raymond de Lautrec intéressa pour cette œuvre la charité de son peuple. Il assista quelque temps après en qualité de témoin à la donation que fit un seigneur nommé Arssende au monastère de Lézat, d'une partie de l'église de Maumay, à l'occasion de l'entrée de ce seigneur dans Fabbaye en qualité de religieux. Il vit s'élever à cette même époque un nouveau monastère dans son diocèse ; les seigneurs de Montant et Guillaume d'Andoufielle archevêque d*Auch en étant les fondateurs, ils le construisirent dans une vallée très agréable au midi de Toulouse, et non loin de Muret. Cette maison prit le nom d'Eaunes (Elnœ). Les

200 TEKPS INTEBMÉDUIRES.

premiers religieux qui rhabitërent furent envoyés de Berdonne. Tune des filles de Morimond.

Le monastère de Saint-Orens, situé sur les confins des diocèses de Toulouse et de Comminges, avait subi depuis sa fondation des phases diverses. Institué d*abord pour dôs femmes, il fut ensuite changé en un hospice pour les pauvres, au conmiencement du xn'' siècle. Quelques seigneurs du pays lui donnèrent de grands biens et y établirent une communauté de religieux. Ceux-ci Tabandonnèrent k leur tour, et en 1140 il fut uni à Tabbaye de Vielmur au diocèse de Castres, à laquelle il demeura soumis jusqu*à sa destruction. Nous voyons k la même époque Alphonse, roi d'Aragon, prendre sous sa protection l'abbaye de Bolbonne. Ainsi les grands seigneurs et les rois fondaient , dotaient et protégaient les monastères.

A son retour du voyage d'Espagne, le comte Alphonse se rendit du côté du Rhône. Nous le trouvons, en effet, en 1 140 à l'abbaye de Saint-André d'Avignon, accordant plusieurs privilèges a ce monastère et confirmant la donation de divers biens. Son séjour en Provence ne fut cependant pas de longue durée. Ayant appris que Louis-le-Jeune avait mis> sur pied une armée et qu'il s'avançait vers Toulouse pour l'assiéger, il hâta son retour dans la capitale de ses états. Louis parut , en effet , devant Toulouse pour soutenir les droits qu'il prétendait avoir sur ce comté par Eléonore sa femme, princesse d'Aquitaine et petite-fille de Philippia comtesse de Toulouse. Les Toulousains, excités par la présence d'Alphonse, firent bonne contenance, et forcèrent le roi de France k s'éloigner avec son armée. Heureux et fier de sa victoire, Alphonse voulut donner à

TEMPS INTERHâNURBS. 20 1

ses chers Toulousains une marque éclatante de sa gratitude pour leur beau fait d'armes : il leur accorda, par un acte qui porte la date de 1 141 , le privilège de pouvoir vendre librement leur vin sans payer aucun mage, et à ceux de la campagne de ne payer qu'un denier par semaine ; il permit aussi aux Toulousains de prendre le sel où ils voudraient, sans payer. Cet acte fut passé au mois de novembre, en présence de plusieurs seigneurs, et en particulier de Raymoûd de Lautrec, évéque de Toulouse.

Le 12 des calendes d'avril, Innocent II donna une bulle en feveur de l'abbé et des chanoines de Saint-Saturnin ; il ccmfirma toutes les donations déjà faites à cette église et les privilèges accordés par ses prédécesseurs ; il donna la permission, sur le refus de l'évêque diocésain, de s'adresser à une autre évéque pour recevoir de lui le saint chrême, l'huile des infirmes et des cathécumënes, faire consacrer les autels et églises, et recevoir de lui les ordres sacrés. Il fit défense de bâtir des oratoires et chapelles dans la paroisse de Saint-Saturnin sans la permission du chapitre. Ce dernier devait payer annuellement au pape six sols (mouQaie vieille de Poitiers).

. Innocent II, après avoir donné cette bulle en faveur de Saint-Saturnin, se rendit, cette même année, le bien- Ëdteur de l'abbaye de Sorèze en la confirmant dans la possession de tous ses biens et en lui accordant de nouveaux et nombreux privilèges. Nous allons voir ce pontife, par un contraste assez frappant , témoigner d'un côté sa sollicitude pastorale à plusieurs étabUssements religieux du pays toulousain, et, de l'autre, frapper d'excommunication le comte qui dominait sur ces domaines.

tôt TEMP^'flmSRHÉOUaEES.

Voici quelle fut la câuse de cet anathëme porté contre Alphonse.

Guillaume VI seigneur de Montpellier s*était aliéné reprit des habitants de cette ville, qui se soulevèrent et le chassèrent honteusement. Ck)mme Alphonse était en ce moments querelle avec le comte de Barcelonne, allié de Guillaume, il prit facilement le parti des habitants contre ce dernier. Malheureusement pour le comte de Toulouse, le seigneur de Montpellier était lié d*une étroite amitié avec Innocent n, qui embrassa sa cause, excommunia les rebelles, et mit la ville en interdit. Peu de temps après, il écrivit à l'archevêque de Narbonne, à ses suffragants, à Guillaume évèque de Mende, et à Humbert évèque du Puy, pour leur intimer Tordre d'avertir le comte de Toulouse d'abandonner le parti des rebelles, sous peine de voir un interdit général lancé sur ses domaines. Alpjionse ne se laissa pas fléchir, et la sentence d'excommunication fut lancée par les prélats.

Aussitôt la division s'établit entre les seigneurs de la province ; de toutes parts ils s'armèrent les uns contre les autres : on vit Roger vicomte de Carcassonne faire la guerre à Sicard vicomte de Lautrec ; Roger de Foix, Izam de Dourgne et Guillaume-Aton de Villemur enlevèrent plusieurs châteaux k Roger de Carcassonne, entr'autres ceux de Balaguier et de Dourgne. Alphonse protégeait ces trois seigneurs contre le vicomte de Carcassonne. Les peuples étaient

presque toujours les victimes de ces querelles, et ces divisions perpétuelles ne pouvaient qu'affaiblir l'autorité des seigneurs et augmenter la force des vassaux opprimés.

Au milieu de toutes ces guerres, le comte Alphonse se tenait en Provence, puisque, au mois de septembre 1142, il

TEKPS INTBBMÉDIilRES. %0Z

se rendit avec Raymond son fils à Saint-André d* Avignon, et qu'il y restitua en plein chapitre, en préswce de Bertrand de Sabran et de Hugues de Baux, les biens qull avait usurpés sur ce monastère; il y confirma ensuite les donations que lui et ses prédécesseurs avaient déjà faites. Alphonse chercha cependant à réconcilier tous ces seigneurs; ainsi, par un accord qui porte la date du 26 juin 1142, il promit d'obliger le comte de Foix et les seigneurs qui faisaient cause commune avec lui à rendre à Roger vicomte de Carcassonne les châteaux de Balaguier et de Domine; à faire démolir le château de Villemur, et à lui permettre de recevoir le serment de fidélité des habitants du château de Graulhet.

Mais les efforts du comte Alphonse ne firent qu'arrêter pendant quelque temps les guerres et les divisions qui agitaient le pays. Plusieurs actes venus jusqu'à nous montrent que, durant l'année 1142, tous les seigneurs étaient misérablement ligués les uns contre les autres. Au milieu de toutes ces agitations, Raymond de Lautrec ne négligeait pas les intérêts de son Eglise. D'après d'anciennes chroniques, il se rendit à Rome pour y saluer le pape Innocent II et y pkdder la cause de sa cathédrale. Il paraît que de mauvais administrateurs avaient aliéné une partie de ses biens, et que le nouvel évêque n'était pas très agréable aux habitants de Toulouse. Le pape écrivit au clergé et aux fidèles de cette église en ces termes : « Nous avons reçu avec bien- » veillance auprès de' nous Raymond, votre évêque, et l'a- » vous instruit des devoirs de la charge pastorale. Nous le » renvoyons à son siège , sous la sauvegarde de notre au- » torité et de nos lettres, vous exhortant et au besoin vous

S04 TBHPS INTBUIÉDIAIIKS.

» ordonnant de le respecter comme votre pasteur et de Tai- » mer comme \m père. Prêtez-lui votre concours pour ren^ » trer en possession des biens de sa cathédrale, qui ont été » dilapidés. Nous défendons qu'on en aliène aucun désor- » mais sans le consentement de Févêque. » Le pape , en terminant, déclare qu'il approuve d'avance toutes les peiim canoniques que Févêque pourrait porter contre les violateurs de ces lois. Ces lettres pontificales sont datées du mois de mai 1142.

Afin d'assurer l'exécution de ses commandements apostoliques , à ces premières lettres le saint-père en ajouta de nouvelles qu'il adressa à Raymond de Lautrec, et dans lesquelles il prend sous sa protection spéciale la cathédrale de Saint-Etienne, défend expressément encore l'aliénation de ses biens, et frappe d'excommunication majeure toute personne, de quelle qualité ou dignité qu'elle puisse êtare, qui osera enfreindre ses ordres. Ces secondes lettres patent la même date que les premières; elles sont signées de Saint-Pierre et de Saint-Paul (on comprend en quel sens), du pape et de douze cardinaux de l'Eglise romaine.

Non content de protéger l'église cathédrale de Toulouse, le pape voulut étendre encore sa sollicitude sur le monastère de Grand-Selve ; il écrivit donc à Bertrand qui en étsut abbé et à ses religieux pour leur annoncer qu'il prenait leur monastère sous sa juridiction immédiate ; il y établit la règle de saint Benoît, telle qu'elle était suivie à Cîtaux, et déclara que tous les biens que cette maison avait acquis ou pourrait acquérir des pontifes, des rois ou des princes, seraient inaliénables. C'est dans ce document que l'on trouve les limites des domaines de l'abbaye et les biens qu'elle pos-

TEMPS INTBRMÊOlAIRfiS. 205

sédait, soit dans le diocèse de Toulouse, soit dans ceux de Narbonne et de Périgueux. La bulle d'Innocent li est signée de neuf cardinaux.

Guillaume de Ravad, abbé de Lézat, mourut au mois d*août 1142. Ce fut à son zèle que ce monastère dût son rMaUissement. Il avait vu cette maison dévastée par les brigands qui s'étaient répandus dans la province, et grâce à l'intervention des seigneurs et des évêques, il put la mettre à l'abri des nouvelles attaques dont elle pouvait être l'objet, n eut pour successeur dans le gouvernement de l'abbaye Atton III, qui, à la fin d'août de cette même année, d(mna l'habit religieux k un seigneur nommé Raymond de Montrode. Celui-ci, en entrant dans le monastère, lui donna tous ses biens.

L'église cathédrale de Toulouse recevait, elle aussi, de nouveaux domaines. En 1143, Roger de Nur ou de Noer , évêque de Comminges , céda au chapitre de Saint- Etienne, dans la personne de Raymond de Lautrec et du prévôt Bernard, l'église de Saint-Martin de Noër (Noë) et toutes ses dépendances. Il fit cette donation de concert avec son frère Bernard de Montant , Dias son épouse , et leurs ^a£smts Arnaud- Pons, Gautier et Izarn. Il fut stipulé dans l'acte qu'un chanoine de Saint-Etienne ferait le service dans crtte église ; à cet effet, Bernard de Montant donna son fils Odon, après l'avoir fait chanoine. La cession solennelle eut lieu en plein chapitre à Saint-Etienne, en présence de Raymond de Lautrec évêque de Toulouse, de Roger de Nur évoque de Comminges, de Bernard prévôt, et de tous les autres clercs.

L'évoque de Toulouse vit s'élever dans son diocèse, à la

206 TEMPS IlfTERMÂDIAlRES.

même époque, un nouveau monastère qui eut pour fondateurs Bernard de Tlsle-Jourdain, chef de cette illustre maison, n céda à Tabbé de la Chaise-Dieu un lieu appelé la Capelle, situé à peu de distance de Toulouse, non loin des bords de la Garonne, vers le nord. Les descendants de Bernard de Tlsle donnèrent à cette maison des marques de leur munificence. Elle était à peine fondée lorsque Guillaume , archevêque d' Auch , Vital son frère et ses enfents cédèrent à Fabbé de la Chaise-Dieu quelques terres voisines de la Capelle, Lorsque Bernard eut réuni ces diyers dons, il jeta les fondements du monastère, qu'il fit construire au sommet d'une colline ; il y fit venir des religieux de Prémontré, à la condition que la nouvelle abbaye reconnaîtrait toujours la Chaise-Dieu pour sa mère.

Frappé par l'excommunication du souverain pontife, le comte Alphonse, avant de solliciter son absolution, voulut faire la paix avec Roger vicomte de Carcassonne, Ermengarde vicomtesse de Narbonne, qu'il avait spoliée, comme on l'a vu plus haut, et quelques autres seigneurs. Les accords furent passés en 1143 et renferment des articles très multipliés. 1° Alphonse rend la ville de Narbonne à Ermengarde. 2*» Celle-ci s'engage à faire jurer la paix conclue avec Alphonse par quarante chevaliers de Narbonne; son mari par vingt autres; Roger de Béziers, par autant de Carcassonne et de Razès; Trincavel et Raymond-Etienne, par vingt des diocèses de Béziers et d'Agde ; Pierre de Minerve, Guillaume et le vicomte Sicard, par un pareil nombre. 3*» Alphonse rend à Roger le château d'Arifat, lui remet le serment de fidélité qui lui avait été prêté pour le château de Brugnac ; il s'engage à détruire les fortifications du châ-

teau de Candeil, à restituer les châteaux de Balaguier et de Dourgne, et a obliger le comte Izarn à reconnaître qu'il tient de Roger le château de Graulhet..Nous trouvons dans cet accord beaucoup d'autres articles qu'il serait trop long de rapporter, nous bornant à citer les noms de plusieurs châteaux qui, plus tard, sont devenus des villes ou des bourgs : tels sont Lavaur, Castelnau (d'Arry), Avignonet.

Pour témoigner à Dieu la reconnaissance de la paix qui avait été obtenue, Roger vicomte de Béziers se donna, c'est-k-dire s'affilia au monastère de Grand-Selve, suivant en cela l'exemple de son père. Cette affiliation consistait à accorder quelques privilèges ou quelques biens à l'abbaye ; en échange, on avait part aux bonnes œuvres et aux prières des religieux.

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