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envoyé a Rome. Par une bulle qui porte la date du 17 avril 1211, Innocent III confirma la sentence portée contre Raymond, ordonna qu'on se saisît du comté de Melgueil, et qu'on le dépouillât de tous ses domaines. Par cet acte de suprême autorité , il déposa tous les évèques favorables à Raymond VI, et les remplaça par des prélats dévoués à Simon de Montfort.
La guerre était donc ouvertement déclarée au comte de Toulouse, qui rentra dans sa capitale, résolu a se défendre contre ceux qui voudraient envahir ses domaines. Ayant lu en assemblée publique les articles d'Arles, un cri d'indignation s'éleva du milieu de ce peuple qui aimait passionnément la famille des Raymond ; on lui jura une fidélité inviolable. Montauban, Castelsarrasin et les principales villes du Toulousain promirent à Raymond de ne l'abandonner jamais; les comtes de Ctomminges, de Foix, de Béam, Savari de Mauléon sénéchal d'Aquitaine pour le roi d'Angleterre et plusieurs chevaliers du Carcasses l'assurèrent de leur puissant concours. Les habitants de Toulouse, ainsi que les vassaux du comte, ne combattaient plus pour la cause religieuse ; ils combattaient pour la cause nationale, pour la défense de leurs foyers ; ils ne voyaient plus dans les croisés des catholiques, ils n'y voyaient que des ennemis qui, sous prétexte de défendre la foi, allaient dévaster leurs terres.
Pendant que Toulouse se levait comme un seul homme, l'évêque de cette ville, Foulques, parcourait la France, cherchant de nouveaux secours contre les hérétiques. Plusieurs seigneurs, pressés par ses exhortations, se rendirent à Carcassonne, conduisant à Simon de Montfort de nou-
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velles troupes. On distinguait parmi eux Robert de Courlenay, Enguerrand de Couci et Juël de Mayenne. Le chef de la croisade résolut de reprendre le cours de ses expéditions. Après la prise du château de Cabaret, Simon de Montfort se dirigea sur Lavaur. Cette ville appartenait à une veuve nommée Guiraude, sœur d'Aymeri ^igneur de Montréal qui, après avoir été dépouillé de ses biens par les croisés, s'était retiré auprès de sa sœur. Ce fut lui qui entreprit la défense de la place^ qui était environnée d'é* paisses murailles et bien munie. La première attaque de Simon de Montfort ne fut pas heureuse; mais de nouvelles troupes étant arrivées au camp des croisés, il investit la place et prépara une seconde attaque générale, qui devait être décisive.
Foulques était rentré à Toulouse , où se trouvait aussi Raymond VL L'évêque envoya à Simon un corps de Toulousains qui appartenaient a la confrérie dont nous avons déjà parlé et qui s'appelait la confrérie blanche, par opposition à la noire dont il a été question. De son côté, le comte, qui voulait encore garder quelques ménagements avec Simon, envoya des vivres au camp des croisés ; mais il s'opposa au départ des Toulousains. Ceux-ci, trompant sa vigilance, traversèrent la Garonne au gué du Basacle (ce qui prouve qu'ils venaient du quartier situé sur la rive gauche) et arrivèrent à Lavaur, enseignes déployées, au* nombre de cinq mille. Raymond VI ne tarda pas à suivre ces Toulousains au camp des croisés, à la sollicitation des seigneurs de Courtenay, ses cousins germains* Ayant eu une dernière conférence avec les légats et Simon de Montfort, il demeura inflexible. A son retour k Toulouse, il défendit
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à tous les habitants de porter des vivres aux croisés, et commença contre eux la campagne.
Ayant appris qu'un corps de six mille croisés allemands venait au secours des assiégeants à Lavaur, qu'ils étaient même arrivés k Montjoire près de Toulouse, il envoya contr*eux le comte de Foix, son fils Roger -Bernard et Guiraud de Pepieux, avec de bonnes troupes. Le comte de Foix se plaça en embuscade dans une épaisse forêt, et ait moment où les allemands continuaient leur marche, il sortit à Timproviste, ^ jeta 'sur eux avec ses soldats, les tailla en pièces, et se retira à la hâte vers Mongiscard. Simon de Montfort, averti du combat, se dirigea vers Montjoire avec quatorze mille hommes, lûais il arriva trop tard. On porte le nombre des morts dans cette affaire à un millim* d'hommes.
Cette expédition eut lieu vers la fin du carême.
La veille du dimanche de la Passion , Foulques voulait faire une ordination à Toulouse ; mais la ville se trouvant en interdit par la présence de Raymond qui était excommunié, il était naturel qu'il s'adressât aux légats pour obtenir une dispense. Foulques eut l'imprudence, pour ne pas dire la témérité, de prier le comte de s'absenter de Toulouse, pendant le temps de l'ordination, sous prétexte d'une promenade. Raymond, indigné de cette audace, lui envoya un de ses chevaliers avec ordre de sortir sur-lechamp de ses états. Le prélat répondit : « Ce n'est pas le » comte qui m'a fait évêque; ce n'est ni par lui ni pour » lui que j'ai été placé sur le siège épiscopal de Toulouse. » Je suis élu suivant les lois ecclésiastiques, et non intrus » par violence et par l'autorité du prince. Je ne sortirai
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» pas a cause de lui. Qu il yienne, s'il Tose ! Je suis prêt » à mourir pour arriver à la gloire par le calice de la pas- » sion. Que' ce tyran vienne donc avec ses satellites, il me » trouvera seul et sans armes; j'attends 'la récompense, et » je ne crains rien de ce que les hommes peuvent me » faire. » Il y avait de la grandeur et de Fintrépidité dans ce langage. Le comte en resta là; mais Foulques quitta de jui-même sa ville épiscopale, le dimanche de Quasimodo, !«■ avril, et se rendit à Lavaur au camp des croisés.
Le siège de cette place n'avait pas beaucoup avancé, grâce à l'opiniâtre résistance des assiégés. Les assiégeants construisirent alors une grande machine appelée guate, destinée à lancer des pierres. Le point essentiel était de faire approcher cette machine des murailles ; à cet effet, ils comblèrent le fossé avec des fascines. Mais les assiégés, sortant par une ouverture qui était bien gardée, y mirent le feu. On parvint cependant avec des efforts inouïs à fermer cette ouverture avec du bois vert, du bois sec enduit de graisse et d'autres matières combustibles, puis on y mit le feu. La fumée devint si épaisse dans le souterrain, que les assiégés ne purent pénétrer dans le fossé. Alors la machine s'avança sans peine, et on commença à saper les murailles. Pendant ce temps les évêques, l'abbé de la Cour- Dieu (qui exerçait les fonctions de vice-légat) et tout le clergé chantaient le Veni, Creator dans le camp des croisés. Une partie des murs fut enfin abattue, et les assiégeants entrèrent dans la ville le 3 mai, jour de l'Invention de la sainte Croix (1211).
Les vainqueurs passèrent par les armes tous les habitants qu'ils rencontrèrent, sans distinction d'âge ni de sexe.
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Un chevalier croisé, ayant appris qu'un grand nombre de femmes avec leurs enfants s*étaient réfugiées dans une maison, demanda grâce pour elles à Simon de Montfort, qui l'accorda. Aymeri seigneur de Montréal ayant été pris avec soixante-quatorze gentilshommes, Montfort les fit pendre. Aymeri fut attaché le premier à une potence plus élevée que les autres ; mais la potence, se trouvant mal assurée, se renversa. Simon ordonna alors qu'on les passât tous au fil de répéè : ce qui fut exécuté. Il fit ensuite prendre Gui' raude dame de Lavaur, et la fit jeter toute vivante dans un puits qu'il ordonna de combler avec de grosses pierres.
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