‹ Histoire générale de l'Église de Toulouse (volume 3)Chapitre 32 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

4B^ temps intermédiaires.

life suprême et les négociations du roi d'Aragon devinrent

inutiles.

Déjà cç prince s'était rendu à Toulouse, vers l'Epiphanie,

et avait fait proposer une conférence au légat .et à Montfort

pour traiter de la paix. Ils acceptèrent son offre, et Lavaur

ayant été désigné pour le lieu d'un concile où l'on dev^t

recevoir enfin la justification du comte de Toulouse, ce fut

aussi. dans cette ville qu'on donna rendez-vous à Pierre

d'Aragon. Ce prince présenta, en effet, au concile un long

mémoire en faveur, dans lequel il plaida avec une graijuJe

énergie la cause de quatre princes qu'on avait dépouillés de leurs domaines, — les comtes de Toulouse, de Foix, de

Comminges et Gaston de Béarn; il demanda qu'on restituât

ces domaines a leurs légitimes possesseurs ; il fit, de la part

du comte de Toulouse, les offres les plus généreuses; il

ne dissimula pas que le comte ne se fût rendu coupable

de quelques excès à l'égard de quelques prélats et de quel*

ques églises, mais il promit qu'il irait, pour se réhabiliter,

porter les armes contre les Sarrasins d'Espagne, ou même

au-delà des mers ; il alla jusqu'à dire que si on ne voulait

point pardonner à Raymond VI, on soutint au moins dans

ses droits le jeune Raymond, son fils.

Le roi déclarait formellement, dans ce mémoire, que le

comte de Comminges, celui de Foix et Gaston de Béarn

n'avaient jamais été hérétiques, et qu'on devait, en bonne

justice, ne pas les déposséder de leurs états. Ce mémoire

fut lu et discuté au concile, et nous verrons bientôt la ré-

ponse qui fut, faite. On s'occupa d'abord de la justification

du comte de Toulouse, qui ne fut point admise par les

raisons suivantes : 1° il a promis de chasser les héréti-

tfeM^S iNtERMÊDiAtRES. 48.^

ques, il ne Ta pas fait. — 2^ Après son retour de Rome ^ il a augmenté les péages. — S*» Les routiers ont tué mille croisés» — 4*» Il a retenu en prison Tabbé de Montauban et celui de Moissac, chassé Tévêque d'Agen en lui causant de grands dommages. — 5^ H est fortement suspect d'hérésie. D'après ces motifs^ il ne peut être réconcilié avec l'Eglise.

Le concile répondit ensuite au mémoire du roi. Il déclina d'abord sa compétence au sujet du jeune comte de Toulouse, et sa réponse se réduisit à dire que ces seigneurs étaient indignes de toute grâce, a cause des excès auxquels ils s'étaient abandonnés contre l'Eglise. Pierre demanda alors une trêve, jusqu'à la Pentecôte i elle lui fut refusée. n en appela au pape, du concile de Lavaur ; on n'eut point d'égard à son appel* C'est ce qui le détermina à protéger ouvertement les trois comtes, malgré l'excommunication dont les légats le menacèrent.

Le dimanche 27 janvier 1213, on tint une grande assemblée à Toulouse; là se trouvaient réunis les trois princes, les chevaliers de Toulouse et de Carcassonne, le roi d'Aragon, le fils du comte de Toulouse, la plupart des habitants ^ et plusieurs évêques d'Espagne. On fit serment à Pierre d'Aragon de se placer sous son entière dépendancCj lui promettant d'exécuter en tout ses ordres. Les magistrats municipaux de Toulouse (ou chapitre)^ au nombre de vingttrois^ prêtèrent ce même serment au nom de toute la ville. Le comte de ToulousCj^ pour donner une nouvelle preuve de la droiture de ses intentions, envoya à l'évêque de Riez et à maître Thédise un de ses chevaliers nommé Cambon

pour leur demander d'être enfin admis à se justifier, leur

promettant d'obéir à leurs ordres, et les suppliant de se rendre auprès de lui ou de lui indiquer un lieu où il pût les joindre. Tout fat inutile : les légats persistèrent dans leur refus.

On vit alors partir pour Rome Tévêque de Comininges Garsias de TOrt, Tabbé de Clairac, Guillaume archidiacre de Paris, porteurs de lettres des prélats de Lavaur au pape. Cétaient toujours les mêmes plaintes, les mêmes récriminations contre les seigneurs du pays. Plusieurs évêques, quil est inutile de nommer ici, écrivirent dans le même sens à Innocent III. D'après eux, Toulouse est la Sodome moderne qu'il faut détruire ; ils veulent qu'on écrase la tète au tyran et à son fils (les comtes Raymond). Bertrand évêque de Beziers demande qu'on renverse cette affreuse cité de fond en comble, et qu'on fasse passer la charrue sur ses ruines ; il affirme qu'elle a déjà autrefois subi ce sort. On voit, par cette fable, combien tous ces prélats étaient bien informés!

D'un autre côté, Pierre d'Aragon expédia au pape les actes de l'assemblée de Toulouse, et envoya des ambassadeurs en France pour signifier à Philippe-Auguste, à la comtesse de Champagne et à tous les grands du royaume la lettre écrite par le pape à l'archevêque de Narbonne pour faire suspendre la croisade. Cette ambassade eut son effet, car le roi, qui avait d'abord consenti à ce que Louis son fils se croisât contre les albigeois, l'arrêta dans sa marche. Le pape paraissait fatigué de cette croisade, puisqu'il envoya le car^dinal Robert de Courson, son légat en France, afin d'exhorter les peuples à passer en Terre-Sainte. L'arrivée de ce prélat déconcerta un peu le zèle de Foulques

TEMPS INTERMÉDIAIRES. 48o

évêque de Toulouse et d'Arnaud de Carcassonne, qui, après le concile de Lavaur, s'étaient rendus en France pour chercher des renforts. En attendant, les députés du concile de Lavaur arrivèrent à Rome, et trouvèrent le pape très irrité contre Montfort. Ils furent cependant assez heureux pour tourner l'esprit du pontife, qui, le 21 mai, écrivit une assez longue lettre au roi d'Aragon, dans laquelle il lui mandait d'abandonner les Toulousains; il s'y plaignait de ce qu'il avait reçu de fausses indications au sujet des comtes de Foix, de Comminges et de Gaston de Béarn ; il lui promettait d'envoyer un légat a latere pour régler toutes ces affaires ; il lui ordonnait de convenir d'une trêve avec Montfort, et lui parlait du projet d'une, nouvelle croisade. Le pape écrivit en même temps à l'évêque de Toulouse, a l'archevêque de Narbonne et a Simon de Montfort, pour les engager à veiller à l'exécution de ses ordres.

Bien loin de conclure entr'eux une trêve, le roi d'Aragon et Montfort se déclarèrent ouvertement la guerre par défi réciproque. Pierre se rendit en Catalogne et en Aragon pour y rassembler son armée. Simon, après avoir donné la ceinture miUtaire à son fils Am^ri à Castelnaudary, s'avança vers Toulouse, et conduisit son fils à Muret où il le fit reconnaître par la noblesse de Gascogne. Il se présenta ensuite devant le château de Rochefort, dans le Comminges, pour en faire le siège. Sur ces entrefartes le comte de Toulouse s'était emparé du château de Pujol, et après avoir fait la garnison prisonnière, il l'avait conduite à Toulouse où soixante chevahers avaient été pendus, après qu'on leur eut fait parcourir la ville entière attachés a la queue de leurs chevaux.

486 TEMPS wnuûDuiaEs.

Au moment où le roi d'AragOQ se disposait à passer les Pyrénées, il vit arriver dans son camp deux abbés qui lui étaient envoyés par Montfort et les évèques pour le sommer d'obéir aux ordres du pape. Pierre laissa parler les députés, mais il n*en continua pas moins sa marche à la tête de mille cavaliers catalans et aragonais, et alla joindre à Toulouse Raymond VI, Raymond-Roger et le comte de Gomminges. Leurs forces réunies se portaient à deux mille cavaliers 6t a quarante mille fantassins, presque tous toulousains. Le roi et les princes prirent un grand train de guerre et s'avancèrent vers Muret pour l'assiéger. La garnison du château était composée de trente cavaliers et de quelques fantassins.

Avant de raconter en détail l'histoire du siège de Muret et de la fameuse bataille qui le suivit, ir importe de donner une description exacte de ce lieu devenu si célèbre dans nos annales. On a déjà vu que Murel, ou Muret, était une terre féodale du pays toulousain qui, en 948, était possédée par un seigneur nommé Radvenus, issu des vicomtes de Toulouse. C'est la le plus ancien monument que nous ayons * sur cette terre, qui fat cédée a cette époque à l'abbaye de Lézat. Le manoir de Muret était accompagné d'une église dédiée à saint Germier. Quelques années plus tard, la terre de Muret passa au pouvoir de Raymond I*' comte de Rouergue, et plus tard encore elle devint la propriété d'une famille seigneuriale relevant des vicomtes de Beziers et de Carcassonne.

On trouve le chef de cette famille dans Raymond de Muret, qui, au commencement du xn» siècle, construisit un château ou forteresse au confluent d'une petite rivière ap-

TEMPS LYTERMÉDÎAIllESi . 4^*

pelée la Louge et de la Garonne. Il faut remarquer qu'il existait a côté de Muret une autre terre appelée Salas qui, en H24, appartenait à Bernard de Durban.

Le château de Muret passa, dans le xn*' siècle, à la mai^ son de Comminges; il fut reconstruit à cette époque, et nous trouvons qu'en 1165 Bernard de Comminges céda au prêtre qui desservait l'église de Saint-Germier tme partie du Soi à côté du nouveau château. Ce fut sur ce sol que Ton construisit le prieuré. Insensiblement, des maisons se groupèrent auprès du château des Comminges et formèrent

un bourg. Au commencement du xni* siècle, ce bourg avait déjà pris le nom de ville. Cette ville occupait la rive ganache du fleuve; en 1203, Bernard VI de Comminges Tunit à la rive opposée par un pont de bois, sur lequel passa, comme nous le verrons bientôt, Simon de Montforl. On a circonscrit la position de cette ancienne ville autour du Mercadar ou place du Marché. L'ancien bourg se développa, et forma une ville nouvelle, ou faubourg, qui s'étendait depuis le marché jusqu'au prieuré, sur la rive droite de la Louge. L'extrémité orientale du faubourg, ou nouvelle ville, était placée presque vis-à-vis du pont dont nous avons parlé, et l'extrémité occidentale débouchait sur la Louge, atteignant par un pont, que l'on voit encore aujourd'hui, à là: voie qui conduisait à Toulouse.

A côté du prieuré de Saint-Germier, et peiit-être même sur les ruines de l'oratoire primitif dédié à ce saint, où éleva une église qui prit le nom de Saint-Jacques et devint l'église paroissiale du bourg. Le château aVait aussi son église, dédiée à saint Saturnin. Le château des Comminges était baigné par la Louge et dominait la Garonne. La ville

avait deux pprtes, Tune située vers le couchant et appelée porte de Tholose; Vautre, au midi, appelée porte de Salas, conduisant a la route de Saint-Martin de Noër (Noë). Le château et ses dépendances occupait la partie nord. La Garonne coule à l'orient de la ville.

En suivant exactement la description que nous venons de tracer, et surtout le plan que nous mettons sous les yeux ' du lecteur, il sera facile de saisir toutes les phases de la célèbre bataille de Muret. Nous supposons, dans notre plan, que le lecteur ou spectateur a devant lui la ville de Muret, et derrière lui celle de Toulouse. Nous donnons le nom (ïarmées alliées aux troupes des trois comtes et du roi d'Aragon, et le nom d'armée des croisés a celle de Simon de Montfort. %

Les alliés arrivèrent le 10 septembre 1213 devant Muret, et commencèrent l'attaque par la partie occidentale du faubourg. Le pont de la Louge, la porte de Tholose et quelques maisons furent emportées d assaut. La garnison se réfugia dans le château, que l'on pouvait facilement forcer; mais le roi d'Aragon, ayant appris que Sinion de Montfort s'approchait avec des troupes, fit dire aux Toulousains de se retirer dans leur camp. Ce camp, d'une immense étendue, se développait au couchant de la ville. Deux fermes ont retenu les noms des chefs de l'armée alliée : l'une s'appelle encore Maragon (mansio Aragonis), et l'autre Pé' Raymond (pes Raimundi).

Après le siège de Rochefort, Simon s'était retiré à Carcassonne, et de Carcassonne à Fanjaux. Ce fut dans ce dernier château qu'il reçut un envoyé qui lui annonça que la

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