‹ Histoire générale de l'Église de Toulouse (volume 3)Chapitre 34 sur 38 · TEMPS LNT1SR1IÉDU1RBS · texte numérisé non relu

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ôta son épée, la mit sur Fautel et dit : « Seigneur, vous » m'avez choisi, tout indigne que je suis, pour combattre » pour vous; je prends cette épée de dessus votre autel, » afin que, combattant pour votre gloire, je le fasse avec » justice. » Ensuite il alla joindre ses troupes, et se dirigea

vers Saverdun. Il fut accompagné dans sa marche par sept

évoques et trois abbés : c'étaient Foulques de Toulouse, Garsias de l'Ort de Comminges, Raymond d'Agde, Bertrand de Saint-Gervais de Beziers, Pierre de Lodève, Raymond de Mas, d'André d'Uzès, les abbés de Clairac, de ViUemagne et de Saint-Thibéry. Montfort arriva à Saverdun avec toutes ses milices et trente nouveaux chevaliers français, entre lesquels on distinguait Guillaume Des Barres, Guillaume d'Aire et ses frères.

Le soir, il tint un conseil de guerre. Son dessein était de marcher sans retard sur Muret, car un nouvel exprès était venu lui annoncer que tes alliés avaient commencé le siège. Les hommes d'armes furent d'avis d'attendre jusqu'au lendemain. Foulques, justement inquiet de l'issue de cette expédition, envoya un commissaire au roi d'Aragon pour lui demander un sauf-conduit pour lui et les autres évèques qui désiraient se rendre dans son camp pour y traiter de la paix. Quand le jour eut paru, Montfort se confessa, fit son testament et se rendit à l'église de Saverdun avec tous les prélats. On célébra les SS. Mystères, et pendant là messe le comte de Toulouse et son fils, le comte de Foix et son fils, le comte de Comminges et leurs associés furent de nouveau excommuniés. Après la messe, l'armée se mit en marche, et arriva k Auterive, où Foulques reçut la réponse du roi d'Aragon , qui refusait le sauf-conduit

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parce qu'oo le lui demaDdâit à main armée. Enûn, Simon déploya ses étendards sur la rive droite de la Garonne, vis-a-Yis de Muret , à la tête du pont de bois , le 1 1 septembre, dans l'après-midi. Contre l'avis de l'armée entière, Montfort décida que les troupes ne marcheraient au combat que le lendemain.

L'évèque Foulques reçut alors une lettre des Toulousains; ils déclaraient dans cette lettre qu'ils étaient toujours disposés à obéir aux ordres du pape et de ses légats. Cette lettre fut portée par le prieur de l'hôpital de Toulouse, que Foulques envoya au roi d'Aragon pour lui demander de nouveau un sauf-conduit. Le roi répondit au prieur que si Foulques voulait se rendre dans sa ville épiscopale, il l'y ferait conduire en toute sûreté. L'évèque ds Toulouse, ayant reçu cette réponse, répliqua : — « Il ne convient pas à un » serviteur d'entrer dans une ville d'où son maître a .été - » exilé ; je ne retournerai dans un lieu d'où le corps de » Jésus-Christ a été chassé, que lorsque mon Seigneur et » mon Digu y rentrera le premier. » Ces paroles étaient nobles sans doute, mais Foulques oubliait que c'était par ses ordres que le corps du Seigneur avait quitté la ville. Les négociations continuèrent encore; on députa au roi d'Aragon et aux Toulousains deux religieux pour solliciter une conférence et une trêve. Pierre répondit : « Pour » quatre ribauds que ces évoques ont emmenés avec eux, » ce n'est pas la peine de leur accorder une conférence. » Les Toulousains répondirent qu'ils donneraient leur avis plus tard. Vers le soir du H septembre, la garnison de Muret alla à la rencontre de Simon de Montfort, et les croisés entrèrent dans Muret sans trouver aucun obstacle.

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Le vicomte de Corbeil et beaucoup d'autres chevaliers venus de Carcassonne y entrèrent aussi.

Le lendemain jeudi, 12 septembre, Simon de Montfort se sépara des évêques et se rendit a l'église de Saint-Saturnin du château pour y entendre la messe ; les évêques, les abbés et les chevaliers allèrent, de leur côté, à l'église du bourg. Quand on eut accompli les devoirs religieux, Simon se rendit au Hfercadar pour reprendre le fil des négociations. On assure qu'il fit offrir au roi d'Aragon le château de Muret et lé pays environnant ; mais cette proposition fut soumise à de telles conditions par le roi , qu'il fut impossible à Montfort de les accepter. En même temps, les Toulousains firent dire à Foulques qu'étant unis au roi d'Aragon, ils ne feraient rien sans son concours. Dans cet état de choses, les évêques et les abbés résolurent de se rendre au camp du roi d'Aragon pieds nus pour le supplier à genoux de ne point persécuter l'Eglise. Tous ces prélats avaient quitté l'église de Saint-Jacques et s'étaient retirés dans le prieuré. Au moment où Simon de Montfort faisait ouvrir la porte occidentale pour livrer passage à l'envoyé des prélats qui allait annoncer dans le camp leur prochaine arrivée, il se vit assailli par les ennemis qui se tenaient en dehors des remparts ; mais il fut assez heureux pour les repousser. Au même instant on vint l'avertir que les assiégeants dirigeaient leurs machines sur le bourg et faisaient déjà tomber une grêle de traits sur le prieuré où étaient réunis les évêques. Simon y accourt et leur dit : « Vous » voyez que nous n'avançons rien ; il est temps que vous » nous permettiez de combattre. » On poussa alors le cri de guerre. Montfort se transporta au château pour faire

armer la garnison. En passant devant Féglise de Saint-Saturnin, il aperçoit Tévêque d'Uzès disant la messe; il entre dans l'église, et se prosternant à terre, il dit à haute voix : « Mon Dieu, je vous offre et je vous donne mon àme et » mon corps. » Quand il eut donné ses ordres au château, il revint à TEglise et renouvela la cérémonie qu'il venait de faire.

Au sortir de l'église, on lui amena son cheval; mais cet ailimal se cabra, et l'oWigea de reculer. Les assiégeants qui furent témoins de ce mouvepaent poussèrent de grandes buées. Simon reprit son coursier, et étant monté dessus, il s'écria : « Vous m'insultez maintenant par vos clameurs, » mais je mets en Dieu ma confiance, et j'espère de crier » après vous jusqu'aux portes de Toulouse. » Il descendit ensuite vers la porte du midi qui conduisait a Salas. Il était accompagné de Gui, son frère germain ; de Guillaume des Barres, son frère utérin; de Baudouin, frère du comte de Toulouse; d'Alain de Rouci, du vicomte de Corbeil, de Bouchard de Marli, et de mille cavaliers. Il laissa son infanterie à la garde de la place.

Foulques s'avança alors vers les croisés revêtu de ses habits pontificaux et tenant dans sa main une relique de la vraie croix. On descendit de cheval, et chacun vint adorer la relique. L'évêque de Comminges (Garsias de TOrt), craignant que cette cérémonie ne fît perdre aux troupes un temps précieux, prit la relique en main et, se plaçant sur une élévation, il harangua l'armée en ces termes : « Allez » au nom de Jésus-Christ : je vous servirai de témoin, » et je vous ferai caution au jour du jugement que tous » ceux qui mourront dans ce combat obtiendront la récom-

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» peDse étemelle et la gloire des martyrs, sans passer par » le purgatoire, pourvu qu'ils se soient confessés, qu'ils » soient contrits, ou qu'ils aient du moins une ferme réso^ » lution de déclarer à un prêtre, aussitôt après l'action, les » péchés qu'ils n'ont point encore confessés. » En disant ces mots, il bénit avec la relique toute l'armée. Aussitôt les croisés s'embrassèrent et se mirent en marche. Les évêques et le clergé, parmi lesquels un seul écrivain du xiv* siècle place saint Dominique, rentrèrent dans le bourg et se rendirent à l'église pendant la bataille.

L'armée sortit donc par la porte de Salas, divisée en trois corps : l'avant-garde, commandée par Guillaume d'Encontre, le centre par Bouchard de Marli, l'arrière-garde par Simon de Montfort. Raymond VI voulait qu'on attendît les ennemis dans le camp, qui était bien défendu ; le roi d'Aragon, au contraire, voulait que l'on marchât au-devant d'eux. Cet avis, qui était le moins sage, prévalut. Ils divisèrent aussi leur armée en trois corps ; l'avant-garde, composée de catalans, était commandée par le comte de Foix, le centre par le roi d'Aragon, qui changea ses armes pour ne pas être reconnu, et Tarrière-garde par le comte de Toulouse. L'effectif de ces troupes se portait à deux mille cavaliers ; quant k l'infanterie, qui était beaucoup plus nombreuse, elle fut laissée à la garde du camp. Il importe d'observer que cette portion des troupes était très peu aguerrie, n'étant composée que de simples bourgeois de Toulouse et des lieux environnants.

Cependant l'armée des croisés s'avançait, dans la direclion du midi, sur la route de Saint-Martin de Noër (Noë). Tout-à-coup Simon de Montfort fait faire volte-face à ses

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soldats, traverse la Louge vers le lieu où se trouve aujourd'hui le château de Rudelle) et s^avance hardiment vers les alliés; de suite il déploie son armée dans la plaine. Son avant-gard^ se jette avec tant d'impétuosité sur celle des alliés, qu'elle la force à se replier «sur les ailes. Ce mouvement inattendu laisse à découvert le roi d'Aragon et son corps de bataille. Reconliu bientôt à ses enseignes, on l'entoure, on le presse de toutes parts. Le centre de l'armée des croisés, commandé par Bouchard de Marlî, vient soutenir l'avant-garde ; Alain de Rouci et Florent de Ville se précipitent sur un chevalier qu'ils prennent pour le roi d'Aragon ; mais Alain s'écrie : « Ce n'est pas lui, le roi est » meilleur cavalier. » — « Vraiment ce n'est pas lui, ré- » pondit Pierre qui avait entendu ces mots, mais le voicil »» et après avoir dit, il porte un coup terrible à un des chevaliers qu'il renverse ; il se jette ensuite dans la mêlée, fait des prodiges de valeur, et combat en véritable héros. Enfin, ne pouvaht résister au nombre, il succombe et meurt. Aussitôt Simon de Montfort, avec son arrière-garde, se jette sur les alliés pour dégager ses troupes; mais ceuxci se défendent avec une intrépidité remarquable. La mêlée devient terrible, et Simon reçoit un si grand coup d'épée que son étrier se brise et qu'il est près d'être désarçonné. On lui porte un autre coup à la tête ; mais Simon court sur celui qui l'a frappé et lui donne un si rude coup de poing sous le menton, qu'il le renverse de son chevali Enfin il répand une si grande terreur autour de lui, qu'il force les alliés à se débander.

Les comtes de Toulouse, de Foix et de Comminges, ayant appris la mort du roi d'Aragon, n'osèrent plus ré-

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sister et battirent en retraite, poursuivis par les croisés, qui tuèrent un grand nombre de cavaliers. Pendant que les deux armées combattaient avec vaillance, les Toulousains et rinfanterie avaient fait une tentative sur le château de Muret, mais ils avaient été repoussés avec vigueur.

Les sept évêques, les trois abbés et saint Dominique restèrent prosternés, pendant la bataille, dans une chapelle de Téglise du bourg. Les historiens contemporains ne font aucune mention de la présence de saint Dominique an milieu des combattants, un crucifix à la main. Le christ que Ton montre encore aujourd'hui dans la basilique de Saint-Saturnin a pu appartenir à ce saint; rinscription qui est placée au dessous, et que Ton dit avoir été extraite d'un très-ancien cartulaire, prouve bien que saint Dominique était à Muret pendant la bataille; mais ces mots fra^ domeng ab la santa croœ indiquent seulement qu'il était avec les croisés, et nullement qu il portait un christ avec lui. Les peintres du moyen-âge ont bien pu encore représenter saint Dominique exhortant du haut des remparts la garnison du château à repousser Tattaque, ou lui faire parcourir les rangs dans la plaine, une croix à la main; mais les peintres ne se croient pas obligés d'être fidèles dans leurs peintures, comme les historiens doivent l'être dans leurs récits.

Dès que Foulques eut appris la mort de Pierre d'Aragon, il envoya un religieux de sa suite aux Toulousains. Afin de rendre ce député plus respectable, il l'avait revêtu de sa propre coule, qu'il portait toujours quoique évoque. L'envoyé déclara aux Toulousains que, s'ils posaient les armes, ils auraient la vie sauve. Ceux-ci, qui ignoraient encore

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ce qui s'était passé dans la plaine, répondirent qu'ils comptaient sur la victoire du roi d'Aragon ; que leur évêque les trompait. Se jetant alors sur le religieux, ils lui enlevèrent la coule de l'évêque, et lui portèrent plusieurs coups de lance. Mais bientôt après ils aperçurent les enseignes des croisés qui revenaient triomphants; alors l'infanterie des confédérés ne forma plus qu'une masse compacte de fuyards qui se dirigea vers la Garonne. Avant d'avoir atteint le fleuve, la plupart furent massacrés par les croisés, dans les champs de Jauffrery, où l'on trouve encore des ossements épars. Quelques-uns cependant purent traverser le fleuve, ayant à leur tête Dalmace d'Enteuilh, qui s'écria : « Aide à » Dieu ! grand mal nous est arrivé ! le bon roi d'Aragon » est abattu et mort, et tant d'autres barons sont morts et » vaincus, que jamais si grande perte ne sera réparée. » Le Ueu où ces quelques vaincus purent se sauver prit le nom AeSaubens, du. langage roman saubar.

On croit que les aUiés perdirent en cette mémorable journée quinze à vingt mille hommes, la plupart fantassins. Aznard Pardi, Gomez de Luna et Michel de Luzia, seigneurs aragonais, périrent avec leur prince. La plupart des seigneurs qui combattaient sous les ordres des trois comte trouvèrent leur salut dans la fuKe.

Avant le coucher du soleil, Simon de Montfort se rendit dans le camp des aUiés, où il prit un immense butin et fit quelques prisonniers. Ayant prié Matfred de Belvèze de lui montrer le Ueu où était tombé le roi d'Aragon, Matfred lui indiqua du doigt le corps de ce prince étendu nu sur la terre. A cette vue, il descendit de cheval, fit enlever le corps et se mit a verser des larmes sur la triste fin de ce

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