Ï>EPUIS LE DEPART DE RAYMOND DE SAINT-GILLES POUR LA CROISADE
EN 1096 jusqu'à la mort de ce prince en 1105.
Guidé par les sentiments de la piété la plus sincère, Raymond de Saint-Gilles voulut se disposer à son départ par €]uelques actes éclatants de religion. Il se rendit d'abord à l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne ; là , il se prosterna devant le tombeau de saint Robert, en qui il avait une grande confiance, et sollicita des religieux la faveur d'emporter avec lui dans son voyage la tasse dont le saint s'était servi ; il la porta toujours avec lui, ainsi que plusieurs autres reliques qu'il conserva dans sa chapelle ; il engagea ensuite un des moines de l'abbaye nommé Arbert, prient de Privazac en Rouergue, de le suivre en qualité de chapelain. On croit que ce fut à cette époque qu'il donna à la Chaise-Dieu plusieurs églises de ses dépendances, entr'autres, celles de Saint-Pasque, de la Vierge et de Saint- Nazaire de Beaucaire. Cette donation fut faite du consentement de Bertrand son fils, et en présence de Guillaume de Sâbran et de Pierre de Rochemaure; elle fut, de plus, confirmée par Alphonse son fils. De la Chaise-Dieu, Raymond se rendit au Puy. S'étant prosterné devant l'image de la Vierge, il déclara en présence de tout le clergé que, pour réparer le tort qu'il avait fait à Saint-Gilles, il donnait à l'église du Puy les villages de Segrier, de Bruguières, et de
Fabrejargues ; il voulut qu'on célébrât tous les ans la fêfe de saint Gilles au Puy et dans tout le diocèse ; qu'on fil brûler perpétuellement un cierge devant l'image de Vierge ; qu'après sa mort, on y célébrât tous les ans soncxoanniversaire, et qu'on récitât tous les jours pour lui une3irii oraison pendant sa vie et après sa mort. Ayant tout dis— si posé pour son départ, Raymond se rendit à l'abbaye Saint-Gilles et y confirma l'abandon qu'il avait fait de tous3 ses droits sur la ville et l'abbaye de ce nom. Il se mit en — suite à la tête de tous ceux qui s'étaient croisés dans provinces méridionales de France, depuis les Pyrénées jus — qu'aux Alpes. Cette armée était composée en grande partie^ des vassaux du comte, de Goths, de Provençaux, d'Aqui — i^ tains , et des peuples de Gascogne et des provinces voi- — ^* sines.
Raymond de Saint-Gilles fut accompagné par Aymar ,^ ,^ ' évêque du Puy, légat du saint-siége, qui ne se sépara jamais ^ de lui; Guillaume, évêque d'Orange, l'évêque d'Apt et son ^ chapelain, Raimbaud comte d'Orange, Gaston de Béam et Centulle son fils, Girard de Roussillon, Guillaume de Montpellier, Guillaume de Forez, Raymond Pelet et Amanjeu d'Albret l'accompagnèrent aussi. Raymond était le plus âgé de tous les princes croisés, le plus généreux et le plus magnifique. Pour fournir aux dépenses excessives de la croisade, il aliéna quelques-uns de ses domaines, ne craignant pas de s'appauvrir pour pousser jusqu'au bout ses magnanimes desseins. Le sentiment religieux agita seul sa grande âme, et le porta à cette périlleuse entreprise qui devait couvrir son nom d'une immortelle gloire. Son armée consistait principalement en cavalerie , formée de nobles et de gentils-
hommes qui combattaient avec le casque, la cuirasse, Fépée et le bouclier; le reste était composé d'infanterie, qui se servait d'arcs et de flèches. Pour distinguer entr'elles leurs bannières, les croisés adoptèrent non seulement la variété des couleurs, mais encore celles de certains signes. Ce fut la l'origine des armoiries, devenues plus tard une des marques distinctives de la noblesse. Raymond de Saint-Gilles adopta pour ses bannières une croix vidée, cléchée et pommètée, telle que l'on croit qu'elle apparut au grand Constantin. Ce signe devint le blason de sa haute maison. Avant son départ, il laissa à Bertrand son fils l'administration de ses états , B.pres avoir fait le vœu de mourir en Palestine pour déUvrer cette terre du joug des infidèles. La princesse Elvire de Castille l'accompagna dans cette expédition ; elle % emmena avec elle un fils qui mourut dans le voyage. Le comte de Toulouse passa donc les Alpes et entra dans la Lombardie. Après avoir traversé l'Italie, il prit sa route par le Frioul, passa près d'Aquilée , entra dans l'Istrie et arriva sur les frontières de la Dalmatie. Cette province était alors habitée par les Esclavons, peuple à demi barbare et qui ne vivait que de rapines. L'armée de Raymond de Saint- Gilles les ayant jetés dans l'effroi, ils se retirèrent avec leurs troupeaux au sein de leurs montagnes, en sorte que les croisés manquèrent bientôt de vivres. Revenus un peu de leur frayeur, les Esclavons sortirent de leurs retraites et harcelèrent l'armée chrétienne. Ravmond fit bonne contenance, les mit en fuite, s'empara de quelques-uns de ces brigands et leur fit arracher les yeux, couper les pieds, le nez^ et les mains afin de jeter la terreur parmi les autres. Après quarante jours d'une marche pénible, les croisés sor-
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tirent de laDalmatie, arrivèrent à Scutari, où Raymond obtint du roi du pays la liberté d'acheter des vivres pour ravitailler son armée. Il se rendit ensuite à Duras, ville soumise à l'empereur Alexis Gomnëoe.
Peu de temps après le départ de Raymond de Saint- Gilles, le chapitre de Saint-Saturnin reçut par une donation l'église de Saint-Martin d'Escalquens (1097). Arnaud Raymundi, prévôt de la cathédrale, souscrivit à cet acte. On ignore les noms des donateurs, qui sans doute devaient être les seigneurs du Ueu, et il est très possible que cet acte fut plutôt commandé par la justice que produit parla générosité. Les chanoines de Saint - Saturnin reçurent, à cette époque, une nouvelle faveur du siège apostolique. . L'abbé de Saint-Jean de Piana cherchait à vexer les reli^ gieux des abb?iyes de Saint-Avit et de SaintrCyprien soumtses à celle de Saint-Saturnin de Toulouse. Sur la demande des chanoines de cette dernière abbaye , Urbain II rendit une bulle, datée du mois de juillet, dans^ laquelle il prit ouvertement la défense des moines persécutés. Mais l'autorité apostolique ne fut pas assez forte pour préserver les chanoines de Saint-Saturnin eux-mêmes d'une formidable invasion. Rertrand, à qui Raymond de Saint-Gilles son père avait laissé le gouvernement de ses états, voulut rentrer dans tous les droits dont ce dernier s'était démis en faveur de cette abbaye. 11 y eut, comme on le conçoit, opposition éclatante de la part des chanoines. Le comte entreprit de les chasser à force ouverte ; il détruisit même une partie des bâtiments. Se* voyant réduits à l'extrémité, les chanoines appelèrent à leur secours le duc d'Aquitaine, Guillaume de Poitiers, qui, s'étant ménagé quelques intelligences
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dans la ville, en chassa Bertrand fils de Raymond, et s'empara du comté, s'appuyant sur les droits de Philippia sa femme, fille de Guillaume IV. Cette invasion fut accompagnée et suivie de grands troubles, dit une ancienne charte, ortâ seditione et lurbatione non minimâ. Le premier soin du comte de Poitiers fut de récompenser le dévouement qu'avaient montré à sa cause les chanoines de St-Satumin. Par un acte solennel qui porte la date de 1098, de concert avec la comtesse son épouse, Guillaume prit sous sa protection l'église de Saint-Saturnin, bâtie au faubourg de Toulouse, n y affirme que des persécuteurs sacrilèges, nefa/rii persecutores , l'ont détruite de son temps; il lui donne, sur les biens que sa femme et lui possédaient dans le. comté, le village de Saint-Pierre de Blagnac sur Garonne avec ses dépendances, ainsi que tout ce que Guillaume y a possédé ; ces seigneurs la tiennent quitte d'une certaine redevance de cire que les chanoines payaient aux comtes (consulibus) ; ils imposent à tous ceux de la province qui avaient dirigé leurs attaques contre cette église pour la détruire, une amende; leur enlèvent leurs pensions, qui doivent retomber aux clercs de la basiUque, et ordonnent qu'à l'avenir les chanoines prélèveront une poignée de grains sur tous les setiers qui se vendront dans la ville et le faubourg; ils approuvent enfin et- confirment tous les privilèges accordés k cette église par leurs prédécesseurs. Ces donations furent faites en présence de Bernard vicomte de Beziers, et d'Adhémar vicomte de Toulouse, ce qui prouve que ce dernier n'était point encore parti pour la croisade- Quelle était cette destruction de la basilique dont il est parlé par Guillaume de Poitiers? Il paraît qu'il fait allusion