‹ Histoire générale de l'Église de Toulouse (volume 3)Chapitre 8 sur 38 · II · texte numérisé non relu

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9S . TEMPS INTERMÉDIàlRES.

ici aux attaques dont cette église fut l'objet de la part di^^ gens de Bertrand fils de Raymond de Saint-<îilles, qui dé — trnisirent en effet une partie des bâtiments claustraux , € menacèrent Fédifice consacré à saint Saturnin. Il est pos sible que cet édifice ait éprouvé à cette occasion qaelqu destruction partielle, mais ces dommages ne furent considérables.

Par un second acte, Philippia accorda de nouveaux privilèges aux chanoines de Saint-Saturnin, entr'autres, celui d'avoir un teordonnier et un tailleur pour leur chaussure et leurs habits, et Tautorisation d'avoir un four pour le pain dans le bourg où le monastère était situé. Cet acte offre cette circonstance particulière, qu'il est signé par Robert d'Arbrisselle. Ce saint personnage se trouvait donc à Toulouse à cette époque. Urbain II, frappé de l'austérité de ses mœurs, de l'activité de son zèle et de l'onction de son éloquence, lui avait ordonné de parcourir les diverses provinces de France pour y faire entendre ses prédications. R n'avait point encore alors fondé l'ordre célèbre de Fontevrault, mais ce fut sans doute au souvenir de sa vertu que plusieurs maisons de cet institut furent plus tard établies dans le pays toulousain, à Lespinasse, à la Grâce-Dieu et à Longages.

Les lettres de Guillaume de Poitiers et de Philippia en faveur de S'- Saturnin furent signées par Pierre, qui prend la qualité de prieur ou prévôt (prcepositi) , Il est regardé comme le premier abbé de ce monastère. On croit qu'il appartenait à la famille de Villamont; c'est le seul monument historique qui nous révèle son existence. Le village de Rlagnac qui fut cédé à Saint-Saturnin devait appartenir

El Philippia, du chef de Guillaume IV son père. De précieux souvenirs attachaient Blagnac à la basilique : c'était là qu'était mort saint Éxupère et que l'on voyait son tombeau, tandis que l'église de Saint-Saturnin possédait déjà depuis longtemps ses reliques.

Izarn ne voulut point quitter son diocèse pour suivre iRaymond de Saint-Gilles; sa présence y était nécessaire pour maintenir les droits des églises et des monastères. Le pape Urbain II lui écrivit au sujet de l'abbaye de Moissac, qui sans doute devait être l'objet de quelque vexation de la part des seigneurs laïques. Nous le trouvons en qualité de témoin dans une donation qui fut faite a cette cél^re abbaye d'une église appelée de JUagradon. Il se montrait très assidu à visiter son immense diocèse. Se trouvant un Jour, en 1098, dans un village qui portait le nom de Saint- Jean, un seigneur du lieu appelé Fortis, très excellent homme, lui donna un splendide festin ; tous les che^ valiers du voisinage y assistèrent. Pendant qu'on était à table, on vit entrer une femme de grande noblesse (Emerie de Alteïas) portant le signe des croisés sur son épaule droite ; elle partait pour Jérusalem, et venait recevoir la bénédiction de l'évêque. Quand Izarn l'eut bénie, il lui fit comprendre qu'elle ferait une œuvre beaucoup plus agréable à Dieu en construisant un hospice, que de se croiser pour la Palestine. Ce conseil lui fit suspendre son voyage. Le même jour, trois habitants du pays, Ebs^ Ademar de Scalvernie et Bernard de Mormun vinrent offrir à l'évêque uner ancienne église dédiée à saint Orens, preque détruite^ en le priant de l'offrir à la dame Binerie pour qu'elle pût la restaurer, se déclarant les bienfsdteurs de cet établisse*

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ment avant et après leur mort. Izarn fit aussitôt appeler cette irieuse femme^ et lui dit : Ma fille, Dieu vous a préparé un lieu de retraite dans cette province, et je vous ordonne, au nom du Seigneur, de l'accepter. Emerie répondit qu'elle accédait à ses ordres. Aussitôt les donateurs déjà nommés lui cédèrent l'église de Saint-Orens, les terres environnantes et leurs dépendances. Emerie d'Alteïas devint donc la fondatrice du monastère de Saint-Orens dans le Toulousain.

Ce fut au milieu des travaux de sa charge pastorale qu'Izam, de concert avec quelques membres de sa famille^ donna a l'abbaye de Saint-Pons de Tomières et à Frottard qui en était abbé l'église de Saint-Elan, située près de la rivière de l'Agout. En cédant cette église, l'évêque de Toulouse ne céda que le sol sur lequel elle avait été autrefois construite, car à peine en existait-il quelques ruines. Il demande qu'elle soit rebâtie auprès du château de ses ancêtres, situé dans la terre allodiale de Saint-Elan et dans la patoisse de ce nom. Cet acte mémorable nous a conservé les noms des parents d'Izarn. Il avait deux frères, Bernard Guillelmi et Pierre Guillelmi ; ses neveux étaient Raymond Aton,'Pons Aton, Guillaume Bérenger et Raymond Bérenger, qui tous concoururent à cet acte. La donation de l'église dé Saint-Elan ne se fit qu'avec le consentement d'une autre ^famille qui avait quelques droits sur cette terre, et qui sans doute était alliée à celle d'Izarn. Les membres de cette famille sont ici nommés : Bernard Bonfils et ses frères, Guillaume Arsin, Raymond Guillelmi, Pierre Guillelmi, Bertrand, Bérenger et Gautier, avec leur mère Ermengarde. ces derniers donnent un certain espace de terrain dont la

position et les limites sont tracées pour y bâtir une nouyelle église à saint Elan et; un village. On voit encore figurer dans cet acte Guilabert Gaufredi et ses enfants, qui cèdent à leur tour à l'abbaye de Tomières tous leurs droits sur cette église. Le château de Saint-Elan portait, à cette époque, le nom de château de Lavaur. Cette charte porte la date de 1098.

Nous avons laissé Raymond de Saint-Gilles à Durazo, sur la mer Adriatique. Cette ville appartenait à Alexis Comnëne. Ce prince avait sollicité la croisade; mais les croisés commandés par Godefroi et les autres chefs avaient déjà commis de grands excès dans son empire , y vivant comme sur une terre ennemie. L'arrivée de Raymond de St-Gilles et de ses troupes le jeta dans de grandes terreurs ; il s'empressa de lui écrire en ces termes : « Il y a longtemps que la réputation de votre prudence et de votre probité est parvenue jusqu'à nous, et votre mérite nous engage à vous donner des marques particulières de notre amitié. Nous vous attendons avec impatience, dans le désir où nous sommes de conférer avec vous sur les affaires de notre empire ; nous vous exhortons donc de venir au plutôt, et vous pouvez être assuré que nous vous ferons un accueil des plus favorables. Nous vous prions de conduire votre armée sur nos terres sans désordre et sans tumulte. Nous avons ordonné à ceux qui vous remettront cette lettre de vous faciliter le passage, et de vous procurer à bon marché tous les vivres dont vous aurez besoin. »

Ces paroles et ces promesses étaient trop flatteuses pour être sincères. A peine ^ntré dans les provinces de l'empire,

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Raymond vit ses troupes harcelées par les habitants, qui tantôt tuaient ses soldats, tantôt les piUaient pendant la nuit. Après avoir traversé TEpire , il entra en Macédmne et s'y trouva exposé à de nouvelles attaques. Un soir, Tévèque du Puy , s*étant écarté du camp , fut arrêté par des Bulgares qui le dépouillèrent et lui portèrent à la tète une large blessure: heureusement pour lui qu'un détachement de croisés vint le délivrer. L'armée ne marchait que difficile-^ ment au milieu des défilés des montagnes qui partout pré^ sentaient des embuscades ; elle fut obligée de faire le si^e de Rosso, dont les croisés s'emparèrent au cri de Toulouse/ Après avoir planté sur ses murailles les étendards de Ray-i mond de Saint-Gilles , ils la livrèrent au pillage. On par-* vint ensuite jusqu'à Rodosto, situé sur l'Hellespont; là, les croisés rencontrèrent les impériaux , qu'ils attaquèrent et défirent complètement. Ce fut à Rodosto que Raymond rer çut les ambassadeurs d'Alexis qui accompagnaient ceux qtfil avait envoyés lui-même à l'empereur. Ces députés le pres-r seront vivement de se rendre à Constantinople. Raymond de Saint-Gilles, cédant à sa loyauté naturelle, se dirigea avec peu de soldats vers cette capitale. L'empereur le reçut avec de grandes marques d'honneur; mais il lui demanda le serment de fidélité et l'hommage. Le comte de Toulouse repoussa cette proposition avec fierté et dit à l'empereur : « Je suis venu pour servir et reconnaître uniquement pour » seigneur celui pour la gloire duquel j'ai abandonné ma » patrie et mes états ; si vous voulez vous mettre à la tête » des croisés, je servirai volontiers sous vos enseignes avec » toutes mes troupes. »

Alexis, frappé de cette réponse, et voyant qu'il ne pour-

ràit rien obtenir par ses instances , eut recours à la trahison, n fit d'abord passer au-delà du détroit tous les croisés et fit avancer ensuite ses soldats vers le camp de Rodosto. Les troupes de Raymond , prises à Timproviste et pendant le sommeil, furent mises facilement en déroute ; un grand nombre de croisés furent tués , les autres résolurent de rentrer dans leur patrie. Mais les évoques et les prêtres qui les accompagnaient ranimèrent leur courage et les firent renoncer à leur lâche projet. Raymond n'eut pas plutôt appris à Gonstantinople cette trahison et ses suites, qu'il résolut d'en tirer vengeance en prince outragé et peu oublieux des injures reçues. Ayant fait aussitôt avertir le duc Godefroi, le comte de Flandre et Boëmond, il les pria de venir l'aider à faire rentrer l'empereur dans le devoir. Boëmond était un prince normand qui commandait dans la Pouille et la Calabre , où Hugues le Grand , le comte de Flandre et le duc de Normandie avaient passé l'hiver; il s'était croisé avec eux, avait formé^ un corps d'armée avec Tancrède son neveu et quelques autres seigneurs, et s'était rendu à Gonstantinople, Alexis, crai^ant la juste indignation de Raymond de Saint - Gilles , confia ses intérêts à Godefroi, au comte de Flandre et à Boëmond, qui employèrent toutes les ressources de la politique pour engager Raymond à se réconcilier avec l'empereur. Le comte de Toulouse céda à leurs instances et la réconciliation fut opérée.

L'empereur attachait toujours un grand intérêt au serment et à l'hommage de Raymond de Saint-Gilles ; il confia cette affaire à Boëmond, qui s'engagea ou a déterminer le comte ou à se ranger contre lui. Gelui-ci, fort de son indépendance, consentit seulement à prêter serment à Alexis de

lui conserver ta vie et V honneur, et de ne pas souffrir que personne les luiotât... Quant à lui rendre hommage, il déclara qu'on lui couperait plutôt la tête. L'empereur fut yaincu par la magnanimité du comte ; il ne put qu'admirer cette grandeur d'âme que rien ne pouvait fléchir, le retint seul à sa cour, et le combla de présents et de caresses. Anne Comnène , fille de l'empereur , nous a retracé les impressions que les qualités du comte de Toulouse avaient faîtes sur l'esprit de son père. « Il l'aimait, dit-elle, plus que » tous les autres princes, tant pour sa rare prudence et la » pureté de ses mœurs, que pour sa candeur et sa sincé- » rite , rien n'étant capable de le faire user de dissîmula- » lion ou de mensonge. Ces excellentes quahtés, qui le » faisaient briller parmi tous les autres comme le soleil » parmi les étoiles , lui attirèrent l'amitié intime de l'em- » pereur , qui lui confia ses secrets , lui ouvrit son cœiir » dans plusieurs conférences particulières qu'il eut avec » lui, lui fit part de ce qu'il croyait devoir arriver aux croi- » ses, et lui donna de très bons avis; il le pria surtout de » veiller sur la conduite de Boëmond , dont il avait sujet de » se défier. » En quittant la cour de Constant! nople, Raymond de Saint-Gilles alla rejoindre le reste de son armée qu'il avait fait passer de l'autre côté du détroit, se mit à la tête de ses troupes et parut devant Nicée. Cette place importante était défendue par Soliman, qui, le premier, attaqua le comte de Toulouse ; celui-ci s'étant avancé avec tous ses croisés vers les infidèles, le combat devint sanglant. Boëmond et les autres princes étant venus au secours de Raymond , Soliman fut obligé de prendre la fuite , et fut poursuivi jusqu'au pied des montagnes. Une nouvelle ten-

tative du général turc ne fut pas plus heureuse. Les croisés attaquërenf alors la place avec des machines, mais la résistance des assiégés fut vigoureuse. Sur ces entrefaites, le comte de Blois et de Chartres et plusieurs autres seigneurs arrivèrent d'Italie devant Nicée, en sorte que l'armée des croisés se trouva forte de cent mille cavaliers et de six cent mille hommes de pied, y compris les femmes, les prêtres, les reUgieux, les enfants et les valets.

Nicée résistait depuis plus d'un mois à toutes ces attaques, lorsque \e comte de Toulouse fit construire une grande tour ronde et la fit couvrir d'un mur très épais ; il la fit avancer ensuite, et par le moyen de deux machines de guerre, il détruisit une grosse tour de la ville, qui céda aux efforts des assaillants. Les assiégés ayant perdu courage, Nicée se rendit aux vainqueurs.

La marche des croisés, depuis Nicée jusqu'à Antioche, ne fut qu'une suite de combats et de victoires mêlés de quelques défaites. Arrivé au-delà de la Bytinie, Raymond de Saint*<iilles fut atteint d'une maladie tellement grave, qu'on désespéra de ses jours, on le crut mort, et l'évêque d'Orange récita sur lui les dernières prièries. Il revint cependant à lui et pût rejoindre l'armée, dont il était le plu§ expérimenté et le plus vaillant capitaine. Les croisés se présentèrent devant Antioche, qu'ils résolurent d'attaquer promptement ; ainsi , sur l'avis de Raymond de Saint-Gilles, on distribua les divers quartiers. Cette place étant défendue par une forte garnison, le comte de Toulouse fit d'abord jeter sur l'Oronte un pont de bateaux et élever des retranchements autour de son camp. Les vivres commençaient à manquer ; il fut dès-lors nécessaire d'envoyer deux déta-

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cbements pour chercher des approvisionnemeDts ; Tun était composé de Provençaux et Tautre XApuliem. C^s soldats ne purent rester longtemps d'accord et en vinrent aux mains ; plusieurs furent tués ou blessés de part et d'autre. Raymond de Saint-Gilles et Boëmond prirent parti chacun pour leurs troupes ; le reste des croisés embrassa cette malheureuse querelle, qui ne pouvait que donner 4e la force aux infidèles. Raymond voulut employer k Antioche le même moyen dont il avait usé à Nicée : il fit construire encore une énorme machine en forme de tour ; mais les assiégés y firent mettre le feu. Godefroi était malade, le duc de Normandie absent ; Roëmond et le comte de Flandre étaient occupés à chercher des vivres, en sorte que Raymond de Saint-Gilles et l'évêque du Puy eurent seuls la garde du camp. L'un et l'autre firent des prodiges de valeur pour sa défense ; toutefois , dans une sortie qui fut favo-* risée par une méprise des assiégeants, le porte-enseigne d'Adhémar fut tué et son étendard enlevé par les infidèles. Il présentait l'image de la Vierge.

Pendant le siège d' Antioche, le comte de Toulouse , qui soutenait par son intrépidité l'ardeur des croisés, mit en fuite trente mille infidèles qui couraient au secours de la place , leur tua deux mille hommes, et protégea un convoi chargé de munitions qu'apportait une flotte génoise. Sur le refus des autres princes, il confia à ses troupes la garde d'une forteresse construite a la tête du pont par lequel les assiégés faisaient de fréquentes sorties. Généreux et magnifique, il n'épargnait pas ses immenses richesses, fournissant à toutes les dépenses de l'armée. Après avoir remis la somme de 500 marcs d'argent entre les mains de l'évêque du Puy

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pour servir à remonter ceux de ses chevaliers qui perdraient leurs chevaux dans le combat, il donna 100 marcs d'argent à Tancrède pour la construction d*un second fort. Il était regardé comme le père et le consolateur de toute l'armée. Boëmond , qui avait formé le projet de s'emparer d'Antioche par l'effet de quelque intelligence qu'il s'était ménagée dans la place, fit part de ce projet aux chefs assemblés, et promit de l'exécuter à condition qu'il resterait seul maître de la ville. Raymond de Saint-Gilles ne voulut point accepter cette condition qui le privait de la part qu'il prétendait avoir sur la conquête d'Antioche. Sa résistance n'eut aucun effet , et la ville fut livrée à Boëmond. La prise d'Antioche fut pour les croisés une source de maux : la disette devint ex^ trême au dedans , et au dehors une armée formidable de mahométans s'approchait pour reprendre la ville. Le comte de Toulouse et Févêque du Puy étaient malades. Cette circon-. stance, jointe au découragement, occasiona quelques désertions du côté des croisés , et il était k craindre que le désespoir ne s'emparât de ces troupes, lorsqu'un événement extraordinaire vint tout-^-^^oup ranimer leur courage.

Un prêtre provençal nommé Barthélémy vint trouver Raymond de Saint-Gilles, l'évèque du Puy et Raymond d'Hautpoul, et leur déclara qu'il savait par révélation que la hnce qui avait percé le côté du Sauveur était enfouie dans l'égUse de Saint-Pierre d'Antioche. L'évèque du Puy traita cette communication de vision imaginaire ; Raymond de Saint-Gilles ne se prononça pas aussi promp-* tement, mais chargea Raymond d'Agiles, son chapelain, d'examiner cette affaire. Un autre prêtre provençal nommé Etienne prétendit avoir eu une semblable révélation. Les

fouilles furent alors résolues et eurent lieu en présence d'une douzaine^ de témoins. Elles ne produisirent d'abord aucun résultat; mais Barthélémy étant descendu dans la fosse, il y trouva la lance. La joie éclata au milieu des croisés; cette relique fut remise aux mains de Raymond de Saint-Gilles, qui la plaça dans sa chapelle. Quelques historiens ont attaqué la vérité de cette invention, et it faut convenir qu'elle peut passer pour une supercherie : Raymond de Saint-Gilles pût être trompé dans sa piété, mais on ne peut, sans injustice, le soupçonner d'avoir consenti à cette espèce de jeu que la politique pourrait expliquer, mais que la Religion réprouve.

L'invention de la sainte lance, vraie ou fausse, excita au plus haut degré l'ardeur des croisés; ils promirent tous par serment de ne se séparer qu'après avoir enlevé aux infidèles le saint sépulcre. Le prêtre Barthélémy, ayant été heureux dans l'invention de la lance, prétendit avohreçu une révélation nouvelle : saint André lui avait apparu et lui avait adressé les paroles suivantes : « Voici que » Dieu a donné au comte Raymond ce qu'il n'a voulu » encore accorder à aucun autre : il l'a établi le porte- » enseigne de l'armée, supposé qu'il persévère dans son » amour. » Résolus de vaincre ou de mourir, les croisés, après avoir tous communié, se rangèrent en bataille et sortirent d'Antioche le 28 juin 1098. Raymond de Saint- Gilles, malade, garda la place avec deux cents hommes. Les croisés se partagèrent en six corps, et l'on vit l'évêque du Puy, armé d'une cuirasse et d'un casque, animer de la voix et dii geste toutes les troupes chrétiennes ; Raymond d'Agiles, chapelain du comte de Toulouse, portait le fer

c3e la sainte lance. Les croisés se précipitèrent sur les infidèles avec tant d'acharnement, qu'après en avoir fait un horrible carnage, ils forcèrent tout ce qui restait de leur armée à prendre la fuite. Après la victoire, les croisés rentrèrent dans Antioche chargés de dépouilles. Le gouverneur du fort fut obligé de se rendre. Sur l'indication de quelques soldats du comte de Toulouse que la faim avait poussés dans le château, il fit demander à ce seigneur son drapeau et l'arbora sur les tours. Boëmond, indigné de cette préférence, voulut agir en maître absolu : il fit demander aux autres chefs les diverses positions dont ils s'étaient emparés; ceux-ci cédèrent à ses menaces, à Texception de Raymond de Saint -Gilles, qui demeura inflexible à garder les siennes : division toujous fatale à la bonne discipline et qui ne pouvait que l'affaiblir!

Les chefs de la croisade écrivirent alors une lettre aux fidèles d'Occident pour leur apprendre le succès de leursarmes et demander le secours de leurs prières ; ils marquaient que l'expédition d' Antioche leur avait coûté 10,000 hommes, et aux infidèles 69,000. Une grande perte vint tout-à-coup jeter la désolation dans l'armée entière : Aymar, évêque du Puy, mourut de la peste au commencement d'août. Aimé et respecté de tous les croisés, ce prélat exerçait beaucoup d'influence sur les troupes; son esprit élevé et conciliant aurait assuré le succès de cette première croisade, en maintenant l'esprit d'union parmi les chefs. Les ayant fait assembler autour de son lit de mort, il leur donna les plus sages conseils, recommanda sa famille au comte de Toulouse et expira, emportant les regrets de tous les croisés qui assistèrent à ses funérailles

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dans l'église de Saint-Pierre d'Antioche, où il fut inhumé. Aymar du Puy est auteur de la belle et gracieuse antienne à la Vierge Salve, Regina.

A peine le comte de Toulouse eut-il recouvré la santé, qu'il courut à de nouveaux exploits. Accompagné de Godefroi et de Boëmond, il tomba sur un corps de troupes composé de dix mille hommes que commandait Rodoan, prince d'Alep, et le défit entièrement; il prit ensuite Rugîa et Albara ville très forte dans la province d'Apamée, assem^ bla ensuite ses chapelains et les gens de son conseil,' et nonmia un évêque latin à Albara. Le choix tomba sur un prêtre de Narbonne nommé Pierre, qu'il fit sacrer à Antioche. Le 1**^ novembre, il assista à une assemblée tenue à Antioche, dans laquelle on délibéra sur le prochain départ pour Jérusalem. Boëmond insistait toujours auprès du comte de Toulouse pour la restitution d'une partie d' Antioche qu'il prétendait lui appartenir ; ce dernier refusait de céder et le palais de l'émir Axcien et la tour du pont dont il était le maître. La dispute s échauffait entre les deux princes et on allait venir aux extrémités, lorsque le comte de Saint-Gilles déclara que si Boëmond voulait marcher avec lui pour la déUvrance du saint sépulcre, il se soumettrait à l'arbritage de ses pairs. Nous trouvons ensuite Raymond de Saint-Gilles occupé au siège de Marra, ville très forte que les croisés prirent d'assaut le H décembre. Malheureusement chaque conquête devenait une source de divisions et de querelles entre les chefs, ce qui excitait de justes murmures parmi les chrétiens. On ne désirait que Jérusalem, et toutes ces divisions paraissaient retarder le voyage. Raymond de Saint-Gilles résolut de partir sans

retard; à cet effet; il assembla les principaux chefs, et leur donna des sommes d'argent considérables pour les engager à. le suivre; mais ce départ ne fut pas promptement effectué. Pendant que le comte de Toulouse poursuivait en Orient le cours de ses expéditions, Adhémar vicomte de cette ville, se sentant près de sa fin, fit son testament en faveur de rabbaye de Moissac. Tous ces grands seigneurs, qui, dans le cours de leur vie, avaient usurpé les biens de l'Eglise, cherchaient, avant de paraître devant Dieu, a réparer leurs injustices, et faisaient une confession publique de leurs fautes. Adhémar déclare dans cet acte authentique qu'il avait exigé, à tort, de Guillaume évêque et de Gausbert abbé, la somme de cent sols d'or; qu'il en avait restitué, il est vrai, cinquante entre les mains de Durame, abbé de Moissac^ mais que, touché de la crainte de Dieu , il vient restituer aujourd'hui les cinquante autres. Il veut enfin que la terre allodiale de Majuse, sur laquelle il prélevait ces cinquante sols, demeure entièrement Ubre de cette redevance. L'histoire ne dit pas si le vicomte Adhémar survécut longtemps k cet acte.

Izarn touchait aussi au terme de sa carrière. On le retrouve encore dans quelques actes particuUers. Ainsi, en 1098, il accorde sa protection aux moines de Sàint-Orens dans le Toulousain. Nous supposons que ce monastère était celui qu'avait fondé Emerie d'Alteïas et qu'elle avait naturellement placé sous la sauvegarde de l'évoque de Toulouse. Izarn s'intéressait vivement aux succès des armes de Raymond. Ce prince, ayant réuni son armée à Marra, fit mettre le feu a cette ville, et le 13 janvier 1099, sans attendre les autres princes, il quitta sa chaussure et marcha ver^

Jérusalem ; il fit la route de Marra jusqu*au château de Capharda pieds nus, suivi de Tévêque d'Albara et de tous ses chapelains, qui marchaient processionnellement pour implorer le secours du ciel. Le duc de Normandie et Tancrède joignirent le comte de Toulouse à Capharda, et l'armée se porta vers Césarée, toujours harcelée par les Sarrasins qui, s'étant assemblés au nombre de trente mille, arrêtèrent sa marche; elle put cependant la continuer, grâce a la valeur de Raymond, qui les mit en fuite entre Tortose et Tripoli. Cette dernière ville capitula. On entreprit ensuite le siège du château d'Archos, place excessivement forte, située au pied du mont Liban. Le duc Godefroi, le comte de Flandre et les autres princes se réunirent aux assiégeants; mais ce siège traînant en longueur, Raymond de Saint-Gilles se vit obligé de céder aux exigences des autres chefs et d'abandonner la place.

L'armée chrétienne arriva enfin devant Jérusalem le 7 de juin 1099 ; elle était composée de quarante mille hommes, tant hommes que femmes. Raymond se posta vers le midi, sur la montagne vis-à-vis de la ville et de l'église de Sion. Ayant manifesté le désir qu'on montât promptement a l'assaut, son désir fut accepté : on se mit au travail, et un mois après tout était prêt pour attaquer la ville. On ordonna un jour de jeûne et une procession qui devait se faire pieds nus autour de Jérusalem. Cette cérémonie eut heu un vendredi. Toutes les troupes quittèrent leur chaussure, et se rendirent, accompagnées du clergé , à la montagne des Oliviers où, après une exhortation de Pierre l'Ermite et d'Arnoul chapelain du duc de Normandie, tous les chefs et soldats se réconcilièrent et s'embrassèrent. L'as-

s^ut fut donné le 14 juillet, et le 15 Godefroi entra dans Jérusalem à trois heures , après midi , suivi du comte de nandre, du duc de Normandie, de Tancrède et de Gaston cle Béarn. Raymond, ayant appris cette nouvelle, escalada de son côté les murailles avec ses soldats et pénétra dans la ville , qui devint en un clin d'œil un théâtre d'horreur et de carnage. Le premier devoir des croisés fut d'aller nupieds au saint sépulcre et aux autres saints lieux; on donna ordre ensuite à la garde de la ville , et la tour de David fut bientôt Uvrée au comte de Toulouse. Les croisés s'étant ensuite assemblés pour élire un roi, là douronne fut offerte à Raymond de Saint-Gilles, qui la refusa a cause de son grand âge et d une infirmité qui lui était survenue : il avait perdu un œil. Sur son refus, Godefroi fut nommé. Celui-ci lui demanda la tour de David, qui fut livrée paf les vassaux du comte etTévêque d'Albara. Raymond, indigné de la cession de ce château , quitta Jérusalem , se rendit à Jéricho, et de là au Jourdain. Arrivé sur les rives du fleuve, il se mit sur un radeau, quitta ses habits, se plongea dans l'eau pour se livrer à une ablution solennelle , prit des vêtements nouveaux , et repartit pour Jérusalem ; il fit ensuite des prodiges de valeur à la fameuse bataille d'Ascalon , où il poussa les infidèles jusqu'au bord dé la mer. Ces derniers perdirent cent mille hommes dans cette mémorable journée.

De nouvelles divisions et de tristes rivalités forcèrent les

chefe de la croisade à se séparer. Le comte de Flandre, le duc de Normandie et le comte de Toulouse déclarèrent à Godefroi qu'ils étaient résolus de se retirer. De retour à Jérusalem, ils embrassèrent le roi, et partirent à la tête de

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