‹ Histoire générale de l'église de Toulouse (volume 4)Chapitre 10 sur 20 · IH · texte numérisé non relu

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tentement de ce qu'il Tâvait abandonné pour se ranger du côté de ses ennemis. « Souvenez-vous, lui disait-il, de ce » que vous m*avez dit plusieurs fois : que si je venais à » perdre mes domaines, vous nç vouliez pas conserver » les vôtres, n le somme ensuite de remettre entre les » mains du viguier de Toulouse le château de Saverdun, • avec ordre aux seigneurs de ce château de lui rendre » hommage comme de fidèla^ vassaux. »

Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, prévoyait que la résistance qu'opposait le comte de Toulouse aux armes du roi serait funeste à ce seigneur : il usa donc de toute son influence sur son esprit pour rengager à demander la paix. Cédant a ses sollicitations, le comte chargea Tévèque de la négocier. Celui-ci partit pour la cour de France. Le roi lui fit bon accueil ; mais, trouvant que les propositions du comte de Toulouse n'étaient point acceptables, il réfusa de continuer les négociations, et fit aussitôt partir Hugues évêque de Clermont et Imbert de Beaujeu avec un corps d'armée pour agir contre Raymond VII sur les frontières du Querci et attaquer ses domsdnes.

L'évêque rendit compte à ce seigneur de toute cette affaire, et l'engagea plus vivement que jamais à se soumettre sans conditions. C'est ce qu'enfin exécuta le comte. Le iO octobre, il écrivit à Louis IX pour lui demander grâce, lui offrant d'aller le joindre sans différer. « ie vous pro- » mets, disait-il , de vous être inviolablement attaché le » reste de mes jours, de vous servir fidèlement envers et » contre tous, de défendre et d'honorer l'Eglise selon vos » désirs, de protéger la foi catholique, de purger le pays » d'hérétiques, de faire une justice sévère de ceux qui, à

> notre honte, ont tué les inqui^teurs. Que si, à Dieu ne » plaise ! vous ne jugez pas à propos de recevoir notre » soumission et si vous refusez de nous donner la paix, » que Dieu juge entre nous et vous. ... si , étant obligé de » nous défendre, il arrive malgré nous qu'il y ait du sang

> répandu, et si tous les autres malheurs inséparables de » la guerre nous arrivent. » Il écrivit aussi à la reine Blanche, sa cousine, pour lui qftprimer le désir ardent qu'il avait de se réconcilier avec le roi.

Le comte remit ces lettres à Raymond FEscrivan, prévôt de la cathédrale de Saint-Etienne, avec ordre d'employer lou3 les moyens possibles pour conclure la paix. Escrivan arrive à la cour. La reine Blanche l'ayant beaucoup appuyé, le roi céda enfin a l'habileté du prévôt et aux instances de sa mère qui était très affectionnée à Raymond, son cousin germain. De suite après, le roi nomma Ferri Pâté, maréchal de France, Jean de Gay et Guillaume de Limoges en qualité de commissaires pour aller recevoir dans les provinces les sûretés promises par Raymond VIL Celui-ci joignit les commissaires près d'Alzonne, et on fixa le jour où le comte se présenterait devant le roi à Lorris en Gâtinois, pour y terminer sa réconciliation.

Raymond se rendit ensuite à Saint-Rome dans le Lauraguais, et le 22 décembre il promit solennellement aux trois commissaires d'observer dans son entier le traité de Paris, soit par rapport à l'Eglise, soit par rapport au roi. Pour gage de sa parole, il céda k Hugues, évêque de Clermont, et à Imbert de Beaujeu le château de Saverdun et celui de Bram. Il partit le 28 décembre pour se rendre à la cour, après avoir étabU Sicard d'Alaman pour son lieu-

tenant dans le Toulousain, T Albigeois, le Rouergue, le Querci et TAgenais.

Les abbayes du Toulousain ne nous offrent rien de remarquable pour Tannée 1242. Matthieu de Saint-Félix succéda à Arnaud de Brentaléon dans le gouvernement du . monastère de Feuillants et le dirigea pendant quatre ans. Arnaud de Raymond d'Antissan fut nommé abbé de Bonnefont , après en avoir été le lïieur ; il succédait à Arnaud de Roger, évêque de Comminges. Nous trouvons à cette époque un seigneur, Pierre de Mauvesin, en qualité de bienfaiteur de Vabbaye de Nizors dans la personne de l'abbé Pierre I". ' .

Au mois de janvier 1245, le comte Raymond arriva à Lorris ; il y déclara, par des lettres scellées de son sceau, qu il se soumettait , lui , ses états et ses alliés, à la miséricorde du roi, il promit ensuite de livrer plusieurs châteaux désignés dans Tacte, et par un engagement particulier daté du 19 janvier il promit à la reine Blanche de purger son pays d'hérétiques et de faire une recherche exacte de ces sectaires.

Roger de Foix se rendit aussi auprès du roi à Montargis et lui rendit hommage-lige pour tous les domaines qu'il tenait de Raymond. Par cette soumission, les comtes de Foix, qui dès le principe étaient hommagers des comtes de Toulouse, devinrent vassaux immédiats de la couronne. Nous pensons que quelques différends étaient survenus entre ces deux seigneurs. Ce qui est certain, c'est qu'Arnaud de Marquefave, Guillaume Athon, son frère, Pons de Villeneuve, et plusieurs autres vassaux de Roger de Foix , s'étaient déclarés contre lui, qu'il les avait faits prisonniers,

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et qu il promit au roi de les délivrer. Roger obtint aussi un ordre du roi qui enjoignait à Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, de lui remettre le château de Saverdun que ce prélat tenait en séquestre.

Raymond VU ne fut pas plutôt arrivé à Toulouse qu*il fit commencer les informations sur les meurtriers des inquisiteurs d'Avignonet et les fit pendre tous saqs exception. Le* 23 février, les consuls (Je Toulouse et des faubourgs prêtèrent serment , en sa présence et par son ordre, devant les commissaires du roi Jean Leclerc et Oudard de Villars. Ces commissaires firent prêter le même serment aux habitants de Toulouse âgés de quinze ans et au dessus. Ils parcoururent ensuite tous les états du comte et reçurent partout le même serment.

Avant de rentrer dans sa capitale, Raymond s'était arrêté à Angoulême, et c'est en cette ville qu'il fiança solennellement Mai^uerile de la Marche; mais comme les futurs époux étaient parents du 3" au 4* degré, il fut décidé que le comte enverrait a Rome Pons d'Astoand, son chancelier, et Guillaume de Puylaurens, son aumônier, pour solliciter la dispense. Cette dispense n arriva pas, en sorte qu'on ignore si le mariage fût réellement accompli.

Quelque temps après, Raymond se rendit a Beziers pour assister à un concile qui fut tenu dans le palais épiscopal de cette ville, et où se trouvèrent un grand nombre d'archevêques, d'évêques et d'abbés, parmi lesquels étaient Falgar, évêque de Toulouse, et Raymond l'Escrivan, prévôt de Saint-Etienne. Le samedi après Pâques, 18 avril , Raymond fit en plein concile la déclaration suivante :

» Je, comte Raymond, déclare que frère Ferrier et frère

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» Guillaume Raymond de Tordre des frères prêcheurs, qui » prétendent avoir juridiction pour informer contre les hé- » rétiques dans mes étate, ont rendu contre moi une sen- » tence d*excommunication, nonobstant et après Fappel » légitime que j*ai interjeté au saint-siége de leurs procé- » dures, soit par rapport à leurs personnes, soit par défaut » de juridiction ; et que cette sentence m'a beaucoup dif-

> fmé, quoique rendue contre le droit. Mais ayant fait » ma pais: avec le roi de France, et étant dans une ferme » résolution de purger le pays d'hérétiques, comme j'y » suis obligé, de concert avec maître Guillaume, clerc, et

> les autres ambassadeurs du roi ; et le différend que j'ai » avec les frères prêcheurs, ne pouvant être terminé a

> cause de la vacance du siège apostolique : pour ne pas » retarder les affaires de l'inquisition, et pour témoigner » mon zèle pour la foi, j'offre, à la solUcitation des mêmes » ambassadeurs, avons archevêques de Narbonne et d'Arles » qui êtes ici présents, ou si vous ne voulez pas procéder » tous seuls, conjointement à tous les évêques de l'assem- » blée, ou enfin à tous ceux que vous voudrez associer, de » m'en rapporter entièrement à votre décision, tant au » sujet de l'appel que j'ai interjeté que de la sentence des » frères prêcheurs qui m'excommunie : dans l'espérance

> que vous me rendrez la justice que je mérite, que vous

> aurez égard à ma personne et à ma réputation, et que * l'affaire de l'inquisition aura un heureux succès. »

Deux jours après, Raymond somma les évêques de ses états ou d'exercer eux-mêmes l'inquisition ou de la faire exercer par des religieux de l'ordres de Citeaux, de saint Dominique ou de saint , François, avec promesse de les

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aider de tout son pouvoir dans cette recherche, de faire exécuter leurs seuteoces par ses séoéchaux, viguiers et autres haillis, de punir les coupables et de confisquer leurs biens.

Le 22 avril, il écrivit au roi pour lui marquer qu'il avait travaillé de toutes ses forces à lui faire remettre le château de Penne en Albigeois, mais que les chevaliers qui en étaient les maîtres refusaient de lui obéir, à moins que le roi ne promit par lettres-patentes de le lui rendre au bout de cinq ans. Il priait Louis IX de faire expédier ces lettres.

De Beziers, Raymond VU revint dans le Toulousain, et le 24 mai il confirma à Buzet les reUgieux du monastère de Tinel de Tordre de Grand-Mont , fondé par ses prédécesseurs, dans la possession de tous les biens quMls avaient acquis ; il se rendit ensuite du côté du Rhône, et le 29 juin il signa à Beaucaire une trêve avec le comte de Provence, grâce a la médialion de Farchevêque d*Arles : ce qui semblerait indiquer qu'il avait formé le projet de recommencer la guerre avec ce seigneur. Il profita de cette trêve pour faire un voyage en Italie.

Avant de partir, il laissa le gouvernement de ses états à Sicard d'Alaman qui , d'après ses ordres, remit aux seigneurs, chevaliers, consuls et bourgeois de Saverdun, le serment qu'ils avaient prêté à Raymond pendant la guerre contre le roi. Falgar, qui tenait ce château en séquestre, fut obUgé de le remettre au comte de Foix, sur les ordres de Louis IX. ^

Raymond VU joignit l'empereur Frédéric a Malfi dans la Pouilie, au mois de septembre 1243, et fit un assez long séjour à sa cour, d'où il alla de temps à autre prendre aux

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environs le plaisir de la chasse. Il obtint alors de Frédéric la restitution du marquisat de Provence. Ayant appiis la récente élection du pape Innocent IV et désirant se mettre ^ bien dans son esprit, il lui envoya d'abord faire ses soumissions. Ayant cru nécessaire à sa gloire de se rendre eu personne à Rome, il arriva en cette ville après les fêtes de la Toussaint, et fit remettre au pape les lettres du roi de France qui sollicitait le pontife en sa faveur. Innocent ne voulut point lui donner audience qu'il n'eût été réconcilié à FEglise. Le comte promit alors par un acte authentique d'obéir à tous les ordres de l'Eglise. Après cette promesse, il reçut l'absolution le 2 décembre. Innocent lui ayant donné audience, il demanda la révocation de la censure que les inquisiteurs avaient portée contre lui. Le pape le renvoya à l'archevêque deBari, qui lui donna l'absolution. Nous trouvons tous ces détails dans un bref qu'Innocent IV adressa au comte de Toulouse, et dans lequel il lui déclare que voulant prendre les intérêts de sa gloire et de son salut, il le regarde comme un bon et loyal catholique, et casse la sentence que les inquisiteurs Ferrier et Raimondi de l'ordre des frères prêcheurs avaient portée contre lui.

Dans le cours de cette année, Bernard Gentiac, abbé de Saint-Saturnin, reçut la commission de Zoen, archevêque d'Avignon, de se rendre au monastère d'Exieu pour y faire une enquête au sujet de l'élection de Bernard Jordan en qualité d'abbé de cette maison, élection qui fut annulée Tannée suivante. — L'abbaye de Calers fut gouvernée à cette époque par Pierre de Menebac, qui avait succédé à Bernard Hugonis, qui eut lui-même pour successeur Armengaire. La terre de Sainte-Livrade dans le Toulousain avait alors

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pour seigneurs Marquesie'et son fils Marcadier, qui rendirent hommage, pour les domaines qtfils possédaient en ce lieu, à Bertrand abbé de la Chaise-Dieu , en présence d'Aïfonse, abbé de Saint-Théodard. Le siège épiscopal de Comminges était encore occupé par Arnaud-Roger, qui fut témoin d'un accord passé, cette même année, entre Pierre de Saint-Béat et ses frères d'une part, et Bernard comte de Comminges de l'autre. Péregrin fut appelé, à la même époque, au gouvernement de l'abbaye de Nizors et la dirigea

pendant plusieurs années.

Nous avons laissé Raymond VII à Rome, auprès du pape, qui, le 1*' janvier 1244, écrivit au roi de France pour lui apprendre qu'il avait fait un très gracieux accueil à ce seigneur, se félicitant d'en avoir agi de la sorte parce que ce comte, qui tenait un des premiers rangs parmi les princes du monde, pouvait être très utile à l'Eglise. Dès ce moment. Innocent IV vécut en bonne intelligence avec le conate de Toulouse. Ce pontife, en témoignage de sa sincère réconciliation avec lui, ordonna à tous les archevêques et évoques de France de publier dans leurs diocèses l'absolution donnée à Raymond. Conséquemment à ces ordres, Pierre, archevêque de Narbonne, déclara au mois de mars Raymond absous de toutes les sentences que lui ou ses prédécesseurs avaient portées contre sa personne.

Lorsque Raymond VII se disposait à rentrer dans ses états, l'inquisition, qui, comme on l'a déjà vu, avait été suspendue dans la province, reprit son cours et s'exerça sans aucune difQcullé, soit de la part du comte, soit de la part des évêques.il faut observer que les frères prêcheurs avaient prié le pape de les décharger de rofficc d'inquisiteurs, à

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cause des obstacles sans nombre qu*ils rencontraient dans Texercice de leur charge. Innocent lY ne voulut point les décharger de cet important office, et ordonna au proyincial des frères prêcheurs de renojuveler Tinquisition dans le diocèse de Toulouse.

D'après cet ordre émané du siège apostolique, les iaquisiteurs reconunencèrent leurs procédures; et afin de les régulariser, ils adressèrent plusieurs questions au concile de Narbonne qui fut tenu à cette époque. Les évèques assemblés répondirent à ces questions en dressant Tingt-neuf canons dans lesquels on indique les pénitences qui doivent être imposées aui hérétiques, et où Ton déclare que les relaps seront remis au bras séculier pour recevoir les châtiments qu'ils méritent.

Après le concile de Narbonne, les inquisiteurs procédèrent à la recherche des hérétiques dans toute la province. Les registres de Tinquisition de Toulouse nous ont conservé les interrogatoires de plusieurs hérétiques ou fauteurs d'hérésie. On trouve dans ces interrogatoires des détails assez curieux sur les dogmes et les cérémonies de la secte albigeoise. Ainsi, au mois de mars 1244, Pons de Carbonel du Faget, au diocèse de Toulouse, déclara qu'un certain Bernard Fresel, hérétique, prêchait publiquement l'hérésie à Auriac, en plein air, et que tous les habitants assistaient à ses prédications ; que son père et sa mère étaient hérétiques; que lui-même avait mangé avec eux, qu'il les avait adorés en fléchissant le genou par trois fois et disant Bénédicité et puis ces mots : Priez Dieu pour oe pauvre pécheur. Au mois de mai, Bérenger d'Avelanet, du diocèse de Toulouse, déclara que dans sa Jeunesse, étant à Fan-

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jeaux, il y avait vu Guillabert de Castres dogmatisant et tenant des assemblées ; il nomma un très grand nombre de personnes illustres qu'il avait vues assister à ces réunions et adorer les hérétiques, entr*autres, plusieurs femmes de la plus haute noblesse. Il raconta comment ces femmes furent reçues dans la secte par un fils majeur de Toulouse. D'abord les postulantes promirent de ne manger ni viandes, ni œufs, ni fromage ; elles s'engagèrent de ne pas jurer ni mentir, ni a se livrer a aucune impudicité pendant toute leur vie, à ne jamais abandonner la secte des hérétiques. Après cela, elles récitèrent Toraison dominicale à la façon des hérétiques ; on leur imposa les mains, et sur la tête le livre des prières ; la cérémonie se termina par un grand nombre de génuflexions et prostrations, et par le baiser de la bouche que les nouvelles affiliées reçurent et donnèrent. Ce qui restait d'hérétiques dans le Toulousain s'était retiré au château de Monségur, près de Mirepoix. Ce château avait eu d'abord des seigneurs particuliers, qui furent dépossédés par Simon de Montfort, qui l'avait cédé à Gui Levis, maréchal de son armée. Il avait été repris par Roger de Mirepoix et Raymond de Pérelo, héritiers des seigneurs primitifs. Ceux-ci en avaient fait lasile des proscrits et des hérétiques. La tranquiUité du pays demandait qu'on s'emparât de cette place qui passait pour imprenable. Au mois de mars 1244, l'archevêque de Narbonne, Durand évêque d'Âlbi, Raymond de Capendu, et quelques autres seigneurs, levèrent des troupes et l'attaquèrent. Cette place fut vigoureusement défendue ; mais elle fut obligée de céder aux efforts des catholiques. Les assiégés ayant demandé à capituler, on leur accorda la vie sauve, à condition qu'ils livre-

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raient aux vainqueurs 200 hérétiques revêtus ou parfails, tant hommes que femmes, entre lesquels était Martin leur évêque. On exhorta d'abord ces sectaires à se convertir. Sur leur refus, on traça une enceinte au pied de la montagne ; après avoir fait dresser un immense bûcher au milieu, on les précipita dans les flammes et ils furent brûlés vifs. Esclarmonde, fille de Raymond de Pérelo, se trouva dans le nombre des morts. Le château de Monségur fut rendu à Gui, maréchal de Mirepoix, qui en fit hommage au roi Tannée suivante.

Raymond VII demeura en Italie jusqu'à Tautomne, et puis rentra dans ses états. Il se rendit d'abord à Narbonne, où, de concert avec le comte Âmalric, il fit réparation éclatante à Pierre Amelii, archevêque de cette ville, qu'il en avait chassé deux ans auparavant. On vit alors Raymond VII et Amalric servant d'écuyers à l'archevêque, à pied et sans manteau, conduisant son cheval par la bride depuis le couvent des Cordeliers jusqu'au palais épiscopal, où ce prélat leur donna l'absolution.

De Narbonne, le comte se rendit à Toulouse, A peine était-il rentré dans sa capitale, que Segnis, veuve de Centulle comte d'Astarac, y arriva avec son fils. Le 13 novembre, elle mit tous les domaines qui avaient appartenu à son époux sous la protection et le vasselage de Raymond, qui reçut aussi l'hommage du jeune CentuUe en prenant les mains de ce seigneur dans les siennes. Les témoins de cette cession furent Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, Raymond l'Escrivan, prévôt de Saint-Etienne, Martin abbé de Lombez, Athon archidiacre de Villelongue, qui avait succédé dans cette dignité a Raymond Scriptor, Roger de Corn-

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miDges, les seigneurs de Mauléon, Raymond de Benque, Bernard de Montàigut, Bertrand de TlUe, Bernard de Marestan, Sicard de Miremont, Roger de Noër (Noë), Pierre de Villemur, Bérenger, viguier de Toulouse, el A. d'Escalquens.

Après la cession du comté d'Astarac, Pierre de Tolosa, au nom de Raymond, se rendit en Gascogne, à Castelnau de Barbarens, à Masseube, à Durban, à Montcassin, à Simorre, et là, plantant Télendard du comte sur les tours et les portes, il fit acclamer sa domination par le cri de Toulouse! Toulouse! A la même époque, Bernard VI comte de Comminges, d'après le conseil d'Arnaud-Roger, évêque de ce pays, se rendit vassal de Raymond VU pour tout ce qu'il possédait dans les comtés de Comminges et de Couserans. L'acte fut passé dans le château Narbonnais, au mois de novembre, en présence de Tévêque de Toulouse, de celui de Comminges, de Roger de Mauléon abbé de TEscaladieu, de Roger comte de Pailhas, d'Amalric de Narbonne, de W. de Barbazan, de Sicard de Miramont, et de plusieurs autres seigneurs.

On vit alors arriver à Toulouse une célèbre ambassade composée d'Aymar de Bressieux, Humbert de Seysses et Aymar de Compeys. Ils venaient, au nom d'Ame IV duc de Savoie, demander en mariage Cécile, petite nièce de Raymond. Cette jeune princesse était fille de Barrai seigneur de Baux et de Sybille d'Anduze. Celle-ci était fille de Pierre Bermond d'Anduze et de Constance, sœur du comte de Toulouse. Ce dernier accepta la demande du comte de

Savoie, et promit de donner en dot a sa nièce six mille livres monnaie de Vienne ; il offrit pour ses cautions l'évê-

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que de Toulouse, Durand d'Albi, les évoques de Cahors el de Rodez, les comtes de Comminges, et plusieurs autres seigneurs. De son côté, le comte de Savoie constitua à Cécile de Baux, pour son augment, mille marcs d*argent sur les villes de Chambéry et de Montmeillan. Cet acte fut passé au château Narbonnais et la cérémonie des noces eut lieu le 18 décembre.

A son retour d'Italie, le comte Raymond tint à Toulouse une cour plénière, vers les fêtes de Noël, et y créa deux cents chevaliers, parmi lesquels on distinguait Bernard comte de Comminges et Jourdain de mie qui possédait quelques terres assez près de Toulouse, puisque à celte époque il fonda une église au lieu de Mondonville et y établit un prêtre pour la desservir.

Raymond se rendit ensuite dans TÂlbigeois, suivi des évêques de Toulouse et d'Albi, et de plusieurs autres seigneurs. Il se trouvait à Toulouse au commencement de Tannée 1245 et en partit vers la fin de février pour se rendre à la cour de France. Pendant le carême, il arriva jusqu'à Lyon où se trouvait le pape Innocent IV, revint ensuite dans sa capitale, et chargea Sicard de Montant de sommer le comte de Foix d'avoir à lui rendre le pays situé en deçà du Pas de la Barre compris dans le diocèse de Toulouse. Cette sommation aurait infailliblement ranimé la guerre entre ces deux seigneurs si le roi n'avait évoqué Faffaire.

Le pape avait convoqué à Lyon, un concile qui s'ouvrit vers la fin du mois de juin. Raymond VII s'y trouva ainsi que Févêque de Toulouse. Le comte de Provence s'y rendit aussi. Ce fut en présence du pape qu'on agita la question

du mariage dn comte de Toulouse et de Béatrix, fille de Raymond BéFenger, princesse dune rare beauté. Cette alliance ne pouvait être contractée qu'autant qu'on annulerait le mariage de Raymond avec Marguerite de la Marche. Le cardinal Octavien fut chargé d'examiner les causes de nullité. Ayant prouvé que Raymond VU et Marguerite étaient parents du troisième au quatrième degré, le mariage fut déclaré nul. On avait besoin d'une dispense pour contracter la nouvelle alliance projetée, et dans la ferme certitude où étaient les parties intéressées de l'obtenir, Raymond et Bérenger rentrèrent dans leurs états. La mort inattendue de ce dernier prince fit échouer le projet du comte de Toulouse : le pape n'accorda pas la dispense, et Béatrix épousa Charles, frère de Saint-Louis et fils de la reine Blanche, qui, dans cette circonstance, abandonna la cause de son cousin germain.

Raymond du Falgar, qui avait assisté au concile de Lyon, se rendit en 124S le bienfaiteur du monastère de Prouille en lui cédant les dîmes des lieux de Gratelause, de Lasserre, de Rodes et de Saint-Martin. L'abbaye de Grand- Selve vit alors à sa tête Odon de Château-Raoul de Beziers, qui brilla dans son temps par sa science théologique et qui fut créé chancelier de l'Eglise de Paris. Innocent IV le fil cardinal et évêque de Tusculum. Il eut pour successeur à Grand-Selve Pierre-Raymond, qui reçut en faveur de son monastère plusieurs donations de la libéralité de Geraud d'Armagnac. — Le monastère de la Capelle vit dans la même année deux de ses abbés descendre dans la tombe : c'était Raymond I" et Othon de Vico.

Zoen, archevêque d'Avignon, remplissait toujours les

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fondions de l^at dans la province puisqu'il donna la commission à Maurin, abbé de Saint- Ân1,onin, de forcer par toutes les peines canoniques Tévêque du Falgar de rendre à Tabbaye de Bolbonne certaines églises dont ce prélat s'était emparé. Maurin jouissait d un assez grand crédit à cette époque, car il fut aussi délégué par lautorité du saintsiége à Teffet de prendre des informations sur FélecUon d'un abbé intrus dans le monastère de Camp-Rond. Celui de Lézat était toujours gouverné par Pierre d'Albs, qui céda en 1245, à Arnaud de Belfage, le prieuré de Montesquieu, à la condition expresse qu il reconstruirait l'église et les bâtiments qui étaient tombés en ruines. C'est ici l'un des plus anciens monuments que nous possédions sur ce prieuré dont l'origine nous est inconnue.

L'abbâye de Saint-Théodard reçut à cette époque la visite de Guillaume de Guilhac abbé de la Cbaise-Dieu, qui y fit d'excellents règlements pour le maintien de la discipline Doionastique : ce qui paraîtrait indiquer que certains relâchements s'étaient introduits dans cette maison. Ce relâchement provenait peut-être des grands biens que possédaient les monastères. Ainsi, au mois de mars, Napardahalie, fille de Bernard d'Arcombat et veuve de Raymond-Arnaud de Pressac, céda a Etienne abbé de Belleperche les honneurs d'Embrèze et d'Artigat ; Pierre de Massamont lui céda aussi les terres de Colures el.de Pardeilhan.

Raymond d'Atignac II abbé de Saint-Papoul succéda, vers ce même temps, à Bernard d'Amilian. On le trouve dans une charte relative à l'abbaye de Montoulieu.

Le comte de Toulouse cherchait, tous les jours, à rentrer dans la possession de ses anciens domaines et appelait

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ses vassaux à lui rendre foi et hommage ; ainsi nous apprenons que Bernard de Morestan se déclara vassal du comte, en présence de Martin abbé de Sainte-Marie de Lombez. Nous voyons aussi Signis comtesse douairière d'Astarac et Odon vicomte de Lomagne lui céder, le 25 mars 1246, en présence, de Bernard comte de Comminges et de maître Guillaume de Puylaurens, son chapelain, tous les droits qu'ils avaient sur le comté de Fezensac. Pendant le mois d'avril, le comte parcourut ses domaines du Rouergue et de TAlbigeois pour y recevoir les hommages des divers seigneurs.

Raymond résolut alors de se rendre en pèlerinage à Saint- Jacques de Gompostelle, selon la coutume du temps. On croit que la dévotion ne fut ici que le prétexte de ce voyage, et qu'il désirait contracter une nouvelle alliance avec quelque princesse du côté des Pyrénées. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au moment où le comte entendait la messe dans l'église de Saint- Jacques, on vit entrer une daine d'une haute naissance et que le bruit se répandit qu'il l'avait épousée. Le 12 juillet, il était revenu de son voyage et se trouvait à Fanjaux lorsque Raymond du Falgar céda à Catherine de Salds, prieure de Prouille, rég)ise de, Saint- Martin située près de^ celle de Sainte-Marie, pour être incorporée et reconstruite dans l'enceinte du monastère.

L'évêque de Toulouse venait d'assister ' au concile de Beziers lorsqu'il fit cette donation à Prouille. Ce concile se tint au mois d'avril ; on y dressa quarante-six canons qui regardent l'extirpation de l'hérésie et l'observation de la paix. Ce fut à Beziers que Raymond du Falgar et les autres évêques écrivirent au pape pour l'engager, dans l'intc-

rèt de la religion et le salut des âmes, à favoriser les saints travaux des inquisiteurs ; ils font un grand éloge des frères prêcheurs, et se plaignent de ce que plusieurs hérétiques obtenaient à Borne des lettres des pénitenciers du siège apostolique par lesquelles ils éludaient les châtiments portés contre eux. Il parait que plusieurs évèques ennemis de la sainte inquisition avaient défendu aux inquisiteurs rentrée de leurs diocèses, puisque Raymond du Falgar avertit, de la part du pape, Tarchevêque de Narbonne et Févêque de Beziers d'empêcher, par le moyen des censures ecclésiastiques, les métropolitains de Vienne, Arles, Aix, Auch, Bordeaux et Bourges, ainsi que plusieurs autres évêques, d'interdire rentrée de leur ville aux frères prêcheurs.

Dans l'absence de Raymond du Falgar, Arnaud-Roger, .évêque de Comminges, se rendit dans le Toulousain pour y consacrer plusieurs églises, entr'autres, celle du lieu de Lavernose dédiée à saint Pierre. Cette église, construite dans le style bysantin, venait d'être terminée : ce qui ferait supposer que la partie de l'abside est beaucoup plus ancienne que le reste de l'édifice. La consécration solennelle eut lieu le 27 avril 1246, en présence d'un nombreux clergé et 'd'un concours immense de peuple. — Arnaud - Roger céda à Molinerie, abbesse de Pavas, les dîmes de Cusad et de Caseneuve, après avoir consacré l'égUse de Lavernose, et donna une preuve éclatante de son désintéressement en cédant k perpétuité, à ses successeurs dans le siège de Comminges, la terre de Saint-Frajou qu'il tenait de ses ancêtres.

Quoiqu absent de son diocèse, Raymond du Falgar n'oul)liait pas les intérêts de sa ville épiscopale. Pendant son

séjour à Lyon, il avait obtenu du pape Innocent IV une bulle en faveur de Funiversité de Toulouse, dans le but de donner aux études une organisation nouvelle et durable. Cette bulle reçut son exécution en 1246. Elle était conçue en ces termes : * Innocent évêque, à nos chers fils tous » les maîtres et écoliers de la ville de Toulouse : salut et » bénédiction apostolique. — Il existe donc en votre cité » qui est comme la maison de David une fontaine jaillis- » santé de science et de vie, aux eaux de laquelle ceux qui » ont soif vont se désaltérer, puisant avec joie dans les » sources du Sauveur afin qu'avec Rachel ils puissent y

■ faire boire les chameaux, c'est-à-dire les pécheurs con- » trefaits par leurs crimes, et que ces hommes qui ont

■ passé leur vie entière au sein des ténèbres y reçoivent

» quelque adoucissement à leurs maux. » Le pape déclare , ensuite que le chancelier de l'université de Toulouse sera créé en présence de l'évêque, du conseil de la cité, et de deux professeurs des écoles publiques ; qu'il prêtera serment de n'admettre à la licence que des sujets dignes de ce titre. A dater de la demande en licence, pendant trois mois on prendra toutes les informations possibles auprès de qui de droU touchant l'idonéité du candidat. Les professeurs en théologie et en décrets prêteront serment, en commençant leurs cours, d'observer fidèlement toutes les règles prescrites.

Le chancelier doit garder exactement le secret sur ce qui se passera au sein de l'Université. Il examinera ceux qui se présenteront pour enseigner la physique et les arts libéraux. Tout doit être réglé sur l'heure et la durée des leçons et des conférences (legendi et disputandî), sur le

tSO TEMPS INTgRMÂDIAIBES.

costume qui doit être adopté, les sépultures, les examens du baccalauréat, le prix des logements et de la nourriture. Le pape veut que, si on méprise les statuts de TUniversité, ou qu'on se livre à de criminelles exactions par rapport aux écoliers, ou à des voies de fait contre les professeurs, les leçons soient suspendues jusqu'à nouvel ordre.

L'évêque de Toulouse doit seul veiller a Texécution des statuts de VUniversité, et c'est dans ses prisons et non dans ^celles du chancelier que doivent être enfermés les coupables. Les vacances d'été ne doivent pas s'étendre au-delà tl'un mois. H est défendu aux écoliers de parcourir la ville en armes et d'y exciter du tumulte. Les professeurs ne doivent introduire dans leurs cours que des livres qui aient été approuvés par le concile provincial. On doit éviter, dans l'étude de la théologie, tous ces raisonnements inutiles qu'emploient ceux qui se disent philosophes. On ne doit discuter que sur des questions qui trouvent leur solution dans les livres théologiques on les écrits des SS. Pères. II est défendu d'employer la langue vulgaire dans les études. Si quelque écolier vient à mourir ab-intestat, ses biens seront placés sous la sauvegarde de Tévéque et de l'un des maîtres ; sa famille doit être avertie ; et si, dans un temps donné, les héritiers ou naturels ou institués ne se présentent pas, ces biens seront employés pour le plus grand bien spirituel du défunt.

Le pape écrivit encore au comte, aux capitouls, et aux habitants de Toulouse, pour les engager à défendre les privilèges de l'Université, et les féliciter de tout ce quils avaient déjà fait pour elle. Il écrivit enfin à Raymond du Falgav pour lui recommander les écoliers pauvres et mal-

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heureux, appelant sur eux toute la sollicitude de sa charité. Nous apprenons de ces lettres quil existait à cette époque, hors des murs de Toulouse, des hospices ou hôtelleries dans lesquelles on recevait les pauvres écolleus. Ces asiles ont donné lieu plus tard à la création des collèges des boursiers.

L'usage qui s'était depuis longtemps établi dans les monastères de donner des lettres d'agrégation à de hauts seigneurs, s'était perpétué jusqu'à l'époque que nous parcourons, puisque, vers la fin de l'année 1246, Guillaume de Dalbs, abbé du Mas-d'Azil, rendit Roger comte de Foix participant de tous les biens spirituels de son abbaye, à condition qu'il en prendrait la défense. Ce seigneur reçut alors l'hommage d'Arnaud de Comminges en qualité de vassal.

Le roi de France avait projeté le voyage d'outre-mer ; mais craignant que pendant son absence le comte de Toulouse ne causât quelque trouble dsms ses états, il le manda à sa cour. Raymond y arriva au mois de mars de l'année 1247. Le roi et la reine Blanche lui firent très gracieux accueil et le pressèrent de se croiser. Il ne s'y détermina qu'avec peine, parce que l'argent lui manquait. On lui promit de lui restituer le duché de Narbonne, et de lui donner trente mille livres pour fournir à la dépense. Le pape, ravi de ce que le comte s'était croisé, ordonna à son légat de lui remettre de sa part deux mille marcs sterling quand il serait arrivé en terre sainte. De son côté, Raymond écrivit au pape pour lui témoigner le désir ardent qu'il avait de bannir à jamais l'erreur de ses états.

De retour k Toulouse, le comte engagea se:^ barons, ses

ISS ' TEMPS LNTEKMÉOlÀiaES.

chevaliers et ses bourgeois à se croiser. Il fit équiper une flotte et se disposa à partir. Il voulut, avant de quitter là France, rendre un dernier devoir à la mémoire de son père Raymond VI : c'est ca qui TaVait déterminé à écrire au pape pour solliciter de lui Tabsolution du corps de ce prince. Innocent IV, accédant aux désirs du comte, adressa la bulle suivante à Guillaume évèque de Lodève, à Fr. Raymond de Cancio, et à Fr. Guillaume de Brives, cordelier, inquisiteurs à Toulouse : « Notre très cher fils le comte Raymond nous a exposé que son père étant mort sous Tanathème de Texcommunication, et son corps ayant été jusqu'à ce jour privé de sépulture, il avait obtenu des lettres de notre prédécesseur Grégoire qui avait donné commission à Tévêque d'Albi et à Tabbé de Grand-Selve de procéder aux informations. Ceux-ci n'ayant point accompli leur mandat, nous vous ordonnons de faire une recherche exacte de la vérité sur les articles qui seront proposés et d'en informer le siège apostolique. » Conformément à ces ordres, les commissaires se réunirent dans la maison du Temple, en présence des évêques de Rodez et d'Albi, de Jean de Clagarède, chanoine de Nîmes, de Bérenger de BentuUe, de Guillaume Bertrandi, chanoine de Lodève, de Jean Auriol, chanoine de Rodez, d'Amauri vicomte de Narbonne, et de Raymond Gaucelin vicomte de Lunel. Le comte de Toulouse présenta douze articles sur lesquels devaient porter les dépositions des témoins; il communiqua aussi le testament de son père dans lequel il donnait des marques non équivoques de sa catholicité. Cent témoins furent entendus, parmi lesquels on distinguait Raymond Escrivan, prévôt de Saint-Etienne,

des chanoines de celte église, le recteur de Saint-Pierre des Cuisines, un religieux de l'ordre de Grand-Mont, des hospitaliers de Saint- Jean, soit de la maison de Toulouse, soit de celle de Guaridech, des religieuses de la Grâce-Dieu de Tordre de Fontevrault, Tabbé de Calers, la prieure de Lespinasse, le sacriste de Belleperche, Sicard de Miramont, noble chevalier, Bibilienne de Marquefave, prieure de Longage (de longâ die) et un grand nombre d'autres personnages de distinction. L'audition de ces témoins dura pendant tout le mois de juillet. Les commissaires envoyèrent au pape le résultat de leurs informations ; de son côté, Raymond députa vers le pape à Lyon un fondé de pouvoirs pour solliciter la sentence d'absolution.

Le procureur du comte confia le soin de cette importante affaire à un prélat de la cour romaine, qui lui déclara que la sentence serait obtenue si le roi recommandait les intérêts de Raymond à Innocent IV. Il ne fut pas difticile d'obtenir de Louis IX les lettres qu'on sollicitait. Mais le procureur ne tarda pas à s'apercevoir que ce prélat, qui s'était déjà fait livrer une somme d'argent assez forte, avait disposé toutes choses sans le consentement du pape, qui ne trouva pas sufr fisantes les informations qu'on avait déjà faites. Le comte de Toulouse, ayant appris ce résultat, défendit à son procureur de passer outre.

Cependant, le 19 novembre 1247, le pape fait expédier une nouvelle commission à l'archevêque d'Auch et aux évèques du Puy et de Lodève. Le pontife parle des démarches que le comte de Toulouse avait faites pour obtenir à son père les honneurs de la sépulture, et rappelle la mission qui avait été donnée par Grégoire son prédécesseur à

i3i TEMPS INTEBMÉOIAIBES.

d'autres prélats de faire une enquête sérieuse sur la manière dont Raymond VI avait quitté la vie. 11 accuse réception des dépositions des témoins ; mais il déclare qu'il ne peut encore donner droit a la requête à cause de quelques défauts dans les formes. En. conséquence, il charge ces nouveaux commissaires de s'assurer par tous les moyens possiWes de la vérité des faits, et de faire inhumer ie corps en terre sainte.

On ignore quel fut le résultat de cette conmiission pontificale; ce qu'il y a de certain, c'est que le corps de Raymond VI demeura toujours sans sépulture, enfermé dans un cercueil de pierre, hors de Féglise des chevaliers de Malte, et que Ton montrait la tête du prince comme objet de curiosité. Ainsi Raymond VII ne put jamais réussir à contracter un nouveau mariage ni à procurer à son père les honneurs d'une sépulture chrétienne.

Vers le mois d'août il fit un second voyage en Espagne, peut-être pour chercher à contracter quelqu'autre alliance. Avant son départ, il voulut témoigner l'horreur que lui avait inspirée le meurtre des inquisiteurs à Avignonet : il écrivit des lettres à tous les consuls et juges de ses états dans lesquelles il ordonna à tous ses sujets d'assister aux prédications des dominicains et des frères mineurs partout où ces religieux porteraient la parole divine.

Les inquisiteurs Bernard de Cancio et Jean de Saint- Pierre, sous la protection du comte dt Toulouse et de Raymond du Falgar, firent à cette époque une recherche exacte des hérétiques en cette ville. Ils en ramenèrent plusieurs :iu sein de l'Eglise et en condamnèrent beaucoup d'autres à la prison perpétuelle. On appelait en langue vulgaire ces

TEMPS INTERHÉDUIEES. ISo*

condamnés les Emmurais; — c'est sans doute de ce nom qu on appela la prison de Tinquisition les Hauts-Murats, nom qui a été conservé jusqu'à ce jour.

L'évêque de Toulouse confirma, cette année, à Jean abbé de la Capelette, la donation des églises de Meiran, de Saint- Jean de Boutes, de Rastiniac et dHémerville, que Foulques avait cédées à ce monastère sous la rente de trois livres de cire. Cet acte fut signé par Raymond Escrivan, prévôt de Saint-Etienne. — L'abbaye de Grand-Selve fut enricbie, à cette époque, par les libéralités d'Othon de Terride, pendant que Hugues de Valhs s'engageait à défendre l'abbaye de Lézat contre ses injustes agresseurs. Cet engagement fut pris entre les mains de Pierre de Daibs, qui obtint du pape Innocent IV le privilège d'user des ornements pontificaux dans la célébration des saints mystères. — Cet illustre abbé se montra toujours plein de sagesse et de prudence. Il fit réunir en un seul livre toutes les chartes relatives h l'abbaye, et gouverna celte maison jusqu'à l'année 1251.

Alphonse abbé de Saint-Théodard fit, cette année, des règlements par lesquels il fut statué qu'on n'exigerait, pour les sépultures dans le cimetière de son monastère, que ce qui aurait été réglé par le testament du défunt. Il termina aussi quelque différend qui existait entre Bertrand de Montaigul, camérier de Saint-Théodard ^t prieur de Castelsarrasîn, frère Raymond de la Bruguière, maître recteur de la maison de Ville-Dieu, et les frères de cet hospice.

Guillaume de Corossèles, abbé de Camon, eut pour successeur, en 1247, Peylavit, dont le nom se trouve dans quelques chartes de cette époque. Bernard d'Albars, abbé de Bolbonne, mourut vers ce même temps. Il fut remplacé

486 TEMPS INTEBMÉDIAIRES.

par Bérenger III, qui reçut au nombre des religieux un seigneur de la maison de Foix nommé Raymond qui , à cette occasion, donna tous ses domaines à ce monastère.

L'absence du comte de Toulouse ne fut pas de longue durée puisque nous le retrouvons, au mois de décembre 1247, à Lavaur. Au commencement de Tannée suivante, il fit ses préparatifs pour le voyage d outre-mér, assembla les habitants dans le palais commun, et déclara que le consulat de Toulouse appartenait en propre à leur commune et qu'elle avait Fautorité d'élire, tous les ans, ses consuls au nombre de vingt-quatre, douze de la cité et autant du faubourg.

Désirant donner au pape de nouvelles garanties de son zèle', il lui écrivit pour le prévenir qu'un grand nombre d'hérétiques étrangers s'étaient introduits dans ses états, et le pria de donner des ordres pour en faire la recherche. Innocent IV acquiesça promptement aux désirs du comte : il écrivit d'abord à l'évêqué d'Albi , lui permettant de délivrer de prison, du conseil des inquisiteurs, les hérétiques qui y étaient renfermés et qui donnaient de véritables marques de pénitence, à condition qu'on leur imposerait des satisfactions convenables. Il commit ensuite l'évêqué d'Agen par des lettres qui portent la date du 29 avril 1248, et lui ordonna d'informer dans les terres du comte Ravmond, avec le conseil des inquisiteurs des lieux et des diocèses, et en observant les formalités prescrites. Il permit , à la prière de Raymond, à ceux des sujets de ce prince qui n'étaient retenus en prison que pour un temps ou qui n'étaient condamnés qu'à porter des croix pour crime d'hérésie, de se croiser et de marcher au secours de la terre

sainte. Il permit même à ce prélat, ou à son défaut à Farchevêque d'Auch, de faire grâce a ceux qui , étant condamnés à une prison perpétuelle et ayant donné des marques d'un sincère repentir, se croiseraient. Nous apprenons, des lettres que le pape écrivit aux inquisiteurs de la province de Narbonne, que quelques hérétiques s'étaient saisis des registres de l'inquisition et qu'ils les avaient brûlés au sortir d'une assemblée, après avoir tué le clerc ou le curseur du saint tribunal.

Raymond se trouvait à Toulouse au mois de juin 1248, puisqu'il y passa un accord dans Iç château Narbonnais avec Durand, évêque d'Albi, et Sicard d'Alaman, son chancelier, au sujet de la monnaie d'Albi. 11 fut stipulé que le comte et ses successeurs auraient le tiers de cette monnaie, l'évêque un autre tiers, et Sicard un autre tiers. On trouve dans cet acte que la monnaie d'Albi, dite des Ramondins, se fabriquait a Gastelnau de Bonafos, qui était un fief appartenant à Sicard, sous la mouvance du comte de Toulouse.

Raymond, ayant appris que le roi était arrivé à Aiguesmortes, se rendit auprès de lui. En passant à Sauran dans le Minervois, il échangea, le 6 août , avec Bérenger et Gautier de Saint-Jean, les terres que Pierre Amelii avait possédées a Montaigut contre la forteresse de la Bastide-de- Beauvoir et une vigne située entre cette forteresse et la ville de l'Isle. C'est ici le plus ancien monument que nous possédions sur cette dernière cité qui fut bâtie au treizièmç siècle, sur les ruines du château de Montaigut en Albigeois.

Le comte arriva à Aiguesmortes vers la mi-août et y conféra avec le roi, qui s'embarqua le 25. \\ se rendit ensuite à Marseille, dans le dessein de s'embarquer aussi sur

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un grand vaisseau qu il avait fait équiper à ses frais. Stj trouvant à Tlsle dans le Venaissin, il y confirma les privilèges de la ville de Gaillac. La saison se trouvant trop avancée, il remit son départ à Vannée suivante, du conseil des seigneurs qui raccompagnaient, et quitta les bords du Rhône pour se rendre dans le Rouergue.

Il existait à cette époque un célèbre hôpital situé dans le territoire de Montauban et dont Tadministration dépendait de révoque de Toulouse. Au moyen-âge, les prélats avaient en général le gouvernement direct de tous les asiles de bienfaisance. Raymond du Falgar confia la direction de cet hôpital à un chapelain nommé Guillaume Tustan, qui prêta serment à Tévéque en qualité de feudataire.

Maurin gouvernait toujours Tabbaye de Saint-Antonin de Pamiers, et se montrait plein de zèle pour les intérêts matériels de sa maison. En 1248, il fit un accord avec Fabbé de Bolbonne, d'après Tarbitrage de celui de Bonnefont, et reçut d'Arnaud de Castlard foi et hommage pour le village et la forteresse de ce nom, que ce seigneur déclara avoir reçus en fief des tenants de Tabbaye. — Celle de Calers reçut aussi plusieurs domaines des libéralités d'Artaud- Guillaume de Beaumont. Ces domaines étaient situés a Mornac. Cette donation se fit entre les mains de Ravmond de Fortanier, qui gouverna cette maison jusques à Tannée suivante.

En attendant Tépoque de son départ projeté, le comte Raymond , au commencement de Tannée 1249, parcourut ses domaines. A la fin du mois de janvier, il se trouvait k Agen, ensuite k Verdun-sur-Garonne, et le 11 avril à Toulouse, où il reçut Thommage d'Izarn Jourdain et de

TEMPS INTEBMÉDUIRES. 489

Bernard , fils de feu Bertrand Jourdain. Ces deux frères étant morts sans postérité, Jourdain IV seigneur de Tille- Jourdain, leur cousin germain, leur succéda dans la seigneurie de Launac et dans la portion de la yicomté de Gimoër, dont ils avaient hérité de Bertrand leur père. Le comte se rendit ensuite à Logrono en Castille, où il eut une conférence avec Tintant Alfonse, fils du roi de cette province. Il y séjourna pendant quinze jours, sans doute pour cause de maladie, car, étant rentré dans ses états, il y fîit attaqué vers le mois de mai d'une inûrmité assez grave. Nous le rencontrons, le 10 juin, a Agen, où il reçut rhommage d'Arnaud Garsias du Fossat pour divers châteaux de TAgenais.

Le fils de Simon de Montfort duc de Leycestre gouvernait alors la Gascogne au nom du roi d'Angleterre. Il avait entrepris une expédition dans le pays contre les vassaux du comte de Toulouse, et avait fait prisonnier Geraud d'Armagnac, Tun d'entr'eux. Arnaud Athon vicomte de Lomagne s'était jeté dans son parti. Le comte, justement irrité de cette félonie, le somma à Agen de lui remettre le château d'Auvillar et de faire rendre la liberté à Geraud d'Armagnac. Le vicomte refusa d'obéir, ce qui n'empêcha pas son suzerain de se saisir de tous les domaines qu'Arnaud Athon possédait dans TAgenais.

n y avait à Agen un assez grand nombre d'hérétiques ; quelques-^uns se convertirent à la foi chrétienne, quelques autres, au nombre de vingt-quatre, résistèrent à toutes les sollicitations. Raymond les fit paraître devant lui et employa d'abord tous les moyens de persuasion pour les engager à renoncer à leurs coupables erreurs. N'ayant pu

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les gagner, il les condamna à mort , c'est-à-dire à être brûlés. La sentence fut exécutée.

Dans le cours de Tannée 1249, Raymond du Falgar céda tous ses droits sur Téglise de Sainte-Marie de Broms et toutes ses dîmes à Molinerie, abbesse de Fabas, ainsi que les dîmes de Saint-Martin de Longue-Selve, à la charge de la part des religieuses de ce couvent de payer à révoque une rente annuelle de deux livres de cire et de poivre. Cet accord fut approuvé par Raymond Escrivan, prévôt de Saint- Etienne. Il confirma aussi Tabbaye de Montoulieu dans la , possession de diverses églises. Nous le trouvons choisi pour arbitre dans un différend qui existait entre le vicomte de Narbonne et l'archevêque de cette ville. Non seulement Falgar se montra plein de zèle pour les intérêts de son Eglise, mais encore pour ceux de sa famille, car il adressa des lettres de remercîment à labbé de Lagrasse au sujet de quelques services que ce- dernier avait rendus à Guillaume du Falgar, son neveu.

Arnaud Garsias, quatrième du nom, succédait vers ce même temps à Matthieu de Saint-Félix dans le gouvernement de l'abbaye de Feuillants.

Un scandale, toujours affligeant pour la religion, eut lieu dans le Toulousain entre les abbés de deux célèbres abbayes, celle de Saint-Antonin de Pamiers et celle de Bolbonne. Ces abbés, Maurin de Pamiers et Bérenger III de Bolbonne, eurent cette année-lk un bien grave différend au sujet du domaine de Bonrepos. La discussion devint si vive que non seulement les deux champions s'accablèrent d'injures, mais se battirent violemment, à tel point que Bérenger fut grièvement blessé. Ce différend ne put être apaisé que

TEMPS INTEBSIËDU[BE§. 194

par l'intervention du comte de Foix, de l'abbé de Preignan et de celui de Saint- Saturnin de Toulouse.

Une éclatante lumière brillait alors à Toulouse dans l'ordre des frères prêcheurs : c'était le frère Maurice, que nos annales nous représentent comme un orateur très éloquent et im célèbre controversiste. Il était né à Toulouse d'une illustre famille, et avait embrassé assez jeune la règle de saint Dominique. On raconte que, passant un jour à AIbi et demeurant cbez les cordeliers de cette ville, ces religieux lui dirent qu'ils souffraient beaucoup de la disette d'eau. Aussitôt il se mil en prière, et une source abondante jaiUit sous ses pas. H mourut peu de jours après qu'il eut opéré ce prodige, et fut inhumé dans l'église des cordeliers d'AIbi, où an grand nombre de guérisons miraculeuses s'opérèrent sur son tombeau.

L'ordre de saint Dominique comptait encore dans ses rangs un autre éminent personnage à Toulouse -. c'était frère Raymond de Cancio, inquisiteur de la foi , dont nous avons déjà parlé au sujet des informations sur la mort de Raymond VI. U fut le fondateur du couvent des dominicains d'Agen , où il mourut en 1260. Sa mort et sa gloire furent révélées à an religieux de son ordre par une vision céleste.

Après l'auto-da-fé d'Agen, Raymond VII partit pour aller joindre sa fille Jeanne et son gendre Alfonse à Aiguesmortes où ils devaient s'embîu"quer. Il prit congé d'eux et partit pour Milbaud en Rouergue, qui devait être le terme de sa course. Là, il fut tout-à-coup attaqué d'une fièvre ardente, ce qui ne l'empêcba pas cependant de coniinuer sa roule. Arrivé à Tris, près de Rodez, il fut obligii de Prévenu de sa mort prochaine, il fit alors apiiclcr

un saioL^^^^^^^I

492 TEMBS LNTBRMÉDUiaBS.

ermite du pays, Guillaume Albaronier, et lui fit une confession générale de sa vie. L'évèque d'Albi lui administra le saint viatique, qu il reçut dans les sentiments de la plus haute piété. Dès qu'il apprit que le saint-sacrement était entré dans son palais, il se leva, alla au devant de son Dieu, et communia à genoux sur le pavé de sa chambre. Les évoques de Toulouse, d'Agen, de Cahors et de Rodez, ses principaux vassaux et les consuls de Toulouse, se rendirent à Tris. Leur avis était de le faire transporter à Toulouse, mais il voulut qu'on le portât a Milhaud, où il fit , le 23 septembre, le testament suivant :

« Au nom de la sainte et indivisible Trinité, ainsi soit-il. Telle est ma volonté dernière : « Je, Raymond, par la grâce * de Dieu comte de Toulouse, marquis de Provence, fils de » la reine Jeanne, étant sain d'esprit , je fais ici mon tes- » tament , révoquant tous les autres. Je choisis ma sépul- » ture à Fontevrault, où reposent Henri roi d'Angleterre, » mon aïeul, le roi Richard mon oncle, la reine Jeanne » ma mère, aux pieds de laquelle je veux être inhumé. > J'entends que toutes mes injustices de quelque nature » qu'elles puissent être soient réparées. Je laisse dix mille » marcs sterling pour le repos de mon âme, ainsi répar- » ties : cinq mille à Fontevrault, auquel je laisse aussi mes » vases d'or et d'argent, mes parures, mes anneaux et mes » diamants ; quarante marcs au monastère de Lespinasse » du même ordre ; cent marcs a celui de Brs^airac ; cent » marcs à celui de Longage ; cent marcs à celui de Sainte- » Croix ; cent marcs à celui de Saint-Laurent de Goujon ; » cent marcs à celui de Fabas ou l'Oraison-Dieu : cent » marcs au prieuré de Prouille ; cent marcs au monastèro

TBVPS INTEILHlftDUIRIS. 493

(le Sainte-Marie du Bosquet au diocèse de Trois-Châteaux; cent marcs à celui de Saint- André de Vaison. » Je laisse, de plus , pareille somme à l'ceuvre de Saint- Etienne de Toulouse; pareille somme à Tonivr^ de Téglise de Grand-Selve ; pareille somme à Tabbaye de Feuillants ; cent marcs à celle d'Eaunes ; cent marcs à celle de Bonne- Combe. Indépendamment de cette somme de dix mille marcs, je laisse encore à Fontevrault tous mes bœufs, vaches, brebis et bêtes de somme qui se trouveront dans mes granges et bergeries. Je laisse aussi cent marcs à l'œuvre de Téglise de Belleperche. Quant à ce qui restera sur les dix mille marcs, mes exécuteurs testamentaires en disposeront à leur gré pour le bien de mon salut.

» J'institue pour mon béritiëre et légataire universelle Jeanne, ma fille, épouse de noble Âlfonse comte de Poitiers. J'ordonne que toutes mes dettes soient exactement payées sur les biens que je laisserai à Texclusion de dix mille marcs, et cela sans aucuns frais de justice. J'accorde à tous mes barons et chevaliers, a tous les possesseurs des églises et monastères, à toutes les villes, aux châteaux et villages de nos domaines, la confirmation de leurs privilèges et libertés ; défendant qu'on les vexe jamais au sujet des tailles ou exactions que ma volonté, et non la justice, leur avait imposées.

» J'ordonne que notre cher et fidèle serviteur Sicard d'Alaman gouverne nos états, en perçoive les revenus en établissant des officiers suffisants, et qu'il acquitte toutes nos dettes et nos legs avec le secours des commissaires que je nommerai , jusqu'à ce que ma fille entre en pos-

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» session de mes domaines . Je nomme mes exécuteurs » testamentaires les évêques de Toulouse, d'Agen, d'Albi, » de Gahors, de Rodez, de Carpentras et de Cavaillon ; les » nobles seigneurs comte de Gomminges, Sicard d'AIaman, » et quatre citoyens de Toulouse, au choix de ces derniers, » les chargeant d'exécuter avec toute l'exactitude possible » mes dernières volontés. »

Le lendemain, Raymond ajouta un codicille à ce testament. 11 y déclara que, s'il guérissait de son infirmité, il accomplirait le voyage d'outre-mer ; et s'il ne pouvait pas l'accomplir, il voulait que son héritière envoyât en Terre- Sainte cinquante milices. Il ordonna de rendre au pape les sommes qu'il avait reçues du vingtième sur les biens ecclésiastiques, les legs et le rachat des vœux ; il prescrivit enfin à son héritière de rendre au roi de France et à la reine sa mère l'argent reçu pour son passage au-delà des mers.

Après avoir fait toutes ses dispositions et recommandé de rendre au pape tout l'argent qu'il en avait reçu pour combattre les ennemis de l'Eglise, Raymond reçut Texlrêmeonction, et expira le 27 septembre 1249, à l'àgè de cinquante-deux ans. Son corps, embaumé et déposé dans un cercueil précieux, fut apporté avec pompe, par Albi, Gaillac et Rabastens, jusqu'à Toulouse, où furent célébrées ses funérailles avec une incroyable magnificence, au milieu des larmes de tous les habitants. De Toulouse, son corps fut transporté en bateau au monastère de Paradis en Agenais, où il demeura en dépôt jusqu'au printemps de l'année suivante. De la il fut porté à Fontevrault, où il fut inhumé dans le chœur des rehgieuses, aux pieds de Jeanne d'Angleterre, sa mère.

TEMPS INTERMÉDlàlRES. 19S

Tous le peuples soumis à la domination de Raymond VU donnèrent de justes regrets a sa mémoire. Il était plein de douceur et de générosité, magnifique dans ses manières, et se faisait remarquer par la droiture de son esprit. Il jouit dans son siècle de la réputation d'un grand capitaine, et il signala sa valeur soit pour recouvrer le patrimoine de ses ancêtres, soit pour poursuivre les différentes guerres qu'il eut à soutenir. On ne jeta jamais aucun soupçon sur sa catholicité, et sur la fin de sa vie il poursuivit les hérétiques avec une étonnante vigueur. Il eut beaucoup à souffrir de la part de quelques évêques qui, pour des intérêts purement temporels, le chargèrent d'excommunications : ce qui obligea le pape de modérer leur zèle et de prendre sa défense. Grégoire IX et Innocent IV l'honorèrent de leur amitié et de leur confiance.

D'irrécusables monuments attestent sa grande libéralité envers les égUses et les monastères; il n'en existait aucun dans ses vastes états qui n'eût reçu des marques de sa munificence. Il se montra très jaloux de son autorité, et administra ses domaines avec une constante et exacte vigilance. A sa mort, Raymond Vil possédait 1** le comté de Toulouse qu'il tenait de ses ancêtres, à la réserve du comté de Foix et des terres de Mirepoix, sur lesquels il prétendait exercer les droits de souveraineté ; 2** la partie de l'Albigeois située à la droite du Tarn, le Rouergue et le Querci ; 5« l'Agenais, qui avait été donné en dot à Jeanne d'Angleterre, sa mère ; 4** le marquisat de Provence ; la vicomte de Marseille, que les habitants lui avaient cédée; 6° enfin la suzeraineté sur les comtés de Comminges, d'Astaraa et de Fezensac. et sur le comté de Diois.

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Tels étaient les domaines que Raymond YII transmit à Jeanne, sa fille et son unique héritière, femme d'Alfonse comte de Poitiers et frère du roi.

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