‹ Histoire générale de l'église de Toulouse (volume 4)Chapitre 9 sur 20 · III · texte numérisé non relu

III

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Selve et qu*il refusa cette dignité, refus pour lequel il fui légèrement puni, ayant donné de très justes raisons pour se justifier. •

On place dans Tannée 1240 la mort de Grimoald, évêque de Comminges, qiïi fut inhumé dans Féglise de Sauve- Majeure. Il eut pour successeur Arnaud de Roger, fils de Bernard III comte de Comminges et de Béatrix, troisième femme de ce setg;neur. Il était frère de Bernard IV. Il avait été abbé de Bonnefont quand il fut élu évéque de Ck)mminges.

Vers la fin de cette année, Raymond VII résolut de faire un voyage à la cour de France. Avant son départ, le 5 décembre, il reçut Fbommage de Pierre vicomte de Lautrec pour le cbâteau de la Bruguière dans le Toulousain. Nous trouvons dans cet acte les noms de quelques familles seigneuriales du pays, tels que ceux de Montaigut, d'Escalquens, de Dieupentale et du Lac. Trois jours aprè^ il donna le bail de la nouvelle monnaie de Toulouse pour être fabriquée du poids de dix-sept sols.

Intimement persuadé qu'il ne serait jamais en sûreté tant qu*il n'abandonnerait pas le parti de Tempereur pour se ranger du côté du pape, il fit, au commencement de Tannée 1241, un traité avec le cardinal légat Jacques, évêque de Palestrine, et lui promit par serment d'obéir aux ordres du pape, de TEglise romaine et du légat, contre Frédéric et ceux qui soutenaient le vice de son élection. Cest ce que nous apprenons de la lettre suivante qu'écrivit^ au mois de mars, Raymond VII étant à Clermont en Auvergne : — « A Roger-Bernard comte de Foix, à Arnaud Othon d'Au- « villars, aux consuls de Toulouse, d'Agen, de Montauban

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» et de Moissac, salut. Nous vous faisons savoir que des accords ont été passés entre le légat, évêque de Preneste, et nous ; qu'il a été convenu que vous prêteriez entre ses mains le serment suivant : « Nous sommes garants des engagements qu'a pris notre seigneur le comte, et s'il venait à les enfreindre, nous appellerons contre lui et ses successeurs l'indignation de la sainte Eglise. » — Nous vous enjoignons, ajoutait le comte, de prêter ce serment quand vous en serez requis par le légat. » Nous savons, d'un autre côté, qu'il s'engagea à se trouver avec l'évêque de Toulouse au concile que le pape avait convoqué à Rome contre Frédéric.

Arrivé à Montargis, Raymond y rencontra Louis IX, a qui il promit par serment, le 14 mars, comme à son seigneur-lige, de le servir envers et contre tous; de faire la guerre aux ennemis de ce prince dans tout le pays d'Albigeois; de détruire tous les châteaux qu'il avait promis de détruire depuis la paix de Paris ; de démolir celui de Monségur, et de chasser de ses états les proscrits (feiditos). Pour montrer au roi la sincérité de ses serments et céder k son invitation ainsi qu'à celle du roi d'Angleterre et de Richard son frère, il fit alors sa paix avec Raymorid Bérenger comte de Provence.

Son séjour à la cour dura peu ; accompagné de l'évêque de Toulouse, il prit la route de Marseille, dans le dessein de se rendre à Rome. A son passage à Lunel, il y rencontra Jacques, roi d'Aragon. Le 18 avril, ils firent un traité par lequel ils se liguèrent pour le soutien de la foi catholique. Le roi promit au comte d'agir puissamment auprès de la cour romaine pour obtenir en sa faveur l'absolution de

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toutes les sentences d'excommunication qu'il avait encourues, et obtenir aussi la dispense nécessaire pour pouvoir épouser Sancie, fille du comte de Provence.

Le lendemain 19 avril, Raymond reconnut tenir en fief de Durand, évéque d'Albi, le château de Bonafous que Sicard d'Âlaman tenait en fief de lui-même. Parmi les signataires de cet acte, on trouve Gui Fulcodi, que le comte employa dans diverses affaires et qui devint pape sous le nom de Clément IV. Raymond du Falgar fut présent à Tentrevue du roi d'Aragon et du comte. S'étant avancé jusqu*à Beaucaire, il y rencontra plusieurs prélats français qui, n'ayant pu s'embarquer pour se rendre au concile et n'osant faire leur chemin par terre, rentraient dans leurs diocèses. Falgar, plus courageux, poussa jusqu'à Aix et se rendit à Marseille avec plusieurs prélats afin d'y attendre une occasion favorable pour le trajet. Le comte de Tou- .louse vint l'y joindre. Après avoir appris que la flotte de l'empereur occupait les côtes, ils se dirigèrent du côté du Rhône.

Le 30 mai, Raymond VU, étant a Gavaillon dans la chambre de l'évêque, déclara à Jean, archevêque d'Arles, qu'il tenait de lui en fiefs l'église d'Arles, le château de Beaucaire et la terre d'Argence. Au mois de juin, il était à Montpellier, où il eut une* entrevue avec le roi d'Aragon. Ce fut dans cette entrevue mémorable, qui eut lieu le 5 juin, qu'il fut question de la dissolution du mariage du comte de Toulouse et de Sancie d'Aragon. On arrêta que le comte de Provence engagerait cette princesse à demander elle-même son divorce devant des juges délégués par le saint-siége, et que dans le cas de refus il la ferait sortir

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de ses états où elle s était retirée. On stipula ensuite que Raymond demanderait de son côté ce divorce, et donnerait à Sancie mille marcs d'argent et cent marcs de pension annuelle. L*évêque.de Toulouse signa ces accords.

Sancie, qui depuis longtemps vivait séparée de son époux, était la sœur du fameux Pierre roi d'Aragon, et conséquemment la tante de Jacques et du comte de Provence qui abandonnaient les intérêts de cette princesse. Raymond désirait ardemment divorcer avec elle, dans la pensée qu'il pourrait avoir des enfants d'une autre alliance et enlever ainsi une grande partie de la succession à Alphonse, frère du roi et époux de Jeanne sa fille. II fut demandé an pape des commissaires pour examiner les motifs du divorce. Grégoire désigna Durand, évêque d'Albi, et le prévôt de Saint-Salvi de la même ville. Les commissaires, le comte de Toulouse, Sancie d'Aragon, et plusieurs prélats se rendirent à l'ile de la Vergue, entre Beaucaire et Tarascon. On évoqua des témoins qui prouvèrent que Raymond YI avait tenu sur les fonds Sancie ; qu'ainsi son fils n'avait pu l'épouser. Cette femme, interrogée à son tour, n'opposa qu'un profond silence à toutes les questions. Alors les commissaires prononcèrent la nullité du mariage. Après cette assemblée, Sancie se retira au château de Padernes dans le Venaissin, où elle mourut quelques années après (en 1249).

Ce fut en vain que le comte de Toulouse pria Raymond du Falgar de se rendre à l'ile de la Vergue, le prélat demeura a Beaucaire et ne voulut pas participer à la sentence du divorce : chose assez bizarre puisqu'il avait signé l'accord de Montpellier où le divorce avait été résolu. Louis IX,

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Alphonse et Jeanae surent beaucoup de gré à ce prélat de n avoir pas assisté à rassemblée de la Vergue et lui en témoignèrent leur reconnaissance. Il parait que Raymond du Falgar avait eu quelques doutes sur la validité des témoignages.

Après rassemblée de la Vergne, Raymond VII reçut à Lunel rbommage de Roger IV comte de Foix, qui venait de succéder à son père Roger-Bernard. Ce dernier était mort à Bolbonne où il s'était retiré et où il avait pris Thabit religieux. Par son testament, il cbôisit sa sépulture à Bolbonne, institua pour son bérilier Roger son fils, et fit plusieurs legs à diverses églises. Roger-Bernard fit briller sa valeur pendant la guerre des albigeois, et ses vertus civiles et militaires lui méritèrent le surnom de Grand. Il eut d'Ermessinde, héritière de la vicomte de Castelbon, Roger qui lui succéda et Esclarmonde qui épousa Raymond vicomte de Cardonne. Il épousa en secondes noces Ermengarde de Narbonne, de laquelle il eut Cécile qui fut mariée à Alvare comte d'Urgel.

Quelque temps après avoir reçu à Lunel Thommage du comte de Foix, Raymond VII se rendit à Aix, et là, de concert avec le roi d'Aragon et le comte de Provence, il traita des moyens à prendre pour conclure son mariage avec Sancie, fille de ce dernier. H fut décidé qu'on demanderait au pape la dispense nécessaire, et qu'en attendant le roi d'Aragon épouserait Sancie par procuration : ce qui fut exécuté au mois d'août 1241, en présence de plusieurs prélats, et entr'autres de Raymond du Falgar évêque de Toulouse .

D'Aix le comte de Toulouse se rendit à Beaucàire. Ce

fut dans celte ville qu il confirma les coutumes et les privilèges du lieu et du château de Buzet dans le Toulousain et qu'il apprit la mort de Grégoire iX. Cette mort déconcerta tous ses projets de mariage avec Sancie de Provence. Il rentra de suite après dans sa capitale, et s'y trouvait le 2 du mois de septembre puisqu'il y reçut l'hommage de Raymond Jourdain, en présence de Bernard de Comminges. Ce seigneur était de la maison de l'Ille dont Jourdain V était alors le chef.

Ne pouvant réaliser son projet de mariage avec Sancie de Provence, Raymond YII demanda la main de Constance, fille de Hugues de Lésignan comte de la Marche. Des vues d'une haute politique déterminèrent le comte à cette demande. Comme il désirait recouvrer les domaines qu'il avait cédés au roi par le traité de Paris, il se ligua avec Hugues qui était assez mécontent de la cour de France. Hugues avait épousé Isabeau comtesse d'AngouIëme, mère de Henri roi d'Angleterre. Au mois d'octobre, ce dernier conclut avec le comte de la Marche une ligue offensive et défensive contre Louis IX. Le roi de Navarre, celui de Castille, celui d'Aragon et Trincavel entrèrent dans cette ligue, pour laquelle Raymond VII passa les Pyrénées parce que les deux derniers princes se trouvaient alors au-delà de ces montagnes. Le voyage du comte de Toulouse en Catalogne fut d'assez courte durée, puisqu'au mois de décembre il reçut l'hommage de Bernard VII comte de Comminges pour les châteaux de Muret et de Samatan. Bernard VI mourut subitement à Lantar, le jour de S. André , et fut inhumé dans l'abbaye de Bonnefont. Il laissa un autre fils nommé Arnaud-Roger, dont nous parlerons plus tard.

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Dans Tannée 1241, le monastère de la Daurade à Toalouse fut enrichi d un très grand nombre de reliques par les soins de Pierre d'All)s, son prieur, et les libéralités des églises de Sainte-Vivienne, de Saint-Adrien, de Saint^ean de Latran et de Saint-Paul. Des chartes authentiques nous ont conservé le long catalogue de^ reliques qui furent alors cédées à ce monastère. Parmi ces reliques, nous trouvons celles de Sidrac,'Mizac et Abdenago, les enfants jetés dans la fournaise de Babylonne ; des restes des cinq pains que le Sauveur multiplia dans le désert ; des restes de la tunique du roi David et du bâton de saint Paul, etc. Pendant que Féglise de la Daurade s'enrichissait de nombreuses reUques, le prieuré de Lespinasse, qui était alors gouverné par une dame nommée Arsende, recevait quelques domaines d'un seigneur du pays, Guillaume d'Anoch.

Au mois de février 1242, Raymond VII reçut à Castelsarrasin Fbommage de Guillaume de Gourdon pour plusieurs domaines qu'il possédait dans les diocèses de Cahors et de Périgueux. Il partit ensuite pour TAgenais et tomba malade au château de Penne. La maladie fit des progrès si rapides, qu'on désespéra bientôt de sa vie. Le comte fit alors appeler l'official d'Agen, le curé du lieu, le chapelain du château, et leur demanda l'absolution de l'excommunication qu'il avait encourue pour plusieurs entreprises et usurpations exécutées contre les églises de Provence, contre l'église de Cavaillon et son évêque, et celle du Mas d'Agenais. Le comte promit par serment d'obéir aux ordres de l'Eglise et d'extirper l'hérésie. Alors l'excommunication fut levée, sur la parole que les médecins donnèrent que le prince se trouvait à l'extrémité. L'acte de l'absolution nous

apprend que le comte avait alors quatre médecins auprès de loi, et qu'il existait à Toulouse une école de médeciùe formée de professeurs et d'un régent nommé Lomp Ispan. Dès qu'il fut guéri, le comte revint à Toulouse. Au mois d'avril, ayant assemblé ses vassaux, il leur fit part du dessein qu'il avait formé de déclarer la guerre au roi de France, de concert avec le comte de la Marche et le roi d'Angleterre, et leur demanda conseil et secours. Us furent d'avis qu'il fallait prendre les armes. Le comte de Foix énonça en ces termes son avis sur cette guerre : « Sachent » tous que nous Roger, par la grâce de Dieu comte de

• Foix et vicomte de Castelbon, étant requis par vous » Raymond, par la grâce de Dieu comte de Toulouse,

• notre seigneur, de vous donner conseil pour savoir si

> vous ferez présentement la guerre avec vos alliés au roi » de France pour recouvrer vos domaines; après avoir » considéré très attentivement de combien de pays le roi » vous a dépouillé et toutes les autres choses qui sont à » considérer dans cette affaire, et voyant que le temps » approche, nous vous le conseillons de bonne foi, et nous » vous jurons sur les saints Evangiles que nous nous join- » drons à vous dans cette guerre comme à notre seigneur- » Uge; que nous vous aiderons contre ledit roi, et que

> nous vous défendrons de toutes nos forces. » Roger de Foix se trouvait à Toulouse lorsqu'il fit à Raymond cette protestation. L'évêque de cette ville profita de sa présence p'our l'engager à soutenir les moines de Bolbonne contre ceux de Lézat dans la possession de^ l'égUse de Marens qu'il leur avait accordée.

Raymond YII se rendit peu de temps après au château

de Penne dans FAgenais, et la il déclara à Arnaud évéque d'Agen, en présence de plusieurs seigneurs, que son intention était de poursuivre Fhérésie, et qu'il désirait que l'évêque exerçât l'inquisition dans ses états ou par luimême ou par les frères mineurs ou prêcheurs, mais sous son autorité, s'engageant à faire exécuter toutes les sentences qui pourraient être portées. Il parait que le comte voyait avec peine que les inquisiteurs de Tordre de saint Dominique exerçassent l'inquisition dans ses domaines,' en vertu de la commission de leur provincial ; il voulait que cette commission vînt de l'autorité épiscopale, et c'est à cette condition qu'il consentit a ce que Bernard de Cando et frère Jean, son compagnon, procédassent à l'inquisition. Son intention était de poursuivre l'appel qu'il avadl interjeté auprès du pape contre les dominicains. Il supplia aussi les évêques d'Albi, de Cahors et de Rhodez de ne pas employer ces religieux dans FofBce d'inquisiteurs, mais plutôt les religieux de Citeaux et les franciscains.

Ces protestations du comte avaient été amenées par la reprise des procédures de la part des frères prêcheurs qui condamnèrent plusieurs hérétiques dans la province et firent exécuter leurs sentences avec une inflexible rigueur. Cette rigueur excessive irrita les esprits et devint la cause d'un affreux événement, — le massacre des inquisiteurs à Avignonet dans le Lauraguais.

Le château d' Avignonet, qui appartenait au comte de Toulouse, était alors occupé par Raymond d'Alfaro, baiUi du comte. Il forma le dessein de faire massacrer les inquisiteurs qui s'étaient réunis a Avignonet avec leurs compagnons et leurs familiers : c'étaient frère Guillaume Arnaud

de Montpellier, dominicain, et frère Etienne de Narbonne, franciscain. Ils avaient associé a leur mission Raymond Scriptor^ nommé aussi de Ck)stiran, chanoine de la cathédrale de Toulouse, archidiacre de Lézat ou de Villelongue, et le prieur d'Avignonet, qui était religieux de Cluse, non de Cluse en Piémont comme Fa cru Tbistorien du Languedoc, mais du prieuré de Cluse situé à Montferrand près d'Avignonet. Là se trouvaient aussi deux autres frères prêcheurs, Bernard de Roquefort et Garcias d'Aure du diocèse de Comminges; deux autres frères mineurs, frère Etienne et Raymond de Carbonier; Pierre d'Arnaud, notaire de rinquisition ; Bernard, clerc de Raymond Scriptor, et deux autres clercs qu'on appelait les nonces (nuntii) ou appariteurs du tribunal, Fortanier et Aymar : en tout, douze personnes.

Les inquisiteurs prêchaient depuis plusieurs jours dans réglise paroissiale d'Avignonet, au milieu d'un grand concours de peuple, lorsque Raymond d'Alfaro députa Guillaume de Plaigne au château de Monségur, où se trouvaient réunis * plusieurs chevaliers et servants d'armes commandés par Pierre de Mirepoix. L'histoire nous en a conservé les noms ; c étaient Alzieu de Massabrac, Guiraud et Raymond de Ravat, Bernard et Pierre de Saint-Martin avec Barrau leur écuyer, Guillaume de l'Ille et Landric son écuyer, Roger et Pierre de Mirepoix avec Ferro leur écuyer, Walardox de Vilarzel, Guillaume Aymar, Perrin de Pomars, Raymond de Corbeiras, Guillaume de Tornabois, Roger de Lissac, Gaillard d'Ot. Guillaume de Plaigne remit à Pierre de Mirepoix les lettres de Raymond d'Alfaro, dans lesquelles il lui faisait part du projet qu'il avait formé de mettre à mort

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les inquisiteurs, et le pressait dans ce but de se rendre a Avignonet avec tous ses gens.

Pierre de Mirepoix avertit ses chevaliers de se tenir prêts à le suivre pour une expédition importante. Ds se dirigèrent donc vers Avignonet. Sur le soir du 28® jour de mai, s*étant arrêtés auprès de la forteresse de Sadnt-Martin, en un lieu appelé Génebrères, non loin de la forêt de Gaïac, Bernard de Saint-Martin fit apporter pendant la nuit du pain, du vin et des fromages à cette troupe. Bientôt Pierre de Mazeiroles, Pierre Viel, Jourdain de Vilari, Verscia servant de baliste avec un de ses compagnons, et d'autres hommes de Gaîac au nombre de vingt-cinq, se joignirent à ceux de Monségur. Pierre de Mazeiroles, après s'être entretenu en particulier avec Pierre-Roger de Mirepoix, quitta la troupe pour se rendre à Avignonet s'assurer de quelques intelligences dans la ville. 11 mit dans le secret du complot Raymond de Golairan qui fit préparer dans sa maison les flambeaux nécessaires pour éclairer cette scène nocturne, un autre citoyen nommé Donat, et une trentaine d'habitants.

Pierre Roger de Mirepoix, Jourdain de Vilari, Pierre Viel, les deux servants des balistes et les vingt-cinq hommes de Gaïac dont quelques-uns portaient des haches et d'autres armes, s'avancèrent alors jusqu'au château* de Guillaume du Mans. Jean Aurmat, Guiraud de Ravat et Bernard de Saint-Martin vinrent les y joindre. Un jeune chevalier vint donner quelque avis a Bernard de Saint- Martin et à Balaguier de Laurac. Par suite de cet avis, Bernard de Saint-Martin ordonna à Pierre Vital de choisir douze servants armés de haches. Aussitôt celui-ci désigna

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Sicard de Puyvert, Guillaume d'En-Martin, Pierre d'Aure, Guillaume Aymar et quelques autres de Gaïac. Après cela, Bernard de Saint-Martin, Balaguier, Jourdain et les douze se mirent en marche ; toiis les autres les suivirent jusqu'à la Maladrerie, près d'Avignonet. Alors Raymond de Golairan arriva, sortant du château d'Avignonet, et demanda si tout était prêt. Sur la réponse affirmative, toute la troupe s*approcha du château. Golairan y rentra pour voir ce que faisaient les inquisiteurs qui s*y étaient retirés avec quelques catholiques ; mais il en ressortit bientôt pour annoncer aux chevaliers que les inquisiteurs allaient se coucher. Alors Balaguier, Jourdan du Mans, Jourdan de Guiders, Guillaume de Plaigne, Pierre Vital, Sicard de Puyvert, Guillaume d'En-Martin, Pierre d'Aure, et ceux qui étaient armés de haches, se présentèrent aux portes du château, qui leur furent ouvertes par quelques habitants dAvignonet, et tous ces gens armés pénétrèrent dans Tintérieur du château, où ils trouvèrent Raymond d'Alfaro, un écuyer qui avait servi les inquisiteurs et quinze hommes d'Avignonet armés de haches et de bâtons:

Cette bande, conduite par Raymond d*Alfaro, se rend alors à la grande salle du comte de Toulouse, où se trouvaient les inquisiteurs et leurs familiers ; les portes en sont brisées, et les assassins se jettent sur les inquisiteurs en les frappant à coups de haches, de lances et de couteaux. A cette nouvelle, les cathoUques d'Avignonét se portent en foule au château au moment du massacre, et parviennent à dégager quelques-unes de ces nobles victimes et à les conduire ou plutôt à les traîner jusque dans Téglise paroissiale voisine du château, en chantant Fbymne Te Deum.

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Mais les hérétiques, sans respecter la saioteté du lieu, se précipitent comme des furieux dans le temple et y achèvent le massacre en immolant à leur rage au pied des autels Guillaume de Montpellier et Etienne de Narbonne. Tous les autres avaient été tués dans l'intérieur du château. Les deux huissiers Fortanier et Aymar, qui étaient montés pour porter du secours à leurs maîtres, furent jetés par les fenêtres.

On raconte que Raymond d'Alfaro, qni pendant cette horrible expédition portait un pourpoint blanc, se vantait d'avoir, le premier, donné un coup de' massue à Tinquisiteur. Chacun des assassins exposait, avec tout le calme de la rage assouvie, la manière dont il s'était servi de ses armes. Tout fut ensuite pillé, meubles et papiers. On aura une idée de cette scène tragique quand on saura que l'un des assassins arracha la langue k Guillaume de Montpellier, et que Pierre de Mirepoix reprocha aux meurtriers de ne pas lui avoir apporté le crâne de cet inquisiteur dont il voulait faire une tasse dans ses festins.

. L'Office divin fut dès ce jour interrompu dans l'église d'Avignonet et l'exercice du culte transporté dans une église dépendante de l'abbaye de Saint-Papoul. L'interdit fut jeté sur l'église paroissiale et demeura en vigueur pendant quarante années. Les corps des victimes furent recueillis avec soin et portés à Toulouse. Les frères prêcheurs furent ensevelis dans la grande église de leur ordre ; les frères mineurs, dans celle des Ck)rdeliers. Raymond de Costiran et Bernard son clerc furent inhumés dans le cloître de la cathédrale de Saint-Etienne.

Après cet horrible massacre, Raymond d'Alfaro donna à

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GtiiUaume de Plagne le palefroi de Raymond Scriptor, alla rejoindre ensuite ses confédérés, leur raconta tous les détails de Texpédition et les congédia. Il avait si bien pris ses mesures contre les inquisiteurs, que si le projet d'Avignonet n*avait pu être exécuté, il avait aposté entre Castelnaudary et Saint-Martin vingt cavaliers en embuscade pour les tuer au passage.

Cet attentat produisit la plus vive impression sur tous les esprits. Les cardinaux de la sainte Eglise romaine, le siège étant vacant, écrivirent aux frères prêcheurs des ettres pour les consoler en ces termes : « Votre ordre, vous le savez, a été institué par le saint père Dominique à Toulouse pour faire fleurir les vertus, défendre la foi et combattre Thérésie. Dans la crainte que vos cœurs ne fussent souillés par la poussière de la terre, vous vous êtes placés sous le joug de la pauvreté. Le Seigneur vous a donné une éloquence toute céleste. Pourquoi fautil que de furieux hérétiques se soient élevés contre les inquisiteurs et leurs associés? Certainement, en les poursuivant par le glaive, ils ont contribué a leur gloire, car nous les regardons comme de véritables martyrs de Jésus-Christ ayant eu part à sa passion et à sa mort. » Les inquisiteurs d'Avignonet furent invoqués après leur mort, et plusieurs guérisons miraculeuses obtenues par leur intercession attestèrent leur sainteté. Au jour anniversaire de leur mort, les religieux de saint Dominique chantaient une messe en Thonneur de la sainte Trinité et une antienne à tous les martyrs devant la chapelle où reposait leur mortelle dépouille. Les ossements de Raymond Scriptar et de Bernard, son clerc, furent transportés, au dix-

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septième siècle, dans Tune des chapelles de la cathédrale de Saint-Etienne dédiée k saint Alexis (aujourd'hui dédiée à saint François de Paule), où ils reposent encore de nos jours.

Nous croyons que Raymond Scriptor appartenait à la même famille du prévôt de Saint-Etienne, Raymond FEscrivain ou Escrivan, qui occupait alors cette dignité. Il exis- ' tait peut-être k la même époque un autre Raymond TEscrivain qui n*avait de commun que le nom avec ces deux ^ membres du clergé de Toulouse. Ce dernier passait pour troubadour et avait composé des chansons en langue proveûçale. On cite de lui quelques pièces de poésie d'une révoltante obscénité. Cest à tort que les historiens du Languedoc Font confondu avec le martyr d'Avignonet.

Pendant qu'on versait le sang des inquisiteurs dans ses états, le comte de Toulouse se trouvait le 11 juin en cette ville où il permettait aux juifs d'aliéner quelques maisons qu'ils possédaient au centre de la ville, pour y bâtir un couvent de carmes. Nous avons déjà vu que ces religieux s'étaient fixés à l'exlrémité du faubourg Narbonnais, près de la chapelle de Notre-Dame de Férétra. On raconte que la Sainte- Vierge apparut en songe a un juif de Toulouse, et lui ordonna de donner sa maison pour la construction du monastère. Quoi qu'il en soit de cette vision, il est toujours certain que plusieurs habitants de Toulouse nommés Arnaud Frénayré des Puits-Clos, Arnaud Germier, Pierre Vaditeur, Arnaud Calvet et Pelhé, achetèrent quelques maisons des juifs dans le quartier de Joutx-Aïgues, et y jetèrent les fondements du nouveau monastère et de la nouvelle église qui ne fut terminée que beaucoup plus tard.

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Bientôt après, le comte de Toulouse se trouva frappé d'excommunication par l'archevêque de Narboiine ; voici à quelle occasion. Amalric , vicomte de cette ville, de concert . f / 3 avec Raymond VII , Trencavel, et leurs alliés, porta la 5 ' B

guerre dans les domaines du roi , aux environs de Narbonne. Leurs armes furent couronnées de succès. Amalric ^^3

introduisit le comte de Toulouse dans cette ville et le re- ^^ ^

connut pour son seigneur. L'archevêque fut obligé de se "

retirer à Beziers, et ce fut la qu'il rendit la sentence dans laquelle il déclara excommuniés tous les assassins des inquisiteurs d'Avignonet, et déclara en même temps que Pierre Ferrier ayant excommunié le comte de Toulouse, il l'excommuniait de nouveau comme violateur de la paix et parjure envers l'Eglise et le roi de France. Le prince reprit alors le titre de duc de Narbonne.

De cette dernière ville il se rendit à Bordeaux, où se trouvait le roi d'Angleterre, avec lequel il fit une ligue dont l'un des articles portait qu'ils ne feraient ni paix ni trêve avec le roi de France. Il continua ensuite ses expéditions, et au mois d'octobre il assiégea Ife.château de Penne en Agenais dont les Français s'étaient emparés.

Le roi de France chercha alors à détacher du parti de Raymond ses alliés ; il gagna d'abord le comte de Foix, qui écrivit de Pamiers, le 5 octobre, une lettre au comte de Toulouse dans laquelle il lui faisait part de sa démarche et cherchait à l'expUquer. Maurin abbé de S*-Antonin et ceux de S'-Volusien et de Lé^at certifièrent la vérité des assertions de Roger de Foix. Le comte de Toulouse était devant le château de Penne lorsqu'il reçut le défi de Roger. Il répondit aussitôt a ce prince et lui exprima son mécon-

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