‹ Histoire générale de l'église de Toulouse (volume 4)Chapitre 16 sur 20 · LIVRE XXXL · texte numérisé non relu

LIVRE XXXL

DEPUIS LA MORT DE PIERRE DE SAIMT-MARTIAL, EN 1401, JUSQU A LÉPISCOPAT DE BERNARD DU ROZIER, EN 1452.

Le quinzième siècle s'ouvre dans notre histoire par la mort de Farchevêque de Toulouse, Pierre de Saint-Martial. Il termina sa longue carrière après avoir gouverné son Eglise pendant huit années. Immédiatement après sa mort, le chapitre de Saint-Etienne nomma à sa place Vital de Castelmoron, son prévêt, né a Toulouse, homme également distingué par son amour pour les lettres et par l'étude du droit qu'il professait avec la plus haute distinction dans l'université de cette ville. L'élection de Vital' fut confirmée par Aimeric, archevêque de Bourges. Son sacre eut lieu dans sa métropole le 5 mai 1402, et il prit aussitôt possession de son évêché. Mais Benoit XIII, qui était assiégé dans son palais d'Avignon, nomma de son côté à l'archevêché de Toulouse Pierre Ravot, franciscain, son référendaire, évêque de Saint-Pons et sa créature. Le pape envoya même des députés à Toulouse pour mettre le nouvel élu en possession du temporel de l'archevêché. De là naquit un déplorable scandale, cette métropole ayant à la fois deux archevêques.

Ce qu'il y eut de plus embarrassant dans cette affaire, c'est que l'université de Toulouse soutenait le parti de Be-

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noit XIII. Elle écrivit au roi i^e longue lettre qui fut présentée au monarque et au parlement par le docteur Gui Flandrin, le 17 mars 1402. Dans cette lettre, les membres de ce corps savant exposaient les raisons qui devaient porter le prince à rendre l'obédience à Benoît. Le parlement de Paris réfuta cet écrit , et le roi envoya en Languedoc le duc de Berri pour maintenir la soustraction dans cette province.

Mais les choses changèrent bientôt de face : le 12 mars 1403, Benoît parvint à s'évader du palais d'Avignon où il était détenu depuis cinq ans, et le roi lui rendit l'obédience. Sur ces entrefaites, les Anglais, nonobstant la trêve, faisaient des courses continuelles dans le pays et le mettaient à contribution : c'est ce qui détermina Charles VI à envoyer pour gouverneur en Languedoc Jean de Bourbon comte de Clermont , qui assembla son armée à Toulouse à la fin de janvier 1403. Elle était composée de la plus, grande partie de la noblesse du pays ; parmi les chevaliers présents, on distingait ceux de la famille d'Izalguier, Le Galois, et le comte d'Armagnac. Jean de Bourbon se mit en campagne à la tête de seize cents hommes d'armes et quatre mille hommes de pied. Dans six semaines, il conquit dix-huit places, n était de retour a Toulouse de son expédition lorsque le roi fit saisir tout le temporel de l'archevêché, ainsi que les maisons et châteaux qui en dépendaient, par les lettres suivantes :

« Charles , par la grâce de Dieu roy de France, aux sé- » neschal, viguier, juges mages et des crimes de notre » séneschausséé de Tolose, au juge de Verdun en ladite >» séneschausséé ou a leurs lieutenants, et à nos amés et

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» eschansons Pierre Astorg, Arnaud delà IMaignoleelRai- » mond de Puybusque, salut. — Pour certaines causes qui «• à ce nous ont meu et meuvent, voulons, vous mandons » et commettons par ces présentes, et à chacun de vous » qui premier sera sur ce requis, que incontinent ces lettres » veues, vous prenez et mettez réaiment et de fait en nos- » tre main toutes les villes, chasteaux, forteresses et biens » temporels de nostre amé et féal conseiller Maître Vital de » Castelmauron archevesque de Tolose, et à luy apparte- » nans à cause de ladite archevesché, et sous icelle les gar- » dés et gouvernés, ou faites garder et gouverner par per- » sonnes suffisans et seurs qui en puissent et sachent ren- » dre compte toutes et quantes fois que mestier sera et où » il appartiendra, sans faire ne souffrir estre fait des choses » dessusdites ne aucune d'icelles, recréance ou délivrance » jusques à ce que par nous sera sur ce autrement ordon- » né. Mandons et commandons a tous nos autres justiciers, » officiers et sujects que à vous et a chacun de vous et à » vos commis et députez es choses dessusdites et leurs dé- » pendances obéyssent et entendent diligemment, et vous » prestent et donnent conseil, confort et ayde si mestier » est et requis en seront. Donné à Paris le onziesme jour » d'octobre Tan de grâce mille quatre cents et cinq, et le H vingtsixième de nostre règne. Par le roi. Présens Mes- » sieurs Colard de Maleville et plusieurs chambellans. »

La lettre écrite au roi par Tuniversilé de Toulouse contre la soustraction fut jugée le a juin 1406; Jean Flaoul, professeur en théologie, attaqua vivement cette lettre, et Tavocatgénéral Jean Jouvenel des Ursins conclut ii ce qu'elle fût lâcôrée et que les auteurs fussent punis commo coufïables

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du crime de lèse-majesté. Le 10 juillet, le président rendit un arrêt qui portait « que la lettre présentée par messire » Guignon Flandrin, comme injurieuse et diffamatoire do > roi et de la majesté royale, de ceux de son sang, de son » conseil , du clergé de France et de l'université de Paris, » seroit despécée en pièces en la cour de céans, et les » semblables à Toulouse et sur le pont d'Avignon ; et sera » fait commandement à son de trompe par tous les bailUa- » ges, sénéchaussées et jugeries royaux de ce royaume, » quelconque ayant la copie ou double d'icelle quil Tap- » porte ou envoie en la cour, dedans trois mois après la » dite publication, sur peine de cent marcs d'argent, et de » oncques il se pourra mesfaire envers le roi et sa dite » cour. » Le parlement réserva au procureur du roi la poursuite des auteurs de la lettre, contre lesquels on décréta prise de corps, ainsi que contre ceux qui l'avaient apportée. Ceux-ci se retirèrent aussitôt dans leurs foyers. Cet arrêt ne fit que ranimer le zèle de l'université de Toulouse pour la cause de Benoît XIII et pour celle de Pierre Ravot, sa créature. Vital de Castelmoron avait cru prudent de céder à l'orage : il se retira à Bourges, où il assista à l'installation des chanoines dans la Sainte-Chapelle de cette ville ; de là il se rendit à Paris pour assister au concile général des Gaules, célébra la messe du Saint-Esprit à la Sainte-Chapelle pour l'ouverture de cette assemblée, et accorda quarante jours d'indulgences à ceux qui visiteraient l'église de Monlrouge dans laquelle on avait élevé un autel dédié au saint-sépulcre. Le départ de Vital de Castelmoron et l'obédience rendue à Benoit XIII par le roi ranimèrent les espérances de Pierre Ravot. Après avoir

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disposé toutes choses pour l'exécution de ses desseins, il fixa le 13 novembre 1406 pour son installation sur le siège métropolitain. Pierre de Cardonne, protonotaire du pape, et Jean. Corneille, docteur régent et lieutenant d'Aymeri Nadal, abbé de Saint-Sernin et recteur de Tuniversité, assemblèrent dans Téglise des Cordeliers une centaine de professeurs, docteurs et écoliers, parmi lesquels on voyait des chanoines, des religieux, et d'autres ecclésiastiques.

Cette troupe armée se rendit à Saint-Etienne pour installer Pierre Ravot. D'un autre côté, Philippe Bonne, jugemage, accourut à la métropole pour s'opposer à la publication des bulles. Aussitôt les docteurs et les écoliers firent usage de leurs armes ; on se précipita sur lui et les autres officiers ; Philippe fut meurtri de coups, foulé aux pieds, et mourut des suites de ses blessures ; Pierre Corneille dit le 3/al François coupa le nez à un sergent royal. Au milieu de ce tumulte on publia les bulles ; ensuite Cardonne, à la tête de cette horde d'étudiants, alla atficher ces bulles dans toutes les paroisses de la ville. On vit ces forcenés parcourir les rues et les places publiques, attaquer les personnes inoffensives, blesser plusieurs officiers, et menacer de tuer les principaux habitants. Après s'être fortifiés dans les couvents des cordeliers et des jacobins, ils firent publier une excommunication contre Vital Castelmoron et ses partisans.

Le parlement de Paris ne tarda pas à être instruit de tous ces désordres. Il envoya à Toulouse le chevalier Pierre des Essarts avec un huissier chargé de citer les auteurs du tumulte. Personne ne comparut. Alors le chevalier décerna contre eux une prise de corps, fit saisir tous leurs biens

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par arrêt du 28 juillet 1407, et le sénéchal de Toulouse défendit à tout citoyen de porter des armes dans la ville. Le schisme se perpétuait toujours et ne fut pas éteint par la mort de Boniface IX, à qui les cardinaux romains donnèrent pour successeurs Innocent VII et. Grégoire XII , tandis que Benoit XIII continuait à amuser les rois et les peuples par de fallacieuses promesses, opposant des cardinaux de création nouvelle à ceux que créaient ses rivaux , et des conciles à leurs conciles. La neutralité entre les deut obédiences ayant été acceptée et proclamée par Charles VI en 1408, Pierre Ravot fut chassé de Toulouse et de la province. Le concile de Pise, tenu Tannée suivante, et auquel assista Vital de Castelmoron, arrêta le schisme par lelection de Pierre Philaret qui prit le nom d'Alexandre V. Ce pape adressa des lettres apostoliques au clergé et aux fidèles de TEglise de Toulouse, dans lesquelles, après avoir rapporté tout ce qui s'était passé au sujet de l'élection de Vital de Castelmoron et de la nomination de son rival Pierre Ravot, il annula toutes les sentences portées par ce dernier, confirma l'élection de Vital de Castelmoron en qualité d'archevêque de Toulouse, et délégua Amédée cardinal de S**- Marie la Neuve pour lui conférer le pallium (1409).

L'ordre fut donc rétabli dans l'Eglise de Toulouse ; mais Vital ne jouit pas longtemps de son archevêché : il mourut au mois d'août 1410, et fut inhumé dans le chœur de sa métropole, devant l'autel principal, avec une épitaphe. Après avoir gouverné son Eglise pendant dix années. Vital a laissé parmi nos évêques un nom illustré par sa science ecclésiastique et les négociations importantes dont il fui chargé auprès de plusieurs princes. Au mois do septembre

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suivant , Jean XXIII, qui avait succédé à Alexandre V, nomma à Tarchevèché de Toulouse Dominique de Florence, de Tordre des frères prêcheurs, né dans la Provence, qui fut successsivement évêque d'Albi, de Saint-Pons et d'Albi une seconde fois..

Dans ce même temps, le roi ôta le gouvernement du Languedoctau duc de Berri et nomma trois commissaires pour diriger cette province : c'étaient Guillaume de Vienne, Reynier Pot, et Pierre de Marigny. Ils s'avancèrent vers Toulouse, et s'y trouvaient au mois de février 1412. Au mois de mars, ils rendirent une ordonnance par laquelle « il était enjoint à tous les sujets du roi en Languedoc de » combattre le comte d'Armagnac, et autres sujets rebelles » qui couraient la province et y causaient de grands maux, » de les prendre et de saisir leurs biens. » On se mit en campagne au mois d'avril pour mettre sous la main du roi le comté de Rodez qui appartenait au comte d'Armagnac. Celui-ci parcourait alors à main armée le comté de Comminges ; ayant pris la ville de l'IUe-en-Dodon, il y arrêta prisonnière Marguerite de Comminges. Le roi, pour opposer à Bernard d'Armagnac un capitaine de grand renom, institua général du Languedoc Jean comte de Foix, fils aîné d'Archambaud de Grailli.

Jean et les commissaires allèrent assiéger le château de Touget , situé au diocèse de Lombez dans la vicomte de Fezensaguet, où existait une abbaye dépendante du monastère de Saint-Orens d'Auch. Trois cents arbalétriers et l'artillerie des arsenaux de Toulouse furent envoyés au siège, qui n'eut pas une heureuse issue pour les armes du roi , rar d'Armagnac, étant survenu avec un corps de troupes,

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obligea les assiégeants à le lever, et reprit toutes les places qu'on lui avait enlevées. Dominique de Florence, archevêque de Toulouse, fut alors chargé par le roi d'aller offrir la paix à ce prince, qui accepta une trêve jusqu'au premier mars de Tannée suivante.

S'il faut ajouter foi au bon chroniqueur Bardin, les archevêques de Narbonne et de Toulouse tinrent en 1412 un synode ou concile dans l'abbaye de Saint-Hilaire au diocèse de Carcassonne, pour réprimer les actes des commissaires du roi Jourdain Calmettes, juge de Villelongue, le damoiseau de Saint-Loup, viguier de Beziers, maître Hélie de FoUeval, procureur de la sénéchaussée de Carcassonne, qui avaient été envoyés pour procéder à des informations sur la conduite des moines noirs ou bénédictins. Il fut décidé dans ce concile qu'on excommunierait les commissaires royaux, et qu'on porterait des doléances au pied du trône sur ces usurpations sacrilèges de la puissance spirituelle. Ces doléances ne furent point accueillies par le prince, et le concile se sépara.

Tous ces faits ne sont appuyés que sur un seul témoignage, et conséquemment peuvent ne pas avoir une entière certitude.

Guillaume de Vienne et Reynier Pot se trouvaient à Toulouse en 1415, où ils convoquèi'ent , le 5 janvier, la noblesse de la province pour résister aux Anglais qui se trouvaient toujours en armes. Ils demandèrent alors au roi d'être déchargés du gouvernement du Languedoc et de la Guienne, et ce prince nomma à leur place le maréchal de Boucicaut, qui, se trouvant à Toulouse le 28 mars, y convoqua de nouveau la noblesse tant contre les Anglais que

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contre le comte d'Ârmagnac. Celui-ci , ayant rompu sa trêve, avait repris la guerre; mais, grâce au connétable d'Albret et à sa médiation, ce comte accepta des conditions de paix.

Le maréchal de Boucicaut ne garda pas longtemps le gouvernement du Languedoc, car le roi le rendit au duc de Berri vers le mois d'octobre. Ce prince ne put se rendre dans son gouvernement , et nomma pour ses représentants Geraud évêque de Carcassonne, les seigneurs de Barbâzan et de Langheac, Jean Ândrieu, Guillaume Guérin, et Boucicaut avec le titre de capitaine général.

Toulouse fut à cette époque toute occupée d'une singulière aventure. Anselme d'Izalguier, chevalier de celte ville, avait pris pour épouse, dans ses voyages, une négresse africaine et en avait eu trois enfants, une fille et deux fils. Cette négresse, qui se nommait Salulasaïs, appartenait à une riche famille du pays et était née dans une ville d'Afrique appelée Gago. Huit ans après leur mariage, Anselme résolut de faire voile vers sa patrie ; après la mort de son beau-père, ayant réuni toutes les richesses de son épouse, il s'embarqua sur un vaisseau avec ses enfants et sa femme, traversa la Méditerranée, et vint aborder à Marseille. Sa suite se composait de trois eunuques noirs et de trois négresses. Arrivé à Toulouse, Anselme fit baptiser sa femme et . ses enfants. La petite fille, âgée de six ans, reçut le nom de Marthe ; elle était d'un noir d'ébenne, avait une ligne blanche sur le front ; deux doigts blancs a la main droite tranchaient sur sa couleur naturelle. Marthe devint si belle, si gracieuse, que les jeunes filles de Toulouse s'éclipsaient près d'elle. Les qualités de son esprit remportaient

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de beaucoup sur les dons extérieurs de la nature. Elle se fit bientôt distinguer par sa piété en assistant tous les jours aux offices de TEglise, et en distribuant le fruit de ses économies soit' aux pauvres, soit aux religieux mendiants.

Marthe, ayant atteint sa seizième année, fut donnée en mariage a Eugène de F^audoas, noble chevalier du Toulousain. De leur union naquit un fils, Eustache de Faudoas, noir comme sa mère, et qu'on nomma le Maure, Anselme eut encore à Toulouse deux filles : lune blanche et l'autre presque noire qui , après la mort de leur père et lorsque leur mère était Aè}h, avancée en âge, se firent religieuses. Anselme composa l'histoire de ses voyages, dans laquelle il décrivit la religion, les lois et les mœurs des peuples qu'il avait visités; de plus, un glossaire arabe, turc et africain accompagné d'une traduction française et latine.

L'un des eunuques noirs qu'Anselme avait menés avec lui s'appelait Aben-Ali et était très versé dans la connaissance des plantes médicinales ;Ml excellait surtout à guérir les fièvres chaudes et opiniâtres par les vomitifs et la phlibotomie. Le bon chroniqueur Bardin, qui nous a rapporté toute cette histoire, nous affirme qu' Aben-Ali le guérit luimême d'une pleurésie par ces expédients. La science d' Aben- Ali lui coûta la vie, car Bardin nous assure qu'à l'âge de soixante-treize ans il fut empoisonné à l'instigation des médecins de Toulouse, jaloux de sa brillante renommée.

Le 10 février 1414, le roi publia une déclaration contre le duc de Bourgogne et résolut de lui faire la guerre. Par suite de cette déclaration, le duc de Berri chargea le c^ipitaine général Boucicaut de convoquer la noblesse do Toulouse. Celle-ci députa vers le monarque Bernard do

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Saguet et Jean Rigault pour faire quelques remontrances. Elle craignait qu'en marchant contre le duc de Bourgogne, on ne dégarnit la province, toujours menacée par les Anglais. Ce prince avait envoyé partout des émissaires pour exciter les peuples à ne pas payer de subsides. Ces émissaires trouvèrent de Fécho à Carcassonne, dont une partie des habitants se souleva. Les consuls de cette ville, justement effrayés, vinrent trouver Boucicault au château de Balma pour lui demander grâce. Le maréchal se contenta de faire trancher la tête à quatre des plus coupables, et laffaire fut assoupie.

Le désir qu'avait l'Eglise de voir le schisme d'Occident entièrement éteint fit convoquer un concile général à Constance. 11 fut décidé qu'on y enverrait des députés de toutes les provinces ; celle de Toulouse y envoya l'archevêque Dominique de Florence, les évêques de Lavaur et de Pamiers,*rabbé de Saint-Sernin, le prieur de la Daurade, l'abbé de Moissac , Pierre du Pont et Geraud Feydit, licenciés ès-lois, et,Bertrand de Cluzel, docteur en droit canonique. Le concile de Constance se donna beaucoup de mouvement pour l'extinction du schisme, ainsi que l'empereur Sigismond qui s'y était rendu. Dans ce concile, Jean XXIH et Benoît XIll furent déposés, et Martin V fut élu seul pape de l'Eglise cathoUque.

Parmi les députés au concile de Constance, nous trouvons Sanche de Muller, religieux de l'ordre de saint Dominique de Toulouse, qui fut envoyé à Constance par le comte de Foix. Il était docteur régent de l'université et professeur à l'école de Saint-Elienne, ce qui nous montre ^ qu'il existait alors une école de théologie attachée à la mé-

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tropole. Muller fut promu à Tévôché d*01eron , et mourut en 1414. Son corps fut porté à Toulouse et inhumé dans Féglise des Jacobins. On a de lui une explication du premier livre des Sentences.

Le 1*' mai 1415, la trêve que le roi de France avait conclue avec celui d'Angleterre était près d'expirer : c'est ce qui détermina le monarque français à prendre ses précautions contre les Anglais. En conséquence, il nomma son cousin le duc de Bourbon capitaine général du Languedoc et de la Cuienne, nomination qui fut approuvée par le duc de Berri. Ce dernier, ayant appris que plusieurs capitaines s'étaient assemblés en Languedoc et y commettaient avec des troupes à leur solde une infinité de brigandages, ordonna au sénéchal de Toulouse d'assembler la noblesse pour combattre ces nouvelles compagnies. On comprend que la guerre contre l'Angleterre força le roi d'imposer extraordinairement son royaume : les trois sénéchaussées an Languedoc devaient payer cent mille francs. A cette nouvelle, les capitouls de Toulouse, sans en avoir demandé la permission à la cour, assemblèrent les trois états vers le mois de juin pour s'opposer a la levée des subsides. Le roi écrivit aussitôt (12 juillet) à Jean de Bonay, sénéchal de Toulouse, pour arrêter cette assemblée ; le dauphin écrivit à son tour dans le même sens, et Charles VI écrivit enfin lui-même aux capitouls pour leur défendre de s'assembler. En même temps il ordonna au duc de Bourbon de se rendre à Toulouse pour lever les deniers de Yayde.

Le 18 septembre 1415, Louis dauphin de France renouvela ses lettres aux derniers magistrats élus à Toulouse pour les presser de lever les subsides, car les Anglais s'étaient

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mis à parcourir le Languedoc, s emparant de quelques châteaux et faisant plusieurs prisonniers. Cette agression fut suivie de la funeste bataille d'Aziacourt qui fut livrée le 15 octobre. Enflés de ce succès, les Anglais formèrent le projet de s'emparer de tout le royaume. Jean duc de Berri ne survécut pas longtemps à ces événements : il mourut à Paris le 15 de juin 1416, à Tâge de soixanteseize ans, après avoir gouverné la province quatre différentes fois. Les qualités qu'il pouvait avoir s'effacent devant le pouvoir illimité qu'il exerça jusqu'au despotisme en accablant les peuples d'impôts pour fournir à ses dépenses.

Nous laisserons le chroniqueur Bardin nous parler d'une pluie de sauterelles dont les environs de Toulouse furent infectés, et d'un événement assez extraordinaire arrivé dans l'église des Cordeliers à deux religieux avancés en âge qui furent successivement frappés à l'autel d'une attaque de catalepsie pendant la célébration des saints mystères, pour nous occuper des prédications de saint Vincent Ferrier dans la cité.

Cet homme apostolique arriva à Toulouse en 1416. Le dimanche des Rameaux, il prêcha à Saint-Etienne sur le jugement de Dieu. Une foule immense remplissait la vaste enceinte et se répandait au dehors. Les auditeurs étaient tellement pénétrés par son éloquence qu'on n'entendait de

toutes parts que ces mots : Miséricorde ! miséricorde !

Quand il sortit de l'église, on se précipita sur ses pas et on l'accompagna jusqu*au couvent des dominicains. Deux jours après, il prononça un nouveau discours au cloître des Jacobins, en présence de Dominique de Florence, archevêque de Toulouse,^ et de tout le clergé. Le jeudi-saint, le prélat

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le retint dans son palais, où il guérit un paralytique devant tout le peuple. Le vendredi-saint, au sermon de la Passioo, il fut interrompu par les larmes et les applaudissements de son auditoire. Le lundi de Pâques, il donna un nouveau sermon k Saint-Etienne, et se rendit ensuite à Muret où il parla sur la guerre des albigeois et Tinstitulion du Rosaire. Vincent Ferrier opéra des prodiges à Toulouse par les innombrables conversions qu'obtinrent son zèle et sa sainteté,

Guillaume du Puy, évêque de Mirepoix , possédait une maison dans la rue de Tille ; en 1417 il la donna pour y fonder un collège sous l'invocation de saint Nicolas, à cause d'une chapelle dédiée à ce saint qui se trouvait à côté de celte maison. Huit pauvrea écoliers devaient être élevés dans ce collège et ne pouvaient y rester que huit ans. Guillaume Fulci, chanoine de Mirepoix, et Guillaume de Vaccori, chanoine de Rieux, neveu du fondateur, devaient nommer aux premières places. Martin V approuva ce collège ainsi que l'archevêque de Toulouse. Il était situé dans la rue qui porte son nom, sur la paroisse de la Daurade. Il est aujourd'hui entièrement détruit.

Le couvqnt des cordehers de Toulouse vit alors Pierre Salpini, évêque de Bazas, terminer sa carrière. On croit qu'il avait renoncé à son évêché pour embrasser dans cette maison la règle de saint François et pour s'y préparer à la mort. Il fut enseveli dans l'église de son ordre.

Après la mort du duc de Berri, le roi réunit à ses états le Languedoc. Il ordonna aussitôt au sénéchal de Toulouse de faire sortir de la sénéchaussée plusieurs ecclésiastiques et religieux dévoués au roi d'Angleterre et accusés de vouloir lui livrer les châteaux et les villes qu'ils occupaient ; on

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d^endit également, à ces personnages de posséder des bénéfices dans la sénéchaussée, et les religieux des quatre ordres mendiants ne purent plus à Tavenir posséder, des bénéfices-cures comme ils Tavaient fait par le passé.

La levée des subsides éprouvait toujours de grandes dif- . ficultés ; plusieurs villes se refusèrent à les payer, et prirent les armes. Cette révolte était particulièrement excitée par les émissaires du duc de Bourgogne, qui s'était limé avec le roi d'Angleterre. Jean d'Armagnac se mit alors en campagne, assiégea et prit sur les Anglais La Réole en Gascogne, dans le mois d'avril 1417. Jean de Bonay, sénéchal de Toulouse, coopérait à ce siège. Le 6 de ce mois, il écrivit aux seigneurs officiers du rai à Toulouse, leur annonçant que les Anglais étaient assemblés en très grand nombre entre les deux mers, et leur ordonna de faire crier à Toulouse que tous ceux qui étaient du parti des Anglais et qui leur servaient d'espions eussent a sortir de la ville dans un certain temps, sur peine de hart.

Au commencement de novembre, la reine Isabeàu de Bavièrç s'unit au duc de Bourgogne. Ils envoyèrent partout' des émissaires, promettant à ceux qui embrasseraient leur parti qu'ils ne payeraient aucun subside. C^était le moyen d'avoir des partisans. Dominique de Florence, archevêque de Toulouse, se déclara en leur faveur et entraîna un certain nombre de citoyens. Il convoqua une .assemblée des trois états du Languedoc, que les officiers du roi attachés au dauphin eurent beaucoup de peine a empêcher. Ce dernier prince fut nommé lieutenant-général du royaume, et en cette qualité il adressa des lettres aux principales villes pour s'opposer aux usurpations d'Isabeau de Bavière. Cette

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reine devenait de plus en plus audacieuse. Le 30 janvier 1418, elle nomma Louis de Chalons comte de Genève, Regnault vicomte de Murât, Guillaume de Saulieu et Jean de Tarraut ses ambassadeurs spéciaux pour réduire sous son obéissance le pays du Languedoc. La présence de ces commissaires, et surtout leurs promesses de ne plus lever.de subsides, soumirent à la reine et au duc de Bourgogne presque toute la province. Le vicomte de Carmaing (Caraniîin) et les capitouls de Toulouse reçurent des lettres de la reine, datées de Troyes, donnant des assurances sur les intentions formelles de cette princesse.

Les commissaires arrivèrent à Toulouse le 21 mai. Ils destituèrent Jean de Bonay, sénéchal, et Bertrand de Nogaret, juge mage, comme attachés au dauphin ; ils nommèrent à leur place Hugues de Carmaing et Arnaud de Pynol. Toulouse reçut bientôt après la nouvelle qu'à Paris, dans la nuit du 29 mai, les émissaires du duc de Bourgogne s'étaient emparés de la personne du roi , que lé comte d'Armagnac et les partisans du monarque avaient été massacrés, .et que Tanneguy-Ducbatel avait fait évader le dauphin. Ce prince se retira à Melùn, où il assembla ses amis; quant au roi , il fut gardé prisonnier à Troyes par Isabeau de Bavière qui avait fait son entrée à Paris le 14 juillet. Cette femme et le duc de Bourgogne gouvernèrent alors le royaume au gré de leurs ambitieux désirs.

Le sénéchal Jean de Bonay soutenait cependant encore dans le Toulousain le parti du dauphin de France. S'étant jeté dans le château de Buzet sur le Tarn, il réunit autour de lui quelques partisans. Sa fidélité n'empêcha pas le comte de Genève de s'emparer de Toulouse et des envi-

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rons. Les capitouls de cette ville se rendirent alors à Troyes pour faire leur soumission à la reine, et lui demander Tautorisation d'assembler les trois états pour le bien de la province. Cette permission leur fut accordée a certaines conditions.

Il était de l'intérêt du dauphin de remettre le Languedoc sous son obéissance ; c'est ce qui le détermina à nommer, au mois d'août, Renaud^ archevêque de Reims, son lieutenant dans cette province. Ce prélat composa une petite armée et fit la guerre aux Bourguignons. Il y eut une trêve entre les deux partis, mais bientôt les hostilités recommencèrent. Alors le dauphin prit le gouverneiùent de l'état sous le titre de régent du royaume. Sachant que Jean comte de Foix jouissait d'un grand crédit en Languedoc, il le nomma son lieutenant, au mois de décembre 1418.

Le parti bourguignon était assez puissant à Toulouse, et nous avons déjà vu que Dominique de Florence l'avait embrassé. Ce prélat approuva à cette époque la fondation du collège de Maguelonne faite déjà depuis longtemps. Plein de zèle pour le culte de saint Thomas d'Aquin, il renouvela le décret de Jean de Cardaillac pour la célébration de la fête de ce docteur. La doctrine de l'ange de l'école avait alors à Toulouse un savant interprète dans Jean*de Capréoles, dominicain et professeur de théologie dans l'université de cette ville. Il composa des commentaires sur les quatre livres des Sentences, où il prit la défense de la doctrine de saint Thomas avec tant de force, qu'on l'appelait de son temps le prince des thomistes. Ses ouvrages furent plus tard imprimés. Il mourut à Rodez, après avoir assisté au concile de Bâle. L'ordre des carmes possédait aussi h

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Toulouse un homme recommandable par sa science, Jean <iro6sin, qui devint général de cet ordre. On a de lui plusieurs ouvrages qui ont pour sujet l'histoire des carmes et (les personnages célèbres qu'il a produits.

Jean de Foix arriva à Toulouse en 1419, au mois d'avril. Il se ru installer en qualité de lieutenant du dauphin en présence d'une imposante assemblée composée du clergé et de la noblesse. Bernard de Roaix, damoiseau, qui était le chef du parti bourguignon, quitta la ville. Jean assembla aussitôt les communes du pays, lesquelles s'engagèrent k lui donner des subsides pour chasser les gens d'armes que le prince d'Orange et autres capitaines tenaient dans la contrée. Il se mit en effet à la tête de ses troupes, et força le prince d'Orange h se retirer. Le comte de Foix convoqua pour le 15 juillet les trois états k Toulouse ainsi qu'à Beziers. La position devenait de plus en plus délicate. Le dauphin .et le duc de Bourgogne cherchaient k se réconcilier : aussi une entrevue fut-elle assignée sur le pont de Montereau, au 10 septembre ; mais le duc de Bourgogne y fut tué avec Ârchambaud de Grailli , frère du comte de Foix.

Le dauphin ^ relira aussitôt k Cien, et envoya partout (\e% lettres-circulaires pour justifier sa conduite. L'occasion étant favorable a Isabeau de Bavière de détacher Jean de Foix du parti de ce prince, elle employa a cet effet Fentremise de Gui de la Brosse, moine et sacristain du Pont-St- Esprit, qui, faisant espérer au comte une vengeance éclatante de la mort de son frère, parvint k le détacher presque du parti du dauphin. Ce dernier prince se rendit de Giçn a Bourges, où il assembla un corps de troupes, bien déter-

TEMPS liNTËKUÉUlAIRBS. 4()9

miné k résister aux coupables entreprises de sa raère. Mécontent de la conduite da comte de Fois, qui du reste détournait à son profit les revenus du Languedoc, il résolut de se rendre dans cette province ; il arriva en effet k Toulouse au commencement de mars 1420, suivi de Charles comte de Clermont, fils du duc de Bourbon ; de larcbevêque de Bourges, son vic^-chancelier ; du comte d'Armagnac, et de plusieurs autres prélats et seigneurs. - Charles le dauphin fut très bien reçu a Toulouse ; Ber; trand de Nogaret et Pierre de Foucaud, viguier, lui avaient préparé les voies. Tous ceux qu'avait destitués le parti bourguignon furent rétablis dans leurs charges. Le 4 mars il se rendit au château de Buzet et de là k Carcassonne, où il avait convoqué les états généraux de la province pour le 17 de ce mois. Ce fut dans cette assemblée que, pour reconnaître la manière dont les habitants de Toulouse l'avaient accueilli, il leur confirma le privilège de posséder des fiefs qui ne devaient pas hommage au roi, et accorda k tous les capitouls présents et k venir le privilège de posséder toute sorte de terres ou seigneuries sans payer aucun droit. C'est dans ce dernier privilège que l'on a reconnu l'origine de la noblesse des capitouls. Le 20 mars, il publia k Carcassonne les lettres suivantes : « Ayant transféré le parlement de Paris a Poitiers, et con- » sidérant la grande distance qu'il y a jusqu'au dit lieu de » Poitiers de ce ps^ys de Languedoc, et aussi du pays du » duché de Guienne deçk la Dordogne, et qu'k cause du » peu de sûreté des chemins par la multitude des gens » d'armes qui sont en divers endroits du royaume, les su- » jets du pays ne peuvent aller poursuivre leurs procès k

470 TEMPS INTERMtDlàlRES.

» Poitiers, ainsi qu'ils nous Font fait dire et exposer. Et

» attendu grandement la grande et loyale obéissance qu ik

» ont tout temps eue envers mondit seigneur le roi, et ont

» envers nous, comme ils nous ont par effet montré ; en

» quoi ils persévéreront toujours, si à Dieu plaît, comme

» promis et juré le nous ont. Ces choses considérées

» avec grande et mûre délibération de plusieurs de notre

» sang et lignage, et autres du grand conseil de menait

» seigneur et nôtre, tant prélats que barons, et autres en

» grand nombre, avons de notre certaine science et auto-

» rite royale dont nous usons, ordonné et institué par ces

» présentés un parlement . et cour capitale et souveraine

» pour ledit pays de Languedoc et duché de Guienne deçà

» la Dordogne lequel parlement et cour capitale et sou-

» veraine voulons de présent seoir et être tenue en la bonne

» ville et cité de Toulouse, par douze personnes, savoir :

» un prélat et onze autres notables personnes des pays de

» Languedoui et de Languedoc, tant clercs comme laïcs,

» conseillers de mondit seigneur et nôtres, et deux gref-

» fiers, que par nos autres lettres nous nommerons et

» déclarerons plus à plein, auxquels douze, onze, dix, neuf,

».huit ou sept, nous avons donné et donnons plein pou-

» voir i etc. »

Ainsi fut institué le parlement de Toulouse, dont Tinstal-

lation solennelle se fit le 29 mai 1420* avec la plus grande

pompe. A Theure indiquée, tout le clergé, la noblesse et

les principaux habitants se rendirent à la métropole, où

Tarchevêque Dominique de Florence célébra la messe du

Saint-Esprit. S'élanl ensuite dépouillé de ses ornements

pontificaux, il se revèlit de la robft de pourpre de prési-

TEMPS INTEnMÊDlVinES. 471

dent du parlement, dignité à laquelle il venait d'être élevé par le dauphin. Accompagné du clergé séculier et régulier et des membres de rassemblée nouvelle, il se rendit processionnellement sous un dais porté par les capitouls à la salle du palais des comtes, où d'evait se tenir la première séance. S'étant placé sur une estrade ornée de fleurs de lis, il donna lecture de Tédit du prince, installa les nouveaux dignitaires, et ouvrit ainsi la cour du parlement. Elle fut composée ainsi qu'il suit : premier président, l'archevêque ; — cinq conseillers clercs : Pierre de la Cadène, Ainaud de Roaix, Jacques de Martin, Guillaume de Plessiac, André de Donali ; — six conseillers laïques : Antoine d*Ardouin, Pierre de Rôuaix, Jean de Bàrdin, Antoine de Montalba, Bernard dePosan, Etienne de Voysins : — greffiers, Bertrand d'Hautpome et Jean de Bordonenques^

La présidence qu'avait acceptée l'archevêque faillit lui devenir fatale. Au mois de juin suivant, un certain Philippe Guerbaud, âgé de trente-trois ans, se laissa aller jusqu'à proférer d'horribles blasphèmes contre le Sauveur et sa sainte Mère. Ceux qui se trouvaient avec toi s'éloignèrent épouvantés ; un seul , nommé Bordon, parut partager son insolence. L'affaire fut portée à la nouvelle cour, qui par l'organe de son président condamna Guerbaud à avoir la langue et la tête coupées devant le portail de la métropole ; et Bardon, à être livré à l'inquisiteur, qui le condamna à jeûner en* prison, le mercredi et le vendredi de chaque semaine, pendant trois mois. A peine l'arrêt eut-il été rendu que tout le clergé sécuher et régulier se leva contre l'archevêque et les conseillers clercs, comme ayant encouru rirrégularilc par une sonlcncc de mort. On allait vite dans

47 â TBMPS IHTBaMtolliaBS.

les conséquences à déduire : il n^était plus permis a Farchevéque d'exercer ses fonctions ; tout ce qu'il pouvait faire devenait frappé de nullité ; il fallait procéder à une nouvelle élection : on en parlait de toutes parts et on écrivit en ce sens. L'archevêque entreprit sa justification dans un long discours qu'il prononça dans sa métropole et où il ne manqua pas de citer plusieurs exemples pris dans les récits de la Bible. A la fin de son discours, il lança une sentence d'excommunication contre tous ses accusateurs ; ceux-ci ne manquèrent pas d'appeler de cette sentence au futur synode et au pape lui-même.

Instruit de cette affaire, Martin V députa Guillaume de Chalençon, évêque du Puy, pour donner ad cavtelmn Fabsolulion a l'archevêque et aux conseillers clercs ; mais le président de Saint-Etienne. ne voulut pas que Terivôyé du pape donnât cette absolution en pleine cour de parlement, et elle fut octroyée devant les familiers du pontife. Nous devons conclure de ces faits que Dominique de Florence s'était démis des fonctions de président, et que le sire de Saint-Etienne avait été nommé à sa place.

L archevêque vit avec une véritable affliction la conduite de son clergé dans cette circonstance ; il dut porter en secret des plaintes au siège apostolique sur le relâchement des mœurs qui existait parmi ses chanoines et les désordres qui régnaient dans sa métropole, puisqu'a cette époque, par ordre de Martin V, et de concert avec Jean Belin évêque de Lavaur, il composa et publia des statuts pour la réforme de son chapitré. Il s'occupa aussi de plusieurs réparations à exécuter dans son église. Par son testament, qu'il fit en 1421, il laissa une somme d'argent considéra-

TBMPS INTBEIIÉOUUBS. 473

ble, ses meubles et ses manuscrits, au couvent des dominicains de Saint-Maximin en PriDvence, où il avait pris Fhabit de cet ordre. On a conjecturé de là qu'il était Marseillais d*origine, et issu de la noble famille de Flourens, d'où lui est venu son nom. Il existe près de Toulouse une paroisse ainsi nommée dans laquelle Dominique de Florence aurait peut-être possédé quelque terre ou château auquel il aurait donné le nom de ses ancêtres.

Pendant que Charles VI s'efforçait de ^e liguer avec divers princes étrangers contre le dauphin son fils, celui-ci faisait soutenir sa cause en Languedoc par le comte de Clermont qu'il avait établi son capitaine général, et qui fit son entrée à Toulouse en cette qualité en 1421. Le régent fit lui-même plusieurs voyages dans la province ; au mois d'avril, il se rendit à Toulouse et de là à Capestan où il reçut les députés du parlement, le président sire de Saint- Etienne et les conseillers de Rouaix, de Martin et d'Elbonne. Ils demeurèrent huit jours à la cour du régent de France, y reçurent des instructions particulières, et pour cadeaux des mnles richement caparaçonnées, avec des revenus annuels que devaient leur payer les receveurs des aides.

Dans les statuts de réformation que Dominique de Florence avait publiés pour son chapitre, il avait été question dç favoriser par tous les moyens possibles la science théologique du clergé. Nous avons déjà parl^d'une école attachée à la métropole ; dans cette école on forma une riche bibliothèque, qui s'augmentait tous les jours par les libéralités de plusieurs personnages. Ainsi, en 1421, Pierre de Gardés, prévôt du chapitre de Lavaur, légua à Saint-Etienne do Toulouse un beau bréviaire à l'usage de cette église, un

474 TE3IP5 INTERXÉDiAIRES.

psautier, un livre, contenant les psaumes pénilenliaux et roffice des morts, et une bible magnifique estimée soixante écus.

Le dauphin passa en Languedoc le reste de Tété et une grande partie de Tautomne de 1421 . Â la mi-septembre, il tint rassemblée des états à Carcassonne, était à Toulouse le 12 et le 18 octobre, et à Bourges le 6 novembre. Il augmenta de deux conseillers clercs et de trois laïques le parlement de Toulouse, qui eut aussi deux présidents puisque Jean Jouvenel sq qualifiait déjà de premier président en cette cour.

Le 17 mars 1422, mourut à Toulouse Dominique de Florence, après avoir gouverné pendant onze ans son Eglise. C'était un prélat savant et éloquent. Après avoir été confesseur de Clément Vil, il fut député vers le roi de Castille pour Fabsoudre de la sentence d'excommunication portée par le pape contre ce prince. Il embrassa d'abord le parti bourguignon, mais il ne tarda pas à l'abandonner pour se ranger du côté du dauphin, qui parut faire grande estime de sa personne. Ce prélat fut inhumé dans l'église des Jacobins, près de la tour du clocher. Après sa mort, le siège demeura vacant près d'une année.*

Charles YI mourut le 20 octobre. Le dauphin était à Espalli près du Puy lorsqu'il apprit sa mort , et fut proclamé roi en ce lieu sous le nom de Charles VIL Toulouse rendit à Charles VI de splendides honneurs funèbres, dont le chroniqueur Bardin nous a laissé une ample description. C'est à tort qu'il parle de la présence de l'archevêque à ce service, car il était mort plusieurs mois aupa- ^ravant, et son successeur ne fut élu que Tannée suivante.

TEMPS INTEUÎÉDUIBES. 475

Le nouveau roi confirma à Mebun en Berri, le 1 1 décembre, les privilèges de la ville de Toulouse, et sanctionna la confiscation du château et de la ville de Saint-Sulpice dans le Toulousain. Cette ville, située non loin de Tabbaye de Lezat , avait appartenu a Eléonore de Comminges ; elle passa ensuite au pouvoir de Gaston-Phébus, qui la perdit dans sa guerre contre le duc de Berri. Charles VI en avait disposé en faveur de Jeanne de Boulogne, femme de ce duc. Sur la fin de sa vie, Jeanne vint habiter Saint-Sulpice et y fabriqua la fausse monnaie, entretenant des intelligences secrètes avec le roi de Portugal : c'est ce qui engagea le sénéchal de Toulouse à s'emparer au nom du roi de ce château, qu^ celui-ci céda au maréchal de Lafayette.

Au mois d'avril 1423, le chapitre de Saint-Etienne donna un successeur à Dominique de Florence dans la personne de Denis du iMoulin. Né à Meaux, il fut professeur très habile dans l'un et l'autre droit, après avoir été successivement chantre de l'église de Vienne, chanoine de Chartres, Se Reims, de Tours, d'Âlbi et d'Evreux. A l'époque de sa promotion, il n'était que sous-diacre et remplissait l'office de conseiller ordinaire du roi. Sa nomination fut confirmée par les vicaires généraux de l'archevêque de Bourges ; il reçut tous les ordres et la consécration épiscopale des mains des évêques de Laon, de Noyon et d'Albi. Charles VII le plaça à la tête de la chambre des requêtes, et lui confia la mission délicate de soumettre à son autorité les habitants du Dauphiné. Ce fut dans son voyage à Toulouse, au mois d'août 1423, que le prince honora le nouvel archevêque des marques éclatantes de sa confiance.

Au mois d'octobre, on procéda à l'élection des nouveaux

47G TEMFS lNTBaHÉDlAI&K9.

capitouls. Nous apprenons que cette électign était soumise à Vinquisiteur de la foi. Barthélémy Giscard en remplissait alors les fonctions. 11 récusa François d'Albert sous le prétexte que cet homme était dans Fhabitude de prononcer des jurements contre la divinité. Les autres capitouls acceptèrent la sentence, et nommèrent a sa place Pierre de Sarlat. D* Albert en appela au parlement et y perdit sa cause.

Cette cour suprême reçut, au moi? de février 1424, Tordre du roi d'informer des crimes et forfaits de Jean Le Maingre maréchal de Boucicaut. L'histoire ne dit pas quels étaient ces crimes. Nous savons seulement que le parlement de Toulouse mit sous la main du roi les terres d*Aramon et de Salerargues que ce prince lui avait données. Guillaume évêque de Laon, Alexandre le Boursier et Jean de Labarre avaient été chargés par Charles VH du gouvernement des finances en Languedoc. Ces commissaires assemblèrent à Montpellier les états généraux de la province ; om y appela le cardinal de Foix évêque de Comminges, les évoques de Saint-Papoul, de Lombez, de Pamiers, de Lavaur et de Montauban (ce dernier était Geraud Faydit, chanoine de S'- Etienne de Toulouse, qui venait d'être promu a cette dignité) ; les abbés de Grand-Sel ve et de Gaillac, Arnaud ' Roger de Comminges, le vicomte de Carmaing, Jean de Lautar, les consuls de Grenade et de Gimont, de C^stelsarrafsin, de Rieux, de Saint-Bertrand, de Villefranche, de Revel ; Jacques roi de Hongrie, et de Lamarche, que le roi venait de nommer gouverneur du Languedoc. Il n'est pas fait mention de Denis du Moulin dans cette convocation , parce qu'il se trouvait alors à Paris où il traitait auprès de

TEMPS INTEIlMéDIAlEES. 477

la chambre des Comptes du remboursement de certaines sommes qu'il avait dépensées à Fépoque de son ambassade

auprès du duc de Savoie.. L'assemblée de Montpellier accorda au roi une aide de cent cinquante mille livres payables en quatre ans pour les frais de la guerre.

Le parlement de Toulouse recevait alors au nombre de

ses conseillers Pierre Bardin, père du chroniqueur. C'était un homme très versé dans la littérature. Ses ancêtres avaient été honorés du capitoulat. Il composa plusieurs ouvrages qui ne sont pas venus jusqu'à nous, et dont son fils nous a conservé les titres : l'un , sur les privilèges et les immunités des moines ; un autre, sur l'origine de la juridiction ecclésiastique qu'il rapportait aux empereurs et aux rois; un troisième, sur les moyens de réprimer la trop grande autorité des évêques ; et un commentaire sur les décrétâtes touchant les tribunaux épiscopaux.

Pendant que Pierre Bardin enrichissait Toulouse de ses nombreux ouvrages, la compagnie du Gai-Savoir recevait une fondation qui devait assurer son eiListence des libénlités d'une dame toulousaine devenue célèbre dans nos annales sous le nom de Clémence.' Ce nom apparaît pour la première fois dans une ode en vers romans qui a pour titre la Bertat, et dans laquelle est raconté le désastre de la fameuse bataille de Navarette où Henri de Transtamate, nouveau roi de Castille, fut défait, où Du Guesclin fut fait prisonnier, et où enfin quatre cents Toulousains qui avaient accompagné ce grand capitaine périrent presque tous. Cette ode a été évidemment composée après l'année 1387, car il y est parlé de la dignité de connétable, qui ne fut donnée à Du Guesclin qu'en 1380 ; de plus, cette pièce n'est que

478 TEMPS INTERMÉOIAIBBS.

le sommaire de la vie de ce héros, et ne fut publiée qu*e& 1587. La date de 1567 n'est donc pas celle de la composi tion de cette pièce ou du prix qu'elle obtint aux jeux do Gai-Savoir, mais celle de la bataille de Navarette, qui foi en effet livrée à cette époque précise.

Cette ode si remarquable est donc postérieure à FanDée 1587, et les meilleurs critiques croient qu'elle fut composée et couronnée dans les premières années du quinzième siècle. Si on la place plus loin, c'est lui enlever tout sod intérêt, car elle paraît avoir été composée pour les familles encore existantes de ces braves Toulousains qui avaient péri à Navarette. Cette pièce est adressée k une dame nommée Clémence {dona Clemensa). Il n'est pas question d'Isaure. L'auteur présenta son ode au concours, et il at firme que cette dame avait donné des fleurs pour ses prix : de flous de hostros mas, À la fin de son poëme, il TioToque encore. Quelques vers de cette pièce ont porté à conclort qu'elle était présente à ce récit, car le poète lui dit : « Je n'en dirai pas davantage, car je vois qu'il ne vous plaît pas d'écouter, ô dame Clémence, la mort de tant de braves gens. » Le nom d'Isaure n'a été ajouté à celui de Clémente que beaucoup plus tard, et le poète Pierre de Saint- Aniaa est le premier qui l'ait employé, en 1549, dans une baUade. Ce nom, qui évidemment a été apporté par la tradilîoii, paraîtrait indiquer* que Clémence appartenait à quelque famille seigneuriale de Toulouse, peut-être k celle des Izalguier, qui avait son palais dans la rue qui a pris le nom d'Isaure et son tombeau dans l'église de la Daurade. & qu'il y a de certain, c'est qu'en 1424 celte famille étâ très puissante à Toulouse ; que Pierre Izalguier seigneur fe

Clermont était alors capitoul ; qu il existait au monastère des chanoioesses de St-Saturnin une vertueuse ûlle nommée Aude Izalguier qui en fut abbesse depuis 1411 jusqu'à 1447 ; que plus tard Marguerite de Foix dame de Clémence épousa Pons Izalguier seigneur de Castelnau ; que Catherine de Pardeilhan, héritière de la seigneurie de Clémence, épousa Jean d'Izàlguier seigneur de Fourquevaux; qu'enfin Isabeau de Rochechouart, fille de Marie dlzalguier, épousa Ogier de La Mothe seigneur dlzaut ou Izaur. En donnant ici ces généalogies, nous avons voulu montrer que les deux seigneuries de Clémence et à'Isaure se trouvaient dans la faniille des Izalguier. (1)

Ainsi , d'après nos calculs et nos études, dame Clémence Isaure aurait donné pour les prix du Gai-Savoir, vers Tannée 1424, des biens ou des revenus par un testament dont

^ les clauses ne furent que beaucoup plus tard remplies : car, d'après le poèto Voulté, l'exécution des volontés de cette dame éprouva bien des difficultés et suscita beaucoup de procès.

[^' L'année qui suivit la fondation de Clémence Isaure, Charles VII arriva à Toulouse vers la fin d^ janvier 1425. Le 13 février,, ai la demande des capitouls, il donna des lettres de sauvegarde en faveur de la maison des femmes prosti-

'^''luées. Ces femmes étaient toutes réunies dans un lupanar ix^mmun qui payait à la ,ville cerliaines redevances. Le

fiî^ (4) Voir le P. Anselme, t. ni, pag. 360 et 361 ; tom. v, pag. 193 ;

^^m. IV, p. 666. n est très important d'observer que le nom de Clé-

. nence est le môme que celui d'Esclamonde (voir VOnomasticon de Simon

fl^le Peyronnet, p. 60.)

480 TEMPS INTBEH&DUiaES.

priDce reçut a Toulouse le serment que lui prêta Jeau comte de Foix en sa qualité de nouveau lieutenant du Lan guedoc.

Peu après le départ du roi pour la Touraine, arrivèrent à Toulouse des religieux italiens dont la règle avait été approuvée par les pontifes de Rome. Ils portaient le nom de Jésuates, étaient vêtus de blanc; mendiaient leur pain, et vivaient très pauvrement. Les capitouls leur cédèrent un terrain près de la porte Montolieu, à côté dun oratoire dédié au Crucifix. Ils y bâtirent de pauvres cellules. Les Jésuates étaient laïques ; les disciples de saint Ignace de Loyola ne sont donc pas les premiers qui aient pris le nom que leurs ennemis leur ont tant reproché. Nos bons religieux furent décimés par la peste qui désola en 1425 la ville de Toulouse; un seul put retourner en Italie. Ce fut à cause de cette peste que le parlement de Toulouse transporta ses séances k Beziers. Le premier ^président (Jean Gencian) fut chargé par Jean de Foix de réunir à Carcâssonne les trois états du Languedoc pour le 22 septembre. L'objet principal de cette assemblée était de nommer des députés aux états généraux que le roi avait convoqués à Mehun-sur-Yeuze pour le mois de novembre suivant.

Denis du Moulin, archevêque de Toulouse, n assista pas à rassemblée de Beziers et envoya seulement son grandvicaire. Au milieu des soins spirituels que ce prélat donnait à son troupeau, il ne négligea pas ses affaires temporelles ; et s'il se donna quelques mouvements pour moyenner la paix, son intervention dans les affaires publiques ne fut pas désintéressée, car le roi lui assigna, aux états de Mehun, la somme de mille livres pour solde d'un voyage

TKIPS LNTERXEOUinES. VS 1

entrepris au mois de septembre, et ordonua qu'on lui payât plus tard la somme de huit cents livres tournois pour avoir vaqué par son ordre.

Toulouse fut k cette époque le théâtre d'un déplorable événement : un sous-diacre nommé Boville tua pendant la nuit un bourgeois nommé Pierre Geraud. Le parlement se saisit de Tâffâire ; mais Taccusé refusa de prêter serment et déclina la juridiction de la' cour suprême, prétendant qu'il devait être jugé par l'archevêque. Le parlement n'accepta pas ses réclamations ; et comme l'accusé ne voulut répondre à aucune des questions adressées, on le considéra comme muet, et on lui fit son procès dans la forme usitée en pareil cas. L'inquisiteur de la foi eut aussi à réclamer contre les capitouls qui avaient condamné un blasphémateur. L'inquisiteur prétendait que ces sortes de crimes devaient être déférés à son tribunal. L'affaire ayant été portée devant le sénéchal, celui-ci débolita l'inquisiteur de ses prétentions. Le parlement Jugea différemment : il cassa la double seotence des capitouls et du sénéchal et maintint les droits de l'inquisiteur. La peine infligée aux blasphémateurs consistait à les enfermer dans une cage de fer et à les plonger trois fois dans le fleuVe. Cette peine fat étendue aux femmes qui favorisaient la débauche, et souvent aux prostituées elles-mêmes.

Vers la fin de Tannée 1426, Denis du Moulin, qui se trou^ vait à Toulouse, publia des statuts sur la cour archiépiscopale de cette ville, et fixa un peu la marche à suivre pour les procédures et jugements ecclésiastiques, matière qui avait été jusque-là très imparfaitement réglée. Les statuts de Denis du Moulin ne sont pas venus jusqu'à nous, mais

48 s TEMPS INTCUIÉÇUnKS.

ils sont cités avec éloge dans ceux du cardinal de Joyeuse.

L'ordre des frères mineurs reçut alors à Toulouse une marque éclatante de la générosité et de la munificence de révéque de Gomminges Pierre de Foix. Ce grand homme était fils d'Archambaud.de Grailli vicomte de Béarn et d'Isabelle, sœur de Matthieu de Foix. Âpres avoir fait ses études à Toulouse avec la plus grande distinction, par une humilité profonde il renonça à toutes les grandeurs de la terre et embrassa la vie religieuse dans le couvent des francis< cains de Morlas en Béarn. Malgré sa résistance, le souverain pontife le tira du cloître et le nomma évêque de Lescar et ensuite de Gomminges, U succédait dans cette église à Manaud de Barbazan, car Geraud d*Aure, qui avait été élu par le chapitre, ne fut pas reconnu par Martin V.

Ge fut en 1426 que Pierre de Foix prit le gouvernement du siège de Gomminges, à Tâge de vingt-deux ans ; il fut créé cardinal au' titre de Saint-Etienne au mont Gœlius. L'amour qu il avait pour son ordre le porta à construire à Toulouse la magnifique église des Gordeliers et à créer un collège pour vingt-six écoliers. La chapelle de cette maison fut dédiée à saint Jérôme ; il Tenrichit d'une bibliothèque magnifique où se trouvaient réunis de très précieux manuscrits. Gette dernière fondation ne fut faite qu'en 1457, pendant que Pierre cardinal de Foix gouvernait l'Eglise d'Arles. Ce collège porta son nom, et fut aussi désigné sous celui de la Vache, à cause des armes de la maison de Béarn à laquelle appartenait ce grand homme. (Ge collège est au> jourd'hui occupé par les Dames de la Compassion.)

Le comte de Foix convoqua l'assemblée des états du Languedoc à Beziers pour le 8 juillet 1428; Denis du Mou-

TEMPS liNTERMÊDUIBES. 483

lia s*y troQTâ, et le roi lui donna une gratification de quatre cents livres pour les dépenses quil avait faites. Ces états, qui ne s'ouvrirent qu'au mois d'ajoût, accordèrent à Charles VU des subsides pour résister aux Anglais, et nommèrent des députés pour les états généraux qui s'ouvrirent à Chinon au mois d'octobre. Ce|te dernière assemblée demanda au roi de réunir en un seul les deux parlements de Poitiers et de Beziers ou Toulouse, ce qpi fut exécuté > en sorte que le parlement du Languedoc, qui n'avait duré que huit ans, fut réuni à celui de France jusqu'en 1445, époque à laquelle il fut rétabli pour toujours.

Pendant les états généraux de Chinon, le comte de Foix fit sa résidence en Languedoc pour garder cette province que les routiers infestaient encore, et en particulier André de Ribes, qui occupait diverses places dans le Toulousain. Ce capitaine fut pris et mis à mort. Le comte exerçait une véritable autorité souveraine en Languedoc, car Hélie, prévôt de l'Eglise de Rieux, ayant été nommé juge-commissaire et exécuteur apostolique dans le Languedoc et la Guienne pour l'extirpation du schisme et de Thérésie, ne put remplir sa mission sans le consentement du comte, qui la lui accorda par des lettres qui portent la date du 20 décembre 1428, à condition qu'il agirait de concert avec quelques jurisconsultes qu'il désigna.

L'année 1429 vit les, affaires de Charles VH changer entièrement de face par les exploits de Jeanne d'Arc, la levée du siège d'Orléans, et le sacre du roi à Reims. Les états du Languedoc s'étaient assemblés au mois d'août à Carcassonne ; ils se réunirent de nouveau le 15 octobre. Ce fut dans cette seconde session qu'on nomma des députés pour

4^4 TEMPS INTERMÉDUIRES.

aller coraplimenler le roi sur son sacre, qui avait lieu au mois de juin. Denis du Moulin, archevêque de Toulouse, (Hait au nombre de ces députés. Il nous est impossible de suivre ici toute la durée des états du Languedoc qui s'assemblèrent si souvent a celte époque ; nous dirons seule- . ment que le roi, se trouant à Gergeau le 5 mai 1430. y confirma une ordonnance du comte de Foix relative aux capitouls de Toulouse qui avaient été continués dans leur charge k cause des soins qu'ils s'étaient donnés pour maintenir les peuples de la sénéchaussée dans le devoir.

Ces peuples étaient perpétuellement vexés par les routiers, qui , au nombre de six mille hommes d'armes, désolaient la province. Le comte de Foix donna commission au chevalier Jean de Mauléon de les réprimer : celui-ci ordonna aussitôt au sénéchal de Toulouse d'assembler le ban et l'arrière-ban de la sénéchaussée pour aller combattre ce> brigands, qui furent ainsi tenus <în échec.

Toulouse possédait alors les quatre ordres mendiants : dominicains, franciscains, augustins et carmes.' Ces religieux firent ensemble un accord touchant les diverses solennités

qui devaient se célébrer dans leurs ordres, et auxquelles ils étaient tenus tous d'assister. Cet accord avait encore pour objet certaines préséances dans la distribution des . • grades universitaires. Le comte de Foix se vit obligé d'intervenir dans un différend qui s'éleva entre Jean du Puy, professeur de théologie, dominicain inquisiteur que le pape ' venait de nommer à l'évêché de Cahors et qui voulait garder avec son évêché cette dernière charge, et frère Raymond de Manassio, à qui le roi avait accordé la place d'inquisitour depuis que le premier avait été prendre possession de

TEMPS INTaRMÉDIAlIlES. 4S5

son évêché. Nous ignorons le résultai de ce différend, dont le comte s'était réservé la connaissance.

Les capitouls en appelèrent au monarque de Famende de dix mille écus d'or à laquelle ils avaient été condamnés par arrêt du parlement pour avoir ôté des mains du sénéchal de Toulouse-une femme du lieu de Portet près de cette ville, accusée de plusieurs crimes. Le parlement avait, de plus, privé ces magistrats de Texercice de la justice criminelle. Le roi , se trouvant à Vienne en Dauphiné au mois d'avril 1434', examina les plaintes des capitouls, modéra le prix de l'amende et leur rendit l'exercice de la justice. On comprend que le sénéchal Jean de Bonnay dût faire opposition à ces actes ; mais la décision royale prévalut. . Le roi témoignait toujours beaucoup de confiance à Denis du Moulin puisqu'il l'envoya, pendant qu'il était du côté du Rhône, en ambassade auprès du roi de Castille et de Léon pour traiter de quelques affaires relatives aux deux couronnes. Ce prince récompensait toujours magniflquement les services de l'archevêque, car il lui assigna 3200 moutons d'or pour ce voyage, dont 2000 lui furent immédiatement payés et les autres dans l'année suivante. Ce prélat était^ vraiment infatigable : à peine de retour d'Espagne, il se rendit à la cour de Savoie pour assister aux flancailles d'Amédée avec lolande, flUe de Charles VII ; de là il fut envoyé auprès du duc de Bourgogne en Flandre avec le seigneur de Gî^ucourt. Avant son départ, il reçut du roi 800 livres tournois et 900 à son retour. Dans toutes ces légations, il eut pour secrétaire Pierre Lenormant.

Jean comte de Foix touchait, au .terme de sa carrière. Il mourut à Mazères le 4 mai 1456, et fut inhumé îi Bul

bonne. Gaston son fils lui succéda. Le roi ne se pressa pas de nommer un lieutenant en Languedoc, et administra pendant quelque temps la province par lui-même. Les états du Languedoc ayant été convoqués k Beziers, ils s*ouYrirent le 8 janvier 1437, et on accorda mille éçus d'or à Louis, fils aîné du roi pour ses affaires. Db Moulin se trouva à ces états, et accompagna Charles VII dans le voyage que le prince fit alors en Languedoc avec le dauphin. A Montpellier, il usa de son ascendant auprès du monarque pour l'engager à donner cent livres à prendre sur la recette de Toulouse aux franciscains de celte ville. Cette communauté ne possédstit pas de rentes ; elle était composée de cent religieux, et le chapitre génét^l de Tordre, au nombre de quinze cents moines, devait se tenir à la Pentecote dans ce couvent. L'archevêque obtint la place d'intendant de la justice des aides pour la province et celle de membre du conseil privé. Le 7 juillet 1438, du Moulin assista k la grande assemblée réunie k Bourges avec un grand nombre d'évêques et de jurisconsultes. Ce fut là qu'on établit la fameuse pragmatique-sanction. C'était une ordonnance en vingt-trois articles. On y adopta la plupart

des décrets du concile de Bâle ; on y reconnut l'autorité des conciles œcuméniques supérieure k celle du pape ; on y abolit les annates, les réserves, les expectatives, lamultiplicité des censures et des appellations k Rome, les jugements ecclésiastiques hors du royaume, et on y rétablit les élections canoniques. Un auteur moderne (1) prétend que « la pragmatique n'avait qu'un petit défaut, celui d'être

(1) RonRBACKEK, Hist. univ.y tom. x\v, p. 571-572.

TXMPS IKTKBHÉDUIIBS. 48f

radicalement Dulle ; car, dit-il , toat contrat est nul qui n est point consenti par tes deux parties contractantes. Or, la pragmatique était un contrat entre les Eglises de France «t le pape pour régler les rapports mutuels de part et d*autre ; le consentement du pape y était donc absolument nécessaire^ » Tout cela est assurément très uste ; mais Fauteur a oublié ce quil a dit un peu plus haut , — que les députés d'Eugène IV furent convoqués à Bourges, et qu'ils y furent entendus : en sorte que le défaut de la pragmatique devint, comme on le voit, infiniment petit. •

Après rassemblée de Bourges, du Moulin rentra à Toulouse, puisque, le 18 juillet, il assista au contrat de mariage d'Ayssin de Moptesquiou d'Angles avec Dulcie de. Faudoas^ fille de Beraud de Faudoas de Barbazan.

Les routiers, ayant à leur tête Rodigo de Villaudrant et d'autres capitaines, exerçaient de continuels ravages dans

toute la province. S'étant emparés de la ville de Sainte-

Gabelle d^s le Toulousain, ils s'y fortiÇèrent. Jean de Bonnay, sénéchal de Toulouse, ne pouvant les réduire par la force, prit le parti de traiter avec eux, et leur Qt abandonner leur place d'armés moyennant une sommB qui leur fut comptée. . .

Le 25 mai 1439, Louis dauphin de France, pendant que son père était à Lyon, fit son entrée solennelle à Toulouse, et fut logé à la sénéchaussée. Il n'était alors âgé que de seize ans. Le roi , qui avait une entière confiance à Denis du Moulin, le donna pour conseiller au jeune prince. €e fut pour le récompenser de ses bons et loyaux services que ce prélat fut transféré a l'archevêché de Paris, où il mourut

488 TgMPS INTBBMBDIAIBSS.

en 1447. Il avait gouverné TEglise de Toulouse dix-sept ans et avait passé la plus grande partie de son épiscopat dans les légations et les afnbassades. Le journaliste de Charles VII le traite de prélat cupide, et même de coocnssionnaire. Tout ce qu'on peut dire, c'est que, s'il servit son prince et sa patrie, il ne le fit pas gratuitement, et eut le soin de se faire payer des sommes considérables, pour ses diverses ambassades. Il légua une certaine somme pour la construction d'un péristyle et d'un portail à son église cathédrale, ouvrage qui fut exécuté par son successeur.

Au mois de juillet, Pierre du Moulin, maître èâ-arts, vice-chancelier du Languedoc, licencié .en droit civil et canonique, juge des appellations des causes civiles, maître des requêtes, et frère du précédent, fut élu pour lui succéder. Il fut mis en possession par Bernard du Rozier, prévôt de la cathédrale. Ayant accompagné le dauphin à Toulouse et se trouvant en cette ville au moment de son élection, le roi le nomma à la lieutenance des aides ou subsides, et lui fit compter deux cent cinquante livres tournois.

Louis dauphin était encore à Toulouse le 10 juillet. Il nomma des commissaires pour visiter plusieurs personnes, hommes, femmes et enfants, qui s'étaient répandues dans la ville et sénéchaussée de Toulouse, et qui se trouvaient infectées d'une espèce de lèpre appelée capotme. Un traité fut aussi conclu avec les capitaines des routiers qui s'étaient emparés de Seisses, Braqueville, Beauzelle et Villemur, traité par lequel , moyennant une somme de deux mille écas d'or, ils consentirent k abandonner la province. Louis partit de Toulouse à la fin de juillet. Etant a Albi,il

TEMPS IMTKHSlÉDIAinBS.

exempta le nouvel archevêque du service d'un chevalier pour le ban. Les routiers, après le départ dû daup^hin, continuèrent d'exercer leurs ravages ; bien plus, des seigneurs formèrent contre le roi une conspiration dans laquelle on entraîna le jeune prince. Jean deChabannes, sénéchal de Toulouse, entra dans cette ligue. A cette nouvelle, Charles yil destitua le sénéchal (28 mars 1440) et nomma à sa place tialaùbiac de Panassac, auquel il adjoignit le vicomte de Lomagne pour son lieutenant en Languedoc.

Le vicomte se rendit à Toulouse, et le 12 avril il assembla tous les officiers de la sénéchaussée, leur fit part des événements qui se passaient alors en France, et requit l'enregistrement des lettres d'institution du nouveau sénéchal. L'assemblée répondit que les lettres étant adressées aux généraux de la justice dans le pays, on ne pouvait les enregistrer sans leur ordre ; que Pierre du Moulin étant l'un des grands justiciers, on pouvait lui présenter ces lettres. Alors le vicomte pria l'archevêque de se rendre à l'assemblée * mais le prélat s'excusa sur ce qu'il n'était pas le seul des généraux et qu'il n'avait pas les sceaux. Cette excuse n'empêcha pas le vicomte de se rendre le lendemain à la cour présidiale, suivi de l'archevêque et des capitouls, et de son autorité mit en possession le seigneur de Panassac. La rébeUion des seigneurs *de la cour n'eut pas de suite: ils vinrent demander pardon au roi, qui le leur accorda.

Il paraît que Pierre du Moulin s'était rendu auprès du roi qui avait entrepris un voyage dans la province à la fin de novembre 1441, puisqu'il partit de Montpellier pour se rendre promptement en Gascogne afin d'engager le vicomte

490 TEMPS INTEEMÉDiÀiRBS.

de Lomagne à ne pas causer trop de dommages dans le pays da Languedoc. Voici quelle avait été Foccasion de cette prise d^armes, Les Anglais assiégeaient à cette époque la ville de Tartas en Gascogne sur le sire d*Albret qui en était seigneur. Le roi, ayant résolu de la secourir, convoqua à cet effet toutes les milices du royaume ainsi quala noblesse de la sénéchaussée de Toulouse, et établit le quartier général dans cette ville pour le 1^' avril 1442. Mais le vicomte de Lomagne n*avait pas attendu les ordres du prince : il s*était déjà mis en marche. Ce mouvement de troupes causa beaucoup de désordre dans la province : ce qui força le roi à donner Tordre au sénéchal de 1\)ulouse de séparer la noblesse déjà réunie. Alors le roi s'avança vers le Languedoc. Il était a Limoges le 4 mai. Après les fêtes de la Pentecôte, il se dirigea vers Toulouse, y fit son entrée solennelle le 8 juin 1442, vêtu de noir, monté sur un cheval blanc, et s'avança sous un dais brodé d'or porté par les capitouls. Il descendit à la sénéchaussée. Ayant rassemblé son armée aux environs de la ville pour la journée de Tartas, il en partit le 12, après y avoir laissé son conseil. Le 13 juin, il se trouvait à Grenade sur Garonne. Tartas sétant rendue, il était de retour à Toulouse le â6 juillet ; nous l'y trouvons encore le 22 août avec la reine qu'il y avait laissée. Cette princesse quitta bientôt cette ville, et le roi alla faire plusieurs excursions dans la province^

Pierre du Moulin se vit obligé de promulguer la bulle d'Eugène IV en faveur de l'archevêque de Narbonne et de ses suffragants. Dans cette bulle il ordonne aux inquisiteurs de s'entendre toujours avec les évêques dans l'exercice de leurs charges et de leur prêter un mutuel appui. Cette

T^HPS 1KTBI1MÉD1AIHES. 494

promulgalioiï fut nécessitée par la conduite que Tinquisiteur de Toulouse tint à l'égard de rarchevéque, conduite qui suscita un procès entre les deux parties, mais qui n*eut pas d'autres conséquences.

Charles VII demeura avec toute sa cour à Montauban tout le mois de janvier 1443. Le chroniqueur Bardin affirme qu'il tiqt à cette époque dans cette Ville les trois états du Languedoc ; que la présidence en fut donnée à Bertrand de Laroche-FonteniHes, évêque de Montauban, au préjudice des archevêques ; que ceux-ci, irrités, se retirèrent de l'assemblée, à Texception de Pierre du Moulin qui prétendit que le roi avait le' droit de choisir le président. Le chroniqueur donde ensuite les noms de tous les prélats et de tous les seigneurs qui assistèrent à cette assemblée où le roi annonça le rétablissement prochain du parlement à Toulouse. Ces circonstances ont paru fabuleuses à de graves historiens. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il assigna les états du pays de Comminges à Toulouse pour le 17 féVUer, afin de contraindre Matthieu de Foix à donner la liberté à Marguerite de Comminges sa femme, qu'il tenait prisonnière et qu'il avait fait transporter dans l'une des tours du* château de Foix.

Les états de Comûiinges se trouvèrent ajournés jusqu'au 26 février. Le roi entra a Toulouse le même jour, et le samedi 9 mars il stipula un accord avec Matthieu de Foix par lequel la comtesse devait être mise en liberté ; qu'ils jouiraient ensemble du comté de Comminges, et qu'après leur mort ce comté serait réuni a la couronne. Immédiatement la comtesse Marguerite fut mise en liberté et conduite à Toulouse. Celte illustre dame, qui était très vieille, se

TEMPS INTKUUEDIAIRES.

rendil à Poitiers où elle mourut peu de jours après. Matthieu de Foix épousa alors en secondes noces Catherine dame de Coaraze, et jouit du comté de Comminges jusqn^k sa mort, arrivée en 1451. Après lui, le comté fut réuni à la couronne.

Marie d'Anjou suivit le roi son époux à Toulouse. L'entrée de la reine fut magnifique. Le dauphin la portait en croupe sur un cheval blanc ; elle était vêtue d'une robe * bleue doublée d'hermine, et coiffée d'un chaperon de gaze blanche relevé d'un côté et d'autre sur le front. Les capitouls soutenaient, au-dessus des illustres voyageurs, un dais aux armes de France et d'Anjou, La ville, à cause de sa noble et joyeuse entrée, lui fit présent de cinquante marcs d'argent ouvré valant cinq cents livres.

Pendant son séjour à Toulouse, le roi accueillit favorablement les demandes qui lui furent adressées par les états du Languedoc sur plusieurs points, et entr'autres sur le rétabhssement du parlement dans la province. Il rendit aux capitouls l'exercice de la justice civile et criminelle, grâce qui leur fut octroyée à l'occasion de la conduite honorable que ces magistrats avaient tenue à cet égard 'en payant la

somme de six mille réaux d'or à laquelle ils avaient été condamnés dans l'affaife du sénéchal dont il a été parlé plus haut. Le roi leur remit cette somme parce que la ville avait beaucoup souffert de l'armée, et qu'un vaste incendie avait consumé une grande partie de la cité.

Le roi partit de Toulouse le 8 avril 1445, suivi du roi de Sicile et de toute sa cour, et prit la route du Liipousin. Conformément à ses. promesses, il rétablit, par un édil donné à Saumur le 12 octobre, le parlement du Langue-

TEMPS INTEaMÉDUIRKS. 493

doc el en fixa la résidence à Toulouse. Il ordonna qu'il commencerait ses séances à la Saint-Martin d'hiver ; qu'il ' serait composé de quatorze juges, savoir : deux présidents laïques ; douze conseillers, six clercs et six laïques ; deux greffiers, et huit huissiers. Aynard de Bleterens fut nommé premier président et Jacques de Maux second président. Le roi nomma l'archevêque de Toulouse et un autre évêque de la province prélats assistants ou conseillers d'honneur. Par suite de diverses circonstances, l'installation du nouveau parlement n'eut lieu que le 4 juin 1444. Ce jour-lk, Pierre du Moulin célébra la messe du Saint-Esprit. Après la cérémonie religieuse, les gens du parlement se rendirent au lieu fixé pour leurs séances; l'archevêque et l'argentier du roi prononcèrent de très belles harangues auxquelles le premier président répondit , et la cour fut installée par Jean d'Etampes, maître des requêtes de l'hôtel du roi, et Jacques Cœur, son argentier.

Par l'édit de création du parlement de Toulouse, les commissaires généraux sur le fait de la justice avaient été révoqués, et aussi ceux des appels des aides. Ces divers commissaires firent opposition à ce que le parlement évoquât les affaires qui étaient de leur ressort. Afin d'éviter

tout conflit, le roi institua ou plutôt rétablit une cour des

aides qu'il incorpora au nouveau parlement. En conséquence, Pierre du Moulin, Jean d'Etampes, Jean d'Assi et Pierre Barilhet furerît institués juges souverains sur le fait de la justice des aides et des tailles, et installés en cette qualité le 20 novembre, après avoir prêté serment à genoux entre les mains du premier président.

Le !•' août, Pierre du Moulin présenta en son nom une

494 TEMPS mTE&HâÙlilRBS.

requête au parlement à Veffet d'obtenir (|u un certain clerc nommé Jean Âscher, qui était dans les prisons de la cour^ lui fût remis. Cet homme était accusé d'avoir cité en cour romaine Pierre Boissié, curé de Sainte-Sigalaine au diocèse de Lavaur, et cela contre la défense qui avait été portée par la pragmatique-sanction. La cour interrogea le prévenu et voulut connaître sa cause. Ce ne fut qu'après un premier jugement qu'il fut livré a l'archevêque et transféré dans la prison de l'offlcialité. L'appel qu'il avait interjeté en cour de Rome lui fit rendre la liberté.

Depuis son installation, le nouveau parlement, a cause 'de rétendue de sa juridiction, se trouvait nécessairement mêlé à toutes les graves affaires de la province : ainsi, au mois de septembre, il confirma les anciens arrêts qui avaient été rendus touchant la liberté que les esclaves recouvraient en se réfugiant à Toulouse, contré les prétentions des commissaires du roi d'Aragon ; au mois de janvier 1446^ il s'occupa de l'affaire de l'évêché d'Uzès entre Alain de Coëtivi et Guillaume Soyberti qui se disputaient cet évêché. Une sédition des habitants de Lectoure ayant éclaté contre la garnison royale, le parlement interposa son autorité pour arrêter le désordre.

Les états du Languedoc s'assemblèrent plusieurs fois a cette époque dans la ville de Montpellier. L'assemblée de 1449 accorda plusieurs aides et subsides au roi, et trois cents Uvres à Pierre du Moulin pour avoir dressé les constitutions du pays et pour les frais qu'il avait faits durant la tenue des états. L'année suivante, ce même prélat obtint mille livres à cause des frais de son ambassade vers le roi en Normandie dans les intérêts de la province.

TBSIPS IKTERMÉOIAIBES. 49.'»

La prévôté de Saint-Etienne de Toulouse fut successivement occupée, dans la première moitié du quinzième siècle, par Nicolas Tercius, qui succéda à Vital de Castelmoron, et qui assista au concile de Pise en 1409. Après lui, Chatard d'Aicard fut créé prévôt, et fut enseveli dans la chapelle de Saint-Laurent. Etienne de Gaillac, docteur en décrets, vint après lui ; il exempta les habitants du lieu d*Escalquens de plusieurs servitudes, et approuva les statuts de la réforme du chapitre de Saint-Etienne que Dominique de Florence et Févêque de Lavaur avaient dressés par ordre de Martin V. On voyait autrefois, vis-à-vis de la porte du cloître de Saint-Etienne, le tombeau d*Etienne de Gaillac qu^il avait fait construire de son vivant. Bernard du Rozier, chancelier de VEglise de Toulouse, professeur en Fun et Fautre droit, fut élu pour lui succéder pendant qu'il remplissait à Rome les fonctions de référendaire auprès d'Eugène lY. Il était né au Mas-Saintes-Puelles dans le Lauraguais. Dans sa jeunesse, il prit rang parmi les chanoines de Saint-Etienne, et enseigna pendant vingt ans le droit civil et canonique dans Funiversité de Toulouse. A Rome, il fit admirer sa rare éloquence. I] fut d'abord promu aux évêchés de Bazas et de Montauban, et bientôt après à Farchevêché de Toulouse, comme nous le verrons plus bas.

L*abbaye de Saint-Saturnin fut encore gouvernée, dans les premières années de ce siècle , par Aymeric Noël , qui devint évèque de Condom. Bernard d'Aurival lui succéda, et à celui-ci Foulques de la Rouère. Ce dernier fut créé conseiller clerc au parlement de Toulouse. Nomme conservateur des privilèges des dominicains, il défendit aux ofRciaux de la province de Bourges d'exercer sur eux aucune

496 • TEMPS INTBEMÉDIAIKES.

juridictioa. Il présida aux obsèques d'Aynard de Bieterens, premier président du- parlement. 11 était né à Saint-Léonard dans le Limou;sin.

Le prieuré de la Daurade nous offre, dahs la période que nous venons de parcourir, des faits dignes d'intérêt. Pendant que Raymond de Vayrac était encore prieur, Jean de Capdenier, seigneur illustre, institua les moines de celte maison ses légataires universels. Raymond fut élu abbé de Moissac; après lui, Jean de Maussio et Gui de Vayrac parent du précédent gouvernèrent le monastère. Celui-ci fut aussi élu abbé de Moissac. Raymond d'Arentes remplit la place de prieur après Gui; il était bâtard, et professait le droit canonique k Toulouse. Le comte d'armagnac, dont il était conseiller, avait puissamment contribué à lui faire ob; tenir cette place. Pierre de Rocasell, prieur claustral, fut envoyé au concile de Constance, et son monastère s'agrandit par les libéralités de Marguerite àe Tarride, qui lui céda une vaste maison.

Raymond d'Arentes s'efforça de secouer le joug de l'abbaye de Moissac ; mais son monastère devint la proie des flammes en 1429. Les religieux alors existants s'engagèrent à reconstruire la maison à leurs dépens ou à ceux de leurs familles, à la condition qu'ils demeureraient toujours dans le prieuré. Cette condition fut acceptée par l'abbé de Moissac, et devint la source de la destruction de la discipline claustrale et d'une infinité de désordres dont on eut beaucoup de peine à arrêter le cours. Le nombre des religieux fut réduit à quinze par Raymond ^ dans l'intention de s'approprier les retenus des divers offices. Il ne put cependant réaliser ces projets sur ce point , les moines en ayant ap-

TEMPS INTERMéUIAlRES. * 4^91

pelé au cardinal de Foix. Raymond fut pourvu du prieuré de Saiot-Orens d'Auch par Eugène IV. A peine cette promotion fut-elle connue de Tabbé de Moissac, qu'il se hâta' de nommer prieur de la Daurade Amalriç de Senerges, homme également distingué par Tbonnêteté de ses mœurs, la noblesse de sa naissance et sa piété.

L'abbaye du Mas-Garnier fut gouvernée par Pierre, Girard, Peladon (qui aliéna le ramier de la Garonne pour fournir au vestiaire de ses religieux), par Raymond d'Avidat et Jean du Falgar ; — celle des chanoinesses de Saint- Saturnin ne nous offre que le nom de deux abbesses, Aude d'Izalguier et Françoise Pilote; — celle de Saint-Panlaléon, le nom de Gaillarde de Braderie, de Bertrande Silva et d'Aliernorde de Baroque. Le monastère d'Eaunes ne compte que deux abbés : Guillaume Durandi et Jean de Taillepède ; Grand-Selve deux encore : Jean A^émar, qui fut destitué par les abbés de Maurimont et de Cadouin à tause de sa mauvaise administration, et Gilles de Morban.

L'abbaye de VOraison-Dieu, qui avait été complètement détruite dans les guerres des albigeois , et dont la mense fut unie à celle d'Eaunes en 1344, reprit peu après son ancienne splendeur; elle fut reconstruite, au quinzième siècle, à Muret, et reçut alors dans son sein des vierges de la plus haute noblesse. Jeanne Desjardins, Marguerite de Bonnefoi et Gratiennede Ritouret la gouvernèrent jusqu'à la moitié du quinzième siècle ; depuis cette époque, on ne retrouve plus la série de ses abbesses qu'au dix-septième.

Marguerite de Levis, qui gouvernait l'abbaye de Salenques, jeta un grand éclat sur cette maison. Ses brillantes

498 TEMPS INTEBHfolilBBI.

qualités et -son influence y conduisirent des filles de la plus haute distinction, parmi lesquelles nous remarquons Eglantine et Mirade de Foix, ainsi que Marthe de Pardeilhan. — La Capelle eut pour abbés Bernard de Porta , Etienne de Lachan et Raymond de Descut; la maison des Clarisse à Toulouse fut gouvernée par Françoise Delpont, Messende de Morlan, et Eduarde de Tourneur.

Nous avons laissé, au commencement de ce siècle, Guillaume du Puy sur le siège de Rieux ; il fut promu à Févé-

ché de Mirepoix, et eut pour successeur Pierre de Levis

chanoine d'Agen. A ce dernier succéda Vital du Lion, prieur de Saint-Caprais d'Agen, qui fut évincé de son évèché de Rieux par Gaucelin du Bousquet. Ce dernier était docteur en droit à Toulouse , juge à la chambre des appels civils et de la sénéchaussée. Il fit présent à son église d'un magnifique calice sur lequel il fit graver son nom. Hugues de RafSgnac fut promu à Févêché de Rieux aprëâ la mort de Gaucelin ; il unit les prieurés d'Oursas et de Montdavezan à son chapitre ; il consacra son église cathédrale, et y fonda, plusieurs obits. Il se démit de son évèché pour se retirer à Sarlat, où il mourut en odeur de sainteté. Son corps fut transporté à Rieux, et inhumé derrière Tautel de la chapelle de saint Sixte dans la cathédrale.

Jean de Pequaimond, Jean de Proguan, un autre Jean de Pequaimond, et Sanche de Lagoussan, gouvernèrent successivement Fabbaye de Feuillants ; Jean, deuxième du nom , et Antoine de Solère celle de Calers ; Arnaud III Elie de Foix et Raymond celle de Bolbonne.

Nous trouvons encore Manaud de Barbazan sur le siège de Comminges, au commencement du quinzième siècle, n

TEMPS INTSRMÉDIàlRES. 499

eut pour successeur Geraud d'Âùre, dont Télection ue fut pas confirmée par le pape, comme ayant été faite par le chapitre contre sa volonté. Pierre de Foix lui succéda. Nous avons déjà parlé de ce grand homme, qui fut transféré à réglise d'Arles. Après lui ,'Grimoald et Raymond d'Espagne occupèrent le siège de Saint-Bertrand. — L'abbaye de Bonnefont ne nous offre que* deux abbés dans cette période : Jean et Vidian; celle de Nizors, deux autres : Bertrand et de Jannac ; et celle de la Lumière-Dieu, deux abbesses : Raymonde et Jeanne de Billy.

Pierre du Moulin présida les états du Languedoc k Toulouse, au mois de février 1451. R fut bientôt après atteint de la peste qui ravageait la province, et mourut au château de Balma le 3 octobre. Son corps fut inhumé dans le chœur de sa cathédrale, avec une épitaphe. Avant sa mort, il fit construire le grand portail d'entrée de l'église Saint- Etienne, soit à ses frais, soit avec les sommes qui avaient été léguées par Denis son frère. Les statues 0e ces deux prélats se voyaient autrefois sur ce portail, placées dans des niches et couvertes d'un dais. H restaura le palais épiscopal, et construisit de vastes bâtiments au château de Yerfeil. Pierre du Moulin gouverna l'église de Toulouse pen-

dant douze années. Son successeur fut Bernard du Rozier,

dont nous avons déjà parlé.

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