‹ Histoire générale de l'église de Toulouse (volume 4)Chapitre 3 sur 20 · HI · texte numérisé non relu

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avoir donné riiospitalilé dans sa capitale que Raymond VI termina sa longue carrière.

Au mois de juillet, ce seigneur avait donné en fief les boucheries de la ville de Toulouse ; mais un jour du mois d'août , s'élant rendu de grand matin à l'église de la Daurade pour y faire ses prières, il se trouva malade au sortir de Téglise ; y étant revenu dans l'après-midi, il se sentit tellement faible qu'il eut besoin d'un appui pour se soutenir. Après qu'il eut satisfait à ses dévotions à la Daurade, il se rendit dans une maison située près de la basilique de Saint- Saturnin, appartenant à un citoyen nommé Hugues Jean. On voit encore une tour carrée qui dépendait de cette maison. Là, vers les cinq heures du soir, on lui servit une légère collation. Pendant qu'il mangeait quelques figues, il se trouva mal et se sentit frappé à mort. Aussitôt il manda Jourdan, abbé de Saint-Sernin, témoignant un vif désir d'être réconcilié à l'Eglise et de recevoir les sacrés mystères. Voyant que l'abbé tardait à venir, il envoya message sur message, ne cessant de témoigner de son repentir par de fréquentes aspirations à Dieu. Au moment où l'abbé entrait dans sa chambre, il perdit la parole; mais il fit connaître par ses signes, ses regards, ses larmes et l'attitude de son corps, les sentiments qui agitaient son âme ; il éleva ses mains, les joignit ensuite, et les plaça entre celles de l'abbé. Celui-ci dût sans doute lui donner l'absolution siacramentelle. Les hospitaliers de Saint-Jean que le comte avait mandés, jetèrent sur lui leur manteau auquel était attachée une croix blanche. Un des assistants ayant voulu l'ôter, le mourant le retint avec force, baisa affectueusement la croix de l'ordre, et rendit le dernier soupir.

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L'abbé de Saint-Sernin annonça aussitôt au peuple assemblé autour de la maison la mort du comte, le recommanda aux prières des fidèles, raconta tout haut la manière édifiante dont il avait quitté la vie, déclara quil croyait son âme en paradis et qu'il voulait l'enterrer dans son église. Les frères de Saint-Jean, ayant fait connaître que la volonté expresse de Raymond VI était de reposer dans leur église, emportèrent le corps qui fut placé dans un cercueil de bois sans être inhumé. Ses ossements demeurèrent donc sans sépulture dans l'église de Saint- Jean et finirent par se réduire en poussière, a l'exception du crâne qui portait l'empreinte frappante d'une fleur de lis, et que les chevaliers de Malte gardaient avec respect et montraient aux curieux. — Nous parlerons plus tard de l'enquête qui fut faite sur la catholicité de cet illustre seigneur.

Ainsi mourut, dans la soixante-sixième année de son âge et la vingt-huitième de son règne, Raymond VI fils de Raymond V. Dépouillé de ses états par une guerre à laquelle la politique eut au moins autant de part que la religion, il eut cependant le bonheur d'en recouvrer une partie et de les laisser à son fils Raymond VII qu'il avait eu de Jeanne d'Angleterre.

Il est matériellement faux que Raymond VI ait été jamais déclaré hérétique au concile de Latran ; et l'on a vu dans le cours de cette histoire que dans bien des circonstances il demanda a se justifier sans pouvoir l'obtenir. Sa condescendance pour les hérétiques ^t beaucoup trop grande, et il aurait dû les chasser de ses états. Il paraissait ne pas reconnaître au pape le droit de le dépouiller de ses

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domaines : voilk pourquoi il gardait si mal les serments qu'on lui arrachait par la peur et contre ses intimes convictions. Il eût agi plus noblement de ne pas les prêter. La faveur qu'il accorda aux hérétiques n'alla jamais jusqu'à lui faire eno^brasser leurs erreurs, et dans le fond du cœur il demeura toujours attaché a la foi de ses ancêtres. La passion immodérée qu'il eut pour les femmes le rendit encore plus faible à combattre ces sectaires, qui favorisaient de toutes manières la licence des mœurs.

Pierre de Vaux-Cernai, moine historien, appelle Raymond VI « un membre du diable, un fils de perdition, le fils aîné de Satan, l'ennemi de la croix, le persécuteur de l'Eglise, le défenseur des hérétiques, le persécuteur des catholiques, un parjure dans la foi, un homme plein de crimes, un réceptacle de toutes sorte d'iniquités. » Il y a dans cette diatribe plus que de l'injustice; elle va jusqu'à l'ineptie.

Eléonore d'Aragon, sa cinquième femme, lui survécut; elle se retira au diocèse d'Uzès, où était situé son douaire. Il eut deux enfants légitimes,' Constance et Raymond VII, et eut aussi plusieurs enfants naturels : Bertrand, dont Raymond VII eut soin ; Guillemette, qui épousa Hugues d'Alfar chevalier de Navarre, et Raymonde, qui se fit religieuse au monastère de Lespinasse, de l'ordre de Fontevrault, au diocèse de Toulouse. Raymond était brave, généreux, bien fait de sa personne ; il ne se laissa jamais abattre par l'adversité, et ne dut qu'à son mâle courage de rentrer dans la capij^le de ses états.

Il aimait passionnément le jeu des échecs et la poésie provençale. Plusieurs troubadours furent appelés à sa cour

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i^i comblés de largesses : !<" Raymond de Miraval, qui fit une chanson en Thonneur de la belle Ëléonore comtesse de Toulouse. Nous* avons quarante-huit pièces de ce troubadour. — 2° Raymond Jqurdain vicomte de Saint-Antonin, qui chanta la dame de Penne en Albigeois et Alix de Montfort. — 3* Guillaume Figuère, fils d un tailleur d'habits de Toulouse et tailleur lui-même. Ses poésies ne sont qu une longue invective contre Rome, au sujet de la guerre sanglante des albigeois. Cette satire fut réfutée par une femme troubadour appelée dona Germonda, de Montpellier. — i"" Cadenet, qui AU conduit à Toulouse par un chevalier du pays, Guillaume de Lautar, et qui finit ses jours parmi les chevaliers de Saint-Jean. La plupart de ses pièces, au nombre de vingt-quatre, ne sont remplies que de fades galanteries. Il chanta aussi la comtesse de Toulouse. — 5^ Hugues de Saint-Cyr, né à Tegra en Quercy. On l'avait d'abord destiné à Fétat ecclésiastique; mais il céda aux charmes de la poésie, se fit jongleur, et célébra les grâces de Qara dame d'Anduze. — 6* Aymar le Noir, né à Castelviel en Albigeois. Raymond le vieux lui donna des maisons et des terres à Toulouse. — 7° Le comte de Poix, qui faisait aussi des chansons. — 8"" Savaric de Mauléon et Guillaume de Berguadon.

Peu de temps avant la mort de son père, le jeune Raymond ayant appris qu'Amauri de Montfort cherchait à le rendre odieux auprès du pape et du roi , écrivit à ce dernier la lettre suivante : « J'ai recours à vous, seigneur, comme » k mon unique refuge, comme à mon seigneur et mon • maître, et si je l'osais dire, comme à mon proche parent, » vous suppliant d'avoir pitié de moi et de me faire rentrer

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en vue de Dieu dans Tunité de la sainte Eglise, afin qu'après avoir été délivré de Topprobre d une honteuse exhérédation, je reçoive de vous mon héritage. Seigneur, j atteste Dieu et les saints que je m'étudierai à faire votre volonté et celle des siens. J aurais été moimême me présenter devant vous ; mais ne le pouvant pour le présent, quoique je le souhaite avec ardeur, je » prie Votre Majesté d ajouter foi à ce que diront de ma » part Gui de Cavaillon et Isnard Âldegarius, porteurs des » présentes. » Ce prince était à Avignon à l'époque de la mort de Raymond VI. Il se hâta de revenir à Toulouse prendre jpossession de sa souveraineté. Il était alors âgé de vingt-cinq ans. Nous le rencontrons, au mois d'octobre, à Lavaur, où il donne une charte par laquelle il confirme aux hospitaliers de Saint-Qilles le droit de pacage dans ses terres, et donne à ceux d'Orange le pouvoir défaire de nouvelles acquisitions dans ses fiefs avec exemption de péage. Les chevaliers de la milice du Temple de Toulouse firent aussi un accord par l'entremise d'Arnaud, leur prieur, avec Guillaume de Loret, prévôt de l'égUse de Saint-Etienne, au sujet de la quinzième partie des biens qu'ils possédaient dans le Toulousain.

Au mois de mars 1223, les religieuses du monastère de Prbuille virent terminer un long différend qui existait entr'elles et les moines de Saint-Hilaire au diocèse de Carcassonne. Bérenger, archevêque de Narbonne, avait depuis longtemps cédé à Prouille l'église de Saint-Martin de Limoux ; mais les reUgieux s'étaient opposés à cette donation. ' Ils ne furent pas heureux dans leur opposition, car leur propre abbaye fut unie h Prouille. Us placèrent alors leurs

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iolérêts entre les niains de Thédise, évêque d'Agde, qui décida que l'abbaye reviendrait aux religieux et que le prieuré de Saint-Martin de Limoux resterait en la possession de Prouille. Cependant les moines parvinrent à chasser les religieuses du prieuré de Saint-Martin, ce qui détermina révoque de Carcassonne à les rétablir dans leur prieuré- Enfio, après bien des contestations, le légat Conrad rendit une dernière sentence qui confirmait Prouille dans la possession du prieuré de Limoux.

Ce monastère rentra aussi en possession de plusieurs biens qu'il possédait à Limoux et à Fanjaux, biens qui lui furent restitués par Raymond-Roger comte de Foix. Ce seigneur, après avoir recouvré la plupart de ses doniaines et repris le château de Mirepoix qu'il laissa aux anciens possesseurs, mourut par suite des fatigues du siège et d'un ulcère dont il était depuis longtemps attaqué. Le comte de Foix ne fut jamais hérétique ; la seule chose qu'on puisse lui reprocher, c'est d'avoir toléré ces sectaires dans ses domaines, et d'avoir souffert que quelques-uns de ses proches les favorisassent. Le comte Raymond- Roger fut un des plus grands capitaines de son temps, et dans la guerre contre les albigeois il donna des preuves éclatantes de sa valeur. Nous trouvons aussi son nom parmi les trouba- . dours. Il avait épousé Philippe, qui mourut -avant lui. Celte comtesse eut le malheur d'embrasser l'hérésie, qu'elle abjura avant sa mort. R eut plusieurs enfants de cette princesse : 1*» Roger-Bernard, qui lui succéda ; 2^ Amauri, qui hérita des domaines situés dans les diocèses de Narbonne et de Carcassonne; S"" Cécile, qui fut mariée à Bernard, fils du comte de Comminges.

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On donne à Raymond-Roger quelques enfants naturels : l"" Loup, qui devint la souche des seigneurs de Rabat; ^'^ Esclarmonde, qui épousa plus tard Bernard d*Âlion seigneur de Quérigut ; 3*» Raymond, qui embrassa la vie religieuse à Bolbonne. Raymond-Roger choisit sa sépulture dans cette dernière abbaye, à laquelle il laissa 1500 sols de rente annuelle pour la nourriture des pauvres.

Le premier soin de Raymond VU en prenant les rênes de son gouvernement, fut de chasser Amauri de Montfort. du pays. Dans ce but, il attaqua vers la fin de Thiver le château de Penne en Albigeois et celui «de Verdun sur Garonne. A cette nouvelle, Amauri, suivi du légat, de Tévêque de Limoges et de quelques autres prélats, s'avança vers Penne pour en faire lever le siège; mais il s'aperçut bientôt qu il ferait d'inutiles efforts : c'est ce qui l'engagea à conclure une trêve avec le comte de Toulouse. Il fut convenu qu'ils se réuniraient a Saint-Flour en Auvergne. Cette conférence n'ayant eu aucun résultat, ils en indiquèrent une autre à Sens, où le légat Conrad devait assembler un concile.

Raymond quitta Saint-Flour et se rendit à Toulouse, où il reçut, le 26 juin 1223, pour le château d'Albin en Rouergue, l'hommage de Déodat d'Estaing, qui promit que si on venait à découvrir des mines d'argent dans le territoire de ce château, il céderait la moitié du profit à ce prince. Cette dernière condition a sans doute servi de fondement à la prétendue découverte de plusieurs titres enfouis dans le château d'Estaing et par lesquels on prétendait attribuer à celte maison une origine commune avec la maison de Toulouse.

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Les albigeois, que n avaient pu réduire ni les armes des croisés ni les foudres des conciles, quittèrent en partie le midi de la France pour se porter vers le Nord, du côté de la Bulgarie et de la Hongrie. Us y élurent un pape, qu*on allait consulter de toutes parts. Celui-ci institua pour la France un vicaire général nommé Barthélemi , natif de Carcassonne. Barthélemi institua a son tour un évêque nommé Vigoureux de Bathone, qu*il plaça à Perles (au comté de Foix), «et se transporta dans le Toulousain où il s efforça de reconstituer la secte. Il se faisait appeler serviteur des serviteurs de la sainte foi.

Ce fut pour tacher d'apporter remède à ces maux que le concUe de Sens s*assembla dans les premiers jours de juillet, n s'y trouva six archevêques et vingt évêques, parmi lesquels on remarque Foulques de Toulouse, le seul de la province. Peu de jours après, mounit à Mante le vainqueur de Bouvines, Philippe- Auguste, lun de nos plus grands rois. Il ne voulut jamais se mêler directement de la guerre contre les albigeois, et se contenta de fournir de son argent aux frais de l'expédition et d'envoyer son fils à la croisade. Il fut inhumé à Saint-Denis, et les évêques du concile de Sens (transféré à Paris) assistèrent a ses royales funérailles.

Depuis la mort de Philippe-Auguste, Amauri n'éprouva que des revers. Après la trêve, les deux comtes d^ Toulouse et de Foix assiégèrent Carcassonne, eu Amauri se vit abandonné de ses troupes. Celui-ci perdit encore quelques places pendant que Raymond VII s'emparait du comté de Melgueil. En vain le pape écrivit-il à Louis VIII pour l'engager à continuer l'expédition contre les albigeois, tout fut

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inutile : Amauri se vit forcé de céder à la force des événements.

Après les funérailles de Philippe-Auguste, Foulques rentra dans son diocèse. Il ne fut pas étranger à une démarche que fit le comte de Toulouse auprès du chapitre général de ' Gteaux : il était question, pour établir une plus grande régularité dans les monastères de religieuses, de les incorporer à cet ordre. Une ancienne abbaye appelée de Ponts (de Pontium) dont nous ignorons et le lieu et la fondation, existait dans le Toulousain. Cette maison, qui peut-être était occupée par des chanoinesses, fut donc placée, vers la

fin de Vannée 1223, sous la dépendance de Citeaux et de-

vint réguUère, de séculière qu'elle était.

On ne saurait douter qu'il n'y eut, à cette époque, des chanoinesses de Saint-Etienne puisqu'on voyait dans le cloître de cette égUse une inscription tumulaire qui portait que dans l'année 1223 dame Alamanda de Castelnau, veuve du chevalier Guillaume de Castelnau, était morte chanoinesse de la cathédrale. L'écu qui accompagnait l'inscription paraissait indiquer que cette illustre dame appartenait à la maison comtale de Toulouse.

L'église de S*-Etienne fut alors souillée par un sacrilège commis par un albigeois. L'action à laquelle il se Uvra sur l'autel même est si dégoûtante qu'il est impossible de la rapporter dans cette histoire, quoique des annaUstes moins délicats nous l'aient racontée dans tous ses détails. Cette action n'avait aucun trait aux bonnes mœurs.

Il ne restait plus d'autre ressource à Amauri que de traiter avec les comtes de Toulouse et de Foix. Ceux-ci se rendirent devant Carcassonne le 14 janvier 1224, et là il

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fut passé des accords touchaat la possession de certaines villes. Après ce traité, il fut facile à Amauri de reconnaître qu'il ne lui était plus possible de rester dans la province et de garder les places qui avaient été conquises par les croisés ; c'est ce qui le détermina à revenir en France et à abandonner le pays, après quatorze ans de possession par la conquête. Le 15 janvier, il sortit de la ville de Carcassonne, qui se soumit au comte de Toulouse, et que celui-ci

rendit au jeune Trencavel. Albi fit aussi sa soumission, de même que le Quercy.

Le premier soin d'Amauri en arrivant à la cour de France, fut de céder à Louis VIII tous les domaines que son père avait possédés dans la province. Cette cession ne déplut pas au roi. En même temps les députés du pape, qui étaient Farchevêque de Bourges et les évêques de Langres et de Senlis, le pressèrent de la part du pape de se charger d'une nouvelle expédition contre le comte de Toulouse et ses alliés. Avant de répondre aux désirs du pontife, Louis fit dresser quelques articles dont il demandait au pape l'exécution préalable. Ces articles étaient au nombre de neuf. Le roi demandait pour ceux qui s'engageraient dans cette expédition les mêmes indulgences que pour la terre sainte; il exigeait que les archevêques de Bourges, de Reims et de Sens eussent le pouvoir de lancer des excommunications d'une manière illimitée; il voulait que le pape accordât une bulle par laquelle il déclarât que les Raymond père et fils et tous leurs héritiers avaient été et fussent exclus de la possession du comté de Toulouse, de ses dépendances, et de tous leurs autres domaines situés dans le rovaume.

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Louis ne mit aucun doute à Tacceptation de ses articles, et se prépara à Texpédition. Il annonça son projet aux habitants de Narbonne par une lettre qu'il leur écrivit et qui porte la date de février 1224.

Mais les choses allaient prendre une face nouvelle. Raymond, averti des desseins du roi, chercha de son côté à se rendre le pape favorable. Ayant confié ses intérêts au roi d'Angleterre, son cousin , ce roi députa aussitôt à Rome révoque de Lichfield pour y soutenir la cause de Raymond. En même temps, ce seigneur écrivit à Honorius des lettres respectueuses dans lesquelles il lui annonçait qu'il lui enverrait des ambassadeurs et qu'il était disposé à exécuter en tout ses volontés suprêmes. L'ambassade de Raymond VII partit en effet pour Rome ; à sa tête se trouvait le vicomte de Cavaillon. Honorius écrivit alors au comte de Toulouse la lettre suivante :

« Au très noble seigneur Raymond, l'esprit d'un conseil » salutaire. Nous avons reçu vos députés avec une extrême > joie et les avons écoutés, en admirant leur sagacité et » leur prudence. Après avoir examiné avec soin tout ce » qu'il nous ont dit de vive voix et ce que renferment vos » lettres, nous envoyons dans la provyice le cardinal Saint- » Ange, homme illustre par sa naissance, son savoir et » l'honnêteté de ses mœurs, pour qu'il mette un terme a » tout ce qui est encore en litige. Recevez-le avec respect, » et fasse le ciel que vous obtempériez k ses ordres! »

A peine les députés de Raymond eurent-ils quitté Rome, que ceux de l'empereur y arrivèrent pour demander de prompts secours pour la terfe sainte. Cet incident fit abandonner les affaires des albigeois. Le pape écrivit au roi de

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France pour Fen informer, et le pressa en même temps d'agir avec vigueur pour obliger le comte de Toulouse, par la seule terreur de ses armes, d'obéir au saint-siége.

En attendant, Raymond s'empara de la ville d'Âgde le 7 avril, reçut le serment de fidélité de habitants, et fit arborer son drapeau aux cris de Toulouse! Toulouse! Sur ces entrefaites, Conrad arrive à la cour de France et remet au roi des lettres du pape dans lesquelles il déclarait que Raymond était bon catholique. Louis , surpris et irrité de ce qu'Honorius avait changé de sentiment au sujet de l'affaire des albigeois, fait assembler un parlement au mois de mai et y déclare qu'il ne se mêlera plus à l'avenir de l'expédition qu'il avait projetée, et que c'est à l'Eglise romaine à traiter des articles dé foi avec Raymond VU.

Ce seigneur profita de ces circonstances pour poursuivre la conclusion de la paix avec l'Eglise. Il se rendit à Montpellier aux fêtes de la Pentecôte, et entra en conférence avec l'archevêque de Narbonne. Après avoir consenti a garder la foi catholique, à chasser les hérétiques de ses domaines ainsi que les routiers, à rendre aux églises tous leurs droits et privilèges, à payer vingt mille marcs d'argent en réparation des dommages qu'il avait pu causer, il demanda que le pape engageât Amauri à renoncer à toutes les demandes qu'il pourrait faire sur ses domaines. Après cette première conférence , et pour garantir la fidélité de ses promesses, le comte restitua la ville d'Agde à l'évêque; il se rendit ensuite dans son comté de Rouergue , où il reçut quelques hommages, et de là en Quercy, où Etienne de Montpezat lui donna, en présence de Sicard de Lautrec, tout ce qu'il possédait à Montpezat et à Beaufort.

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Nous apprenons d'une lettre que le pape écrivit à rarchevêque de Narbonne qu'une seconde conférence devait se tenir à Montpellier, après l'Assomption de Notre-Dame. Amauri de Montfort fit tout ce qu'il put pour en empêcher le succès. Malgré tous ses efforts, la conférence eut lieu le 25 août. Tous les prélats de la Provence y assistèrent, ainsi que les abbés de Grand-Selve, de Belleperche et de Saint- Saturnin de Toulouse. Raymond VH, Roger-Bernard de Foix, Trencavel de Beziers s'y trouvèrent aussi. Ces puissants seigneurs y prêtèrent le serment suivant :

« Au nom de notre Seigneur J.-C., l'an de son incarna- » tion Mccxxxrv, le 25 d'août, Nous Raymond, par la grâce » de Dieu duc de Narbonnne, comte de Toulouse, marquis » de Provence, désirant ardemment de faire la paix avec » la sainte Eglise romaine, à l'honneur de Dieu, de la » même Eglise et de notre très-saint père en J.-C. Honoré » souverain pontife : nous vous offrons d'un cœur pieux et » avec une véritable dévotion, tant pour nous que pour nos ■ vassaux et nos alliés, seigneur Arnaud archevêque de » Narbonne, et par vous à la sainte Eglise romaine et au » pape, tout ce que nous avons offert et promis à la sainte » Eglise romaine dans l'autre conférence, savoir : que nous » garderons la foi catholique, etc. Cependant, personne ne » s'étant présenté ni dans cette conférence ni dans l'autre » pour le comte de Montfort, avec lequel nous n'avons pu » traiter, ainsi que notre saint père le pape Honoré l'avait » ordonné, nous ne pouvons rien répondre présentement » là-dessus ; mais comme nous allons envoyer une ambas- » sade solennelle au pape, on pourra traiter pleinement » avec nos ambassadeurs tant sur cet article que sur tous

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les autres qui regardent notre réconciliation, et conduire le tout, avec la grâce de Dieu, à une heureuse fin : accordant et promettant de ratifier à jamais et d'observer fidèlement tout ce qui sera fait et ordonné par la volonté du pape avec nos ambassadeurs au sujet de notre affaire. Et quoique nous croyons avoir fait restitution, pour la plus grande partie, aux églises et aux ecclésiastiques, ainsi que nous l'avions promis dans l'autre conférence, nous promettons néanmoins maintenant de leur restituer entièrement tout ce qui peut rester, suivant le jugement du pape ou de l'archevêque de Narbonne, ou enfin de chaque évêque dans son diocèse. Quant à nos sujets de Toulouse qui ont été chassés, nous les rappellerons et les rétablirons dans leurs biens de la manière que le pape le jugera a propos. Enfin , si tout ce que nous avons offert au pape ne suffit pas, comme c'est régner que de servir la sainte Eglise, nous exécuterons humblement et fidèlement tout ce qu'il voudra nous ordonner, sauf la domination de notre très-sérénissime seigneur roi de France et du seigneur empereur ; et nous donnerons des cautions suffisantes, au jugement du pape, pour le partit accomplissement de toutes ces choses. Et nous Roger- Bernard, par la grâce de Dieu comte de Foix, et Trencavel , par la même grâce vicomte de Beziers, promettons de les exécuter de la même manière dans nos domaines et de les garder à perpétuité, comme notre seigneur le comte de Toulouse a promis de les observer à jamais, tant pour lui que pour nous et pour ses autres confédérés. — Donné à Montpellier, le jour et l'an marqués. » Pour assurer la fidélité de ses promesses, Raymond VII

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s'empressa de restituer a diverses églises plusieurs, domaines : 1" Agen , à Tévêque de cette ville ; 2° Millaud, à Vévêque de Nîmes ; les châteaux de Baux et de Malamort, à révêque de Carpentras. Il envoya ensuite en ambassade k Rome plusieurs évêques et abbés, parmi lesquels se trouvait l'abbé de Saint-Saturnin de Toulouse, et revint après en cette ville. Vers la fin de Tannée, Raymond se rendit au château de Salvagnac en Albigeois pour y conclure le mariage de Bertrand, son frère naturel , avec Comtoresse, fille de Mainfroi de Rabastens , et lui donna les châteaux de Bruniquel, de Monclar en Quercy et celui de Salvagnac. Sicard de Lautrec, Pons d*01argues, Pilefort de Rabastens assistèrent à cette donation.

Le vicomte de Trincavel se retira alors dans ses domaines, ainsi que Roger-Bernard. Nous pensons que ce dernier seigneur était déjà rendu à Foix lorsque le pape Honorius publia une bulle très étendue en faveur de Tabbaye de Saint- Volusien de cette ville, et par laquelle il confirmait tous les biens qui avaient été cédés à cette maison depuis les temps les plus reculés. Cette bulle nous apprend encore que cette abbaye relevait immédiatement du saintsiége et qu'elle était alors occupée par des chanoines réguliers qui y vivaient sous la règle de saint Augustin. La bulle porte la date du mois de décembre 1224.

L'évêché de Comminges était toujours gouverné par Grimoald, l'ancien religieux de Sauve-Majeure. Nous trouvons son nom dans un acte qui, cette année, fut passé dans ce monastère par Raymond de Donzac, évêque de Rayonne, au sujet du rachat de quelque rente. Donzac avait été aussi moine de Sauve-Majeure.

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Les ambassadeurs que Raymond VII avaieut envoyés au pape après le concile de Montpellier ne purent rien obtenir pour terminer la réconciliation du comte avec TEglise et conclure une paix si désirable. Le comte venait de restituer les biens aux églises, et cependant, sous prétexte qu*il en retenait encore quelques-uns, on refusa d^accéder à ses désirs. D'indignes calomnies sur sa catholicité furent répandues de toutes parts ; on alla même jusqu'à dire qu'il avait demandé la liberté de conscience dans le Languedoc. Le pape, peu favorable à Raymond, envoya le cardinal de Saint- Ange dans la province, au mois de février 1225, avec des instructions 1res étendues, toutes dirigées contre le comte de Toulouse et favorables à Âmauri de Montfort. Le légat devait surtout s'attacher à engager le roi de France à faire une trêve avec le roi d'Angleterre, afin de pouvoir tourner toutes ses armes contre les hérétiques. Le cardinal arriva à Paris, et fut appelé à faire partie d'une assemblée qui se tint le jour de l'octave de l'Ascension, et. dans laquelle on délibéra sur l'affaire des albigeois. Il se rendit ensuite à Tours, et de là à Chinon, où se trouvait le roi. Il y fut décidé qu'on tiendrait un concile à Bourges, au mois de novembre , et qu Amauri de Montfort et le comte de Toulouse y seraient appelés.

Raymond se hâta de se faire des alliés et forma une ligue avec le roi d'Angleterre, son cousin; les accords, une fois dressés, ils furent mis en dépôt dans une maison religieuse. Le roi y engageait le comte à faire tous ses efforts pour se réconcilier avec l'Eglise, lui promettant de s'armer pour sa défense et de se battre pour son honneur. Après cette ligue, Raymond se trouva à l'ouverture du iii. h

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concile de Bourges qui eut lieu le 29 novembre. On y comptait quatorze archevêques, cent treize évêques, et cent cinquante abbés qui s'y étaient rendus de toutes les provinces des Gaules. Raymond VII parut dans rassemblée, demanda d'être reçu dans le sein de TEglise, promettant d'accomplir en tout la volonté des pères du concile. Amauri parut à son tour et sollicita son rétablissement dans la possession des domaines du comte Raymond. Celui-ci repoussa avec énergie ses prétentions. — « Alors, lui dit » Amauri, voulez- vous en référer au jugement des douze » pairs? — Que le roi reçoive mon hommage, répondit * Raymond ; je suis prêt à m'en rapporter à ce jugement, » parce qu'autrement ils ne voudraient pas me reconnaître » pour pair. » Nous concluons deux choses de ces paroles : la première, que Raymond VII était du nombre des douze pairs de France ; la seconde, qu'en demandant que Raymond fût jugé par les pairs', Amauri reconnaissait indirectement que l'Eglise n'avait aucun droit sur le temporel des rois, et conséquemment que la donation faite par Innocent III et le concile de Latran des domaines de la maison de Toulouse était nulle de plein droit.

Le concile de Bourges se sépara sans rien conclure. Nous supposons que Foulques assistait a cette assemblée, car il était alors absent de son diocèse. S'étant rendu dans celui de Reims, à l'abbaye de Saint-Thierry, il y consacra un autel dans la chapelle de Milon , qui en était abbé.

L'abbaye de Calers dans le Toulousain reçut, à cette époque, plusieurs biens de la libéralité d'Arnaud de Aura^ les uns situés au dixmaire de Saint-Pierre de Gantés, et les autres au dixmaire de Saint-Maran de Pierrelate.

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Le légat de Saint-ÂDge tourna ses vues, après le concile de Bourges, du côté du roi de France*. Cétait un homme profondément habile, et qui agit avec tant d'activité sur Fesprit du monarque qu'il le détermina à entreprendre la guerre contre le comte de Toulouse.

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