‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 10 sur 71 · HOMMES ILLUSTRES DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

HOMMES ILLUSTRES DE TOULOUSE

Toulouse, sous Galba, comptait au nombre de ses plus illustres citoyens M. Clodius Flaccus. Il fut créé décemvir et flamine dans cette colonie. Après avoir exercé ces diverses charges, il prit le commandement de la quatrième légion ; c'est ce qu'atteste une inscription qui nous a été conservée par Gruther :

M.' CLODIO FLACCO II VIRO RIS FLAMIM TRIRUNO MIL1TUM LEG. |ÏÏ| FLAVIvE VIRO PRJESTANTISSIMO, CIVI OPTIMO OR PLURIMA ERGA REM. P. SIAM MERITA, CIVES LARI. TOLOSANI ET INCOL.E.

Cette inscription était sans doute gravée sur quelque monument que les habitants de Toulouse avaient élevé en son honneur.

Parmi les nobles familles de la cité, on comptait celle de Capitus, qui avait pris le nom de Toulouse même, Tolosani. Nous connaissons les noms des membres de cette famille par une inscription gravée sur un tombeau découvert au xviii6 siècle, non loin de l'oratoire de Saint-Roch, au faubourg Saint-Michel.

CAPITUS TOLOSANI F1LIUS TOLOSAPiO PATHI CORNELUE DOMESTICE MATRI, JULI^ GRAPHIDI SORORI, SIBI ET SUIS POSTERISQUE EORUM.

On a cru que cette inscription avait été gravée au commencement du second siècle de 1 ère chrétienne. Rien ne prouve celte opinion, et on peut tout aussi bien la placer au premier. Quelques autres inscriptions romaines ont été conservées; elles paraissent annoncer qu'il existait a Toulouse quelque collège d'ouvriers.

SEX. JU. FABRU. .. STATUAS. . .

SEX. J1ILIUS

Cette inscription fut trouvée dans l'antique sanctuaire de l'église de Saint-Michel du Touch. On a voulu compléter cette inscription, et conclure que ce Sextus Julius avait sculpté des statues qui décoraient l'ancien amphithéâtre. Le champ des possibilités et des conjectures est assez vaste pour qu'il soit facile de s'y égarer.

L'existence d'une famille de Fronton, fils d'Atécia, nous est révélée par l'inscription suivante trouvée près de l'oratoire de Saint-Roch :

FRONTON I ATECIjE FILIO EX TESTAMENTO LIBERTI L. LUCILIUS MAXIMUS LOCUM STRUI. JUS. V, F.

Nous apprenons d'une autre inscription trouvée au même lieu qu'il existait, à peu près à la môme époque, une femme appelée Sedata, illustre par sa naissance.

HIC REQUJESCIT SEDATA QUI VIXIT ANN1S PLUS, MINU. S. L.

Le plus célèbre des citoyens de Toulouse sous les cmpereurs de Rome fut Marcus Antonius Primus, devenu fameux par ses conquêtes et ses disgrâces. Il naquit à Toulouse, vers la vingtième année de Jésus-Christ, et eut, a ce qu'on croit, pour père Marcus Primus, gouverneur de la Macédoine sous Auguste. Sous le règne de Néron, il parvint à la dignité de sénateur par suite de longues intrigues. Une triste cupidité lui fit vendre k prix datgent son témoignage pour soutenir la validité d'un testament supposé. Cette bassesse lui ferma l'entrée du sénat. Galba, en montant sur le trône, lui rendit sa dignité ; on ignore si ce fut seulement par un acte de clémence, ou si des informations plus sérieuses ne firent pas reconnaître qu'il y avait eu excès dans la peine de sa flétrissure. L'empereur le mit ensuite à la tête de la septième légion nommée Galbienne. Après la mort de Galba, il offrit ses services k Othon, qui parut ne pas les apprécier. Il était k la tête de sa légion en Pannonie lorsqu'il apprit l'élection de Vespasien, qu'il résolut de favoriser contre les prétentions k l'empire de Vitellius. Primus rassembla aussitôt toutes les légions de l'Illyrie, en prit le commandement ,

et s'avança vers Aquilée, qui lui ouvrit ses portes. Il marcha ensuite sur Padoue et sur Vérone, où les deux légions de la Pannonie se joignirent. Ayant rencontré les armées qui soutenaient le parti de Vitellius, il leur livra, a Bedriac, une bataille dans laquelle il fit des prodiges de valeur qui lui assurèrent la victoire. De nouvelles légions étant venues secourir le parti vaincu, il fallut livrer un nouveau combat près de Crémone. La fortune favorisa encore les armes de Primus : Crémone fut prise et livrée pendant quatre jours au pillage de ses soldats. Il y périt cinquante mille Vitelliens.

L'éclat des grandes victoires de Primus lui donna une haute influence sur tous les peuples de la Narbonnaise. Les Tholosates, gagnés par ses exhortations, suivirent le parti de Yespasien, et Primus écrivit à ce prince pour lui annoncer qu'il avait rangé tous ces peuples sous ses drapeaux. Au mois de décembre de l'an 69 de Jésus-Christ, Primus poussa ses conquêtes jusqu'à l'Apennin, parvint à détacher de Vitellius la plus grande partie de l'armée de ce prince, s'avança jusqu'à Rome et s'en empara. Par la prise de cette capitale, il assura l'empire à Vespasien et le délivra de Vitellius, son compétiteur, à qui l'on fit souffrir une mort honteuse.

Antonius Primus entra dans Rome avec Domitien, fils de- Vespasien. Les honneurs consulaires lui furent décernés par le sénat. La grande autorité dont il jouissait lui suscita desjaloux. Il n'usa peut-être pas d'assez de modération et surtout de désintéressement dans la victoire; on lui reprocha d'avoir abandonné Rome au pillage de ses soldats, et de s'être emparé des richesses du palais impérial. Mucien, favori et général de Vespasien, se montra son plus terrible ennemi.

TEMPS PIUMITIFS. 63

Les soldats de Primus furent éloignés de Rome et les légions qu'il commandait dispersées. Primus sortit alors de la capitale de l'empire, se rendit auprès de Vespasien qui, prévenu par les lettres de Mucien, le reçut comme on reçoit un homme dont on redoute l'ambition et les grandes qualités. Il avait la faiblesse de parler sans cesse de ses exploits et d'exalter son propre mérite aux dépens de celui d'autrui : il devint ainsi odieux à ses propres amis. Primus se retira alors dans sa patrie, où il mourut à l'âge de soixante ans, après avoir mené une vie privée depuis l'élévation de Vespasien. S'il faut s'en rapporter au témoignage de Tacite, son caractère présentait d'étonnants contrastes : « C'était un homme, dit-il, hardi et vigilant, fécond en bons et en mauvais expédients, propre au repos et à l'action, bon soldat, habile capitaine, nécessaire en temps de guerre, dangereux en temps de paix, vain jusqu'à l'arrogance, d'une éloquence toujours victorieuse, vif et impétueux, ne prenant aucun parti sans réflexion, cruel dans le combat ; hors de là, doux et modéré, libéral jusqu'à l'excès, mais se livrant, pour l'être, à des rapines et à des extorsions. »

Ce portrait, un peu chargé, se réduit à nous présenter Antonius avec des défauts sans doute, mais avec de grandes qualités qui le rendirent l'un des hommes les plus célèbres de son siècle et la gloire de sa patrie. Il était d'une extrême politesse, très érudit, habile dans l'art de la parole et plein d'amour pour les lettres humaines. Ecoutons le poète Martial, son ami, l'exalter dans ses écrits : « Atticus! Marcus » Antonius notre ami aime les muses. Cet éloge est flatteur » s'il est l'expression de la vérité. Marcus est pour Toulouse, • cité palladienne, une gloire inaltérable; cette gloire, c'est

» le repos fruit de la paix qui l'a produite. — L'heureux » Antonius Primus compte déjà dans sa paisible vie quinze » olympiades ; il regarde avec complaisance les jours et les » ans écoulés; il ne craint pas les eaux du Léthé qui s'ap- » proche. Aucun jour mauvais ou funeste ne vient affecter » son souvenir ; il n'est rien dans sa vie dont il ne veuille » garder la mémoire. Cet homme excellent étend ainsi le » cercle de son âge ; or c'est doubler son existence que de » pouvoir jouir de ses premières années. » Evidemment ces vers de Martial furent composés avant les disgrâces d'Antonius. Il est impossible de dire des choses plus délicates que celles que Martial écrit à Caeditianus, au sujet d'un portrait de Primus : « G-Bditien! vous demandez quelle est cette » peinture entourée de roses et de violettes, et quels sont » ces traits? C'est Antonius Primus au milieu de ses années; * vieillard, il retrouve dans cette iinage les traits de sa jeu- » nesse. Pourquoi l'art n'a-t-il pu peindre et ses mœurs et » son esprit? Jamais il n'y aurait eu de si beau portrait sur » la terre. » Martial dut sans doute à Antonius Primus la dignité de chevalier romain et celle de la préture, puisqu'il Ten remercia par des vers pleins de grâce : « La lettre d'un » éloquent ami m'a porté en agréable gage les dons sévères » de la toge d'Ausonie. Fabricius n'en eut point usé, mais » bien Apicius et Mécène favori de César. Envoyé par tout » autre, le gage nous eût paru moins beau. La victime » regarde toujours quelle est la main qui la frappe. Il est » venu par vous : pourrais-je, ô Marc us ! ne pas aimer votre » présent? Je pouvais aimer aussi mon nom. L'estime et le » bon office d'un homme aussi éminent sont plus précieux » que le gage et que l'éclat qu'il ajoute à mon nom. »

TEMPS miMITIFS. 05

Toulouse, heureuse et fière d'avoir donné le jour à Antonius Primus, lui a élevé un monument dans le sanctuaire consacré à ses grandes illustrations. On y voit l'image de ce célèbre capitaine avec une inscription à sa gloire. On crut découvrir, dans les siècles derniers, non loin de l'amphithéâtre, le tombeau en marbre blanc d'Antonius Primus; mais il faut se tenir toujours un peu en garde contre de semblables découvertes faites dans des temps aussi éloignés de l'époque à laquelle on attribue les objets trouvés.

Les règnes de Vespasien, de Tite, de Domitien, de Nerva et de Trajan ne présentent aucun trait intéressant pour notre province. Sous ce dernier prince, la ville de Nîmes fit élever un monument au <}ieu Nemausus (l'an 117 de l'ère chrétienne); elle mit Trajan sous la protection de cette divinité à laquelle elle rendait un culte particulier. L'érection de cet autel prouve que l'Evangile n'avait pas fait de grands progrès dans ces contrées, puisque l'idolâtrie y régnait encore en souveraine. Adrien succéda à Trajan ; il visita les provinces des Gaules et fit élever à Nîmes un temple magnifique en l'honneur de Plotine, veuve du dernier prince, et à laquelle il se croyait redevable de l'empire.' Tite Antonin, successeur d'Adrien, fit reconstruire la ville de Narbonne entièrement consumée par le feu, Tan 145 de Jésus-Christ; il y rétablit les thermes, les basiliques, les portiques et les autres édifices. Cest encore ici une nouvelle preuve du peu de progrès de l'Evangile dans cette antique cité. On ne saurait toutefois nier qu'il n'y eut un assez grand nombre de chrétiens dans les Gaules, puisque Marc- Aurèle, successeur d' Antonin, excita une violente persécution dans les provinces de Lyon et de Vienne. La Narbon-

naise fut infectée des erreurs de Marc, disciple de Basilide et de Valentin, sous le règne de Commode. Nous touchons au temps de l'apostolat de saint Saturnin à Toulouse, que nous plaçons immédiatement après la persécution de Sévère, au commencement du 111e siècle. L'époque précise de cet apostolat fera l'objet de la dissertation suivante.

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