‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 9 sur 71 · TOULOUSE COLONIE. — MONITMENTS ROMAINS · texte numérisé non relu

TOULOUSE COLONIE. — MONITMENTS ROMAINS

Les historiens du Languedoc placent sous Néron la prédication de l'Evangile dans les Gaules. Ils croient que la Narbonnaise fut une des premières provinces qui fut éclairée des lumières de la Foi, ou par le ministère des Apôtres ou par celui de leurs disciples. Le témoignage sur lequel ils s'appuient pour soutenir cette opinion n'est pas très concluant : il est tiré (Tune lettre d'Innocent Ier à l'évêque Decentius. « Il est constant,. dit ce pape, que personne n'a » fondé des églises dans l'Italie, les Gaules, les Espagnes, » l'Afrique, la Sicile et les îles adjacentes, que ceux que » le vénérable apôtre Pierre ou ses successeurs y ont éta- » blis en qualité de prêtres (1), » On peut donc également conclure de ce passage que la Foi a été prêchée dans les Gaules ou par saint Pierre ou par ses successeurs : ce qui rend ce témoignage du pape Innocent de nulle valeur pour prouver la prédication de l'Evangile dans ces contrées au premier siècle. Il paraît cependant assez naturel d'admettre que l'Evangile a été connu dans la Narbonnaise sous le rè-

(4) Cùm sit raanifestum in omnem Ilaliam , Gallias, Hispanias, Africain atqoe Siciliam, insulasque interjacentes, millura instituisse ecclesias nisi eos quos vcnerabilis Petrus aut cjus successores constitueririt sacerdoles. (Coll. con. labb., tom. 1, 4245.)

gne de Néron, et qu'il y a été porté par quelques disciples des Apôtres, sans que Ton connaisse d'une manière bien positive les noms de ces premiers prédicateurs et sans admettre l'érection des sièges épiscopaux à cette époque.

L'an 68 de Jésus-Christ, les Gaules, ne pouvant plus supporter le joug odieux de Néron, levèrent l'étendard de la révolte sous la conduite de Julius Vindex, prince issu des anciens rois d'Aquitaine. Au mois de mars, Vindex assembla une formidable armée, à laquelle Toulouse envoya aussi ses soldats. Galba, gouverneur de l'Espagne citérieure, s'unit à Vindex, et profita de ces troubles pour se faire proclamer empereur. La mort de Néron vint favoriser ses desseins. Des députés du sénat de Rome vinrent joindre Galba près de Narbonne , et lui offrirent les vœux des grands et du peuple, en l'invitant à se rendre au plus tôt dans la capitale de l'empire. Arrivé a Narbonne, Galba prit le titre de César, et y reçut les soumissions de tous les peuples des Gaules.

On croit que c'est a cette époque que Toulouse reçut, de la part de ce prince, le titre de Colonie romaine. Cette ville fit alors frapper une médaille en son honneur ; elle présentait, dit-on, d'un côté, la tête de cet empereur, et de l'autre, ces mots : Tolosa Colonia. Les savants ne croient cependant pas à l'authenticité de cette médaille. Il est néanmoins certain que Toulouse possédait en ces temps quelques édifices semblables à ceux que l'on rencontrait dans les villes qui portaient ce titre. — Ainsi l'existence d'un Capitole à Toulouse nous est révélée dans les Actes authentiques de saint Saturnin. Ce nom pouvait désigner ou un temple consacré à Jupiter, ou un lieu de réunion pour les assemblées des édiles et questeurs, ou enfin une

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forteresse. Les uns ont placé cet édifice au midi de la cité, vers le château Narbonnaisf les autres au nord, vis-à-vis de rhôtel de ville actuel. On ne peut tirer sur ce point que des conjectures plus ou moins fondées, sans arriver à une certitude entière.

Un amphithéâtre existait aussi à Toulouse, sur la rive gauche du fleuve. Les ruines qui restent encore indiquent qu'il était d'une assez petite étendue ; le lieu où il était situé porte le nom des Ardennes, ou plutôt des Arènes.

Au lieu occupé aujourd'hui par le bâtiment de la Cypière existait aussi une très ancienne construction romaine. Il paraît qu'on avait réuni en ce lieu toutes les eaux des sources voisines. Un grand aqueduc porté sur de vastes piliers prenait les eaux, traversait le chemin qui portait le nom d'iter Arcium, et les conduisait jusqu'à une entrée de ville située entre les deux barrières actuelles de Muret et de Saint- Cyprien. Cette entrée prit plus tard le nom de Porte Taillefer. Cet aqueduc se dirigeait ensuite vers un ancien château appelé la Cavalerie, dont on aperçoit encore quelques ruines vis-à-vis de l'ancienne maison des religieux Feuillants; on y voit un pan de muraille bâtie en briques, cailloux et petites pierres de forme cubique. A l'extrémité du mur, on remarque une masse carrée à laquelle est adaptée un soupirail pour donner de l'air aux canaux. De ce point, les eaux étaient portées en ville à travers le fleuve par le moyen de la même construction à laquelle était adaptée un pont assez étroit auquel le peuple donna le nom de la Reine Pêdauque, et qui, agrandi plus tard, prit le nom de Pont Vieux. Le nom de Cavalerie donné à cet ancien château indiquait le lieu de réunion des chevaliers des Ardennes ou

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Arènes, qui y faisaient des tournois ou exercices hippiques. Quant au terrain sur lequel ce château était situé, il porta plus tard le nom de Peyrolade. C'est sur ce sol que furent établies, dans la suite des siècles, les communautés des religieuses et des religieux Feuillants, ainsi que celle du Bon- Pasteur. En traversant aujourd'hui ces quartiers, on trouve la rue Peyrolade et celle de Coupe-Fer, noms évidemment historiques.

Le grand aqueduc que nous venons de décrire n'était pas la seule construction de ce genre exécutée, par les Romains. A l'extrémité opposée de la cité, existaient d'autres aqueducs sur la voie qui conduisait à un bourg appelé Morts Audrani. Ceux-ci n'étaient point portés sur des piliers et arceaux ; mais ils étaient fixés en terre, en forme de canal maçonné a la romaine. Un troisième aqueduc existait au lieu appelé aujourd'hui la Pierre. On trouva dans l'un des murs dont il était formé une niche arrondie, et dans cette niche une statue de six pieds de haut représentant un pocillator en bronze et d'un très beau travail. La statue reposait sur un piédestal de même matière.

Les Romains, à ce qu'il paraît, avaient aussi construit des thermes à Toulouse. Sur le coteau des Ardennes, on apercevait, au bas d'une maison appartenant a la famille Saint- Félix, les restes d'un édifice de structure romaine; il était composé de neuf galeries contiguës, voûtées, pavées en pierre de taille, et séparées l'une de l'autre par quatre arceaux. Cet édifice portait le nom deReginœ Balnea « Bains de la Régine ou de la Reine, » ce qui a donné lieu de croire qu'il avait été construit pour quelque grande princesse de Toulouse.

On peut encore mentionner les lieux occupés par les cimetières romains à Toulouse. Le plus considérable était situé au midi, dans les champs voisins de Vieille-Toulouse, et où on a découvert une si grande quantité d'urnes cinéraires, de médailles, de fioles lacrymatoires, d'inscriptions sépulcrales et d'ossements humains. Ces champs étaient appelés Feretralia ou Feretra. Il existait sur ce sol un édifice romain dont on aperçoit encore quelques restes qui ont servi de fondement à un oratoire consacré à la Vierge sous le nom de Notre-Dame-de-Férétra. Les antiquaires ont pris cet édifice pour un temple consacré à Jupiter Feretrius, ou pour une salle appelée Apparatorium, dans laquelle le convoi se réunissait pour le repas des funérailles.

Un autre cimetière existait au pied des coteaux qui dominent la ville, au levant. Des fouilles exécutées dans les siècles passés laissèrent à découvert des caveaux de forme circulaire, autour desquels étaient rangées des urnes cinéraires. Ce cimetière occupait le sol où se trouvait autrefois l'église de. Saint-Sauveur, et où s'élève aujourd'hui une colonne de bronze, au milieu du faubourg Saint-Etienne.

Un troisième cimetière se trouvait non loin de l'amphithéâtre : des urnes et des inscriptions tumulaires en ont révélé l'existence; un quatrième, sur les bords du fleuve, non loin des ruines de l'antique château d'Àquarius Belletus ; un cinquième enfin, assez près de la voie romaine qui conduisait à Aginnum. Aux calendes de mars, les Romains célébraient, en l'honneur des morts, des fêtes appelées Feretralia. Ils se transportaient au champ des morts, y offraient des. sacrifices aux dieux Mânes, et y donnaient des festins appelés Epulœ femles. Lorsque le christianisme fut

apporté à Toulouse, on changea en fêtes religieuses ces solennités païennes, et les repas qu on y faisait furent accompagnés de réjouissances profanes. Telle est l'origine à Toulouse de ces réunions appelées Ferelra ou Fenetra, et que Ton fait encore aux mêmes lieux où se trouvaient autrefois les cimetières romains.

De Toulouse partaient plusieurs grandes voies romaines ; la première se dirigeait vers Narbonne. Sur cette route se trouvaient les stations ad Nonum (Montgiscard), Badera (Baziége), ad Vicesimum (Villefranche du Lauraguais), Elusione (Montferrand) , Hebromagus (Bram), Sostomago (Castelnaudarry).

La deuxième conduisait vers les Auscienses. On trouvait sur cette voie la station de Leuc-vi située à six milles de Toulouse. Le mot leuc et le chiffre vi gravés sur la borne milliaire firent donner à ce lieu le nom de Leucvi (Léguevin) ; Bucconis (Bouconne); ad Jovem ; Castrum Iccium; ad Sextum.

La troisième se dirigeait vers les monts Pyrénées. L'on trouvait sur cette voie Fonferadum (Frouzens), Aquœ Siccœ (Seysses tolosanes), Vernosolem (Lavernose), Angonia ou Calagurris (Martres), Lugdunum Convenarum (Comminges).

La quatrième conduisait à la capitale des Cadurci; on trouvait sur cette voie Villalonga, Silva-Agra (Saint-Rustice), Fines (Fignan), Castrum Ceruccium, Castrum Vandalorum (Gandalou), Mussiacum (Moissac).

La cinquième partait de Toulouse sur les bords du fleuve, traversait les lieux occupés aujourd'hui par Fenouillet, Gagnac et Ondes, et venait joindre la voie des Cadurci.

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La sixième se dirigeait vers les Albigenses. A la jonction du Tarn et de l'Agoût, on voit encore aujourd'hui un camp romain très-bien conservé (Saint-Sulpice de la Pointe).

La septième partait de l'amphithéâtre, et conduisait à Lactora (Lectoure).

Quoiqu'on ne puisse nier l'existence de tous ces monuments romains à Toulouse, ce qui nous reste ne donne pas une haute idée de leur magnificence ; et si l'on établit sur eux le titre de colonie romaine donné par Strabon à cette ville, il faut que le temps ait exercé de bien grands ravages sur les édifices construits par les vainqueurs du monde pour que ce titre puisse être justifié.

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