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DEUXIÈME DISSERTATION

MISSION DE QUELQUES ÉVEQUES DANS LES GAULES. — ÉPOQUE DE l'apostolat DE SAINT SATURNIN.

Au milieu des ténèbres qui entourent le berceau des Eglises primitives, il est diflicile de déterminer d'une manière précise l'époque de leur établissement. L'absence de monuments authentiques, la brièveté des actes qui ont échappé aux injures du temps, les altérations et les changements dont ils ont pu être l'objet, jettent une très grande incertitude dans l'histoire. Le devoir d'une saine critique est de rechercher avec soin les témoignages les plus anciens, comme étant les plus voisins de la vérité ; maïs dans cette recherche il faut se tenir en garde contre des idées préconçues, des systèmes arrêtés, un désir immodéré, quoique assez naturel, de donner à l'Eglise à laquelle on appartient une plus illustre origine. Il faut être sobre dans ses exigences, car celui qui prouve trop ne prouve rien.

On doit surtout se défier des récentes découvertes, car si vous trouvez un manuscrit poudreux, tombant de vétusté, dans quelque bibliothèque de France, d'Italie, d'Angleterre ou de Germanie, n'allez pas croire que votre main soit la première qui l'a feuilleté, votre œil le premier qui l'a parcouru ; que, seul, depuis que ce manuscrit existe, vous avez

eu la patience des longues investigations. Admettez plutôt * que ce manuscrit a pu être déjà connu, et que si les auteurs qui vous ont devancé n'en ont pas fait usage, c'est

qu'ils ont eu quelque bonne raison pour cela.

Dans les matières controversées, on doit éviter avec soin un ton tranchant, décisif, emporté; se montrer toujours poli dans l'attaque et modéré dans la victoire. En fait d'appréciations historiques, il ne faut point se jeter dans le vaste champ des probabilités, des apparences, des conjectures; les principes doivent être .toujours clairement posés et les conséquences bien déduites. Il est surtout un point de la plus haute importance, c'est la date des manuscrits. On s'expose évidemment k beaucoup d'erreurs lorsqu'on juge de l'ancienneté d'un manuscrit par son état de vétusté ou par récriture. Pour ce qui est de la vétusté, il faut tenir

compte des causes qui peuvent détériorer un manuscrit, à l'exclusion de celle du temps ; et quant à l'écriture, il est très possible qu'on imite dans les siècles postérieurs les caractères employés dans ceux qui l'ont précédé. De nos jours, nous aimons k donner a nos monuments les formes

antiques.

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