‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 22 sur 71 · APPRÉCIATION DE LA LEGENDE DAURELIEN SUR SAIIST MARTIAL · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION DE LA LEGENDE DAURELIEN SUR SAIIST MARTIAL

Nous croyons avec assez de vraisemblance 1° qu'Aurélien a réellement composé une Vie de saint Martial, vers la fin du iiic siècle ; 2° que cette Vie s'est malheureusement perdue à l'époque de l'irruption des Vandales dans l'Aquitaine , au vc siècle, ou qu'elle a péri dans quelque incendie ; 5° que, puisque cette Vie originale s'est perdue, on ne peut savoir ce qu'elle renfermait ni se livrer sur ce point à de simples conjectures; 4-° que, lorsque Fortunat affirme que saint Martial était juif d'origine , qu'il avait la qualité $ apôtre, qu'il était venu de Rome dans les Gaules; que, s'il était après saint Pierre pour l'âge, il lui était égal pour le ministère, il est probable que ce poète, ayant vécu avec ceux qui avaient lu les Actes primitifs, a pu rapporter ces traits divers par une tradition d'une assez courte durée ; 5° qu'après la mort de Fortunat, on a voulu reconstituer ces Actes, et qu'alors, une tradition assez générale indiquant que quelques-uns des soixante-douze disciples qu'on nommait apôtres, mais

dont les noms propres sont entièrement inconnus, étaient venus au premier siècle dans les Gaules, on a placé naturellement parmi ces soixante-douze les prédicateurs de l'Evangile dont l'apostolat remontait à une antiquité assez reculée ; 6° que c'est de cette époque vers le vie ou vne siècle que date Yapostolat de saint Martial, c'est-à-dire le titre iïapôlre qu'on a généralement donné à cet illustre évêque depuis les temps anciens jusqu'à nos jours : titre qui n'emporte pas avec lui son existence au premier siècle, mais qui signifie seulement un prédicateur par excellence, un homme qui dans ses missions a parcouru de vastes contrées, fondé un grand nombre d'Eglises, converti beaucoup de peuples à la véritable foi.

De cette opinion,, que nos adversaires admettent comme nous, découle cette vraisemblance ou probabilité : saint Martial a été incontestablement l'un des prédicateurs les plus célèbres des Gaules ; il a parcouru un grand nombre de contrées avant même d'entrer dans ces provinces ; il est parvenu à une extrême vieillesse, d'après Grégoire de Tours : il a donc mérité, plus que tout autre peut-être, le titre iïapôtre. Nous sommes persuadés que la Vie originale d'Aurélien le lui donnait, et Fortunat le lui a donné aussi.

Mais qu'est-il arrivé dans la suite? Comme, d'un côté, il était impossible de le placer au nombre des onze, et que, de l'autre, on nommait aussi apôtres les soixante-douze, on a dit : Puisqu'il est désigné sous ce titre, il faut donc qu'il soit du nombre de soixante-douze, et qu'il soit venu au premier siècle. Sur cette fausse conséquence, on a composé de nouveaux Actes qui ont été reçus à travers les sjècles parce que personne n'était intéressé à les contredire, et cette erreur,

fort innocente d'ailleurs, s'est propagée, non seulement dans les Gaules, mais encore dans l'Italie, la Germanie, et partout où ces Actes sont parvenus.

On nous cite plus de deux cents auteurs qui, depuis Fortunat jusqu'à nos jours, ont donné à saint Martial le titre iïapôtre, et conséquemment l'ont placé presque tous au premier siècle. Nous acceptons le titre, et nous nions la conséquence. Que prouvent tous ces témoignages, et de plus nombreux encore ? Une seule chose selon nous : c'est que ces auteurs se sont copiés les uns les autres, adoptant sans examen la conséquence dont nous venons de parler et la légende du faux»Aurélien (1).

(4) Le lecteur verra sans doute ici avec plaisir le tableau annoté des principaux auteurs qui ont parlé de saint Martial et de son apostolat ; il jugera ainsi par lui-même de la valeur de ces témoignages. Nous avons déjà parlé de Fortunat et d'Aurélien : il faut continuer au sixième siècle.

VIe SIÈCLE.

Légende de saint Ursin. — Martial a été envoyé par les saints Apôtres. — Quels apôtres? les onze, ou les soixante-douze disciples qu'on appelait aussi apôtres? L'auteur ne le dit pas.

Manuscrit d'Arles (586). — Sous l'empire de Claude, saint Pierre envoya dans les Gaules quelques disciples, Trophime, Martial, Saturnin, etc., auxquels il assigna des villes particulières. L'auteur suppose que saint Pierre connaissait parfaitement la géographie de ces provinces. — Défiez-vous de l'acte de naissance de ce manuscrit.

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