‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 23 sur 71 · VU* SIÈCLE · texte numérisé non relu

VU* SIÈCLE

Légende de saint Ausonne. — Saint Pierre envoya saint Martial à Limoges, ville alors très florissante. — Voici une nouvelle édition du mss. d'Arles.

Saint Priest, évèqne de Clermont (690). — Saint Pierre assigna

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Il est donc constant que saint Martial a été vraiment désigné dans l'antiquité sous le nom apôtre, et que c'est de ce mot mal interprété que sont venues toutes ces fausses légendes qu'on a produites sur son compte. L'erreur se perpétue bien plus facilement que la vérité! Cette erreur, du

à ses très saints disciples des villes particulières : à Trophimc Arles, Limoges à Martial — Troisième édition du même !

VIIIe SIÈCLE.

Florus, religieux de Saint-Trond (760). — Martial fut un des soixante-douze disciples envoyés par saint Pierre dans les Gaules. — Celui-ci fait un pas de plus : Martial est au nombre des soixante-douze.

IXe SIÈCLE.

Raban Maur (820). — Saint Pierre désigne des prédicateurs pour sej)t villes des provinces d'Occident. — C'est ici une 2e édition de saint Priest et une 4e du manuscrit d'Arles.

Peintures murales de l'église de Saint-Sauveur (832). — Saint Martial y était représenté assez jeune, servant le Seigneur à la Cène. — Voici qui commence à devenir embarrassant! S'il était du nombre des soixante-douze, comment pouvait-il être tout jeune encore à la Cône?

Hilduin (835). — 11 se l>orne à dire que les légendes des six évêques ne s'accordent pas pour l'époque de leur mission avec Grégoire de Tours. — Qu'importe, si ces légendes sont apocryphes !

Opuscule des miracles de saint Martial (840). — Saint Pierre envoya saint Martial à Limoges. — 5e édition du manuscrit!

Vie de saint Sacerdos (850). — Saint Martial fut envoyé par saint Pierre à Limoges. — 6R édition!

Xe SIÈCLE.

Manuscrit du dixième siècle... — Il vient d'être découvert à la bibliothèque nationale, sous le n° 3,851 ; il contient, dit-on, Y ancienne rie de saint Martial. Malheureusement la date de celle ancienne vie n'est point indiquée dans sa copie, en sorte qu'on peut placer l'original à peu

reste, est gracieuse, naïve , et elle a dû flatter l'orgueil des Lemovices. . . Avoir pour Apôtre ce charmant petit enfant que Jésus avait donné comme modèle de l'humilité ! ce jeune homme dont les pains et les poissons sont miraculeusement multipliés au désert, qui ensuite assiste à la Cène

près où l'on voudra avant le dixième siècle. Malheureusement encore, les feuillets du manuscrit sont déplacés, il y a des phrases inintelligibles, et de grandes lacunes ; mais rassurons-nous : on arrangera les feuillets, on donnera à ces phrases leur véritable sens et on comblera ces lacunes. — Voilà qui est commode ! et si après cela vous n'êtes pas content de cette ancienne Vie, vous serez difficile.

Accord entre les moines de Cluny et de saint Martial (942). — Le grand saint Martial .y est appelé apôtre. — Ceux-là sont raisonnables; nous sommes d'accord avec eux. Il n'est question ici ni de saint Pierre, ni du premier siècle.

Le martyrologe de Wandalbert (950). — Il y est dit : Uapôtre Martial fait l'ornement de Limoges. — Il n'est encore ici question ni de saint Pierre ni du premier siècle, et nous votons pour Wandalbert.

Vie de saint Déicole (950).— Il y est dit : L'évôqûe Martial est consanguin du B. prince des Apôtres. Nous sommes en progrès : saint Martial est devenu cousin ou neveu de saint Pierre ! Est-ce qu'en le plaçant au commencement du me siècle, la parenté cesserait d'exister? Nullement; on pourrait dire seulement qu'ils sont parents de loin.

Abbon , abbé de Fleury (970). — Saint Martial fut le convive du Christ dans la Cène mystique... Il présenta les linges quand le Sauveur se leva pour essuyer les pieds au collège des disciples. — Evidemment, Abbon avait vu les peintures murales de l'église de Saint-Sauveur.

Jarnac d'Angoulême (975). — Saint Martial se rendit à Limoges, parce que le Seigneur, par l'organe de saint Pierre, l'avait envoyé à Limoges comme Apotre. — On voit ici une 7e édition du manuscrit d'Arles.

Gombaud, archevêque de Bordeaux (994). — 11 adresse une prière

et présente au Sauveur les linges pour essuyer les pieds de ses disciples ; qui était né à Arouha, près de Rama où Rachel fit entendre ses maternelles lamentations; qui était, en outre, parent de saint Pierre ; qui fut baptisé par lui et mis au rang des soixante-douze disciples ! Tout cela est assez sé-

à saint Martial pour en obtenir un miracle. 11 rappelle alors tout ce qu'il croit être le plus flatteur pour le saint : il proclame qu'il a été disciple de Jésus-Christ et son ministre à la Cène dernière; qu'il a reçu le don des grâces avec les autres Apôtres ; il l'appelle miroir des vertus, prince des pontifes, gloire des évôques et honneur des Eglises. — C'est ici, comme on voit, une précaution déprécative.

XIe SIÈCLE.

Assemblée de Paris (1023). — Une controverse s'éleva dans cette assemblée sur l'apostolat de saint Martial : les Français voulaient en faire un apôtre et les Limousins un confesseur. Gauzlin, archevêque de Bourges, avance que saint Martial est de la race d'Abraham, disciple du Seigneur, baptisé par saint Pierre et envoyé par Notre-Seigneur, et qu'il a reçu le don de grâce avec les autres apôtres. — Ces dernières paroles sont identiquement les mêmes que celles de la prière de Gombaud à saint Martial. Tout le reste est pris dans les faux Actes d'Aurélicn, contre lesquels on commençait à «élever.

Assemblée de Poitiers (1024). — Le duc d'Aquitaine Guillaume IV produit un livre écrit en lettres d'or que lui a envoyé Canut le Grand, et dans lequel saint Martial a le titre iïapôtre. — Nous adoptons ce livre d'or.

Concile de Limoges (1028). — Saint Martial est placé au nombre des soixante-douze disciples, d'après le martyrologe de Florus. Le corps de saint Martial fut tiré de son sépulcre, transporté à la cathédrale et reporté à l'église de Saint-Sauveur par l'évêque Jourdain. Après la cérémonie, on dit anathème à ceux qui ne regardèrent pas saint Martial comme apôtre. — Les choses sont ici visiblement poussées à l'extrême. On y décide que saint Martial est du nombre des soixante-douze disci-

duisant et le roman ne manque pas d'intérêt ! On n'abandonne pas facilement des fables aussi flatteuses !

11 y aurait un travail assez curieux à faire sur tous les textes que l'on cite. Il serait possible qu'en étudiant le contexte, on finît par découvrir que les auteurs rapportent

pies, et on excommunie ceux qui ne donneront pas à cet évêque le titre d'apôtre. Cette décision et cet anathème prouvent évidemment que l'attaque contre cet apostolat et contre cette existence au premier siècle était sérieuse, et on profite avec empressement de la circonstance de la translation des reliques pour en arrêter le cours.

Discussion d'Adémar et de Benoît de Cluse à Limoges (1028). —

Âdémar de Chabannes était partisan fougueux de l'apostolat de saint Martial. Benoît, prieur de Cluse, affirmait au contraire que cet évêque n'était qu'un homme apostolique. — Il n'y avait donc pas alors unanimité de témoignages sur cette question.... Adémar soutenait que saint Martial était apôtre, parce qu'il était du nombre des soixante-douze ; Benoît de Cluse devait, au contraire, soutenir qu'on ne le mettait au nombre des soixante-douze que parce qu'on le nommait apôtre, et il ne s'élevait contre ce titre que parce qu'il était convaincu que saint Martial n'était point du nombre des soixante-douze. On apporte à Benoît de Cluse un très vieux volume où saint Martfal était qualifié d'apôtre (c'était une Vie du Saint). Benoit déclare que cette vie est apocryphe. — Adémar répond que cette ancienne Vie a été répandue dans les Gaules, les Espagnes, la Bretagne, l'Italie. — Nous ne le croyons que trop, mais cela ne prouve pas qu'elle ne soit point apocryphe. — Il ajoute qu'il croit à cette vie comme aux quatre Evangiles. — Adémar n'est pas difficile 1 — Arrive ensuite le moine Aimeric portant un vieux bréviaire (sic) où saint Martial est nommé apôtre des Gaules ; — puis on fait lire à Benoît, qui commençait à en avoir assez de cette discussion, une vieille séquence où il est dit que toute l'Aquitaine regarde saint Martial comme son apôtre. — On lui jette à la tête, comme on voit, tous les livres d'un lutrin. — Le bon prieur de Cluse se tut et partit. — C'était

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ces diverses opinions sans les adopter. On ne lit pas tout quand on embrasse un système et qu'on le caresse avec tant d'affection ! on craint il chaque instant de rencontrer quelque passage qui lui soit contraire! L'amour est aveugle. .. on ne voit pas tout !

ce qu'il avait de mieux à faire. On ne discute pas avec des gens de cette espèce !

Benoit s était retiré au monastère de Bussière-Badil en Périgord; un certain moine de Ravenne nommé Bernard l'avait accompagné en ce lieu. Ce moine ayant rencontré Adémar de Chabannes à Angouléme, la dispute recommence. Le moine attaque la légende du faux Aurélien; Adémar, ne pouvant opposer à Angouléme les livres de Limoges, le renvoie aux peintures de l'église de Saint-Sauveur, dont il ne connaissait pas la date et qui étaient détruites depuis six ans (1024). Quand on donnerait cette haute antiquité à celte Eglise, resterait à savoir si les peintures n'ont point été faites longtemps après sa construction? On nous raconte à ce sujet une très plaisante anecdote extraite de la lettre d' Adémar, où il parle de toutes ces belles choses ; la voici : « Dona- » deus, moine de saint Martial, convainquit de mensonge un grain - » mairien étranger qui voulait l'induire en erreur (probablement sur saint » Martial). Il conduisit ingénument son homme dans la vieille basilique » de Saint-Sauveur qui menaçait ruine à cause de sa grande détresse, » et qui depuis sept ans (1024) avait été rasée jusqu'au sol ; il lui de- » manda : Dites-moi ? cette Basilique est-elle ancienne ? — Assurément , » répondit le sot grammairien; elle a plus de cinq cents ans d'anti- » quité. — Alors le moine lui montrant les peintures presque effacées » par le temps : Que représentent ces peintures, ajouta-t-il? — Son in- » terlocuteur, voyant Martial servant le Seigneur quand il lavait les » pieds aux Apôtres, se trouva tout honteux et confus. » — Ce grammairien était vraiment bien sot ! il n'avait qu'à répondre à Donadeus : Ces peintures sont bien moins anciennes que l'église. — Qu'aurait fait Donadeus pour prouver le contraire?

Sur ces entrefaites, un moine de Saint-Jean-d'Angely nommé Salgion

C'est pour favoriser ces systèmes que furent produites, sous le règne de Philippe Ier, deux lettres écrites par saint Martial aux Bordelais et aux Toulousains. A la fin de ces lettres on lisait la note suivante : « Ces lettres ont été ca- » chées, sous la persécution de Domitien, dans la basilique

arrive à son tour et déclare que tous les monastères de son pays, abbés et moines, sont en mouvement ; qu'ils sont exaspérés de ce qu'on donne à saint Martial le titre d'Apôtre ; qu'ils veulent en écrire au pape pour défendre d'honorer saint Martial de ce titre. — Voilà un fait qui montre qu'au xic siècle l'opinion de l'apostolat de ce saint évêque était vivement combattue.

Lettre du pape Jean XIX (1031). — Vivement pressé par le parti de l'apostolat, le pape se prononce sur ce point, et déclare que saint Martial peut et doit être appelé Apôtre; il cite et admet les principales circonstances de la vie de saint Martial tirées du faux Aurélien. — Nous reconnaissons avec Jean XIX que saint Martial peut être nommé Apôtre ; quant à tout le reste, il est évident que le pape a cru à la vérité de tous ces détails, sur la foi de tous ces manuscrits qui étaient alors en grand crédit, surtout parmi les moines, quoique leurs assertions rencontrassent de temps à autre de redoutables adversaires.

Concile de Bourges (1031). — Saint Martial y est nommé docteur d'Aquitaine ; son nom ne doit plus être placé parmi les Confesseurs. Aymon, archevêque de Bourges, affirme que la coutume lui avait assigné cette place.... — Voilà qui dérange un peu l'apostolat!... Il est vrai qu'il ajoute que c'était par la négligence de quelques-uns. — Saint Martial doit être placé parmi les Apôtres... — Il n'est ici, comme on le voit, nullement question du premier siècle.

Concile de Limoges (1031). — On y cite des prières publiques chez les Grecs où saint Martial est placé après les onze Apôtres. On y parle d'anciens livres de France, d'Angleterre et d'Espagne où son nom se trouve avec ce même titre. Deux témoignages seulement dans ce concile le placent au nombre des soixante-douze disciples : celui d'un clerc d'Angoulême, qui affirme que deux moines du mont Sinaï, Siméon et Côme,

» de Saint- Pierre , dans une espèce de tombeau où elles » sont demeurées cachées jusqua présent. Elles ont été » trouvées de notre temps sous le règne du roi Philippe, » presque tombant en vétusté et écrites en caractères si an-

lui ont dit qu'ils avaient une Vie de saint Martial écrite en leur langue où cela est consigné. — Nous ne doutons pas de la véracité de ces bons moines et de celle du diacre ; mais cette Vie, quelle autorité a-t-elle? N'estelle pas un écho lointain du martyrologe de Florus? Ce martyrologe devait être connu du concile, et on se laissa entraîner par ce témoignage ! Il est étonnant qu'Aymon, archevêque de Bourges, n'ait point parlé des soixante-douze disciples au concile de cette ville, et qu'il soit venu à celui de Limoges, tenu à quinze jours de distance, placer saint Martial au nombre des soixante-douze ! Que s'était-il passé dans cet intervalle? Nous l'ignorons.

La longue série des écrivains qui ont paru depuis le xiie siècle jusqu'à nos jours, et que l'on nous cite avec un luxe d'érudition vraiment inutile, nous présente une masse de témoignages complètement identiques : c'est toujours la légende du faux Aurélien qui a été constamment adoptée, à peu de chose près, et qui se réduit à nous dire jusqu'à satiété : Saint Martial est apôtre ; il a été baptisé par saint Pierre, envoyé par lui ; il était du nombre des soixante-douze disciples ; il a prêché à Limoges, à Cahors, à Toulouse et en d'autres lieux. On nous dit cela de toutes les manières en prose et en vers, et dans plusieurs langues — en français, en syriaque, en italien, en latin et en grec.

Mais il ne faut point passer sous silence quelques citations particulières qui méritent d'être annotées avec tout le sérieux qu'il nous sera possible d'observer. Ecoutons.

Anselme de Laon (1090). — Saint Martial est ce petit enfant que Notre-Seigneur donna en exemple à ses Apôtres pour leur offrir une leçon d'humilité. — Beaucoup d'autres auteurs postérieurs et de renom ont adopté cette bévue. La mission des soixante-douze disciples suivit de très près le trait de l'Evangile où l'on parle de cet enfant, et où il est placé au nombre des soixante -douze. — Il faut qu'il ait grandi bien vite !

» ciens qu'on a eu de la peine a les lire. » On ne nous dit pas en quelle langue elles étaient écrites. Il est fâcheux qu'on ne nous ait pas offert un fac-similé de ces lettres : nous aurions vu avec plaisir l'écriture du premier siècle.

Pierre le scholastique (iliO). — Saint Martial s'appelait Céphas.— Noos n'en sommes pas surpris : il était parent de saint Pierre.

Une vieille chronique (1176). — Saint Martial va à Pise avec l'apôtre saint Pierre. — On n'avait jamais entendu parler de ce voyage. Elle est bien vieille, cette chronique !

Adam d'Auvergne (1270). — Saint Martial était ce jeune homme qui portait les cinq pains et les deux poissons au miracle de la Multiplication.— Cette ineptie a été encore admise par quelques auteurs sérieux. Ainsi dans l'espace de trois années qu'a duré la prédication du Sauveur, Martial, qui pouvait avoir huit ou dix ans quand le Sauveur le présenta à ses Apôtres comme le modèle qu'ils devaient suivre, devient le jeune homme qui porte les cinq pains et les deux poissons, et qui se trouve quelque temps après au nombre des soixante-douze disciples !

Pierre de Lapalu (1340) . — Les vestiges des doigts du Sauveur se voyaient sur le chef de saint Martial. — Une cause est bien mauvaise quand on l'appuie sur de pareilles autorités!...

Le carne Palyonidore (1497). — Saint Martial, apôtre de Limoges, Cahors et Toulouse, était parmi les disciples qui vivaient sur le Carmel. Saint Martial était carme, et qui plus est, carme déchaussé; car, en 4260, un auteur, sous le nom de saint Bonaventure, affirmait qu'il mar- - chait les pieds nus.

Nicolas Bertrand (1515). — Saint Martial apporta à i Toulouse une fiole du sang de saint Etienne et une pierre teinte de son sang. — Tout cela peut avoir été fait au nr* siècle aussi facilement qu'au premier.

Trevet (1575). — Saint Martial naquit au village d'Arouha, près de Rama en Palestine. — L'histoire se complète.

Le P. Saturnin de Sainte-Marie (1650). — Saint Pierre consacra évêque saint Martial dans la maison de saint Pudens. — Quelle impudence d'avancer sérieusement de pareilles choses !...

MISSION DANS LES ti.MLKS.

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