‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 28 sur 71 · ACTES DE L'APOSTOLAT ET OU MARTYRE DE SAINT SATURNIN · texte numérisé non relu

ACTES DE L'APOSTOLAT ET OU MARTYRE DE SAINT SATURNIN

No I.

Actes originaux.

Ils ont été composés par un auteur anonyme, cinquante ans environ après le martyre de saint Saturnin, peut-être par quelqu'un de ses disciples, c'est-à-dire au commencement du ive siècle. Ces Actes sont formés de quatre paragraphes. Dans le premier, l'auteur, après une courte expo sition de la manière dont l'Evangile s'est répandu dans les contrées de l'Occident, arrive à l'apostolat de Saturnin.

« Après l'incarnation du sauveur Jésus, le soleil de jus- » tice se levant au sein des ténèbres commença à éclairer » l'Occident des lumières de la foi ; l'Evangile se répandit » insensiblement dans tout l'univers ; la prédication des Apô- » très parvint jusqu'à nous. Quelques églises, rares encore, » élevées par la piété des fidèles, apparaissaient dans nos ci- » tés, tandis que les temples des faux dieux brillaient d'un » sacrilège éclat. Tel était l'état de la religion lorsque, il y a

» cinquante années, comme l'attestent et les monuments pu- » bues et les souvenirs fidèles, sous le consulat de Dèce et » de Gratus, Toulouse avait commencé d'avoir Saturnin

• pour évêque. La vertu de cet homme fit cesser les oracles » des démons à qui Toulouse rendait un culte public ; leurs » mensonges furent dévoilés et leur puissance détruite par » les progrès de la foi chrétienne. Le saint évêque passait » tous les jours devant le Capitole pour se rendre de la mai- » son qu'il habitait au modeste oratoire qu'il avait élevé. » Bientôt les démons ne purent plus soutenir sa présence et » devinrent sourds aux vœux et aux prières de leurs adora- » teurs, comme les vains simulacres sous lesquels ils ai- » maient à se cacher. »

On s'aperçoit du silence des oracles. — Saturnin est accusé.

« Les prêtres des idoles , étonnés de l'existence d'un fait » jusqu'alors inoui, cherchaient à expliquer le silence de

» leurs divinités. Qui a pu donc, s'écriaient-ils, faire taire » ces oracles, autrefois si faciles à répondre? Quoi ! ni les » prières, ni le sang des taureaux, ni la multitude des sa-

• crifices ne peuvent les réveiller? Les dieux sont-ils ab- » sents ou sont-ils en courroux? Ils apprennent d'un en- » nemi de notre religion qu'il s'est élevé une secte nouvelle » opposée au culte établi ; elle se dit chrétienne et menace de » renverser les divinités païennes. Saturnin est évêque de » cette secte. Lorsqu'il passe devant le Capitole, les oracles » se taisent, épouvantés. Ils ne feront entendre leur voix » que lorsqu'ils seront apaisés par le sang de cet évêque. » 0 malheureuse erreur ï ô aveugle folie ! Ils apprennent

» qu'un homme fait trembler leurs dieux; que les démons, » à son passage, quittent leurs temples; ils le voient, ils ne

» peuvent s'empêcher de le croire et cependant cet

» homme devenu redoutable aux idoles, sans même les » avoir menacées, ils préfèrent de le mettre à mort que de » l'honorer. Ils ne comprennent pas que celui-là seul mé- » rite d'être adoré dont les serviteurs commandent aux ido- » les. Car qu'y a-t-il de plus insensé que de craindre ceux » qui tremblent eux-mêmes, et de ne pas craindre celui qui » fait trembler tous les autres? »

Saturnin est prit ; il fait sa profession de foi.

« Au milieu de l'agitation publique, lorsque la multitude » assemblée conduisait à l'autel un taureau pour l'immoler, » espérant apaiser les dieux par un tel sacrifice, Saturnin » passe devant le Capitole. Le voilà, s'écrie-t-on, l'ennemi » de notre religion ! le chef d'une secte nouvelle ! Il ose » prêcher la destruction de nos temples ; il appelle nos » dieux des démons; c'est sa présence qui impose si- » lence à nos oracles.... Puisqu'il nous offre lui-même une » occasion si favorable à nos desseins, vengeons notre in- » jure et celle de nos dieux ! Il faut, ou qu'il les apaise par » son sacrifice, ou qu'il les réjouisse par sa mort ! A ces » mots, une multitude furieuse entoure le saint évêque, un » prêtre et deux diacres qui l'accompagnent prennent aussi- » tôt la fuite. Il est traîné seul au Capitole; et comme on le » forçait de sacrifier aux idoles,— Je ne connais, s'écria-t-il, » qu'un seul Dieu véritable, c'est à lui que j'offrirai un sa- » crifice de louange. Vos dieux sont des démons, je le sais;

» vous les honorez bien plus, mais en vain, par la perte de » vos âmes que par les victimes de vos troupeaux. Com- » ment voulez-vous que je craigne ceux qui, d'après vous, » tremblent devant moi ? »

Le saint est martyrisé. — Sa première sépulture.

« A ces paroles du saint évêque, un affreux tumulte agita » cette multitude sacrilège : des liens sont jetés sur les » flancs du taureau préparé pour le sacrifice. Ces liens, qui * s'étendent assez loin derrière l'animal devenu l'instrument » d'une aveugle fureur, sont attachés aux pieds de cet » homme vénérable. Le taureau, pressé par l'aiguillon, se » précipite du haut du Capitole. Le martyr n'avait pas en- » core atteint les derniers degrés du temple, que déjà sa » tête est presque brisée, ses membres se dispersent, il ex- » pire... et le Seigneur couronne après la victoire cette âme » qui, dans l'horreur d'un affreux supplice, avait combattu » avec tant de courage pour sa- gloire. »

» Ce corps privé de vie, et qu'aucune injure ne pouvait » maintenant atteindre, fut traîné par le taureau jusqu'au » lieu où les liens s'étant rompus, il reçut bientôt après, au » milieu de l'agitation générale, les honneurs de la sépul- » turc. Il y avait alors peu de chrétiens à Toulouse ; ils » n'osaient, à cause des gentils, confier à la terre les osse- » ments du martyr, lorsque deux jeunes filles s'élevant par » la force que donne la foi au-dessus de la faiblesse de leur » sexe, plus courageuses que les hommes, excitées d'ail- » leurs au martyre par l'exemple de leur pontife, placèrent » son corps dans un cercueil de bois et le déposèrent au

» milieu des ruines dans un lieu voisin, cherchant plutôt à » cacher qu'à ensevelir ses sacrées reliques, dans la crainte ■ que, si quelque monument eût été élevé sur sa dépouille » mortelle, ces hommes n'eussent encore exercé leur fu- » reur sur ce corps exhumé de la terre , et qu'il n'eût pu » jouir de cette modeste sépulture. »

Conclusion.

« Grâces au Dieu tout-puissant qui a couronné son mar- » tyr dans la paix ! A lui seul soit dans tous les siècles et » l'honneur et la gloire ! Ainsi soit-il. »

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