N° IL
Histoire de la translation des reliques du saint martyr.
Quoique dans les copies manuscrites des Actes originaux qui furent faites après le vuie siècle, on ait réuni cette histoire avec celle du martyre de saint Saturnin, elle lui est postérieure de plus d'un siècle, et nous pensons que c'est au cinquième qu'elle a été composée.
« Le corps du martyr demeura pendant quelque temps » sous ce modeste tombeau, honoré de Dieu, mais entière- » ment privé des honneurs humains, jusqu'à ce que saint » Hilaire, ayant été longtemps après ordonné évêque de » Toulouse, et ayant appris le genre de mort et le mérite » de son prédécesseur, fit creuser la terre jusqu'au cercueil » de bois. Craignant de toucher ces saintes reliques, il fit » élever au-dessus une voûte assez spacieuse, et ajouta une » petite basilique de bois pour servir de lieu de prière : » cachant ainsi le corps du martyr pour le dérober aux re- » cherches des méchants. Dans la suite du temps, comme
» plusieurs chrétiens désiraient être ensevelis dans cette ba- » silique à côté du martyr, et que ce lieu se trouva insensi- » blement rempli par tous ces sépulcres, saint Sylve, évêque » de Toulouse , jeta à grands frais les fondements d'une » belle et splendide basilique pour recevoir les dépouilles » du saint martyr; mais il mourut avant d'avoir terminé » son œuvre. Après sa mort, saint Exupère, devenu évêque, » homme que l'on peut placer au-dessus de ses prédéces- » seurs sans leur faire injure et au-dessus de ses contem- » porains, et qu'on ne peut comparer qu'au bienheureux » martyr par l'éclat des mérites, termina la basilique que » son prédécesseur avait heureusement commencée et la » consacra. Il craignit de toucher le corps du martyr, non » par un sentiment de défiance, mais par celui d'un pro- » fond respect. Alors il fut averti en songe de terminer ce » qu'il avait commencé, les âmes ne recevant aucune injure » par l'enlèvement ou la translation des cendres ou des • corps : car il est manifeste que ce qui contribue au salut » des vivants, devient honorable pour les martyrs. Affermi » par cette vision, il demanda aux empereurs l'autorisation » nécessaire, et obtint ce qu'il sollicitait avec tant d'instance. » Alors furent transportées dans la basilique ces reliques » sacrées que ne profanait pas une téméraire audace, mais » qu'honorait au contraire un respectueux dévouement. »
Additions faites aux Actes authentiques.
Grégoire de Tours nous révèle l'existence de ces additions. Il s'est servi, pour composer son histoire, d'une copie îles Actes de saint Saturnin auxquels on avait ajouté les
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noms des six évèques envoyés avec l'Apôtre de Toulouse et le discours qu'il tint aux clercs qui l'abandonnèrent lorsqu'il était traîné au supplice. « Je vais, leur dit le saint, être » immolé, et le moment de ma mort approche ; ne m'aban- » donnez pas, je vous prie, jusqu'au terme de ma course. » Et lorsqu'il fut conduit au Capitole, il y arriva seul, ses disciples l'ayant délaissé. Se voyant donc abandonné, il adressa, dit-on, au Seigneur cette prière : « Seigneur Jésus- » Christ, exaucez-moi du haut du ciel qui est votre temple : « que jamais cette Eglise n'ait aucun de ces citoyens pour » évêque à perpétuité !... »
Ce discours du saint évêque n'a point reçu son effet et sa prière n'a point été exaucée ; si elle le fut jusqu'au temps où Grégoire de Tours a écrit son Histoire, elle ne l'a point été depuis le vic siècle jusqu'à nos jours. Il est important d'observer que ces additions ne se trouvent dans aucune des copies des Actes authentiques venues jusqu'à nous. Il faut en conclure qu'elles n'étaient parvenues au temps de Grégoire de Tours que par la voie de quelque tradition qu'il aura cru devoir recueillir et respecter.