DISPERSION DES PEUPLES. LES GAULOIS ET LEURS TRIBUS
Pour arriver à la connaissance de la vérité sur les origines des peuples, il serait nécessaire de partir du point de leur dispersion après le déluge, et de pouvoir les suivre dans leurs divers établissements. Il faudrait ensuite connaître les alliances qu'ils ont faites entr'eux, les noms qu'ils ont adoptés, leurs migrations sur le globe, et les changements opérés dans leurs constitutions par les guerres et les lois des vainqueurs. Il est certain qu'on ne peut arriver qu'avec une extrême difficulté a la solution de ces problèmes historiques. Il nous semble cependant qu'au milieu de ces difficultés, on peut s'arrêter, d'une part, à quelque chose de fixe, et, de l'autre, proposer des conjectures dont un esprit judicieux doit être satisfait.
Nous allons suivre cette marche en exposant nos appréciations sur les origines de notre patrie.
Moïse, le plus ancien de tous les historiens, nous parle, dans la Genèse, de la dispersion des peuples après le déluge. Au chapitre X il s'exprime ainsi :
« Telles sont les générations des enfants de Noé : Sem, » Cham et Japhet. Des fils leur naquirent après le déluge.
» Les fils de Japhet furent : Gomer, Magog, Madaï, » Javan, Thubal, Modoch et Thiras.
» Les fils de Gomer : Ascenez, Riphath et Tho-Gorma.
» Les enfants de Javan : Elisa, Tharsis, Uthim et Do- » danim.
» Ils partagèrent entr'eux les îles des nations dans les » pays où ils s'établirent, et formèrent des peuples, chacun » selon sa langue et ses tribus. »
Ainsi parle l'historien sacré. Tous les enfants de Gomer et de Javan s'éloignèrent donc beaucoup du pays qu'avaient habité leurs pères, et, les premiers parmi les descendants de Noé, ils entreprirent des migrations lointaines.
Quelles étaient ces îles des nations que partagèrent les enfants de Gomer et de Javan, fils de Japhet? Bossuet, résumant, dans son Discours sur l'Histoire universelle, toutes les opinions, place ces grandes migrations au 2e âge du monde, et les îles des nations dans les terres occidentales : « Japhet, dit-il, a peuplé la plus grande » partie de l'Occident, et y est demeuré célèbre sous le » nom fameux de Iapet. • Lorsque la race japhétique quitta l'Orient, qui avait été le berceau du genre humain, pour se répandre dans les contrées encore inhabitées de l'Occident, elle connaissait déjà presque tous les arts qui, pendant les dix-sept siècles environ qu'avait duré le premier âge du monde , avaient été inventés ou perfectionnés. Des villes
môme avaient été construites : témoin Henochia, qui fut bâtie par Caïn; et pendant que les enfants de Gomer et de Javan s'établissaient dans ce vaste continent connu plus tard sous le nom d'Europe» et dans les pays mêmes que nous habitons, Babylone et Ninive étaient fondées en Asie. Ce n'était donc pas des peuples sauvages qui vinrent, à la 2e époque du monde, des contrées de la haute Asie pour s'établir dans l'Europe occidentale, mais bien des hommes qui n'étaient point étrangers à la civilisation, et qui avaient appris , comme l'observe Bossuet, l'art de l'agriculture, celui de se vêtir et de se loger. Jubal avait depuis longtemps inventé les instruments de musique, et Tubalcaïn l'art de fondre et d'élaborer les métaux pour les divers usages de la vie.
Ces peuples conservèrent longtemps sans doute les noms primitifs des hommes dont ils étaient ^descendus. Ainsi Moïse nous apprend que sept tribus ou grandes familles divisèrent entr'elles les îles des nations : trois descendant de Gomer — les Ascenites, les Riphatiens et les Thogormaïtes; et quatre descendant de Javan — les Elisates, les Tharsiens, les Uthimites et les Dodanimites : toutes les sept appartenant à la race japhétique.
Ces familles ou tribus se confondirent et formèrent nécessairèment d'autres peuples qui dûrent prendre des noms nouveaux, tout en conservant le souvenir des noms primitifs de leurs chefs. Ces noms furent pris le plus souvent de la position territoriale des établissements fondés sur le bord des fleuves, ou au sommet des collines, ou sur la lisière des forêts; quelquefois aussi, ils furent formés des noms des chefs qui avaient conduit la colonie nomade.
A la suite de ces colonies primitives, nous voyons paraître les Cimbres; les Ibériens et les Celtes. Quelques-unes des tribus celtiques , sous le nom de Galls, occupèrent les vastes contrées situées entre le Rhin, l'Océan, les Alpes, la Méditerranée et les Pyrénées. Il est assez difficile de déterminer si l'occupation de ces terres occidentales eut lieu par la voie de terre ou par la voie de mer. La première ne demandait que du temps ; la seconde présentait des difficultés plus sérieuses, quoique, après la construction de l'arche, on puisse admettre qu'à cette époque si- reculée les hommes avaient trouvé l'art de la navigation.
Les Galls ou Gaulois, d'une humeur assez inquiète et aventureuse, entraînant avec eux la confédération celtique, se précipitèrent sur l'Ibérie, 1500 ans avant Jésus-Christ, par les gorges des Pyrénées. Les Ibériens résistèrent avec vigueur; mais ensuite, par l'effet de quelque traité d'alliance, ils finirent par se confondre avec leurs envahisseurs sous la dénomination de Celtibêriens, et le nom de Galice donné à l'une des portions de l'Ibérie vint attester la vérité de l'expédition.
Le pays des Galls fut divisé en trois principales parties.
1° La Gaule Celtique, setendant entre la Garonne, la Méditerranée, les Alpes, le mont Jura, la Marne, la Seine et l'Océan. Elle fut partagée en deux provinces, l'une appelée Gallia Rracata, et l'autre Gallia Comata.
2° La Gaule Belgique, située entre la Suisse, la Marne, le Rhin et l'Océan.
3° La Gaule Aquitanique, bornée par la Garonne, les Pyrénées et l'Océan.
Il faut observer qu'on comprit dans la Gallia Comata la Belgique et l'Aquitanique.
Ces trois parties des Gaules formaient ce qu'on appela la Gaule Transalpine, pour la distinguer de la Gaule Cisalpine que les Gaulois conquirent après leur passage au-delà des Alpes, et que les Romains appelèrent Gallia Togata.
La portion de la Celtique appelée Gallia Bracata fut, plus tard , désignée sous le nom de Gaule Narbonnaise.
Parmi les nombreuses tribus qui composaient cette dernière portion de la Celtique, on distinguait celles des Volces, divisées en deux peuples. Les Arécomiques occupaient le pays appelé plus tard le bas Languedoc, et les Tectosages le haut Languedoc. Nimes était la capitale des premiers, et Tholosa celle des seconds.
L'existence des Volces-Tectosages nous est révélée par César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules ; il s'exprime ainsi au livre VI de son Histoire : « Il a été un » temps où les Gaulois, plus belliqueux et plus vaillants que » les Germains, leur faisaient d'autant plus volontiers la » guerre qu'elle leur donnait lieu de se décharger d'une » multitude d'hommes que le pays ne pouvait faire sub- » sister, et dont ils formaient des colonies qu'ils envoyaient » au-delà du Rhin. Les Volces-Tectosages occupèrent donc, » au voisinage de la forêt Hercinie, les lieux les plus fer- » tiles de la Germanie. Ils s'y maintiennent encore de nos » jours, avec une très grande réputation de justice et de » valeur (Ch. 2o). » Tite-Live, au livre V de son Histoire, parle en détail de cette expédition. Nous apprenons de cet auteur que, vers Tan 165 de Rome, sous le règne de Tarquin l'Ancien, Ambigat, roi de la Gaule celtique, envoya
ses neveux Bellovèse et Sigovèse à la conquête de pays étrangers. Le premier prit la route de l'Italie, et s établit dans cette contrée qui, depuis, fut nommée Gaule Cisalpine, Ses successeurs s'y rendirent redoutables aux Romains et. furent sur le point de renverser leur république. Quant à Sigovèse, il s'établit auprès de la forêt Hercinie, forêt immense qui occupait la plus grande partie de la Germanie. Quoique Tite-Live ne parle point des Tectosages dans cette expédition, on ne saurait douter qu'ils n'en fissent partie, d'après le témoignage si exprès de César. Justin parle encore de cette expédition au livre XXIV de son Histoire. Il affirme que les Gaulois étaient au nombre de trois cent mille hommes. Une partie de cette armée, conduite par Sigovèse, et qui comptait dans ses rangs les Tectosages, alla s'établir dans la Pannonie, d'où ces tribus portèrent leurs armes victorieuses dans les contrées voisines. Ce fut à cette époque que les Phocéens, sujets du roi Cyrus, ne pouvant supporter la tyrannie d'Arpagus, Mède
de nation, résolurent de chercher ailleurs un établissement. Ils abordèrent sur les côtes de la Méditerranée et y fondèrent la ville de Marseille, dans le pays des Volces- Arécomiques.
THOLOSA VILLE CAPITALE. — SA FONDATION. — ETYMOLOGIES. — RÉVOLUTION OPÉRÉE CHEZ LES VOLCES.
Tous les historiens sont d'accord pour donner aux Volces- Tectosages Tholosa pour capitale. Ces peuples, formant une
tribu fameuse par sa valeur au sein de la Gaule celtique, devaient avoir, dans le pays dont ils setaient emparés, un établissement fixe, et conséquemment un lieu de réunion où résidait le chef de la tribu, où. Ton rendait la justice, où l'on honorait les dieux. Il est impossible de supposer que ce lieu de réunion fût marqué sur le sol par des cabanes, éparses et quelques tentes. Sans donner à ces premiers établissements la forme de nos villes actuelles, on doit nécessairement admettre qu'ils présentaient une suite d'habitations plus ou moins régulières et rapprochées, construites d'une manière simple, mais solide, safns autre architecture que la continuité dés lignes droites ou circulaires ; et puisque les tribus galliques, héritières des descendants de Japhet, s'étaient établies dans les terres de l'Occident longtemps avant la fondation de Rome, on peut admettre, sans se montrer trop ambitieux pour sa patrie, que Tholosa existait avant la ville de Romulus.
Frère Etienne de Ganno, religieux de l'ordre de Saint- François et maître en théologie, fut invité par Bernard du Rosergio, archevêque de Toulouse, à écrire l'histoire de celte ville. Il la composa, et elle est restée manuscrite. Il affirme qu'une tradition, dont il est impossible de découvrir la source, plaçait la fondation de Tholosa au temps de Débora la prophétesse, et il cite les vers suivants dans lesquels cette tradition est indiquée :
Terno milleno sub anno jam peragrante t Nongenlo deno sexloquc, tune judicante Post orbis fabricam rauliere Debora sanclA, Urbem magnificam dignamque gloriâ tanta, Xomine Tolosam, Lemosin construxit edoclus Ex Thubal semine miles nobiliter ortus.
Il importe peu de savoir si Frère Ganno a fait ces vers ou s'ils étaient composés avant lui. Le nom de Débora, placé dans cette inscription d'une manière aussi extraordinaire, n'annoncerait-il pas qu'il existait quelque antique tradition sur l'époque de la fondation de Tholosa? Cette célèbre prophétesse a vécu dans le 4e âge du monde. Nous connaissons les événements synchroniques de son époque : Pelops, fils de Tantale, s'établit dans le Péloponèse, terre à laquelle il donne son nom; Bel reçoit les honneurs divins ; Ninus, son fils, fonde le royaume des Assyriens à Ninive. L'époque de Débora doit être placée 514 ans avant la fondation de Rome.?., serait-il étonnant que Tholosa eût été bâtie dans ces temps, puisque déjà depuis bien des siècles on comptait des villes fameuses, Babylone et Ninive, l'établissement de grands royaumes, celui des quatre dynasties d'Egypte ? Deja Inachus, le plus ancien des rois connus des Grecs, avait fondé Argos ; les peuples d'Egypte étaient établis dans plusieurs endroits de la Grèce; Cécrops avait institué le royaume d'Athènes ; Cadmus, en introduisant les Phéniciens dans la Grèce, avait fondé la ville de Thèbes en Béotie. Pendant que tant d'événements se passaient en Orient , la construction d'une ville en Occident peutelle offrir une difficulté sérieuse ? Il faut donc s'attacher à la, détermination de l'époque dans l'inscription déjà citée, sans s'arrêter, au moins pour le moment, au nom du fondateur. Une fois placés sur la ligne des juges d'Israël, les historiens ont trouvé Thola, l'un de ces juges. De Thola à Tholus il n'y a qu'un pas a faire, et ils ont pris ce Thola ou Tholus pour le fondateur d'une ville à laquelle il donna son nom, sans s'apercevoir que ce Thola n'était plus de
la race japhétique, mais de la tribu dissachar, l'un des fils de Jacob.
Un événement singulier vint, au xvme siècle, confirmer l'opinion de ces historiens. En 1719, on entreprit à Toulouse le rétablissement d'une fontaine située sur la place Saint-Etienne. Les grands travaux qui furent exécutés firent découvrir d'immenses aqueducs paraissant remonter à une très haute antiquité. En suivant l'un de ces aqueducs qui se dirigeait vers la route du Château de Balma, on trouva une énorme pierre qui servait de clef a une voûte, et sur laquelle était gravé en caractères très anciens le mot Tholus. On comprend combien cette découverte vint donner du crédit à l'opinion qui regardait Tholus ou Thola comme le fondateur de Tholose. Cette inscription était-elle ancienne ? C'est ce qu'on peut examiner. D'après un acte qui fut découvert en 1720, il était constant qu'en U33, pendant que Bernard du Rosier était prévôt de la métropole, on explora les aqueducs qui conduisaient l'eau à la fontaine de Saint-Etienne. On s'exprime ainsi dans cet acte : « Feron curar las vadas et » potzés devré San Salvador et feron remendar et scudar » les canals, ço queron necessarias : troberen una premiera » peira debers en Guilhem que curbissia un solemne potz » en quai feron intrar très homes d'amb'entorches. »
On est porté à conclure que c'est ici la même pierre dont il est question dans les dernières explorations de 1719. Or, dans les premières, il n'est nullement question de l'inscription, et il est bien difficile d'admettre que si elle eût existé à cette époque, Frère Ganno, qui travaillait à son histoire, n'en eût pas fait mention. On pense donc qu'après les premières explorations de H35, et afin de donner la
facilite tic reconnaître ces voûtes à l'avenir, on fit graver sur la premiera peira debers en Guilhem le mot tholus, qui signifie une clef de voûte, et dès lors cette inscription servit d'indicateur à l'ouverture des grands aqueducs — solemne potz.
Cette explication, toute plausible qu'elle est, présente cependant quelques obscurités. Il n'est pas certain d'abord que la pierre trouvée lors de la première exploration soit, la même que celle de la seconde, puisque l'acte que nous avons cité affirme qu'on ne poussa pas très loin les recherches en 1433. « La grande frajor et la grande espaven » que homes abian dedins les dits potzés non auseguen » anar plus aban. » Il n'y aurait donc rien d'étonnant qu'on n'eût point trouvé a cette époque la pierre de tholus. On ne peut donc pas conclure qu'elle n'existait pas par cela seul qu'elle ne fût pas découverte. En second lieu, cette pierre servant de clef de voûte et pouvant être facilement reconnue par la position qu'elle occupait dans l'édifice, on ne voit pas qu'il ait été nécessaire, pour la distinguer des autres, de graver sur elle l'inscription tholus.
Ces difficultés, assez sérieuses, nous forcent d'admettre que la date de l'inscription est complètement inconnue, et qu'on doit regarder cette pierre comme un monument de l'opinion qui donnait à Tholose Thola ou Tholus" pour fondateur, sans qu'on puisse conclure que cette inscription doive être regardée comme l'expression de la vérité.
Venons maintenant aux diverses étymologies du mot Tholosa. La première est celle dont nous venons de parler, qui attribue la fondation de cette ville à un chef nommé Tholus ou Thola, d'où on a fait Tholosa, c'est-à-dire ville
de Tholus. La deuxième est celle qui fait dériver ce mot de la langue grecque. On a cru que Tholosa venait du mot OoXèoa, participe féminin du verbe ôoXaw, qui signifie inquinare cœno — salir de boue ; en sorte qu'on aurait donné ce nom a cette cité parce qu'elle aurait été bâtie sur un sol boueux et marécageux : ce qui n'a pas empêché l'auteur de cette étymologie de placer l'antique Tholose sur le plateau et le versant des coteaux connus plus tard sous le nom de Pech- David. La troisième veut que le mot Tholosa soit un nom ibérien, et que cette ville ait été fondée par les Ibères avant de tomber au pouvoir des Tectosages. La quatrième avance que le mot de Tholosa est celtique, et qu'il dérive du mot toi, qui signifie « plaine » , et iïaoza « canal de rivière » : d'où est venu Tolaosa, c'est-a-dire « ville située dans une plaine, sur les bords d'un fleuve. »
Au milieu de tous ces systèmes sur l'étymologie du nom de notre patrie, il nous sera permis sans doute d'émettre le nôtre. Il offre, ce nous semble, un avantage inappréciable : c'est qu'il est établi sur un point historique d'une incontestable vérité. Nous avons déjà fait observer que les peuples primitifs qui se fixèrent dans les contrées occidentales de l'Europe appartenaient tous à la race japhétique et aux descendants de Gomer et de Javan, deux fils de Japhet. Il existait aussi un autre fils de ce patriarche appelé Thubal, dont les enfants ont bien pu se joindre aux Gomériques et aux Javanites pour ces grandes migrations. On entrevoit ici la raison qui a pu faire attribuer aux descendants de Thubal la fondation de Tholose, ainsi que le porte l'inscription déjà citée :
Ex Thubal semine miles nobiliter ortus.
Nous trouvons encore dans cette inscription le mot Lemosin, pour désigner le véritable fondateur de Tholose :
Nomine Tholosam Lemosin construxit edoctus.
Qu'est-ce que ce Lemosin?..., Nous avons déjà vu que le premier des enfants de Javan s'appelait Elisa. Personne n'ignore que, dans la langue hébraïque, on ajoute souvent une voyelle dans la prononciation des mots ; ainsi on trouve dans l'Evangile Eli et pour désigner Dieu. On peut donc dire Elisa et Eloua, et par contraction Elosa. La langue hébraïque prend très souvent aussi le pluriel pour le singulier ; ainsi on dit Eloï et Eloïm pour désigner Dieu unique. On peut donc dire Elosa ou Elosim, surtout si, par ce dernier terme, on entend les descendants d'Elisa, (ils de Javan. Or Lemosin présente l'inversion du mot Elosim : il paraît donc certain que, par ce terme, on a voulu désigner Elosa, fils de Javan, comme le fondateur de Tholose, ou du moins ses descendants. Il est facile maintenant de découvrir l'étymologie de Tholosa. La race gomérique représentée par Tho-Gorma, l'un des fils de Gomer, et la race javanique représentée par Elosa, fils de Javan, s'étant unies entr'elles pour fonder les premiers établissements dans l'Europe occidentale, et le souvenir de ces deux chefs s'étant facilement conservé au sein des générations celtique et gallique, il est très naturel d'admettre qu'on a voulu donner a la première ville fondée dans ces contrées un nom composé de celui de chacun des premiers chefs. On a donc pu appeler cette ville du nom du. fils de Gomer et du fils de Javan — Tho:Elosa, ot par contraction Tholosa. Si cette étymologie n'est point la véritable, on doit au moins
reconnaître qu'elle est assez naturelle et qu'elle est fondée sur l'histoire.
Une grande révolution s'opéra chez les Volces parrêtablissement des colonies grecques dans leur pays. Les Marseillais apprirent aux tribus galiiques l'art de cultiver les terres, de fortifier les villes, de tailler la vigne et de planter des oliviers. L'étude des belles-lettres, et surtout de la langue grecque, devint commune parmi elles. Les Tectosages, qui n'avaient point eu part à l'expédition de Germanie, profitèrent de ces avantages, et Tholose vit fleurir dans son sein les arts de la Grèce ; on en adopta la langue dans les actes publics et dans certains monuments. Plusieurs termes languedociens paraissent dériver du grec. Le grand nombre de médailles et de statues grecques trouvées au milieu des ruines des monuments primitifs, explique les rapports qui ont existé entre les Tectosages et la colonie phocéenne de Marseille. Cette colonie transporta chez les peuples voisins non seulement ses arts et son commerce, mais encore ses dieux : en sorte que les Tholosates abandonnèrent leurs divinités gauloises pour adorer Apollon de Delphes, Minerve, Jupiter, et Diane d'Ephèse.
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