‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 4 sur 71 · EXPÉDITIONS DES TECTOSAGES. — LE TEMPLE DE DELPHES · texte numérisé non relu

EXPÉDITIONS DES TECTOSAGES. — LE TEMPLE DE DELPHES

Pendant que les Tholosates, tranquilles au sein de leur patrie, se livraient à la culture des arts et des lettres,

leurs anciens compatriotes, qui habitaient aux environs de

la forêt Hercinie, entreprirent plusieurs expéditions dans la Panuonie et l'Illyrie. Ils usèrent d'un stratagème assez citréFcontre les Autoriates, l'une des tribus illyriennes : ils abandonnèrent leur camp après avoir empoisonné tous leurs vivres. Au point du jour, les Autoriates entrèrent dans ce camp, et, s'étant jetés sur ces vivres, ils trouvèrent la mort dans le vin qu'ils burent a grands traits pour étancher leur soif. C'est ainsi que les Tectosages se défirent de ces dangereux ennemis.

On croit que ces peuples, qui s'étaient étendus entre le Danube et la mer Méditerranée vers l'Illyrie, faisaient partie de la députation des Gaulois à Alexandre. Ils parurent devant ce fameux conquérant avec un air de mâle fierté, et sollicitèrent son amitié. Alexandre leur donna un splendide festin, et leur ayant demandé ce qu'ils craignaient le plus, les Gaulois répondirent qu'ils ne craignaient que les cieux, qui pouvaient les écraser, mais qu'ils faisaient beaucoup de cas de l'amitié des grands hommes tels que lui. Alexandre parut content, et leur donna des marques de ses sympathies. Ceci eut lieu l'an de Rome 420.

Sous le règne d'Antigonus, l'un des successeurs d'Alexandre, Biderius, chef des Tectosages, se mit avec ses troupes au service de ce prince contre Antipater, son concurrent à l'empire. Aidé par les tribus gauloises, Antigonus remporta une éclatante victoire. Ce prince leur avait promis une solde convenable et leur avait donné des otages ; mais ayant refusé d'exécuter sa promesse, Biderius le menaça de mettre à mort les otages. Antigonus alors attira dans son camp les principaux chefs sous prétexte de les satisfaire, et leur déclara aussitôt qu'il userait de représailles : ce qui força

Biderius a lui rendre ses otages et à se contenter de trente talents. (An de Rome 432.) * Cambaulus succéda à Biderius dans la conduite des tribus. Ce chef fit de nombreuses courses dans la Thrace, où il exerça de grands ravages. Son dessein était de se porter avec ses soldats sur la Grèce ; mais sa prudence en arrêta l'exécution.

L'an 474 de la fondation de Rome, après l'entrée de Pyrrhus en Italie, les tribus gauloises se réunirent en une puissante armée formée de trois corps ayant chacun leur chef. Le premier, sous les ordres de Cerethrius, se jeta sur la Thrace ; le second, commandé par Brennus, se dirigea vers la Pannonie et la Grèce; le troisième, guidé par Belgius, vers la Macédoine et Tlllyrie. A l'approche de cette formidable armée, la Grèce entière fut saisie de terreur ; et pendant que les Tectosages, stationnaires dans leur cité, adoptaient les arts et la religion des Grecs, leurs frères désolaient les campagnes de la Macédoine et de rillyrie, pillaient les villes, et forçaient les rois. avenir leur demander la paix.

Ptolomée Ceraunus, roi de Macédoine, éprouva bientôt la bravoure et la férocité de ces hardis vainqueurs. Il voulut attaquer Belgius ; mais son armée fut tout entière taillée en pièces, lui-même pris dans le combat et tué ; on coupa sa tête, et le chef des Gaulois la fit porter dans son camp au bout d'une pique, afin d'exciter encore le courage de ses soldats. Belgius ne sut point profiter de sa victoire; il laissa aux Macédoniens le temps de se rallier et de marcher contre les vainqueurs, ayant à leur tête Sosthène, jeune guerrier auquel ils déférèrent la couronne, et qui arrêta les conquêtes des tribus gauloises.

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Un ennemi beaucoup plus redoutable que Belgius allait s'élever au sein de ces tribus et désoler la Grèce : c'était Brennus. Il convoqua une grande assemblée à laquelle les femmes furent admises ; une nouvelle expédition fut proposée contre la Grèce. Brennus, qui était aussi bon orateur que guerrier valeureux, exposa avec beaucoup d'habileté les motifs de cette expédition : la Grèce étant épuisée par les guerres de Philippe et d'Alexandre, les Gaulois n'auraient a combattre qu'un peuple affaibli ; le butin devait être immense ; les temples surtout possédaient de grandes richesses dont les dieux pouvaient se passer. Brennus gagna l'assentiment de l'assemblée : l'expédition fut résolue. Cent cinquante mille hommes d'infanterie et vingt mille quatre cents chevaux avec deux mille chariots armés en guerre composaient son armée. Elle était formée de toutes les tribus, mais particulièrement des Tectosages. La Grèce entière se leva contre Brennus. Sostbène voulut s'opposer à son passage ; il fut tué dans le combat. Alors les Grecs résolurent de se retirer dans leurs places fortes et de leur abandonner la campagne.

Le fameux temple de Delphes possédait de nombreux trésors. Brennus, dans le dessein de s'en emparer, conduisit a Delphes ses soldats par la voie des Thermopyles. Les Grecs avaient occupé les premiers ce passage, au nom-

bre de vingt-trois mille fantassins et trois mille cavaliers. La Macédoine et la Syrie envoyèrent des troupes auxiliaires. Le commandement de l'armée fut confié a Callipus, général athénien. Mille soldats furent d'abord détachés pour retarder la marche des Gaulois et leur disputer le passage du Sperchio. Les Grecs rompirent les ponts que les Gau-

lois avaient jetés sur cette rivière ; mais Brennus, dont l'armée occupait la rive opposée, envoya dix mille hommes pendant la nuit tenter un peu plus loin le passage du Sperchio. Ces soldats traversèrent le fleuve, soit a la nage, soit sur leurs boucliers qui , par leur forme recourbée, leur servaient de bateaux.

Surpris de la hardiesse des Gaulois, les Grecs se retirèrent aux thermopyles. Après leur retraite, l'armée de Brennus traversa tout entière le fleuve, et se mit en marche vers le passage pour s'en emparer. Brennus fut arrêté dans l'attaque par les Grecs, qui mirent son infanterie en désordre ; il se vit donc obligé de faire sonner la retaite, et perdit un grand nombre de soldats dans les marais qu'ils traversèrent en prenant la fuite.

Les Gaulois ne furent pas plus heureux dans la tentative qu'ils firent pour se frayer un passage vers le mont Mtà. Brennus pensa alors qu'en opérant une diversion, il pourrait peut-être réussir dans son entreprise. Quarante mille fantassins et huit cents cavaliers furent placés sous le commandement d'Orestorius et de Combutis, avec ordre d'aller ravager l'Etolie. Tout fut détruit dans cette province; la ville de Callion fut prise par les Gaulois et ses habitants massacrés ; l'histoire rapporte même que les soldats portèrent la férocité jusqu'à se nourrir des chairs palpitantes des enfants.

A la nouvelle de l'invasion de leur province, les Etoliens quittèrent les Thermopyles. Ils arrêtèrent un instant la marche des Gaulois ; mais tous les efforts des Grecs devinrent inutiles : l'astuce et la valeur de Brennus triomphèrent de tous les obstacles, et après quelques combats le

passage des Thermopyles lui fut ouvert. Bientôt ii porta son armée forte de soixante-cinq mille hommes devant les murs de Delphes. Le temple était bâti au sommet du mont Parnasse et entouré de précipices. Les Delphiens firent des prodiges de valeur; la nature vint combattre en faveur de leur cité et de leur dieu : un orage affreux éclata ; un tremblement de terre détacha des rochers qui, dans leur chute, écrasèrent un grand nombre de leurs ennemis ; un froid rigoureux accompagné de grêle et de neige vint encore décimer les tribus gauloises. Brennus se montra supérieur à tous les événements. Couvert de blessures, il réunit son armée, en donna le commandement à Acichorius, et proposa de faire périr tous ses blessés. Voulant persuader ses soldats par un grand exemple, il se fit apporter du vin dont il s'enivra, et se perça de son poignard. Cet événement eut lieu Tan 475 de la fondation de Rome.

Delphes ne fut donc pas pris par les Tectosages ni ses trésors enlevés, comme font prétendu quelques historiens. Le reste de l'armée gauloise, que Brennus avait laissé au camp d'Héraclée à la garde de ses trésors, alla tenter de nouvelles expéditions dans d'autres pays. Les uns se dirigèrent vers l'Hellespont, et les autres vers la Thrace. Clyarius, s étant mis à la tête des Tectosages, parvint a s'établir dans cette dernière province; mais les habitants de cette contrée lui déclarèrent la guerre et le forcèrent à quitter ce pays.

Nous devons suivre ici la marche des Tectosages. Ils se divisèrent en deux camps ; les uns, sous la conduite de Barthanatus, passèrent dans la Pannonie, au confluent du Danube et de la Save, et s'y établirent sous le nom de Scor-

disques. Leurs guerres avec les Romains n'appartiennent pas à cette histoire. Quant aux autres Tectosages, ils dirigèrent leur course vers les Gaules. Justin, dans le chapitre XXXII de son Histoire, raconte ainsi le retour de ces tribus : « Lorsque les Tectosages furent arrivés à Toulouse, leur

• antique patrie, se voyant atteints dune maladie conta-

• gieuse, ils furent avertis par les aruspices qu'ils ne pour- » raient recouvrer leur santé qu'après qu'ils auraient jeté » dans le lac de Toulouse, (olosensem lacum, l'or et l'argent » qui provenaient des guerres et des sacrilèges. C'est cet » or que, longtemps après, le consul Cépion enleva. Ce tré- » sor valait un million de livres d'argent et cinq millions de » livres d'or, quinquies decies centum milita auri. Ce sacri- » lége fut la cause, plus tard, de la ruine de Cépion et de » son armée. »

Nous avons dit plus haut qu'après la défaite de Brennus, une partie de son armée se porta vers FHellespont. Dans cette portion de troupes se trouvaient aussi des Tectosages. Arrivées au détroit des Dardanelles et trouvant très facile le passage d'Europe en Asie, ces tribus désirèrent s'établir dans cette province. Elles étaient commandées par deux chefs, Léonorius et Lutarius. Il fut décidé qu'on enverrait des députés à Antipater qui commandait sur cette côte pour les Macédoniens, aûn de lui demander des vaisseaux. Toutà-coup une discussion s'éleva dans l'armée gauloise et la partagea entre ces deux chefs. Léonorius, suivi d'une partie des troupes, prit la route de Bysance ; Lutarius attendit les vaisseaux d'Antipater, qui ne tardèrent pas d'arriver, et lit passer ses soldats sur la côte d'Asie.

Le premier soin de Lutarius fut de s'emparer de quelque

place forte. Il prit, avec les Tectosages, Ilium ou l'ancienne Troie, qu il abandonna bientôt après. Un événement imprévu vint réconcilier les deux chefs gaulois et réunir toutes les tribus. Nicomède, roi de Bithynie, avait à repousser les armes de Zibée, qui voulait envahir une partie de son royaume; il appela aussitôt à son secours et les Tectosages de Léonorius et ceux de Lutarius, qui se rendirent en Bithynie. Une alliance fut stipulée entre les Gaulois et Nicomède. Les Tectosages alors entrèrent dans ses états, commandés par dix-sept capitaines, parmi lesquels Léonorius et Lutarius tenaient le premier rang ; ils forcèrent Zibée à s'éloigner du royaume de Bithynie. Nicomède leur ayant abandonné un butin considérable, ils continuèrent leur course. S'étant précipités sur les peuples de l'Asie mineure qui habitaient en deçà du mont Taurus et les ayant rendus tributaires, ils résolurent de fixer leur demeure au milieu du pays, et y fondèrent le royaume de Gallo- Grèce, qui devint plus tard très célèbre.

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