‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 33 sur 71 · N° VIII · texte numérisé non relu

N° VIII

Diverses copies des actes originaux de saint Saturnin.

Les manuscrits qui nous offrent le texte des Actes primitifs et que nous avons désignés dans le cours de cette dissertation n'ont point de date certaine, à l'exception de celui de Saint-Maur-des-Fossés qui est du huitième ou du commencement du neuvième siècle.

Ces manuscrits présentent quelques légères variantes.

\° Quant à la date de la composition des Actes originaux, le manuscrit de Saint-Maur-des-Fossés porte qu'ils ont été composés cinquante ans après l'événement. A la suite du chiffre qui détermine cette date, on lit ces mots : subtis plurimis ; et au-dessus, ceux-ci : sicut actis publicis. Il y a évidemment une faute pour l'expression subtis, c'est salis qu'il faut lire. Ainsi, d'après ce manuscrit, l'auteur qui, le premier, a écrit les Actes de saint Saturnin, les a composés en recueillant un souvenir fidèle — fideli reœrdatione — et les actes publics de la cité — actis publicis — dans lesquels le martyre de saint Saturnin pouvait être rapporté avec d'autres faits. Il fixe clairement la date de la composition de son histoire à la cinquantième année après le martyre du saint. Les autres manuscrits ne déterminent pas la date de cinquante ans ; ils disent seulement que les Actes ont été composés plusieurs années après l'événement — ante annos satis plurimos, ante annos plures.

2° Ces manuscrits ne s'accordent pas sur l'étendue des Actes : l'un se termine à la mort de Saturnin et ne parle pas de sa sépulture par les saintes femmes ; l'autre, après l'histoire de cette sépulture, termine son récit par ces paroles : Gloire à Dieu tout-puissant qui a couronné son martyr dans la paix! A lui l'honneur et la gloire dans les siècles des siècles! Amen. On lit ensuite : De la Translation de saint Saturnin... ce qui montre que cette seconde partie a été écrite longtemps après la première.

Nous plaçons ici une observation importante, c'est que les Actes originaux se bornent à raconter le martyre de saint Saturnin et ne font aucune mention des travaux de son apostolat.

No IX.

Préface et épUogue ajoutés aux Actes primitifs.

La préface que l'on trouve en tête des copies manuscrites n'appartient point à l'auteur original du troisième ou du quatrième siècle. Elle paraît avoir formé les leçons de

l'Office de saint Saturnin pour le jour de sa fête. Voici cette préface.

« Si nous donnons une bien juste admiration à l'heu- » reuse mort de ces hommes qui, séparés de notre patrie » par une vaste étendue et de terres et de mers , ont été » consacrés par le martyre, comme l'a publié une religieuse » renommée; si nous honorons par des veilles, des hymnes » et des solennités saintes les jours où, combattant pour le » nom du Seigneur, ils ont pris dans le ciel une naissance » nouvelle, à la gloire de celui qui les a soutenus dans le » combat et qui les couronne après la victoire, et cela afin

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» d'obtenir leur protection auprès de Dieu; avec quel trans- » port de joie devons-nous célébrer ce jour où le très heu- » reùx Saturnin, évêque de Toulouse, a mérité dans cette » ville la double couronne et de la dignité du sacerdoce et » de la gloire du martyre, la mort rendant immortel celui » qu'avait déjà rendu vénérable la sainteté de sa vie. »

L'épilogue est du même auteur que la préface ; il est ainsi conçu :

« Pour mettre fin à cet opuscule , que tous ceux qui le

* lisent comprennent que le principe du salut repose dans la » foi. Ce n'est point sans raison que le Seigneur a dit dans » l'Evangile : Croyez-vous cela? Et lorsqu'on lui eut ré- » pondu « Je crois, » il dit : Que la chose arrive selon vo- » tre foi ! Le Seigneur qui scrute les cœurs et les reins » n'adressa pas cette question comme s'il eût douté de la » foi de cette âme; il voulut seulement nous avertir que » nous devons croire sans hésiter et a la vérité de ses exem- » pies et à l'infaillibilité de ses promesses pour ,1a prière.

* C'est de ses élus que le Seigneur a dit : « Si vous faites » ma volonté, je ne vous appellerai plus mes serviteurs, » mais mes amis. » C'est lui qui a dit aussi par la bouche du » prophète : Vos amis, Seigneur, ont été trop honorés. » Ils sont venus de la grande tribulation, ils ont lavé leurs » vêtements dans le sang de l'Agneau, et ils le suivent.

* Leur béatitude est ainsi décrite : Plantés dans la maison » du Seigneur, ils fleuriront dans les parvis de notre Dieu. » Et ensuite : La mort des saints est précieuse aux yeux de » Dieu. Et encore : Les saints se réjouiront dans la gloire; » ils seront heureux sur le lit de leur repos. Et après : » Telle est la gloire que Dieu réserve à tous ses saints... il

» leur a été donné non seulement de croire en Jésus-Christ, » mais encore de mourir pour lui et de régner avec lui après » leur mort. Ne délaissons pas les amis et les bien-aimés de » Dieu comme s'ils étaient morts, mais honorons-les comme » vivant encore : car il est certain que, si nous implorons » leur secours, nous obtiendrons heureusement leur pro- » tection. Si jamais le désir qu'ils ont de nous être utiles ■ venait à s'arrêter, Dieu qui connaît toutes les pensées de » nos cœurs, et qui prévoit l'avenir, accéderait à nos vœux, » car il sait que de le prier par ses saints, c'est l'honorer » lui-même. Qu'il soit béni aux siècles des siècles ! Amen. »

Cet épilogue se trouve dans tous les manuscrits, a l'exception de celui de Saint-Germain-des-Prés. Nous croyons qu'il a été composé, ainsi que la préface, par l'écrivain qui a mis de l'ordre dans les Actes et auquel on donne le nom de collecteur. Il est donc clair pour nous que trois auteurs différents ont travaillé à ces Actes tels que nous les possédons aujourd'hui. Le premier en date a déterminé l'époque de l'apostolat de saint Saturnin et a retracé l'histoire de son martyre ; cette première partie renferme quatre paragraphes. Le second a composé le récit de la translation des reliques de saint Saturnin par ses successeurs ; ce récit forme la deuxième partie des Actes. Le troisième auteur a composé la préface et l'épilogue, et a mis ces Actes dans l'ordre où nous les avons aujourd'hui.

Résumant ici cette longue dissertation, nous affirmons : 1° D'après les actes sincères de saint Saturnin, cet évêque est arrivé dans les Gaules au commencement du troisième siècle. 2° Nous admettons le célèbre passage de Grégoire de

Tours comme conforme à la vérité de l'histoire. 5° Nous

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donnons trente-huit ans environ d episcopat à saint Saturnin. 4° Nous plaçons le commencement de sa mission dans les Gaules immédiatement après la persécution de Sévère, vers l'an 220 de l'ère chrétienne. 4° Nous plaçons son martyre dans les dernières années du règne de Decius, vers l'an 251 ou 252 de Jésus-Christ. 5° Nous regardons comme seuls sincères les Actes qui ont été composés an commencement du quatrième siècle, que Grégoire de Tours a cités au sixième, avec les additions qui y furent faites dans l'intervalle, Actes dont le huitième siècle et les suivants nous offrent des copies fidèles dans cinq ou six manuscrits semblables entr eux et ne présentant que de très-légères variantes. 6° Il est impossible d'assigner la date de la fabrication des faux Actes que nous avons consignés dans notre dissertation; nous la croyons postérieure au ixe siècle.

Nous espérons pouvoir donner entln dans cet ouvrage une histoire aussi complète que possible du fondateur de l'Eglise de Toulouse, en n'admettant que ce qui nous aura paru appuyé sur des monuments ou des traditions respectables, et en rejetant tout ce qui ne présente pas des caractères suffisants de vérité pour constituer une certitude historique.

Du reste, nous dirons a nos lecteurs avec l'un des plus grands poètes de Rome : « Si vous connaissez quelque chose » de mieux que ce que j'avance, adoptez-le ingénument; » dans le cas contraire, adoptez avec moi ces recherches. »

Si quid novisti rectius istis, Candidus imperti ; si non, his ulere mecum.

HORAT. , Epist. 1, VI.

DE

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