‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 34 sur 71 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

DEPHS LA PRÉDICATION DE SAINT SATURNIN VERS L AN 220 IUSQUA LA MORT DE SAINT EXUPÈRE EN 415.

L'Eglise de Toulouse reconnaît saint Saturnin pour son fondateur et son apôtre. Quelques auteurs ont prétendu' qu'il était né en Orient, d'une race royale ; d'autres le font originaire d'Espagne ; l'opinion la plus probable lui donne l'Italie pour patrie. Il arriva dans les Gaules avec plusieurs ouvriers évangéliques au commencement du m* siècle, immédiatement après la persécution de Sévère et pendant la paix de trente-huit ans qui la suivit. Certaines traditions affirment qu'il se rendit d'abord à Arles où il baptisa quelques infidèles , et de lk à Nîmes où il reçut l'hospitalité chez un citoyen de cette ville nommé Hamelius et dont la

femme s'appelait Honestie. Leur fils Ifonest désira s'attacher aux pas du saint évêque, qui réleva bientôt après à la dignité du sacerdoce et l'associa à ses travaux. Saturnin, accompagné d'Iïonest et de Papoul, son autre disciple, arriva à Carcassonne. Ces trois prédicateurs de l'Evangile ayant été jetés en prison dans l'une des grandes tours de la cité gallo-romaine, en furent miraculeusement délivrés et poursuivirent leur route jusqu'à Toulouse. Un habitant de cette ville nommé Agathon les reçut. Saturnin, pour récompenser la généreuse hospitalité dont ils étaient l'objet, guérit la fille d' Agathon d'une maladie contagieuse.

Le premier soin de l'Apôtre fut de réunir les chrétiens qui se trouvaient alors à Toulouse en très petit nombre. Il construisit un oratoire à quelque distance du Capitole, au lieu où fut, beaucoup plus tard, élevée une maison religieuse (le couvent des Grands-Carmes). C'est là qu'il annonçait la parole de Dieu et célébrait les sacrés mystères. Les Elusates, peuples voisins de Toulouse, ayant appris l'arrivée de Saturnin, le prièrent de venir au milieu d'eux pour leur annoncer l'Evangile. Il se rendit à leurs vœux, après avoir confié à Papoul le soin de son Eglise, et partit avec Honest. Dans son voyage, il s'arrêta en un lieu désigné sous le nom de Villa-Clara (Auch), y prêcha l'Evangile, et y construisit sur les bords du Gers un oratoire en l'honneur de saint Pierre. Les deux apôtres arrivèrent à Elusa (Eause), où ils furent favorablement accueillis et leur ministère couronné de succès.

Pendant que Saturnin prêchait aux Elusates, un citoyen de Tolède (en Espagne) nommé Paterne vint apprendre de lui à connaître le vrai Dieu. Le saint évêque de Toulouse

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l'instruisit pendant plusieurs années, l'ordonna prêtre, et avant de se rendre en Espagne le sacra premier évêque des Elusates. Le voyage de Saturnin en Espagne fut déterminé par une célèbre ambassade qu'il reçut à Elusa des habitants de la ville de Pampelune, qui le conjuraient de leur envoyer un prédicateur évangélique. Honest accepta cette brillante mission. Les Pampelonais se montrèrent dociles à ta foi : une famille sénatoriale se convertit la première, et les sénateurs Firmin, Fauste et Fortunat devinrent les prémices de l'apostolat du prêtre Honest. La moisson fut si abondante k Pampelune, que Saturnin se crut obligé d'aller visiter cette Eglise naissante. En arrivant dans cette ville, il s'arrêta auprès d'un temple dédié k Diane et environné d'un bois sacré. La famille sénatoriale abjura complètement l'idolâtrie et reçut le baptême des mains de Saturnin ; le temple fut détruit et le bois arraché. On montre encore à Pampelune la citerne où fut puisée l'eau qui servit à baptiser les sénateurs. Saturnin passa quelques années en Espagne pendant lesquelles il prêcha l'Evangile dans plusieurs contrées de la Péninsule hispanique. La ville d'Artasona lui a dédié sa principale église, où l'on conserve la chaire du haut de laquelle le saint évêque adressait les prédications aux nouveaux chrétiens.

Quand Saturnin eut terminé sa mission en Espagne , il traversa de nouveau les Pyrénées pour se rendre à Toulouse ; il y fut accompagné par quelques chrétiens qui s'attachèrent k ses pas. Avant de rentrer dans sa ville épiseopale, il établit au pays des Convenœ une église qu'il dédia, dit-on, k la Sainte-Vierge et k l'apôtre saint Pierre, ainsi qu'il l'avait déjà fait chez les Elusates. Quelque temps après

son retour d'Espagne, il se rendit à Narbonne pour assister à une assemblée que Paul, évêque de cette ville, avait convoquée afin de se justifier d'un crime dont il avait été accusé par deux diacres. H employa ensuite les dernières années de sa vie à instruire son troupeau, qui s'augmentait tous les jours. Les conquêtes de son apostolat excitèrent la haine des ennemis du christianisme, qui résolurent de le mettre à mort. Ce projet sacrilège reçut bientôt son exécution.

Un jour que le pontife passait devant le Capitole ou temple de Jupiter, une foule d'idolâtres se précipita sur lui. « Le voilà, s'écria-t-on de toutes parts, l'ennemi de notre » religion, le chef d'une secte nouvelle! Il ose prêcher la » destruction de nos temples; il appelle nos dieux des dé- • mons ! C'est sa présence qui impose silence à nos oracles ! » Puisqu'il nous offre une occasion si favorable a nos des- » seins, vengeons notre injure et celle de nos dieux! 11 » faut, ou qu'il les apaise par un sacrifice, ou qu'il les ré- » jouisse par sa mort. » Il est aussitôt traîné aux pieds de l'idole; on veut le forcer à sacrifier. — « Je ne connais, » dit-il, qu'un seul Dieu véritable, c'est à lui que j'offrirai » un sacrifice de louange. Vos dieux sont des démons, je » le sais; vous les honorez bien plus, mais en vain, par la » perte de vos âmes que par celle de vos troupeaux. Com- » ment voulez-vous que je craigne ceux qui , d'après vous » tremblent devant moi? » Un taureau était prêt pour le sacrifice : on attache le saint évêque par des liens à cet animal, qui, pressé par l'aiguillon et devenu furieux, se précipite du haut des degrés du temple, entraînant le corps de Saturnin à travers les rues de la cite. Le saint évè-

que trouva bientôt la mort dans ce supplice; sa tête fut brisée, et son corps broyé contre les pierres qu'il rencontra sur son passage.

Deux femmes que l'on croit natives d'Huesca, et qui avaient suivi le saint à Toulouse, s'empressèrent de lui donner la sépulture au lieu où le taureau avait rompu ses liens. La piété des fidèles éleva, plus tard, sur ce premier tombeau un oratoire qui prit le nom de Notre-Dame du Taur. Quelque temps après le martyre de saint Saturnin, ces filles se retirèrent à Recaudum, petit hameau du pays toulousain, où elles vécurent et moururent très saintement ; elles y fu- , rent honorées d'un culte public sous le nom de Saintes- Puelles (i). Le premier évèque de Toulouse termina ainsi sa carrière, après trente-huit ans environ d'épiscopat. Il est regardé comme le fondateur de notre Eglise, quoiqu'on puisse admettre qu'avant lui l'Evangile ait été connu des Tholosates par les communications fréquentes qu'ils avaient avec la Province Lyonnaise et l'Italie.

L'élection du successeur de Saturnin devenant difficile au milieu de la persécution, l'Eglise de Toulouse fut alors gouvernée par les prêtres et les diacres que ce saint évêque avait indubitablement ordonnés. Quant à saint Papoul, son premier disciple, après avoir prêché l'Evangile dans cette partie du pays toulousain appelée depuis le Comté du Lauraguais, il reçut la couronne du martyre en un lieu qui a pris son nom et qui garde une portion de ses reliques.

(4) Les ossements de ces saintes filles furent exhumés et placés dans une église dédiée à TapOtre saint Pierre. Au xvic siècle, ils furent extraits de leurs châsses et brûlés par les hérétiques. — Recaudum a pris le nom de Mas-Saintes-Puelles.

Parmi les prêtres ordonnés par saint Saturnin, on distinguait Honorât, né en Navarre. Il avait été envoyé par son évêque à Pampelune pour y prendre soin de cette Eglise naissante, et ce fut là qu'il apprit la mort de Saturnin. Le bruit des conversions innombrables qu'Honorât opérait étant parvenu jusqu'à Toulouse, il fut choisi par les clercs et les fidèles de cette ville pour succéder à Saturnin. Cette élection se ût quinze années environ après le martyre du saint évêque; car on place l'épiscopat de saint Honorât vers l'an 270. Dans les premières années de son pontificat, le désir de visiter les Saints-Lieux lui fit entreprendre le voyage d'Orient. Saint Honest accompagna Honorât dans ce pèlerinage. Ayant satisfait leur commune piété, ces deux saints se séparèrent à leur retour; l'un, pour se rendre à Toulouse au milieu de son troupeau, et l'autre à Pampelune où l'appelait son ministère. Plusieurs années s'étaient écoulées lorsqu'Honest envoya vers Honorât un habitant de Pampelune nommé Firmin, homme distingué par sa naissance et sa dignité. Personne ne lui paraissait plus capable d'instruire ce jeune homme dans la foi et de le former aux bonnes mœurs que levêque de Toulouse. Docile aux instructions de son maître, Firmin se montra bientôt digne de lui. Honorât l'éleva au sacerdoce; et Firmin jeta plus tard les fondements de l'Eglise d'Amiens, dont il devint le premier évêque. Selon l'opinion la plus universellement reçue, saint Hopest revint à Toulouse auprès de saint Honorât, et mourut dans cette ville à un âge assez avancé. Honorât le suivit de près au tombeau.

Saint Hilaire , succéda à ce dernier évêque et se rendit célèbre dans son siècle par l'éclat de sa sainteté. 11 ne rap-

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pelait jamais le souvenir du martyre de saint Saturnin sans se sentir profondément ému ; aussi aimait-il à prier souvent sur le modeste tombeau qui renfermait les ossements de ce grand évêque. Il avait conçu le projet d'honorer devant les hommes ces restes précieux que Dieu glorifiait déjà depuis longtemps par des prodiges. Il voyait avec peine ces vénérables reliques déposées au sein de la terre, et plein d'une juste confiance il osa faire pour l'honneur du saint martyr ce que personne n'avait encore osé avant lui : il fit creuser la terre au lieu où saint Saturnin avait été enseveli par les soins de quelques pieuses femmes. On trouva bientôt le cercueil dans lequel les ossements étaient renfermés. Le profond respect qu'inspirèrent a saint Hilaire ces sacrées reliques le porta à les laisser dans le môme lieu ; il se contenta de faire construire au-dessus du tombeau une simple voûte, afin qu'on pût facilement le reconnaître. Le concours des fidèles était immense auprès du sépulcre du saint martyr : c'est ce qui détermina saint Hilaire à faire construire auprès du tombeau un petit oratoire ou l'on pût se retirer pour prier. Saint Hilaire mourut au milieu de son troupeau; son corps fut enseveli auprès de l'oratoire qu'il avait élevé à saint Saturnin.

La patrie de saint Hilaire est entièrement inconnue. Les plus anciens monuments historiques n'offrent rien de certain sur ce point; son nom porterait cependant à croire qu'il était Gaulois d'origine. Il succéda immédiatement à saint Honorât et a toujours été regardé comme le troisième évêque de Toulouse. Il faut placer son pontificat vers l'an 314 de l'ère chrétienne. Plusieurs anciens auteurs ont cherché à déterminer le lieu où saint HHairc bâtit en l'honneur

loi TEMPS ANCIENS.

de saint Saturnin le modeste oratoire dont nous avons déjà parlé. La légende porte expressément que cette chapelle était de bois — œdiculam ligneam. Nous croyons que cet oratoire fut élevé au lieu où se trouve aujourd'hui l'église du Taur, quoiqu'il n'y ait rien de bien positif sur cet article, qui d'ailleurs intéresse peu notre histoire.

L'épiscopat de saint Hilaire coïncide avec le commencement du ive siècle, époque k laquelle Constantin et Licinius, paisibles possesseurs de l'empire, partagèrent entr'eux les provinces qui le composaient. L'Orient échut k Licinius, et l'Occident k Constantin. Plein de zèle pour les intérêts de l'Eglise, ce prince fit assembler contre les donatistes un concile k Arles, l'un des plus célèbres de ces premiers temps. , Un grand nombre d'évêques des Gaules souscrivirent k ce concile. C'est par erreur que quelques historiens ont avancé que Mamertin, évêque de Toulouse, assista k ce concile. Ce pontife n'était pas évêque de cette ville, mais bien d'Eîusa. La ressemblance des mots latins Elosatium et Tolosatium a pu donner heu k cette inexactitude historique.

Peut-être saint Hilaire vivait-il encore lorsque Constantin envoya k Toulouse ses jeunes frères pour y étudier les lettres humaines sous le fameux rhéteur Emilius Arborius. Tout porte k croire qu'il ne. fut pas le triste témoin de la première invasion de l'arianisme dans les Gaules, sous le règne de Constance ; mais le souvenir de ses vertus donna k l'Eglise de Toulouse une force véritablement héroïque pour repousser les séductions de l'hérésie arienne.

Constance croyait être redevable de sa victoire sur Magnence aux prières d'un évêque de cette secte. A peine futil entré dans les Gaules avec Arsace et Valens, ces deux

fauteurs de l'hérésie, qu'il publia un éùït pour obliger les évêques de ces provinces à souscrire à la condamnation d'Athanase. A ce sujet, il convoqua un concile à Arles où présida Saturnin, évêque de cette ville. Quelques évêques des Gaules cédèrent k la peur et eurent la faiblesse de condamner le saint patriarche. Saint Hilaire, évêque de Poitiers, Tune des plus grandes lumières de l'Eglise, démasqua toutes les fourberies des hérétiques et les moyens de séduction qu'ils avaient employés pour tromper la bonne foi des évêques, et se sépara publiquement de la communion des évêques ariens. Saturnin, ayant résolu de se venger, fit assembler un concile k Béziers où saint Hilaire fut cité. Celui-ci s'y rendit, accompagné de quelques évêques des Gaules, et en particulier de Rhodanius de Toulouse.

Ce prélat avait succédé à Hilaire. On trouve un évêque du nom de Rhodanequi souscrivit, au conciliabule de Milan, k la condamnation d'Athanase dans la lettre synodale où ce saint patriarche est traité de sacrilège. Quelques historiens ont pensé que cet évêque était le même que celui de Toulouse. Les paroles de Sulpice Sévère paraîtraient confirmer cette opinion, car cet auteur nous dépeint Rhodanius de Toulouse comme doué d'un caractère extrêmement doux et facile. Quoi qu'il en soit de ce sentiment, il est du moins certain que l'exemple d'Hilaire de Poitiers fortifia Rhodanius, et qu'au concile de Béziers il eut le courage de défendre la foi catholique. Sa résistance k refuser la condamnation du patriarche d'Alexandrie et son inébranlable fermeté le firent condamner k la peine de l'exil. 11 fut relégué en Phrygie avec saint Hilaire, où il mourut quelque temps après en véritable confesseur de Jésus-Christ.

A peine le parti arien eut-il appris le bannissement et la mort de Rhodanius, qu'il fit d'incroyables efforts pour engager le clergé et le peuple de Toulouse à nommer à sa place un évèque de sa secte. Les prières devenant inutiles, on eut recours a la violence : Constance lit battre de verges et de fouets armés de plomb les clercs de cette Eglise. Ils demeurèrent inébranlables dans la foi , et l'on crut se venger de cette belle résistance en se livrant aux plus sacrilèges profanations sur le corps même du Sauveur. Voici comment s'exprime saint Hilaire de Poitiers dans son livre à Constance : « Maintenant, ô loup ravissant, écoutèz le

» récit de vos forfaits Quelles fureurs n'avez-vous point

» exercées contre l'Eglise de Toulouse? Les clercs ont été » frappés de verges, les diacres brisés par le plomb. On a » porté des mains sacrilèges sur le Christ lui-même (les » saints me comprennent). Si je mens, ô Constance, vous » n'êtes plus un loup ravissant, vous êtes la brebis; mais » si tout ceci est véritable, vous êtes l'Antéchrist. » On ne doit point être étonné de voir saint Hilaire dédier au peuple et aux clercs de Toulouse son livre des Synodes : ils méritaient cette flatteuse distinction par la gloire qu'ils s'étaient acquise aux yeux de l'univers catholique, en résistant avec tant de courage à toutes les séductions et violences de l'erreur.

Si Toulouse se distinguait alors par la constance de sa foi, elle ne brillait pas moins au milieu des cités de toute la Gaule par son amour pour les lettres humaines. Àusonne nous parle de Sedatus, natif de Bordeaux, qui professait l'éloquence à Toulouse, où il se maria. Le poète nous lait une magnifique description de cette ville. « Je ne vous

« oublierai jamais, Toulouse, dans laquelle j'ai été élevé! * Vous êtes renfermée dans une grande enceinte de murs » de brique, et la Garonne baigne un côté de vos murailles. » Assise entre l'Espagne et l'Aquitaine , vous êtes grande- » ment peuplée à cause du voisinage des Pyrénées cou- » vertes de neiges et des Cévennes complantées de pins. » Venant d'envoyer des colonies dans qoatre villes, il sem- » ble que vous n'ayez rien perdu de votre peuple, et que » vous contenez dans votre enceinte tous les sujets qui y » sont nés. »

Toulouse était toujours soumise aux successeurs de Constantin. L'empereur Constance mourut dans la guerre qu'il avait déclarée aux Perses. Jovien fut élu pour lui succéder et signala son zèle pour la foi. Sa mort prématurée fit évanouir toutes les espérances qu'on avait conçues des grandes qualités de son esprit et de son cœur. Valentinien Ier lui succéda et fit sa résidence ordinaire dans les Gaules. Ce fut là qu'il déclara auguste son fils Gratien, dont il confia l'éducation au poète Ausonne. Gratien associa Valentinien II a l'empire; mais Maxime le fit assassiner à Lyon, et se rendit ainsi le maître des Gaules.

Nous plaçons sous le règne de Maxime l'élévation de Sylvius sur le siège de Toulouse. Sa dévotion pour saint Saturnin le portait a visiter presque tous les jours son tombeau. Les fidèles désiraient que leurs corps reposassent après leur mort auprès de celui du glorieux martyr. Saint Sylve craignit qu'on ne pût reconnaître plus tard, à cause de la multiplicité de ces tombeaux, celui de saint Saturnin ; c'est ce qui le détermina a transporter ailleurs ces sacrées reliques. Dans ce pieux dessein, il recueillit d'abon-

liantes aumônes et jeta les fondements d'un édifice destiné à recevoir ces précieux ossements ; la mort l'empêcha de terminer ce temple.

On doit placer le pontificat de saint Sylve à la fin du troisième siècle, puisque Rhodanius est mort l'an 556. La patrie de ce saint est entièrement inconnue, ainsi que les principales actions de sa vie. On ne peut douter qu'il ne jouît d'un grand crédit auprès de son peuple, puisqu'il trouva des sommes d'argent très-considérables pour la construction de l'église dont il jeta les fondements. L'expression dont se sert l'auteur de la légende nous force d'admettre que le temple commencé par saint Sylve devait être d'une très grande étendue , coacervatis et collectis undiquè multis pecuniis, magnis sumptibus et impensis : ce qui a fait croire à quelques auteurs que les fondements de l'édifice qui existe encore aujourd'hui ont été jetés, au moins en très grande partie, par cet évêque. Saint Sylve bâtit l'édifice hors des murs de la ville, dans la campagne, Toulouse ne s'étendant pas encore jusqu'au lieu où l'église est située.

Saint Sylve mourut au milieu de son troupeau. Son corps fut d'abord enseveli au lieu de la sépulture commune. Lorsque saint Exupère eut achevé l'église fondée par saint Sylve, il fit transporter le corps du saint dans ce nouveau temple.

Pendant le pontificat de saint Sylve, Toulouse comptait au nombre de ses plus illustres citoyens Sulpice Sévère. L'opinion qui avance que cette ville lui donna le jour n'est pas dénuée de fondement. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y passa la plus grande partie de sa vie, et que ses terres étaient

situées aux environs. Plus recommandante encore par la pureté de ses mœurs, l'élévation de son esprit et la réputation de ses ouvrages que par sa naissance et ses richesses, Sulpice fréquenta le barreau et y fit admirer son éloquence. Après avoir épousé une femme née à Toulouse, de l'illustre famille des Basses, il eut le malheur de la perdre quelque temps après son mariage. Dégoûté des choses de la terre, il se retira du monde dans un lieu situé entre Toulouse et Narbonne, nommé Primuliac. Ce fut là qu'avec quelques disciples il embrassa les pratiques de la vie monastique et composa la plus grande partie de ses ouvrages.

Les terres de Sulpice Sévère étaient situées non loin d'Elusium, ville distante de Toulouse de 29 milles, au lieu où se trouve aujourd'hui Montferrant. On y aperçoit une église dédiée à saint Pierre, très ancienne, et que l'on croit avoir existé au temps du célèbre écrivain. Elusium a été complètement détruite ; il ne reste plus que quelques ruines et une fontaine appelée la « fontaine d'Alzonne. »

Théodose le Grand parvenait à l'empire, après avoir vaincu Eugène et Argobaste le meurtrier du jeune Valentinien, qui, sous Maxime, possédait une partie du royaume d'Occident. Avant de mourir, il partagea l'empire entre ses deux fils Àrcadius et Honorius. Ce dernier rendit une ordonnance pour détruire les temples des idoles qui se trouvaient encore debout. Ce fut à cette époque que dans toutes les Gaules, et à Toulouse en particulier, ces monuments de la superstition païenne furent renversés. On croit que l'église de la Daurade et celle de Saint-Jacques qui, depuis, devint la cathédrale sous l'invocation de saint Etienne, furent bâties 'a cette époque sur les ruines des temples de Jupiter et de

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Minerve, et qu'on put même conserver quelques parties des anciens édifices en les consacrant au culte chrétien.

Au commencement du v* siècle, saint Exupère succéda à saint Sylve sur le siège de Toulouse. Quelques auteurs ont prétendu que ce saint était né à Aure, bourg situé dans l'une des vallées des Pyrénées, où il existe une église bâtie en son honneur, et à laquelle les peuples de ces contrées ont une dévotion singulière. Bernard Guidon lui donne pour patrie un certain territoire qu'il appelle Moruaknsis, nom complètement inconnu. Le cardinal Baronius le confond mal-àpropos avec le rhéteur Exupère qui a vécu au moins un demisiècle avant l'évêque, puisqu'il fut fait précepteur des enfants de Dalmatius, frère de Constantin le Grand. Ce qui paraît certain aujourd'hui, c'est qu'Exupère était attaché comme prêtre à l'Eglise de Bordeaux vers la fin du ive siècle, avant sa promotion à lepiscopat. D'après le témoignage de saint Paulin, il donnait à cette Eglise les exemples des plus sublimes vertus, puisque ce grand évêque, écrivant à saint Amand de Bordeaux, le conjure de faire tous ses efforts pour engager le saint prêtre Exupère à veiller à sa propre subsistance. C'est de lui que saint Jérôme parlait dans sa lettre à la vierge Furia : « Vous avez saint Exupère, homme d'un âge mûr et » d'une foi longtemps éprouvée. » Furia se trouvait à Rome quand saint Jérôme lui adressa cette lettre, et rien n'empêche d'admettre que le prêtre Exupère l'ait accompagnée dans le pèlerinage au tombeau des SS. Apôtres. Son rare mérite l'éleva donc sur le siège de Toulouse. Il signala les premières années de son épiscopat par son zèle pour la défense de la foi et de la discipline de l'Eglise. A cette époque parut l'hérétique Vigilance que saint Jérôme appelle le

premier monstre que les Gaules aient produit. Né dans le pays de Comminges près des Pyrénées, il avait été d'abord simple domestique de Sulpice Sévère qui, plus tard, lui confia l'administration de quelques terres qu'il avait en Espagne, avec le soin de vendre son vin. Sulpice l'employa ensuite en qualité de commissionnaire auprès de saint Paulin de Nôle, chez lequel il fut saisi d'une fièvre ardente qui retarda son départ. Paulin le chargea de porter à saint Jérôme en Palestine le panégyrique qu'il venait de faire de l'empereur Théodose. Paulin faisait à saint Jérôme un grand éloge de Vigilance, ce qui fit que cet illustre docteur le reçut honorablement, et le retint assez longtemps auprès de lui. Vigilance avait été élevé au sacerdoce avant son arrivée en Palestine. Oubliant la manière dont saint Jérôme l'avait accueilli, il prit parti contre ce saint dans sa fameuse dispute avec Jean de Jérusalem et Ruffin. Il obtint cependant son pardon; mais revenu dans les Gaules, il publia un livre contre saint Jérôme, qui se vit forcé de lui répondre. Bientôt après il dissémina dans la province de Toulouse ses coupables erreurs, condamnant la virginité, les jeûnes et les veilles de l'Eglise, le culte des saints et leurs reliques. Corrompu dans ses mœurs comme dans sa doctrine, il vivaij, dans le libertinage le plus effréné. Dans sa lettre à Ripaire, saint Jérôme se plaint de ce qu'un saint évêque des contrées qu'habitait Vigilance, favorisait par son silence les erreurs de cet hérésiarque. — On a cru qu'il était ici question de saint Exupère de Toulouse ; mais rien ne l'indique dans les écrits du saint docteur. Nous voyons, au contraire, cet évêque signaler cette hérésie au pape Innocent Ier, auquel il écrivit pour demander la réponse à plusieurs questions,

entr autres, sur la continence des prêtres que cet hérétique combattait. Le 20 février de l'an 405, Innocent répondait ainsi à saint Exupère :

1° « Vous nous demandez quelle est la règle qu'il faut » suivre à l'égard des diacres ou des prêtres qui, par la » naissance de quelque enfant, sont manifestement con- » vaincus de n'avoir pas gardé la continence dans l'exercice » de leur ministère?... La loi divine et les ordonnances » du pape Sirice, d'heureuse mémoire, le déclarent : H faut » que ces hommes soient privés de toute dignité ecclé- » siastique et n'exercent pas un ministère qui demande une » si grande continence. Toutefois une distinction est ici né- » cessaire : ou ces hommes ont eu connaissance des ordon-

• nances du pape Sirice, ou ils les ont ignorées. Dans ce » dernier cas, que l'on pardonne le passé et qu'ils gardent » l'ordre dans lequel ils se trouvent, sans monter à un

• ordre plus élevé. Dans le premier cas, ils doivent être » absolument déposés.

2° » Vous demandez, en second lieu, ce qu'il faut observer » à l'égard de ceux qui , étant tombés après le baptême » dans les plus honteuses voluptés, sollicitent, à l'article de

• la mort, la pénitence et la communion?... Sur cette ques- » tion il existe deux sentiments, le premier plus sévère, le >• second plus indulgent : car autrefois on était dans l'usage » d'accorder la pénitence, mais de refuser la communion. » On agissait ainsi dans la crainte que la facilité d'obtenir » la communion, dans ces temps de persécution, n éloignât

• pas assez du péril d'une triste chute ceux qui eussent » été comme assurés d'obtenir une parfaite réconciliation ; » on accordait cependant la pénitence pour ne pas tout

» refuser. Les circonstances des temps rendaient la remis- - » sion plus sévère ; mais depuis que le Seigneur a donné la » paix à l'Eglise, ces craintes ayant été bannies, on a jugé » convenable de donner la communion aux mourants et, » grâce à la miséricorde divine, comme un viatique à ceux » qui partent, dans la crainte d'imiter la dureté de l'héré- » tique Novatien qui refuse tout pardon. Qu'ainsi la com- » munion extrême soit accordée avec la pénitence !

3° » Vous demandez, en troisième lieu, ce qu'il faut pen- » ser de ceux qui, après leur baptême, ont exercé la judi- » cature, ou fait donner la question, ou condamné à mort?... » Nos anciens n'ont rien défini sur ce point. Que ces hom- » mes sachent que leurs actions sont fidèlement gardées » pour le jour du jugement.

4° » Vous paraissez désirer savoir pourquoi l'on punit • plus rarement les hommes adultères que les femmes cou- » pables du même crime?.... Apprenez que la religion » chrétienne condamne l'adultère dans l'un et l'autre sexe ; » mais il est rare que les femmes accusent leurs maris, et » l'on ne punit pas les crimes cachés ; tandis que les hom- » mes accusent avec beaucoup plus de facilité leurs fem- » mes auprès des prêtres. Ainsi leur crime étant connu, la » communion leur est refusée. Quant aux hommes, on ne » doit pas facilement soupçonner ceux dont les fautes sont » cachées. Mais que les uns et les autres soient éloignés, » si leur crime est connu : les raisons sont pour tous les » mêmes. Là où il n'y a point de preuve, il ne peut y avoir » de raison de punir.

5° » Vous avez voulu savoir encore s'il est permis à ceux » qui ont reçu le baptême d'offrir des suppliques aux me-

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» percurs pour demander la mort d'un criminel 1. . . Observez » que les empereurs n'agissent jamais en ces occasions sans » connaissance de cause; mais ils soumettent les délits et » les crimes à l'examen des juges, afin que la cause étant » connue, ces crimes puissent être vengés. Ainsi, lorsque le » juge a tout examiné, il absout ou il condamne selon la na- » ture de l'affaire , et tant que l'autorité des lois ne s'exerce » que sur les méchants, le dictateur est sans reproche.

6° » Votre fraternité désire être fixée à l'égard de ceux » qui, après avoir fait divorce, se remarient à d'autres?... » Il faut les regarder comme adultères, ainsi que ceux ou » celles qui les épousent ; il faut donc les séparer de la » communion des fidèles. Mais, quant aux parents, on ne - peut conclure ainsi , à moins qu'on ne découvre qu'ils » aient été les instigateurs de ces alliances illicites.

Le pape Innocent Ier terminait sa lettre à Exupère par le canon général des livres de l'Ecriture-Sainte ; il s'exprimait ainsi : « Le catalogue ci-joint vous montrera quels sont les » livres qui sont contenus dans le canon ; cinq livres de » Moïse, savoir : la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les

• Nombres, le Deutéronome; Jésus Navé, un livre des » Juges, quatre des Rois, et tout ensemble Ruth; seize li- » vres des Prophètes, cinq livres de Salomon, le Psautier. » Les livres historiques sont : un livre de Job, un de To- » bie, un d'Esther, un de Judith , deux des Machabées,

• deux d'Esdras, deux des Paralipomènes; et du Nouveau- » Testament : les quatre Evangiles , quatorze Epîtres de » saint Paul, trois de saint Jean, deux de saint Pierre, une » de saint Jude, une de saint Jacques, les Actes des Apô-

• très et l'Apocalypse.

» Quant aux livres qui ont été écrits par un certain Lu- » cius, sous le nom de Mathieu, de Jacques le Mineur, de » Pierre et de Jean, ou par les philosophes Nexocharides » et Léonidas sous le nom d'André ou de Thomas, et s'il en » est d'autres de cette espèce, sachez qu'il ne suffit pas de » les rejeter, mais que vous devez encore les condamner. •

Celle fameuse décrétale est datée du x des calendes de mars, sous le consulat de Stilicon et d'Anthemius. U est k remarquer que ce catalogue des Livres saints est entièrement semblable, quant k sa substance, k celui du troisième concile de Carthage tenu en 597, le plus ancien monument arrivé jusqu'à nous où soient inscrits tous les Livres sacrés. Innocent Ier place au rang des divines Ecritures les Livres que la prétendue réforme a regardés plus tard comme apocryphes : ce qui démontre qu'elle a, sur ce point si essentiel, rejeté la tradition des premiers siècles.

La charité de saint Exupère était aussi grande que son zèle pour la discipline de l'Eglise. Rien n'égale la magnificence des éloges que saint Jérôme lui donne dans sa lettre k Rustique, élevé depuis sur le siège de Narbonne : « Le » saint évêque de Toulouse, lui dit-il, est l'imitateur de la * veuve de Sarepta. Manquant de tout, il nourrit ses frè- » res; défiguré par les jeûnes, il est encore tourmenté par > la faim qui dévore les autres. Il a jeté tout ce qu'il possé- » dait dans les entrailles de Jésus-Christ. Qui est plus ri- » che que cet homme qui porte le corps du Seigneur dans » un panier d'osier, et son sang dans un vase de verre? Il a » chassé l'avarice du temple , sans avoir recours aux fouets » et k la rigueur ; il a dispersé l'or des changeurs et ren- » versé ces tables de la cupidité sur lesquelles on vendait

» des colombes, c'est-à-dire les dons de lEsprit-Saint, afin » que la maison de Dieu fût appelée une maison de prières » et non une caverne de voleurs. Suivez de près ses traces » ainsi que celles de tous ces hommes qui lui ressemblent, » et que le sacerdoce a rendus pauvres et plus humbles. »

L'état monastique fleurissait alors dans la Gaule Narbonnaise sous le pontificat du saint évêque. On regarde communément Sulpice Sévère comme le fondateur du premier monastère de ces contrées, et peut-être même de celui de Toulouse, qui renfermait alors un grand nombre de saints religieux, parmi lesquels on distinguait Minerve, Alexandre et Sisinnius. Il paraît qu'à l'exemple des évêques de l'Eglise orientale, Exupère habitait avec ces pieux solitaires ; et quelques auteurs ont pensé que le monastère de Toulouse était le berceau de la célèbre abbaye dé Saint-Saturnin, qui était renommée dans toutes les Gaules, au ixe siècle. Saint Exupère, ayant appris l'extrême indigence dans laquelle se trouvaient alors les solitaires de Jérusalem et d'Egypte, envoya Sisinnius à saint Jérôme avec des lettres pour le saint docteur et d'abondantes aumônes. Ripaire et Didier, deux saints prêtres qui habitaient dans le territoire de Toulouse, envoyèrent à saint Jérôme, par le même Sisinnius, tous les écrits de Vigilance qu'il leur avait demandés pour les réfuter. Sisinnius fut aussi chargé par Minerve et Alexandre de solliciter du célèbre docteur la solution de plusieurs difficultés sur les Livres sacrés, entr'autres, sur ce passage de saint Paul : Nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous changés.

Unis par les liens du sang, ils l'étaient encore plus par ceux d'une ardente charité. Après avoir quitté leur famille

et leurs biens, ils s'étaient retirés du monde pour vivre dans la retraite; là, 1 étude de rEcriture-Sainte et la prière occupaient tous leurs instants. Saint Jérôme n'eut pas assez de temps pour répondre à toutes les questions de ces solitaires ; mais, comme pour les consoler, il leur adressa son commentaire sur le prophète Malachie. Sisinnius demeura assez peu de temps en Orient. A son retour auprès d'Exupère, il lui remit le commentaire sur le prophète Zacharie que le saint docteur adressait au grand évêque de Toulouse en ces termes : « Au temps de l'automne, le moine » Sisinnius, notre frère et votre fils, m'a rendu la lettre » dont vous avez daigné m'honorer; je l'ai lue et me suis » réjoui du bon état de votre santé. J'ai vu avec plaisir » que vous vous souveniez de moi, ainsi que de tous nos » frères qui servent le Seigneur en ces saints lieux. Cest » pour les secourir que vous vous faites des amis des faus- » ses richesses, vous préparant ainsi une éternelle demeure, » afin de pouvoir dire avec le prophète : Que vos tabernacles » sont aimés, ô mon Dieu ! Si le passereau trouve un » asile et la tourterelle un nid où elle place ses petits, » pourquoi vous, pontife de Dieu, qui foulez à la fin du » monde les divins pressoirs pour offrir aux peuples alté- » rés le vin du sang de Jésus-Christ, ne vous écrieriez-vous » pas : Mon cœur et ma chair se sont réjouis dans le Dieu » vivant ; heureux ceux qui habitent dans votre maison !

» J'apprends que dans cette vallée de larmes, en ce lieu » que Dieu a destiné au combat pour donner la couronne à » ceux qui triomphent, vous disposez des degrés dans votre » cœur pour vous élever de vertu en vertu, imitant la pau- » vretédu Soigneur, afin de devenir riche avec lui. Il re-

» pose sur vous sa tête, et tous les jours il est recueilli, » visité, nourri et vêtu par vos soins. J'apprends encore » que vous vous appliquez avec ardeur à la lecture des di- » vines Ecritures; aussi, désirant vous offrir un modeste » présent de mon faible génie, ayant presque conduit à sa » fin l'explication des douze prophètes, je n'ai point aban- • donné le travail commencé, mais j'ai placé sous vos aus- » pices ce que je ne devais pas composer pour vous. Votre » bienveillance appréciera, non mon érudition qui est nulle » ou presque nulle , mais le désir que j'ai de vous être » agréable, désir qui, en m'animant pour ce qui me reste » encore à faire, m'excitera à continuer ma course dans le » vaste champ des Ecritures. S'il est des hommes à qui j'ai » promis l'explication de ces livres ou de plusieurs autres, » qu'ils pardonnent à l'amour incroyable que je vous porte, » et qu'ils regardent comme écrits pour eux-mêmes ce que » j'ai écrit pour vous....

» Ainsi, mon Exupère, pontife vénérable, soyez présent à » ma prière si votre corps est loin de moi ! Sisinnius veut » partir pour l'Egypte, afin qu'accomplissant sa mission au- » près des frères, il leur apporte la bonne odeur de vos » parfums, et que ces campagnes arides ne soient plus dé- » sormais arrosées par le fleuve de l'Éthiopie, mais par les » abondantes eaux de la Gaule. Recevez donc ces com- » raentaires, bien imparfaits sans doute ; n'accusez pas tou- » tefois ma négligence, mais l'empressement du messager, » qui, se hâtant de distribuer votre or aux fidèles, nous » laisse à peine le temps de vous envoyer le nôtre. »

Nous avons vu que saint Sylve, prédécesseur d'Exupère, avait jeté les fondements d'une somptueuse basilique desti-

néè à renfermer les ossements de saint Saturnin, et que la mort l'avait empêché de la terminer. Exupère acheva l'édifice, et forma le projet d'y transporter le corps du martyr. Le respect qu'il avait pour sa mémoire lui faisait craindre de toucher à ses cendres vénérées ; mais il fut averti dans son sommeil de ne point négliger, par une espèce d'infidélité, ce que sa foi lui avait fait entreprendre. On ne fait aucune insulte aux saints en transportant leurs ossements, parce que ce qui est utile au salut des fidèles, sert a la gloire des martyrs. Encouragé par cette vision, il adressa sa requête aux empereurs. Il obtint sans délai ce qu'il avait sollicité dans son ardente piété, et le corps du premier évêque de Toulouse fut transporté solennellement à la basilique, et enseveli, selon l'antique usage, au milieu du temple. L'élévation de ces sacrées reliques n'eut lieu que longtemps après.

On a cru que saint Exupère avait eu une connaissance anticipée de l'invasion des barbares, qui, à cette époque, s'étaient précipités sur les vastes provinces des Gaules, et que c'est à ce sujet qu'il envoya des sommes immenses en Palestine. 11 faut atttribuer k une autre cause ses pieuses largesses. Vers l'an 407, les Alains, les Suèves, les Vandales pénétrèrent dans les Gaules et s'avancèrent vers l'Espagne. Ils n'entrèrent pas alors dans Toulouse, qui fut épargnée à cause du mérite d'Exupère, soit que cette faveur fût due à ses ardentes prières, soit qu'elle dût être attribuée à la connaissance que les barbares avaient de sa rare vertu : circonstance que saint Jérôme rappelle à la veuve Ageruchie. «Je ne puis, dit-il, penser k Toulouse » sans verser des larmes, ville heureuse qui a dû au mérite

» de son saint évêque Exupère de ne point tomber au pou- » voir de l'ennemi. » Mais les villes que le glaive avait épargnées ne le furent pas par la famine, et c'est ce qui porta saint Exupère à vendre les vases sacrés de son Eglise. C'est sans doute pour symboliser cette protection accordée à Toulouse par les prières d'Exupère, que les peintres du moyen-âge l'ont représenté sur les murs de la ville, repoussant les assiégeants par une bénédiction solennelle.

On trouve dans quelques auteurs que ce saint pontife assista à l'un des conciles de Troyes; qu'ayant reçu dans ce concile la commission d'aller annoncer au pape l'arrivée des barbares que le ciel avait révélée à saint Servais de Tongres, il refusa cette commission. Ce fait, uniquement appuyé sur l'appendice d'un concile tenu k Cologne, est dénué de fondement. 11 faut en dire autant de la prétendue guérison de saint Ambroise, que l'on dit avoir été délivré d'une fièvre ardente en buvant de l'eau qui avait été renfermée dans le calice de verre du saint évêque. Une ancienne tradition rapporte que saint Exupère dédia à la Mère de Dieu un temple consacré au culte de Minerve. Ce temple, k ce que l'on croit, se trouvait au lieu où est aujourd'hui située la belle église de la Daurade.

Saint Exupère termina sa carrière avant la prise de Toulouse parles Goths, vers l'an 415. Il mourut k Blagnac, près de Toulouse, où l'on montre encore son tombeau. Son corps fut transporté, un siècle après sa mort, dans la basilique de Saint-Saturnin.

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