‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 36 sur 71 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

DEPUIS LA MORT DEURIC EN 484 JUSQUES A LA FIN DE LEPISCOPAT DE MAGNULFE EN 593.

Alaric II succéda à Euric son père. Il était assez jeune quand il monta sur le trône, et les premières années de son règne furent assez paisibles ; mais des ennemis redoutables s'élevèrent bientôt contre lui : nous voulons parler de la nation des Francs.

Ces peuples étaient originaires de la Germanie. Dès le 111e siècle de 1ère chrétienne, ils s'étaient rendus célèbres par leurs exploits et leurs excursions dans les Gaules, en s'emparant des provinces situées le long du Rhin. Clovis, vers la fin du ve siècle, était à leur tête. Désireux d'ajouter à ses possessions les pays placés entre le Rhin et la Seine, et qui étaient encore sous l'obéissance des Romains, il déclara la guerre à Syagrius, leur général, et le défit entièrement près de Soissons (486).

Syagrius, après sa défaite, vint chercher un asile à la cour d'Alaric II, à Toulouse. Clovis envoya aussitôt des ambassadeurs à ce prince pour réclamer le général romain, le menaçant, s'il refusait de le livrer, de porter la guerre jusque dans sa capitale. Alaric eut la faiblesse de livrer Syagrius, qui, conduit devant Clovis, subit par la mort la terrible loi du vainqueur. Le roi des Yisigoths, voyant celui des Francs étendre toujours ses conquêtes jusqu'aux fron-

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tières de ses propres Etats, songea à se procurer une alliance, contre cet ennemi, avec Théodoric, roi des Ostrogoths, prince recommandante par ses talents militaires et dont il épousa la fille Théodigothe. Rassuré par cette alliance contre les invasions des Francs, Alaric II s'appliqua k gouverner ses Etats et y fit régner la paix et la justice. Il était beaucoup moins attaché à farianisme que son père, et permit aux catholiques de son royaume de choisir leurs évêques. Un affreux supplice qu Alaric fit subir à un chef révolté, inspira contre lui les craintes les plus légitimes aux catholiques. Ce chef se nommait Burdimelus, et c'était en Espagne qu'il avait levé l'étendard de la révolte. Il fut arrêté, pris et conduit à Toulouse, où Alaric le fit enfermer dans un taureau d'airain, autour duquel on avait allumé un grand bûcher. .

Clovis venait d'embrasser le catholicisme, et la paix dont jouissaient les fidèles sous son empire faisait désirer avec ardeur aux sujets d' Alaric de passer sous la domination du roi des Francs. De toutes les provinces du royaume des Visigoths, la Touraine était la plus voisine de celui des Français. L'Eglise de Tours était alors gouvernée par un saint évêque nommé Volusien. Il était originaire d'Auvergne et allié de Sidoine Apollinaire, ou du moins son intime ami. Après avoir servi quelque temps dans la milice, il épousa une fille de la maison des Ommaces, citoyens et sénateurs d'Auvergne qui étaient fort riches, et, par cette alliance, il devint le parent de Rorice, évêque de Limoges, qui appartenait à la même famille. Volusien vivait dans le monde avec tout l'éclat que paraissaient eliger son nom et sa fortune. Sidoine ., écrivant ;i Luccnce, son ami. décrit

ainsi un voyage que Volusien avait fait dans une maison de campagne voisine de Clermont.

« Vous oubliez ce qu'on vous demande ; au contraire, » si vous sollicitez quelque chose, vous n'oubliez pas de » l'exiger jusqu'à une obole. Il serait trop long.de vous par- » 1er du prompt retour que vous et les vôtres m'aviez pro- » mis et aux miens, n'en ayant rien fait. Bien plus ! lorsque » vous pensiez à partir, afin que nous crussions que vous » reviendriez aux fêtes de Pâques, vous n'aviez porté aucu- » nés provisions de la ville à la maison de campagne ; vous » n'aviez ni fourgon ni chariot pour porter vos hardes. Par- » lerai-je ici de l'astuce de vos femmes que vous avez em- » menées en petit équipage?... Vous et Volusien, notre frère » commun, aviez à peine chacun votre gentilhomme et votre » laquais. C'est ainsi que vous avez trompé ceux qui pen- » saient que vous seriez bientôt de retour. Volusien nous a » trompés aussi; il a été sans doute visiter ses domaines à » Bayeux, et s'est mis a parcourir toute la seconde Lyon- » naisc. »

Nous possédons encore une lettre de Sidoine à Volusien qui nous olîre quelques détails sur ce grand personnage. Pour avoir une parfaite intelligence de cette lettre , il faut observer qu'auprès de Clermont existait un monastère dont la famille de Volusien avait jeté les fondements, et qui avait été terminé par un solitaire né dans la haute Syrie, nommé Abraham. Cet anachorète, poursuivi par la persécution, quitta l'Orient, traversa la Méditerranée, arriva dans les Gaules vers la fin du règne de Valentinien III, et s'arrêta en Auvergne, auprès d'une église, dans un des faubourgs de Clermont dont nous venons de parler. 11 termina le

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monastère et le dédia à saint Cirgues, martyr, dont les reliques avaient été apportées d'Orient. Il passa plusieurs années dans ce monastère et y mourut d'une sainte mort. « Vous m'ordonnez, mon frère, dit Sidoine à Volusien, par » la loi de l'amitié qu'il n'est jamais permis de violer, d'ap- » pliquer mes doigts depuis si longtemps inactifs à ma » vieille officine, et de faire en vers élégiaques l'oraison fu- » nèbre de saint Abraham, qui vient de mourir. J'obéirai » promptement, soit pour céder à votre autorité, soit pour • être agréable au comte Yictorius. » Sidoine envoie ensuite les vers qui composaient l'éloge funèbre d'Abraham, et il poursuit : « Si les frères, les amis, les compagnons d'armes » doivent aussi céder aux lois de la charité, je vous conjure » de consoler ses disciples (d'Abraham) par ces règles que » vous connaissez si bien, et d'affermir la discipline, qui » commence à chanceler parmi les frères, par les constitu- » tions de Lérins ou de Grigny. S'ils se montrent rebelles, » châtiez-les ; s'ils sont dociles, louez-les. A la vérité, saint » Auxanius est leur prieur ; mais, vous le savez, il est fai- » ble> infirme et timide, beaucoup plus fait pour obéir que » pour commander : tout cela paraît exiger qu'il ne con- » duise le monastère que sous vos ordres. Et si quelqu'un » des jeunes religieux voulait le mépriser, comme inhabile » et pusillanime, qu'il apprenne que ce n'est pas impuné- » ment qu'on vous méprise en le méprisant. Que dirai-je » encore? Voulez-vous en peu de mots connaître ce que je » désire?... Qu' Auxanius notre frère gouverne en qualité » d'abbé le monastère, et vous, gouvernez l'abbé. Adieu. »

Volusien, dégoûté du monde, avait embrassé l'état ecclésiastique du consentement de sa femme, comme cela se

pratiquait à cette époque. Elevé au sacerdoce, il avait visité les célèbres monastères de Lérins et de Grigny, et exerçait, par son crédit, sa fortune, ses talents et sa piété, une assez grande influence : c'est ce qui explique les paroles de Sidoine Apollinaire au sujet du monastère de Saint-Cirgues et l'espèce de patronage dont Volusien jouissait sur cette maison. Volusien fut élu évêque de Tours et succéda à saint Perpétue, son oncle. Il y avait huit ans qu'il gouvernait cette grande Eglise, lorsqu'Alaric, informé que cet évêque témoignait assez ouvertement le désir de voir la Touraine passer sous la domination de Clovis. le fit arrêter et conduire à Toulouse. Nous possédons le récit authentique du martyre de saint Volusien tel qu'il a été tracé par Hugues, abbé du monastère de Foix, d'après les monuments conservés à l'hôtel de ville. Ce récit porte la date du 23 octobre 1384.

« A tous ceux qui ces présentes verront, faisons savoir » que nous Hugues, par la miséricorde divine humble abbé » du monastère de Foix, de l'ordre de saint Augustin au » diocèse de Pamiers, nous avons trouvé, vu et parcouru » mot à mot, dans les archives de notre monastère qui sont » dans la sacristie, plusieurs diplômes, livres et écritures an- » tiques relatifs aux faits anciens arrivés dans ce monastère » et dans notre basilique, parmi lesquels nous avons lu » que le très-heureux martyr de Jésus-Christ Volusien, » d'heureuse mémoire, archevêque de Tours, dont le corps » repose dans cette basilique, vivait au temps de Clovis , » premier roi chrétien des Francs; lorsque les Gaules étaient » ravagées par les armées des Goths et des ariens, la ville » de Tours fut dévastée, dépeuplée et privée d'un si grand

» pasteur, lequel fut enchaîné et envoyé en exil à Toulouse » par ses cruels ennemis.... et là, renfermé dans une étroite » prison, et ensuite dirigé tout chargé de chaînes vers l'Es- » pagne. Arrivé à un lieu appelé la Couronne, près de Ville- » Pierreuse (Varilles), Volusien y fut mis à mort par ses » satellites, qui lui tranchèrent la tête. La nuit qui suivit » son martyre, il apparut à deux dévotes femmes Julienne » et Julitte, leur fit part de toutes les circonstances de sa » mort, et leur recommanda de se rendre auprès des clercs » et des fidèles qui habitaient la ville de Foix, pour leur » dire de transporter son corps dans l'église de ce lieu : ce » qui fut exécute. »

Le martyre de saint Volusien, que Ton place en Tan 498, fut suivi de la guerre entre Clovis et Alaric II. Celuici, jaloux des victoires du roi des Francs, et surtout de l'affection que lui témoignaient les sujets catholiques de ses Etats, ne cherchait qu'un prétexte pour rompre les faibles liens qui l'unissaient encore à ce prince. Désirant obtenir quelques éclaircissements sur divers points auprès de Clovis, il lui envoya une solennelle ambassade. Les ambassadeurs d' Alaric furent reçus avec beaucoup de hauteur par le roi. Ce prince se croyant insulté, rassembla toutes ses troupes et déclara la guerre à Clovis, qui, de son côté, se mit en état de défense.

Théodoric, roi d'Italie, prévoyant les suites funestes de cette guerre pour le roi des Visigoths, se posa en médiateur entre les deux princes. Il écrivit d'abord à Alaric : « Vous ne devez pas tellement compter sur le nombre de » vos troupes et sur celui des victoires qu'elles ont déjà » remportées, que vous n'ayez à craindre le sort des armes,

- toujours incertain et douteux ; d'ailleurs vos soldats ne » sont pas exercés depuis longtemps. Vous devez vous don- » ner de garde de vous abandonner au ressentiment : on ne » défend jamais mieux ses droits que par la modération. Il » est toujours temps d'avoir recours aux armes lorsqu'on » ne peut obtenir justice par d'autres voies. Attendez donc » que j'aie envoyé mes ambassadeurs au roi des- Francs et » que j'aie tenté d'accommoder vos différends parj'entre- » mise d'amis communs. Je serais très-fâché qu'entre deux » rois qui me sont également alliés, l'un s'agrandit au pré- » judice de l'autre. Au reste, dans tous vos démêlés, Clovis » n'a ni répandu le sang des Visigotbs, ni envahi leurs pro- » vinces; comme vos différends ne proviennent que de quel- » ques paroles dont vous vous plaignez, on peut aisément » vous concilier par l'entremise des princes que je propçse- » rai pour arbitres. »

Il envoya aussi des ambassadeurs à Clovis, et la lettre qu'il écrivait au roi des Francs était ainsi conçue : « Je » suis surpris que, pour un différend aussi léger, vous » vouliez éprouver le sort des armes, dont le succès est » toujours incertain et dont vos ennemis communs ne man- » queront pas de profiter. Vous êtes tous les deux à la fleur » de votre âge, et vous régnez paisiblement sur deux puis- » santés nations. Vous risquez l'un et l'autre d'affaiblir vos » Etats ou de les ruiner entièrement pour une bagatelle. » La voie d'arbitres communs, pour terminer vos différends, » convient beaucoup mieux à des alliés que celle des armes. » Faut-il qu'une ambassade qui n'a pas réussi vous engage » à vous déclarer la guerre? Abandonnez-en donc le dessein, » si vous ne voulez m'accablcrdc douleur. Au reste, je vous

» avertis, comme votre père et votre ami, que je me décla- » rerai contre celui des deux qui refusera de déférer à mes » conseils. C'est pourquoi j'envoie à Votre Excellence les » mêmes ambassadeurs qui ont été déjà à la cour d' Alaric, » votre frère, pour vous engager l'un et l'autre à vous en » rapporter à la décision d'amis communs. »

La médiation du roi d'Italie éloigna pour un temps la guerre entre les deux princes. Il fut même résolu qu'ils s'aboucheraient pour arranger les choses à l'amiable. L'entrevue eut lieu dans une île de la Loire, voisine du château d'Amboise en Tourainc. L'accueil fut très gracieux de part et d'autre; tout se passa avec politesse, et la conférence fut suivie d'un magnifique repas. Les deux rois se séparèrent après s'être prorais une amitié mutuelle. Après cette entrevue, Alaric fit un voyage en Espagne, et assista aux jeux du cirque qu'on célébra à Saragosse en 504. Il revenait à peine de ce voyage, que Licinien, secrétaire particulier de saint Césaire d'Arles, accusa ce prélat, auprès d' Alaric, d'avoir voulu livrer aux Bourguignons, ses anciens maîtres, sa ville épiscopale et son territoire. Sur cette accusalion mensongère, Césaire fut envoyé en exil à Bordeaux. Quoique l'itinéraire que le saint évêque d'Arles suivit pour se rendre dans l'Aquitaine, n'ait été décrit par aucun historien, il est permis de supposer qu'il passa par Toulouse pour se rendre au lieu de son exil. Dieu ne laissa pas longtemps le saint évêque éloigné de son cher troupeau; Un incendie ayant éclaté a Bordeaux et Césaire l'ayant arrêté par ses prières, Alaric le rappela de son exil l'an 50o, et ordonna que Licinien, son calomniateur, fût lapidé.

Ce prince, qui se montrait très attentif à policer ses

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Etats, entreprit à cette époque un travail important sur le code théodosien. Ce corps de lois avait été rédigé en 338 par les soins de l'empereur Théodose H, et promulgué par son fils Valentinien III; il régissait tout l'empire, et en particulier les provinces romaines des Gaules, à l'époque de l'établissement du royaume des Visigoths dans ces contrées. La nation gothique avait gardé quelques-unes de ses lois et de ses coutumes, en sorte que dans le royaume d'Alaric II quelques-uns de ses sujets suivaient les lois romaines et les autres les lois visigothiques. Ce fut dans le dessein d'effacer cette diversité, qu'Alaric résolut de réunir tous les jurisconsultes célèbres de ses Etats pour leur confier la rédaction d'un code nouveau.' Goïaric, chancelier du prince, présida à ce travail, auquel on donna le nom de Bréviaire d'Alaric, Le roi convoqua une assemblée générale à laquelle assistèrent plusieurs évêques et des députés des diverses provinces ; il y fit un rapport sur ce nouveau code, et ordonna qu'il serait suivi uniformément dans tous les tribunaux. Des copies furent expédiées pour tous les gouverneurs des provinces; chaque exemplaire était signé par Ànian, secrétaire d'Alaric. A la tête de chaque copie était un avertissement portant la date du 2 février et de la vingtdeuxième année du règne d'Alaric. Les auteurs de ce Bréviaire s'étaient servis des propres paroles du code théodosien, des lois des autres codes plus anciens, des divers écrits des jurisconsultes romains, et de quelques coutumes visigothiques : en sorte qu'à vrai dire, le droit romain subsista dans ces provinces, sans cependant annuler entièrement le droit qu'on appelait coutumier. Au titre de législateur des peuples, Alaric voulut ajouter

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celui de prince tolérant pour la religion. Quoique arien, il permit aux évèques de ses Etats de s'assembler en concile et de tenir des synodes. Profitant des bonnes dispositions du prince, les évèques du royaume visigothique s'assemblèrent à Agde, le o des ides de septembre, au nombre de trente-cinq, sous le pontificat de Symmaque. Voici ce qu'ils déclarent dans la préface de leurs Actes : « Lorsque le saint » synode se fut réuni dans la cité d'Agde, au nom de Dieu » et avec l'agrément de notre très glorieux Seigneur et très » magnifique roi, nous nous sommes assemblés dans la ba- » silique de Saint-André, et, prosternés devant Dieu, nous » l'avons prié pour le règne et la longévité de notre prince, » afin que celui qui nous a donné la permission de nous » réunir vît étendre son empire et le protégeât par la jus- » tice et la force. L'objet de cette assemblée est de traiter » de divers points toucliant la discipline ecclésiastique. » Le dernier décret porte qu'un semblable synode sera tenu chaque année, selon les anciennes coutumes. C'est à tort que les historiens du Languedoc avancent qu'un concile fut indiqué à Toulouse pour l'année suivante. Ce n'est point dans les Actes du concile d'Agde que se trouve cette indication, mais dans la lettre de saint Césaire à Rorice, évêque de Limoges. « Je m' empresse, dit-il, d'apprendre à votre » piété que nous désirons tenir, l'année prochaine, un con- » cile à Toulouse, avec la grâce de Dieu, et qu'on veut y » appeler les évèques d'Espagne. »

C'est dans les souscriptions du concile d'Agde que nous trouvons le nom d'Héradicn, évêque de Toulouse. Il est à remarquer que sa signature tient le cinquième rang, et qu'il vient immédiatement après les métropolitains d'Arles,

de Bordeaux, d'Elusa et de Bourges. Toulouse était donc regardée comme le premier siège épiscopal du royaume des Visigoths. Quant à l 'évêque de cette ville/ l'histoire ne nous apprend absolument rien sur lui. Il fut le successeur immédiat de saint Exupère. Lorsque, au commencement de son règne, Alaric donna aux catholiques de ses Etats la permission d'élire leurs évêques, il est vraisemblable que le clergé et le peuple de Toulouse s'empressèrent de combler la longue viduité de cette église, et qu'à cette époque (484) Héraclien fut élu évêque de cette ville. Si l'on admet ce sentiment, que nous regardons comme très-probable, Héraclien aurait compté vingt-deux ans d'épiscopat à l'époque du concile d'Agde (506) ; i] devrait aussi être compris au nombre des évêques qui travaillèrent à la rédaction du Bréviaire (Y Alaric.

Parmi les souscriptions des évêques du concile d'Agde,

on trouve celle de Suavis, évêque de Comminges. C'est le premier évêque de ce siège dont le nom soit connu dans l'histoire. Cependant il paraît certain qu'avant lui ce pays avait eu d'autres pontifes : c'est ce qu'atteste Sidoine Apollinaire dans la description qu'il fait de la guerre déclarée aux catholiques, au vc siècle, par Euric roi des Visigoths. Suavis eut pour successeur dans ce siège Pra?sidius. Quelques auteurs croient que saint Affrique monta, au vic siècle, sur le siège épiscopal de Comminges ; ils le disent originaire de la famille des princes de Bourgogne, et affirment qu'ayant eu beaucoup à souffrir de la part des ariens qui désolaient sa province, il passa chez les Ruthénois où, par ses miracles, ses prédications et ses exemples, il convertit un grand nombre d'ariens ou d'infidèles à la foi catholique. Il est en

grande vénération dans le Rouergue. La ville où il est mort garde ses sacrées reliques et porte son nom.

Alaric était trop clairvoyant pour ne pas comprendre que la paix qu'il avait faite avec Clovis ne devait pas être de longue durée. Ayant appris que le roi des Francs méditait sous divers prétextes une nouvelle agression, il se mit en état de défense. Le point important pour Clovis, était de prévenir les secours qu' Alaric attendait de Théodoric, son allié : voilà pourquoi, après s être ligué avec quelques princes de sa nation, il attira dans son parti Gondebaud, roi des Bourguignons. Il fit comprendre aux Français qu'il était honteux pour eux de souffrir aussi près de leurs foyers un prince ouvertement hérétique, et, sous le prétexte de religion, il les excita au combat. Après avoir fait vœu, par le conseil de Clotilde, de bâtir une église en l'honneur des saints Apôtres Pierre et Paul s'il revenait victorieux, il se mit en marche pour combattre Alaric qui s'était avancé vers le Poitou. Le roi des Francs, qui avait passé la Loire, s'empara de la Touraine ; les Visigoths l'avaient abandonnée et s'étaient retranchés sous les murs de Poitiers, en attendant les secours des Ostrogoths. Clovis, par respect pour saint Martin de Tours, ordonna à ses, soldats d'épargner les églises, les prêtres, les veuves et les vierges, et envoya des ambassadeurs au tombeau de saint Martin avec de riches présents. S'étant avancé ensuite vers la Vienne, qu'il ne put traverser parce que ce fleuve avait grossi, il passa la nuit sur le rivage. Le lendemain, au point du jour, il aperçut une biche traversant le fleuve. Persuadé que c'était là un avertissement que le ciel lui donnait, il fit passer son armée au même endroit et gagna l'autre rive. Au même moment, une lumière écla-

DigitizecTby

tante vint éclairer le clocher de l'église de Saint-Hilaire. Clovis crut reconnaître dans ces divers prodiges un présage certain de la victoire.

Guidé par sa prudence, Alaric ne voulait point livrer bataille avant d'avoir reçu les nombreux secours qu'il attendait ; mais ses soldats le pressèrent si vivement, qu'il sortit de son camp, s'éloigna de Poitiers et alla disposer son armée à Vouglé, village situé à trois lieues de cette ville sur la petite rivière de Clain. Clovis étant venu lui offrir le combat, les deux armées en vinrent aux mains : le choc fut terrible. Alaric ne cessait de donner des preuves de valeur; mais, atteint par Clovis, il fut renversé de son cheval et tué de la main même du roi des Francs. Aussitôt deux cavaliers visigoths se précipitèrent sur Clovis, qui né dut son salut qu'à la bonté de ses armes et à la vigueur de son cheval. Après la mort d' Alaric , la déroute des Visigoths fut complète. Cette fameuse bataille ne dura que cinq ou six heures (507). La perte des Visigoths fut si considérable, qu'au rapport de Fortunat, évêque de Poitiers, le nombre des corps morts entassés formait, au milieu de cette plaine, une montagne assez élevée.

Ainsi mourut à la fleur de son âge, et dans la vingttroisième année de son règne, Alaric, roi des Visigoths, prince généreux et ami de la paix. Il eut sans doute le malheur d'embrasser l'arianisme et de persécuter plusieurs saints évêques de ses Etats; mais la religion fut bien moins la cause de ces persécutions qu'une politique un peu trop ombrageuse. S'il eût été assez habile pour ménager ses sujets catholiques, il les aurait attachés à sa cause, et aurait ainsi comprimé le désir ardent qu'ils avaient de se sou-

mettre à la domination du roi des Francs. Après la bataille de Vouglé, Clovis, laissant derrière lui la ville d'Angoulême, se présenta devant Bordeaux qui lui ouvrit ses portes ; il passa l'hiver dans cette ville, et y ht reposer ses troupes.

Les auteurs sont partagés sur le concile qui devait être tenu à Toulouse dans Tannée 507. Dom Vaissette croit et affirme qu'à cause des troubles suscités dans la province par la guerre de Clovis contre Alaric, il ne fut pas possible de réunir les évêques. On trouve au contraire dans l'appendice du concile d'Agde que ce concile de Toulouse fut réellement assemblé, mais que les actes n'en sont point' venus jusqu'à nous. Cette dernière opinion parait assez probable, car, dans les circonstances délicates où on était placé, il paraissait nécessaire que les évêques pussent s'entendre sur la ligne de conduite à suivre ; d'ailleurs, l'absence d'Alaric et de son armée pouvait offrir une plus grande facilité pour la réunion des évêques. Ceux-ci saluèrent donc avec transport les victoires de Clovis, dont l'armée vint jusque sous les murs de Toulouse. A son approche, les Visigoths enlevèrent une grande partie de leurs trésors et les transportèrent dans la citadelle gallo-romaine de Carcassonne. Toulouse ouvrit bientôt ses portes aux vainqueurs, et ce fut par la prise de cette ville que se termina le règne des Visigoths, qui avait duré quatre-vingt-neuf ans depuis Wallia jusqu'à Alaric II (508).

Trois peuples divers occupèrent la province qui porta plus tard le nom de Languedoc : les Visigoths, les Bourguignons et les Francs. Les anciens habitants du pays, qui étaient ou Romains, ou Gaulois d'origine, passèrent donc sous la domination de "ces trois peuples, tout en conser-

vant leur religion et l'usage de leurs lois. Ils parlaient, les uns, la langue latine; les autres, la celtique, que n'entendaient pas les Visigoths, puisque Euric eut besoin d'un interprète pour comprendre le discours de saint Epiphane de Pavie. La langue latine perdit insensiblement de sa pureté par le commerce des barbares, et il se forma une espèce d'idiome latin abâtardi qui prit le nom de « langue romane, » que depuis cette époque on a parlé dans le pays.

Sous la domination gothique, chaque peuple était gouverné par ses lois et ses juges particuliers. L'épiscopat exerçait une espèco de souveraineté temporelle ; car, au rapport de Cassiodore, lorsqu'un juge avait rendu par passion ou par malice quelque sentence, levêque évoquait l'affaire a son tribunal, et la terminait avec quelques hommes capables qu'il prenait pour assesseurs. La sentence de l'évêque devait être confirmée par le roi. Bien plus, les évêques étaient les juges naturels des pauvres, et les juges séculiers étaient obligés d'exécuter leurs décisions.

Quant aux castes sociales, les Visigoths en admettaient deux : les nobles ou hommes libres, et les serfs. Ceux-ci se divisaient en deux classes, les serfs du roi et les serfs des particuliers. Les premiers jouissaient de quelques privilèges. Les alliances des personnes libres et des serfs étaient défendues. La femme devait être toujours moins âgée que le mari. Les crimes commis contre la sainteté du mariage étaient sévèrement punis. La jurisprudence était en grand honneur parmi les Visigoths; elle faisait leur principale étude, et les rois y attachaient le plus grand prix. Nous venons de voir Àlaric II, sur la fin de son règne, promulguer ce code devenu si célèbre sous le nom de Dreviarimn Ma-

riùum, travail digne d'être étudié et dans lequel les jurisconsultes qui le composèrent à Aire, ville de la Novempopulanie , s'attachèrent à interpréter la loi romaine et à y apporter plusieurs modifications qui ont été diversement appréciées. Les Visigoths s'appliquèrent aussi à l'étude de quelques autres sciences, et entr'autres de la médecine, dont l'exercice était réglé par des lois assez singulières. D'abord, le même individu était médecin, chirurgien et apothicaire. Quand un malade appelait un médecin, il faisait prix avec lui pour la guérison. Si le médecin laissait mourir le malade, il perdait son salaire; s'il estropiait quelqu'un en le saignant et que le malade fût une personne libre, il payait 100 sols d'or; si cette personne mourait des suites de la saignée, le médecin était livré aux parents, qui le punissaient à leur gré ; si la personne saignée était esclave, le médecin devait donner un autre serf.

Nous ne trouvons, sous la domination des Visigoths, aucune trace des écoles publiques, autrefois si célèbres à Toulouse et à Narbonne. La fuite précipitée du littérateur Victorin semblerait indiquer que les lettres humaines furent frappées de proscription. Cependant les rois visigoths, qui pendant près d'un siècle régnèrent à Toulouse, n'étaient pas aussi barbares que leurs noms ; ils étaient intéressés à caresser la politesse des Gallo-Romains. Quoique couverts de fourrures et d'une humeur essentiellement guerrière, ils pouvaient se montrer accessibles aux charmes de la littérature : Euric admira l'éloquence d'Epiphane ; Sidoine Apollinaire, évêque un peu courtisan et le plus bel esprit de son siècle, se trouvait assez bien à la cour de Théodoric ; le petit-fils d'Alaric fit donner, à Toulouse, une éducation

assez distinguée à ses nombreux enfants; Théodoric II fut élevé dans les lettres humaines par le sénateur Avitus, et admirait les poètes de Rome ; Léon brillait à la cour d'Euric comme poète de premier ordre, orateur, grammairien et philosophe ; la reine Ragnahilde se montrait sensible aux vers que lui adressait Evodius. D'après ce tableau, il est bien difficile d'admettre que les belles-lettres fussent entièrement négligées à la cour des rois visigoths ; comment, sans elles, étudier les lettres latines et composer des codes de lois? Il faut donc reconnaître que les arts libéraux ont pu être connus et cultivés à Toulouse dans la période gothique, mais dans un état bien différent de celui dans Jequel ils se trouvaient avant l'invasion des barbares.

Quel fut l'état de la religion sous la domination des successeurs d'Àlaric Ier et de Wallia? L'arianisme chercha évidemment à arrêter l'élan du catholicisme; la longue viduité de l'Eglise de Toulouse montre assez haut la compression de l'un sur l'autre. Il y eut donc attaque et résistance, persécution et héroïsme. Avec des rois ariens sur le trône, notre Eglise jouissait cependant de ses temples' et du libre exercice de son culte ; elle avait ses prêtres, ses diacres, ses lévites, ses solitaires, et il est très-probable que les études religieuses mêlées aux sciences profanes furent enseignées au sein des cathédrales et des monastères.

Les Visigoths étaient en général bien faits, de haute stature; ils avaient le teint blanc, la chevelure blonde et longue, et étaient très adroits pour le maniement des armes. Le royaume était électif. Le domaine royal était formé des terres que cultivaient les serfs et des tributs que prélevait le prince sur les particuliers. Lui seul avait le droit de

battre monnaie ; la principale était le sol d'or. La justice et la police étaient administrées, sous l'autorité du roi, par des ducs ou gouverneurs des provinces, qui avaient k leurs ordres plusieurs officiers subalternes formant une espèce de conseil public où se traitaient toutes les affaires. Il n'existait sur les terres des particuliers aucun droit appelé seigneurial, et tous les domaines étaient de franc alleu. Tel fut l'état de la province sous la domination gothique jusqu'aux conquêtes de Clovis, dont il faut continuer l'histoire.

Après s'être rendu maître de Toulouse, Clovis alla assiéger la cité de Carcassonne, qui résista à tous ses efforts. Le roi des Francs fut obligé d'en lever le siège et de revenir à Toulouse. A son arrivée, il fit emporter toutes les richesses que les Visigoths y avaient laissées, et se rendit dans l'Aquitaine. Ce fut quelque temps après la conquête de Toulouse, que Clovis écrivit à tous les évoques du royaume des Visigoths.

Le roi Clovis à tous les saints évéques très-dignes du siège

apostolique.

« Votre béatitude n'a pu ignorer et la renommée vous a » appris tout ce qui s'est passé par nos armées avant que » nous entrassions dans le royaume des Goths, et tout ce » que nous avons prescrit. Et d'abord, en ce qui regarde les » Eglises, nous avons recommandé que personne n'osât at- » tenter aux droits des religieuses et des veuves qui vivent » avec piété dans le Seigneur. La même protection a été » accordée aux clercs, à leurs enfants, ainsi qu'à ceux des » veuves qui vivent avec eux dans un même lieu ; et aussi » aux serfs des Eglises qui auraient pu, par les jugements

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» des évèques, être privés leurs droits, recommandant » qu'on ne fît aucune violence à pas un seul d'entr'eux. » Nous portons un si grand intérêt k ces prescriptions, que » nous ordonnons de mettre sur-le-champ en liberté tous » ceux qu'on aurait rendus captifs, soit dans l'Eglise, soit » hors de l'Eglise. Quant aux laïques qui auraient été faits » captifs dans la guerre, ne leur refusez pas votre témoi- » gnage apostolique; enfin, quel que soit Tordre auquel ap- » partiennent ces captifs, si vous les jugez dignes du béné- » fice de la paix, envoyez-nous vos lettres signées de votre » sceau, afin que nous puissions les sanctionner de notre » autorité royale. Tel est le désir de notre peuple, que » tous ceux k qui vous accorderez vos lettres, puissent, » sous la foi du serment et avec votre bénédiction, obtenir » ce qui est juste et bon; car beaucoup d'erreurs se sont » mêlées k la vérité pour accomplir les paroles de l'Ecri- » ture : Le juste périt avec l'impie. Priez pour moi, mes très- • saints et très-dignes Seigneurs; » (LABB.,tom. iv, p. 1402). On voit par cette lettre que Clovis, en accordant aux évêques le droit de mettre en liberté les captifs, cherchait à les attirer dans son parti .

Alaric, en mourant, avait laissé un fils nommé Amalaric; mais ce prince étant très jeune à la mort de son père, les Visigoths , dans la personne des principaux seigneurs du royaume, élurent, pour succéder à la couronne, Gessalic, fils naturel d' Alaric. Le jeune Amalaric fut ensuite conduit en Espagne. Thierry, fils de Clovis, unissant ses forces k celles de Gondebaud, roi des Bourguignons, s'empara de toutes les places situées sur les bords de la Loire et du Rhône et sur les côtes de la Méditerranée. Gessalic fut assiégé dans

Narbonne par Gondebaud; il *e retira en Espagne après la prise de cette dernière ville. Ayant appris le triste état où étaient réduites les affaires des Visigoths, Théodoric, roi d'Italie, envoya à leur secours une puissante armée commandée par Ibbas, l'un de ses plus babiles généraux. Les Ostrogoths attaquèrent l'armée française non loin de la ville d'Arles, et la mirent complètement en déroute. L'on porte à trente mille hommes le nombre des soldats français ou bourguignons tués dans cette bataille. Ibbas s'empara de Narbonne et de presque toutes les places de la Narbonnaise, à l'exception de Toulouse, qui demeura au pouvoir du roi des Francs (510). Celui-ci mourut l'an 541, après s'être assuré de toute la monarchie française, et au milieu de la plus grande prospérité. Peu de temps avant sa mort, on avait tenu à Orléans un concile où se trouvèrent tous les évêques de sa domination, et en particulier des trois provinces d'Aquitaine. Il n'est fait aucune mention d'Heraclien, évêque de Toulouse, dans ce concile d'Orléans : ce qui prouve qu'il était mort dans l'espace de temps écoulé entre le concile d'Agde (506) et celui d'Orléans (511).

Quel fut le successeur d'Héraclien? Parmi les évêques qui souscrivirent au concile d'Orléans, on trouve Leoncius, métropolitain d'Eluza (Eiusanœ melropolis). D'après le savant Binius, dans ses notes sur ce concile, ce n'est point Eiusanœ qu'il faut dire, mais bien Tolosanœ; il regarde donc Leoncius comme évêque de Toulouse, et conséquemment successeur d'Héraclien. L'opinion de cet auteur est fondée sur ce que, parmi les souscriptions des évêques a ce concile, on trouve celle de Nicetius, évêque d'Auch, et qu'on croit qu'à cette époque le siège d'Elusa avait été transporté

à Auch par saint Taurin. On convient cependant que, malgré l'érection du siège d'Auch, Elusa était encore métropole au vie siècle ; la preuve en est, qu'au second concile d'Orléans, tenu en 533, on trouve la souscription d'Aspasius, métropolitain d'Eluza, ainsi que celle de l'évêque d'Auch. Le sentiment du père Sirmond, qui affirme que Leoncius, dont il est ici question, était réellement évôque d'Elusa, nous paraît beaucoup plus probable. Ainsi nous ne plaçons pas Leoncius au nombre des évêques de Toulouse, et nous^ donnons pour successeur à Héraclien saint Germier, dont le commencement de l'épiscopat coïncide avec les dernières années de Clovis , c'est-à-dire depuis l'an 507 environ jusqu'à l'an 51 1 , époque de la mort de ce prince.

Avant de discuter les Actes de la Vie de saint Germier, il convient de transcrire ici ces Actes tels que les Bollandistes les ont insérés dans leur savante collection. (T. III, maii, p. 592).

1. — « Au temps du très glorieux prince Clovis, le jeune » Germier fut élevé avec tant de soin par ses religieux pa- » rents, que, dans l'espace de trois ans et deux mois, il » acquit une parfaite connaissance de l'Ecriture. On voyait » paraître en lui dès son enfance le solide fondement sur » lequel aucun autre ne peut être bâti que celui qui y a été » posé, et qui est Jésus-Christ. La grâce des sept dons du » Saint-Esprit augmentait en lui de manière qu'il était aimé » de Dieu et des hommes. Etant parvenu à la jeunesse, » plein de l'amour de Dieu, il quitta sa patrie et ses parents, » et ayant traversé la mer, il vint au pays toulousain, di- » gne ainsi de la récompense que Dieu a promise à ceux » qui quittent tout pour le suivre. Il mena avec lui deux

» jeunes clercs dont l'un s'appelait Dulcidius et l'autre » Pretiosus. L'un était le tilleul de Germier, et l'autre était » chargé de ses affaires. Pretiosus, l'un des deux, écrivit la » Vie de saint Germier longtemps après.

2. — » Le saint homme était aimé de tous k Toulouse k » cause de ses bonnes mœurs et de son bon caractère, et » on lui donnait avec une extrême charité tout ce qui pou- » vait lui être nécessaire. Il distribuait aux pauvres le tiers » de tout ce qu'il possédait, gardant pour lui les deux au- » très portions, et rendant grâces k Dieu et k tous ceux » qui lui donnaient quelques biens. Quand il eut atteint » 1 âge prescrit, il fut ordonné sous-diacre k Saintes par un » saint prélat nommé Grégoire. Peu de temps après, il fut » ordonné diacre k Yconium par un évêquc de la province. » Il persévérait tous les jours dans le service de Dieu par » les veilles, les jeûnes, les aumônes et les prières, et pa- » raissait orné de toutes les vertus. Sa charité était si » grande, qu'il avait coutume de dire k ses disciples Dulcide » et Précieux : Mes enfants et mes frères, il faut prendre » soin des pauvres, et donner aux indigents ce que Dieu » nous donne ; car il est écrit : Il vaut mieux donner que » recevoir. Etant diacre, il fit plusieurs miracles dont nous » parlerons plus tard.

5. — » Il y avait trois ans qu'il était diacre , quand un » ange de Dieu plus brillant que le soleil lui apparut dans » le repos de l'oraison. Germier fut effrayé ; mais l'ange lui » dit : Ne craignez pas ; allez promptement k Arsat , et la » vous serez ordonné prêtre, et recevrez la consécration » épiscopale des mains de l'évêque Tornoald. Alors le saint, » se prosternant, fit k Dieu cette prière : Seigneur Jésus,

» roi de gloire et des vertus, exaucez les vœux de votre » serviteur! En vous est mon espérance et ma pensée !... » Remplissez ma bouche du miel de votre douceur et de » vos louanges. Parce que vous êtes le Dieu invisible et la » source des conseils, vous êtes assis sur les chérubins, » vous gouvernez le monde, et régnez dans les siècles des » siècles. Amen. Quand il eut fini sa prière, mis ordre à sa » maison et confié le soin des pauvres à son économe, pour » obéir aux ordres de l'ange, il prit sa route vers Arsat, » emmenant les clercs témoins de sa foi, Dulcidius et Pretio- » sus. Dans leur route, ils s'arrêtaient soit dans les villes, » soit dans les forêts, et jamais ils ne furent inquiétés par » les démons ou leurs vains fantômes. Ils arrivèrent ainsi à » la cité et à l'église où était le siège épiscopal, et trouvèrent » trois évêques, Tornoald, Grégoire et HermoakU

4. — » Ayant aperçu Germier, ils furent tous réjouis et, » se prosternant, ils glorifièrent Dieu en ces termes : Nous • devons ensemble exalter Dieu et bénir son saint nom ! » Germier répondit : Il ne convient pas que de si grands » personnages se soumettent h un homme aussi faible. Les » évêques reprirent : Nous sommes obligés, seigneur et » père, de vous vénérer, parce que vous êtes grand devant » le Seigneur et choisi pour être évêque après saint Satur- » nin. Vous vivrez dans cette dignité, et votre père qui est » le Très-Haut vous dirigera jusqu'à la fin. — Ce lieu fut » rempli, à l'arrivée de Germier, d'une très suave odeur, et » les évêques le bénirent selon la coutume. Alors le servi- » teur de Dieu, coupant sa chevelure, comme c'était l'usage, » s'offrit aux autels du Seigneur et aux reliques de cette » église, en présence des évêques, et passa la nuit dans la

» cité. Le lendemain étant revenus à l'église, les évêques » invitèrent Germier à faire sa prière ; quand il l'eut ter- » minée, ils lui présentèrent deux étoles et les ornements » pontificaux, avec l'anneau et la crosse , puis ils lui don- » nèrent la consécration épiscopale. Notre bienheureux » confesseur fut donc ordonné prêtre, et sacré évêque par » le très- vénérable Tornoald, d'après l'ordre de l'ange, en » présence de Grégoire et d'Hermoald, coévêques. Alors » ils rendirent grâces à Dieu de ce qu'il avait choisi un tel » pontife. Germier offrit le saint sacrifice en l'honneur de » la sainte Trinité, distribuant aux peuples le pain eucha- » ristique accompagné de l'action de grâces. Après la » messe, Tornoald le reçut dans sa maison, et ils prirent le » repas, remerciant toujours Dieu de tous ses bienfaits. Les » évêques prièrent Germier de rester quelque temps avec » eux : ce qu'il fit.

5. — » Les jours des saintes eulogies étant passés, Ger- » mier revint à Toulouse, où il avait laissé sa maison et » ses affaires. Comme il traversait le royaume des Francs, » la renommée de sa vertu arriva jusqu'à Clovis. Ce prince » envoya des officiers pour le chercher et le conduire avec » honneur auprès de lui. Passant dans la ville où se trou- » vait le roi, il fut prié de se rendre auprès de lui. Ger- » mier parut devant Clovis et le salua profondément. Le roi, » en le voyant, fut tout réjoui de pouvoir connaître un per- » sonnage aussi saint, dont il avait entendu parler avec tant » d'avantage. Germier avait trente ans quand il fut initié au » sacerdoce. Le roi l'interrogea : Qui êtes-vous? d'où venez - » vous? comment vous appelez-vous? On m'appelle Germier ; » je suis né à Angoulême; j'ai été envoyé dès mon en-

• fance à Toulouse pour y apprendre les lettres humaines. » J'ai été fait sous-diacre k Saintes, diacre k Yconium et » évêque k Arsat, quoique indigne. Je mets en Dieu ma » confiance. Le roi lui dit : Celui qui s'exalte sera humilié,

* et celui qui s'humilie sera exalté. Vous êtes un homme » plein de vertu, et l'Esprit de Dieu parle par votre bouche.

6. — » Clovis invita Germier k s'asseoir à sa table ; ils » prirent tous place, après que les mets eurent été bénis » par l'évêque. Quand tous les convives furent assis, il » donna au roi et aux princes les eulogies, et tous ren- » daient grâces à Dieu et au roi de ce qu'il avait appelé le » serviteur de Dieu. Confirmés dans la foi et conduits par » l'Esprit saint, ils confessaient à Germier leurs péchés. Il » disait à tous ceux qui croyaient : Mes enfants, faites péni- » tence, et accomplissez ce que vous avez promis k Dieu » afin que vous ne périssiez pas au dernier jugement. Le » roi connut alors qu'il était saint, et le conjura de prier » pour son âme ; puis il lui dit : Demandez-moi ce que » vous voudrez de tous mes biens ; mes serviteurs exécu- » teront vos ordres. Germier répondit : 0 roi, je ne vous » demande rien de vos domaines ; accordez-moi seulement » dans le territoire de Toulouse autant de terre que pourra » en couvrir ma clamyde k côté du bienheureux Saturnin » mon maître, k l'ombre duquel je désire que mon corps » repose : car, après le Seigneur, je désire l'avoir k Tou- » louse pour défenseur et pour appui. Clovis lui dit : Je » vous donne, autour du lieu qui s'appelle Doz, six mille » mesures de terre, et pour enterrer vos morts autant de » terrain que sept paires de bœufs peuvent en labourer » dans un jour.

7. — » Germier demeura avec le roi vingt-deux jours, » et Clovis lui donna une somme considérable d'or et cinq » cents sicles d'argent, des croix d'or, des calices d'argent

* avec leurs patènes, trois crosses ou bâtons d'argent doré, » trois couronnes dorées et autant de manteaux de fin lin. » Il lui remit un acte scellé de son anneau et de celui des » officiers de sa cour, par lequel il confirmait toutes les » donations et les déclarait libres de toutes redevances. Le » roi dit ensuite à ceux qui l'entouraient : Faites ce que » vous me verrez faire ; il s'approcha et se recommanda à » Germier par les cheveux de sa tête, ce que tous firent » après lui. Clovis l'embrassa et lui dit adieu. Germier, » après avoir béni le roi , se disposa à continuer sa route. » Une multitude innombrable de peuple l'accompagna jus- » qu'à quatre milles. Le saint, versant des larmes, leur » dit : Que la paix soit avec vous, mes frères!... Persévérez » dans la foi que vous avez embrassée, et retournez chez » vous. Que le Seigneur soit toujours avec vous!... Et ils » partirent.

8. — » Saint Germier revint à Toulouse pour y remplir » son ministère. Le peuple le reçut et l'accompagna dans » toutes les visites des églises; il se rendit à l'église de Saint- » Saturnin, parcourut tous les lieux qui étaient commis à » sa garde, et rentra dans sa maison, où il trouva ce qu'il

• avait laissé. Ses serviteurs lui dirent : Il y a longtemps » que vous nous avez laissés; il nous tardait beaucoup de » vous revoir. Germier leur fit part des biens qu'il avait » apportés. Dulcidius et Pretiosus lui montrèrent tous les » trésors et les meubles qu'il leur avait confiés; et après » qu'il les eut examinés, on reporta toutes ces choses en

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» leur lieu. Le peuple se réjouit de l'arrivée de Germier, » qui l'exhortait à confesser ses péchés et guérissait les » malades. Il alla prendre possession de la terre de Doz que » le roi lui avait donnée; il renversa les idoles qui se trou- » vaient en ce lieu, y construisit une église en l'honneur » de saint Saturnin avec trois autels, et il la consacra. Dans » la cérémonie de la dédicace, on alluma trois cents flambeaux » de cire. En cette nuit, saint Germier guérit plusieurs » aveugles, des boiteux, des paralytiques, et en particulier » sept lépreux. La renommée de sa sainteté croissait toujours » dans sa ville de Toulouse. »

9. — » Les parents de Germier se réjouissaient de ce que » Dieu leur avait donné un tel fils. Etant parvenus à une » extrême vieillesse, ils étaient en proie à une grande sollici- » tude et priaient pour leur fils. Au milieu de leurs an- » goisses, l'ange du Seigneur leur apparut, leur assurant - que leur fils était sain et sauf. Ils furent alors remplis » de joie à cause des nouvelles de leur fils et des assurances » de l'ange. Pour Germier, il pria le Seigneur et dit : Sei- » gneur Dieu de mon salut, je vous conjure par votre bonté » de me confirmer dans votre esprit principal ; délivrez-moi » des liens de la nature. 11 bâtit ensuite un monastère à » Doz et y consacra un autel en l'honneur de saint Martin, » réunit en ce lieu ses serviteurs et sa famille, plaça à Doz » tout ce qu'il avait réuni de divers lieux , et établit en sa » maison des aumôniers pour les pauvres. — Revenant en » arrière... Etant diacre, il opéra plusieurs miracles : à sa » prière, Dieu fit jaillir une source d'eau vive et reverdir un » laurier desséché; il guérit deux lépreux, délivra trois pos- » sédés par le signe de la croix, et éteignitun vaste incendie.

10. — « Le pontife passa sa vie au milieu des jeûnes, » des prières et des aumônes pendant trente-six ans, ayant » de nombreux serviteurs. Le démon envoya la peste sur ses » troupeaux; ils périrent tous en une nuit. Les bergers vin-

• rentlui annoncer cette perte tout en pleurs. Mais il leur dit : » Est-ce vos péchés que vous pleurez? Qu'est-ce qui vous » attriste? Ignorez-vous que nous ne sommes pas de ce » monde, et que celui qui a la vie ne peut goûter la mort? » Pourquoi posséder les richesses du siècle? Celui qui hait » le monde, aime Dieu. C'est lui qui a dit : « N'aimez ni le » monde, ni ce qui est dans le monde. » Cette tentation vient » du démon; ces troupeaux ont péri à cause de nos péchés. » Le Seigneur les avait donnés, il les a repris : que son saint » nom soit béni 1 Ce même fléau vint atteindre ses serviteurs, » et ils périrent tous. Leur mort causa à Germier la plus » profonde douleur. Il dit alors à Précieux et à Dulcide :

• Mes frères, allons à l'église du prêtre saint Polycarpe, et » prions Dieu qu'il se montre miséricordieux envers nous. » Etant entré dans l'église, il se revêtit d'un ciuce, se couvrit » de cendres, et pendant trois jours sans boire ni manger il » persévéra dans la prière, versant d'abondantes larmes, » suppliant le Seigneur de le délivrer de la tribulation qui » l'accablait. Il offrit ensuite le sacrifice pour les morts. » Pendant qu'il priait, l'ange du Seigneur lui apparut et lui » dit : Sachez que tous les vôtres ont été conduits en Paradis. >• Il rendit grâces alors à Dieu qui avait daigné ainsi le con- » soler. — Je vous supplie, dit-il, Seigneur, de me placer » au nombre de vos saints. — Maître, lui dirent alors ses » disciples en larmes, pourquoi ne prenez-vous aucune » nourriture? pourquoi vous abandonnez-vous à la douleur?

» Nous vous apporterons quelques aliments. Il leur répondit : » Je n'ai ni faim ni soif; nous devons, à cause du démon » tentateur, persévérer dans la prière et le jeûne ; Dieu » l'écrasera sous nos pieds et tout nous deviendra prospère. » En effet, après quelques années, il rentra dans tous les » biens qu'il avait perdus, et sept ans après il mourut très- » saintement. »

Ici se termine la vie de saint Germier que les Bollandistes ont produite d'après un ancien manuscrit de Toulouse. A la suite de cette vie, on trouve la relation d'un miracle opéré par l'intercession de saint Germier sur un chevalier appelé Godefroy. Ce chevalier, qui avait perdu la parole, la recouvra au tombeau du saint. En reconnaissance de sa guérison, il fit hommage aux hôtes qui l'avaient reçu, de deux garnitures de lit; il offrit aussi au tombeau du saint des courtines de grand prix et d'un admirable travail. Ce miracle eut lieu au temps où l'auteur des actes de saint Germier composait la Vie que nous venons de traduire.

Le manuscrit cité par les Bollandistes fut remis au père Papebroch par Pierre Possin, auteur des Annales de la Compagnie de Jésus ; il l'avait trouvé dans les papiers du P. Odo de Gissey. S'il faut s'en rapporter à l'auteur du manuscrit , Précieux, disciple de saint Germier, aurait, le premier, composé la Vie du saint évêque. Cette assertion n'a aucun fondement historique. Vers le dixième ou onzième siècle, on produisit une vie du saint évêque qui fut transcrite et remaniée au treizième. Ce dernier travail eut pour auteur, à ce que l'on croit, un religieux du monastère de Saint-Germier, à Muret. Les Bollandistes accusent ce dernier auteur d'avoir changé les noms propres des lieux et

des villes : par exemple, d'avoir substitué la province de Paris (Parisitanam) à celle d'Arsat (Arisitanam), Jérusalem (Hierosolimis) à Angoulême (Incolismis), Astarac (Astaricensis) à Bourges (Bituricensis), et, par ces changements de mots, d avoir jeté la perturbation dans l'histoire. Au contraire, dom Vaissette affirme que ces noms prétendus défigurés sont certainement de la première main et conformes au dessein de Fauteur. Il faudrait donc, dans ce sentiment, admettre que saint Germier est né à Jérusalem ; qu'il fut ordonné à Paris, et non point à Arsat; et que c'est du comté d' Astarac dont il est question dans la relation du miracle du chevalier, et nullement du comté de Bourges. Le savant auteur ajoute que si les Actes de saint Germier imprimés par les Bollandistes , contiennent quelque chose de ceux qu'aurait composés Pretiosus, le vrai y est tellement confondu avec le faux qu'il est très difficile de démêler l'un d'avec l'autre.

Nous plaçons ici quelques observations importantes sur ces actes.

1° On lit au 3e paragraphe que, lorsque le saint alla recevoir la consécration épiscopale, il prit avec lui Dulcidius et Pretiosus; et au huitième, il est dit : que ces mêmes disciples lui montrèrent , a son retour a Toulouse, après l'entrevue qu'il avait eue avec le roi des Francs, tous les trésors et les meubles qu'il leur avait confiés. Ce dernier passage porte à conclure que, pendant l'absence de Germier, Dulcidius et Pretiosus avaient veillé avec soin sur les trésors de leur maître : ce qui ne peut être admis, si, comme l'auteur le dit plus haut, ils ont accompagné Germier dans toutes ses pérégrinations. Voilà donc une con-

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tradiction qui jette sur l'authenticité de ces Actes une suspicion légitime.

2° Au même paragraphe, il est dit que Germier, allant prendre possession de la terre d'Ox que le roi lui avait donnée, renversa les idoles qui se trouvaient en ce lieu. Il est bien difficile d'admettre qu'au vie siècle de l'Eglise, dans un lieu aussi voisin de la ville de Toulouse, il y eût des idoles encore debout.

3° Il est dit au paragraphe neuvième — que les parents de Germier se réjouissaient de ce que Dieu leur avait donné un tel fils ; et au premier — que, dans sa jeunesse, il quitta ses parents pour se rendre à Toulouse. Mais, si Germier est né à Jérusalem, il y a donc laissé ses parents dès son bas âge?... Comment, après cela, ont-ils pu connaître, à une si grande distance, la haute réputation de sainteté où leur fils était parvenu et les détails de sa vie ? Nous avouons que cette circonstance nous fait croire que Germier est né à Angoulême plutôt qu'à Jérusalem.

4° On ne saurait méconnaître que le paragraphe dixième, dans lequel l'auteur rapporte d'abord la perte des troupeaux et la mort des serviteurs de Germier, et ensuite la restitution qui lui fut faite de tous les biens qu'il avait perdus, ne soit une imitation exacte et fidèle de l'histoire de Job.

5° Nous sommes beaucoup plus portés à croire que c'est à Arsat que saint Germier a reçu la consécration épiscopale, comme le disent les Bollandistes, plutôt qu'à Paris. Pour détruire ce sentiment, dom Vaissette est tombé dans une contradiction vraiment inexplicable. En effet, dans la note 69e du premier volume de son Histoire, où il examine les Ac-

tes de saint Germier, il prétend qu'il n'y a aucune preuve que le pays d'Arsat fût érigé en évêché sous le règne de Qovis (page 672); et, dans le cours de son Histoire, le savant bénédictin dit expressément (page 266) : « Le pays » d'Arsat ou de l'Àrsat (pagus Arisitensis) s'étendait sur la » partie de l'ancien diocèse de Nîmes située vers les fron- » tières du Rouergue et du diocèse de Lodève.... Ce pays » avait titre d'évêché, vers le milieu du vie siècle, mais » nous n'en connaissons pas l'origine. » Si le grave histotorien ne connaît pas l'origine de l'évêché d'Arsat, comment peut-il affirmer qu'il n'existait pas au temps de l'ordination de saint Germier, c'est-à-dire vers le commencement du vie siècle?

6° On regarde Tornoald , que Bernard de La Guyonie appelle Conicald , comme l'évêque d'Arsat. Quant à Grégoire, on suppose qu'il est différent de l'évêque de Saintes qui ordonna Germier sous-diacre. Pour ce qui est d'Hermoald, on ignore le siège qu'il occupait. Il faut cependant admettre qu'Arsat appartenant à l'Aquitaine première, dépendante de la métropole de Bourges occupée alors par Tétadrius, ce métropolitain fut remplacé dans la consécration épiscopale de Germier par des évêques voisins de Toulouse : ce qui a donné lieu de croire que Grégoire et Hermoald appartenaient aux sièges d'Albi, d'Agen ou de Cahors.

7° L'évêque qui ordonna Germier diacre, n'est point nommé dans les actes. Quant au lieu d'Yconium où il reçut cet ordre, on croit qu'il faut lire Yonsium, appelé vulgairement Yonsac, situé à six lieuefs de Saintes. Touchant le palais de Clovis où Germier fut appelé, on croit communément

qu'il était situé au confluent du Tarn et de la Garonne, non loin de la ville de Moissac. Dans cette opinion, ce palais aurait été situé sur la voie qui conduisait d'Arsat k Toulouse.

8° Nous ignorons quelle était l'église de saint Polycarpe, prêtre, dans laquelle saint Germier alla prier avec ses disciples, peu de temps avant sa mort. Ce ne peut être celle du monastère de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, au diocèse de Narbonne, car cette abbaye ne fut fondée que plus tard. Il existe un autre Polycarpe, prêtre de Rome, honoré le 23 février, et il faut supposer que quelque église voisine de Toulouse était dédiée k ce saint.

Résumant ici toutes nos observations, nous croyons que saint Germier est né k Angoulême, et non k Jérusalem. Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est le soin que prit, au xvue siècle, Charles de Montchal, archevêque de Toulouse, de rétablir le culte solennel de saint Germier. Ce prélat avait été chanoine d' Angoulême et abbé de Saint- Amand de Boixe dans le même diocèse. Le zèle qu'il montra pour le rétablissement de ce culte peut être regardé, dans l'esprit de ce judicieux pontife, comme une présomption en faveur de notre opinion. Nous admettons que saint Germier fit ses premières études k Toulouse; qu'ensuite, étant entré dans la cléricature, il fut ordonné sous-diacre à Saintes, diacre à Jonsac, et enfin évêque à Arsat ; qu'il eut une entrevue avec Clovis, dans un château du pays que ce prince venait de soumettre k ses armes : nous regardons comme certaines toutes les circonstances de cette entrevue mémorable. Des monuments encore existants attestent qu'il mourut k Ox, hameau situé près de Muret ;

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que c'est en ce lieu qu'il fut d'abord enterré; qu'ensuite, ses ossements, ainsi que ceux de ses deux disciples, furent portés dans l'église paroissiale de Saint- Jacques de Muret, où ils se trouvent encore dans une crypte située sous le sanctuaire.

Le culte de saint Germier remonte à la plus haute antiquité : il est fait mention de lui, sous le 16 avril, dans un ancien martyrologe manuscrit de l'abbaye de Saint- Savin au diocèse de Tarbes, ainsi que dans un autre manuscrit très ancien de la ville de Prague. Quant à ses deux disciples Dulcidius et Pretiosus, on n'en célèbre point la fête, quoique leurs reliques soient placées à côté de celles de saint Germier, et exposées comme elles à la vénération des lidèles. On donne vulgairement à saint Germier cinquante ans d'épiscopat. 11 est bien difficile d'admettre une si longue durée, surtout lorsque dans ce long espace de temps aucun monument historique ne vient révéler quelque fait relatif à cet épiscopat.

Nous croyons avoir retrouvé les deux oratoires que saint Germier éleva en l'honneur de saint Saturnin et de saint Martin. Le premier était situé au confluent de la Garonne et de la Louge, non loin du château du Muret occupé par les seigneurs de Comminges. 11 est aujourd'hui complètement détruit. Le second se trouvait au lieu où, depuis, a été bâtie l'église paroissiale d'Ox, qui est encore dédiée à saint Martin. Quant au monastère construit par saint Germier, et dans lequel il mourut au milieu de ses nombreux disciples, il était situé à peu de distance de la ville de Muret, vers le couchant, à l'endroit où se trouvent réunies les trois routes qui conduisent, l'une à La Masquère, l'autre à

Seysses, et la dernière à Ox. On a élevé une croix sur remplacement de ce monastère, et ce quartier porte encore le nom de Saint-Germier le Vieux. Ce fut sans doute en ce lieu que le saint évêque resta enseveli jusqu'à la translation de son corps dans l'église paroissiale de Saint-Jacques. Le monastère de saint Germier prit, plus tard, le titre de prieuré, et fut cédé à l'abbaye de Lézat (t).

(1) Le corps de saint Germier était autrefois renfermé dans un tombeau creusé dans le mur, et dont l'entrée était fermée par une grille en fer. L'humidité qui régnait dans la crypte nécessita la translation du corps dans une nouvelle chasse, qui se trouve aujourd'hui dans une armoire en saillie placée vis-à-vis de l'ancien tombeau. L'église de la Dalbade à Toulouse et la chapelle du grand séminaire possèdent quelques fragments des reliques de ce pontife. 11 est le patron titulaire de plusieurs paroisses dans le diocèse de Toulouse, et en particulier de celle de Frouzins, village situé entre Toulouse et Seysses-Tolosanes. Une tradition du pays rapporte que saint Germier, se rendant de sa ville épiscopale à Ox, passait à Frouzins par un chemin près du cimetière, et que les fleurs naissaient sous ses pas : c'est ce qui a fait donner à cette voie le nom de Mvnramet ou des Rameaux. Il existait autrefois une chapelle dédiée à saint Germier au milieu du cimetière de Frouzins ; on en voit encore les ruines. La piété des habitants de Muret éleva aussi un temple à ce saint évêque ; cet oratoire devint plus tard une église paroissiale dont M. Montjouzieu fut le dernier titulaire. L'église de Saint-Germier à Muret , qui existait encore il y a peu d'années, avait été construite par M. Boutirac, curé de cette paroisse.

Catel rapporte que saint Rémi, archevêque de Reims, fit hommage à saint Germier d'une mitre, d'une paire de gants et d'an anneau. Après la mort de saint Rémi, Germier fit construire un oratoire à Toulouse en son honnenr, dans la rue qui porte le nom de Saint-Remésy ou Rémi. Ces objets précieux furent placés par saint Germier dans cet oratoire, et transportés de là dans l'église de Saint-Jean de Malte, où ils étaient exposés à la vénération des fidèles, à côté de l'autel. Recueillis par la piété des habitants de Toulouse .pendant la révolution, la mitre et les gants se trouvent aujourd'hui dans la basilique de Saint-Saturnin.

i32 TEMPS ANCIENS.

Quoique nous n'ayons aucun monument depuis 508 jusqu'après 533 qui nous indique sous quelle domination était la ville de Toulouse durant cet intervalle, il paraît certain que les Français en gardèrent la possession depuis sa soumission à Clovis. Ainsi, elle passa tour à tour sous la domination de Thierry, roi de Metz ; de Théodeberd, fils de Thierry ; de Clotaire, qui devint seul maître de la monarchie française ; de Caribert, son fils ; et, après la mort de ce dernier, de Chilpéric, son frère. Ce fut sous ce dernier prince que Toulouse devint la capitale de l'Aquitaine Neustrienne. C'était un antique usage qui commença à s'établir sous les successeurs de Constantin, et qui continua sous les Français, les Visigoths, et les autres peuples qui s'établirent dans l'empire d'occident, de faire gouverner par des ducs les provinces conquises. Ces hauts seigneurs étaient les lieutenants des princes; ils commandaient les troupes et administraient la justice. Ils avaient sous eux des comtes, dont l'autorité s'étendait dans un seul diocèse, et sous les ordres des comtes étaient des viguiers (vicarii) : de telle sorte, qu'il existait trois sortes de juridictions : celle des ducs, celle des comtes et celle des viguiers. Parmi ces ducs, l'un des plus illustres de ce siècle, fut Launebode, duc ou gouverneur de Toulouse. Fortunat, évêque de Poitiers, nous a laissé un poëme en l'honneur de ce seigneur. Voici comment il s'exprime :

« Que d'autres exaltent par des louanges humaines les » héros profanes ; pour moi, je ne veux célébrer que les » justes. Cest une œuvre de piété que de conserver le sou- » venir des vainqueurs , et notre esprit est porté par deux » raisons à ce travail : la première, c'est le plaisir qu'on

TEMPS AMC1ENS.

» éprouve à dire de grandes choses des grands hommes,

» car celui qui ne publie point le bien, se rend presque

» coupable de crime; la seconde, c'est que le succès nous

» plaît, et qu'on est porté à un plus grand bien quand on a

» sous les yeux les choses excellentes qu'on reproduit. Qui

» n'a point entendu parler de la glorieuse palme qu'a con-

» quise le martyr Saturnin, homme illustre et vénérable » aux yeux de l'univers tout entier? 11 vint de Rome à Tou- » louse-porter une semence religieuse dans le champ cul- » tivé par les chrétiens. Une troupe furieuse s'empara de • l'ami de Dieu, et forma le projet de lacérer ses membres. » On le vit, en effet, attaché aux pieds d'un taureau, traîné » en sens inverse, périr entièrement brisé. Ainsi, son âme » quitta la terre pour le ciel, heureux d'avoir vaincu la mort ■ dans son sacrifice ! Mais le lieu où le saint prit les liens du » martyre n'avaient point encore été honoré par un édifice » religieux; car, après bien des siècles, Launebode, pen- » dant son gouvernement, éleva le faîte du pieux monu- » ment; et, ce qu'aucun Romain n'avait fait, cet homme, » issu d'une race barbare, l'accomplit, aidé en cela par » Bérétrude son épouse, femme plus remarquable encore » par les qualités de son esprit que par sa beauté. Elle » était issue d'une race illustre, et par sa piété elle devint » la gloire de son époux ; elle chercha à satisfaire sa reli- » gjon en distribuant de ses propres mains, aux pauvres, » d'abondantes aumônes, et poursuivit sans relâche l'espé- » rance chrétienne en élevant des temples, toujours prête » à toutes sortes de bonnes œuvres. En couvrant ceux qui » sont nus, donnant à boire à ceux qui ont soif, cette femme » remplit son âme des eaux de l'éternelle vie. Elle acquiert

» d'autant plus de mérites, que tout ce qu'elle fait, elle le » rapporte, dans sa sollicitude, au salut de son époux. Ce » seigneur, qui a acquis tant de gloire dans sa nation, grand » en tout, illustre par sa noblesse, quoique placé par elle » au sommet, a surpassé tous ses aïeux par la beauté de » ses mœurs. Qu'ils vivent donc l'un et l'autre éterneile- » ment unis, et que leur mutuel amour brille toujours du » même éclat ! »

Quelques difficultés historiques naissent de ce poëme en l'honneur de Launebode. Quel est le lieu que désigne le poète par ces mots qui indiquent celui où l'on jeta des liens sur le martyr (quo sanctus vincula sumpsit) ? Veut-il parler de Toulouse, qui fut le théâtre de la mort de Saturnin, dont le supplice commença par les liens qui l'attachèrent au taureau? Dans cette supposition, que deviendrait la basilique commencée par saint Sylve et terminée par saint Exupère , puisque Fortunat déclare que Launebode a, le premier, élevé en ce lieu un temple à Saturnin, (nullius templi fultus honore fuit)? Si, par ce lieu, on ne doit point entendre Toulouse en général, mais bien quelque endroit particulier de la cité, il est clair que le poète désigne ici le Capitole, où Saturnin a été attaché par des liens au taureau (vincula sumpsit). A s'en tenir à la lettre, il faudrait conclure que le temple bâti par Launebode en l'honneur de Saturnin fut construit sur l'emplacement de l'ancien Capitole, ou du moins dans un lieu qui en dépendait.

On a cru généralement que le temple élevé par ce duc était situé au lieu où se trouve aujourd'hui l'église du Taur. Cette opinion ne serait pas en opposition avec le passage de Fortunat, car, s'il faut avoir foi à des traditions et à des mo-

numents rapportés par Catel dans ses Mémoires, le Capitole, du haut duquel saint Saturnin fut précipité, était très voisin de ce lieu, puisque cet auteur place le Capitole vis-à-vis de rhôlel de ville actuel. Ainsi se trouverait détruite l'opinion qui avance que Saturnin rendit le dernier soupir au lieu où se trouve aujourd'hui l'église du Taur, opinion d'ailleurs qui ne peut s'accorder avec la distance connue d'un édifice à l'autre. Il est beaucoup plus rationnel d'admettre que le saint fut traîné, pendant quelque temps au moins, jusqu'au milieu de la campagne déserte où commençait la voie romaine qui conduisait de Toulouse à Aginnum (Agen); que c'est au milieu de cette campagne que le corps de Saturnin fut laissé, puis enseveli par la piété de deux vierges chrétiennes ; que c'est en ce lieu que saint Hilaire éleva un modeste édicule sur son tombeau ; et qu'enfin c'est au milieu de ce terrain vaste et désert que fut construite la basilique exupérienne qui reçut les ossements du martyr, transpor- , tés de l'oratoire de saint Hilaire. D'après ces observations, nous pensons que le temple bâti par Launebodc touchait presque à l'ancien Capitole, ce qui le place naturellement au lieu désigné plus haut, c'est-à-dire à l'église du Taur.

Grégoire de Tours fait aussi mention, dans son Histoire des Francs, de Bérétrude, épouse de Launebode; il affirme qu'elle fonda à Toulouse plusieurs monastères de filles, dont cependant aucun monument historique n'est venu confirmer l'existence. Ces nobles seigneurs laissèrent une fille unique héritière de leurs grands biens et de leur piété ; ils moururent vers l'an 573.

Le fameux duc Didier succéda à Launebode dans le gouvernement de Toulouse. La guerre ayant éclaté entre Chil-

236 TEMPS JLNUIKNS.

péric et Childebert, son neveu, Mommole, général de ce dernier, remporta une éclatante victoire sur Didier, qui combattait pour Chilpéric. Ce général, après sa défaite, se mit à la tête de nouvelles troupes, et marcha à la conquête du Périgord et de l'Àgenais, qui appartenaient a Gontran, roi de Bourgogne. Dans cette guerre , il devint le persécuteur de la femme de Raynoalde, gouverneur de l'Agenais. Cette princesse s'était sauvée dans l'église de Saint-Caprais d'Agen. Didier, violant tous les droits d'asile, l'arracha de ce temple, la dépouilla de ses richesses, et fit arrêter tous ses domestiques ; il l'obligea ensuite à donner caution, et l'envoya à Toulouse, où la crainte d'être maltraitée de nouveau par ce duc l'obligea de se réfugier dans la basilique de Saint-Saturnin , dont elle ût sa demeure (581). — Ce fait paraît indiquer qu'il existait, a cette époque, un monastère attaché à l'église du martyr, dans lequel étaient inviolablement gardées les personnes qui pouvaient user du privilège d'asile.

Toulouse devait voir bientôt une autre femme malheureuse implorer aussi le droit d'asile contre les persécutions qui l'accablaient : nous voulons parler ici de Rigonthe, fille de Chilpéric et de Frédégonde, que son père donna en mariage à Récarède, fils de Leuvigilde, roi des Visigoths. Cette princesse ne consentit qu'avec peine à ce mariage ; mais, se voyant pressée par les ambassadeurs de Leuvigilde et par les ordres du roi son père, elle quitta Paris, après y avoir célébré ses noces ; elle partit au commencement de septembre de l'an 584. Frédégonde donna à sa fille un magnifique cortége ; ses équipages étaient superbes ; elle emportait avec elle une si grande quantité de bijoux, de meubles et d ar-

genterie, que cinquante chariots suffirent à peine pour le transport. Chilpéric, craignant que Gontran et Childebert n'inquiétassent, dans son voyage, la princesse, la fit escorter par quatre mille hommes commandés par les seigneurs de la cour. Rigonthe arriva enfin a Toulouse avec ce splendide cortège; elle s'arrêta dans cette ville pour se délasser des fatigues du voyage, et se mettre en état d'entrer dans les domaines de Leuvigilde, son beau-père. Elle faisait réparer ses équipages, lorsque Chilpéric mourut à Chelles, au mois d'octobre de la même année.

La mort de Chilpéric, dont Didier fut averti des premiers, porta celui-ci à se déclarer ouvertement pour Gondebaud, dont nous devons, en peu de mots, retracer l'histoire. — Ce prince était fils naturel de Clotaire ÏCT, roi de France. La mère de cet enfant prit un soin particulier de son éducation, et laissa croître sa chevelure comme celle des princes de la maison royale. Clotaire ne voulut point reconnaître Gondebaud; mais Childebert, son frère, roi de Paris, qui n'avait point d'enfants, le prit auprès de lui, le regardant comme son neveu. Clotaire parvint à enlever Gondebaud et le fit raser. Ce roi étant mort, Caribert, son fils, prit auprès de lui ce prétendu frère, lui laissa croître les cheveux et eut soin de son éducation. Mais Sigebert, roi d'Austrasie et frère de Caribert, attira Gondebaud à sa cour, le fit raser de nouveau et l'envoya à Cologne, d'où il passa en Italie et de là à Constantinople.

Dans la suite, le duc Gontrand Bozon, un des principaux seigneurs d'Austrasie, fit un voyage à Constantinople : il y rencontra Gondebaud , auquel il persuada de venir avec lui en France. Ce dernier suivit ce conseil, et, accompagné de

Gontrand Bozon, arriva vers l'an 582 au port de Marseille, avec deux enfants qu'il avait eus à Constantinople. Mommole n'était point étranger k cette intrigue, et travailla k grossir le parti deGondebaud, en lui procurant l'appui de Didier, duc de Toulouse. Ce dernier se déclara ouvertement en faveur de ce nouveau prince. Cette résolution le porta à arrêter la princesse Rigonthe avant même qu'elle n'eût appris la mort de son père. Dans le dessein de s'emparer des trésors et des riches meubles de cette princesse, il se mit à la tête de quelques troupes, entra dans Toulouse, se rendit au palais où logeait Rigonthe, et, après avoir fait enlever tous ses trésors, les fit mettre en lieu de sûreté et sous le scellé. Gondebaud fut proclamé roi des Français k Brives. Rigonthe ayant appris cet événement, et craignant d'éprouver de plus mauvais traitements de la part du duc Didier, parvint k se dérober k la vigilance de ses gardes ; au mois d'octobre 584, elle alla se réfugier dans l'église de la Daurade comme dans un asile inviolable.

Cest là le fait historique le plus certain qui nous montre l'existence de cette église au vie siècle. Puisqu'il cette époque elle servait d'asile, il devait donc y avoir un monastère : ce qui fait supposer qu'elle existait déjà depuis bien des années. H est cependant difficile de déterminer d'une manière précise l'époque de sa fondation. Il existe dans nos annales une tradition respectable par son antiquité, et qui attribue k saint Exupère, non la fondation de l'édifice matériel qui fut plus tard appelé la Daurade, mais la consécration de l'ancien temple de Pallas k la gloire de la Mère de Dieu, temple qui, après avoir été purifié par les prières et les bénédictions du saint évêque, fut dédié k Dieu sous le nom de Sainte-

Marie. On voit d'après cette tradition, contre laquelle on ne peut élever rien de sérieux, que cette église de Sainte-Marie serait aussi ancienne et plus ancienne peut-être que la basilique exupérienne de Saint-Saturnin. La même tradition affirme que cette église fut plus tard embellie et décorée d'ornements d'or par les soins de la. reine Placidie, femme d'Ataulphe, sœur des empereurs Arcadius et Honorius, princesse de la plus haute piété; que, longtemps après, cette église fut considérablement agrandie par la reine Ragnahilde, dont le tombeau se voyait dans l'enceinte du temple.

Pendant que Rigonthe vivait tristement agitée dans l'église de la Daurade, Gondebaud s'emparait du Quercy, du Périgord et de l'Angoumois , et s'avançait vers Toulouse, — Magnulfe était alors évêque de cette ville (585); il avait succédé à saint Germier, dont l'époque de la mort n'est pas suffisamment indiquée dans l'histoire. Magnulfe était un prélat courageux et intrépide. Gondebaud lui ayant envoyé des députés pour qu'il lui ménageât l'entrée de cette ville, aussitôt ce prélat assembla les citoyens de Toulouse, leur fit part des propositions de Gondebaud, et rappelant dans son esprit ce que cette ville avait souffert quelque temps auparavant d'un certain Sigulphe qui avait voulu s'y faire reconnaître pour roi, il dit à l'assemblée : « Nous sa- » vonsqueGontranetChildebert, son neveu, sont rois; pour • celui-ci, nous ne savons d'où il est : tenez-vous donc prêts ; » et si le duc Didier veut faire tomber sur nous un pareil » malheur, qu'il éprouve le sort de Sigulphe, et qu'ainsi il » serve d'exemple à tous, pour qu'aucun étranger n'usurpe » le trône des Français. » Ces paroles portèrent les Toulousains à résister et à soutenir la guerre. Mais Gondebaud

étant arrivé avec une puissante armée, ceux-ci, se voyant trop faibles pour résister, lui ouvrirent les portes. Peu de jours après, Tévêgue, étant à table avec Gondebaud dans les bâtiments dépendant de la principale église, lui dit avec intrépidité : « Vous prétendez être le fils de Gotaire : » mais nous ignorons si c'est la vérité, et nous regardons » comme impossible que vous puissiez terminer votre en- » treprise. » — Gondebaud répondit : « Oui , je suis le fils » du roi Clotaire, et je tiens déjà une partie de son royaume ; • bientôt j'arriverai jusqu'à Paris, et je fixerai là le siège de » mon empire. » — L'évéque répliqua : « Si ce que vous » dites s'accomplit, il faut qu'il n'existe aucun prince de la » race des Francs. • A ces mots, Mommole, indigné, se lève et frappe l'évéque à la joue , lui disant : Vous n'avez pas honte de parler d'un manière aussi insensée à un si grand roi ? Le duc Didier, ayant appris ce qui venait de se passer, se jeta sur l'évéque, le frappa de sa lance, des pieds et du poing ; ensuite on lia Magnulfe comme un criminel avec des cordes, et on l'envoya en exil, après s'être emparé de tous ses biens et de ceux de son Eglise. Quant à Rigonthe, sans respecter la sainteté du lieu qu'elle avait choisi, elle fut enlevée de l'église de la Daurade et exilée aussi. L'évêché de Toulouse, pendant l'exil de Magnulfe, fut promis à Sagittaire qui avait été évêque de Gap. Le dérèglement de ses mœurs et sa vie scandaleuse l'avaient fait déposer de l'épiscopat. Depuis longtemps, il avait embrassé le parti de Gondebaud ; il espérait, par la faveur de ce prince, rentrer dans son évêché. Ce nouveau roi soumit alors la ville de Toulouse. Enflé de ses succès, il envoya des ambassadeurs au roi Gontran pour lui demander la portion du royaume de

Fi ance qu'il prétendait lui appartenir. Le roi de Bourgogne, irrité de cette conduite, fit mettre les députés à la torture, et les força ainsi de lui révéler les desseins de leur maître. Dans cette circonstance, il crut prudent de se réconcilier avec Childebert, son neveu; il l'appela k sa cour et le reconnut pour l'unique successeur et héritier de son royaume.

La réconciliation de ces deux princes jeta la perturbation dans les affaires de Gondebaud. Obéissant k une politique peu loyale, le duc Didier abandonna le parti de ce prince, et se retira dans quelque château fortifié de l'Albigeois, où il forma une espèce de camp pour se mettre k l'abri des poursuites de Gontran. Sur le bruit de l'approche des Bourguignons, Gondebaud s'enferma dans la ville de Lyon de Comminges , place beaucoup plus fortifiée par la nature que par l'art. Leudégisile, commandant de l'armée de Gontran, s'avança alors vers cette place avec les ducs Bladaste et Mommole, 1 evèque Sagittaire, Waddon, et plusieurs autres seigneurs de son parti. Au commencement, la résistance fut vive; mais au quinzième jour de siège, Bladaste l*assa dans le camp des Bourguignons. Leudégisile fit alors offrir la vie k Mommole et k ses complices s'ils voulaient lui livrer Gondebaud. La proposition fut acceptée. Ces traîtres, abusant de la foi du serment, persuadèrent k ce prince que Gontran le recevrait avec joie. Cédant avec trop de facilité k ces conseils perfides, Gondebaud s'avança vers la porte de la ville; lk, Ollon comte de Berry et le duc Bozon se saisirent de sa personne. Le comte lui donna alors une secousse pour le faire tomber dans l'un des précipices dont la place était entourée, en disant aux habitants : Voilà votre Ballomer! ce qui signifie « frère ou fils supposé du roi. »

Gondebaud étant tombé k terre, Ollon lui porta un coup de lance, et comme le prince cherchait à se relever, Bozon lui jeta une grosse pierre qui lui écrasa la tête et l'étendit mort sur place (585). On insulta k son cadavre et on le priva des honneurs de la sépulture.

Leudégisile, setant ainsi rendu maître du Comminges, livra cette ville au pillage, y lit mettre le feu et la réduisit en cendres. Elle demeura dans cet état jusqu'au xic siècle, où elle fut rebâtie par saint Bertrand, son évêque, dont elle prit le nom.

Rufin était évêque de Lyon de Comminges k l'époque du désastre de cette ville. 11 avait succédé k Amélius, premier du nom. Rufin eut la douleur de voir son église détruite, ses clercs et son peuple massacrés dans cette cruelle guerre. On ignore où il établit le siège de son évêché. Après lui , l'église de Comminges fut longtemps privée de ses pasteurs, car on n'en rencontre dans l'histoire que vers la fin du vmc siècle. Mommole et Sagittaire éprouvèrent le même sort que Gondebaud; Leudégisile, malgré sa parole, les fit périr, par ordre de Gontran. Craignant d'éprouver le sort de Mommole, Didier implora la clémence de Gontran, qui lui accorda sa grâce et le renvoya dans son gouvernement de Toulouse.

Magnulfe, évêque de cette ville, fut alors rappelé de son exil. Les soins qu'il était obligé de donner a son troupeau, dont il était depuis quelque temps éloigné, ne lui permirent point de se rendre en personne au second concile de Maçon, que Gontran fit assembler a cette époque. Il s'y trouva quarante-trois évêques, tous en partie du royaume de Bourgogne et de l'ancien royaume de Caribert. On y compta

quinze députés d'évêques qui ne purent point venir au concile; parmi ces députés, on trouve celui de Magnulfe, évêque de Toulouse. Il n'est plus question de cet évêque dans l'histoire, et nous ignorons l'époque précise de sa mort.

L1 Albigeois faisait alors partie du duché de Toulouse. Gontran le rendit à Childebert. Didier fut inquiété de cette restitution, non seulement parce qu'il perdait une' partie de son gouvernement, mais encore parce qu'il redoutait que Childebert ne voulût se venger des victoires qu'il avait remportées dans ce pays sur les armées de Sigebert, son père. Cette crainte, qui n'était pas dénuée de fondement, porta Didier à abandonner l'Albigeois ; il alla, avec Tétrade sa femme, ses enfants, et les biens qu'il put emporter, fixer sa demeure dans le pays toulousain, qui fut toujours soumis à Gontran. Mais Didier trouva bientôt la mort sous les murs de Carcassonne, qu'il cherchait à enlever a Récarède, roi des Visigoths. Le comte Ostrovalde lui succéda dans le duché de Toulouse. Ce seigneur fut obligé de prendre les armes contre les Gascons, peuple indépendant qui occupait, au-delà des Pyrénées, la Navarre et une partie de l'Aragon et du Guipuscoa. Ayant fait une excursion jusqu'aux portes de Toulouse , les Gascons se virent repoussés par Ostrovalde , qui délivra ainsi la ville des brigandages de ces peuples (587). Ce duc devait, comme son prédécesseur, trouver la mort sous les murs de Carcassonne , car il fut tué dans la fameuse bataille que remporta le duc Claude , général de Récarède , sur les armées des Français. Sérénus fut créé, après lui , duc de Toulouse. On connaît peu de choses sur ce seigneur, sinon qu'il était le père de saint

Amand, évêque de Maëstrik (1). Gontran, roi de Bourgogne, mourut au mois de mars de Tan 593 , et laissa le pays toulousain a Childebert , roi d'Austrasie , son neveu ; mais ce dernier ne survécut pas longtemps a l'agrandissement que lui avait procuré la mort de son oncle, car il périt à la fleur de son âge, laissant deux jeunes enfants qu'il avait eus de la reine Faileube. L'aîné, Théodebert H, eut en partage le royaume d'Austrasie, et conséquemment les pays qui en dépendaient; le second, nommé Thierry, eut le royaume de Bourgogne avec tous les états dont jouissait Gontran à sa mort.

(4) H existe dans le canton de Muret une église très ancienne sous Finvocation de saint Amand, dépendant aujourd'hui de la paroisse de Stantens. La construction de cet édifice pourrait se rattacher à la mémoire de l'illustre fils du duc Sérénus.

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