‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 37 sur 71 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

DEPUIS LA FIN DE h ÉPISCOPAT DE MAGNULFE EN 595 JUSQUES A EUDES, DUC D'AQUITAINE, EN 688.

Catel, dans ses Mémoires, donne pour successeur a Magnulfe sur le siège de Toulouse, Mennas , auquel saint Grégoire adressa une lettre qui porte pour titre : A divers Evêques des Gaules — Ad diversos Episcopos Galliœ, — et dans laquelle il leur recommande la célèbre mission du moine Augustin pour la Grande-Bretagne. Le même saint docteur fait encore mention de Mennas dans une lettre écrite à la reine Brunehault. Le P. Labbe, dans sa grande collection des conciles, place aussi Mennas au nombre des évêques de Toulouse ( tom. v ) ; mais les savants éditeurs des œuvres de saint Grégoire ont démontré qu'il y avait erreur sur ce point, et qu'il fallait lire Telonœ et non Tolosœ, c'est-à-dire Toulon au lieu de Toulouse.

Ce fut au commencement du viie siècle que, selon l'opinion la plus vraisemblable, les Gascons ou Wascons, dont nous avons déjà parlé, s'établirent en deçà des Pyrénées ; sous les rois Théodebert II et Thierry ils étaient déjà maîtres d'une partie de la Novempopulanie, à laquelle ils donnèrent le nom de Gascogne. Effrayés de leurs conquêtes , les princes français envoyèrent une armée contre eux. Les Gascons furent subjugués et se rendirent tributaires de ces

princes, xmi leur donnèrent le duc Genialis pour les gouverner (602). Thierry, auquel Toulouse était alors soumise, ternit bientôt la gloire de ses armes par le meurtre de Théodoric son frère et celui de ses deux fils qu'il avait faits prisonniers. Le ciel le frappa un an après ce fratricide : il expira au milieu des affreuses tortures que lui causa la maladie dont il fut atteint; il laissa plusieurs enfants. La reine Brunehault, son aïeule, fit tous ses efforts pour affermir Sigebert, l'aîné de ces princes , sur le trône d'Austrasie... Efforts impuissants! Clotaire , roi de Neustrie , déclara la guerre aux enfants de Thierry, les défit , les jeta dans les fers , ainsi que Brunehault , leur bisaïeule ; il fit périr Sigebert et Corbus, et épargna Mérovée, qui se perdit dans l'obscurité de la vie privée ; un quatrième nommé Childebert s'effaça aussi complètement. Brunehault fut réservée à la honte d'un affreux supplice : pendant trois jours elle resta exposée dans le camp aux insultes des soldats et à la cruauté des bourreaux; on l'attacha ensuite à la queue d'un cheval indompté; les lambeaux de son corps furent brûlés et ses cendres dispersées par les vents. Bossuet dit de cette femme : Sa mémoire fut déchirée, et sa vertu tant louée par saint Grégoire a peine encore à se défendre. Ce qui revient à dire que, si cette reine fut innocente de beaucoup de crimes dont on l'accuse, elle a cependant mérité la réputation que la plupart des historiens lui ont faite (613).

Après toutes ces sanglantes exécutions, Clotaire II demeura seul maître de la monarchie française. Ce prince, fils de Frédégonde, avait alors vingt-neuf ans. Sous son règne, la paix la plus profonde régna sur la France; il s'appliqua

à faire fleurir la discipline ecclésiastique et à détruire les simonies trop fréquentes qui se commettaient dans les élections des évêques. Vers l'an 622, il céda une partie de ses états à Dagobert, son fils, qu'il établit sur le royaume d'Àustrasie. Il y avait deux ans que Dagobert régnait sous l'autorité de son père , lorsqu'un concile fut assemblé à Reims en 625. C'est dans les souscriptions à ce concile que l'on trouve le nom de Willegisile, évêque de Toulouse. C'est le seul fait de l'épiscopat de ce pontife que l'histoire nous ait conservé. En supposant qu'il ait été, comme tout porte à le croire, le successeur immédiat de Magnulfe , il comptait un assez grand nombre d'années d'épiscopat lorsqu'il fut appelé au concile de Reims. Trois ans après la célébration de ce concile, Clotaire II mourut en 628 , dans la quarante-cinquième année de son âge et de son règne. Dagobert, son fils, succéda au reste de ses états.

Au commencement du règne de ce prince, le corps de Rustique, évêque de Cahors, fut transporté dans un lieu appelé Saint-Pierre de SUva-Agra , dans le diocèse de Toulouse. Ce prélat était fils de Salvi et d'Erchanfrède, citoyens d'Albi, l'un et l'autre distingués par leur naissance et leur piété. Rustique eut deux frères, Syagrius et Didier; ce dernier est connu dans l'Albigeois sous le nom de saint Géry. Clotaire avait fait appeler a sa cour ces trois jeunes seigneurs, les destinant à occuper un jour les principales places de son royaume. Rustique embrassa dès sa jeunesse l'état ecclésiastique ; il fut revêtu de la dignité darchidiacre de Rhodez et de celle d'abbé palatin ou intendant de la chapelle du roi. Elevé quelque temps après sur le siège épiscopal de Cahors, il fut assassiné dans une sédition qu'avaient excitée

contre lui, dans sa ville épiscopale, une troupe de scélérats, vers la fin de l'année 629.

Le territoire de Silva-Agra est situé sur les limites qui séparent aujourd'hui les diocèses de Toulouse et de Montauban, entre le bourg de Castelnau-d'Estrétefons ( de stricris forttibns) et celui de Pompignan. C'est sur ce territoire qu'a été établie une paroisse qui porte le nom de Saint- Rustique ou Rustice. Il est certain que le pays était couvert, dans le temps de la conquête des Gaules par les Romains, d'une immense forêt de chênes. On y aperçoit encore un champ qui porte le nom de Fort, et un autre relui des Maures; une église dédiée à saint Rustice, dans le style bysantin, et dont la construction remonte au commencement du xue siècle; et une source d'eau vive qui coule audessous de l'autel principal, dans le sanctuaire. On y a dernièrement découvert une mosaïque représentant des divinités païennes, des statues mutilées, des amphores , et le tuyau par où coulait le sang des victimes. S'il faut ajouter foi à certaines traditions, ce lieu aurait été consacré au culte druidique. Sans chercher a les justifier ici, on ne peut douter que le lieu de Silva-Agra n'ait été le théâtre d'anciennes cérémonies religieuses des peuples païens. Au vnc siècle, il y avait sur ce territoire une église dédiée à saint Pierre et un prieuré.

Il est curieux de rechercher pourquoi le corps de Rustique de Cahors fut transporté dans cette église, et pourquoi il y fut inhumé. Nous avons dit plus haut que Rustique avait un frère nommé Didier, qui fut son successeur dans l'évêché et qui est honoré d'un culte public. Avant sa promotion à lYpiscopat, Didier avait exercé à la cour de Clotairc II

la charge de trésorier, et Dagobert l'avait nommé duc de Marseille, après la mort de Syagrius soo frère. Les habitants de Cahors, pour témoigner l'affliction que leur avait donnée l'assassinat de Rustique, demandèrent Didier pour évêque: ce que Dagobert accorda. Il ne serait pas étonnant que Didier eût voulu faire transporter le corps de son frère dans quelque église de sa dépendance. L'histoire nous apprend que Didier, indépendamment des biens immenses dont il avait hérité de sa famille, en tenait un grand nombre d'autres de la libéralité des rois Dagobert et Sigebert, soit dans l'Albigeois, soit dans le Quercy et les contrées voisines; qu'il consacra tous ses biens k la construction des églises, et qu'il forma un grand nombre de paroisses dans ses terres, qui renfermaient plus de quatre-vingts villages.

Le monastère auquel saint Didier fit le plus de bien, fut celui de Saint-Pierre de Moissac , qui venait d'être fondé par saint Amand de Maëstrik: Il donna à cette abbaye plusieurs terres et seigneuries, et nous croyons que le prieuré de Saint-Pierre de Silva-Agra dépendait primitivement de ce célèbre monastère, car il est question de ce lieu dans sa Chronique. Cette circonstance et la translation du corps de Rustique k SilvarAgra nous fait naturellement supposer que ce prieuré appartenait k saint Didier, et qu'il choisit ce lieu pour la sépulture de son frère bien-aimé , sur la mort duquel il versa tant de larmes. S'il est vrai que Silva-Agra dépendît d'abord de l'abbaye de Moissac, du moins plus tard il entra sous la dépendance de celle du Mas-d'Azil, ainsi qu'il résulte de la charte de cession de ce prieuré k ce monastère.

■ Au nom de Notrc-Seigneur Jésus-Christ, moi, noble

* Ebolat. mon épouse Vérane et nos enfants Maurin et Saion, » faisons savoir à tous que nous donnons un territoire ap- » pelé Silva-Agra, le bourg et les villages qui y sont cons- » truits avec l'église qui y est établie en l'honneur de saint » Pierre , apôtre , dans laquelle repose le corps du saint » martyr Rustique et qui est bâtie sur le ruisseau de Jerles, » non loin du fleuve de Garonne, dans le comté de Tou- » louse. Nous voulons que ledit territoire, les fermes qui en » dépendent et l'église sus mentionnée soient cédés, pour le » salut de nos âmes et celles de nos parents, en l'honneur » de Notre-Seigneur et de Marie sa mère, au monastère du » martyr Etienne qui s'appelle Azil, à l'abbé Anairc et aux » frères qui l'habitent, pour qu'ils y élèvent un monastère

• et y assemblent des religieux qui prient pour eux et pour » nous. En conséquence, nous cédons ce territoire avec » toutes ses dépendances pour l'amour de Dieu, avec tou- » tes ses garrigues , ses terres en rapport et incultes, ses » fermes, ses vignes, prés, ruisseaux, pâturages, rentes et » droits d'exportation, sans qu'aucun homme ou puissance » judiciaire puisse jamais inquiéter les possesseurs, et cela » pour le salut de nos âmes et celle de Louis, notre séré- » nissime empereur. Cette donation étant faite par son con- » seil, si quelqu'un poussé par le démon, soit de nos pa- » rents, soit des étrangers, ose enfreindre cette charte, qu'il » soit évincé dans ses projets et qu'il paie au trésor dix li- » vres d'or. Que cette donation soit à jamais stable et in- » violable ! Signés Ebolat , Maurin et Saïon , sous le règne » de l'empereur Louis. »

Cette donation porte la date du ixe siècle.

On voit par cet acte que Rustique de Cahors était honoré

en ce lieu comme un martyr, et qu'on construisit un monastère sur son tombeau. Le monastère est depuis longtemps détruit et le sépulcre du glorieux évêque entièrement oublié. Ce n'est point la fête de Rustique que l'on célèbre aujourd'hui en ce lieu , mais celle du compagnon de saint Denis, qui était prêtre et martyr. Sans doute l'autorité locale donna l'exclusion au culte de l'évêque de Cahors; mais, pour conserver à cette paroisse le nom de celui dont elle possédait les restes, on lui donna pour patron saint Rustique de Paris.

Clotaire II avait eu de Bérétrude, sa seconde femme, un fils nommé Caribert, qui d'abord n'eut point de part a la succession de son père. Ce jeune prince voulut cependant faire valoir ses droits. Puissamment aidé par son oncle Bi unulfe , il se retira , après la mort de Clotaire , vers le Toulousain et la Garonne, s'empara de ce pays et y forma un parti. Dagobert trouva alors le moyen d'attirer Brunulfe auprès de lui, le prit et le fit assassiner en Bourgogne. Privé de cet appui, Caribert entra en négociation avec son frère. L'effet de cette négociation fut un traité que les deux frères conclurent ensemble au mois d'avril 650. Par ce traité, Dagobert céda à son frère une partie du royaume, depuis la Loire jusqu'aux Pyrénées. Aussitôt Caribert se rendit à Toulouse et y fixa le siège de son empire.

Cette ville devint ainsi une seconde fois la capitale d'un nouveau royaume. Caribert, ayant remporté une éclatante victoire sur les Gascons (651), qu'il soumit à ses armes, mourut cette môme année, âgé de 26 ans. Chilpéric son fils lui succéda; mais ce prince suivit bientôt son père au tombeau, et l'on croit communément que Dagobert, son oncle, ne fut

pas étranger à sa mort. On trouve , en effet , dans une charte de Charles-le-Chauve où il est question de la généalogie d'Eudes, duc d'Aquitaine, que le jeune Chilpéric mourut de mort violente, post Chilperki necem. A peine Dagobert eut-il appris la mort de Chilpéric, qu'il envoya a Toulouse le duc Baronte pour s'emparer de tous les trésors que Caribert avait laissés, et prendre possession du royaume de Toulouse et de la Gascogne. Baronte arriva donc à Toulouse où il trouva deux autres fils de Caribert , Boggis et Bertrand, qui auraient infailliblement subi le môme sort que leur frère aîné s'ils n'eussent été sauvés par les soins d'Amand, duc de Gascogne, leur aïeul maternel. L'envoyé de Dagobert s'empara de tous les trésors qu'il trouva à Toulouse et les transporta en France, ayant le soin d'en détourner une portion à son profit.

Ces tristes événements devaient naturellement affliger tout ce qui portait à Toulouse un cœur droit et généreux : aussi Dagobert eut-il le soin de saisir la première occasion favorable pour faire diversion dans les esprits. De grands troubles s'élevèrent alors en Espagne. Depuis l'an G21 Suintilla régnait sur les Visigoths. La fortune qui s'attacha à ses armes le rendit maître de toute l'Espagne. Saint Isidore de Séville nous a laissé , dans sa Chronique , un bel éloge des grandes qualités de ce prince , quoiqu'il ait été différemment jugé par d'autres historiens. Suintilla avait associé son fils Ricimer au trône. Cet acte politique déplut aux seigneurs visigoths, qui se révoltèrent contre lui. Sisenand, l'un d'entr'eux, se mit à la tète des révoltés; mais, ne se croyant pas assez fort pour renverser Suintilla, il demanda des forces à Dagobert, avec promesse de lui don-

ner un bassin d'or du poids de cinq cents livres qui était conservé dans le trésor des Visigoths. Le prince français, ayant acquiescé aux désirs du rebelle, ordonna aux généraux Abundantius et Venerandus de rassembler toutes les troupes du Toulousain et d'aller joindre Sisenand, qui les attendait au pied des Pyrénées. Dès que les milices de Toulouse furent arrivées au camp du seigneur visigoth, elles marchèrent sur Saragosse, dont elles s'emparèrent. Ce fut en cette ville que Suintilla se vit détrôné et que l'on reconnut pour roi Sisenand.

Après cette expédition , les Toulousains victorieux rentrèrent dans leur capitale, chargés de présents. Le bassin d'or allait être livré k Dagobert, lorsque les Visigoths , jaloux de la possession d'une pièce aussi précieuse, forcèrent ceux qui le portaient de le renfermer dans leur trésor. On donna alors a Dagobert la somme de deux cent mille sols d'or, qu'il employa k la construction de l'église et du monastère de Saint-Denis. Ce prince est accusé d'avoir dépouillé les autres églises pour enrichir celle-ci, et on place en 656 la translation des reliques de saint Saturnin k Saint-Denis. Catel, dans son Histoire des Comtes de Toulouse (p. 174), affirme avoir lu ce qui suit dans un ancien manuscrit : « On » lit dans les chroniques qui sont conservées dans le monas- » tère de Saint-Denis, que, sous le règne de Dagobert , roi » des Francs, qui commença l'an du Seigneur 622 et dura » environ seize ans , le corps de saint Sejnin , martyr et » premier évêque de Toulouse, fut transporté dans l'église » de Saint-Denis et de ses compagnons. Dans l'absence de » ce corps, la province de Toulouse, par un secret, mais » juste jugement de Dieu, fut frappée d'une plaie si terri-

» ble que les femmes en mal d'enfant ne pouvaient se dé- » livrer, ni les femelles des animaux mettre bas. Pressés » par une nécessité aussi grave, les Toulousains se rendi- » rent humblement au monastère de Saint-Denis, et récla- » mèrent avec instance la restitution du corps de leur pre- » mier pontife pour éloigner une calamité aussi grande , » promettant de donner une juste et convenable compensa- » tion. L'abbé et les religieux du monastère , touchés de » compassion, accédèrent à leurs prières. Après donc avoir » reçu le corps de leur bien-aimé pontife et martyr Satur- » nin, tous ceux qui étaient venus retournèrent avec joie

• dans leur patrie. Ce corps ayant été replacé en son lieu , » la plaie cessa par la miséricorde de Dieu, et les femmes » et les femelles des animaux purent donner le jour, les pre- » mières a leurs enfants , les secondes à leurs petits. Les » Toulousains, se rappelant de leurs promesses et se mon- » trant reconnaissants, ne voulant pas d'ailleurs encourir » l'indignation et la colère du roi Dagobert qui chérissait, » au-dessus de tous les autres , l'église et le monastère de » Saint-Denis, transportèrent, à titre de retour, à ce monas-

• tère les corps du martyr saint Palrocle, de saint Romain » de Blaye, prêtre et moine, et de saint Hilairc, évêque de » Cabale ou de Javoux. Cette translation eut lieu la qua- » torzième année du règne de Dagobert. »

L'auteur de ce manuscrit ne fait pas mention de celui qui enleva à Toulouse le précieux trésor du corps de saint Saturnin; mais Gilles Nicole, chroniqueur du. xve siècle, et abréviateur des grandes Chroniques de Saint-Denis , avance que ce fut le duc Baronte que Dagobert avait envoyé à Toulouse pour s'emparer des trésors de Caribert

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son frère. Les paroles citées par Catel semblent indiquer que l'enlèvement du corps de saint Saturnin ne fut point opéré avec violence, mais avec le consentement des Toulousains, puisqu'il est prétendu que les maux qui tombèrent sur la cité durent être regardés comme l'effet d'un secret et juste jugement de Dieu. Raymond Daydé, dans son Histoire de Saint-Sernin, publiée au xvue siècle, rapporte, à la translation du corps de saint Saturnin en France, un fait consigné dans Grégoire de Tours, au livre I" de la Gloire des Martyrs.

« Quelques religieux, dit cet historien, transportèrent les » reliques de saint Saturnin. Dans leur voyage, ils arrivè- » rent auprès de Brioude , petite ville située au territoire » d'Auvergne; le soleil étant sur le point de se coucher, ils » se retirèrent chez un pauvre laboureur, lui demandant » l'hospitalité. Accueillis avec bonté par cet homme, ils lui » découvrirent le trésor dont ils étaient chargés.

» Aussitôt ce laboureur, excité par un sentiment d'hu- » manité et de religion , reçut les saintes reliques et les » plaça dans le lieu où étaient renfermées les provisions de » la famille. Le lendemain, au lever du jour, les religieux, » ayant remercié leur hôte, prirent avec eux les reliques » et continuèrent leur voyage. La nuit suivante, le labou- » reur eut une vision dans laquelle cet avertissement lui » fut donné : Quittez le lieu où vous habitez , car il a été » sanctifié par les reliques du martyr Saturnin. Cet homme » simple n'eut aucun égard a cette vision, et ne se rendit » pas docile à l'avertissement qu'il avait reçu : aussitôt une » langueur subite s'empara de sa personne ; ses ressources » diminuèrent d'une manière sensible; sa femme fut at-

2'iU TKMi'.S AM.IENS.

» teinte d'une langueur semblable; eniin, dans le cours » d'une seule année, il fut réduit à un si grand excès d'in- » digence, qu'il avait à peine les secours nécessaires pour » soutenir son existence. S'adressant alors à son épouse : — » J'ai péché, lui dit-il, contre Dieu et ses saints, puisque » je n'ai pas quitté cette demeure comme j'en avais reçu » l'ordre, et c'est pour cela que nous sommes accablés de » maux ; obéissons donc à la vision que nous avons eue , >» et changeons notre demeure. Renversant alors sa cabane, » il construisit sur ses ruines un oratoire en l'honneur du » saint martyr; tous les jours, il venait en ce lieu lui adresser » sa prière. Bientôt ses maux cessèrent , et dans un espace » de temps assez court il jouit de beaucoup plus de biens » qu'il n'en avait autrefois possédés. Ces choses se sont » passées en notre temps. »

La translation des reliques de saint Sernin dont parle ici Grégoire de Tours, ne peut avoir aucun rapport avec celle dont il est question au temps de Dagobert, puisque le célèbre historien mourut en 595, et que le fait relatif au duc Baronte est placé par les chroniques en l'an 656. Il est probable que les reliques qui furent transportées en Auvergne étaient une portion de quelques ossements de saint Saturnin.

Parmi les peintures appliquées sur les piliers du clocher, les pans du mur et le pourtour intérieur de l'abside dans la basilique actuelle, on en aperçoit une représentant la translation des reliques du saint martyr, de Paris à Toulouse, sous le règne de Dagobert, avec cette inscription : D. Saturnini corpus Tolosanis à Gai. reg. Dagoberto pientissimo, commutât ione redditur. Il est difficile d'admet-

tre qu a l'époque de cette translation, Toulouse eût en sa possession les corps qui furent portés k Saint-Denis, k la place de celui de Saturnin. En effet, nous ne connaissons qu'un saint Patrocle, martyrisé k Troyes, et dont le tombeau est toujours demeuré en cette ville jusqu'au xe siècle, époque k laquelle les ossements de ce saint furent transportés de Troyes à Cologne et de Cologne en Westphalie, k Soest. Quant à saint Romain, prêtre de la ville de Blaye , auquel saint Martin de Tours rendit les devoirs de la sépulture, nous ne trouvons dans l'histoire aucune trace de la translation de ses ossements à Toulouse. Pour ce qui regarde saint Hilaire, évêque de Gabale, il est vrai que dans l'inventaire des reliques du trésor de Saint-Denis, il est fait mention d'un buste de vermeil renfermant le chef de saint Hilaire de Poitiers, et l'os du bras du même saint ; mais il n'est nullement question de saint Hilaire, évêque de Monde. Cependant, le 11 octobre 1608, les moines de Saint-Denis firent donation d'un os de saint Hilaire k l'évêque de Mende; c'est ce qui porte à croire qu'il pouvait exister à Saint- Denis quelques fragments des reliques du saint évêque de Gabale. En admettant l'existence du corps de ce saint k Saint-Denis, il resterait à expliquer comment les Toulousains ont pu en être possesseurs. Ces difficultés historiques ont fait, à juste titre, jeter de légitimes soupçons sur la vérité de la translation du corps de saint Saturnin à Saint- Denis. D. Félibien, dans sa grande histoire de ce monastère, désirerait que ce fait fût appuyé sur des preuves plus solides, et nous partageons entièrement son opinion.

Pendant que Dagobert comblait de riches présents l'abbaye de Saint-Denis, il cherchait k régler sa succession : il

fit déclarer Sigebert son fils, qu'il avait eu d une concubine, roi d'Austrasie, et nomma Clovis, qu'il avait eu de Mathilde sa légitime épouse, héritier .présomptif des couronnes de Bourgogne et de Neustrie. A cette môme époque (037), touché de compassion pour ses deux neveux Boggis et Bertrand, il leur donna, en forme d'apanage et à titre de duché héréditaire, le royaume de Toulouse. Depuis ce temps, Boggis et Bertrand, ainsi que les ducs d'Aquitaine issus de leur branche, demeurèrent sous la dépendance des rois de Neustrie, successeurs de Dagobert. Ces princes ajoutèrent à leur apanage le duché de Gascogne , auquel ils succédèrent après la mort du duc Amand, leur aïeul. Dagobert mourut l'an G38, dans la seizième année de son règne, laissant son royaume à ses deux enfants Sigebert III et Clovis II.

Le culte de saint Saturnin se répandait en France par la translation de quelques-uns de ses ossements. Au temps de Clovis II, un religieux nommé Sindarus vint à Toulouse et obtint une relique assez considérable du saint martyr ; il était disciple de saint Wandrille, fondateur de la célèbre abbaye de Fontenelle. Ce monastère venait d'être établi (648) lorsque Sindarus arriva à Toulouse.

Saint Wandrille avait construit quatre églises, qui furent élevées en l'honneur de saint Pierre, de saint Paul, de saint Laurent et de saint Pancrace; il désira posséder quelques reliques qui pussent servir à la consécration de ces églises. Nous lisons dans sa Vie qu'il envoya son neveu Godon à Rome, avec la mission d'en rapporter quelques ossements de martyr. On peut supposer que Sindarus, pour accomplir une semblable mission , est venu dans les contrées

méridionales des Gaules. Les reliques de saint Saturnin dont le clergé de Toulouse fit hommage à saint Wandrille, furent d'abord placées dans l'abbaye de Fontenelle, et plus tard transportées dans celle de Fécan fondée par le bienheureux Waning , gouverneur du pays de Caux (660) , et dont l'abbé de Fontenelle prit la direction. Ce saint personnage avait attiré dans son monastère un grand nombre de disciples, parmi lesquels on distingue Erembert, qui fut élu, peu d'années après le voyage de Sindarus à Toulouse, évêque de cette ville.

Les filsde>Dagobert suivirent d'assez près leur père au tombeau. Clovis II eut trois enfants de la reine Bathilde : Clotaire, Childéric et Thierry. Ce fut dans les premières années et sous l'autorité du premier de ces princes qu'Erembert monta sur le siège épiscopal de Toulouse (656). La vie de ce pontife nous a été conservée par les soins des Bollandistes; Catel l'a aussi publiée dans ses Mémoires. Nous la produisons ici telle qu'elle est arrivée jusqu'à nous.

I. — « Le saint et religieux Erembert naquit dans le ter- » ritoire de Poissy, en un lieu appelé Viocourt, qui n'était » pas éloigné d'une maison royale appelée Portaupec et de » la Seine, sous le règne du roi Dagobert ou de son fils » Clovis. Méprisant toutes les choses de la terre, Erembert » embrassa la vie monastique dans le monastère de Fonte- » nelle, sous l'autorité de saint Wandrille. Sous le règne » de Clotaire le jeune, fils de Clovis et de la reine Bathilde, » il fut élu évêque de Toulouse par le choix du prince et » du peuple. Devenu évêque, il s'appliqua avec le plus grand » soin a la pratique de la religion, de la chasteté, de l'hu- » milité, de la continence, étudiant avec soin les Ecritures

» divines et cherchant à mettre en harmonie ses prédica- » lions et ses œuvres. C'est ainsi que, semblable à un écla- » tant flambeau, il brilla dans la maison de Dieu par la lumière » de ses exemples. Sa vertu fut autorisée par des prodiges, » parmi lesquels nous devons en rapporter un plus éclatant » que tous les autres.

II. — » Il quitta sa ville épiscopale pour revoir sa patrie » et tes parents qu'il y avait laissés. Après un voyage heu- » reusement terminé , il arriva à Viocourt, que son frère » Gamard possédait alors comme héritier de la famille. Pen- » dant son séjour en ce lieu, un affreux incendie menaça » de détruire les bâtiments qui s'y trouvaient. Le feu, se » communiquant de maison en maison, menaçait de détruire » le bourg entier , et tous les efforts paraissaient inutiles » pour l'éteindre. Les voisins, désespérant de s'en rendre » maîtres, conjurèrent Ercmbert de prier Dieu pour eux. » Or, il y avait en ce lieu une basilique élevée par Erem- » bert en l'honneur de saint Saturnin, martyr. Le prélat se » trouvait en prière dans cet oratoire lorsque les cris de la » multitude effrayée et les coups redoublés dont elle frap- » paitles portes du temple arrivèrent jusqu'à lui. Le secours » du ciel fit ce que n'avaient pu faire les moyens humains. » Eremberl fut touché des maux et des plaintes de la foule; » prenant alors son bâton pastoral, il le présenta aux flam- » mes, et continua sa prière. Aussitôt le vent qui menaçait » de propager l'incendie sur le village entier s'apaisa , et , » perdant toute sa violence, le feu s'éteignit. Aux larmes » succéda la joie, et la tristesse fit place à la reconnaissance. » On reconnut, il est vrai, pour auteur du miracle le Christ » par sa puissance, et saint Erembert par son intercession.

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III. — » A peu près à cette époque, il se retira au mo- » nastère de Fontenelle, dont Lambert était alors abbé ; il » y vécut quelque temps en grande sainteté, et parvint à » une extrême vieillesse. » Nous parlerons plus tard de sa mort. On n'est point généralement d'accord sur le lieu de la naissance d'Erembert ; les uns la placent à Viocourt, village du territoire de Poissy, les autres à Portaupec, près de Saint-Germain-en-Laye. Sa famille était illustre et l'une des premières du pays; l'on croit même que ses parents étaient seigneurs du lieu. Il passa six à sept ans dans le monastère de Fontenelle avant son élection à l'épiscopat. 11 parait qu'il opposa une vive résistance aux prières des habitants de Toulouse qui le réclamaient pour évêque, à cause de la réputation de sa sainteté, et que ce ne fut que par l'autorité de Clotaire III et de Bathilde, sa mère, qu'il consentit à quitter le cloître. Le choix des Toulousains sur Erembert s'explique par le voyage de Sindarus à Toulouse. 11 est probable que ce religieux parla de la haute vertu d'Erembert aux Toulousains, et qu'il les détermina à le demander pour successèur du dernier évêque.

On voit dans la Vie que nous avons produite qu'Erembert avait fait construire une église à Viocourt, en l'honneur de saint Saturnin. Il est difficile de déterminer l'époque de cette construction ; cependant il est assez vraisemblable que ce fut pendant son épiscopat, qui dura douze ans environ. Il n'est nullement question dans cette Vie originale du projet qu'avait formé Erembert de quitter son évêché pour embrasser de nouveau la vie monastique. Son voyage à Viocourt où, par un miracle, il éteignit un vaste incendie, son retour a Fontenelle, et sa mort qui fut assez prompte,

comme on le verra bientôt, ont pu donner lieu à cette supposition. Erembert avait attiré au monastère de Fontenelle Gamard, son frère, et ses enfants Naramache et Zachée , qui donnèrent à cette maison la terre patrimoniale de Viocourt. On place la retraite d'Erembert à Fontenelle vers Tan 668. D'après les judicieuses observations des Bollandistes, Thritème, dans son livre des Hommes illustres de l'ordre de saint Benoît, s'est trompé en plaçant saint Êrembert au nombre des abbés de Fontenelle. Catel , dans ses Mémoires, a suivi cette erreur, qui a pu avoir sa source dans un acte par lequel Erembert approuve une donation faite par saint Wilfran à l'abbaye.

Le pays toulousain fut successivement gouverné par Clovis II, Childéric II et Thierry III. Sous le règne de ce dernier prince, existait dans ces contrées un seignour nommé Nizézius qui possédait une immense fortune territoriale. Conduit par un sentiment de généreuse piété, de concert avec Ermentrude, sa femme , il vendit a l'abbaye de Moissac et à Léotade qui en était abbé , dix-huit villages situés dans le Toulousain, l'Agenais et le diocèse d'Eauze. 11 vendit toutes ces terres avec leurs églises, les serfs, les affranchis destinés à la culture des terres, et toutes les autres dépendances, pour le prix de sept cents sols d'or et quatre habits appréciés deux cents sols. Cette vente était simulée ; car, dans la même charte (674), Nizézius et son épouse donnent cette somme à la même abbaye pour le repos de leur âme. Plusieurs des villages qui furent ainsi vendus étaient situés dans le diocèse de Toulouse et près du fleuve de Garonne ; on distingue dans ce nombre Boussens , Gagniac, Bauzelle et Seilh. Comme il existait dans ce même

diocèse plusieurs cures qui étaient k la nomination de l'abbé de Moissac, il est k présumer que ces villages se trouvaient compris dans les vastes domaines de Nizézius; tels sont Buzet, Saint-Rustice, La Salvetat de Caraman et Villematier.

Quatre ans après la riche donation faite k l'abbaye do Moissac par Nizézius, saint Eremberl mourut à Fontenelle. On ne lui avait point encore donné de successeur dans Tévôcbé de Toulouse, ce qui confirme l'opinion qui lui fait conserver son titre jusqu a la fin de sa vie. Etant arrivé a une extrême vieillesse, sa maladie fut courte. Sentant sa dernière heure approcher, il se mit k chanter les louanges de Dieu et à s entretenir avec ses frères ; il reçut ensuite le viatique des mourants, et se marquant du signe de la croix, il dit adieu aux religieux et mourut la veille des ides de mai (678). Saint Wandrille avait construit trois basiliques k Fontenelle, la première en l'honneur de saint Pierre : elle était d'une grande étendue ; la deuxième fut dédiée k saint Laurent, la troisième k saint Pancrace. Indépendamment de ces trois basiliques, il existait, soit au dedans , soit au dehors du monastère , cinq églises : Saint-Paul , Saint- Amans, Saint-Saturnin, Sainte-Marie de Caillouvillc et Saint- Michel. L'église de Saint-Paul était très belle; elle servit de sépulture k saint Wandrille, k saint Ansbert, k saint Wilfran et k saint Erembert. Le corps de ce dernier pontife fut inhumé dans la partie inférieure de l'église. Au commencement du siècle suivant (704), saint Bain, cinquième abbé de Fontenelle, ayant transporté dans la basilique de Saint- Pierre les corps de Wandrille et d' Ansbert, celui de saint Erembert fut placé dans l'abside de l'église Saint-Paul , et saint Baïn orna son sépulcre d'une couronne demi-circulaire

qui formait comme une espèce de dôme ou de ciel au-dessus du tombeau. Le corps du saint évêque reposa pendant plusieurs années dans l'église de Sajnt-Paul ; un concours immense de peuple avait lieu à son tombeau et il s'y opérait un grand nombre de miracles.

La basilique de Saint-Pierre ayant été détruite par les Normands au quatrième siècle, elle fut reconstruite au commencement du onzième par Gérard, premier abbé de Fontenelle, et consacrée par Robert, premier archevêque de Rouen. Cet abbé, ayant retrouvé le corps de saint Erembert au milieu des ruines de l'église de S'-Paul, le transporta dans celle de Saint-Pierre, où il demeura jusqu'à sa translation à Abbeville. L'église de Saint-Saturnin à Fontenelle était située sur une colline, hors du monastère , vers le septentrion. Ce fut là que les reliques du premier évêque de Toulouse, apportées par Sindarus, furent d'abord placées. Après la mort d'Erembert, on y porta le bâton pastoral du saint évêque avec lequel il avait arrêté l'incendie. L'oratoire de Saint-Saturnin ayant été détruit, ce bâton ainsi qu'un habit de saint Erembert furent portés à Bruyères, village du diocèse de Toulouse. On rapporte qu'il existait en ce lieu un prêtre dont la vie était assez peu régulière, et qu'ayant voulu se revêtir de l'habit de saint Erembert, il fut aussitôt saisi d'une fièvre ardente dont il ne put être délivré que par des prières au saint évêque. Ces reliques précieuses furent plus tard transportées de nouveau à Fontenelle, et elles s'y trouvèrent à l'époque où la Vie du Saint fut composée, c'est-à-dire vers le commencement du xic siècle, par un religieux de Fontenelle, d'après les anciennes chroniques du monastère.

TEMPS ANCIENS. 26i>

Une grande division régnait alors en France entre les Austrasiens et les Neustriens (688). Les premiers ne voulaient obéir qu'à Pépin d'Héristal, leur duc, qui déclara la guerre k Thierry III. Celui-ci se vit abandonné à cause de sa mauvaise conduite par ses principaux sujets, qui passèrent en Austrasie. Les deux armées s'étant mises en marche et s'étant rencontrées au village de Testri, près de Saint- Quentin en Picardie, Thierry fut entièrement défait. Pépin s'empara de Paris, et après s'être saisi de la personne de Thierry , il régna sous le nom de Prince des Français sur l'Austrasie, la Neustrie et la Bourgogne. Mais il rencontra un puissant adversaire dans Eudes, fils de Boggis et neveu de Bertrand dont nous avons parlé plus haut, qui se trouvait à la tête des Aquitains et des Gascons. Les historiens ont été grandement partagés au sujet de la généalogie de ce grand capitaine. S'il faut ajouter foi k une charte de Charles-le-Chauve octroyée , au ixe siècle , au monastère d'Alaon dans le diocèse d'Urgel , Eudes aurait eu pour père Boggis, fils de Caribert, roi de Toulouse. Boggis avait un frère nommé Bertrand. Ces deux seigneurs épousèrent deux sœurs, Oda et Phigberte. Elles étaient l'une et l'autre d une grande naissance et originaires, à ce qu'il paraît, du pays de Liège. Oda devint veuve en 688. Phigberte avait eu un fils de Bertrand qui portait le nom d'Hubert. Cédant à l'invitation de sa tante, Hubert quitta l'Aquitaine et Toulouse, qui était probablement le lieu de sa naissance, pour se rendre avec elle en France, à la cour du roi Thierry. Ce prince les accueillit avec une faveur marquée et donna à Hubert la charge de comte du palais. Hubert , méprisant toutes les dignités du siècle, céda k Eudes son cousin, fils

d'Oda et de Boggis, tous ses droits sur la principauté d'Aquitaine, et se retira en Austrasie pour y vivre sous la conduite de saint Lambert, évoque de Maëstrick. La il fut admis au nombre des clercs, et devint par ses vertus le successeur de Lambert. 11 transféra le siège épiscopal de Maëstrick à Liège, et mourut en 727. Quant à Oda, elle passa le reste de ses jours dans la pratique des œuvres de piété, fonda plusieurs églises, et mourut en 711.

On voit que cette famille des ducs d'Aquitaine dont Eudes réunit sur sa tête les immenses possessions, était féconde en grands personnages, plus recommandâmes encore par leur sainteté que par la noblesse de leur origine. Tant que vécut Boggis , Oda fît sa résidence à Toulouse, au temps de l'épiscopat de saint Erembert. Il y a dans le diocèse un lieu dont le nom a une certaine affinité avec celui de cette princesse (Odars). Il existait autrefois dans ce village plusieurs grandes terres seigneuriales : la duchesse d'Aquitaine aurait-elle possédé quelqu'une de ces terres à laquelle elle eût laissé son nom?...

Eudes épousa Valtrude, fille du duc Valcbiside, de la môme famille que Pépin d'Héristal, bisaïeul de Charles-le- Chauvc. Ce duc, attentif à la conduite de Pépin qui s'était emparé de toute l'autorité après la bataille de Testri, crut qu'il pouvait, à titre de naissance et à titre de conquête, s'emparer à son tour d'une partie du royaume ; il chercha donc, avec les Aquitains et les Gascons, à secouer le joug des maires du palais. Ainsi Eudes régna sur toute la partie de la France située entre la Loire, l'Océan, les Pyrénées et la Septimanie, et ajouta aux états qu'il possédait , le Berry, l'Auvergne , le Limousin , le Bourbonnais , le Rouergue ,

l'Albigeois, le Velay, le Gévaudan et l'Uzerche : en sorte qu'à la réserve du Vivarais, il étendit sa domination sur tout le Languedoc français. Pépin ne vit pas d'un œil tranquille les progrès de la puissance du duc d'Aquitaine et lui déclara la guerre. Le succès de ses armes n'ayant pas été conforme à ses désirs, il laissa Eudes paisible possesseur de ses nouvelles conquêtes. Thierry III mourut dans la quarantième année de son âge (691), et Pépin se hâta de faire proclamer roi de Neustrie Clovis III encore enfant, fils aîné de ce prince, Clovis étant mort sans postérité, Pépin , pour se maintenir dans le pouvoir qu'il avait acquis, fit monter sur le trône Childebert, frère du dernier roi.

La suite des événements nous conduit à la fin du vu' siècle. Un grand nombre de conciles furent tenus à Tolède dans cette période. Parmi ces conciles, l'un des plus célèbres fut le quatrième, qui s'assembla l'an 633, et où assistèrent soixante-deux évêques, sous le règne de Sisenand. Le second canon de ce concile a rapport à la liturgie; il y est dit : « Après la confession de la vraie foi qui est prê- » chée dans la sainte Eglise de Dieu, il a plu au concile de » déclarer que tous les prêtres qui sont unis par les liens » d'une même foi n'introduisent aucune diversité dans l'ad- » ministration des sacrements, dans la crainte que cette di- » versité ne paraisse indiquer un schisme, et que la variété » qui pourrait exister dans les églises ne devînt un sujet » de scandale; qu'un seul ordre de prières et de psalmo- » dies soit introduit en Espagne et dans la Gaule, un seul » mode dans la célébration des saints mystères, un seul » dans les offices du matin et du soir; et que désormais il * n'y ait plus une diversité de coutumes ecclésiastiques, car

» nous appartenons tous à la môme foi et sommes les su- » jets d'un même empire. Les anciens canons ont décrété » que chaque province gardât une même manière de psal- » modier et d'administrer. » Ces prescriptions sur l'unité de la liturgie s'étendaient, non seulement aux possessions des Visigoths en Espagne, mais encore dans la Septimanie, qui dépendait de leur empire. On voit par ce canon si célèbre qu'il n'était encore nullement question d'unité générale et absolue de liturgie dans l'Eglise universelle, mais seulement dans chaque province ecclésiastique, dont chaque partie devait suivre les coutumes de la métropole. Saint Isidore de Séville présidait à ce concile. La liturgie qui fut adoptée à cette époque est celle qu'avait composée en 590 saint Léandre, évêque de Séville, d'après les liturgies alors existantes dans l'Eglise catholique. Saint Isidore étendit cette liturgie, qui fut appelée gothique, et qui prit aussi le nom de mozarabique ou mixtarabique à cause des chrétiens mêlés aux Arabes ou Sarrasins depuis l'invasion de ces peuples en Espagne. Ce rit mozarabique fut suivi dans toute la Gaule Narbonnaise. Pour ce qui regarde Toulouse, qui, à la tin du vue siècle , appartenait au royaume des Francs , tout porte à croire que l'on suivait dans cette province la liturgie gallicane , qui , d'après le témoignage d'Hilduin , abbé de Saint-Denis, remontait au temps le plus reculé où la foi' fut portée dans les Gaules. Arrivant à Louis-le-Débonnaire, cet abbé affirme avoir vu de très anciens livres d'église d'après le rit gallican et qui dataient de l'établissement du christianisme dans ces contrées.

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