DES TECTOSAGES
Les Gaulois, fondateurs du royaume de Gallo-Grèce, étaient divisés en trois tribus : les Trocmiens, les Tolistobroges et les Tectosages, la plus nombreuse et la plus bel: liqueuse des trois. Le pays qu'ils occupèrent était borné par les fleuves de Sangari et d'Halys; il comprenait la grande
Phrygie, la Mœonie, la Paphlagoriie et la Cappadoce. Le partage de ces terres fut ainsi réglé : les Tolistpbroges s'étendirent vers la Bithynic et la Phrygie-Epictète ; les Tectosages habitèrent une partie de la Cappadoce ; et les Trocmiens, la Mœonie et la Paphlagonie.
Ancyre devint la capitale du pays que les Tectosages eurent en partage. On a cru qu'ils avaient fondé cette ville; mais, dans la vérité, ils n'ont fait que la relever de ses ruines et la restaurer. Elle prit le nom de Sébaste des Tectosages. Elle était située sur une montagne assez rapprochée de la mer Noire. Les Tectosages y établirent leur sénat, composé de trois cents Gaulois pris dans les diverses tribus. On place cette reconstruction d' Ancyre vers l'an 476 de la fondation de Rome, plus de 250 ans avant Jésus-Christ. La Galatie, dont elle était la capitale, fut réduitè par Auguste <fti province romaine. Ancyre plut tant au vainqueur par son heureuse situation, qu'il l'embellit et l'orna d'un grand nombre d'édifices. Après la mort de ce prince, on montrait à Ancyre un monument dans lequel Auguste, parlant à la première personne, raconte en style d'inscription les principaux faits de son empire. L'histoire de cette ville* offre peu d'intérêt jusqu'à l'établissement du christianisme. Ancyre, comme le reste de la Galatie, eut le bonheur de recevoir l'Evangile de la bouche même de l'apôtre saint Paul. C'est dans cette province, et peut-être à Ancyre même, qu'il envoya Crescent, l'un de ses disciples. C'est aux Gallo-Grecs qu'il adressa une de ses belles épîtres. Comme les Tectosages étaient issus des Gaulois, on a donné souvent ce dernier nom aux Galates, et c'est ce qui a jeté quelque obscurité dans l'histoire de la prédication de l'Evangile dans les Gaules
d'Europe, qu'on a confondues avec la Gallo-Grèce. Ancyre a été connue depuis sous le nom d'Angouri ou d'Angora, et elle est passée sous le joug des Musulmans.
D'après ce que nous venons de rapporter, les Tectosages partis de la forêt Hercinie se divisèrent en trois grands corps de peuples. Les uns s'établirent en Pannonie, sous le nom de Scordisques ; les autres rentrèrent dans leur antique patrie, et les derniers fondèrent le royaume de Galatie. Les Tectosages établis en Asie devinrent les auxiliaires et d'Antigonus, roi de Macédoine, et de Pyrrhus, roi d'Epire, combattant ainsi les uns contre les autres dans les guerres de ces deux princes. L'an 481 de Rome, ils suivirent Pyrrhus au siège de Lacédémone, qui ne pût être soutenu, et entrèrent dans Argos à la suite de ce prince. L'histoire nous montre ensuite les Gaulois gallo-grecs tournant leurs armes contre Antigonus, égorgent sans pitié leurs femmes et leurs enfants pour interroger leurs entrailles palpitantes, et vaincus malgré les aruspices. Plus tard nous les voyons auxiliaires de Nicomède, roi de Bilhynie, se présenter devant les armées d'Antiochus-Soter, roi de Syrie, et éprouver une complète défaite, écrasés sous les roues de leurs chariots ou sous les pieds des éléphants ; venir ensuite, malgré cette défaite, au secours de Zéelas, fils do Nicomède. que son père avait déshérité ; s'emparer de la ville d'Héraclée, et rencontrer un nouveau désastre pour
leur armée au pied des murs de cette ville.
Les Gaulois d'Asie se trouvaient mêlés a tous les grands événements qui se passaient dans cette province. Les Tectosages s'unirent à Antiochus-Hiérax dans la guerre contre Séleucus, roi de Syrie, l'an 511 de Rome, et lui procurè-
rent la victoire par leur valeur. Croyant que Séleucus était resté sur le champ de bataille, ils tournèrent aussitôt leurs armes contre Antioch'us , dans le dessein de s'emparer de toute l'Asie mineure. Ils furent arrêtés dans ce projet par Attale, premier roi de Pergame, qui les défit entièrement. , Ancyre, capitale des Tectosages, se vit alors menacée par le roi Séleucus Callinicus ; mais les tribus se défendirent avec tant de bravoure que le roi se vit forcé à s'éloigner. Dans le combat, ils firent prisonnière la reine Pysta , son épouse. Cette princesse, pour s'échapper de leurs mains, quitta ses habits royaux, prit ceux d'une esclave, fut vendue avec les autres captifs, achetée par des Rhodiens et rendue ensuite à son époux.
La victoire des Gaulois sur Séleucus donna le plus grand éclat à leur nom et à leurs armes. Tous les princes s'empressaient de solliciter leur secours ; ainsi Antigonus Doson, roi de Macédoine, et Ptolomée Philopator, roi d'Egypte, les prirent à leur solde dans leurs armées pour les différentes guerres qu'ils eurent à soutenir. Les Gaulois trouvaient un double avantage à contracter ces engagements, celui de prélever un tribut sur ces rois et celui de faire des reconnaissances dans les diverses contrées qu'ils avaient à parcourir. Ils ne cachèrent pas avec assez de soin le projet qu'ils avaient formé de s'emparer de l'Egypte. Ptolomée, l'ayant appris, résolut de se venger de leur trahison. Sous le prétexte de quelque expédition, il les fit embarquer sur le Nil et débarquer dans une île déserte où ils périrent de faim et de désespoir.
Les Tectosages d'Asie vinrent au secours d'Antiochus-le- Grand qui, après la mort de Séleucus son père, avait vu les
gouverneurs des provinces s élever contre lui. Il les réduisit bientôt par les armes des Gaulois. Ces peuples n'écoutaient que leurs caprices dans les expéditions qu'ils entreprenaient ; ainsi les Tectosages de Thrace et de Pannonie s'engagèrent dans les armées d'Attale, le vainqueur de leurs compatriotes , pour l'aider a repousser l'attaque d'Achaeus. Ce prince avait abandonné le parti d'Antiochus, dont il avait d'abord embrassé les intérêts, et s'était fait proclamer roi de Syrie. Les Gaulois de l'armée d'Attale s'acquirent beaucoup de gloire par leur valeur. Un événement assez singulier vint tout-à-coup les détacher du roi de Pergame. Campés un jour sur les bords du fleuve légiste, ils furent témoins d'une éclipse de lune. Ils prirent ce phénomène pour un mauvais augure, ne voulurent pas avancer pour combattre , et se retirèrent vers l'Hellespont ; là, ils portèrent la désolation, ravageant les campagnes et pillant toutes les villes. La seule Ilium résista à leurs attaques. Ils se rendirent maîtres d'Arysba dans l'Abydène et étaient fiers de leurs succès lorsque Brusias, roi de Bithynie, les défit et en massacra un grand nombre avec leurs femmes et leurs enfants.