MALET 05 SANCTUS GAUDENT1US — VIRGO ET MARTYR. — SANCTA QC1TTERIA
MATER SANCTI GAUDENTII.
rie et dans celle des Sarrasins on ne trouve aucun chef de ce nom.
Pépin signala les commencements de son règne par la victoire qu'il remporta sur les Gascons, encore révoltés. Scimin, fils d'Adalaric, n'eut pas plutôt appris la mort de Charlemagne, qu'il fit tous ses efforts pour secouer le joug de la race carlovingicnne. Louis l'avait déjà banni de ses états; les Gascons, irrités de sa proscription, prirent les armes en sa faveur. Pépin, à la tête des Français, repoussa leurs attaques, et Scimin fut tué dans le combat.
Tout était rentré dans le devoir en Aquitaine, lorsque Louis convoqua, au mois de juillet 817, la célèbre assemblée d'Aix-la-Chapelle, où l'on donna une même règle aux chanoines et aux chanoinesses. Les abbés qui assistèrent k ce concile convinrent entr'eux de rendre uniforme la règle de saint Benoit, la seule alors en usage. Saint Benoît d'Aniane présida à ce travail, et fut ensuite chargé de l'exécuter. C'est dans ce concile que fut dressé l'état des monastères de fondation royale ; on les divisa en trois classes : la première, qui en comptait quatorze, était obligée de faire des présents à l'empereur et de lui fournir un certain nombre de soldats ; la seconde, composée de seize, ne devait offrir que des présents; et la dernière, qui comptait cinquante-quatre maisons, ne devait que des prières à l'empereur et à sa famille. Les monastères du pays toulousain étaient compris dans la troisième classe : c'étaient Saint- Papoul, Sorèze, le Mas-d'Azil et Venerque. On a vu plus haut que cette dernière abbaye avait Louis-le-Débonnaire pour fondateur. Ce qui confirme ce sentiment, c'est qu'elle m trouve dans l'état général des monastères de fondation
royale dressé à Aix-la-Chapelle. Elle adopta la réforme de saint Benoît d'Aniane. Elle était située dans le diocèse de Toulouse, au midi, et à peu de distance de cette ville, sur la rivière de l'Ariége. Ce monastère devint plus tard un prieuré dépendant de l'abbaye de Saint-Pons de Tomières. On éleva à Venerque une belle église romane à une seule nef. Cet édifice paraît avoir été bâti au xne siècle.
C'est dans cette église que repose, exposé à la vénération des peuples, le corps de saint Phébade, évêque d'Agen, mort vers Tan 400, après plus de quarante années de travaux dans la carrière de l'épiscopat, et auteur d'un ouvrage contre les ariens. Voici ce qu'écrivait Bernard d'Angers à Fulbert, évêque de Chartres, au douzième siècle : « La ville d'Agen se rendit célèbre au-dessus des villes » d'Aquitaine par la multitude de ses saints protecteurs; » elle les perdit les uns après les autres, j'ignore par l'effet » de quelle infidélité, soit par la violence, soit par des lar- » cins; plusieurs sont demeurés inconnus. Si , comme moi, » vous parcourez l'Aquitaine, vous trouverez en divers lieux » des hommes qui vous diront: voici le corps d'un tel martyr
» qui a été apporté d'Agen voici celui d'une vierge, ou
» d'un confesseur, ou une partie de ses reliques. A Péri- » gueux, vous retrouvez le corps de Phébade » . — Cette lettre de Bernard d'Angers a Fulbert porte la date de 1112. Le corps du saint évêque se trouvait donc alors à Périgueux. Cette date coïncide avec la construction de l'église de Venerque: ce qui paraît indiquer l'époque de la translation de ces reliques de Périgucux à Venerque. L'histoire affirme que le corps de saint Phébade resta plusieurs années à Périgueux avec les reliques de sainte Alvcrte, vierge
martyre d'Agen et sœur de sainte Foi. La légende est venue ici au secours de l'histoire : elle raconte que des Espagnols dérobèrent le corps de Phébade, se proposant de le transporter en Espagne ; qu'arrivés avec leur précieux trésor au monastère de Venerque qui se trouvait sur leur chemin, le cercueil qui renfermait les ossements du saint évêque devint si pesant, qu'il fut impossible de le transporter plus loin. Cet événement eut lieu dans un carrefour où, depuis, une croix a été plantée. Lorsque, après cette station forcée, on voulut diriger le cercueil vers la route qui conduisait en Espagne, tous les efforts devinrent inutiles; à l'instant on changea de direction et l'on conduisit le cercueil vers le monastère de Saint-Pierre. Ce précieux fardeau rentra alors dans les lois naturelles de la pesanteur, et l'on comprit par ce double prodige que saint Phébade avait choisi le monastère de Venerque pour le lieu qui devait recevoir ses restes vénérés. La légende ne dit pas si l'enlèvement des reliques de saint Phébade par les Espagnols eut lieu k Périgueux ou à Agen, car il est possible que les Agenais fussent rentrés en possession du corps de leur évêque, pour lequel ils avaient une grande dévotion, comme l'atteste l'église bâtie à Agen en son honneur près de celle de Saint-Caprais.
Personne du moins ne conteste aujourd'hui à l'église de Venerque, dans le Toulousain, la légitime possession du corps du saint évêque ; tous les monuments de l'histoire s'accordent sur ce point. Mais un fait certain aussi vient nous apprendre qu'une portion assez considérable des reliques de saint Phébade fut rendue à Agen. En 1653, une affreuse peste ayant exercé ses ravages dans toute l'Aquitaine, et k Agen en particulier, les habitants firent un vœu dont l une
des obligations était l'offrande d'une riche châsse pour renfermer les reliques du saint évêque. Cette offrande suppose évidemment que Ton possédait alors à Âgen une portion de son corps, et nous avons lieu de croire que la cession de quelques-unes de ses reliques ne se fit point sans de grandes contestations entre le prieuré de Venerque et l'église d'Agen. Jean Soldadie, vicaire-général de ce diocèse, a composé la Vie de saint Phébade. Nous ignorons si cet ouvrage a été imprimé ou s'il est encore manuscrit. Si nous avions été assez heureux pour l'avoir en notre possession, il nous aurait fourni sans doute de précieux documents, que nous regretterons toujours.
On ignore l'époque précise de la fondation ainsi qua le nom du fondateur de l'abbaye du Mas-d'Azil, qui fut bâtie dans le pays de Foix, sur la Rise, et dédiée à saint Etienne. Calaste en est regardé comme le premier abbé, au temps de Charleniagne. il reçut d'un seigneur nommé Sigobrand et de ses frères les terres allodiales de Auciac et de Cassiac. Asnaire succéda à Calaste ; il gouvernait cette maison sous Louis-le-Débonnaire; ce fut lui qui reçut pour son abbaye le lieu de SUvarAgra de la libéralité d'Ebolat et de son épouse Vérane, en 817.
Dans la même assemblée où l'on dressa l'état des monastères d'Aquitaine, Louis-le-Débonnaire associa à l'empire Lothaire, son fils aîné, et fit couronner roi de cette province Pépin, son second fils, et Louis, le troisième, roi de Bavière. Il importe de fixer ici l'étendue des états du nouveau roi d'Aquitaine ; ils comprenaient, après ce partage, l'Aquitaine proprement dite, la Gascogne, toute la Marche de Toulouse, et le comté de Carcassonne dans la Septima-
nie. Ainsi ce qui restait de cette dernière province se trouva séparé du royaume d'Aquitaine et du duché de Toulouse, dont elle dépendait depuis 781 . Cette province fut alors érigée en duché ou gouvernement général, et ses gouverneurs furent nommés ducs de Septimanie ou marquis de Gothie. Ce marquisat de Gothie était divisé en deux parties distinctes; l'une placée en deçà et l'autre au-delà des Pyrénées. La première comprenait huit diocèses : Narbonne, Elne, Béziers, Agde, Lodève, Maguelonne, Nîmes et Uzès; la seconde renfermait quatre diocèses : Barcelonnc, Gironne, Urgel et Aussonne. Barcelonne devint h capitale du marquisat de Gothie. Quant à la Marche de Toulouse, elle continua de faire partie du royaume d'Aquitaine, dont elle était toujours regardée comme la capitale. Le comté de Carcassonne et celui de Razés firent partie de cette Marche.
Peu de temps après l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, l'empereur envoya son (ils Pépin en Aquitaine pour se faire reconnaître roi par les habitants. Ce prince, dès son arrivée, attaqua Garsimire, que les Gascons avaient élu pour chef après la mort de Scimin, son père, en 818. Le roi d'Aquitaine ayant pénétré en Gascogne pour réduire les rebelles, Garsimire fut battu et tué avec la plus grande partie de son armée. Le même sort était réservé à Loup Centulle, petit-fils d'Adalaric. Ce seigneur possédait une partie du duché de Gascogne ; après la mort de Garsimire, il fit tous ses efforts pour soutenir la révolte. Bérenger, comte de Toulouse, et Warin, comte d'Auvergne, furent envoyés pour le combattre. Ces généraux le défirent complètement ; il fut pris, conduit devant l'empereur, reconnu coupable, et condamne à un exil perpétuel.
Les Gascons, qui se montraient, malgré tant de pertes, toujours remuants, furent enfin réduits par le roi d'Aquitaine, qui comprima toutes leurs révoltes. Loup Centulle avait deux enfants, Donat et Centulphe. Trop jeunes, ils n'avaient pu participer à la révolte de leur père; ils furent cependant privés de la succession de ses états. L'empereur, voulant toutefois se montrer bienveillant à leur égard, leur céda les biens que les fils de Garsimire leur avait laissés; ils devinrent par là, l'un, comte de Bigorre, et l'autre de Béarn, comtés que leurs descendants possédèrent après eux. Par suite de ces événements, la Gascogne fut ôtée pour toujours à la postérité du fameux Eudes, duc d'Aquitaine, et réunie de nouveau au domaine de la couronne. Ce pays fut alors gouverné par un duc amovible, de même que les autres pays, et l'empereur donna cette dignité à un de ses parents nommé Totilo, qui fut, ainsi que ses successeurs, comte particulier de Bordeaux.
Bérenger, dont nous venons de parler, avait succédé à Raymond Raffinel dans le comté de Toulouse. Ce seigneur était fils de Hugues, comte de Tours, queCharlemagne avait envoyé en ambassade à Constantinople, l'an 811, et proche parent de Louis-le-Débonnaire. Sa sagesse, son habileté dans les affaires, sa fidélité à son prince lui valurent le gouvernement d'Aquitaine ou de Toulouse, l'un des principaux du royaume. Il y avait déjà quelque temps qu'il était revêtu de cette dignité lorsque Bernard, fils de saint Guillaume de Gellone, fut nommé, vers l'an 820, duc de Septimanie, et conséquemment, comme on l'a observé, comte de Barcelonne. Il succédait dans ce comté à Béra, à qui Louis-le- Débonnaire l'avait confié en 801 , après avoir pris cette place
sur les Sarrasins. Béra ayant été accusé de félonie envers l'empereur par un seigneur appelé Sanila, ils vidèrent leur différend dans un combat singulier. Le comte fut vaincu et condamné à mort ; mais Louis lui accorda la vie et l'exila à Rouen.
Le cœur de ce prince fut grandement affecté par la perte qu'il fit à cette époque en la personne de Benoît d'Aniane, qui mourut le 11 février 821, au monastère d'Inde, près d'Aix-la-Chapelle, plein de jours et de mérites. Avant de mourir, Benoît écrivit une lettre commune aux religieux des douze monastères qui le regardaient comme leur premier supérieur, ainsi qu'aux religieux d'Aniane et à Nebridius, archevêque de Narbonne, son intime ami. Après avoir placé le corps du saint abbé dans un cercueil de pierre que l'empereur avait fait préparer, les moines d'Inde envoyèrent la relation exacte de sa mort à tous les monastères de France. Ainsi mourut ce grand homme que Charlemagne honora, que respecta Louis-le-Débonnaire, et dont Alcuin, Théodulfe, évôque d'Orléans, et Leydrade, archevêque de Lyon, recherchèrent l'amitié. Il rétablit en France la discipline monastique, et en général les anciennes abbayes d'Aquitaine suivirent sa règle. Il a composé la Concorde des Règles, un Traité sur la manière de bien vivre, et plusieurs opuscules théologiques et ascétiques qui sont autant de monuments de son érudition et de sa piété.
Pour honorer la mémoire du serviteur de Dieu, l'empereur octroya plusieurs chartes à l'abbaye d'Aniane par lesquelles il la confirmait dans la possession de tous ses biens. Quelques-unes de ces chartes portent la date du palais d'Attigny, sur la rivière d'Aisne, où le prince tenait sa
diète en 822. Le roi d'Aquitaine assista à cette diète. Il n'était point encore marié. L'empereur désira qu'avant de rentrer dans ses états, il accédât aux vœux de son père : il épousa donc Ingeltrude, fille de Théodebert, comte de Madrie, en Neustrie. Après avoir célébré ses noces, Pépin rentra en Aquitaine avec sa nouvelle épouse. Il ne demeura pas longtemps dans ses états, et se rendit bientôt après auprès de Louis qui tenait une diète à Compiègne, et dans laquelle celui-ci résolut de déclarer la guerre aux Bretons révoltés. L'empereur conduisit ses deux fils Pépin et Louis à cette guerre. Etant arrivé a Rennes, il partagea son armée en trois corps; Pépin commandait le second, Louis le troisième, et l'empereur se mit à la tête du premier. Dans quarante jours, cette expédition fut terminée : la Bretagne fut désolée, obligée de se soumettre et de donner des otages. On croit que Bernard, duc de Septimanie, fit partie de cette expédition ; il se trouvait à la suite de l'empereur, qui revint à Aix-la Chapelle où il se plaisait beaucoup. Ce fut en cette ville qu'au mois de juillet 824, le duc épousa Dodane, princesse d'une très haute naissance.
L'empereur convoqua, au commencement de l'année 826, une diète générale à Aix-la-Chapelle, où il appela le roi d'Aquitaine, les principaux seigneurs de ce royaume, et les comtes préposés à la garde de la Marche d'Espagne. Voici quel fut le motif principal de cette assemblée. Un goth nommé Aïzon avait eu part à la conjuration de Béra, comte de Barcelonne. L'empereur, pour s'assurer de sa personne, l'avait mandé auprès de lui; mais ce seigneur disparut toutà-cpup. Etant arrivé à grandes journées à Aussonne, il se rendit maître de cette ville. Roda, qui était dans le voisi-
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nage, eut le même sort. Attaque par les comtes qui gardaient les frontières, il demeura vainqueur. Pour assurer ses conquêtes, il appela à son secours Abdérame, roi des Sarrasins, qui fit avancer un corps de troupes. L'empereur voulut user à son égard des voies de douceur : on députa à cet effet vers lui Hélisachar, chancelier de France, et les comtes Hildebrand et Donat. Ces négociations n'aboutirent pas. Alors les négociateurs se joignirent à Bernard, duc de Septimanie, et tinrent pied aux rebelles ; mais, se trouvant en trop petit nombre, ils ne purent empêcher qu'Aïzon ne portât la désolation aux environs de Barcelonne et de Gironne et ne prît plusieurs places. Le roi d'Aquitaine avait reçu ordre de l'empereur de marcher contre Aïzon avec les généraux Hugues, beau-père de Lothaire, et Malfred, comte d'Orléans. Ces généraux, par opposition au duc de Septimanie, et ne voulant pas en venir aux mains avec les ennemis, différèrent de porter secours au duc : ce qui fut cause des ravages exercés par Aïzon et ses soldats. Bernard, indigné de la conduite de Hugues et de Matfred, les accusa de lâcheté auprès de l'empereur. Cette accusation excita dans le cœur de ces généraux une haine implacable contre le duc de Septimanie, haine fatale qui devint la source de grands malheurs dans l'état. L'empereur lit citer Hugues et Matfred à la diète qui fut tenue k Aix-la-Chapelle, en février 828, où ils furent condamnés à être dépouillés de leurs dignités et de leurs gouvernements. Fatigué de cette guerre, Louis fit partir aussitôt Pépin et Lothaire à la tête d'une puissante armée pour prévenir les desseins des Sarrasins. I) paraît qu'Aïzon, ayant appris la marche de ces princes, renonça à ses projets, et se contenta de posséder
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quelques châteaux dans les comtés d'Aussonne, de Manrèze et de Berga.
Toulouse et l'Aquitaine tout entière furent en ce temps tristement agités par les troubles qu'excitèrent contre Bernard, duc de Septimanie, les comtes Hugues et Matfred. Louis-le-Débonnaire, après avoir perdu Ermingarde, sa première épouse, avait épousé la princesse Judith. Il eut de cette seconde femme un fils qui fut nommé Charles et que l'histoire a surnommé le Chauve. L'impératrice était adroite, intrigante, ambitieuse. Voyant que son fils n'était point entré dans le partage des états de l'empereur, en 817, elle employa tout l'ascendant de son esprit, tous les charmes de sa beauté pour obtenir de son époux que Charles entrât dans le partage de la succession paternelle; elle usa de tant de caresses et de sollicitations, que Louis, vaincu, consentit à disposer d une portion de ses états en faveur du jeune prince. Les trois enfants d'Ermengarde paraissaient devoir présenter un obstacle difficile a vaincre. Lothaire fut d'abord gagné par l'impératrice; mais Pépin et Louis demeurèrent inaccessibles aux prévenances de leur belle-mère. Hugues et Matfred détachèrent Lothaire du parti de Judith et firent révoquer son consentement au nouveau partage. Ils cherchèrent à attirer dans leur parti plusieurs seigneurs, tant ecclésiastiques que séculiers, puis il fut résolu qu'on demanderait à l'empereur la réforme de quelques abus dont ils accusaient Bernard de Septimanie, espérant par là le déprécier auprès du prince. On demanda de toutes parts la réformation. L'empereur, dont la conscience était très délicate, crut à l'existence de ces prétendus abus; il assembla une diète à Aix-la-Chapelle, sur la fin de l'année 828, dans
laquelle on ordonna que quatre conciles seraient tenus dans quatre des principales villes de l'empire, et auxquels tous les évêques seraient tenus d'assister. L'acte de convocation était conçu en ces termes :
« La seizième année du règne de notre souverain Louis, » une assemblée d 'évêques doit avoir lieu en quatre lieux : • » k Mayence, où assisteront les archevêques et leurs suffra- » gants Autgaire, Hadebault, Hetté, Bernuin; k Paris, Eb- » bon, Ragnorord, Lantran, l'archevêque de Sens, et leurs » suffragants; k Lyon, Agobard, Bernard, André, Benoît, » Agéric, et leurs suffragants; k Toulouse, Nothon,Barthé- » lemy, Adalelme, Aiculphe, et leurs suffragants. On traitera » dans ces assemblées, avec l'aide de Dieu, de tout ce qui » tient k la religion et au gouvernement des Eglises, de tout » ce qui doit être fidèlement observé selon l'autorité de » Dieu par les princes et le peuple, et de ce qui doit être » réformé en tout ou en partie. Quant aux pasteurs des peu- » pies, on doit faire une recherche exacte de leurs mœurs, » de leur vie, de leurs actes, pour voir s'il n'y a rien de » contraire k la loi et k l'autorité de Dieu; découvrir en- » suite les causes qui ont pu introduire des abus. On aura » le soin, dans ces assemblées, de garder le secret sur tou- » tes les réformes, et de ne rien faire connaître aux autres » qu'au temps prescrit. En conséquence, on choisira un no- » taire entre tous qui écrive avec soin toutes les décisions, » et qui prête serment de ne rien révéler. Nous voulons que » ces assemblées aient lieu k l'octave de la Pentecôte, et » que cependant nos députés commencent k l'octave de » Pâques k remplir leur mission. »
Tel est l'acte de convocation qui porte la date de 828. Les
points principaux dont on devait s'occuper dans les quatre conciles sont ainsi indiqués : 1° des dîmes affectées aux chapelles seigneuriales, et de ceux qui les détournent a leur usage privé; 2° des femmes qui, en certains lieux, prennent d'elles-mêmes et inconsidérément le voile religieux ; 5° des petits monastères de tilles dans la légation d'Autgaire, dans lesquels se sont introduits de graves désordres; 4° de divers autres petits monastères dans la légation d'Albéric; 5° du jugement par l'eau froide ; 6° de ceux qui se livrent à l'usure. Louis-le-Débonnaire donna à ces députés plusieurs capitulaires qui renfermaient ses instructions, et il adressa deux lettres à tous les fidèles de son empire pour les prévenir de la tenue des conciles. Ce qu'il y a de singulier dans ces lettres, c'est que l'empereur prescrit un jeûne de trois jours après l'octave de Pentecôte, et ordonne qu'il soit fidèlement gardé par tous ses sujets.
Conformément aux ordres du prince, un concile fut tenu à Toulouse, en 829, aux fêtes de la Pentecôte. Là se trouvèrent réunis Nothon, archevêque d'Arles, Barthélémy de Narbonne, Adalelme d'Eauze, et Aiculphe de Bourges.
L'auteur moderne qui a rédigé les actes du dernier concile de Toulouse, tenu de nos jours (1850), avance que Aiculphe, archevêque de Bourges, présida au concile de 829, et qu'on y reçut la profession de foi d'Ebbon, archevêque de Reims. Nous ferons observer, avec les savants auteurs de Y Histoire du Languedoc (tom. 1er, p. 753), que l'archevêque de Bourges n'exerçait aucune juridiction sur Narbonne ni sur Toulouse à cette époque, et qu'il fut nommé le dernier des métropolitains dans l'acte de convocation que nous avons cité. On doit conclure de là qu'il ne présida pas
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le concile de Toulouse, mais que ce fut Nothon, archevêque d'Arles, qui est désigné le premier dans les lettres impériales. La profession de foi que Ton dit avoir été reçue dans le concile de Toulouse n'appartient point en particulier à Ebbon, archevêque de Reims, qui est le premier métropolitain désigné pour le concile de Paris. Cette profession forme le premier chapitre des actes de ce concile qui sont arrivés jusqu'à nous, et elle est l'ouvrage des autres évêques comme celui d'Ebbon. Les actes du concile de Toulouse ne sont point venus jusqu'à notre temps : dès-lors il est difficile d'affirmer que les pères assemblés en cette ville aient accepté la profession de foi d'Ebbon. D'ailleurs, ces quatre conciles provinciaux se tinrent en même temps au mois de juin, ce qui rend plus difficile la transmission rapide des actes de l'un à l'autre. Les auteurs ne s'accordent pas sur le siège qu'occupait Adalelme ; les uns le font archevêque de Bordeaux, et les autres d'Eauze. Nous avons suivi ce dernier sentiment, qui paraît le plus rationnel.
Le concile de Toulouse, pas plus que les trois autres, n'arrêta les projets des factieux. La réforme des abus n'était pas ce qu'ils demandaient; ils voulaient jeter le désordre dans l'état, sous le prétexte d'une vengeance particulière. Lothaire se mit à leur tête avec quelques grands du royaume ; c'est ce qui détermina l'empereur à l'éloigner de la cour et à le renvoyer dans ses états d'Italie. L'impératrice sut habilement profiter de l'exil du prince : elle appela le duc de Septimanie, que Louis-le-Débonnaire créa son premier ministre et son grand chambellan. Le nouveau partage ne se fit pas longtemps attendre, et au mois d'août 829, Louis, dans la diète de Worms, disposa en faveur de Charles du royaume
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d'Allemagne, formé de quelques provinces de Bourgogne et de Germanie.
Les factieux se montrèrent extrêmement irrités de l'élévation du duc de Septimanie. Employant alors contre lui l'arme si redoutable de la calomnie, ses mœurs furent décriées; on sema adroitement dans le peuple des bruits perfides sur ses prétendues liaisons avec l'impératrice; il fut accusé de félonie, de concussion, de sacrilège, et même de magie ; on s'efforça principalement de noircir sa réputation auprès des évèques et des moines. Walla, célèbre abbé de Corbie et beau- frère du duc, s'étant Jaissé séduire, se rendit à la cour et parla a l'empereur de la conduite de l'impératrice et de Bernard, prit celui-ci en particulier et lui adressa d'amers reproches sur les crimes qu'on lui imputait. Le duc de Septimanie, fort de son innocence, parut peu touché de toutes ces remontrances, et renvoya l'abbé de Corbie.
Ce monastère devint alors le rendez-vous de tous les mécontents, qui se rallièrent autour de Walla. A l'ombre de ces cloîtres, on forma le plus odieux complot contre le duc. Il fut décidé qu'on enverrait des émissaires à Lothaire, à Pépin et à Louis de Bavière, pour les obliger a se déclarer contre lui. Les émissaires étaient chargés de dire a ces princes que c'était lui qui était l'auteur du nouveau partage; qu'il avait résolu de les faire périr tous les trois par le poison avec les seigneurs de la cour ; qu'il avait même formé le projet exécrable d'attenter à la vie de l'empereur, pour régner ensuite avec Judith, qu'il devait épouser. Toutes ces choses furent crues et acceptées par le peuple, qui se laissa tromper et par la qualité des personnes qui répandaient ces
bruits, et surtout par la hardiesse des affirmations.... Le duc de Septimanie n'était plus qu'un tyran. Ce seigneur accompagna l'empereur à la diète générale du royaume, qui se tint au commencement de l'année 830, à Aix-la- Chapelle; il s'engagea à faire la guerre aux Bretons révoltés. L'empereur avait ordonné à Louis de Bavière de se rendre auprès de lui avec ses troupes; mais à peine l'armée s'était-elle mise en marche, que ses soldats refusèrent d'obéir et passèrent au camp des factieux réunis en quartier général à Paris. Pépin quitta alors son royaume d'Aquitaine avec ses troupes, dans lesquelles on comptait un grand nombre de soldats du pays toulousain, et arriva à Paris. Bientôt après, le roi de Bavière alla l'y joindre. Placés au milieu des conjurés, ces deux princes acceptèrent tous leurs projets : il fallait éloigner l'impératrice et le duc de Septimanie de la cour de leur père, et ne rien négliger pour atteindre ce but.
L'empereur s'avançait vers Compiègne quand il apprit le plan des conjurés. Dans l'espoir d'arrêter leurs desseins, il éloigna de sa personne Judith et Bernard ; l'impératrice partit pour l'abbaye de Sainte-Marie de Laon, et Bernard se retira à Barcelonne, capitale de ses états. L'empereur vint ensuite camper à Compiègne, à trois lieues de Verberie, où les rois d'Aquitaine et de Bavière s'étaient postés. Aussitôt les princes envoyèrent à Laon les comtes Warin et Lambert, qui se saisirent de Judith et la conduisirent à Verberie. Quand la malheureuse impératrice parut en présence des rois ses beaux-fils, elle comprit toute la grandeur de son infortune. A force de menaces et de tourments, elle fut contrainte à aller trouver l'empereur pour l'engager à quit-
ter l'empire et à se retirer dans un monastère. Arrivée au camp de son époux, elle lui déclara qu'elle se voyait forcée, pour sauver sa vie, de se jeter dans un monastère, et l'exhorta à imiter son exemple. L empereur répondit qu'il méditerait à loisir sur cette proposition. Quant à Judith, elle fut renfermée dans le monastère de Sainte-Radegonde à Poitiers. Louis-le-Débonnaire avait deux frères naturels, Conrad et Raoul ; ils furent pris en même temps, rasés et jetés dans des monastères d'Aquitaine, sous la garde de Pépin.
Les deux rois d'Aquitaine et de Bavière attirèrent dans leur parti quelques personnages considérables, tels que Jessé, évêque d'Amiens, Hilduin, abbé de Saint-Denis, et Walla, abbé de Corbie. L'empereur se trouva, à la diète de Compiègne, en présence de ses ennemis déclarés; il y parut en véritable coupable, accusé par ses propres enfants. La diète voulut le détrôner; mais il fut protégé par le roi de Bavière qui voulut attendre l'arrivée de Lothaire, lequel se montra éloigné de tenter ce coup d'éclat. Cette modération apparente n'empêcha pas Lothaire de garder son père prisonnier à Compiègne et de lui ôter l'administration des affaires publiques. Il plaça auprès de lui quelques moines, dans la pensée que ces religieux que l'empereur vénérait, le détermineraient à embrasser la vie monastique. Lothaire fut trompé dans ses projets. Ces moines, indignés de la conduite qu'on tenait à l'égard d'un prince aussi recommandable par sa pieté, lui proposèrent d'ouvrir une négociation secrète avec Pépin et Louis de Bavière pour pouvoir se délivrer des mains de Lothaire et reprendre les rênes du gouvernement. Parmi ces religieux, se trouvait un habile
personnage nommé Gombaud, qui se chargea de négocier auprès des princes. Pépin et Louis le reçurent avec faveur; ils éprouvaient déjà le plus vif regret de la conduite qu'ils avaient tenue à l'égard de leur père; celui-ci d'ailleurs leur promettait d'étendre les limites de leurs états. Les princes s'engagèrent à leur tour à le secourir et à le faire rentrer dans ses droits. Lothaire ne put empêcher son père de se rendre à la diète générale qui se tint à Nimègue le 1er octobre 850. Tout-à-coup les affaires de l'empereur prirent une face nouvelle : le roi de Bavière se déclara le premier en faveur de son père. Fort de ce retour, l'empereur exila Hilduin et renvoya l'abbé de Corbie dans son monastère. Les factieux furent stupéfaits de ce coup d'état. Ils étaient à se concerter avec Lothaire quand celui-ci reçut l'ordre de se rendre auprès de son père, qui lui promettait le pardon. L'empereur le reçut, en effet, avec une extrême bonté et oublia ses fautes ; mais il ordonna d'arrêter les principaux auteurs de la sédition pour les faire juger dans une assemblée qu'il lixa à Aix-la-Chapelle.
Ce fut dans cette assemblée qui se tint le jour de la Purification (2 février 831) que l'impératrice Judith parut et prouva son innocence. L'empereur la reprit alors et la traita en véritable souveraine. Quant aux factieux, ayant tous été convaincus du crime de lèse-majesté, ils furent condamnés à mort. La sentence aurait été infailliblement exécutée si Louis n'eût usé à leur égard de sa clémence accoutumée. Les évêques et les abbés qui étaient du nombre des conjurés, furent déposés de leurs sièges, les laïques dépouillés de leurs charges, leurs biens confisqués, et tous furent jetés dans divers monastères, ou subirent la peine de l'exil. Après
cette assemblée, les trois princes fils de l'empereur se retirèrent dans leurs états. Le châtiment des coupables ne fut pas de très longue durée, car, cédant au sentiment de sa bonté naturelle et comptant sur leur repentir, Louis leur rendit leurs charges, leurs biens et leur liberté. La conduite qu'avait tenue l'assemblée d'Aix-la-Chapelle à l'égard de l'impératrice, engagea Bernard de Septimanie à se présenter vers le mois d'octobre à la diète de Thionville. Ce seigneur y demanda à prouver son innocence par le duel. Personne ne l'ayant accepté, il fut déclaré innocent, après s'être purgé par serment. Lothaire et Louis de Bavière étaient présents. Quant au roi d'Aquitaine, il s'excusa de ne pouvoir y paraître. On suppose que l'abbé de Corbie, exilé à Noirmoutier, avait influencé Pépin contre son père. Pressé cependant par des ordres réitérés de la cour, il arriva peu de jours avant Noël à Aix-la-Chapelle, où elle se trouvait alors. Reçu avec assez de froideur par Louis, Pépin partit secrètement le 28 décembre 831; il rentra en Aquitaine. *
Pendant que Bernard vivait retiré à Barcelonne, Gombaud, moine de Saint-Médard de Soissons, et dont nous avons déjà parlé, s'était emparé de toute la confiance de l'empereur, et était devenu son premier ministre. Le duc de Septimanie ne tarda pas à s'apercevoir que les absents ont toujours tort auprès des grands : il ne rencontra dans l'empereur ni la môme sympathie, ni la même confiance, et par
une inconcevable versatilité, il forma des liaisons secrètes avec Pépin et l'entretint dans son mécontentement. De grands projets étaient formés par les deux enfants de l'empereur : ils devaient s'emparer du royaume d'Allemagne destiné à Charles, pénétrer en France, et lever enfin l'étendard de la
révolte. Le roi de Bavière ne fut pas heureux dans l'exécution : il se vit abandonné de ses soldats, qui passèrent du côté de l'empereur. Un nouveau pardon fut accordé à une nouvelle faute. Au mois de septembre 832, une diète générale fut convoquée à Orléans ; Louis-le-Débonnaire y appela son fils Pépin, qui, cédant aux conseils du duc de Septimanie, refusa de s'y rendre. Bernard se vit accusé de félonie dans cette diète ; mais l'accusateur n'ayant pas osé soutenir l'accusation ni accepter le duel, le duc ne fut pas jugé avec la dernière rigueur; l'empereur se contenta de le dépouiller de toutes ses dignités et du duché de Septimanie. Gaucelme, comte de Roussillon, son frère, éprouva la même disgrâce. Après la diète d'Orléans, l'empereur, irrité de la conduite de Pépin, partit pour l'Aquitaine et s'avança . jusqu'au palais de Joac en Limousin. Pépin, voyant qu'il ne pouvait éviter les poursuites de son père, alla se jeter à ses pieds et solliciter son pardon, qui lui fut accordé. Il lui fut ordonné de se rendre à Trêves avec son épouse et ses enfants, et d'y demeurer jusqu'à de nouveaux ordres.