‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 43 sur 71 · DEPUIS LA PRISE DE TOULOUSE PAR CHARLES-LE-CUAUVE, EN · texte numérisé non relu

DEPUIS LA PRISE DE TOULOUSE PAR CHARLES-LE-CUAUVE, EN

jusqu'à l épiscopat d armann, en 903.

Avant de partir pour l'Espagne, Guillaume, dans la prévision des desseins de Charles sur Toulouse, avait laissé le gouvernement de cette ville à un brave seigneur nommé Frédelon. Il était d'une naissance très-distinguée, et portait le titre d'homme illustre; il était fils de Fulcoald, qui avait exercé sous Louis-le-Débonnaire la fonction d'envoyé sur les confins des diocèses de Nîmes et du Rouergue. Il avait pour mère Sénegonde. Frédelon était originaire de ce pays, où sa famille possédait de vastes domaines, ce qui a fait supposer qu'il en était comte ; car, dans la suite, le comté du Rouergue fut possédé par ses descendants à titre héréditaire. Ce seigneur se trouvait donc à Toulouse chargé de la défendre, lorsque Charles se présenta, pour la troisième fois, devant ses murailles.

Le roi d'Aquitaine distribua les divers quartiers de l'attaque ; il confia celui de la porte Narbonnaise , auprès de laquelle était situé le palais des rois visigoths, à Héribert, abbé de Fontenelle. Ce brave prélat, qui était excellent capitaine, avait suivi le prince à la tête de ses nombreux vassaux. On n'était pas étonné alors de voir les, abbés et les évêques se placer a la tête des troupes, diriger le mouvement des combats, assiéger les villes, se couvrir du casque

Digitizecfby

au lieu de la mitre, et porter le bouclier au lieu de la crosse : c'était dans les mœurs du temps. Si cet état de choses présentait d'incontestables abus, il avait au moins cet immense avantage, de faire respecter les droits sacrés des monastères et des églises en armant le bras de leurs défenseurs naturels. Dirigés par leur habile chef, les vassaux de l'abbé de Fontenelle, ayant ramassé une grande quantité de matières combustibles, les appliquèrent k la porte Narbonnaise et y mirent le feu. Tous les efforts des assiégés pour l'éteindre furent inutiles; la plus grande partie des constructions ayant été consumée, il fut facile de donner l'assaut par cette ouverture. Frédelon, effrayé, demanda a capituler et se rendit k discrétion k Charles-le-Chauve. Ce prince, après avoir reçu son serment de fidélité, fit son entrée dans Toulouse, accompagné d'Héribert, k qui le roi était redevable de sa conquête. Charles rendit k Frédelon le gouvernement de Toulouse, pendant que Pépin, indigné de sa félonie, se dérobait aux poursuites de son vainqueur. Ne désespérant cependant pas, malgré sa défaite, de remonter sur le trône, il sut habilement profiter du départ de Charles pour la France, tâcha de ranimer son parti, et engagea les Aquitains, naturellement légers et inconstants, a le reconnaître de nouveau pour leur roi. Il est accusé par l'histoire d'avoir encore appelé les Normands pour servir sa vengeance. Ces pirates s'approchèrent en effet de Toulouse, la prirent sur

les lieutenants de Charles-le-Chauve, et la livrèrent entièrement au pillage.

Durant le séjour de Charles dans la Septimanie, Guillaume s'était tenu renfermé dans Barcelonne. Ayant appris le départ de ce prince, il fit de nouvelles tentatives pour soumettre

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tout le pays. S'étant avancé, il rencontra un corps de troupes ennemies qui l'attaquèrent vivement, le délirent, et le forcèrent de rentrer à Barcelonne. A son retour dans cette ville, il trouva l'opinion changée à son égard, et par une de ces révolutions qui ne sont que trop ordinaires à la fortune, il devint le prisonnier d'Aledran, général de Charlcs-le- Chauve, qu'il venait naguère de jeter lui-même dans les fers. Aledran fit instruire son procès et le fit exécuter à mort comme criminel de lèse-majesté, vers le mois d'avril 850. Guillaume, petit-fils du saint fondateur de Gellone, périt ainsi à la fleur de son âge ; il n'avait que vingt-quatre ans. Il était brave et réglé dans sa conduite. Il mourut victime de son attachement à la cause de Pépin. Ses qualités éminentes le rendaient digne d'un meilleur sort. On ignore si Guillaume avait contracté quelque alliance, du moins ne laissait-il point de postérité. 11 avait un frère nommé Bernard et une sœur qui avait épousé Wulgrin, comte d'Angoulême.

Les peuples aquitains étaient d'une inconstance désespérante pour ceux qui cherchaient à les gouverner, passant tour a tour de l'amour a la haine, de la fidélité a l'abandon. Après s'être de nouveau placés sous l'autorité de Pépin, ils se remirent sous l'obéissance de Charles. Le premier se vit donc encore complètement délaissé. Sanchc, marquis de Gascogne, qu'il avait autrefois appelé a son secours, fut le premier qui déserta sa cause ; il lui tendit des embûches et l'arrêta enfin prisonnier. Ce seigneur négocia la paix avec Charles aux dépens de la liberté de son captif. Charles accepta ce traité peu loyal, et au mois de septembre 852, après avoir reçu Pépin en son pouvoir, il le conduisit lui-même au monastère de Saint-Médard de Soissons; là, on tint

conseil, et les évêques et les seigneurs qui étaient k la suite de Charles décidèrent qu'il devait embrasser la vie monastique. Les justes réclamations du prince furent inutiles : il se vit forcé, pour éviter un plus grand malheur, d'endosser le froc. Il fut laissé dans ce monastère sous bonne et sûre garde.

Dans sa retraite forcée au monastère de Saint-Médard, Pépin apprit la mort de Frédelon, comte et duc de Toulouse, qui avait lâchement trahi sa cause. Ce seigneur avait épousé, a ce qu'on croit, une princesse nommée Ode, dont il eut une fille appelée Udalgarde qui épousa un seigneur du Rouergue du nom de Bernard; il ne laissa point d'enfant mâle, et Raymond son frère lui succéda dans ses dignités. Raymond fut le premier qui réunit en sa personne les comtés de Toulouse, du Rouergue et du Quercy, qui passèrent à ses successeurs.

La garde sous laquelle on tenait Pépin k Saint-Médard n'était pas si étroite qu'il n'apprît que plusieurs seigneurs étaient encore attachés à son parti. Il chercha dès-lors k sortir de sa prison; il gagna, k cet effet, deux moines du monastère qui, trompant la vigilance des autres religieux, étaient sur le point de le faire évader, lorsque le complot fut découvert. A cette nouvelle, Charles se rendit k Saint- Médard, fit garder le prince plus étroitement, et convoqua au mois d'avril 855 un concile a Soissons, où il fit juger canoniquement les deux religieux qui avaient cherché k favoriser l'évasion du captif. Après avoir été chassés par l'ordre du vénérable Rothad, évêque de Soissons, ils furent conduits au concile par l'archidiacre, et la, accusés et convaincus d'avoir ourdi un complot tendant a troubler la paix publique.

Ils furent publiquement dégradés du sacerdoce et envoyés en exil dans deux monastères placés a de grandes distances. Trente-quatre évéques des provinces de Reims, de Rouen, de Sens et de Tours souscrivirent à cette dégradation infamante. Parmi ces évêques, on trouve la souscription du célèbre Hincmar de Reims. Après la tenue du concile, Charles exigea de Pépin un serment solennel de fidélité et une promesse expresse de vivre dans l'exacte observance de la règle qu'il avait embrassée. Pépin promit et jura tout ce qu'on voulut, n'attachant rien de sérieux à des actes imposés à sa volonté.

La conduite que Charles venait de tenir à l'égard de son neveu ne put servir à affermir sur sa tête la couronne d'Aquitaine. Les princes de cette province, ne pouvant plus sup-

porter la dureté de son gouvernement, résolurent de se donner un nouveau maître ; ce fut Louis, fils du roi de Germanie, qu'ils appelèrent au trône. Mais cette tentative n'eut aucun succès. Pépin, que l'on tenait au courant de toutes ces révolutions, tenta une seconde fois de s'évader de son monastère et fut plus heureux que la première. Aussitôt il s'approcha de la Loire, et une partie des Aquitains se déclara en sa faveur : en sorte qu'à cette époque trois princes se disputaient cette couronne qu'aucune tête de roi ne pouvait garder. Charles s'empressa de déclarer la guerre à ses deux compétiteurs, et força Louis à regagner la Germanie. On ignore s'il tourna ensuite ses armes contre Pépin. Au milieu de ces révolutions, l'empereur Lothaire mourut à l'abbaye de Prum, dans les Ardennes, le 28 septembre 855, après s'être revêtu de l'habit monastique. Il laissa trois enfants, Louis, Lothaire et Charles. Louis eut le royaume

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d'Italie; Lothaire, les provinces voisines du Rhin, qui prirent plus tard son nom, et par corruption celui de Lorraine; Charles régna sur les provinces voisines des Alpes et de la la Méditerranée ; on nomma ce pays le royaume de Provence.

Peu de temps après la mort de Lothaire, les Aquitains se remirent sous l'obéissance de Charles-le-Chauve, dont ils redoutaient la puissance; ils lui demandèrent un roi, et leur choix tomba sur le fils de ce prince, qui portait le même nom que son père. Accepté d'abord et ensuite repoussé, il se vit remplacé dans sa- dignité par Pépin, que les Aquitains reprirent et abandonnèrent de nouveau pour passer de rechef sous l'autorité du fils de Charles-le-Chauve. Les grands du royaume favorisaient tous ces changements afin de rendre leurs dignités héréditaires. Indigné de l'inconstance de ses anciens sujets, Pépin se ligua avec les Normands pour s'affermir sur le trône ; il se mit en campagne, et, soutenu par ses partisans et les mécontents, fit de grands ravages dans toutes les provinces, après avoir livré Poitiers au pillage. Cette expédition fut suivie d'un traité de paix conclu en 858 entre Pépin et Charles-le-Chauve, par lequel le premier consentait a posséder un certain nombre d'abbayes et de comtés dans l'Aquitaine. Mais cette paix fut d'assez courte durée, comme les précédentes. Charles, en effet, fit tout ce qu'il put pour enlever à son neveu les pays qui venaient de lui être cédés, en sorte que Pépin, abandonné des siens, eut recours à la protection des Bretons et de quelques seigneurs de Neustrie, avec lesquels il se ligua contre son oncle.

En ce temps vivait, aux environs de Toulouse, une pieuse

et sainte femme nommée Ermentrude. Le ciel, en lui enlevant son époux, lui avait laissé un fils qu'elle éleva dans la pratique des vertus chrétiennes ; il s'appelait Egofred. Ces deux seigneurs résolurent de consacrer une partie de leur fortune à des œuvres de piété, et voulurent laisser après eux un monument de leur religion. Ils adressèrent une pétition à Salomon, évêque de Toulouse, pour lui demander l'autorisation de bâtir dans son diocèse, et sur leurs terres, une église et une paroisse en l'honneur de l'apôtre saint André. L'évêque acquiesça à leurs désirs : ils construisirent donc une basilique et ses dépendances à la gloire de ce saint apôtre. La charte de cette fondation se trouvait dans le cartulaire de l'abbaye de Lézat; elle porte la date précise du troisième jour des calendes de janvier de l'année 859. C'est par cet acte seul que nous est révélée l'existence de cet évêque de Toulouse, successeur de Samuel. On serait porté à croire qu'il y a quelque erreur de nom dans la charte d'Ermentrude, et que c'est Sam uelis que l'on doit lire, et non Salomonis. Cependant il existait à la même époque un abbé de Castres appelé Salomon, sous lequel arriva un horrible événement : les serfs de l'abbaye jetèrent du poison dans les aliments destinés aux moines; quatorze religieux périrent. Six des principaux coupables furent brûlés vifs. Il serait possible que Salomon eût été a la fois évêque de Toulouse et abbé de Castres. Il panait que l'église bâtie par Ermentrude était belle et assez grande, puisqu'elle porte le nom de basilique. Le mot de paroisse qui est indiqué dans la charte nous montre que cette église était destinée au service divin pour les habitants du voisinage, conséquemment qu'aucun monastère ne lui fut attaché, et que ses dépen-

(lances consistaient en des bâtiments presbytéraux réservés aux prêtres qui devaient la desservir. Le lieu où fut bâtie cette église, est celui de Moressac, près d'Auterive.

Pendant qu'Ermentrude élevait un temple en l'honneur de Dieu et pour le bien spirituel des peuples, une autre femme devint le sujet involontaire d'un scandale qui occupa les évêques assemblés en concile, les hauts et puissants seigneurs, et les écrivains les plus célèbres de l'époque : nous voulons parler de la fille de Raymond Ier, comte de Toulouse. Ce seigneur avait donné cette fille en mariage à Etienne, comte d'Auvergne. Après les fiançailles, Etienne refusa de l'épouser, sous prétexte de quelque relation criminelle qu'il disait avoir eue avec une des proches parentes de la fiancée. Raymond voulut forcer Etienne à exécuter sa promesse; celui-ci persista constamment dans son refus, jusqu'à ce qu'enfin, craignant la juste indignation du comte de Toulouse, il consentit à épouser sa fille, la dota et la reconnut publiquement pour son épouse, sans cependant vouloir jamais habiter avec elle. Cette conduite détermina enfin Raymond à citer Etienne au concile qui se tenait alors au bourg de Thusi, au diocèse de Toul, en octobre 860, et où se trouvèrent les évêques de quatorze provinces avec douze métropolitains en personne. Etienne fut cité au concile et comparut. Il demanda d'être entendu en particulier devant les évêques, et exposa toutes ses raisons. Le concile ordonna que les évêques des deux provinces de Bordeaux et de Bourges s'assembleraient avec les seigneurs du pays pour juger cette affaire. Cédant aux désirs du concile, Hincmar, archevêque de Reims, écrivit aux métropolitains d'Aquitaine. Sa lettre est adressée à Rodulfe de Bourges et à Frotaire de

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Bordeaux. H déclare que Raymond a écrit au concilecontre Etienne, et expose sommairement l'affaire* en question ; il affirme qu'il y a déjà trois ans qu'elle est pendante, et que, quoique naturellement elle ne dût pas être traitée en synode, cependant, à cause de la dignité des personnes, on ne pouvait trop décliner' leur recours. Il rapporte ensuite le discours d'Etienne et la décision du concile; il trace encore avec beaucoup de sagesse la marche à suivre dans l'instruction de ce procès célèbre, et veut qu'on appelle à la prochaine assemblée Raymond, sa fille, et Etienne, qu'on les interroge avec le plus grand soin, et qu'Etienne ne soit point forcé de déclarer le nom de sa complice ; il entre ensuite dans de grands développements sur la nature et l'essence du mariage en général, et conclut à la dissolution de celui d'Etienne, en supposant complètement acquise la vérité des faits, oblige Etienne à restituer la dot, et le condamne à une sévère pénitence pour le crime qu'il avait commis.

Telle est l'instruction donnée par Hincmar aux métropolitains d'Aquitaine. Etienne refusa de se rendre au concile indiqué dans cette province, et le pape Nicolas Ier fut obligé de lui écrire une lettre très forte a ce sujet. On ignore quelle fut, dans cette affaire, la décision dernière de ce concile. Quant à Etienne, il fut tué en 864 dans un combat contre les Normands.

Les ravages que ces barbares exerçaient sur les côtes d'Aquitaine avaient forcé plusieurs religieux des pays voisins d'abandonner leurs monastères et d'aller chercher un autre asile contre leurs brigandages. Il existait alors en Périgord un vénérable abbé nommé Adalgise, qui gouvernait le monastère de Palmat. Cet abbé était particulièrement

connu du comte de Toulouse, qui, ayant appris la résolution où il était de quitter son abbaye, lui fit offrir un asile assuré sur les terres de sa domination, et lui promit de

fonder un monastère pour le recevoir. On vit donc arriver à Toulouse Adalgise à la tète de tous ses religieux, qui y reçurent de la part de Raymond Ier une généreuse hospi- talité. Hélisachar était alors évêque de cette ville, et avait succédé à Samuel ou Salomon. Le comte convoqua une assemblée ecclésiastique dans laquelle il fut conclu que le nouveau monastère serait fondé en un lieu appelé Vabres, situé dans le Rouergue, sur la petite rivière de Dourdon. Nous possédons la charte de fondation de cette abbaye, qui nous offre quelques détails historiques sur la famille du comte de Toulouse. On y apprend que la femme de Raymond s'appelait Bcrteïs, son père Fulgaud, sa mère Sénegonde, et son frère Frédelon ; le monastère doit être construit en Thonneur du Sauveur, de Marie sa mère et du glorieux martyr saint Denis ; les religieux doivent y suivre la règle de saint Benoît; Raymond nomme trois de ses fils, Bernard, Fulgaud et Odon. Cet acte dé fondation est daté de 862; il est écrit par le lévite Ermenric, et offre, entr autres, la signature d'Hélisachar, évêque de Rodez : ce qui montre que cette charte fut dressée à Vabres même, qui dépendait de ce diocèse. Adalgise prit possession de ce monastère et y vécut avec ses religieux. Peu de temps après, un ecclésiastique du pays nommé Rolland, qui était filleul du comte de Toulouse et son chapelain, fit une donation considérable à ce nouveau monastère et y embrassa la vie religieuse. On voit dans l'acte de donation que l'église était dédiée aussi à saint Vincent, et qu'on y gardait de précieuses reliques.

Le comte Raymond de Toulouse s'occupait à fonder l'abbaye de Vabres lorsqu'il vit Pépin ranimer son parti. Ce jJrince, qui s'était retiré chez les Bretons, se mit à leur tête et fit diverses excursions dans les pays voisins de la Bretagne. Charles-le-Chauve voulut arrêter ces mouvements : mais il fut repoussé par Robert-le-Fort, fameux capitaine de ce temps et la tige des rois de la troisième race, que Charles, après sa défaite, eut le talent d'attirer à son parti en lui donnant les duchés de tous les pays situés entre la Loire et la Seine. Le comte de Toulouse se vit alors attaqué dans son gouvernement par Humfrid, marquis de Gothic, qui chercha à s'emparer de Toulouse pour déposséder le frère de Frédelon. On a cru qu'il avait été porté à cette entreprise par les insinuations de Pépin et de Charles, nouveau roi d'Aquitaine, qui était en guerre avec son père. Il est beaucoup plus probable que Humfrid, étant de la famille de saint Guillaume de Geltone, dont les héritiers avaient possédé ce duché, chercha à rentrer dans les droits dont cette famille avait été dépossédée. Humfrid, s'étant ménagé des intelligences secrètes dans la ville, s'en rendit maître et en chassa Raymond Ier. 11 fut favorisé par les habitants, qui étaient accoutumés à se soustraire a l'obéissance de leurs comtes. Charles-le-Chauve se montra très irrité contre Humfrid ; il le déclara déchu de ses dignités, et le traita comme un criminel de lèse-majesté.

Hélisachar était encore évêque de Toulouse à l'époque de l'expédition de Humfrid. Aimoin, religieux de Saint-Gcrmain-des-Prés, fait mention de cet évêque dans l'histoire de la translation des reliques de saint Vincent, martyr d'Espagne, à l'abbaye de Castres en Albigeois. Ces reliques

avaient été portées de Valence à Saragosse par Audalde, religieux de l'abbaye de Conques, qui ensuite se retira a celle de Castres. De Saragosse, les religieux de ce dernier monastère les portèrent dans cette abbaye, et, pour satisfaire la piété des peuples, les déposèrent dans un oratoire de Notre-Dame, voisin du monastère. Tous les fidèles du voisinage s'empressèrent d'aller visiter les sacrées reliques. Ilélisachar partit de Toulouse, accompagné de son clergé et d'une grande partie des habitants ; arrivé à neuf milles du monastère, l'évêque de Toulouse descendit de cheval, et fit le reste du chemin pieds nus, pour montrer la singulière vénération qu'il portait aux reliques du saint martyr.

Les Toulousains puisèrent dans leur pèlerinage au tombeau de saint Vincent le courage invincible qu'ils déployèrent dans le siège de leur capitale par les Normands. Au commencement de l'année 864, ces infidèles désolèrent l'Aquitaine, passèrent dans le Limousin, brûlèrent le monastère de Solignac, et pénétrèrent jusqu'à Clermont, jetant partout l'épouvante. Pépin était à leur tête. Leur ayant persuadé d'aller assiéger Toulouse, aussitôt ils équipèrent une nouvelle flotte, remontèrent la Garonne et investirent cette capitale ; mais ils ne purent s'en rendre maîtres. Toulouse fut alors défendue, à ce qu'on croit, par Humfrid, marquis de Gothie, qui, malgré sa proscription, était encore en possession de la ville. Justement effrayé du ressentiment de Charles-le-Chauve, il prit le parti de se dérober par la fuite à ses poursuites ; il quitta donc Toulouse, et se rendit en Italie auprès de l'empereur. Le comte Raymond I*r rentra alors dans la capitale de son gouvernement.

Après la levée du siège de Toulouse, Pépin s'était avancé

vers les côtes de l'Océan, à la tête des Normands, ses alliés. Mais Rainulfe, comte de Poitou, lui tendit un piège, dans lequel il tomba; il fut aussitôt arrêté et conduit au palais de Pistes, au diocèse de Rouen, où se trouvait Charles-le- Chauve. Là, dans une assemblée composée d'évèques et de seigneurs, il fut condamné à mort, comme traître à la patrie et apostat. Ce prince ne sut pas mourir; il s'abaissa jusqu'à' demander grâce, voulant reprendre l'habit monastique qu'il avait quitté. Hincmar de Reims traça la marche qu'il fallait suivre à son égard : il devait faire d'abord une confession générale de sa vie, mais secrète ; ensuite avouer en pleine assemblée les crimes publics dont il s'était rendu coupable ; accepter la pénitence imposée par les évêques, et, après sa réconciliation, recevoir la tonsure cléricale et l'habit religieux; promettre enfin qu'il passerait le reste de ses jours dans le cloître. Pépin accepta toutes ces conditions et fut conduit à Senlis et jeté dans une étroite prison. Ce fut là qu'il mourut, livré à une espèce de monomanie que l'annaliste de Metz attribue aux excès de l'intempérance, mais qui pourrait plutôt être l'effet du chagrin qui le consuma et mit un terme à une vie trop longtemps agitée.

Raymond Ier, comte de Toulouse, n'assista pas à la diète de Pistes, ce qui fait conjecturer qu'il était mort à cette époque; la comtesse lui survécut. Indépendamment des trois enfants déjà nommés, il en laissa un quatrième nommé Aribert, qu'il consacra à Dieu dans l'abbaye de Vabres et qui y prit l'habit religieux sous le nom de Benoît. Bernard succéda à Raymond son père dans les comtés de Toulouse, du Rouergue et du Quercy. Il signala le commencement de son règne par un acte éclatant de religion : l'an 805 ,

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de concert avec Bertheïs sa mère, il donna plusieurs terres à l'abbaye de Vabres. D'après cette charte, le vénérable abbé Adalgise vivait encore. Les biens donnés étaient destinés à l'entretien des moines, à la réception des hôtes et à la distribution des aumônes. Cette donation est une marque éclatante de la piété filiale de Bernard, car il déclare formellement dans sa charte qu'il a fait cession de ses biens pour le repos de l'âme de Raymond son père. Elle porte la date du 11 des calendes de mai, la veille de Pâques.

Charles-le-Chauve disposa du marquisat de Gothie, vacant depuis la révolte de Humfrid, en faveur d'un seigneur nommé Bernard, fils d'une princesse appelée Bélichilde et de Bernard, frère d'Emenon, comte de Poitiers. Il est connu dans l'histoire sous le nom de Bernard H. Cependant il ne donna à ce seigneur qu'une partie de ce marquisat ; la Septimanie proprement dite ou une partie de la Narbonnaise première fut alors séparée de la Marche d'Espagne. Charles venait de faire la division de ces provinces lorsqu'il reçut à Verneuil-sur-Oise une députation des prélats et des seigneurs d'Aquitaine pour lui demander de permettre que le roi Charles son fils reprît le gouvernement de ce royaume. Le désir des députés fut favorablement accueilli, et le jeune prince partit avec eux. Avant son départ, il avait éprouvé un accident terrible qui lui coûta la vie. Revenant un jour de la chasse, il voulut éprouver si deux jeunes seigneurs de la cour nommés Alboin et Berton étaient aussi braves qu'on le disait. A cet effet, il alla se cacher dans une forêt. Alboin étant arrivé le premier, le prince se précipita sur lui, comme s'il eût voulu le désarmer. Alboin ne reconnut pas le roi et crut que c'était un ennemi : il tira aussitôt son épée et en

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porta un si rude coup sur la tète du prince, qu'il te renversa de cheval et le blessa depuis la tempe droite jusqu'à l'os maxillaire. Ayant reconnu trop tard le prince, il prit aussitôt la faite. Lorsque Charles quitta son père, il n'était pas entièrement guéri de sa profonde blessure ; il mourut peu de jours après sa rentrée dans ses états, le 29 décembre 866, après un règne de onze ans. Carloman son frère lui fit de magnifiques funérailles. Il fut inhumé dans l'abbaye de Saint-Sulpice de Bourges.

Après la mort de Charles, son père donna le royaume d'Aquitaine à Louis, son fils aîné, surnommé le Bègw. Il fut solennellement couronné en 867, au carême, dans une maison royale située sur la Loire et appelée. Bellus Pauliams. Charles-le-Chauve quitta ce château après les fêtes du couronnement, et au mois d'août 868 il tint une diète au palais de Pistes, dans le diocèse de Rouen. Ce fut là que Bernard, comte de Toulouse, vint joindre le monarque, dont il fut très gracieusement accueilli. Il suivit le prince dans ses différentes excursions : à Metz d'abord, où Charles se fit couronner roi de cette portion de la monarchie qui s'étendait sur les bords du Rhin, et dont il s'était emparé après la mort de Lothaire qui eut lieu à Plaisance, en Italie, îe 6 août 869 ; et de Metz à Compiègne, où il se rendit en s'éloignant du Rhin. Bernard se trouvait à la cour de Charles le 22 juin de l'année suivante (870). Ce fut à Marienval, palais situé près de Compiègne, qu'il obtint du roi une charte pour confirmer la fondation du monastère de Vabres faite par Raymond son père. Dans cet acte, Rotland qui, comme on l'a vu plus haut, était devenu religieux de cette abbaye après avoir occupé la place de chapelain de ce dernier sei-

gneur, y est nommé abbé de Vabres. Après sa mort, le gouvernement de cette maison devait passer à Benoît, frère du comte de Toulouse. Il est aisé de voir par cette charte que celui-ci ne l'avait demandé et obtenu que dans un intérêt de famille, pour faire passer sur la tête de l'un de ses proches les biens de cette fondation. Poursuivant ses vues ambitieuses, il demanda à Hincmar, archevêque de Reims, les biens que cette Eglise possédait en Aquitaine pour en jouir a titre de précaire, avec promesse d'en payer exactement la rente. Hincmar ayant refusé d'accéder à sa demande, Bernard s'en enrçara et les donna en bénéfice à ses vassaux. L'archevêque, irrité de cette usurpation, lui enleva l'administration de ses domaines, qu'il donna à Bernard, comte d'Auvergne. Il écrivit ensuite au comte de Rouen pour l'engager à plaider sa cause auprès du comte de Toulouse; il adressa enfin une lettre très touchante à ce seigneur dans laquelle il le conjurait par le Dieu toutpuissant, Jésus-Christ son Fils, sa sainte Mère et saint Rémi, de mettre un terme à son usurpation et de laisser administrer ces biens par le comte d'Auvergne. Il lui déclare, en cas d'obstination, qu'il le mettra hors de l'Eglise et le fera excommunier par une assemblée générale des évêqucs d'Aquitaine et des autres royaumes. Il l'exhorte à se concilier, par sa soumission, la protection de la Sainte-Vierge et de saint Rémi, lui montrant par les autorités les plus sacrées combien il est dangereux d'usurper les biens de l'Eglise, et lui annonçant qu'il s'attirera un jugement canonique suc la terre et une éternelle réprobation dans le siècle futur. Plaçant ensuite devant ses yeux le dommage qu'il porte à l'Eglise de Reims, il lui déclare qu'il est déjà

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condamné par les canons et le jugement des saints ; que lui, Hincmar, et les autres évèques auront recours au pape, avec l'autorité de l'empereur, pour assembler un synode où lui et tous les usurpateurs sacrilèges seront frappés d'anatlième. En conséquence, suivant le conseil de l'Evangile, il l'avertit en particulier en qualité d'évéque, et lui défend par la croix et le sang de Jésus-Christ de s'immiscer en rien dans les biens de l'Eglise de Reims, k moins que ce ne soit pour les défendre contre une injuste agression.

Telle est la lettre d'IIincmar au comte de Toulouse. Quoiqu'elle ne se trouve point dans les œuvres de ce grand archevêque, on ne saurait douter de son authenticité, puisqu'elle est rapportée par Flodoard, au troisième livre de son Histoire.

Bernard fut peu touché de ces remontrances. Peu de temps après avoir reçu cette lettre, il se rendit, au mois d'août, en Aquitaine, et tint un plaid dans le Quercy pour une affaire portée devant lui. Garulfe, abbé de Beaulieu, accompagné de son avocat nommé Richard, comparut devant le comte, en un lieu appelé Semmur; il y interpella un certain Adène, l'accusant d'avoir usurpé l'église de Saint-Christophe de Cosac, en Limousin, que l'archevêque Rodulfe avait cédée au monastère de Saint-Pierre de Beaulieu. Adène fut condamné à restituer a Garulfe, au jour indiqué, l'église de Saint-Christophe, par les mains d'Odon et d'Umbert, ses répondants. Cette affaire terminée, le comte de Toulouse se rendit au palais de Sauvoi, près de Laon, après les Pâques de 871. Charles-le-Chauve s'y trouvait alors pour y régler les affaires d'Aquitaine. Ce fut à Sauvoi, et dans l'assemblée générale des seigneurs de ce royaume, que le comte de Tou-

lousc prêta serment a Charles, qui lui accorda les villes de C^arcassonne et de Razès. Il ne faut pas croire par ces paroles que ce seigneur obtînt du roi le gouvernement direct de ces villes ; il les plaça seulement sous la dépendance du marquisat de Toulouse, en leur laissant leurs comtes particuliers.

Avant de quitter Sauvoi, Bernard donna une charte en faveur de Frugellus, abbé d'Alaon dans le diocèse d'Urgel, et le comté de Palhas, vers les frontières du diocèse de Toulouse. Dans cette charte, portant la date du 21 juillet 871, Bernard confirme tous les privilèges de cette abbaye; il la prend avec toutes ses dépendances sous sa sauvegarde, avec l'autorité de Charles-le-Chauve, son seigneur. Il est à remarquer que, dans cet acte, Bernard prend à la fois les titres de comte, de duc et de marquis. Il partit de Sauvoi, accompagnant Louis-le-Bègue qui allait prendre possession du royaume d'Aquitaine, et rentra à Toulouse; mais il quitta bientôt après cette ville pour suivre Charles-le-Chauve à Rome. Ce prince se rendait dans cette capitale pour se faire couronner empereur, . après la mort de Louis II qui eut lieu au mois d'août 875. Bernard, comte de Toulouse, mourut, à ce que l'on croit, dans ce voyage. On pense, mais peut-être sans fondement, qu'il reçut alors une nouvelle lettre d'Hincmar de Reims au sujet de son usurpation. Il eut pour successeur, dans le comté de Toulouse, Odon ou Eudes, son frère. Suivant une autre lettre d'Hincmar adressée à Adalgaire, évêque d'Autun, Bernard mourut de mort funeste, en punition de ce qu'il avait usurpé les biens de l'Eglise de Reims. L'époque de la mort de ce seigneur est précisée par une donation faite au monastère de Vabres par

Richard et Rotrude, son épouse, au mois de décembre 875. Dans cet acte, les donateurs déclarent qu'ils cèdent plusieurs biens à cette abbaye pour le salut de leur âme et le repos de celles de Frédelon, Raymond et Bernard, qui ont été marquis et ducs. Ricbard appartenait évidemment à la famille de Frédelon. Le nom de ce seigneur se rencontre encore dans la vie anonyme de saint Théodard, archevêque de Narbonne, où nous trouvons un fait assez singulier.

Il est dit dans cette^Vie que sous le règne de Louis, fils de Charles-le-Chauve, les juifs de Toulouse portèrent leur plainte au roi au sujet des mauvais traitements dont ils étaient l'objet dans cette ville : car on était dans l'usage de les souffleter publiquement trois fois l'an. Le prince répondit qu'il déléguerait Richard, duc d'Aquitaine, et Sigebode, archevêque de Narbonne, pour examiner cette affaire. D'après les ordres du roi, Richard et Sigebode convoquèrent une assemblée d'évêques de Septimanie et d'Aquitaine qui eut lieu devant la porte de l'église cathédrale de Saint-Etienne, en présence de tout le peuple. Les juifs firent entendre leurs réclamations ; et comme personne ne se levait dans l'assemblée pour défendre les chrétiens, Bernard, évêque de Toulouse, ordonna à un jeune homme nommé Théodard de répondre aux juifs. Théodard pré^ senta aussitôt les chartes de Charlemagne et de Louis-le- Débonnaire, par lesquelles il était constant que les juifs avaient été condamnés a cette peine en punition de la trahison par laquelle ils avaient livré la ville de Toulouse aux Sarrasins; qu'ils devaient recevoir ces soufflets le jour de Noël, le vendredi d'Oré et le jour de l'Assomption de Notre- Dame, devant la porte de telle église qu'il plairait à l'évê-

que de désigner, après avoir offert auparavant treize livres de cire. La décision de l'assemblée fut « qu'il ne fallait pas contrevenir aux jugements de ces grands princes. » Cependant les juifs obtinrent plus tard d'être relevés de ce châtiment si humiliant. Quel que soit le degré d'authenticité que présente cette histoire, il est certain que les personnages indiqués par l'auteur anonyme ont vécu à la même époque. En effet, Sigebode, archevêque de Narbonne, souscrivit en 875 une charte par laquelle les évêques de la province de Lyon, assemblés a Cbâlons-sur-Saône, confirmèrent l'abbaye de Tournusdans la possession de ses biens. Quant à Richard, il est probable que c'était le même seigneur de la maison d'Aquitaine qui fit une donation au monastère de Vabres. Pour ce qui est de Bernard, évèque de Toulouse, il est le même que Bernon, dont l'existence, comme on le verra bientôt, est fixée à cette époque. Catel veut voir deux évêques sous ces deux noms; mais les savants auteurs de la Gaule chrétienne n'en reconnaissent qu'un seul, auquel ils donnent le nom de Bernard-Bernon.

Ce pontife succédait sur le siège de Toulouse à Hélisachar, et probablement il gouvernait cette Eglise lorsque Charles-le-Chauve fut couronné empereur à Rome, le 25 décembre 875. Il ne restait plus à ce prince, pour régner sur toute la monarchie française, qu'à s'emparer des états de Louis de Germanie, son frère : ce qu'il entreprit, après la mort de ce prince, arrivée le 28 août 876. Le roi de Germanie avait laissé trois enfants : Carloman, Louis et Charles. Le nouvel empereur s'avança à la tête de cinquante mille hommes pour exécuter ses hardis projets. Louis, roi de la France orientale, le second des fds du roi de Cer-

manie, se mit en mesure de lui résister. Ayant passé le Rhin du côté d'Andernach, on en vint aux mains, et dans la nuit du 7 au 8 octobre l'armée de l'empereur fut taillée en pièces. Presque toute la noblesse demeura prisonnière. Le vainqueur la renvoya généreusement sans rançon.

L'empereur, après la défaite d'Andernach, se rendit au palais d'Elidione, près de Maëstrick ; il tint ensuite une diète générale à Reims, où il disposa de tous ses états en faveur du roi d'Aquitaine son fds, avec le consentement des grands du royaume. Le 14 juin 877, il tint une grande diète ou assemblée à Kiersi. Cette diète, célèbre dans l'histoire, dura quinze jours entiers ; on y dressa plusieurs capitulaires pour le gouvernement du royaume ; l'hérédité des fiefs et des grandes dignités y fut confirmée ; on y régla de la manière la plus précise l'ordre de succession : si les dignitaires mouraient sans enfants, le roi d'Aquitaine ferait administrer les comtés vacants jusqu'à ce qu'il en disposât selon sa volonté souveraine. La loi de l'hérédité devint alors générale, et Charles, avant de dissoudre l'assemblée, nomma plusieurs conseillers à son fds qui devaient l'aider à gouverner le royaume pendant son absence.

Charles prit ensuite la route d'Italie et passa les Alpes. Carloman, roi de Bavière, s'avança aussitôt pour le combattre. L'empereur, voyant que ses forces étaient inférieures à celles de son ennemi, se retira dans la vallée de Maurienne pour attendre un renfort. Malheureusement il fut trahi par ses généraux. Bozon, duc de Provence, Bernard, comte d'Auvergne, et Bernard, marquis de dothie, formèrent avec plusieurs autres seigneurs une conjuration contre lui. Obligé de fuir devant Carloman, il repassa les monts, fut saisi de

la fièvre, et mourut le 6 octobre 877 des suites d'une potion empoisonnée que lui donna, dit-on, son médecin. Louisle-Bègue, son fils, lui succéda dans tous ses états, et réunit ainsi dans sa personne le royaume d'Aquitaine ou de Toulouse au reste de la monarchie. Ce royaume fut, comme on fa vu, violemment agité sous les princes de la seconde race, et se ressentit des longues et pénibles dissensions qui eurent lieu parmi les princes de la maison royale.

A son avènement au trône, Louis-le-Bègue rencontra la conjuration dont nous venons de parler et qui avait à sa tète Bozon, Bernard de Gothie et Bernard d'Auvergne. L'impératrice Richilde, sa belle-mère, s'était aussi jetée du côte des conjurés. D'après les conseils d'Hincmar de Reims, Louis envoya des députés aux trois comtes et indiqua une diète à Compiègne. L'impératrice et les conjurés s'y rendirent. Celle-ci remit au roi les ornements royaux, et sur la promesse que Louis fit aux seigneurs révoltés de les maintenir dans leurs dignités tant ecclésiastiques que séculières, il fut couronné à Compiègne, le 8 décembre 877, par l'archevêque de Reims. Bernard, marquis de Gothie, persista dans sa révolte. Il fut cité parle pape Jean VIII, qui se trouvait alors en France, à comparaître au concile de Troyes qui se tint en l'année 878. Ayant refusé de s'y rendre, il y fut excommunié et privé de toutes ses dignités, comme convaincu d'avoir usurpé les biens de diverses Eglises, et en particulier de celle de Bourges. Le marquisat de Gothie passa, après cotte sentence, aux mains de Bernard, comte d'Auvergne.

Eudes, comte de Toulouse, vit alors s'étendre sa principauté par l'union de l'Albigeois à son domaine. On croit que

ce pays lui advint par son mariage avec Garsinde, lille et héritière d'Ermengaud, comte d'Albi, qui le céda à Raymond, son fils. Sur ces entrefaites, Louis-le-Bègue mourut le 10 avril 879, à Compiègne. Peu de jours avant sa mort, il avait envoyé les ornements royaux à Louis, son jeune fils, et l'avait confié à la tutelle de Bernard, comte d'Auvergne. Il laissa un autre fils nommé Carloman qu'il avait eu d'Ausgarde, sa première femme, par lui répudiée sur Tordre de son père. Au moment où il mourut, Adélaïde, sa seconde femme, portait dans son sein un prince qui fut nommé Charles et surnommé le Simple. Pour éviter des dissensions toujours préjudiciables aux peuples, Louis et Carloman résolurent de partager entr'eux la monarchie. Ce partage se fit à Amiens, au mois de mars 880. Louis eut pour lui l'ancien royaume d'Austrasie, celui de Neustrie et les Marches; Carloman eut les royaumes de Bourgogne et d'Aquitaine ainsi que les pays qui en dépendaient, savoir : le marquisat de Toulouse, la Septimanie et la Marche d'Espagne. Quant à la Provence, elle était alors possédée par Bozon, qui venait de s'en faire reconnaître roi, en se révoltant contre les deux princes Louis et Carloman. Ce seigneur avait entraîné dans sa révolte l'ancien marquis de Gothie, Bernard, qui avait été excommunié au concile de Troyes. Bernard s'était enfermé dans Maçon, où il fut pris par les troupes royales et condamné au dernier supplice. Il laissa plusieurs enfants, entr'autres, Rainulfe II qui devint plus tard duc d'Aquitaine et de Poitiers. Peu de temps après la prise de Maçon, le 4 août 882, Louis III mourut à la suite d'une insigne victoire remportée sur les Normands et pendant que Carloman était occupé au siège de Vienne, où Bozon

s'était enfermé. Par cette mort, les états de Louis passèrent au pouvoir de Carloman.

Au milieu de toutes ces révolutions, une illustre princesse, la comtesse de Toulouse, donna des marques éclatantes de sa piété : c'était la femme de Raymond Ier appelée Berthéou ou Bertheïs, qui vivait encore. Par une donation qui porte la date du mois d'avril 883, première année du règne de Carloman, elle céda au monastère de Vabres, qu'elle avait fondé, plusieurs biens situés dans le Rouergue, entr'autres, les vicairies de Camarès et de Brusque. On voit par cet acte qu'elle possédait en ce pays, dont on croit qu'elle était originaire, un palais où se trouvait une chapelle dédiée à saint Pierre et à saint Hippolyte, et où reposaient les corps de plusieurs saints. Elle déclare qu'elle donne tous ses biens pour le repos de son âme, celles de Rémi son père et d'Arsinde sa mère, celles de Raymond son époux et de son fils. Bernard était alors abbé du monastère. Parmi les souscriptions de cet acte, on trouve celle de Fulguald, que l'on croit être un autre fils du comte Raymond Ier et de Berthéou; celle d'Airibert, qui n'est autre que Benoît, et qui sans doute avait pris ce dernier nom depuis qu'il était entré dans le monastère de Vabres. Ainsi la maison comtale de Toulouse avait donné un jeune seigneur à cette abbaye qui y prit l'habit religieux dès sa première jeunesse. Bernard-Bernon souscrivit aussi à cet acte. Il était, comme on l'a vu, évêque de Toulouse.

Une année s'était à peine écoulée depuis les donations faites à Vabres par la comtesse de Toulouse, que Carloman mourut le 6 décembre 884. Il venait de faire sa paix avec les Normands lorsque, ayant été dangereusement blessé a la

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chasse en poursuivant un sanglier, il périt des suites de sa blessure. Charles son frère, né du second lit, devait naturellement lui succéder; mais, n'ayant alors que quatre ans, il fut éloigné du trône, et Charles-le-Gros, le seul prince de la maison royale qui fût d'un âge avancé, devint le maître de toute la monarchie et prit le nom d'empereur. Les courses perpétuelles des Normands ne permirent pas à ce prince de marcher en personne contre Bozon, roi de Provence; il donna cette commission a Bernard HI, marquis de Gothie et comte d'Auvergne, qui mourut en faisant la guerre à ce seigneur révolté. Des monuments authentiques, tels qu'une charte donnée par l'empereur au palais d'Attigny, indiquent que Bernard était déjà mort au mois d'août 886. Son fils Guillaume-le-Pieux lui succéda dans le marquisat de Gothie et le comté d'Auvergne. Bernard mourut a l'âge de 45 ans. Il avait épousé Ermengarde, dont il eut plusieurs enfants. Cette princesse fonda l'abbaye de Blesse en Auvergne. Il eut . deux filles, dont l'une nommée Ave devint abbesse, et donna à son frère Guillaume-le-Pieux le lieu de Cluni, où ce seigneur fonda dans la suite le célèbre monastère de ce nom.

Le siège épiscopal de Toulouse était toujours occupé par Bernard-Bernon, l'un des souscripteurs des donations ' de Berthéou au monastère de Vabres. 11 était absent de sa ville épiscopale à l'époque du sacre de saint Théodard en qualité d'archevêque de Narbonne, sacre qui eut lieu le 15 août 885. Il avait été invité à cette cérémonie par Willeraud, évêque de Carcassonne, et Agilbert, évêque de Béziers; mais il ne put se rendre à cette invitation. On ne peut préciser la cause de son absence, à moins qu'il n'ait accompagné la comtesse de Toulouse dans ses possessions du

Rouergue : car l'acte de donation dont on vient de parler ne portant aucune indication de lieu, on peut supposer qu'il fut dressé dans cette province. Bernard revint à Toulouse, et quitta de nouveau sa ville épiscopale pour se rendre au concile du Port convoqué par saint Théodard. Ce dernier prélat était allé à Rome recevoir le pallium des mains du pape Etienne VI, accompagné d'Ingobert, évêque d'Urgel. Le bruit de la mort de cet évéque se répandit, et un prêtre espagnol nommé Selva forma le dessein de s'emparer de ce siège. Il se fit, en effet, sacrer évêque d'Urgel par deux évèques de la province de Gascogne. Ingobert reparut ; mais Selva le chassa et s'érigea en métropolitain de la Marche d'Espagne. Il eut la témérité de donner un évêque à la ville de Gironne qui venait de perdre le sien, et ayant gagné Frodoin de Barcelonne et Godemar d'Aussonne ou de Vie, ils sacrèrent un certain Hermonmire évêque de Gironne. Théodard porta ses plaintes au pape, et d après ses instructions, il convoqua un concile, le 17 novembre 887, dans la ville du Port, lieu situé sur les frontières des diocèses de Maguelonne et de Nîmes, pour punir les évêques de Barcelonne et de Vie et déposer Selva et Hermonmire. Ceux-ci et l'évêque de Barcelonne Frodoin refusèrent de comparaître. Après ce refus, Ingobert d'Urgel et Servusdei , que Théodard venait de sacrer évêque de Gironne, portèrent leurs plaintes contre les sacrilèges usurpateurs de leurs sièges. Godemar, évêque de Vie, avoua sa faute et demanda pardon au concile. Les intrus furent menacés de l'excommunication si, avant le carême, ils ne rentraient dans leur devoir. Selva, Hermonmire et Frodoin furent forcés par Suniarius, comte de Barcelonne, de se

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rendre à Urgel où les pères s'étaient transportés, et comparurent devant les prélats assemblés dans l'église de Notre- Dame. On fit lecture des canons qui ordonnaient la déposition des évêques; ensuite on déchira les habits pontificaux dont Selva et Hermonmire étaient revêtus; on cassa leurs crosses sur leurs têtes, on leur arracha Vanneau pastoral des doigts et on les priva de la cléricature. Quant a Frodoin de Barcelonne, il demanda pardon de sa faute à genoux, en chemise et nu-pieds. Son pardon lui fut accordé. Tels furent les conciles du Port et d'Urgel qui, à vrai dire, n'en formèrent qu'un, puisque l'un ne fut que la continuation de l'autre.

S'il faut s'en rapporter à la date précise d'un événement raconté par Catel dans ses Mémoires (p. 622), dans l'année même du concile du Port aurait eu lieu, dans le pays toulousain, la translation solennelle du corps de saint Antonin à Frédelac, château situé assez près de Toulouse, et où plus tard a été érigé l'évêché de Pamiers. Cet auteur affirme avoir trduvé dans la bibliothèque des pères de saint Dominique de Toulouse un manuscrit de lettre fort antique où il est dit : « L'an de l'incarnation de Notre Seigneur 887 et le » troisième des calendes de juin, fut faite la translation » du corps du bienheureux martyr Antonin, Charles-le- » Jeune régnant en France. A cette translation du très » glorieux martyr furent présents des témoins idoines, de » très saints prélats, des hommes très illustres et de sainte » vie dont les noms suivent : Théodard, archevêque de » Narbonne ; Arnulphe, évêque de Carcassonne ; le vénéra- » ble Raymond, évêque de Toulouse; Roger, évêque de » Couserans; Fulcrand, de Rodez; Flotard. évêque dWlbi;

* Geraud, évêque de Cahors. C'est à leurs prières et d'après

* les ordres du très noble Roger, comte de Carcassonne,, » que nous avons écrit et testiûé toutes ces choses que nous » avons et vues et entendues. » La date est ici bien précisée, et l'auteur du manuscrit a été témoin oculaire de cette translation. Cependant il est impossible de concilier la vérité de cette date avec les noms des personnages indiqués dans ce passage. D'abord on ignore quel est ce Charles le Jeune qui régnait alors en France. Ce ne peut être Charles-le- Gros, qui n'a jamais été connu sous ce nom. Quant à Charlesle-Simple, il ne commença de régner que dès Tan 893. On ne connaît aucun comte de Carcassonne du nom de Roger avant le dixième siècle; Raymond, évêque de Toulouse, n'a occupé ce siège qu'au commencement du onzième. Eloi était évêque d'Albi à cette époque, et non Frottard. Il n'y a en réalité que l'existence de Théodard de Narbonne qui coïncide avec la date indiquée. Mais, quoiqu'il y ait erreur dans les noms et qu'il faille reculer l'époque de cette translation, doit-elle être regardée comme entièrement fausse et son histoire apocryphe? Nous ne le pensons pas; £t voici ce que nous apprennent sur ce fait les antiques traditions et légendes.

« Saint Antonin était fils d'un païen auquel on donne le » nom de Fredelacus. Guidé par l'esprit de Dieu, il se relira » dans un ermitage où il passa dix-sept ans de sa vie, sous » le règne de Pépin et de Charlemagne. Le premier de ces » princes, ayant appris la renommée de sa sainteté, l'appela » auprès de lui. Le saint obéit, et opéra dans son voyage » plusieurs miracles ; il se retira ensuite dans un lieu appelé

* la Vallée noble (Vallis nobilis) qui depuis a pris son nom

• et qui est situé à vingt-deux milles de Toulouse. Là, il » convertit par ses exhortations à la foi chrétienne un chef » du pays nommé Festus, qui lui céda cette portion de » terre où le saint ermite bâtit un oratoire. Antonin se ren- » dit ensuite à Toulouse, où il fut accusé d'un grand crime » et jeté dans les fers. Almachius, fils de l'un des princi- » paux citoyens, vint le visiter. Le gouverneur de Toulouse, » irrité de cet acte de charité, fit prendre Almachius et le fit » précipiter du haut du Capitole. Mais le ciel le délivra mi- » raculeusement par les prières d* Antonin. Le bruit de cette » délivrance brisa les fers du prisonnier. Dieu permit que » sa foi fût mise à l'épreuve, car un autre gouverneur de » la ville voulut le forcer à sacrifier aux idoles. Sa résis- » tance lui mérita d'être jeté de nouveau dans une obscure » prison, où il eut le bonheur de convertir à la religion ses » gardes. On le conduisit ensuite à l'amphithéâtre, où il » fut plongé dans l'huile bouillante sans en éprouver aucun » mal.

» Il opéra ensuite plusieurs autres miracles. Le gouver- » neur, aveuglé par la colère, ordonna de précipiter Anto-

• nin dans la Garonne, avec une meule au cou; mais cette » meule servit au saint comme de barque, qui, pendant » quatre jours, le porta sur les eaux. Antonin, délivré par » ce prodige, quitta Toulouse et se retira du côté du pays » de Foix avec deux de ses disciples, Jean et Almachius; ils » vécurent tous les trois dans un ermitage, où ils furent » trouvés par le chef du pays, qui se montra plus cruel » encore que les gouverneurs de Toulouse : il ordonna

• qu'on se saisît des serviteurs de Dieu et les fit décapiter » auprès du fleuve et jeter leurs corps dans les eaux. Peu

TEMPS AJSC1ENS. 423

» après, on vit paraître une barque traînée par deux oiseaux » plus blancs que la neige, sur laquelle était porté le chef » de saint Antonin. Sans autre pilote que ces oiseaux, la » nacelle passa de l'Ariége dans la Garonne, de la Garonne » dans le Tarn, et vint aborder a la Vallée-Noble, où vivait » encore Festus, qui, plein de foi, vint recevoir le chef du » martyr et construisit une église, en son honneur.

» Quant au corps de saint Antonin, les eaux du fleuve » s'étant retirées, les chrétiens purent lui rendre les hon- » neurs de la sépulture dans une épaisse forêt. A côté, » habitait une femme qui possédait un nombreux troupeau » de bœufs et de vaches. Un taureau qui s'était détaché un » jour du troupeau, s'étant mis à creuser la terre , mit à » découvert un vase de pierre dans lequel on trouva le corps » du saint martyr ; les prêtres du voisinage vinrent alors » lever ce saint corps, et l'on jeta là les fondements d'une » église où l'on plaça les sacrées reliques.

» Cette église tombant de vétusté et étant exposée aux » inondations du fleuve, on en construisit une nouvelle sur » un terrain cédé par le comte de Carcassonne, à la suite de » plusieurs apparitions du saint. Ce fut dans cette église » nouvellement construite que furent transportés les corps » d'Antonin, de Jean et d'Almachius, ses disciples. C'est » cette translation dont les légendaires fixent la date à l'an- » née 887. »

Quoi qu'il en soit de ces pieuses légendes, il paraît certain que les reliques des saints Antonin et Almachius, martyrisés en Aquitaine et dans le territoire de Cahors, furent transportées, au neuvième ou dixième siècle, auprès d'un château nommé Frédelac; qu'à cette époque une abbaye fut

TEMl'S ANCIENS.

fondée par les libéralités des comtes de Carcassonne, desquels descendaient les comtes de Foix, en l'honneur de saint Antonin et pour glorifier ces saintes reliques ; que cette abbaye fut d'abord gouvernée par des prieurs, ensuite par les religieux de Cluni ; plus tard, par des chanoines réguliers; que Roger H, comte de Foix, au retour de la croisade, construisit sur les terres dépendantes de l'abbaye de Frédelac un château auquel il donna le nom iïAppamée (en Syrie), et qui plus tard prit le nom de Pamiers en Munissant à d'autres lieux voisins ; qu'il est fort possible que ce seigneur apporta en ce pays quelques reliques de saint Antonin de Syrie, qui, jointes a celles de saint Antonin d'Aquitaine, ont pu donner l'un et l'autre de ces saints pour patrons a la nouvelle ville ; qu'à la fin du xm« siècle, Boniface VIII érigea cette abbaye en évêché.

En acceptant la date donnée par Fauteur du manuscrit des dominicains de Toulouse pour la translation du corps de saint Antonin, on doit nécessairement admettre que Bernard-Bernon, évêque de cette dernière ville, y assista. Le nom des cités dont les évèques sont indiqués dans ce passage confirme la vérité de la légende que nous avons rapportée, quoique l'on y ait ajouté bien des circonstances fabuleuses. On y trouve, en effet, l'évêque de Cahors dans le diocèse duquel était située la Vallée-Noble; l'évêque de Toulouse, qui comptait sous sa juridiction le château de Frédelac ; l'archevêque de Narbonne, qui pouvait exercer l'office de métropolitain ; l'évêque de Couserans, voisin de Frédelac ; celui de Carcassonne, ville qui était le séjour des comtes, de qui dépendait alors le pays de Foix. Cette observation nous conduit à conclure que, dans le récit primitif

de la translation de ces reliques, les noms des prélats et des seigneurs n'étaient point indiqués , et qu'ils y ont été ajoutés après coup, ce qui a fait soupçonner la véracité du récit.

L'année même de cette translation solennelle, mourut Bozon, roi de Provence, après avoir repris la ville de Vienne. Il fut inhumé dans la cathédrale de cette ville, dédiée à saint Maurice. Il laissa, de sa femme Ermengarde, un fils nommé Louis et une fille nommée Ingelberge qui épousa dans la suite Guillaume-le-Pieux, duc d'Aquitaine, marquis de Gothie et comte d'Auvergne. La mort de Bozon fut bientôt suivie de celle de Charles-le-Gros, trahi par Arnoul, son neveu, qui se fit élire roi de Germanie. De leur côté, les Français élurent pour leur roi Eudes, comte de Paris, fils du fameux Robert-le-Fort, à l'exclusion du jeune Charles, fils posthume de Louis-le-Bègue. Eudes rencontra un grand nombre de compétiteurs au trône sur lequel il venait de monter : Gui, duc de Spolète, qui descendait, par les femmes, de Charlemagne ; Raoul, fils de Conrad ; enfin, Rainulfe II, fils de Bernard II, marquis de Gothie, qui se fit proclamer roi d'Aquitaine en s'emparant des pays situés entre' la Loire et les Pyrénées. Eudes lui déclara la guerre. Il paraît qu'il fut assez heureux pour lui enlever quelques portions de territoire, puisque des chartes nous apprennent qu'au mois de juin 888, les diocèses de Carcassonne et de Narbonne lui étaient soumis. Il était en même temps reconnu pour roi dans le domaine d'Odon, comte de Toulouse, comme on le voit par des chartes qu'il octroya aux abbayes de Saint-Polycarpe et de Lagrasse. Il est certain d'ailleurs que ce seigneur fournit son contingent de milices au roi

dans le fameux combat qu'il livra aux Normands près de Paris, et où il remporta une éclatante victoire (21 juin 889) : ce qui n'empêcha pas ces peuples de s'établir dans une partie de la Neustrie, qui prit ensuite leur nom. Ce ne fut cependant que quatre ans après cette victoire que le roi Eudes régna paisiblement sur l'Aquitaine, la Septimanie et la Marche d'Espagne.

A cette époque mourut saint Théodard, archevêque de Narbonne, prélat recommandable par son zèle pour la maison de Dieu et sa charité envers les pauvres qui lui fit vendre, pour les secourir, tous les vases de son église. Sentant sa fin approcher, il voulut se faire transporter à Montauriol, lieu situé dans le pays toulousain et où ses ancêtres avaient bâti un monastère en l'honneur de saint Martin de Tours. Ce fut là qu'il termina sa carrière, le premier de mai de l'an 893. Le monastère où il fut inhumé prit plus tard le nom de Montauban, après qu'Alfonse Jourdain eut fondé cette ville, au xii* siècle (1144). L'abbaye de Saint-Théodard fut soumise à celle de la Chaise-Dieu, qui la réforma ; elle fut ensuite érigée en cathédrale, au xive siècle (1317), par Jean XXII, et les chanoines furent sécularisés en 1526.

Vers la fin de l'épiscopat de saint Théodard, et probablement l'année même de sa mort, eut lieu l'enlèvement du corps de saint Majan, évêque et confesseur, qui reposait dans le pays toulousain, sans qu'on puisse indiquer l'église dont il était évêque, l'époque de son épiscopat et sa patrie. L'histoire de cet enlèvement se trouvait consignée dans un manuscrit de l'abbaye d'Eyssesen Agenais; l'auteur la raconte ainsi : « Au temps de Charles-le-Jeune, » Théodard étant archevêque de Narbonne et Gibert évê-

» que de Béziers, deux religieux nommés Sulin et Centulle, » de l'abbaye de Cognes située dans ce dernier diocèse, » ayant appris les miracles qui s'opéraient par l'intercession » de Majan, serviteur de Dieu, résolurent d'aller en péle- » rinage à son tombeau. Ils partirent, après avoir reçu la » bénédiction de leur abbé, et s'étant enquis du lieu où » reposait ce corps, ils apprirent que c'était en Gascogne. » Etant arrivés au lieu indiqué (près deLombez), ilsaver- » tirent les habitants que leur intention était de demeurer » auprès du tombeau du saint. On leur céda alors une ha- » bitation, et on leur confia la garde du corps, qui était » renfermé dans une petite église.

» Ils s'établirent donc en ce lieu et commencèrent à cul- » tiver les terres environnantes, plantèrent des vignes, et » défrichèrent le sol jusqu'alors inculte. Une nuit, ils firent » une profonde excavation au mur de l'église où reposait le » corps, et s'efforcèrent de vider le mausolée qui était riche- » ment orné de pierres précieuses. N'ayant pu réussir, ils » brisèrent un angle du tombeau et s'emparèrent des osse- » ments. Ayant refermé les portes de l'oratoire, ils prirent » aussitôt la fuite, et se voyant poursuivis, ils se cachèrent » tout tremblants dans la forêt de Bouconne, enfouirent » leur trésor sous des branches et des feuilles d'arbres et » s'éloignèrent. Ceux qui les poursuivaient ne purent rien » découvrir. Peu de temps après, une flamme miraculeuse » consuma les branches et les feuilles et mit les ossements » à découvert. Les religieux ayant aperçu ce prodige, re- » vinrent au même lieu et furent assez heureux pour » retrouver le saint corps ; ils quittèrent alors le pays et » prirent le chemin de leur abbaye.

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» Quand ils furent assez près du monastère, ils firent » avertir l'abbé, qui vint recevoir le saint corps et le trans- » porta dans l'église de l'abbaye, où s'opérèrent plusieurs » miracles. Cette maison laissa alors son ancien nom et » prit celui de Ville-Magne ( Villa Majam), quelle a porté » depuis. »

Cette translation eut lieu, comme l'auteur l'affirme, sous le règne de Charles-le-Jeune surnommé le Simple, qui, peu habile à gouverner, mais heureusement dirigé par les conseils de Foulques, archevêque de Reims, fit un traité d'alliance avec Eudes, en 896, par lequel ils partagèrent entr'eux la monarchie. Ce dernier prince continua de régner sur l'Aquitaine, la Septimanie et la Marche d'Espagne jusqu'à sa mort, et la ville de Toulouse fit frapper une médaille en son honneur. Cette mort arriva deux ans après le traité d'alliance. Eudes mourut, en effet, au mois de janvier 898. On lui donne un fils nommé Arnoul, qui mourut peu de temps après son père, et une fille nommée Oda, qui épousa Zuentibold, roi de Lorraine. Par suite de cet événement, Charles-le-Simple régna sur toutes les provinces situées à la gauche de la Loire, et fut aussi reconnu par Guillaume-le- Pieux marquis de Gothie. Cest a cette époque que commence la première année du règne de Charles sur ces contrées. On trouve en effet un plaid tenu à Alzonne, dans le diocèse de Carcassonne, par Atton, vicaire d'Odon, comte de Toulouse, qui porte cette date précise. Atton se rendit donc à l'assemblée d' Alzonne , où Rainulfe , abbé de Malaste ou Montolieu, se plaignit de ce qu'il avait envahi sur son monastère les terres du village de Magnianac, situé dans le Toulousain. Atton prétendait au contraire que

ces terres appartenaient à un village nommé Ranesinde qui était sous sa dépendance. Il fut alors décidé qu'il enverrait à Magnianac dans le Toulousain son viguier ; Rainulfe l'y suivit, et là il fut prouvé devant vingt témoins, nommés dans l'acte, que ces terres appartenaient à Montolieu par les chartes de Pépin et de Charles, par un jugement rendu par le comte Frédelon, et par une enquête faite devant le viguier Rodegille. Ainsi se termina ce différend. Cette charte montre jusqu'à la dernière évidence l'existence d'Odon, qui y prend le titre de comte et de marquis de Toulouse. C'est donc à tort qu'elle a été contestée par certains auteurs. Cet Atton dont il est parlé dans cet acte était fils d'un seigneur du même nom qui, en 867, possédait quelques terres seigneuriales dans le Toulousain. Il eut un second fils appelé Bernard qui a donné l'origine aux vicomtes d'Albi, de Nîmes et de Lautrec. Quant à Atton, vicaire d'Odon, on le regarde comme la tige des comtes héréditaires de Toulouse, de Milhaud en Rouergue et du Gevaudan.

Odon vivait encore lorsque, vers l'année 904, les Normands portèrent la désolation dans l'intérieur du royaume. On croit qu'ils détruisirent, à cette époque, l'abbaye de Sorèze dans le Toulousain. L'église ayant été brûlée, Walfride qui en était abbé et ses religieux vendirent le lieu et le prieuré de Saramon au diocèse d'Auch, avec toutes ses dépendances, au prix de mille sols, à Garcias, comte et marquis de Gascogne. Sous Louis-le-Débonnaire, le comte Aricat vendit à ce prince quelques alleus et quelques terres qu'il possédait en Gascogne, et en donna quelques autres à l'abbaye de Sorèze. Bientôt après, Louis céda à cette abbaye les biens qu'il avait reçus d' Aricat. L'abbé érigea alors Saramon

en prieuré, et Madulfe en fut le premier prieur; ce lieu prit le nom de Cella Madulfi, — Celle de Madulfe. C'est dans l'acte de vente dont nous venons de parler que l'on trouve la souscription de levèque de Toulouse qui porte le nom (YArmandus, dont l'épiscopat commencera le dixième livre de cette histoire.

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