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LES TECTOSAGES ET LES I\OMAI>S

Lan 565 de Rome, les Tectosages de la Galatie entrèrent, en qualité d'auxiliaires, dans les armées d'Antiochus-Ie- Grand contre les Romains, partageant tour à tour ses vic-

toires et ses défaites. Nous voyons k celte époque nos Gaulois aux prises, pour la première fois, avec les Romains. Le consul Cn. Manlius résolut de leur déclarer la guerre pour les punir des secours qu'ils avaient donnés à Antiochus. Il assembla donc son armée k Ephèse et la porta sur les frontières des Tolistobroges. Tite-Live, au livre XXXVIII de son Histoire, prêle k Manlius un très long discours adressé à ses soldats, dans lequel il fait un portrait* de ces peuples. Aux approches de l'armée romaine, les diverses tribus gauloises, sur l'avis de leurs tétrarques, s'étant retirées avec les femmes et les enfants sur les monts Olympe et Magaba, furent poursuivies dans cette retraite par l'armée romaine, qui parvint k les" disperser et à les tailler en pièces. On porte la perte des Gaulois dans cette circonstance à quatre-vingt mille hommes.

Manlius, après cette éclatante victoire, conduisit son armée k Ancyre. Les Tectosages étaient campés k dix mille de cette ville. Le consul résolut de les attaquer. Ortiogon était l'un des tétrarques d' Ancyre : c'était un prince doué de grandes qualités, libéral, affable, plein de prudence dans ses discours et de sagesse dans sa conduite. Il avait une femme nommée Chiomare. Cette princesse, douée d'une grande beauté , était devenue prisonnière d'un centurion romain avare et débauché. Après avoir assouvi sa détestable passion sur cette femme, qui ne put opposer k sa violence qu'une résistance inutile, il lui offrit la liberté moyennant une rançon stipulée. Chiomare fit avertir son époux de lui apporter sa rançon. Ortiogon envoya aussitôt deux Gaulois avec l'or nécessaire pour payer cette rançon et lui ramener son épouse. Le centurion accompagna Chiomare , et au

moment où il comptait l'or apporté par les Gaulois, la princesse ordonna à ceux-ci , sans être comprise de son ravisseur, de lui couper la tête : ce qui fut exécuté. Elle prit alors cette tête sanglante, la porta à son époux et se jeta à ses pieds avant que de l'embrasser. « Voilà, s'écria-t-elle, la tête d'un indigne officier romain qui a attenté à mon honneur et dont j'ai cru devoir tirer vengeance. — 0 femme, dit Ortlogon , que la fidélité est une belle chose ! — Oui, ajouta Chiomare , mais c'est encore quelque chose de plus beau pour moi de voir en vie le seul à qui je dois être fidèle. »

Les Tectosages qui s'étaient retirés sur le mont Magaba ne purent résister à l'intrépidité des soldats romains, et se voyant dans l'impossibilité de s'opposer à leurs armes, ils proposèrent de traiter de la paix. Elle fut en effet conclue à des conditions qui mirent des bornes à l'ambition ' des Gaulois. Cette paix ne leur enleva pas leur liberté, et les Tectosages vécurent longtemps en Asie à l'ombre de cette liberté, jusqu'à la réduction de leur pays en province romaine sous Auguste.

Nous venons d'exposer avec tout l'ordre et la brièveté possibles l'histoire de l'établissement, des expéditions, des victoires et des défaites des Tectosages dans l'Asie. Leurs richesses étaient immenses. On raconte qu'un de leurs tétrarques nommé Ariamne traita, pendant un an, toute sa nation avec une incroyable magnificence. Des tables splendidement servies étaient dressées le long des chemins sous des tentes ; les nationaux et les étrangers recevaient à chaque instant une hospitalité vraiment royale. Insensiblement les Tectosages d'Asie se laissèrent amollir par la beauté du

climat, le luxe et l'abondance, et ils perdirent cette vigueur de discipline, cet amour des combats qui avaient distingué leurs ancêtres. Ils suivirent en cela l'exemple des Volces- Tectosages leurs compatriotes, que le commerce avec les Marseillais jeta aussi dans la mollesse, et qui dégénérèrent à leur tour de la mâle austérité de leurs aïeux.

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