II
La marche des événements détermina les combattants à tenir quelques conférences pour y traiter de la paix. La première eut lieu entre Gisors et Trie et n'aboutit à rien; la seconde eut heu deux mois plus tard. Philippe offrit de rendre toutes les places qu'il avait soumises, à condition que Richard, de son côté, rendrait celles du comte de Toulouse. On ne put pas s'entendre, et les affaires se compliquaient : le roi d'Angleterre reprochait à son fils de lui avoir attiré cette guerre ; et Richard, qui dans bien des occasions avait mécontenté, son père, craignant d'être déshérité, chercha à se réconcilier secrètement avec Philippe, promettant de le prendre pour arbitre de ses différends avec Raymond V. La médiation fut acceptée.
Richard alors engagea son père à avoir une troisième conférence avec Philippe. Elle se tint en effet à Bon-Moulin et dura trois jours. Ce fut dans cette assemblée que Richard dévoila l'alliance secrète qu'il avait contractée avec Philippe, sur le refus qu'avait fait Henri de le faire reconnaître par tous ses vassaux en qualité d'héritier de la couronne. Le roi d'Angleterre se montra extrêmement irrité, et prit ses mesures pour repousser les entreprises de son fils et du roi de France. Richard garda toutes les places qu'il avait enlevées a Raymond ; aussi ce dernier prince se vit-il en quelque sorte dépouillé par le monarque français, celui-là même qu'il avait appelé à son secours. Vers le mois d'août 1188, le comte de Toulouse se rendit à Nîmes, où il confirma certains privilèges en faveur des ouvriers maçons de cette ville.
Au mois de juin précédent, l'église de Comminges avait perdu Arsius son évêque, qui mourut en grande réputation
de sainteté, après sept années d'épiscopat. On lui donna pour successeur, Tannée suivante, Raymond- Arnaud. Le nécrologe de Grand-Seive faisait mention de la mort d'Arsius, ce qui paraîtrait indiquer qu'avant sa promotion à Tépiscopat, il avait été religieux de cette maison, ou du moins l'un de ses bienfaiteurs. Le nécrologe de St-Etienne de Toulouse fait aussi mention à cette époque de la mort d'Auger Ier, évêque de Couserans, qui avait été chanoine et archidiacre de cette église. Il avait servi de garant, cette même année, pour une donation qu'avait faite Vital Dorader à Raymond III de Saint-Béat, abbé de Bonnefont. L'abbaye de Bolbonne reçut en ce temps-là des marques de la libéralité de Raymond-Roger comte de Foix, qui, pour honorer le tombeau de son père, accorda aux religieux de cette maison et à Odon leur abbé l'exemption de toute espèce de droits et redevances, tels que questes et chevauchées. Cette exemption affectait un hospice que Bolbonne possédait dans la nouvelle ville de Pamiers. Nous apprenons de cette charte, qui fut dressée au mois de novembre, qu'il existait alors une église dédiée à saint Jean dans cette nouvelle ville. Belleperche fut aussi enrichie par les soins de Gailhard> abbé de Saint-Théodard, qui, de eooeert avec ses religieux, lui céda plusieurs églises avec leurs nombreuses
dépendances.
Au commencement de Tannée Î189 et le jour des Rois, le comte de Toulouse présida dans l'église de Saint-Pierre des Cuisines une grande assemblée où furent dressées deux chartes ; dans la première, Raymond V déclare que tous les hommes et toutes les femmes de la ville et du faubourg peuvent se ûer à lui comme à leur bon seigneur. On a
conclu (le ces paroles qu'il existait quelque désunion entre le comte de Toulouse et ses sujets. Le prince fait ensuite « défense à toute sorte de personnes de tuer aucun des ha- » bitants, de les insulter, de s élever contre eux et de leur » causer le moindre dommage, avec promesse de ne leur » faire aucun mal et de leur rendre justice suivant le juge- » ment des consuls, et a leur défaut, des prud'hommes de » Toulouse ; d'exécuter enfin fidèlement ce que 1 evêque, » les consuls de Toulouse et Aymeri de Castelnau déci- » deraient pour la punition de ceux qui auraient excité la » sédition. Le prince ajoute : « Moi Raymond, comte, je jure » sur les saints évangiles, de ma propre volonté et pour » l'amour des Toulousains, d'observer toutes ces choses » (quoique je ne sois tenu de le faire que parce que je le » veux), sauf et réservé tous mes droits et domaines comme » je les ai et les dois avoir. » Les consuls de la ville et du faubourg, ainsi que les principaux habitants, lui prêtèrent serment de fidélité et à ceux à qui il confierait le gouvernement de Toulouse, sauf leurs droits, coutumes et franchises.
Dans un second acte qui fut dressé le même jour et au même lieu, le comte fit serment de se désister de tout ce qu'il pouvait exiger, à l'occasion des querelles et des séditions qui s'étaient élevées dans cette ville, contre ceux qui y avaient pris part. L'évêque Fulcrand et les consuls de la ville et du faubourg déclarèrent après, en jugeant, que les serments et les associations qui avaient été faits entre les habitants étaient nuls, de même que ceux que le comte pouvait avoir faits. L'évêque donna ordre d'apporter dans trois jours tous les originaux de ces actes, sous peine d'ex-
communication contre ceux qui les retiendraient. D'après
ces actes, il est certain qu'une sédition avait éclaté k Toulouse et qu'elle fut communément attribuée aux émissaires secrets qu'entretenait dans cette ville Richard duc d'Aquitaine. Nous trouvons encore ici l'évêque tenant le premier rang dans le conseil de la cité et jugeant lui-même les affaires civiles ou politiques : nouvelle preuve de sa souveraineté temporelle, modérée par le pouvoir des comtes.
Fulcrand confirma un accord qui fut passé, au mois de mai 1189, entre le prévôt de Saint-Etienne Guillaume de Cantès et Bernard prieur de Saint- Antoine du Salin, par lequel celui-ci s'engageait k ne donner la sépulture dans son cimetière et dans son église k aucun paroissien de la paroisse de la cathédrale. Un accord semblable fut aussi passé par le prévôt avec Blasini, prieur de Saint-Pierre et de Saint-Geraud. C'est ici l'un des plus anciens monuments qui nous restent relativement a ce prieuré. Raymond de Nus, abbé de Lézat, assista en qualité de témoin k ces accords. Il avait succédé k Guillaume de Castelnau.
Le comte de Toulouse se rendit, dans le mois de juin, k Saint-Gilles; ce fut lk qu'il dressa une charte par laquelle il livrait k Guillaume, abbé de Saint-André d'Avignon, Bertrand Jordani fils de Borland en qualité de religieux, et approuva la donation que fit ce seigneur k ce monastère de tout ce qu'il possédait au château de Pujault. Le comte confirma aussi la profession religieuse d'Isnard de Gargaïa qui appartenait k sa famille. En reconnaissance de ces donations, Guillaume paya cinq cents sols raymondins. Nous trouvons cette même famille de Jordani au nombre des bienfaiteurs de l'abbaye de Calers ; elle céda k ce monastère
une terre nommée de Ribera ou de la Ribère, dans la personne de Nicolas qui en était abbé. Peut-être est-ce encore la même qui accorda à cette époque plusieurs possessions à Grand-Selve, dont Guillaume de Combanol était toujours abbé, et qui, cette année, fit en faveur de sa maison une transaction importante avec Porel d'Esparvero, seigneur du pays. De Saint-Gilles, le comte Raymond se rendit à Saint- Saturnin (aujourd'hui Pont-Saint-Esprit) sur le Rhône, et y donna tout le droit et le domaine qu'il possédait, soit par lui-même, soit par ses vassaux, dans le comté de Diois, à Aymar de Poitiers, qui lui en fit hommage.
Ce fut à Saint-Saturnin que Raymond V apprit la mort de Henri II, roi d'Angleterre, qui mourut à Chinon le jeudi 6 juillet 1189, et fut inhumé à Fontevrault. Richard, son succcesseur, s'aboucha aussitôt avec le roi Philippe-Auguste et ils convinrent qu'ils se mettraient en marche pour la Terre-Sainte au carême de l'année suivante. Ils firent conséquemment leurs préparatifs de voyage, et conclurent un traité de mutuelle défense. Le 4 mai 1190, Philippe écrivit à Raymond-Roger comte de Foix pour l'inviter à la croisade, le priant de lui amener toutes les troupes possibles et lui donnant rendez- vous à Gênes. Le comte de Foix se rendit à l'invitation du monarque et alla joindre ce prince dans ce port. Il fut suivi d'un grand nombre de ses vassaux, entre lesquels était Arnaud-Raymond d'Aspel, qui engagea une partie de ses biens pour fournir aux frais du voyage. Raymond-Arnaud était évêque de Comminges à l'époque du départ du comte de Foix. D fit un accord avec Peyronne, abbesse de la Lumière-Dieu ou de Fabas, au sujet des dîmes et des prémices, qu'il abandonna sous la réserve d'une
rente annuelle ù une livre de poivre pour Févêché et d'autant pour le chapitre de Saint-Gaudens. Ce document nous apprend qu'à cette époque il existait en ce lieu une célèbre collégiale.
Raymond V se trouvait au mois de septembre à Toulouse, puisqu'il y reçut les réclamations de Bernard de Montesquieu, prieur de la Daurade, qui, accompagné de ses religieux et d'un grand nombre de citoyens, vint déclarer solennellement au comte que ce monastère avait un droit acquis depuis Charlemagne à posséder un port sur la rive de la Garonne. Raymond confirma ce droit acquis. Peu de temps après, les religieux écrivirent au pape Clément III pour le prier de confirmer leurs privilèges. Par une bulle qui porte la date du mois de novembre 1190, le pape les confirma dans la possession de plusieurs églises situées à Toulouse et dans le diocèse : les églises de la Dalbade, de Saint-Pierre et de Saint-Martin, de Saint-Nicolas, la chapelle de Saint- Jacques, celle de Sainte-Marie construite dans la maison do Baranhon, l'église de Saint-Martial, celles de Saint-Jean de Saviniac, de Saint-Eleuthère, de Saint- Jean de Gofion, de Saint-Pierre de Quint, de Saint-Salvi, de Saint-Sulpice et de Sainte-Marie de Salvanés. On voit par là combien de richesses possédait alors le prieuré de la Daurade. La chapelle de Sainte-Marie dont il est ici question avait été construite par Brunus Baranhon dans sa propre maison, pour le service des lépreux.
Le comte de Toulouse avait fait sa paix avec le vicomte Roger : c'est ce qui paraît résulter des statuts que dressè- ' rent en commun Raymond V et Guillaume Pétri évêque d'Albi , par le conseil du vicomte de Beziers. Ces statuts
avaient pour objet de faire observer la paix dans le pays : — 1° les églises, les monastères, les lieux saints, les clercs, les marchands, lés chasseurs, les pêcheurs, les chevaliers, les bourgeois, les paysans, sont tenus de garder la paix entr'eux ; 2° Raymond donne sauf-conduit, contre les entreprises des gens de guerre, à tous les laboureurs et à toutes les bêtes de labourage ou de charge qui porteraient le signe de la paix ; 3° on défend à tous les chevaliers et habitants du diocèse d'Albi de causer aucun dommage dans le Rouergue, le Toulousain et les autres diocèses voisins ; 4° on ordonne à tous les seigneurs particuliers de faire observer fidèlement cette paix à leurs vassaux. On voit par ces statuts, qui renferment encore d'autres articles, que les seigneurs étaient toujours en guerre, et que le peuple avait beaucoup à souffrir de cette division. Ces statuts portent la date de 1191. Le comte de Toulouse, l'évêque d'Albi et le vicomte Roger accordèrent vers le même temps aux religieux de l'abbaye de Candeil le privilège d'être crus en justice, dans toutes leurs affaires, sur leur simple serment, jusqu'à la somme de deux cent sols, soit en demandant, soit en défendant, sans qu'on pût leur opposer ni témoins ni titres.
Raymond Y, à la fin de janvier, se rendit à Verdun-sur- Garonne, où il avait donné rendez-vous à Bernard comte de Comminges, fils de sa sœur, et à Jourdain III seigneur de l'Isle-Jourdain. Ces deux seigneurs étaient en guerre à cause de la possession des châteaux du Castéra, de Laserre, de Monfiel, de Saint-Thomas, et du droit de guidage sur le chemin de Saint-Jacques, depuis Toulouse jusqu'à Auch. Le comte de Toulouse, qui était seigneur de l'un et de l'autre,
parvint à concilier leurs intérêts. L'abbé de Grand-Selve fut témoin dans cet accord. La charte originale lui donne le nom de Garsias et d'autres auteurs celui deCombanol. Peutêtre portait-il l'un et l'autre de ces noms. Cet abbé eut un différend avec Odon de Bolbonne qui fut terminé par l'intervention des abbés Aimery de Candeil, Jean de Lagarde- Dieu, Guillaume du Loc-Dieu et Bernard de Belleperche. Il reçut de Bernard d'Aurival la confirmation de toutes les donations que le père de ce dernier avait faites à Grand- Selve. Auger gouvernait alors l'abbaye d'Eaunes et Raymond de Nus celle de Lézat. Il est fait mention du premier dans une charte de Bombelle de Saint- Amans, qui peut-être possédait quelque château non loin de l'abbaye d'Eaunes, au lieu où l'on voit encore une ancienne église dédiée a saint Amans. Le second reçut un don de la part de Pons-Adémar de Rodelle, a la fête de S. Pierre et S. Paul. En 1192, on vit paraître sous les murs de Toulouse le fils
du roi de Navarre et le sénéchal de Gascogne, à la tête de
huit cents chevaliers : ils allaient venger l'injure que ce dernier avait reçue du comte de Périgord, du vicomte de la Marche et de quelques autres seigneurs qui avaient ravagé les terres du roi d'Angleterre. Ils prirent divers châteaux aux environs de Toulouse, et en détruisirent quelques-uns. Cette rapide expédition donnerait lieu de penser que Raymond V avait fait cause commune avec le comte de Périgord contre le sénéchal de Gascogne. Quoi qu'il en soit, la guerre se ralluma à cette époque entre Raymond et Richard. Celuici avait été atteint de la peste en Palestine ; après sa guérison, il s'était embarqué à Saint-Jean-d'Acre, et n'osant pas entrer sur les terres du comte de Toulouse, il s'était jeté
sur les côtes de la Dalmatie. Il fut pris quelque temps après par le duc Léopold, qui le livra à l'empereur Henri VI, son ennemi.
Du château de Verdun, où il avait réconcilié les seigneurs de Comminges et de l'Isle, Raymond V était revenu à Toulouse, et se trouvait, à ce que nous croyons, au mois de mars en cette ville, lorsque le grand conseil des consuls eut à juger une affaire importante. Un certain Raymond Gautier possédait quelques terres sur la rive droite du fleuve de Garonne et exigeait des riverains quelques droits, sans aucun titre. Le conseil déclara qu'il y avait, dans le fait de Gautier, une véritable usurpation, et que ces rives étaient du domaine public depuis la porte de Vital de Carbonnel jusqu'à la pointe au-dessous du pré où le canal de fuite se joignait à la Garonne. Parmi les consuls désignés dans l'acte, on distingue Bertrand de Villeneuve, Pierre de Roaix, Pons de Saint-Romain, Arnaud Barravi, Raymond d'Escalquens, Raymond de Paléficat et Pierre Mauran.
Après la tenue de ce conseil de ville, Raymond se rendit avec son fils vers le Rhône pour y recevoir Bérengère de Navarre, femme du roi d'Angleterre, et Jeanne sœur de ce prince, veuve de Guillaume II roi de Sicile. Elles s'étaient rendues en Palestine avec le roi d'Angleterre, et étaient revenues en Europe, emmenant la jeune fille du roi de Chypre. Elles se rendirent à Rome, où le pape Célestin III les reçut et les fit conduire par un cardinal jusqu'à Marseille. Le roi d'Aragon, qui était alors dans ses états, les accompagna jusque sur les frontières des domaines de Raymond V. Le fils de ce prince, dégoûté de Béatrix sœur du vicomte de Beziers, lui proposa de se faire religieuse, lui
promettant de pourvoir à tous ses besoins. Béatrix accéda à ses propositions et se retira dans le cloître. Le jeune prince épousa alors la fille du roi de Chypre, qui était appelée Bourguigne ; son père était Amauri de Lezignan, et sa mère Esquive d'Ybelin, parente de Raymond au quatrième ou cinquième degré. Ce mariage fut célébré en 1193.
Peu de temps après, Raymond V termina certains différends qu'il avait depuis longtemps avec Nicolas évêque de Viviers. Le comte de Toulouse se plaignait de ce que l'évêque étendait beaucoup trop son autorité dans le pays au préjudice de la sienne. Robert, archevêque de Vienne, fut choisi pour arbitre. Ils se rendirent tous dans un bourg situé entre Saint-Andéol et le château de La Palud ; là, il fut stipulé que Raymond renoncerait pour lui et ses successeurs, en faveur de l'évêque et de son Eglise, à tous les droits qu'il prétendait sur la ville de Viviers ; que ce prélat céderait, de son côté, au comte le droit qm l'église de Viviers avait sur le château de la Gorepierre et qu'il donnerait cent marcs d'argent.
Le comte de Toulouse terminait à peine ces différends, que les hostilités recommencèrent entre le roi d'Aragon et lui. Ce fait nous est révélé dans une charte donnée par le le premier à Huesca, au mois de juin 1193, en faveur de Raymond-Roger comte de Foix. Ce seigneur était de retour de la Terre-Sainte et s'était rendu à la cour d'Alphonse II, son oncle. « J'approuve et je confirme, dit le roi dans cette charte, toutes les conventions que le comte Pierre a faites avec vous. » Ce comte était Pierre de Lara, en faveur duquel la vicomtesse Ermengarde s'était démise de sa vicomté de Narbonne. Il s'était étroitement uni à Raymond-Roger et
l'avait appelé à sa succession s'il venait à mourir sans enfants, tant pour la vicomté de Narbonne que. pour la suzeraineté sur les pays de Fenouillèdes et de Pierre-Pertuse qu'il tenait des comtes de Barcelonne, ses ancêtres. L'une des conditions qu'apporta le roi d'Aragon à l'approbation de ces accords, c'est que Raymond-Roger ferait la guerre au comte de Toulouse et à ses successeurs.
Nous trouvons à cette époque plusieurs donations importantes faites à quelques monastères du pays toulousain : ainsi, au mois d'avril, Raymond Forz céda à Odon, abbé de Bolbonne, tous les droits dont il jouissait sur l'abbaye de Notre-Dame de Vajal. Dès ce moment, cette dernière maison vécut sous la dépendance delà première. Bernard-Amart de Saurède céda à Arnaud-Gaubert abbé de Belleperche, qui avait succédé à Bernard, la terre de Graissonnes, en présence de Geraud de Labarthe, archevêque d'Aucb, et Bernard de Sabarra, évêque de Lectoure.— Arnaud deBeziers céda aussi l'église de Saint-Béat en présence de Raymon- Arnaud, évêque de Comminges. L'histoire ne nous dit pas en faveur de qui fut faite la cession de ce prieuré.
Le 29 mai de l'an 1194, Raymond V comte de Toulouse donna en fief, en qualité de comte de Melgueil, à Guillaume VIII seigneur de Montpellier, le château de Frontignan ; il lui céda aussi tous les droits qu'il pouvait avoir sur le château d'Omelas et toutes les terres qui en dépendaient. Guillaume, de son côté, promit par serment au comte de n'exiger à l'avenir aucun nouveau droit dans tout le pays de Substancion. Raymond jura d'accomplir toutes les promesses qu'il avait faites à ce seigneur. Nous ignorons le lieu où fut passé cet accord. Raymond se rendit ensuite à Nîmes,
où il accorda aux habitants de cette ville, le 14- de septembre, la permission de s'entourer de murailles et de fossés, avec les mêmes immunités pour les frais de justice dont jouissaient ceux du château des Arènes. Cette concession fut le dernier acte de la vie de Raymond V : il mourut vers la fin de cette année à Nîmes, à l'âge de soixante ans, et fut inhumé dans le cloître de la cathédrale. Son tombeau a été détruit avec l'église dans les guerres de religion.