‹ Histoire générale de l'église de ToulouseChapitre 7 sur 71 · SES CHEFS · texte numérisé non relu

SES CHEFS

Toulouse a-t-elle toujours existé au lieu qu'elle occupe aujourd'hui, ou devons-nous lui assigner une position différente? Pour répondre à cette question, il faut en quelque sorte distinguer deux cités, la ville gauloise et la ville romaine. La première, nécessairement beaucoup moins étendue que la seconde, ne devait renfermer que très peu de monuments et se bornait à quelques habitations éparses ; elle devait posséder quelque forteresse ou château et le champ destiné aux funérailles. Il est assez probable qu'après avoir été mise en communication avec les colonies grecques de Marseille, cette cité gauloise a pu recevoir une ceinture de murailles peu élevées qui formaient de son enceinte une espèce de camp. On conçoit également qu'on a pu construire une ville nouvelle à quelque distance de l'ancienne, à cause de la proximité d'un grand fleuve, d'un sol plus uni, et d'un site plus favorable. La cité première aura ainsi été insensiblement abandonnée ; les constructions, peu nombreuses

d'ailleurs, auront été détruites, et il ne sera plus resté de la cité gauloise que quelques ruines qui bientôt auront été effacées du sol.

Au midi de la ville actuelle s'élève une chaîne de collines assez hautes qui portent le nom de PechrDavid. La Garonne baigne leur pied. A leur sommet, et à très peu de distance de Toulouse, se trouve un plan assez étendu sur lequel on aperçoit quelques habitations, une église et son clocher, une plate-forme, un tumulus d'où l'on jouit de la plus belle vue : ce plan porte le nom de Vieille- Toulouse. Il est impossible de se méprendre sur ce mot consacré par une tradition immémoriale; il désigne évidemment pour nous une terre où s'élevait jadis une ville appelée Tholose, mais que le temps et les hommes ont détruite. Quand les entrailles de cette terre n'auraient offert aucun monument qui attestât son existence, cette dénomination populaire et générale est à nos yeux une preuve suffisante qui la montre et la confirme.

Qu'est devenue Elusum, cette ville habitée par Sulpice Sévère au Ve siècle? Elle était évidemment située sur la route de Toulouse à Narbonne, entre Avignonet et Castelnaudarry, au lieu de Montferrant. Il ne reste aujourd'hui aucune trace de cette antique cité.

On a trouvé à Vieille-Toulouse un très grand nombre d'urnes cinéraires; des médailles phéniciennes, ibériennes, grecques et romaines ; des blocs énormes de pierre qui attestaient l'existence de quelque vaste édifice ; des salles souterraines; des pièces de monnaie; des ornements d'or et d'argent. Près du ruisseau appelé Belval existe un champ désigné sous le nom de Baragne. On a trouvé dans

cet espace de terrain une voie entièrement pavée comme une vaste et large rue. Le sol de Vieille-Toulouse présentait encore, au xvie siècle, des ruines qui ont disparu aujourd'hui. Nicolas Bertrand déclare les avoir vues : Vetusta aliqua œdificÀa usque nunc conservata; aliqua verà ruinam dedere. Signa tamen ipsius urbis vetustœ maocimè in fossatis et fundamentis jaciendis reperiuntur. Des fouilles récentes ont fait découvrir des meules, des tombeaux renfermant des squelettes, des poteries de toute espèce, etc.

On admettra d'autant plus facilement l'existence de la capitale des Tectosages en ce lieu, qu'il est impossible de trouver un site plus beau dans ces contrées que celui qu'elle occupait. Du sommet de ces collines on découvre toute la chaîne des Pyrénées, une plaine immense, et tout le pays habité par les tribus des Tectosages.

Ce n'est point dans l'enceinte de la cité gauloise qu'il faut chercher les temples des dieux; mais il faut admettre que les lacs fameux dont il est parlé dans l'histoire se trouvaient ou dans les profonds ravins qui avoisinent le sol de l'antique ville, ou sur les rives du fleuve. Qu'était-ce que ces lacs? Strabon les décrit avec une grande précision. « C'était, dit ce géographe, de vastes marais dans lesquels les Tectosages jetaient leur or et leur argent qu'ils confiaient à la garde de leurs eaux : Maximè paludes eos tutos prœstabant, in quas argent* atque etiam auri pondéra dimittebant. Strabon pense que cet or et cet argent provenaient des mines du pays. Ce sentiment n'est point admissible ; car, ,en supposant que l'Ariége (Aurigera), qui coulait non loin de Toulouse, roulât dans ses flots quelques parcelles d or, ce

ne devait être qu'en assez petite quantité. Il est beaucoup

plus probable d'admettre que ces richesses provenaient du butin donné par les expéditions lointaines, les conquêtes, et la spoliation des temples des dieux. Lorsque les Romains se furent emparés de Toulouse, ils vendirent ces lacs à l'encan. Romani itaquè potiti eâ ditione paludcs publicè vendiderunt; multiqw eorum qui emerunt, molas ex argento ductas repererunt, dit l'auteur déjà cité.

Les Tectosages, avec le reste des Gaulois, avaient un très grand respect pour les lacs. Les uns les regardaient comme autant de divinités; les autres, comme des lieux qu'elles choisissaient pour leur demeure, errant la nuit audessus de ces lacs desséchés.

Toulouse n'était pas le seul lieu dans les Gaules qui possédât des lacs sacrés. On en montrait un dans le Gévaudan, au pied d'une montagne, qui était consacré à la lune, et tous les ans les habitants du pays s'assemblaient sur ses bords pour y jeter les offrandes faites à la déesse. On distinguait encore le lac des Deux-Corbeaux, ainsi nommé parce que deux de ces oiseaux y faisaient leur séjour. Lorsque deux partis étaient en guerre, chacun de ces partis jetait un gâteau aux corbeaux ; le gâteau dévoré par ces oiseaux donnait la victoire à celui qui l'avait jeté.

Les Romains partagèrent pour les lacs la vénération des Gaulois, et l'histoire rapporte que, tous les ans, ils jetaient ^ une certaine somme dans le lac où s'était précipité Curtius, pour honorer et apaiser ses mânes.

On ne saurait révoquer en doute l'existence d'une souveraineté chez les Tectosages, et conséquemment celle de quelques hommes qui en étaient les dépositaires. C4es chefs, auxquels on a donné faussement le nom de rois, étaientdes

tétrarques qui avaient le commandement des diverses tribus. On a pu sans doute placer au rang de ces tétrarques des noms empruntés à d'autres époques historiques, tels que celui de Torcin Isauret ; mais tout porte à croire que Belletus et Copillus n'étaient point des êtres imaginaires, et qu'ils ont dominé dans la cité gauloise, non en qualité de rois, mais de chefs de tribus.

S vu.

EXPÉDITIONS GUERRIÈRES DES TECTOSAGES DANS LES GAULES. LAMIQUE CITÉ GAULOISE DE TOULOUSE EST ABANDONNEE. CETTE VILLE EST RECONSTRUITE SUR LES BORDS DU FLEUVE.

Nous avons vu plus haut une partie des Tectosages d'Asie rentrer à Tholose, leur antique patrie. Il faut maintenant décrire rapidement les événements politiques qui eurent lieu dans le pays des Volces jusqu'à l'invasion des Romains.

L'histoire nous apprend que, vers l'an 535 de Rome, les Romains déclarèrent la guerre aux Carthaginois pour se venger d'Annibal qui s'était emparé de Sagunte, ville d'Espagne, alliée de la république. Ils envoyèrent des ambassadeurs aux Volces pour les inviter à s'opposer au passage d'Annibal ; mais ceux-ci s'étaient déjà engagés avec ce capitaine, qui traversa les Pyrénées et vint camper sur les bords du Rhône. Scipion, avec son armée, vint aussi camper sur » la rive opposée du| fleuve , à très grande distance l'un de l'autre.

Annibal parvint à traverser le fleuve et entra dans l'Italie,

où il est inutile pour nous de le suivre. D'anciennes chroniques nous rapportent qu'à l'époque du passage des Pyrénées par ce capitaine, les Tholosates étaient gouvernés par un chef appelé Aquarius Belletus, qui leva des troupes pour s'opposer aux Carthaginois. Leur général ayant envoyé à Belletus des députés pour l'engager k une entrevue sur les frontières de la Cerdagne ou du Roussillon, celui-ci se rendit k l'invitation du chef des Carthaginois, et la paix fut conclue. Quoi qu'il en soit de cet événement, il est du moins certain qu'Ànnibal arriva a Illiberis dans les Gaules; que les Gaulois, ayant appris son arrivée, se réunirent en armes à Ruscino ou k la Tour du Roussillon, près de Perpignan, bien résolus a lui disputer le passage; qu'Annibal envoya une ambassade k leurs principaux chefs pour leur demander une conférence k Ruscino ou k Illiberis ; que les Gaulois députèrent leurs principaux chefs à Annibal ; que l'entrevue eut lieu k Illiberis, et que la conclusion fut la liberté accordée k Annibal de passer sur leurs terres. Ces faits sont rapportés par Appien. Il n'est donc pas étonnant que le chef des Tholosates se soit rendu avec tous les autres auprès d'Annibal et qu'il ait conclu la paix avec lui.

Nous plaçons k cette époque l'abandon qui fut fait par les Tholosates de leur première ville au sommet des montagnes. Quelque beau que fut ce site, il est certain qu'il ne se prêtait que très difficilement au développement de l'enceinte de la cité primitive; il fallut donc descendre dans la plaine voisine, et asseoir la nouvelle ville sur les bords du fleuve. On dit que ce fut sous le tétrarchat de Belletus qu'eut lieu ce second établissement. Il traça par

des murailles l'enceinte de la cité nouvelle, et éleva deux châteaux ou forteresses aux deux extrémités du vaste bassin formé par la Garonne : le premier au midi, au lieu où fut plus tard bâti le Château Narbonnais; le second vers le couchant, à l'endroit où, plus tard encore, on construisit un établissement connu sous le nom de Badacle (vadaculum) qui signifie < petit gué » . Strabon décrit la position de la nouvelle Toulouse et la place entre l'Océan et la Méditerranée, donnant assez improprement le nom d'isthme à l'étendue de terrain qui sépare ces deux mers : sita est Tolosa quo loco arctissimus est isthmus qui à Narbonensi mari Oceanum distinguit. Possidonius affirme que cet isthme ou bassin n'avait point trois mille stades ou cent vingt-cinq lieues d'étendue : quem isthmum, ait Possidonius, minorent esse tribus stadiorum millibus. Il s'en faut de beaucoup , en effet , que la distance de Narbonne à Bayonne ou à Bordeaux soit aussi longue, et si l'on considère la chaîne des Pyrénées comme terminant cet isthme, Toulouse se trouve réellement placée à l'endroit le plus étroit de ce bassin et assez près de ces montagnes.

§ vin.

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